Prouvés faux il y a 100 ans, les «Protocoles des Sages de Sion» alimentent encore l’antisémitisme

Couvertures d'éditions traduites des "Protocoles des Sages de Sion" (collage, Wikimedia Commons))
Couvertures d'éditions traduites des "Protocoles des Sages de Sion" (collage, Wikimedia Commons))
Photo du Mémorial de la Shoah à Toulouse, en France, lors d'un hommage posthume à Mireille Knoll, une femme juive assassinée à son domicile dans le cadre d'un crime qualifié d'"antisémite" par la police (AFP)
Photo du Mémorial de la Shoah à Toulouse, en France, lors d'un hommage posthume à Mireille Knoll, une femme juive assassinée à son domicile dans le cadre d'un crime qualifié d'"antisémite" par la police (AFP)
Des fleurs, des bougies et un message disant "Pour une société ouverte et tolérante - L'antisémitisme n'a pas sa place ici" sont photographiés devant la synagogue 'Hohe Weide' à Hambourg, Allemagne, le 5 octobre 2020, un jour après une attaque contre un étudiant juif. (AFP)
Des fleurs, des bougies et un message disant "Pour une société ouverte et tolérante - L'antisémitisme n'a pas sa place ici" sont photographiés devant la synagogue 'Hohe Weide' à Hambourg, Allemagne, le 5 octobre 2020, un jour après une attaque contre un étudiant juif. (AFP)
Des manifestants tiennent une banderole sur laquelle est écrit "8 mai, commémoration, fête, lutte contre l'antisémitisme" lors d'une manifestation contre la présence d'éléments d'extrême droite dans la police allemande et d'autres services de sécurité à Berlin le 8 mai 2021. (AFP)
Des manifestants tiennent une banderole sur laquelle est écrit "8 mai, commémoration, fête, lutte contre l'antisémitisme" lors d'une manifestation contre la présence d'éléments d'extrême droite dans la police allemande et d'autres services de sécurité à Berlin le 8 mai 2021. (AFP)
Un membre de l'Initiative contre l'antisémitisme de Gelsenkirchen tient une pancarte indiquant "combattre l'antisémitisme - Peu importe d'où il vient - #plus jamais" lors d'une veillée devant la synagogue de Gelsenkirchen, en Allemagne, le 14 mai 2021. (AFP )
Un membre de l'Initiative contre l'antisémitisme de Gelsenkirchen tient une pancarte indiquant "combattre l'antisémitisme - Peu importe d'où il vient - #plus jamais" lors d'une veillée devant la synagogue de Gelsenkirchen, en Allemagne, le 14 mai 2021. (AFP )
Des pancartes sont brandies lors d'une contre-manifestation à un rassemblement anti-juif, organisé par un groupe de manifestants d'extrême droite à Whitehall, dans le centre de Londres, le 4 juillet 2015. (AFP)
Des pancartes sont brandies lors d'une contre-manifestation à un rassemblement anti-juif, organisé par un groupe de manifestants d'extrême droite à Whitehall, dans le centre de Londres, le 4 juillet 2015. (AFP)
Des hommes juifs orthodoxes marchent dans le quartier de Crown Heights à Brooklyn le 27 février 2019 à New York à la suite d'une série d'attaques antisémites qui ont rappelé des souvenirs douloureux. (AFP)
Des hommes juifs orthodoxes marchent dans le quartier de Crown Heights à Brooklyn le 27 février 2019 à New York à la suite d'une série d'attaques antisémites qui ont rappelé des souvenirs douloureux. (AFP)
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Publié le Samedi 07 août 2021

Prouvés faux il y a 100 ans, les «Protocoles des Sages de Sion» alimentent encore l’antisémitisme

Photo du Mémorial de la Shoah à Toulouse, en France, lors d'un hommage posthume à Mireille Knoll, une femme juive assassinée à son domicile dans le cadre d'un crime qualifié d'"antisémite" par la police (AFP)
  • En 1921, le Times de Londres a prouvé définitivement que les infâmes «Protocoles des Sages de Sion» n'étaient rien d'autre qu'une falsification grossièrement plagiée
  • Les "Protocoles" consistent en de prétendus procès-verbaux de réunions secrètes d'un sommet de dirigeants juifs anonymes complotant pour l'imposition d'un gouvernement mondial unique sous un roi juif dictatorial

WASHINGTON, D.C. : Cet été marque le 100e  anniversaire d'un triomphe journalistique contre la haine. En 1921, le Times de Londres a prouvé définitivement que les infâmes «Protocoles des Sages de Sion» n'étaient rien d'autre qu'une falsification grossièrement plagiée. Pourtant, malgré cela, les «Protocoles» ont alimenté un siècle de haine, de violence et même de génocide contre le peuple juif.

Cette déconnexion met en évidence l'un des plus grands défis auxquels la presse et la communauté internationale sont aujourd'hui confrontées : réfuter quelque chose de calomnieux n'est pas suffisant pour empêcher ceux qui ne le savent pas de le croire, surtout si les extrémistes sont incités à continuer à promouvoir la calomnie.

Ces dernières semaines, la Ligue anti-diffamation (ADL) a annoncé la nouvelle lorsque notre PDG a révélé dans Newsweek que le président élu iranien Ebrahim Raïssi est à la tête d’une fondation qui a produit un horrible documentaire de 50 épisodes pour promouvoir les «Protocoles».

Pire encore, sous le mandat de Raïssi, la fondation a distribué le documentaire à des millions de pèlerins qui visitent le sanctuaire Imam Reza à Mashhad sous son contrôle. Le documentaire, intitulé «Le plan du diable», a été diffusé sur plusieurs chaînes de télévision publiques en Iran et a même fait l'objet d'un quiz sur les «Protocoles» auxquels les pèlerins étaient invités à participer au sanctuaire.

La volonté de Raïssi de commettre des crimes horribles au nom du régime iranien est déjà bien connue. Il est donc évident qu'il aurait volontairement supervisé l'exploitation des lieux saints et des médias modernes pour développer les «Protocoles» au service de la vision du monde de Téhéran.

Ce qui est plus surprenant, c'est l'utilisation courante et généralisée des «Protocoles» eux-mêmes, un siècle maintenant après qu'ils se sont avérés faux. Comprendre cette histoire peut nous aider tous aujourd'hui alors que nous sommes aux prises avec les défis posés par la désinformation, notamment en provenance d'Iran.

Le président iranien nouvellement élu, Ebrahim Raïssi, prend la parole lors de sa prestation de serment au parlement iranien à Téhéran, le 5 août 2021. (Photo, AFP)
Le président iranien nouvellement élu, Ebrahim Raïssi, prend la parole lors de sa prestation de serment au parlement iranien à Téhéran, le 5 août 2021. (Photo, AFP)

Ce que les «Protocoles» prétendent

Les «Protocoles» ont émergé dans l'Empire russe au tournant du XIXe  siècle. Ils prétendent être une série de procès-verbaux de réunions secrètes d'un sommet de dirigeants juifs anonymes complotant pour l'imposition d'un gouvernement mondial unique sous un roi juif dictatorial.

Chacun des 24 soi-disant «protocoles» du document est un chapitre qui se concentre sur un aspect différent de ce prétendu complot juif, comme le contrôle de tout l’or du monde, des gouvernements, des médias, des systèmes éducatifs et des sociétés franc-maçonnes. D'autres thèmes incluent les stéréotypes anti-juifs tels que la cupidité, la déloyauté, la soif du sang, la suprématie et la corruption morale.

​​​​Theodor Herzl au deuxième congrès sioniste à Bâle, en 1898. (Photo, Wikimedia Commons)
Theodor Herzl au deuxième congrès sioniste à Bâle, en 1898. (Photo, Wikimedia Commons)

Certains prétendent que les «Protocoles» sont les procès-verbaux du sommet de 1897, connu sous le nom du Premier Congrès sioniste, que Theodor Herzl a organisé à Bâle, en Suisse. Pourtant, cela ne tient pas compte du fait que les «Protocoles» eux-mêmes accordent peu d'attention au sionisme, qui était tout l'objet du sommet de Herzl, tenu sous le contrôle de la presse et dont les procès-verbaux sont accessibles au public en détail.

Alors que les «Protocoles» commençaient à circuler en dehors de la Russie, l’organisation précurseure de l’ADL et d’autres groupes juifs américains ont publié une déclaration commune en 1920, les rejetant comme «une falsification de base». L'année suivante, le Times a trouvé une preuve définitive à cet effet, dans ce que le journal pense qu’il pourrait être «peut-être le plus grand scoop de Times» de son histoire.

Ce que le Times a trouvé

En août 1921, le Times a publié une série d'articles révélant comment ils ont découvert que d'énormes parties des «Protocoles» étaient en fait plagiés à partir d'une œuvre de fiction beaucoup plus ancienne qui n'avait rien à voir avec les Juifs.

Tandis que plusieurs autres passages des «Protocoles» étaient déjà connus pour avoir été volés à d'autres œuvres de fiction politique, le Times a trouvé «la base principale du faux sur lequel il se basait, ou dans lequel était incorporé du matériel provenant d'autres sources».

Page de titre de l'ouvrage antisémite Serge Nilus, Le Grand dans le Petit, Les Protocoles de Sion, 1905, Russie, un canular antisémite prétendant décrire un plan juif de domination mondiale. (Photo, Wikimedia Commons)
Page de titre de l'ouvrage antisémite Serge Nilus, Le Grand dans le Petit, Les Protocoles de Sion, 1905, Russie, un canular antisémite prétendant décrire un plan juif de domination mondiale. (Photo, Wikimedia Commons)

Ce livre était «Dialogues en enfer entre Machiavel et Montesquieu» de Maurice Joly, un ouvrage de propagande politique française publié en 1864.  Joly a cherché à mobiliser l'opposition à l'époque contre l'empereur Napoléon III en condamnant et même en diabolisant les dirigeants puissants en termes vagues. Les «Protocoles» ont simplement échangé un conseil obscur de Juifs anonymes comme principal méchant.

Le Times a reçu le livre de Joly par un expatrié russe en Turquie et en a vérifié une seconde copie au British Museum. Il semblait que les «Protocoles» aient été rédigés de manière bâclée «avec l'intention de promouvoir la propagande antisémite en Russie, et en même temps avec l'idée de renforcer le pouvoir autocratique du tsar, en tant que seul homme qui pourrait sauver le monde du «danger juif».

Réfutations ultérieures

Plus d'informations sur comment et pourquoi les « Protocoles » ont été falsifiés de cette manière ont émergé au fil du temps. En 1934-35, deux groupes juifs suisses ont poursuivi en justice des agitateurs nazis locaux à Berne pour diffamation après avoir publié les «Protocoles».

Les groupes ont fait venir des témoins qui ont réfuté les affirmations concernant la conférence de Bâle de 1897 et une prétendue alliance judéo-maçonnique, tandis que la défense n'a pas réussi à étayer même ses affirmations les plus fondamentales.

Les témoins à charge comprenaient même des experts russes qui ont identifié par leur nom les agents de la police secrète russe impliqués dans l'élaboration des «protocoles», dans l'espoir d'influencer le tsar Nicolas II, tout en affaiblissant les réformistes et en faisant des juifs les boucs émissaires des difficultés de la Russie.

Le tribunal a donné raison à l'accusation, concluant «qu'il est désormais prouvé avec la plus grande clarté» que les textes «avaient été copiés» de l'œuvre de Joly, très probablement pour gagner en influence à la cour du tsar».

Aux États-Unis, le constructeur automobile Henry Ford a publié une adaptation des « Protocoles » sous la forme d'une série d'articles dans un journal local de 1920 à 1922 et sous la forme d'un livre intitulé « The International Jew » (Le juif international), qui s'est vendu à un demi-million d'exemplaires.

La publication Ford «Le Juif international », le problème le plus important du monde. Articles de The Dearborn Independent, 1920. (Photo, Wikimedia Commons)
La publication Ford «Le Juif international », le problème le plus important du monde. Articles de The Dearborn Independent, 1920. (Photo, Wikimedia Commons)

Mais face à d'éventuelles sanctions légales pour diffusion d'un faux document, Ford a renié les «Protocoles» en 1927 et s'est excusé auprès de l'ADL. En Russie même, un tribunal de Moscou en 1992 a statué en faveur d'un journal juif poursuivi pour diffamation lorsqu'il a qualifié un groupe ultranationaliste d'antisémite pour avoir publié en série les «Protocoles».

Trois universitaires russes, acceptés à la fois par la défense et l'accusation, ont uniformément témoigné en concluant que les «Protocoles» étaient faux. En 1999, un historien a identifié des documents dans les archives de la Russie prouvant ce qui avait été allégué par deux témoins experts lors du procès de 1934-35 en Suisse : que les « Protocoles » ont été élaborés par un agent de la police secrète russe nommé Matthieu Golovinski pour diaboliser les Juifs et marginaliser les réformateurs russes.

Comment une falsification prouvée s'est propagée

Malgré de telles réfutations, les «Protocoles» ont continué à se répandre, peut-être parce qu'ils ne faisaient que confirmer ce que beaucoup de gens croyaient déjà.

Par exemple, dans son manifeste de 1925 «Mein Kampf» (Mon combat), Adolf Hitler a montré qu'il était conscient que les «Protocoles» étaient identifiés par les médias grand public comme faux. Pourtant, il était tellement convaincu que sa haine envers les Juifs était justifiée qu'il a décrit ces réfutations comme «la meilleure preuve qu'elles sont authentiques».

Hitler a fait référence aux «Protocoles» comme un moyen d'atteindre ses fins politiques, écrivant qu'une fois que le public peut être convaincu d'y croire, «la menace juive peut être considérée comme détruite».

Des pancartes sont brandies lors d'une contre-manifestation à un rassemblement anti-juif, organisé par un groupe de manifestants d'extrême droite à Whitehall, dans le centre de Londres, le 4 juillet 2015. (Photo, AFP)
Des pancartes sont brandies lors d'une contre-manifestation à un rassemblement anti-juif, organisé par un groupe de manifestants d'extrême droite à Whitehall, dans le centre de Londres, le 4 juillet 2015. (Photo, AFP)

Son parti nazi a commencé sa campagne contre les Juifs d'Allemagne en 1933 par un boycott des magasins appartenant à des Juifs, l'appelant une défense contre le «Plan de Bâle», une allusion aux «Protocoles». En fin de compte, l'Allemagne nazie a publié et distribué plus de vingt éditions, et le livre a même été utilisé pour instruire les enfants dans certaines écoles allemandes.

En légitimant le mythe d'une conspiration juive visant à dominer le monde, les «Protocoles» ont contribué au génocide nazi de six millions d'hommes, de femmes et d'enfants juifs. Pourtant, c'est après la défaite d'Hitler que les «Protocoles» ont atteint leur public le plus large, gagnant un impact mondial dans la seconde moitié du 20e  siècle.

Des controverses sur les «Protocoles» ont été signalées en 1968, non seulement en Pologne mais aussi au Liban, où 200 000 exemplaires auraient été publiés pour être distribués en Afrique francophone. En 1972, ils ont fait l'objet d'histoires impliquant non seulement le ministre grec de l'Éducation, mais aussi l'ancien dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, qui gardait une pile sur son bureau et disait aux visiteurs : «Vous devez le lire».

L'ADL a noté que dans les années 1970, les «Protocoles» étaient documentés dans des pays d'Amérique latine tels que l'Argentine, le Brésil, le Chili et le Panama, et également publiés à cette époque en Inde  et au Pakistan. D'autres éditions ont vu le jour au Japon en 1987, au Mexique en 1992 et en Indonésie en 2003.

Les «Protocoles» au Moyen-Orient

Aucune région n'a aujourd'hui le monopole des «Protocoles». Par exemple, un sondage d'opinion réalisé le 28 juin auprès d'adultes américains a révélé que, parmi les personnes interrogées qui croient à la théorie du complot d'extrême droite QAnon, 49 % de ce sous-groupe croient également aux «Protocoles». Pourtant, à cause du conflit arabo-israélien, les «Protocoles» ont particulièrement attiré certains publics au Moyen-Orient.

Les chercheurs ont documenté 102 instances différentes des «Protocoles» publiées sous forme de livre ou de série de journaux en Turquie entre 1946 et 2008, contre seulement trois fois auparavant.

L'ADL a documenté dans une brochure intitulée « Les protocoles : mythe et histoire » que, de 1965 à 1967, «environ 50 livres sur des sujets politiques publiés en arabe étaient, soit fondés sur les «Protocoles», soit cités à partir d'eux».

Les extrémistes ont eu le plus grand intérêt pour les «Protocoles» car ils valident leur position. La charte du Hamas de 1988 déclarait : «Aujourd'hui c'est la Palestine, demain, ce sera un pays ou un autre. Le plan sioniste est sans limites… quand ils auront digéré la région qu'ils ont envahie, ils chercheront une nouvelle expansion, et ainsi de suite. Leur plan est incarné dans les «Protocoles des Sages de Sion».

De même, le régime fondamentaliste iranien a propagé les «Protocoles» depuis ses premières années. L'Organisation de propagande islamique du leader iranien publie et distribue les «Protocoles» depuis les années 1980.

La fondation, que le président élu Raïssi dirigeait il y a encore quelques années et qui a produit sa série de films de 50 épisodes sur les «Protocoles» sous son mandat, publie également ses propres éditions papier depuis les années 1990.

En 2003, la chaine Al-Manar du Hezbollah a diffusé une série de 29 épisodes basée sur les «Protocoles» intitulée «Al-Shatat» (la diaspora). La production du film a été facilitée par le régime d'Assad, mais la pression diplomatique a conduit la télévision d'État syrienne à l'abandonner, et les autorités françaises ont forcé Al-Manar à quitter Eutelsat à cause du film.

Des partisans du leader libanais du Hezbollah, Hassan Nasrallah, l'écoutent via un écran lors d'un rassemblement à Khiam, au Liban, le 13 août 2017. (Photo, Reuters/Archives)
Des partisans du leader libanais du Hezbollah, Hassan Nasrallah, l'écoutent via un écran lors d'un rassemblement à Khiam, au Liban, le 13 août 2017. (Photo, Reuters/Archives)

Pourtant, les forces modérées ont parfois aussi évoqué les «Protocoles» de manière regrettable, comme en 2002 lorsque la télévision d'État égyptienne et une chaîne privée ont diffusé «Horseman Without a Horse» (Cavalier sans cheval), un autre documentaire en plusieurs épisodes basé en partie sur les «Protocoles».

En réponse aux plaintes, la télévision d'État a coupé des parties du film et a ajouté un avertissement, mais il a été rediffusé à la fois en Égypte et à l'étranger. La star du film se vante d'avoir inspiré la vente de deux millions d'exemplaires des «Protocoles».

Arab News a publié un éditorial notant que les «Protocoles» étaient «depuis longtemps avérés être faux» et que même si seulement 1% de «Cavalier sans cheval» est basé sur le livre, «c’est 1 % de trop».

Asharq Al-Awsat a publié une interview avec un universitaire palestinien critiquant le film et qualifiant le texte de «livre fictif» qui nuit à la question palestinienne. En 2008, le Grand Mufti d'Égypte a qualifié les «Protocoles» de «livre fictif qui n'a aucun fondement factuel».

Tant au Moyen-Orient que dans d'autres régions, le mythe d'une cabale juive contrôlant le monde est encore assez courant dans certains cercles aujourd'hui, même si les «Protocoles» ne sont pas explicitement mentionnés.

Et dans mon propre travail, je tombe sur des exemplaires des «Protocoles» vendus par des exposants privés lors de foires du livre gérées par l'État dans certaines parties de la région, dont une qui a eu lieu en Égypte le mois dernier. Je les ai également trouvés dans certains manuels d'État, mais grâce aux réformateurs de l'éducation, cela est devenu beaucoup moins courant aujourd'hui.

Se défendre contre la désinformation aujourd'hui

Le 22 juin, le ministère américain de la Justice a saisi 36 sites Web liés au Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) d'Iran et à ses mercenaires, dont beaucoup avaient des antécédents de propagande haineuse et mensongère contre l'Arabie saoudite, l'Amérique, Israël et le peuple juif. Et certains d'entre eux ont régulièrement invoqué les «Protocoles» à des fins de propagande.

Les gardiens de la révolution iranienne célèbrent le lancement d'un missile dans un lieu secret en Iran, le 3 juillet 2012. (Photo, AP/IRNA, Mostafa Qotbi/Archives)
Les gardiens de la révolution iranienne célèbrent le lancement d'un missile dans un lieu secret en Iran, le 3 juillet 2012. (Photo, AP/IRNA, Mostafa Qotbi/Archives)

Une telle désinformation peut être dangereuse. Un autre site géré par le CGRI interrompu par le ministère de la Justice en 2020 était AWD News, autrefois le domaine Web numéro un promu par les internautes iraniens sur Twitter.

En 2016, AWD News a rapporté sans fondement qu'Israël avait menacé le Pakistan d'armes nucléaires s'il entrait en Syrie, et en réaction, un compte du ministre pakistanais de la Défense a en fait tweeté, puis supprimé, un avertissement selon lequel «Israël oublie que le Pakistan est aussi un État nucléaire».

Heureusement, l’internet et les médias sociaux offrent aussi de nouveaux outils pour contrer la désinformation. Il existe de bonnes bases sur la façon d'identifier les fausses nouvelles, par exemple.  Les plateformes de médias sociaux et les gouvernements sont encouragés à prendre une série de mesures pour aider à repousser la haine et l'extrémisme en marge d'Internet.

Lorsque la diffamation est passible de poursuites judiciaires, les plaideurs courageux peuvent également demander aux tribunaux d'arrêter la publication de traités comme les «Protocoles».

Mais surtout, le monde numérique offre de vastes nouveaux espaces pour que toutes les personnes de bonne conscience puissent s'exprimer. Débattre de telles idées controversées et diffuser des messages précisément fondés de tolérance intercommunautaire et interconfessionnelle, contrecarrer les mythes haineux tels que les «Protocoles» et expliquer comment nous savons depuis un siècle qu'ils sont tout simplement sans fondement.

 

•          David Andrew Weinberg est le directeur des affaires internationales de l'Anti-Defamation League à Washington.

 

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Le musée Al-Tayebat de Djeddah célèbre le patrimoine national

  • Costumes, textiles et objets artisanaux exposés au musée
  • Un pont entre les visiteurs locaux et internationaux et les cultures du Royaume

​​​RIYAD : Au musée Al-Tayebat, Cité internationale des sciences et du savoir à Djeddah, le Pavillon de la culture saoudienne ouvre une fenêtre vivante sur le patrimoine national, mettant en lumière l’authenticité de l’identité du Royaume et la richesse de ses multiples cultures.

Le pavillon s’est imposé comme l’une des attractions éducatives et touristiques les plus remarquables du Royaume, invitant les visiteurs à découvrir l’histoire des vêtements traditionnels et des costumes régionaux qui distinguent les différentes régions de l’Arabie saoudite à travers les siècles.

Le musée lui-même constitue un véritable monument culturel : il comprend 12 bâtiments patrimoniaux construits dans le style architectural traditionnel du Hijaz et abrite plus de 365 salles d’exposition.

Une grande partie de cet espace est consacrée aux costumes, textiles et savoir-faire artisanaux propres à chaque région, présentés de manière à associer le charme du passé à la rigueur de la documentation moderne.

Les couloirs du musée offrent un panorama visuel saisissant qui traverse l’ensemble du pays, du nord au sud et de l’est à l’ouest.

La région occidentale et le Hijaz ouvrent le parcours avec le zaboun féminin, les foulards maharem et la mudawwara, ainsi qu’avec la daqla, le gilet sidiriyah et le turban hijazi portés par les hommes. Ces tenues sont mises en valeur devant les rawasheen, les célèbres moucharabiehs en bois sculpté caractéristiques des maisons historiques de Djeddah.

Ailleurs dans le pavillon, les régions centrale et orientale affirment leur héritage à travers la splendeur du bisht d’Al-Ahsa, tissé à la main avec des fils dorés de zari, ainsi que des jalabiyas finement brodées.

La région méridionale attire ensuite le regard avec des couleurs inspirées directement de la nature : le mijnab et les chemises ornées de fils de canne aux teintes vives, exposés aux côtés de guirlandes parfumées et de bijoux traditionnels en argent.

Le nord raconte quant à lui son histoire à travers le mhawthal et les lourdes abayas conçues pour résister aux rigueurs de la vie désertique.

Selon Youssef Mohammed Kiki, superviseur général du musée, ces vêtements constituent de véritables documents historiques et sociaux, témoignant du mode de vie des populations, de leurs métiers et des conditions climatiques propres à chaque région.

Grâce à ces pièces rares, préservées pendant des décennies, le musée espère renforcer le lien des jeunes générations et des visiteurs avec le patrimoine national du Royaume. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Mondial-2026: l'Egypte renverse la Nouvelle-Zélande (3-1) et entrevoit les 16es

Apathique jusque-là, l'Egypte a abordé la seconde période avec d'autres intentions et c'est Mostafa Zico, lui aussi de la tête, qui a égalisé (58e), avant de permettre à Salah de marquer son troisième but dans un Mondial (deux en 2018) d'un plat du pied délicieux à la "Salah". (AFP)
Apathique jusque-là, l'Egypte a abordé la seconde période avec d'autres intentions et c'est Mostafa Zico, lui aussi de la tête, qui a égalisé (58e), avant de permettre à Salah de marquer son troisième but dans un Mondial (deux en 2018) d'un plat du pied délicieux à la "Salah". (AFP)
  • Profitant du nul entre la Belgique et l'Iran (0-0) plus tôt à Los Angeles, les Egyptiens prennent seuls la tête du groupe G avec deux points de mieux que leurs rivaux précités
  • Un nul contre les Iraniens vendredi à Seattle leur suffira pour valider leur ticket pour le tour suivant. Ce qui serait une première en quatre participations pour le septuple champion d'Afrique

VANCOUVER: L'Egypte, pourtant menée durant une heure, a réussi à renverser la situation, pour finalement remporter sa toute première victoire en Coupe du monde, aux dépens de la Nouvelle-Zélande (3-1), et ainsi entrevoir les 16e de finale, dimanche à Vancouver.

Profitant du nul entre la Belgique et l'Iran (0-0) plus tôt à Los Angeles, les Egyptiens prennent seuls la tête du groupe G avec deux points de mieux que leurs rivaux précités.

Un nul contre les Iraniens vendredi à Seattle leur suffira pour valider leur ticket pour le tour suivant. Ce qui serait une première en quatre participations pour le septuple champion d'Afrique.

Voilà donc l'Egypte en ballottage bien favorable, mais l'histoire avait commencé à s'écrire autrement face à des Néo-Zélandais bien mieux entrés dans le match, grâce à l'ouverture du score de leur défenseur Finn Surman, auteur d'un coup de tête puissant (15e).

Apathique jusque-là, l'Egypte a abordé la seconde période avec d'autres intentions et c'est Mostafa Zico, lui aussi de la tête, qui a égalisé (58e), avant de permettre à Salah de marquer son troisième but dans un Mondial (deux en 2018) d'un plat du pied délicieux à la "Salah".

Et un homonyme célèbre suivant un autre, Trezeguet s'est chargé de donner de la largesse au résultat (82e) mérité pour son équipe, qui a su réagir dos au mur.

"Dans les années à venir, on se souviendra que cela a été l'un des grands moments de l'histoire. On avait l'impression de jouer (chez nous) en Égypte", a déclaré Salah après le match. "C'est une superbe victoire et l'ambiance était géniale."

Les All Whites eux n'ont pas réussi à garder leur avantage plus d'une heure, mais ils conservent tout de même l'espoir de se qualifier. Il leur faudra pour cela battre la Belgique sur cette même pelouse de la BC Place vendredi. Ce qui serait un sacré exploit, mais pas impossible au regard des doutes qui traversent les Diables Rouges dans ce tournoi.


L'art numérique se fait une place sur le marché de l'art à la foire de Bâle

En plein débat sur l'intelligence artificielle (IA), les organisateurs de cet événement phare pour le marché de l'art contemporain, qui referme ses portes dimanche soir, ont voulu mettre en lumière ce segment qui cherche encore sa place sur le marché après l'éclatement en 2022 de la bulle des NFT ("Non-fungible tokens", des objets numériques uniques à collectionner, NDLR). (AFP)
En plein débat sur l'intelligence artificielle (IA), les organisateurs de cet événement phare pour le marché de l'art contemporain, qui referme ses portes dimanche soir, ont voulu mettre en lumière ce segment qui cherche encore sa place sur le marché après l'éclatement en 2022 de la bulle des NFT ("Non-fungible tokens", des objets numériques uniques à collectionner, NDLR). (AFP)
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  • Dès le premier jour de la foire, un triptyque sur écrans LED de l'artiste irlandais John Gerrard, présenté dans cette exposition, s'est vendu pour un demi-million de dollars
  • En 2021, un NFT de l'artiste américain Beeple s'était arraché à 69,3 millions de dollars au sommet de la bulle, mais les prix s'étaient effondrés l'année suivante

BALE: Entre une toile de Picasso et une sculpture de Niki de Saint Phalle, les organisateurs de la foire de Bâle, en Suisse, ont mis un coup de projecteur sur l'art numérique pour détailler comment les artistes s'emparent des outils technologiques.

En plein débat sur l'intelligence artificielle (IA), les organisateurs de cet événement phare pour le marché de l'art contemporain, qui referme ses portes dimanche soir, ont voulu mettre en lumière ce segment qui cherche encore sa place sur le marché après l'éclatement en 2022 de la bulle des NFT ("Non-fungible tokens", des objets numériques uniques à collectionner, NDLR).

Dans une section à part appelée Zero 10, la foire expose 16 oeuvres qui donnent un aperçu de la palette d'outils à la disposition des artistes, en présentant l'art numérique "dans son acceptation large", précise l'artiste américain Trevor Paglen, 51 ans, co-responsable de cette exposition.

"L'idée que les artistes utilisent les technologies n'est pas si nouvelle", a-t-il déclaré à l'AFP, expliquant que l'art numérique ne se résumait pas aux NFT. Il a voulu montrer que dès les "les années 1950", les artistes cherchaient déjà à produire "des images générées par ordinateur".

L'exposition présente notamment une installation de l'artiste allemande Hito Steyerl, intitulée "Green screen", couverte d'un côté de plantes dont les signaux bioélectriques sont utilisés pour produire, de l'autre côté, des images de fleurs pixelisées.

Le Français William Mapan, 38 ans, qui se définit comme "codeur et peintre" y présente lui une série de toiles intitulées "paysages plausibles". Pendant deux ans, cet artiste parisien a développé un algorithme qui génère des milliers de compositions abstraites. Et lorsque l'une de ces images aléatoires en noir et blanc lui rappelle une photo ou un souvenir, il reprend ses pinceaux et la reproduit sur la toile en y ajoutant ses couleurs, a-t-il expliqué à l'AFP.

Segment émergent 

L'artiste ouzbek Aziza Kadyri, 31 ans, présente de son côté des étoffes ornées de fines broderies produites en se jouant des erreurs de l'intelligence artificielle. Pour concevoir les motifs, elle commence par soumettre à une IA des broderies Suzani, la broderie traditionnelle d'Asie centrale, en sachant parfaitement que cette IA va les interpréter de travers, passer à côté de leur signification et finalement lui proposer un dessin complètement à côté de la plaque qu'elle s'amuse ensuite à reproduire sur étoffe en utilisant les techniques traditionnelles de la broderie ouzbèke.

Selon un rapport réalisé pour la foire par UBS et le cabinet Arts Economics, l'art numérique ne représentait que 0,4% des ventes sur le marché de l'art en 2025, contre 59% pour la peinture et 15% pour la sculpture. Le rapport note cependant un intérêt grandissant de la part des riches collectionneurs.

Dès le premier jour de la foire, un triptyque sur écrans LED de l'artiste irlandais John Gerrard, présenté dans cette exposition, s'est vendu pour un demi-million de dollars.

Le souvenir de la bulle des NFT est toutefois encore très frais dans les mémoires. En 2021, un NFT de l'artiste américain Beeple s'était arraché à 69,3 millions de dollars au sommet de la bulle, mais les prix s'étaient effondrés l'année suivante.

Les choses sont différentes quand "la démarche aboutit sur une oeuvre tangible", a indiqué à l'AFP Hans Laenen, expert en art chez Axa XL, pour ces nouvelles formes d'art numérique qui ont "beaucoup plus de chances de rester".

"L'art numérique est un domaines de création qui évolue très vite", et "finira par trouver sa place", estime lui aussi Nicolas Kaddeche, qui exerce chez l'assureur Hiscox, même s'il faut "rester prudent", selon lui.

"Cela reste un segment émergent et encore très spéculatif", prévient-il.