En Turquie, les femmes sont solidaires de leurs sœurs afghanes

Zakira Hekmat est présidente de l'Association de solidarité des réfugiés afghans en Turquie. (photo fournie)
Zakira Hekmat est présidente de l'Association de solidarité des réfugiés afghans en Turquie. (photo fournie)
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Publié le Vendredi 20 août 2021

En Turquie, les femmes sont solidaires de leurs sœurs afghanes

  • Des militants turcs appellent la communauté internationale à ne pas abandonner les femmes afghanes aux talibans
  • «Les actions de l'Occident sont en partie à blâmer et aucune négociation avec les talibans ne devrait menacer les droits des femmes», affirme Begum Basdas

ANKARA: Zakira Hekmat, présidente de l'Association de solidarité des réfugiés afghans en Turquie, déclare passer des nuits blanches depuis qu'elle a appris que le gouvernement civil en Afghanistan était tombé aux mains des talibans.

Elle craint que ce changement politique dans son pays natal n'affecte surtout les femmes instruites, elles qui pensaient connaître un avenir radieux – pour elles-mêmes ainsi que pour toutes les femmes et les filles du pays.

Hekmat, qui a 33 ans, pense que certaines femmes de premier plan auront la chance de quitter le pays, mais la majorité des citoyennes ordinaires seront obligées de vivre sous le régime des talibans. Elles auront besoin d'aide et de soutien.

«Au début, il sera difficile d'atteindre toutes les femmes en Afghanistan», confie-t-elle à Arab News. «Cependant, il serait sage de commencer par des segments spécifiques de la société, en offrant des bourses aux étudiants du secondaire ainsi qu’en les encourageant à terminer leur scolarité et à entamer des études universitaires.»

Selon les dernières données de l'ONU (Organisation des nations unies), les femmes et les enfants représentent environ 80% des Afghans déplacés. Hekmat, née dans une famille de déplacés internes du district de Jaghori, dans la province de Ghazni, en Afghanistan, a obtenu son diplôme d'études secondaires alors qu'elle vivait sous le régime taliban. Elle a brièvement fréquenté l'université de Kaboul avant de déménager en Turquie à l’aide d’une bourse qui lui a permis de suivre des études de médecine à l'université Erciyes de Kayseri.

«Le gouvernement turc devrait également soutenir les filles qui ont l’âge de suivre des études universitaires en Afghanistan en mettant des bourses à leur disposition. Il faut qu’il les aide à quitter le pays pour qu’elle puisse réaliser leurs rêves de cette manière», déclare-t-elle.

Hekmat est une militante bien connue en Turquie, un pays qu'elle considère maintenant comme sa maison. Elle se bat notamment pour les droits des filles et des femmes en Afghanistan. Elle n'est pas seule: ces derniers jours, en Turquie, des personnes de tous horizons politiques ont exprimé leur solidarité avec les femmes afghanes et ont exhorté la communauté internationale à ne pas les abandonner aux talibans.

Elles craignent que les femmes soient confrontées à de terribles défis sous un régime oppressif qui pourrait, une nouvelle fois, priver les femmes et les filles des droits qu'elles ont laborieusement revendiqués au cours des deux dernières décennies, en particulier dans les domaines de l'éducation et de l'emploi.

Alors que le gouvernement afghan est tombé et que les talibans ont pris le contrôle du pays ces derniers jours, en Turquie, des hashtags tels que #TurkishWomenforAfghanWomen et des slogans comme Be Their Voice («Soyez leur voix») ont rapidement fait leur apparition sur les réseaux sociaux.

L’association turque Women's Platform for Equality («Tribune des femmes pour l’égalité») a appelé mercredi dernier la communauté internationale à se mobiliser pour soutenir les femmes afghanes et à partager l’accueil des réfugiés du pays de manière juste et responsable.

«Nous considérons qu'abandonner l'Afghanistan à la domination des talibans est aussi cruel que les méthodes des talibans. Agissez maintenant pour les femmes et le peuple afghans», martèle l’association.

Gulsum Kav, militante pour les droits des femmes et cofondatrice de la plate-forme We Will Stop Femicide («Nous ferons cesser les féminicides»), déclare: «Les femmes afghanes ne sont pas seules. Nous sommes les femmes du monde. Un jour, nous obtiendrons notre liberté totale.»

Les autorités d'Ankara sont actuellement en pourparlers avec toutes les parties en Afghanistan, y compris les talibans, mais on ignore encore dans quelle mesure elles pourront faire jouer leur influence politique pour protéger les droits des femmes et des filles dans le pays.

Mardi dernier, les talibans se sont engagés à respecter les droits des femmes dans le cadre des normes de la loi islamique. Cependant, beaucoup se souviennent que, sous le précédent régime taliban, une grande partie des femmes étaient enfermées chez elles et qu’elles étaient menacées d'exécution publique.

Begum Basdas, spécialiste du genre et de la migration à l'université Humboldt de Berlin, partage les inquiétudes exprimées par les organisations de défense des droits humains. Ces dernières ont averti que le monde ne devait pas tomber dans le piège de «l'offensive de charme» des talibans, qui prétendent désormais soutenir les droits des femmes.

«Je ne crois pas que les talibans aient changé», explique-t-elle à Arab News. «De nombreuses militantes et des femmes qui occupent des postes de haut niveau – fonctions gouvernementales, juges, journalistes, enseignantes – craignent que leur vie ne soit en danger», déplore Begum Basdas.

«Les talibans prétendent que les femmes ne seront pas discriminées, mais uniquement dans le cadre de la charia. Nous avons pu observer leur interprétation de l'islam dans le passé, et même récemment, depuis qu'ils ont commencé à prendre le pouvoir. Des rapports indiquent que des femmes et des filles sont exclues des écoles, licenciées de leur travail et sommées de ne pas apparaître dans les espaces publics. Déjà, leurs actions ne sont pas conformes à leurs déclarations», dénonce-t-elle.

Le monde a pourtant été témoin de l'immense force et la résilience des femmes afghanes, rappelle Basdas.

«Elles descendent constamment dans la rue pour documenter, filmer, protester et lutter contre les talibans. Notre tâche n’est pas de répéter les erreurs commises dans le passé par le monde occidental et de les traiter simplement comme des personnes à “sauver”; nous devons être solidaires avec elles afin de protéger leur vie et leurs droits en Afghanistan», affirme-t-elle.

Certaines femmes éminentes ont réussi à quitter le pays, comme Sahraa Karimi, une réalisatrice de premier plan qui a remercié le gouvernement turc de l'avoir aidée à sortir de Kaboul cette semaine.

Selon Basdas, toutes les femmes afghanes qui ont fui vers d'autres pays doivent avoir accès à des procédures d'asile efficaces et à d'autres voies légales fiables pour pouvoir se réinstaller en Europe et ailleurs.

«Elles ne devraient jamais être confrontées au risque d'expulsion», insiste-t-elle. «Je suis d'accord avec l'appel qu’ont lancé les autorités turques pour que, plutôt que d’assister à de nouvelles interventions militaires, nous veillions à ce que toutes les femmes et toutes les personnes qui ont besoin de protection soient évacuées d'urgence d'Afghanistan.»

Cependant, cette vague potentielle de réfugiés afghans provoque déjà une montée des tensions dans la politique intérieure turque. Mercredi dernier, le principal parti d'opposition, le Parti républicain du peuple, a affiché une banderole sur son siège, sur laquelle était écrit: «Les frontières sont notre honneur.» Des centaines de réfugiés afghans sont arrivés dans le pays ces dernières semaines, ce qui a provoqué la colère d’une certaine partie des citoyens, les incitant à demander au gouvernement de renforcer la sécurité des frontières par la construction des murs.

«Les droits de l'homme ne doivent pas être utilisés comme un levier politique, mais la Turquie doit d'abord s'assurer que les Afghans sont en sécurité en Turquie et qu’ils ont accès aux procédures de protection internationale sans courir le risque d'être expulsés», explique Basdas.

Elle note en outre que les commentaires discriminatoires sur les migrants et les réfugiés doivent cesser et que l'introduction de politiques migratoires efficaces répondant aux besoins des populations locales et à ceux des réfugiés peut aider à y parvenir.

«L'ensemble de la communauté internationale doit défendre les droits humains en Afghanistan, pas seulement la Turquie», ajoute-t-elle. «L'appel de l’Union européenne aux talibans «à respecter leurs obligations en vertu du droit international humanitaire» ne suffira pas.

«Les actions de l'Occident sont en partie à blâmer et aucune négociation avec les talibans ne devrait menacer les droits des femmes. Nous devons soutenir les femmes afghanes et leur montrer que nous ne nous contentons pas d’observer, mais que nous agissons», conclut-elle.


Moyen-Orient: nouveaux échanges de frappes entre Iran et Etats-Unis, pas d'accalmie

Les Etats-Unis et l'Iran ont de nouveau échangé des frappes, le conflit au Moyen-Orient ne montrant jeudi aucun signe d'accalmie après plus d'une semaine de bombardements. (AFP)
Les Etats-Unis et l'Iran ont de nouveau échangé des frappes, le conflit au Moyen-Orient ne montrant jeudi aucun signe d'accalmie après plus d'une semaine de bombardements. (AFP)
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  • Une première salve avait été lancée contre le pays plus tôt dans la journée, les forces américaines frappant "des sites de défense côtière et des sites de missiles de croisière sur l'île de Greater Tunb"
  • Côté iranien, le système de défense antiaérienne a été activé jeudi dans la capitale Téhéran et des explosions ont été entendues dans le nord et l'ouest de l'Iran, ont annoncé des médias d'Etat

TEHERAN: Les Etats-Unis et l'Iran ont de nouveau échangé des frappes, le conflit au Moyen-Orient ne montrant jeudi aucun signe d'accalmie après plus d'une semaine de bombardements.

L'armée américaine a achevé "une série de frappes nocturnes contre l'Iran" mercredi, a-t-elle indiqué, précisant avoir attaqué des cibles militaires, notamment dans la ville portuaire de Bandar Abbas (sud), afin de "réduire la capacité de l'Iran à menacer des marins innocents" dans le détroit d'Ormuz.

Une première salve avait été lancée contre le pays plus tôt dans la journée, les forces américaines frappant "des sites de défense côtière et des sites de missiles de croisière sur l'île de Greater Tunb", selon le Commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom).

Côté iranien, le système de défense antiaérienne a été activé jeudi dans la capitale Téhéran et des explosions ont été entendues dans le nord et l'ouest de l'Iran, ont annoncé des médias d'Etat.

Dans la journée de mercredi, la ville portuaire de Bouchehr (sud), où se trouve la seule centrale nucléaire d'Iran, a de nouveau été visée par Washington, comme les environs d'Iranshahr (sud-est). Sept militaires y ont été tués, selon l'armée iranienne, qui a recensé treize tirs de missiles américains.

Des explosions ont aussi été entendues dans plusieurs villes dont Bandar Abbas, Rask et Chabahar (sud-est), ainsi que sur l'île de Qeshm, ont rapporté les médias d'Etat.

Selon eux, un hôpital d'Ahvaz (sud-ouest) a été évacué à la suite de frappes américaines dans la région, et les patients ont été transférés vers d'autres établissements de santé.

 "Bonne volonté" 

Les affrontements ont repris le 7 juillet après des attaques contre des navires dans le Golfe, imputées à l'Iran. Les frappes menées depuis sont sans précédent depuis le cessez-le-feu d'avril mais les installations pétrolières et gazières du Golfe sont pour l'heure épargnées.

Ces tirs ont fait voler en éclats le protocole d'accord signé à la mi-juin, qui devait mettre fin aux hostilités.

Le président américain Donald Trump a toutefois salué un "geste de bonne volonté" de Téhéran après avoir annoncé dans la soirée la libération d'une citoyenne américaine retenue selon lui en Iran depuis 2024.

Les forces armées iraniennes ont quant à elles visé un radar, "des systèmes de communication et des installations de stockage de carburant de l'armée américaine sur la base aérienne Al-Azraq en Jordanie, à l'aide de drones d'attaque", selon un communiqué relayé jeudi matin par la télévision d'Etat.

Au Koweït, déjà visé dans la journée, l'armée a indiqué dans la nuit répondre à des attaques de drones iraniens, alors que les sirènes d'alerte aérienne ont retenti à Bahreïn.

Mercredi soir, des journalistes de l'AFP ont entendu des explosions près du consulat des Etats-Unis à Erbil, au Kurdistan irakien, après des survols de drones qui ont conduit à l'activation de la défense antiaérienne.

L'Iran, qui a de nouveau verrouillé le détroit d'Ormuz le week-end dernier, a promis que cette voie maritime resterait fermée jusqu'à la fin des "agressions" américaines.

Et dans le cadre du blocus des ports iraniens réinstauré depuis 24 heures par les Etats-Unis, un avion militaire américain a tiré sur un pétrolier vide qui tentait de le forcer. Le navire, identifié comme le M/T Belma, battant pavillon de Curaçao, a été "neutralisé", a précisé l'armée américaine.

En réimposant le blocus des ports iraniens, Donald Trump entend faire pression sur Téhéran, qui veut garder la main sur le détroit et n'autorise qu'un seul couloir de navigation, le long de ses côtes.

"Tellement effrayés"

Plus de trente civils sont morts depuis que les affrontements ont repris, selon le dernier bilan du gouvernement iranien.

"Les enfants sont tellement effrayés par le bruit des explosions qu'ils ne s'endorment pas avant le matin", témoigne Khadijeh, interrogée par l'AFP depuis Paris. "Les effets de la guerre resteront longtemps dans nos vies, nos esprits et notre santé mentale", ajoute cette artisane de 31 ans qui vit dans la province du Sistan-Baloutchistan (sud-est).

"Nous ne vivons pas, nous survivons. Que Dieu mette fin à la guerre, puis aux difficultés économiques", prie Nadin, enseignante de 27 ans dans la même région.

Dans le détroit d'Ormuz, passage situé dans les eaux iraniennes et omanaises par lequel transitait avant la guerre un cinquième du pétrole et du gaz liquéfié (GNL) mondiaux, le trafic s'est raréfié après l'attaque de plusieurs pétroliers, avec treize navires commerciaux recensés mardi par la société de suivi maritime Kpler.

Les cours du pétrole ont continué de faire du surplace jeudi après l'envolée du début de semaine, le baril de Brent oscillant autour de 85 dollars.

Le Département d'Etat américain a par ailleurs annoncé mercredi avoir approuvé une vente d'armes pour un montant de près de deux milliards de dollars à l'Arabie saoudite, "un allié majeur non membre de l'OTAN qui constitue un facteur de stabilité politique et de progrès économique" dans le Golfe.

 


L'armée américaine annonce une nouvelle «vague de frappes» mercredi en Iran

L'Iran a de son côté de nouveau ciblé les pays du Golfe et la Jordanie, minant toujours plus les efforts diplomatiques pour mettre un terme durable à la guerre déclenchée le 28 février par des bombardements israélo-américains. (AFP)
L'Iran a de son côté de nouveau ciblé les pays du Golfe et la Jordanie, minant toujours plus les efforts diplomatiques pour mettre un terme durable à la guerre déclenchée le 28 février par des bombardements israélo-américains. (AFP)
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  • L'Iran, qui a reverrouillé le détroit d'Ormuz ce weekend, a promis qu'il resterait fermé jusqu'à la fin des "agressions" américaines
  • Et les Etats-Unis ont rétabli mardi soir leur blocus des ports iraniens, avant de bombarder à nouveau les côtés iraniennes mercredi

WASHINGTON: L'armée américaine a annoncé avoir lancé une nouvelle "vague de frappes"  en Iran, à partir de 10H00 GMT mercredi.

"Ces frappes ont pour objectif de réduire encore les capacités militaires des forces iraniennes, utilisées pour attaquer la navigation commerciale dans le détroit d'Ormuz", a détaillé le commandement central américain sur son compte X.

La guerre entre Iran et Etats-Unis s'installe, Ormuz de nouveau paralysé

L'Iran, qui a reverrouillé le détroit d'Ormuz ce weekend, a promis qu'il resterait fermé jusqu'à la fin des "agressions" américaines. Et les Etats-Unis ont rétabli mardi soir leur blocus des ports iraniens, avant de bombarder à nouveau les côtés iraniennes mercredi.

L'Iran a de son côté de nouveau ciblé les pays du Golfe et la Jordanie, minant toujours plus les efforts diplomatiques pour mettre un terme durable à la guerre déclenchée le 28 février par des bombardements israélo-américains.

Les affrontements avaient repris le 7 juillet après des attaques contre des navires dans le Golfe, imputées à l'Iran. Les frappes menées depuis sont sans précédent depuis le cessez-le-feu d'avril, mais Téhéran est pour l'heure épargnée, comme les installations pétrolières et gazières du Golfe.

Et Israël n'y participe pas pour l'instant.

"Tous les jours, je me réveille en me demandant si la situation va s'apaiser ou empirer", témoigne auprès de l'AFP Moustafa Mohammed, un comptable soudanais de 39 ans vivant au Koweït. "L'incertitude étreint tout le monde".

30 civils morts 

Mercredi, la ville portuaire de Bouchehr, où se trouve la seule centrale nucléaire d'Iran, a de nouveau été visée par les Etats-Unis, comme les environs de ville d'Iranshahr (sud-est). Sept militaires y ont été tués dans leur caserne, selon l'armée iranienne qui a recensé 13 tirs de missiles américains.

Téhéran avait déjà rapporté des bombardements la veille puis dans la nuit, notamment dans la région du détroit d'Ormuz - à Bandar Abbas et sur l'île de Qeshm -, et dans la ville d'Ahvaz (sud-ouest).

L'armée américaine a elle annoncé une nouvelle "vague de frappes" mercredi.

Plus de 30 civils sont morts depuis que la confrontation a repris, selon le gouvernement iranien.

En riposte, Téhéran a ciblé Bahreïn, le Koweït et la Jordanie. Les Gardiens de la Révolution ont notamment dit avoir visé des installations de la Cinquième flotte des Etats-Unis à Bahreïn, et le centre logistique de Mina Abdullah utilisé par l'armée américaine.

"Graves conséquences" 

Dans le détroit d'Ormuz, passage situé dans les eaux iraniennes et omanaises et par lequel transitait d'ordinaire 20% du brut et du gaz liquéfié (GNL) mondial, plusieurs pétroliers ont été attaqués ces derniers jours et le trafic s'est raréfié.

Outre l'impact sur le commerce mondial d'hydrocarbures, l'ONU s'est alarmée mardi des "graves conséquences socio-économiques et humanitaires" du blocage de cette "voie de passage essentielle dont dépendent des millions de personnes" pour la nourriture, les médicaments et autres produits de première nécessité.

Le baril de Brent, référence internationale, qui s'est envolé depuis la reprise des hostilités, progressait légèrement mercredi, se situant autour de 85 dollars.

Les Gardiens iraniens, qui ont affirmé que le détroit "resterait fermé jusqu'à ce que les Etats-Unis mettent fin à leurs actes d'agression", ont aussi évoqué la possible fermeture "d'autres voies d'exportation de pétrole et de gaz qui servent les intérêts des Etats-Unis et de leurs alliés", sans détailler.

Avec la réimposition du blocus, le président américain entend lui faire pression sur Téhéran qui veut garder la main sur le détroit et n'autorise qu'un seul couloir de navigation, le long de ses côtes.

Comme Téhéran, qui envisage de faire payer la traversée, Donald Trump avait assuré vouloir prélever une redevance en échange de la protection de cette route maritime, au mépris du droit international et du principe de la liberté de navigation.

Mais il a fait marche arrière mardi, évoquant plutôt "des accords de commerce et d'investissements" avec les monarchies du Golfe.

"Vraiment mal tourner" 

Le président américain a lancé un nouvel ultimatum aux Iraniens: soit ils reprennent les négociations, soit "la semaine prochaine, ça va vraiment mal tourner pour eux", a-t-il dit, évoquant la possibilité de bombarder des ponts et des centrales électriques.

Il avait envoyé la semaine dernière une notice officielle au Congrès pour signaler la reprise du conflit.

Durant le précédent blocus, décidé en avril en représailles au verrouillage d'Ormuz par Téhéran, l'Iran n'avait pas pu exporter "un seul baril de pétrole", selon son négociateur en chef, Mohammad Bagher Ghalibaf.

L'opération avait "joué un rôle déterminant dans la conclusion du protocole d'accord", selon l'Institut pour l'étude de la guerre (ISW).


Trump fait l'éloge d'un Premier ministre irakien en quête d'investissements

Le président américain Donald Trump écoute le Premier ministre irakien Ali al-Zaidi s'exprimer dans le Bureau ovale de la Maison Blanche, à Washington, le 14 juillet 2026. (AFP)
Le président américain Donald Trump écoute le Premier ministre irakien Ali al-Zaidi s'exprimer dans le Bureau ovale de la Maison Blanche, à Washington, le 14 juillet 2026. (AFP)
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  • Donald Trump a salué le Premier ministre irakien Ali al-Zaidi, qui promet de désarmer les groupes armés pro-iraniens d'ici fin septembre et d'ouvrir davantage l'Irak aux investissements américains
  • Bagdad cherche à renforcer son partenariat avec Washington tout en préservant son équilibre diplomatique avec l'Iran, dans un contexte de fortes tensions régionales

WASHINGTON: Donald Trump a salué mardi le leadership du Premier ministre irakien Ali al-Zaidi qui a de son côté promis de désarmer les groupes pro-iraniens présents dans le pays et s'est dit prêt à accueillir les entreprises américaines.

Parlant d'une "formidable alchimie" entre eux, le président américain a jugé que le dirigeant irakien était "un champion".

"Il a remporté une élection que beaucoup de gens n'avaient pas prévue", a-t-il affirmé devant la presse dans le Bureau ovale au côté du dirigeant irakien, insistant sur le fait qu'il l'avait "endossé".

"C'est un grand combattant, et c'est un grand admirateur des Etats-Unis", a ajouté le président américain en rappelant que le pays disposait d'énormes réserves de pétrole.

La visite du Premier ministre irakien -- son premier déplacement à l'étranger depuis sa prise de fonction en avril -- intervient en pleine reprise des affrontements entre les deux grands alliés de l'Irak, l'Iran et les Etats-Unis, dont l'opposition de longue date a fait du pays un terrain d'affrontement par procuration.

Ali al-Zaidi est arrivé lundi aux Etats-Unis pour ce déplacement d'une semaine. Il doit rencontrer également des représentants de compagnies pétrolières et des élus.

L'ex-homme d'affaires, arrivé au pouvoir avec l'appui du président américain, s'est engagé à dynamiser la fragile économie de son pays, qui dépend fortement de ses exportations de pétrole.

Il est surtout sous pression pour désarmer les groupes armés irakiens pro-iraniens, accusés d'avoir mené des centaines d'attaques sur des infrastructures américaines en Irak pendant la guerre au Moyen-Orient, déclenchée par les frappes israélo-américaines contre l'Iran fin février.

"Il s'agit de ma première visite aux Etats-Unis, non pas d'un simple voyage d'agrément, mais d'une déclaration de partenariat économique", a lancé pour sa part M. Zaidi.

"Le 30 septembre, les forces américaines se retireront et les entreprises américaines s'installeront" en Irak, a-t-il dit en soulignant que le gouvernement prendrait "le monopole sur les armes".

"Après le 30 septembre, les factions n'auront plus lieu d'être (..) et nous n'autoriserons aucune entité à porter des armes en dehors de l'Etat", a-t-il dit, condition indispensable selon lui pour attirer les investissements.

- "Maintenir l'équilibre" -

Son gouvernement a donné aux groupes armés, désignés comme organisations terroristes par les Etats-Unis, jusqu'au 30 septembre pour se désarmer, date coïncidant avec le retrait d'Irak de la coalition internationale dirigée par Washington pour combattre les jihadistes.

Si Bagdad a adopté récemment une position plus favorable aux Etats-Unis, cela ne "signifie pas que l'Irak tourne le dos à l'Iran", a souligné un haut responsable irakien à l'AFP, sous couvert d'anonymat.

L'Irak "doit maintenir l'équilibre en vigueur de longue date" entre ses alliés, a-t-il déclaré.

La semaine dernière, des villes saintes chiites irakiennes ont accueilli d'immenses cortèges à l'occasion des funérailles de l'ancien guide suprême iranien, Ali Khamenei, tué dans les frappes en Iran fin février.

En signe de soutien au dirigeant irakien, Washington a repris les envois de liquidités au titre des revenus pétroliers de l'Irak, gérés par la Réserve fédérale de New York depuis 2003, année de l'invasion américaine de l'Irak qui avait plongé le pays dans des années de violences.

Ces transferts de fonds avaient été suspendus plus tôt cette année pour accentuer la pression sur Bagdad afin qu'il désarme les groupes armés pro-iraniens.

Certains d'entre eux ont dit qu'ils coopéreraient avec le gouvernement irakien, mais d'autres refusent toujours de rendre les armes.

"Tant qu'il y a une guerre dans la région, ni eux ni l'Iran n'accepteront" le désarmement, a estimé le haut responsable irakien.

Ces groupes, dont la puissance politique et financière a augmenté au fil des années, demandent depuis longtemps le retrait des troupes américaines de la coalition antijihadiste, établie en 2014 pour lutter contre l'organisation Etat islamique.

- En quête d'investissements -

L'Irak tente de tourner la page de décennies de violences, mais souffre toujours d'infrastructures et de services publics défaillants et d'une corruption endémique.

"C'est un fardeau qu'il faut partager avec un partenaire stratégique. Le partenaire stratégique le plus important au monde, ce sont les Etats-Unis", a relevé M. Zaidi.

Ces derniers mois, l'Irak a conclu plusieurs accords avec des compagnies pétrolières américaines.

D'autres accords devraient être signés cette semaine à Washington, notamment l'un portant sur la création d'un fonds auquel l'Irak apportera 500.000 barils de pétrole par jour contre l'amélioration de son approvisionnement en électricité.

Pays fondateur de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), l'Irak dépend fortement de ses exportations de brut, qui représentent ordinairement 90% de ses recettes budgétaires et transitent en grande majorité par le détroit d'Ormuz, au coeur des hostilités actuelles.