Derek Chauvin, l'incarnation des brutalités policières aux Etats-Unis

Photo fournie par la prison du comté de Hennepin le 31 mai 2020, de Derek Chauvin (Photo, AFP)
Photo fournie par la prison du comté de Hennepin le 31 mai 2020, de Derek Chauvin (Photo, AFP)
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Publié le Jeudi 24 juin 2021

Derek Chauvin, l'incarnation des brutalités policières aux Etats-Unis

Photo fournie par la prison du comté de Hennepin le 31 mai 2020, de Derek Chauvin (Photo, AFP)
  • Le 20 avril, cet homme de 45 ans a été reconnu coupable du meurtre de l'Afro-Américain et incarcéré. Sa peine, qui devrait se situer entre 12,5 et 40 ans de prison, sera fixée vendredi
  • Au cours de ses 19 ans de carrière, le policier a reçu quatre médailles mais a aussi fait l'objet de 22 plaintes et enquêtes internes

MINNEAPOLIS: Une personnalité « antisociale » à la carrière entachée de violences: le policier blanc Derek Chauvin s'était déjà livré à des interpellations brutales avant d'asphyxier George Floyd. Sans être sanctionné jusque-là. 

Le 20 avril, cet homme de 45 ans a été reconnu coupable du meurtre de l'Afro-Américain et incarcéré. Sa peine, qui devrait se situer entre 12,5 et 40 ans de prison, sera fixée vendredi. 

A l'annonce du verdict, seuls ses yeux, agités, ont trahi ses émotions. Pendant le procès, il est également resté de marbre face aux propos accablants des témoins, se réfugiant dans la prise de notes frénétique sur un petit carnet jaune. 

Derek Chauvin a refusé de témoigner et d'expliquer pourquoi, le 25 mai 2020 à Minneapolis, il a maintenu son genou sur le cou de George Floyd pendant plus de neuf minutes, même une fois le quadragénaire noir évanoui et son pouls devenu indétectable. 

Il s'agissait de l'attitude d'un homme « raisonnable » qui appliquait un geste autorisé et conforme à sa formation pour interpeller un suspect « qui opposait une résistance », a plaidé son avocat Eric Nelson. 

Faux, ont rétorqué plusieurs policiers: Derek Chauvin a « violé les règles », la « formation » et « l'éthique » de la police, a notamment asséné Medaria Arradondo, qui dirige les forces de l'ordre à Minneapolis.  

Ce défilé d'uniformes a marqué les esprits, tant il est rare aux Etats-Unis que des policiers rompent le « mur bleu du silence » et témoignent à charge contre un ancien collègue. 

Il était d'autant plus exceptionnel que, jusqu'à ce drame qui a bouleversé l'Amérique, Derek Chauvin n'avait jamais été lâché par sa hiérarchie malgré d'inquiétants précédents. 

22 plaintes 

Au cours de ses 19 ans de carrière, le policier a reçu quatre médailles mais a aussi fait l'objet de 22 plaintes et enquêtes internes, selon un dossier public expurgé de tous les détails. 

Seule l'une d'elle a été suivie d'une lettre de réprimande. Selon la presse, elle avait été déposée par une femme blanche qu'il avait violemment extraite de sa voiture en 2007 pour un excès de vitesse. 

Depuis la mort de George Floyd, un coin du voile a été levé sur les autres incidents. Dans leur dossier d'accusation, les procureurs ont détaillé plusieurs arrestations lors desquelles il a appliqué une pression allant « au-delà du raisonnable » sur le cou de suspects. 

En 2017, il avait exercé ce « mode opératoire » sur Zoya Code. « Il était installé sur mon cou », a raconté cette jeune femme noire au site Marshall Project. Frustrée qu'il ignore ses appels à la relâcher, elle l'avait mis au défi d'appuyer plus fort. « Il l'a fait. Juste pour me faire taire. » 

En mai, la justice fédérale a révélé avoir inculpé Derek Chauvin pour la mort de George Floyd mais aussi pour l'interpellation violente d'un adolescent de 14 ans en septembre 2017. 

« Sans justification légale, il a pris l'adolescent par la gorge et l'a frappé à plusieurs reprises à la tête avec une torche », puis « il a maintenu son genou sur le cou et le haut du dos de l'adolescent allongé à plat ventre, menotté et n'offrant pas de résistance », selon l'acte d'accusation. 

Taiseux 

Sur le plan personnel, peu de détails ont filtré. 

D'anciens collègues ont, sous couvert d'anonymat, esquissé le portrait d'un homme taiseux, rigide, bourreau de travail, qui patrouillait souvent dans les quartiers difficiles. 

Andre Balian, un instructeur d'arts martiaux qui l'a connu il y a une vingtaine d'années, a décrit un homme « antisocial » qui, souvent, « se tenait debout, les bras croisés, sans parler », pendant leurs cours de kung-fu. 

L'ancienne propriétaire d'une boîte de nuit où il assurait la sécurité le week-end a évoqué dans la presse un homme « un peu raciste », qui faisait un usage généreux de gaz lacrymogène au moindre incident. 

Derek Chauvin avait une épouse, une réfugiée du Laos épousée en 2010. Dès la fin mai 2020, elle a demandé le divorce. Depuis, la justice a ouvert des poursuites pour fraudes fiscales contre le couple. 

Lors du procès, la famille Floyd s'est relayée pour occuper en permanence le siège qui leur était réservé dans la salle d'audience. Celui destiné aux proches de Derek Chauvin est, lui, quasiment toujours resté vide. 


L'Otan en plein doute sur son avenir face à la tempête Trump

Le secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte, s'exprime lors d'une conférence et d'une réunion avec des étudiants de l'École d'économie de Varsovie (SGH), à Varsovie (Pologne), le 26 mars 2025. (Photo Wojtek RADWANSKI / AFP)
Le secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte, s'exprime lors d'une conférence et d'une réunion avec des étudiants de l'École d'économie de Varsovie (SGH), à Varsovie (Pologne), le 26 mars 2025. (Photo Wojtek RADWANSKI / AFP)
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  • Sous les coups de butoir de Donald Trump et de son équipe, l'Organisation du traité de l'Atlantique nord, vieille dame de plus de 75 ans, doit rapidement changer.
  • les États-Unis restent membres de l'OTAN, y compris pour la dissuasion nucléaire, mais se désengagent des forces conventionnelles, comme l'a évoqué le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth. 

BRUXELLES : Les tirs de barrage américains contre les pays européens de l'Otan ébranlent jusqu'aux fondements de l'Alliance atlantique, qui a cependant toutes les peines du monde à imaginer un avenir sans les États-Unis.

Sous les coups de butoir de Donald Trump et de son équipe, l'Organisation du traité de l'Atlantique nord, vieille dame de plus de 75 ans, doit rapidement changer. Un diplomate interrogé sous couvert d'anonymat décrit l'agressivité de la nouvelle administration américaine comme un « traumatisme ».

Ce changement se fera-t-il avec ou sans les États-Unis ? La question agite les couloirs du siège de l'Alliance à Bruxelles.

« On connaît la direction : moins d'États-Unis et plus d'Europe », résume un diplomate sous couvert d'anonymat. Cependant, de nombreuses questions restent en suspens.

En deux mois, Donald Trump s'en est pris au Canada qu'il entend voir devenir le 51ᵉ État américain, et au Danemark, dont il revendique l'un des territoires, le Groenland. 

Plusieurs responsables américains, dont le vice-président J. D. Vance, n'ont pas caché leur mépris à l'égard des Européens, considérés comme des « profiteurs » et des passagers clandestins d'une alliance où, dénoncent-ils, ils ne paient pas leur dû.

Depuis le 20 janvier, date du retour de Donald Trump à la Maison Blanche, « l'optimisme est de moins en moins de mise », confie un diplomate. « Les États-Unis n'ont pas encore pris de décisions concrètes, mais on dirait que chaque jour est porteur d'un nouveau coup contre les fondations de l'Alliance. »

- Transition « désordonnée » -

Pour Camille Grand, ancien secrétaire général adjoint de l'Otan et chercheur auprès de l'ECFR, trois scénarios sont possibles.

Celui de la transition ordonnée : les Américains se désengagent, mais en bon ordre, à la suite d'une négociation qui donne aux Européens le temps de se préparer. « Cela permet d'éviter les incertitudes », assure-t-il dans un entretien avec l'AFP.

Celui de la transition « désordonnée » : les États-Unis restent membres de l'OTAN, y compris pour la dissuasion nucléaire, mais se désengagent des forces conventionnelles, comme l'a évoqué le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth. 

Le retrait se fait « en mode crise », avec des « menaces et des annonces désordonnées ». C'est « le scénario dominant » aujourd'hui, estime l'analyste.

Il y a aussi le scénario cauchemar pour nombre d'Alliés : le retrait « de facto ou de jure ». Les États-Unis se désintéresseront de la défense du continent européen.

Donald Trump exige que les Européens et les Canadiens consacrent au moins 5 % de leur PIB à cette défense, alors qu'ils sont à moins de 2 % pour l'Italie ou l'Espagne. La marche est très haute. Mais tous savent qu'il faudra « annoncer » quelque chose au sommet de l'OTAN en juin, selon un diplomate.

Le Secrétaire général de l'Alliance Mark Rutte a évoqué un chiffre entre 3,5 et 3,7 %. Ce sera difficile, mais c'est une question de priorités dans les dépenses nationales, ajoute-t-il. 

Personne ne sait si ce chiffre sera suffisant pour Donald Trump.

- "Cinq ans" -

En attendant, beaucoup à Bruxelles et dans les autres capitales européennes s'interrogent sur un "après" Etats-Unis.

"Nous avons toujours su que le moment viendrait où l'Amérique se retirerait en quelque sorte et où l'Europe devrait faire davantage", rappelle ainsi Jamie Shea, ancien porte-parole de l'Otan et expert auprès du think tank londonien Chatam House.

Et le calendrier est très serré. Les Européens ont "cinq ans" pour recréer une dissuasion face à la menace russe, juge ainsi Camille Grand. Un calcul basé sur le temps jugé nécessaire, selon plusieurs services de renseignement, pour que la Russie reconstitue son armée et soit en mesure de menacer un pays de l'Otan, explique-t-il. 

Selon cet expert français, les Européens en sont capables, même si un investissement substantiel sera nécessaire pour combler l'apport américain en termes de renseignement, de satellites ou de logistique. « Il n'y a pas de raison que 500 millions d'Européens ne puissent pas dissuader 140 millions de Russes », assure-t-il.

Plusieurs pays en doutent. « Les États-Unis restent indispensables pour une dissuasion crédible », estime ainsi un diplomate européen auprès de l'Otan.


Le Wisconsin, théâtre d'une première défaite électorale pour Trump et Musk

 Donald Trump et Elon Musk. (Photo AFP)
Donald Trump et Elon Musk. (Photo AFP)
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  • Le président américain Donald Trump a essuyé mardi son premier revers électoral avec l'élection d'une juge démocrate dans le Wisconsin,
  • En Floride, deux législatives partielles ont également eu lieu mardi dans des circonscriptions solidement ancrées à droite et qui resteront dans l'escarcelle des républicains, selon les projections de plusieurs médias

WASHINGTON : Le président américain Donald Trump a essuyé mardi son premier revers électoral avec l'élection d'une juge démocrate dans le Wisconsin, un scrutin habituellement d'ampleur locale, marqué cette fois-ci par la forte implication d'Elon Musk.

Selon les projections de plusieurs médias américains, Susan Crawford, soutenue par les démocrates, a remporté un siège pour dix ans à la Cour suprême de cet État de la région des Grands Lacs.

Elle faisait face à Brad Schimel, soutenu par Donald Trump et par le multimilliardaire Elon Musk, et dont la victoire aurait fait basculer la haute instance du Wisconsin du côté conservateur.

En Floride, deux législatives partielles ont également eu lieu mardi dans des circonscriptions solidement ancrées à droite et qui resteront dans l'escarcelle des républicains, selon les projections de plusieurs médias.

Mardi soir, le président a mis à profit sa plateforme Truth Social pour se féliciter des deux « larges » victoires de son camp en Floride, mettant en avant son « soutien » aux candidats.

Il n'a en revanche pas commenté le résultat pour la Cour suprême du Wisconsin, préférant y retenir l'adoption, par un référendum organisé le même jour, d'une mesure obligeant les électeurs à présenter une pièce d'identité avec photo afin de pouvoir voter.

« C'est une grande victoire pour les républicains, peut-être la plus grande de la soirée », a-t-il écrit.

« Le plus important » 

Elon Musk n'a pas non plus réagi à la défaite de Brad Schimel, et a plutôt salué l'issue du référendum local. « C'était le plus important », a-t-il affirmé sur son réseau social X.

Le patron de Tesla et Space X s'inquiétait d'un potentiel rééquilibrage par la Cour suprême locale dans le découpage des circonscriptions électorales, en faveur des démocrates. État pivot, le Wisconsin avait été remporté par Donald Trump à la présidentielle de novembre.

« C'est l'une de ces situations étranges où une petite élection en apparence pourrait déterminer le destin de la civilisation occidentale », avait lancé Elon Musk mardi.

Le président républicain avait, lui, publié lundi sur Truth Social un message de soutien à Brad Schimel. Il s'en était surtout pris à Susan Crawford, qui serait, selon lui, « un désastre pour le Wisconsin et pour les États-Unis d'Amérique ».

Un peu plus de deux mois après le début de son mandat, les enquêtes d'opinion indiquent une baisse relative de la popularité de Donald Trump. Ces élections dans le Wisconsin et en Floride étaient les premières véritables épreuves auxquelles il faisait face dans les urnes depuis novembre.

Campagne onéreuse 

Mardi, le trumpiste Randy Fine a bien remporté le siège en jeu à la Chambre des représentants face au démocrate Josh Weil, mais avec une avance bien plus mince qu'il y a quelques mois.

Ces résultats ont « de quoi donner des sueurs froides à mes collègues républicains », a déclaré sur la chaîne MSNBC Hakeem Jeffries, responsable de la minorité démocrate à la Chambre des représentants. Cela fait écho à la difficulté de l'opposition à se faire entendre depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche.

Dans le Wisconsin, les deux camps avaient sorti l'artillerie lourde pour une élection qui, d'ordinaire, passe inaperçue dans le reste du pays.

Selon le Centre Brennan de l'université de New York, c'est « le scrutin judiciaire le plus coûteux de l'histoire américaine », avec plus de 98 millions de dollars déversés dans la campagne, dont 53 millions en faveur du candidat conservateur.

Elon Musk n'est pas étranger à cela.

« Il a dépensé plus de 25 millions de dollars pour essayer de m'empêcher de siéger à la Cour suprême du Wisconsin », a lancé dimanche Susan Crawford lors d'un rassemblement.

Son équipe de campagne avait récemment accusé Elon Musk de vouloir « acheter un siège à la Cour suprême du Wisconsin afin d'obtenir une décision favorable » dans des poursuites engagées par Tesla, son entreprise de véhicules électriques, contre les autorités du Wisconsin.


Amnesty International demande à la Hongrie d'arrêter M. Netanyahou

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou. (Photo d'archives de l'AFP)
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou. (Photo d'archives de l'AFP)
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  • Le Premier ministre israélien doit se rendre cette semaine dans un pays membre de la Cour pénale internationale
  • Cette visite " ne doit pas devenir un indicateur de l'avenir des droits humains en Europe "

LONDRES : Amnesty International a demandé à la Hongrie d'arrêter le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, à la suite d'informations selon lesquelles il se rendra dans cet État membre de l'UE mercredi à l'invitation de son homologue hongrois Viktor Orban.

M. Netanyahou fait l'objet d'un mandat d'arrêt délivré en novembre par la Cour pénale internationale en raison de la conduite d'Israël à Gaza.

M. Orban, proche allié de M. Netanyahu, a déclaré qu'il n'exécuterait pas le mandat. En tant qu'État membre, la Hongrie est tenue d'exécuter tout mandat d'arrêt délivré par la CPI.