Comment éviter que l’Afghanistan ne devienne le terrain d’une guerre par procuration

Depuis 2001, plus de 775 000 soldats américains ont été déployés en Afghanistan. Des dizaines de milliers d’Afghans ont été tués pendant une guerre qui a coûté près de 1000 milliards de dollars, soit 852 milliards d’euros. (AFP)
Depuis 2001, plus de 775 000 soldats américains ont été déployés en Afghanistan. Des dizaines de milliers d’Afghans ont été tués pendant une guerre qui a coûté près de 1000 milliards de dollars, soit 852 milliards d’euros. (AFP)
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Publié le Mardi 10 août 2021

Comment éviter que l’Afghanistan ne devienne le terrain d’une guerre par procuration

  • Les forces américaines ont fait preuve d’une compréhension limitée de cette terre longtemps décrite comme le «cimetière des empires»
  • Le départ des troupes américaines est tout aussi chaotique que leur arrivée

ISLAMABAD: L’accord de Doha de 2020 ravive, à bien des égards, le souvenir de l’humiliation militaire américaine au Vietnam il y a un demi-siècle. 

Cet accord conclu avec les talibans est en effet, pour Washington, tout aussi honteux. Il prévoit le retrait de toutes les troupes étrangères d’Afghanistan. S’il ne s’agit pas d’un acte de reddition, c’est loin de représenter une victoire pour l’armée la plus puissante du monde.

Les représentants américains ont négocié un accord de paix avec des dirigeants insurgés qu’ils qualifiaient jadis de «terroristes». En réalité, les membres de l’équipe de négociation des talibans sont en grande partie d’anciens détenus du camp de Guantanamo, à Cuba.

Ironie de l’histoire, c’est une nouvelle superpuissance qui a initié le retrait de ses troupes au moment même où ce pays ravagé par la guerre célébrait le 32e anniversaire du départ des soldats soviétiques. Les Russes ont déserté le pays en 1989 après l’avoir occupé pendant une dizaine d’années. Les Américains, eux, sont restés deux fois plus longtemps. Leur dernier soldat devrait quitter le territoire afghan d’ici à quelques semaines, avant la date symbolique du 11-Septembre.

Plusieurs négociateurs talibans, à Doha, ont combattu les Soviétiques avec le soutien des États-Unis. À l’époque, Washington acclamait ces «guerriers sacrés» qui avaient réussi à chasser l’Armée rouge d’Afghanistan grâce aux armes fournies par les Américains.

Autre ironie du sort: les talibans ont fini par retourner ces mêmes armes contre leurs anciens protecteurs.

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Les forces américaines ont envahi l’Afghanistan au mois d’octobre 2001, après les attentats du 11-Septembre, faisant preuve d’une compréhension limitée de cette terre longtemps décrite comme le «cimetière des empires». Depuis le début, c’était un conflit impossible à gagner; mais Washington a mené une bataille particulièrement farouche pour tenter de justifier sa présence.

En 2015, le lieutenant général Douglas Lute a parfaitement résumé à quel point les Américains n’étaient pas préparés: «Nous n’avions aucune connaissance fondamentale de l’Afghanistan. Nous ne savions pas ce que nous faisions. Qu’essayons-nous de faire ici? Nous n’avions pas la moindre idée de ce que nous étions en train d’entreprendre.»

Il n’est donc guère surprenant que l’Afghanistan se révèle la guerre la plus longue de l’histoire des États-Unis.

La résurgence des talibans est favorisée par une erreur de calcul stratégique de Washington, qui a décidé de donner davantage de pouvoirs aux anciens chefs de guerre. Cela a permis aux vieilles tensions tribales et ethniques de refaire surface. L’une des erreurs les plus flagrantes des États-Unis réside dans le fait qu’ils ne sont pas parvenus à éviter que l’Occident soit considéré comme impliqué dans la guerre civile afghane. 

Malgré le déploiement de dizaines de milliers de soldats, les États-Unis n’ont pas réussi à vaincre les insurgés une fois pour toutes. Cependant, la montée en puissance des talibans n’aurait pas dû constituer une surprise. À vrai dire, le groupe n’a jamais vraiment été anéanti.

Des dizaines de milliers d’Afghans ont été tués pendant cette guerre qui a coûté près de 1 000 milliards de dollars, soit 852 milliards d’euros. Depuis 2001, plus de 775 000 soldats ont été déployés en Afghanistan. Des statistiques faussées ont pu donner l’impression que les États-Unis avaient remporté la bataille, mais il n’en est rien.

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Les forces américaines ont envahi l’Afghanistan au mois d’octobre 2001, après les attentats du 11-Septembre. (AFP)

Au fil des années, les différentes administrations américaines n’étaient pas d’accord sur les objectifs précis des États-Unis en Afghanistan. Alors que certains responsables pensaient construire une démocratie modèle, d’autres ont voulu réinventer de la culture afghane, y compris en ce qui concerne les droits des femmes.

Les tentatives américaines pour réduire la corruption galopante, pour mettre en place une armée et une force de police afghanes compétentes et pour limiter le commerce florissant d’opium en Afghanistan ont échoué. L’aide financière américaine a en grande partie été détournée par les responsables et par d’anciens chefs de guerre afghans et le pays est devenu un narco-État en raison de certaines politiques très défectueuses.

Malgré les milliards d’euros dépensés pour la mise en place ainsi que la formation de l’armée nationale afghane et d’autres organes chargés de la sécurité, les forces locales se sont montrées incapables de vaincre les talibans sans le soutien américain.

Après la signature de l’accord de Doha, c’est désormais aux talibans et au gouvernement afghan de négocier la future configuration politique du pays. Espérer que les deux camps parviennent à un accord susceptible de satisfaire toutes les factions afghanes – une polarisation qui s’est intensifiée au cours des deux dernières décennies de guerre et d’occupation étrangère – représente un défi de taille.

En outre, le départ des troupes américaines est tout aussi chaotique que leur arrivée. Le retrait précipité des troupes laisse un très grand vide au niveau du pouvoir. 

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Depuis le début, c’était un conflit impossible à gagner; mais Washington a mené une bataille particulièrement farouche pour tenter de justifier sa présence. (AFP)

Les talibans ont tiré parti de l’accord de paix avec les États-Unis, tandis qu’une reconnaissance internationale accrue est en train de donner aux insurgés une plus grande confiance encore.

Pour de nombreux Afghans, la perspective d’un retour au pouvoir des talibans est extrêmement troublante. Malgré des engagements officiels, les membres du mouvement fondamentaliste ont fait preuve d’une ambiguïté volontaire sur leur programme politique, ce qui renforce la confusion. 

Certains éléments portent à croire que les talibans ultraconservateurs pourraient être disposés à coopérer au sein d’un système politique pluraliste. Pourtant, on ne sait pas si le groupe est prêt à travailler dans un cadre constitutionnel et politique démocratique. 

Si le leadership politique des talibans semble plus modéré et flexible, aucun indice ne montre cependant que les dirigeants du mouvement sont susceptibles de changer.

Lorsque les talibans étaient au pouvoir, entre 1996 et 2001, ils ont privé les femmes du droit à l’éducation et au travail. Les dirigeants actuels se sont engagés à reconnaître les droits des femmes et à ne pas s’opposer à leur éducation, mais de nombreuses personnes demeurent méfiantes quant au plan d’action des talibans une fois que le retrait des troupes étrangères sera achevé.

Des décennies de conflit ont eu de graves répercussions sur la vie de millions d’Afghans et elles ont entraîné des destructions irréversibles. Le pays est plus divisé que jamais. Grâce à des victoires sur les champs de bataille et à la consolidation de leur emprise territoriale, les talibans ont réussi à se placer en position de force et à créer une sorte d’asymétrie du pouvoir. Beaucoup redoutent que l’expansion de l’influence des talibans mène à une recrudescence de leur régime tyrannique.

Indépendamment de l’identité de l’adversaire, il existe deux générations d’Afghans qui n’ont connu que la guerre. Il semble que la fin de leurs souffrances ne soit pas à l’ordre du jour.

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Lashkar Gah, capitale de la province de Helmand, était autrefois la résidence d’hiver des sultans d’illustres dynasties islamiques. Les ruines de cette ville royale millénaire située dans le sud de l’Afghanistan abritent des centaines de personnes qui ont fui les affrontements avec les talibans. (AFP)

Le retrait des forces américaines d’Afghanistan aura inévitablement une grande incidence sur la géopolitique régionale. Historiquement, l’emplacement stratégique du pays l’a rendu vulnérable aux ingérences des puissances étrangères et aux guerres par procuration.

Une guerre civile à grande échelle pourrait inciter le Pakistan, l’Inde, la Russie et l’Iran à soutenir différentes factions et à s’impliquer davantage dans le conflit. Les retombées de cette instabilité et du conflit que connaît l’Afghanistan pourraient s’avérer désastreuses.

Si les puissances voisines ne signent pas un accord durable pour garantir la sécurité et la neutralité de l’Afghanistan, le pays pourrait devenir le centre d’une guerre par procuration extrêmement coûteuse, qui verrait plusieurs puissances régionales soutenir des factions rivales sur la base de principes ethniques ou sectaires.

Un tel accord est également indispensable pour empêcher l’Afghanistan de redevenir un carrefour du terrorisme mondial. Le seul dénouement souhaitable repose sur la négociation d’un règlement politique étroitement lié à une stratégie régionale.

 

Ce texte est la traduction d'un article paru sur Arabnews.com


Andy Burnham, de "roi du Nord" à Premier ministre du Royaume-Uni

Le nouveau député travailliste de Makerfield, Andy Burnham, s'adresse à ses partisans et aux médias au lendemain de sa victoire lors de l'élection partielle, au stade d'Ashton Town FC, à Ashton-in-Makerfield, dans le nord-ouest de l'Angleterre, le 19 juin 2026. (AFP)
Le nouveau député travailliste de Makerfield, Andy Burnham, s'adresse à ses partisans et aux médias au lendemain de sa victoire lors de l'élection partielle, au stade d'Ashton Town FC, à Ashton-in-Makerfield, dans le nord-ouest de l'Angleterre, le 19 juin 2026. (AFP)
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  • Andy Burnham devient chef du Labour et futur Premier ministre britannique, succédant à Keir Starmer avec la promesse de réduire les inégalités régionales et le coût de la vie
  • Ancien maire populaire du Grand Manchester, il mise sur un style accessible et une politique de décentralisation, tout en restant prudent sur son programme économique.

LONDRES: Le futur Premier ministre britannique Andy Burnham, devenu populaire en tant que maire de l'agglomération de Manchester, est un habile politicien travailliste dont le style décontracté et accessible contraste avec celui de son prédécesseur Keir Starmer.

Cet homme de 56 ans qui se décrit comme partisan d'un "socialisme pro-entreprises", amateur de football et de rock, prend officiellement vendredi la tête du Labour, parti de centre-gauche majoritaire au Parlement. Il succède au démissionnaire Keir Starmer, et fera son entrée lundi à Downing Street.

Celui qui a fait toute sa carrière dans la politique contrairement à l'ex-avocat Keir Starmer, plus à l'aise que ce dernier dans la communication, accède ainsi au sommet. Il avait tenté deux fois sans succès de briguer la direction du Parti travailliste - en 2010, face à Ed Miliband, puis en 2015, face au très à gauche Jeremy Corbyn.

Il est revenu au Parlement de Westminster après avoir remporté haut la main, devant le parti anti-immigration Reform UK, une législative partielle le 18 juin à Makerfield, près de Manchester.

"C'est la dernière chance pour changer" le Labour, avait-il proclamé à l'annonce de sa victoire. Devant ses soutiens rassemblés sur un terrain de foot, ce supporter d'Everton, club de Liverpool, s'est engagé à "tracer une nouvelle voie" pour le pays, promettant "l'équité pour les régions" que le pouvoir central à Londres a "négligées".

Andy Burnham, qui revendique fièrement ses racines nordistes et populaires, a conquis en 2017 la mairie du Grand Manchester, agglomération de près de 3 millions d'habitants où il s'est fait réélire deux fois.

- Tee-shirt noir -

Lui-même est un enfant de cette région au passé industriel: il a grandi dans une petite ville à mi-chemin entre Liverpool, où il est né, et Manchester.

Dans cette cité qui connaît un renouveau économique, sa principale réussite est d'avoir amélioré les transports, en reprenant sous contrôle public le système de bus pour l'intégrer dans un réseau avec trams et trains, à des tarifs abordables.

C'est pendant la pandémie de Covid-19 qu'il gagne son surnom de "roi du Nord", pour son combat face au Premier ministre conservateur Boris Johnson à propos du soutien financier à apporter aux entreprises et employés de cette région.

Cet homme brun à lunettes et au style vestimentaire volontiers informel, qui s'est fait tatouer sur le bras une abeille ouvrière -symbole de la ville de Manchester-, a déjà fait l'objet de railleries de la cheffe des Tories Kemi Badenoch, qui ne voit en lui qu'"une paire de cils et un tee-shirt noir".

"C'est bleu foncé, en fait", a répondu l'intéressé dans un battement de paupières, dans une vidéo publiée fin juin sur les réseaux sociaux, dont il est un grand utilisateur.

Pour le journaliste Joshi Herrmann, fondateur du média en ligne Mill Media, basé à Manchester, Andy Burnham "parvient à se présenter comme un type normal à une époque où beaucoup d'hommes politiques donnent l'impression d'être très bizarres ou très ennuyeux".

- "Madchester" -

Né le 7 janvier 1970, Andy Burnham est le fils d'un technicien des télécommunications et d'une réceptionniste médicale.

Il entre au Labour adolescent et étudie la littérature anglaise à Cambridge, où il dit avoir souffert du "syndrôme de l'imposteur" en raison de ses origines sociales.

Pendant sa jeunesse, il apprécie la bouillonnante scène musicale et culturelle de Manchester des années 1980-90, "Madchester", et classe aujourd'hui encore Oasis parmi ses groupes préférés.

Elu député en 2001, il devient secrétaire en chef au Trésor dans le gouvernement de Gordon Brown, puis ministre de la Culture et des Sports (2008-2009), et ministre de la Santé (2009-2010).

Il est marié depuis 2000 avec Marie-France van Heel, femme d'affaires d'origine néerlandaise rencontrée à l'université et avec qui il a eu trois enfants.

S'il a annoncé vouloir mener une politique de décentralisation et promis d'oeuvrer pour réduire le coût de la vie, il est pour l'instant resté vague sur son programme. Ses détracteurs l'accusent d'être un caméléon politique s'adaptant à l'air du temps.

En janvier, il énonçait "les quatre cavaliers de l'apocalypse britannique: dérégulation, privatisation, austérité et Brexit". Face à des marchés inquiets, il s'est toutefois engagé à tenir les objectifs d'équilibre budgétaire fixés par l'actuel gouvernement.


Nouvelle nuit de bombardements en Iran, les alliés des Etats-Unis encore visés

Les dernières frappes marquent la sixième nuit consécutive d'attaques américaines. (PHOTO D'ARCHIVES/AFP)
Les dernières frappes marquent la sixième nuit consécutive d'attaques américaines. (PHOTO D'ARCHIVES/AFP)
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  • Les États-Unis poursuivent leurs frappes en Iran ; Téhéran dénonce des pertes civiles et menace de riposter contre les intérêts américains dans la région
  • Les tensions s'étendent au Moyen-Orient malgré les appels internationaux à reprendre les négociations

TEHERAN: Les Etats-Unis ont bombardé l'Iran pour la sixième nuit consécutive vendredi, Téhéran les accusant d'avoir visé des cibles civiles, tandis que plusieurs pays alliés de Washington au Moyen-Orient ont fait état d'attaques les ciblant.

L'armée américaine a affirmé, sur X, avoir attaqué dans la nuit de jeudi à vendredi "des dizaines de cibles militaires iraniennes comme des sites de surveillance côtière et de défense aérienne, des infrastructures logistiques militaires et des installations maritimes". L'Iran, de son côté, a rapporté des bombardements sur des ponts, un port, un aéroport et une gare.

Téhéran a affirmé vendredi matin que les frappes américaines sur son territoire depuis le 22 juin avaient fait 38 morts et plus de 400 blessés, selon un bilan du ministère de la Santé.

"Si les Américains frappent les infrastructures de la République islamique, alors toutes les infrastructures de la région deviendront des cibles légitimes pour l'Iran", a menacé un porte-parole de l'armée iranienne, cité par la télévision d'Etat.

Les forces armées de Jordanie, du Koweït et du Qatar ont annoncé avoir fait face vendredi à l'aube à des attaques aériennes, et les sirènes d'alerte ont été déclenchées à deux reprises à Bahreïn.

Un porte-parole de l'armée iranienne, cité par la télévision d'Etat, a affirmé que la République islamique avait visé des sites militaires américains au Koweït à l'aide de drones explosifs.

De leur côté, les Gardiens de la Révolution iraniens ont assuré avoir attaqué en Syrie un "centre de commandement des opérations spéciales de l'ennemi" dans la région d'Al-Tanf, frontalière de l'Irak, ainsi que des radars américains à Oman. Ces deux pays n'ont pas confirmé de telles frappes dans l'immédiat.

Les médias d'Etat iraniens ont fait état dans la nuit de nombreuses explosions dans différents secteurs du sud du pays.

"Les attaques se poursuivent et elles sont si violentes que j'en ai les mains qui tremblent", a raconté à l'AFP Hani, un professeur iranien de 34 ans habitant la ville d'Ahvaz (sud-ouest).

Selon la télévision d'Etat iranienne, les forces américaines ont bombardé deux ponts dans la région de Bandar Khamir, faisant sept morts, ainsi qu'une gare à Bandar Abbas et l'aéroport d'Iranshahr. La tour de contrôle du port de Chabahar a été "complètement détruite" selon l'agence Irna.

- Bouchehr frappée -

Bouchehr, ville portuaire située sur la côte sud-ouest où se trouve la seule centrale nucléaire du pays, a été frappée pour la deuxième fois en quelques heures, selon le gouverneur de la ville, cité par Irna.

Le président Donald Trump avait menacé dans la semaine de frapper les ponts et les centrales électriques du pays si les Iraniens ne revenaient pas à la table des négociations.

Les affrontements ont repris le 7 juillet après des attaques contre des navires dans le Golfe, imputées à l'Iran. Les frappes menées depuis sont sans précédent depuis le cessez-le-feu d'avril, minant les efforts diplomatiques pour mettre un terme durable au conflit.

Déclenché le 28 février par des bombardements israélo-américains, il a fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban, et n'en finit pas d'ébranler l'économie mondiale.

Les ministres des Affaires étrangères de la Chine et du Pakistan, ce dernier pays étant médiateur des discussions, ont appelé vendredi les belligérants à reprendre les négociations dans le cadre du protocole d'accord signé mi-juin, qui a volé en éclats.

Le négociateur en chef iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, avait auparavant prévenu qu'un accord "n'a de sens que lorsque ses clauses sont valides et appliquées".

Islamabad a aussi appelé à un "retour à la normale dans le détroit d'Ormuz", de nouveau verrouillé par l'Iran le week-end dernier. En réponse, les Etats-Unis ont rétabli leur blocus des ports iraniens.

Donald Trump "reste toujours ouvert à la diplomatie dans le même temps", a déclaré jeudi la porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt. Selon elle, les Iraniens "ont fait savoir au président qu'ils veulent toujours conclure un accord. Nous leur parlons, mais, encore une fois, le président ne va pas les laisser tirer sur des navires dans le détroit sans conséquences".

Dans le détroit d'Ormuz, par lequel transitait avant la guerre un cinquième du pétrole et du gaz liquéfié (GNL) mondiaux, le trafic s'est raréfié.

Les cours du pétrole restent relativement stables malgré la situation, avec un baril de Brent autour de 85 dollars vendredi.


Moyen-Orient: nouveaux échanges de frappes entre Iran et Etats-Unis, pas d'accalmie

Les Etats-Unis et l'Iran ont de nouveau échangé des frappes, le conflit au Moyen-Orient ne montrant jeudi aucun signe d'accalmie après plus d'une semaine de bombardements. (AFP)
Les Etats-Unis et l'Iran ont de nouveau échangé des frappes, le conflit au Moyen-Orient ne montrant jeudi aucun signe d'accalmie après plus d'une semaine de bombardements. (AFP)
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  • Une première salve avait été lancée contre le pays plus tôt dans la journée, les forces américaines frappant "des sites de défense côtière et des sites de missiles de croisière sur l'île de Greater Tunb"
  • Côté iranien, le système de défense antiaérienne a été activé jeudi dans la capitale Téhéran et des explosions ont été entendues dans le nord et l'ouest de l'Iran, ont annoncé des médias d'Etat

TEHERAN: Les Etats-Unis et l'Iran ont de nouveau échangé des frappes, le conflit au Moyen-Orient ne montrant jeudi aucun signe d'accalmie après plus d'une semaine de bombardements.

L'armée américaine a achevé "une série de frappes nocturnes contre l'Iran" mercredi, a-t-elle indiqué, précisant avoir attaqué des cibles militaires, notamment dans la ville portuaire de Bandar Abbas (sud), afin de "réduire la capacité de l'Iran à menacer des marins innocents" dans le détroit d'Ormuz.

Une première salve avait été lancée contre le pays plus tôt dans la journée, les forces américaines frappant "des sites de défense côtière et des sites de missiles de croisière sur l'île de Greater Tunb", selon le Commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom).

Côté iranien, le système de défense antiaérienne a été activé jeudi dans la capitale Téhéran et des explosions ont été entendues dans le nord et l'ouest de l'Iran, ont annoncé des médias d'Etat.

Dans la journée de mercredi, la ville portuaire de Bouchehr (sud), où se trouve la seule centrale nucléaire d'Iran, a de nouveau été visée par Washington, comme les environs d'Iranshahr (sud-est). Sept militaires y ont été tués, selon l'armée iranienne, qui a recensé treize tirs de missiles américains.

Des explosions ont aussi été entendues dans plusieurs villes dont Bandar Abbas, Rask et Chabahar (sud-est), ainsi que sur l'île de Qeshm, ont rapporté les médias d'Etat.

Selon eux, un hôpital d'Ahvaz (sud-ouest) a été évacué à la suite de frappes américaines dans la région, et les patients ont été transférés vers d'autres établissements de santé.

 "Bonne volonté" 

Les affrontements ont repris le 7 juillet après des attaques contre des navires dans le Golfe, imputées à l'Iran. Les frappes menées depuis sont sans précédent depuis le cessez-le-feu d'avril mais les installations pétrolières et gazières du Golfe sont pour l'heure épargnées.

Ces tirs ont fait voler en éclats le protocole d'accord signé à la mi-juin, qui devait mettre fin aux hostilités.

Le président américain Donald Trump a toutefois salué un "geste de bonne volonté" de Téhéran après avoir annoncé dans la soirée la libération d'une citoyenne américaine retenue selon lui en Iran depuis 2024.

Les forces armées iraniennes ont quant à elles visé un radar, "des systèmes de communication et des installations de stockage de carburant de l'armée américaine sur la base aérienne Al-Azraq en Jordanie, à l'aide de drones d'attaque", selon un communiqué relayé jeudi matin par la télévision d'Etat.

Au Koweït, déjà visé dans la journée, l'armée a indiqué dans la nuit répondre à des attaques de drones iraniens, alors que les sirènes d'alerte aérienne ont retenti à Bahreïn.

Mercredi soir, des journalistes de l'AFP ont entendu des explosions près du consulat des Etats-Unis à Erbil, au Kurdistan irakien, après des survols de drones qui ont conduit à l'activation de la défense antiaérienne.

L'Iran, qui a de nouveau verrouillé le détroit d'Ormuz le week-end dernier, a promis que cette voie maritime resterait fermée jusqu'à la fin des "agressions" américaines.

Et dans le cadre du blocus des ports iraniens réinstauré depuis 24 heures par les Etats-Unis, un avion militaire américain a tiré sur un pétrolier vide qui tentait de le forcer. Le navire, identifié comme le M/T Belma, battant pavillon de Curaçao, a été "neutralisé", a précisé l'armée américaine.

En réimposant le blocus des ports iraniens, Donald Trump entend faire pression sur Téhéran, qui veut garder la main sur le détroit et n'autorise qu'un seul couloir de navigation, le long de ses côtes.

"Tellement effrayés"

Plus de trente civils sont morts depuis que les affrontements ont repris, selon le dernier bilan du gouvernement iranien.

"Les enfants sont tellement effrayés par le bruit des explosions qu'ils ne s'endorment pas avant le matin", témoigne Khadijeh, interrogée par l'AFP depuis Paris. "Les effets de la guerre resteront longtemps dans nos vies, nos esprits et notre santé mentale", ajoute cette artisane de 31 ans qui vit dans la province du Sistan-Baloutchistan (sud-est).

"Nous ne vivons pas, nous survivons. Que Dieu mette fin à la guerre, puis aux difficultés économiques", prie Nadin, enseignante de 27 ans dans la même région.

Dans le détroit d'Ormuz, passage situé dans les eaux iraniennes et omanaises par lequel transitait avant la guerre un cinquième du pétrole et du gaz liquéfié (GNL) mondiaux, le trafic s'est raréfié après l'attaque de plusieurs pétroliers, avec treize navires commerciaux recensés mardi par la société de suivi maritime Kpler.

Les cours du pétrole ont continué de faire du surplace jeudi après l'envolée du début de semaine, le baril de Brent oscillant autour de 85 dollars.

Le Département d'Etat américain a par ailleurs annoncé mercredi avoir approuvé une vente d'armes pour un montant de près de deux milliards de dollars à l'Arabie saoudite, "un allié majeur non membre de l'OTAN qui constitue un facteur de stabilité politique et de progrès économique" dans le Golfe.