Le plus gros pollueur du monde respecte-t-il ses engagements ?

Pour la Chine, «la solution passe par la fin de l'addiction du pays aux énergies fossiles mais agir de la sorte est toujours perçu comme un suicide économique». (Photo AFP)
Pour la Chine, «la solution passe par la fin de l'addiction du pays aux énergies fossiles mais agir de la sorte est toujours perçu comme un suicide économique». (Photo AFP)
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Publié le Mardi 10 août 2021

Le plus gros pollueur du monde respecte-t-il ses engagements ?

  • La Chine veut atteindre un pic d'émissions de gaz à effet de serre avant 2030, mais aucun plan n'a été annoncé pour atteindre cet objectif
  • Malgré les moyens déployés et les projets entamés, Pékin reste tentée par le charbon pour alimenter la croissance en temps de crise

PEKIN : Avec la parution du rapport du Groupement intergouvernemental d'experts sur le climat (GIEC) soulignant les conséquences du réchauffement climatique, la Chine, le plus gros pollueur du monde, est face au défi de remplir ses engagements en la matière.

Le président Xi Jinping a assuré que son pays atteindrait un pic d'émissions de gaz à effet de serre avant 2030 puis deviendrait totalement neutre dans ce domaine à l'horizon 2060. Mais, pour l'heure, aucun plan n'a été annoncé pour atteindre cet objectif.

Sous la pression des industriels, la législation visant à durcir les règles concernant les secteurs les plus polluants, tels que l'aciérie, la sidérurgie et les cimenteries, est au point mort, alors que les centrales au charbon se multiplient.

Le président Xi a annoncé vouloir "progressivement réduire" l'usage de cette énergie fossile à partir de 2026 mais, dans les faits, la Chine en reste largement tributaire.

En 2020, elle a ajouté 38,4 GigaWatts (GW) d'énergie issue du charbon, plus de trois fois la capacité supplémentaire installée dans ce domaine cette année-là ailleurs dans le monde, selon les données de l'organisation américaine Global Energy Monitor (GEM), qui étudie l'ensemble des projets énergétiques reposant sur les énergies fossiles.

"Cette nouvelle frénésie de charbon remet en cause les objectifs climatiques tant à court qu'à long terme", a estimé Christine Shearer, la directrice de programme charbon pour GEM.

La semaine dernière, le gouvernement chinois a demandé aux provinces de relâcher leurs efforts visant à réduire les émissions et de s'assurer qu'elles ne remettent pas en cause la croissance économique.

La demande en électricité progressant fortement, des mines de charbon abandonnées ont été rouvertes.

"Ces signaux contradictoires ont perturbé tant les investisseurs que les autorités locales", a affirmé Martin Wang, analyste pour Guotai Junan Securities.

Les inégalités entre pauvres et riches passent aussi par le climat

Les inégalités entre pauvres et riches passent aussi par les prévisions climatiques : au moment où les experts de l'Onu livrent leurs nouvelles projections, difficile pour certaines régions de prévoir le climat à venir, faute de données suffisantes.

Dans son rapport de 40 pages à destination des responsables politiques, le Giec présente trois cartes du monde, avec des hexagones représentant différentes parties de la planète.

Chacun des graphiques illustre les changements observés depuis les années 1950 en terme de canicules, de fortes précipitations et de sécheresses, région par région, avec différents codes couleurs.

Si une forte augmentation des canicules est visible quasiment partout, s'agissant des pluies extrêmes et de la sécheresse, de nombreuses zones restent grisées faute de données ou de certitudes suffisantes de la part des scientifiques.

C'est notamment le cas pour plusieurs régions en Afrique, en Amérique centrale et du Sud concernant les pluies et pour d'autres régions en Amérique centrale et du Sud, ainsi qu'en Asie, pour les sécheresses.

 

zdz

 

"Nous pouvons uniquement utiliser et évaluer la littérature (scientifique) disponible", rappelle à l'AFP Paola Arias, de l'université colombienne d'Antioquia et une des auteurs du rapport. Le Giec ne mène pas ses propres recherches mais se base sur les études scientifiques existantes.

"L'Amérique du Sud a un rôle très important à jouer dans le climat régional et est une source importante d'humidité pour l'Amérique centrale", explique-t-elle.

Or "nous avons besoin de plus de données d'observation. Nous n'en avons pas assez pour étudier les événements climatiques extrêmes", poursuit la scientifique.

Le manque de données est aussi flagrant concernant le continent africain.

Mohamed Adow, président du think tank sur le climat Power Shift Africa, basé à Nairobi, fait le parallèle entre ce manque de data et un vieil adage: si un arbre tombe dans la forêt mais que personne n'est là pour l'entendre, sa chute fera-t-elle du bruit?

"Les gens en Afrique ont conscience de la chaleur accablante, de la montée des océans et des événéments extrêmes sur le continent. Mais si ces données ne sont pas enregistrées par des scientifiques, cela va rendre beaucoup plus difficile la tâche pour les voix africaines de se faire entendre dans le débat sur la lutte contre le changement climatique", poursuit-il.

Le rapport du Giec insiste sur la responsabilité des "activités humaines" dans le réchauffement climatique de 1,1°C depuis la période pré-industrielle.

Mais ce chiffre global cache une injustice: les pays les plus vulnérables sont les plus pauvres, qui contribuent le moins aux émissions de gaz à effet de serre, souligne Mohamed Adow.

Dans le cas de l'Afrique, "c'est aussi là où il y a le moins de recherches scientifiques et ce manque impacte la capacité du continent à s'adapter", regrette-t-il.

"Nous devons résoudre cela rapidement et nous assurer que les chercheurs et les donateurs investissent pour combler ces trous dans la recherche climatique", poursuit-il.

La répartition des auteurs du rapport du Giec est aussi déséquilibrée, aussi bien géographiquement qu'en terme de genre. Sur 116 auteurs crédités, seulement 13 viennent de nations hors G20. 72% du total des auteurs du rapport sont des hommes.

Des efforts ont pourtant été fait. "Ils ont vraiment essayé d'avoir plus de femmes et une représentation régionale plus large", raconte Maisa Rojas Corradi, auteure principale du premier chapitre de ce rapport.

Parmi les obstacles qui persistent, des études ne sont pas rédigées en anglais ou ne sont pas publiées dans des revues scientifiques traditionnelles, explique-t-elle.

Une meilleure représentation au sein des auteurs du Giec n'est pas qu'une question d'équité. Elle permettrait également d'avoir des résultats scientifiques de meilleure qualité, avec plus de d'informations et de perspectives régionales, souligne-t-elle.

"Vous ne pouvez pas surveiller ce que vous n'observez pas", conclut la scientifique.

Ce retour en force du charbon semble aller à l'encontre des incitations que doit créer le nouveau marché du carbone, lancé en Chine le mois dernier, dont l'objectif était précisément de pousser les compagnies du secteur énergétique à réduire leurs émissions polluantes.

Le prix de la tonne de carbone se situe désormais autour de 50 yuans (6,56 euros), un niveau trop faible pour accélérer le recours aux énergies plus propres

Afin que la Chine puisse respecter ses objectifs, 90% de sa production énergétique doit provenir du nucléaire et des énergies renouvelables d'ici à 2050, selon des chercheurs de l'Université de Tsinghua, à Pékin, contre tout juste 15% aujourd'hui.

Ce pays dispose de plus du tiers du parc éolien et solaire mondial et produire de l'énergie renouvelable coûte désormais moins cher que via le charbon.

"Mais les fournisseurs d'énergie restent hésitants face à l'idée d'augmenter la part de l'énergie verte achetée du fait de la pression importante du lobby du charbon", a expliqué Han Chen, chercheur en politique énergétique pour le Conseil national de défense des ressources, un groupe de pression ayant son siège aux Etats-Unis.

"C'est la raison pour laquelle les énergies renouvelables ne constituent que 15% du mix énergétique de la Chine malgré les investissements réalisés", a-t-il ajouté.

Le gouvernement s'est engagé à investir dans les réseaux intelligents et le stockage d'énergie dans les cinq prochaines années et à autoriser l'installation de centrales solaires et éoliennes dans les régions reculées de l'ouest afin d'alimenter les usines situées sur la côte est.

Le Giec, l'autorité scientifique de référence sur le changement climatique

PARIS : Depuis plus de 30 ans, le Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (Giec) analyse le changement climatique, ses conséquences et les stratégies d'adaptation possibles à travers le monde via des rapports d'évaluation mis à jour régulièrement.

Le Giec, créé en 1988, a déjà dressé cinq rapports d'évaluation dont le dernier a été finalisé en 2013-2014. Il entame à présent la publication de son sixième rapport qui se décompose en trois volets: le premier, sur les éléments scientifiques les plus récents concernant le changement climatique, est publié lundi.

Le deuxième volet, dont une version préliminaire a été dévoilée en exclusivité par l'AFP en juin, concerne les conséquences du réchauffement climatique et les mesures d'adaptation. Il doit être publié officiellement en février 2022 et la troisième partie, consacrée aux mesures d'atténuation, le mois suivant. Un rapport de synthèse reprendra l'ensemble des éléments en septembre 2022.

Le but du Giec est de fournir aux gouvernements les éléments scientifiques utiles pour "élaborer des politiques dans le domaine du climat", ainsi que des bases pour les négociations lors des conférences pour le climat.

Le Giec synthétise les travaux existants et ne diligente pas d'études. Il ne fait pas non plus de préconisations mais expose les options possibles aux décideurs politiques.

Chaque volet de ces rapports d'évaluation est composé de centaines, voire de milliers de pages, et fait l'objet de plusieurs versions soumises aux commentaires des chercheurs et des gouvernements jusqu'à aboutir à la version définitive.

Il s'accompagne d'un "résumé à l'attention des décideurs" de quelques dizaines de pages. Ce texte est approuvé ligne par ligne, par consensus, par des délégations des 195 pays membres. Cette ultime validation, plus politique, touche à la forme mais ne revient pas sur le fond, explique le Giec.

Durant son sixième cycle d'évaluation, le Giec a également produit trois rapports spéciaux, sur un réchauffement planétaire de +1,5°C, les terres émergées, et l'océan et la cryosphère.

Créé par l'Organisation météorologique mondiale (OMM) et le Programme des Nations unies pour l'environnement (Pnue), son fonctionnement repose sur les contributions bénévoles de milliers de spécialistes des sciences de l'atmosphère, d'océanographes, de glaciologues, d'économistes, etc.

En 2007, le Giec avait reçu, avec l'ex-président américain Al Gore, le prix Nobel de la Paix pour son travail de diffusion des connaissances sur le réchauffement et les mesures nécessaires pour le limiter.

Les investissements dans le nucléaire sont également en forte hausse : sur les 15 prochaines années, la Chine veut installer au moins 200 GW de production nucléaire, soit plus que la capacité existante en France et aux Etats-Unis, les deux pays les plus nucléarisés au monde.

Un quart des émissions chinoises de gaz à effet de serre provient des transports et les autorités ont déversé des milliards de yuans pour faire la promotion de solutions alternatives plus propres.

Désormais, 5% des voitures vendues en Chine sont électriques ou hybrides et la plupart des villes comptent des milliers de bornes de recharge.

Les transports publics sont aussi largement passés à l'électrique et des routes électrifiées, destinées aux véhicules intelligents, sont construites.

Mais le gouvernement a aussi réduit en 2020 son soutien aux constructeurs de voitures électriques, après que plusieurs cas de fraudes aux subventions ont défrayé la chronique.

Plus de 40 milliards d'arbres ont été plantés en Chine ces 30 dernières années, créant ainsi des puits de carbone susceptibles d'absorber une partie des émissions polluantes. Plus de 22% de son territoire est désormais recouvert de forêts, contre 12% en 1978.

Mais des experts soulignent que ces reforestations se font sur la base d'une seule essence, rendant les forêts d'autant plus fragiles en cas de sécheresse ou de parasites.

D'une manière générale, les critiques soulignent que ce pays est encore très loin de ses propres objectifs.

"La Chine est dans un cycle de croissance reposant sur des émissions supplémentaires qui remettent en question les progrès réalisés depuis le début des années 2010", a insisté Li Shuo, conseiller sur le climat pour Greenpeace Chine : "la solution passe par la fin de l'addiction du pays aux énergies fossiles mais agir de la sorte est toujours perçu comme un suicide économique".


UE: accord politique pour sanctionner les colons extrémistes israéliens attendu lundi

L'Union européenne devrait parvenir à se mettre d'accord lundi pour sanctionner les colons extrémistes israéliens coupables de violences contre les Palestiniens en Cisjordanie, a affirmé la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas. (AFP)
L'Union européenne devrait parvenir à se mettre d'accord lundi pour sanctionner les colons extrémistes israéliens coupables de violences contre les Palestiniens en Cisjordanie, a affirmé la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas. (AFP)
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  • Des sanctions contre des responsables du mouvement palestinien Hamas, également bloquées en raison du veto hongrois sur les colons extrémistes, devraient également être adoptées
  • Sept colons extrémistes, ou leur organisation, sont concernés par ces sanctions ainsi que 12 responsables du Hamas et l'organisation elle-même

BRUXELLES: L'Union européenne devrait parvenir à se mettre d'accord lundi pour sanctionner les colons extrémistes israéliens coupables de violences contre les Palestiniens en Cisjordanie, a affirmé la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas.

"Je m'attends à un accord politique sur les sanctions visant les colons violents, j'espère que nous y parviendrons", a-t-elle déclaré avant le début d'une réunion des ministres des Affaires étrangères de l'UE à Bruxelles.

Ces sanctions étaient bloquées depuis des mois par un veto de la Hongrie de Viktor Orban. Mais, depuis la victoire de Peter Magyar aux élections législatives du 12 avril, l'UE espère désormais que la voie est dégagée en vue d'un accord sur ces sanctions, qui prévoient un gel des avoirs dans l'Union européenne et une interdiction d'entrer dans l'UE.

Des sanctions contre des responsables du mouvement palestinien Hamas, également bloquées en raison du veto hongrois sur les colons extrémistes, devraient également être adoptées.

Sept colons extrémistes, ou leur organisation, sont concernés par ces sanctions ainsi que 12 responsables du Hamas et l'organisation elle-même.

Territoire palestinien miné par des violences quotidiennes, la Cisjordanie est occupée par Israël depuis 1967.

Début mai, au moins 1.069 Palestiniens, parmi lesquels de nombreux combattants, mais aussi beaucoup de civils, y ont été tués par des soldats ou des colons israéliens depuis le début de la guerre de Gaza, déclenchée par l'attaque du mouvement islamiste palestinien Hamas le 7 octobre 2023, selon un décompte de l'AFP établi à partir de données de l'Autorité palestinienne.

 


Trump rejette la réponse de l'Iran, le pétrole repart à la hausse

Les prix du pétrole sont repartis à la hausse lundi, Donald Trump ayant sèchement rejeté la réponse de l'Iran aux propositions américaines pour mettre fin à la guerre. (AFP)
Les prix du pétrole sont repartis à la hausse lundi, Donald Trump ayant sèchement rejeté la réponse de l'Iran aux propositions américaines pour mettre fin à la guerre. (AFP)
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  • Avant même l'ouverture des marchés asiatiques, les prix du pétrole ont pris l'ascenseur, le baril de Brent gagnant 3,29% à 104,62 dollars lundi vers 02h20 GMT, alors que s'éloignait la perspective d'une réouverture rapide du détroit d'Ormuz
  • D'après le Wall Street Journal, qui cite des sources proches du dossier, la proposition de Téhéran prévoit une réouverture graduelle du détroit d'Ormuz, et une levée simultanée du blocus des ports iraniens par la marine américaine

WASHINGTON: Les prix du pétrole sont repartis à la hausse lundi, Donald Trump ayant sèchement rejeté la réponse de l'Iran aux propositions américaines pour mettre fin à la guerre.

"Je viens de lire la réponse des soi-disant +représentants+ de l'Iran. Je ne l'aime pas — C'EST TOTALEMENT INACCEPTABLE!", a écrit en lettres capitales le président américain dimanche soir dans un bref message sur son réseau Truth Social.

Avant même l'ouverture des marchés asiatiques, les prix du pétrole ont pris l'ascenseur, le baril de Brent gagnant 3,29% à 104,62 dollars lundi vers 02h20 GMT, alors que s'éloignait la perspective d'une réouverture rapide du détroit d'Ormuz, par lequel transite en temps normal un cinquième de l'or noir consommé dans le monde et que l'Iran bloque depuis le début des hostilités le 28 février.

Après plus d'un mois de trêve entre les deux belligérants, les espoirs de règlement du conflit sont nébuleux, aucune des parties n'ayant dévoilé publiquement ses propositions.

Après des jours d'attente, l'Iran a annoncé dimanche avoir répondu au plan américain, mais sans donner de détails. La télévision publique iranienne s'est bornée à rapporter que la réponse de Téhéran, transmise via le médiateur pakistanais, était "axée sur la fin de la guerre (...) sur tous les fronts, en particulier au Liban, et sur la garantie de la sécurité de la navigation maritime".

Réouverture du détroit 

D'après le Wall Street Journal, qui cite des sources proches du dossier, la proposition de Téhéran prévoit une réouverture graduelle du détroit d'Ormuz, et une levée simultanée du blocus des ports iraniens par la marine américaine.

Selon le quotidien américain, Téhéran serait également prêt à "diluer" une partie de son uranium enrichi et à envoyer le reste dans un "pays tiers".

Washington et de nombreux pays soupçonnent Téhéran de vouloir se doter de l'arme atomique via l'enrichissement de l'uranium, ce qu'il dément, défendant son droit au nucléaire civil.

"Il reste encore des matières nucléaires – de l'uranium enrichi – qui doivent être retirées d'Iran" et "des sites d'enrichissement à démanteler", a affirmé plus tôt dimanche le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à la chaîne américaine CBS.

Il a aussi dit espérer la fin du pouvoir iranien, qui signifierait la chute, "comme un échafaudage" selon lui, des supplétifs de l'Iran au Yémen (Houthis), à Gaza (Hamas) et au Liban (Hezbollah).

"Est-ce possible? Oui. Est-ce certain? Non", a-t-il dit. "L'Iran continue à soutenir ces supplétifs, qui cherchent à produire des missiles balistiques. Nous les avons beaucoup réduits mais ils sont toujours là et il reste du travail à faire", a observé le chef du gouvernement israélien.

La guerre, qui a fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban, "a permis d'accomplir beaucoup de choses, mais elle n'est pas finie", a-t-il averti.

Drones dans le Golfe 

Dans le Golfe, de nouvelles attaques ont été signalées dimanche.

Au Qatar, un vraquier en provenance d'Abou Dhabi a été visé par un drone dans les eaux territoriales, avant de poursuivre son trajet, selon le ministère de la Défense.

L'agence de presse iranienne Fars a affirmé qu'il "battait pavillon américain et appartenait aux Etats-Unis", sans dire explicitement que l'Iran l'avait visé.

D'autres pays ont été ciblés par des drones: le Koweït n'en a pas précisé la provenance, mais Abou Dhabi a directement accusé Téhéran.

Dès le déclenchement de la guerre par Israël et les Etats-Unis, les monarchies du Golfe, alliées de Washington, avaient fait l'objet de frappes iraniennes.

Ces attaques interviennent deux jours après que l'armée américaine a visé deux pétroliers iraniens dans le golfe d'Oman, voie d'accès au détroit d'Ormuz.

"Notre retenue est terminée", a averti Ebrahim Rezaei, porte-parole de la commission de sécurité nationale du Parlement iranien. "Toute attaque contre nos navires déclenchera une riposte iranienne forte et décisive contre les navires et les bases" des Etats-Unis.

"Nous ne courberons jamais la tête devant l'ennemi, et s'il est question de dialogue ou de négociation, cela ne signifie ni capitulation, ni recul", a de son côté écrit sur X le président Massoud Pezeshkian.

Le Royaume-Uni et la France s'activent de leur côté pour mettre sur pied une coalition internationale visant à sécuriser le détroit, après un règlement du conflit.

Les ministres de la Défense des deux pays coprésideront mardi une réunion en visioconférence avec une quarantaine de leurs homologues de pays prêts à contribuer à une telle mission, a annoncé Londres.

Téhéran a averti que tout déploiement déclencherait une "réponse décisive et immédiate" de l'armée iranienne, après l'annonce par Paris et Londres de l'envoi de bâtiments militaires pour se prépositionner dans la région.

 


Washington frappe deux pétroliers mais attend une réponse de l'Iran

Un avion de chasse américain a neutralisé vendredi deux pétroliers battant pavillon iranien, provoquant des attaques de représailles et fragilisant une trêve déjà précaire. (AFP)
Un avion de chasse américain a neutralisé vendredi deux pétroliers battant pavillon iranien, provoquant des attaques de représailles et fragilisant une trêve déjà précaire. (AFP)
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  • Les États-Unis ont frappé deux pétroliers iraniens dans le golfe d’Oman, tandis que Washington attend une réponse de Téhéran à une proposition de paix visant à mettre fin durablement au conflit
  • La crise continue de peser sur la région et l’économie mondiale : le détroit d’Ormuz reste verrouillé, les prix du pétrole demeurent élevés et les violences se poursuivent entre Israël et le Hezbollah malgré la trêve

TEHERAN: Les Etats-Unis ont frappé vendredi deux pétroliers iraniens, tout en disant attendre incessamment une réponse de Téhéran à sa dernière proposition en vue de mettre durablement fin aux hostilités.

Les navires, qui ne transportaient pas de cargaison selon l'armée, ont été "neutralisés" par un avion de chasse dans le golfe d'Oman, voie d'accès au stratégique détroit d'Ormuz.

Des extraits vidéo en noir et blanc, diffusés par le commandement militaire américain pour la région (Centcom), montrent une épaisse fumée s'échappant de la partie arrière des tankers, dédiée au pilotage.

L'état des bateaux et des personnes à bord n'était pas connu vendredi soir.

Téhéran a dénoncé auprès de l'ONU une "violation flagrante" du cessez-le feu conclu un mois plus tôt.

Une source militaire citée par l'agence Tasnim a fait savoir que les Iraniens n'étaient pas restés les bras croisés: "Après une période d'échanges de tirs, les affrontements ont cessé actuellement et le calme est revenu."

Des échanges de frappes avaient déjà eu lieu la veille.

Téhéran verrouille le détroit d'Ormuz, stratégique pour le commerce mondial des hydrocarbures, depuis le début de la guerre le 28 février, qui a fait des milliers de morts, surtout en Iran et au Liban, et ébranlé l'économie mondiale.

En rétorsion, Washington applique un blocus des ports iraniens.

- "Précieux" détroit -

A Washington, Donald Trump a dit vendredi attendre dans la soirée une réponse des Iraniens à une proposition de paix, au-delà de la trêve.

"Je devrais recevoir une lettre ce soir, donc on verra bien comment ça se passe", a-t-il dit à des journalistes.

Auparavant, son chef de la diplomatie, Marco Rubio, avait dit attendre une réponse de Téhéran "dans la journée".

"Nous suivons nos propres processus et nous ne faisons pas attention à ces échéances", avait répondu le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï, cité par la télévision d'Etat, en précisant que l'Iran étudiait toujours la proposition américaine.

M. Rubio a aussi sommé les Européens de venir en aide aux Etats-Unis pour sécuriser le passage dans le détroit d'Ormuz. Ces derniers ont jusqu'ici refusé de s'engager tant qu'un accord américano-iranien n'est pas conclu.

Le bras de fer entre Téhéran et Washington se traduit par un trafic maritime largement paralysé et des cours du pétrole élevés.

Le baril de Brent de la mer du Nord a terminé la semaine une nouvelle fois au-dessus de cent dollars.

Un conseiller du Guide suprême iranien a estimé que le détroit d'Ormuz représentait pour l'Iran, qui le borde, "une opportunité aussi précieuse qu'une bombe atomique".

"Avoir entre ses mains une position permettant d'influencer l'économie mondiale par une seule décision est une opportunité majeure", a-t-il souligné.

- Dix morts au Liban -

Le Liban est depuis le 2 mars en parallèle le théâtre d'une guerre entre le Hezbollah pro-iranien et Israël.

Malgré une trêve, en vigueur depuis le 17 avril, Israël poursuit ses frappes, en particulier dans le sud du petit pays.

Ces bombardements ont tué dans la journée dix personnes - dont deux enfants et trois femmes, selon le ministère libanais de la Santé.

Le Hezbollah a revendiqué deux attaques contre des bases militaires dans le nord d'Israël.

De nouvelles discussions entre Israël et le Liban, auxquelles le Hezbollah est opposé, sont prévues à Washington les 14 et 15 mai.

"Consolider le cessez-le-feu" fait partie des "objectifs essentiels" que le Liban attend de cette troisième session de négociations avec Israël, selon le ministre des Affaires étrangères, Youssef Raggi.