Avec la fonte de la banquise, qui bouleverse l'équilibre géostratégique, une confrontation se profile en Arctique

La température de l'Arctique se réchauffe deux fois plus vite que celle du reste du globe, ce qui favorise le trafic commercial sur des routes maritimes autrefois gelées. (AFP)
La température de l'Arctique se réchauffe deux fois plus vite que celle du reste du globe, ce qui favorise le trafic commercial sur des routes maritimes autrefois gelées. (AFP)
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Publié le Mercredi 23 juin 2021

Avec la fonte de la banquise, qui bouleverse l'équilibre géostratégique, une confrontation se profile en Arctique

  • Le changement climatique perturbe l'équilibre environnemental qui règne dans l'Arctique, ce qui risque d’avoir des répercussions à l'échelle mondiale
  • Les pays de l'Arctique rivalisent pour contrôler les voies de navigation, les ressources naturelles et les avantages stratégiques à mesure que la banquise diminue

BERNE (Suisse): L'Amérique est de retour. Tel est le message que Joe Biden souhaitait véhiculer lors de son premier voyage à l'étranger en tant que président des États-Unis, lors d’une tournée de huit jours en Europe au mois de juin.

Les alliés européens des États-Unis ont applaudi cette offensive de soft power («manière douce»), qui intervient après quatre années de turbulences dans les relations transatlantiques. Cependant, cette offensive aura également fait ressurgir les rivalités qui opposent l'Occident à la Russie et à la Chine depuis bien longtemps – notamment au sujet d’une confrontation qui risque d’être rude au sujet de l'Arctique.

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On perçoit un glacier de l'avion de recherche de l'opération IceBridge de la Nasa, le 30 mars 2017, au-dessus de l'île d'Ellesmere, au Canada. (Mario Tama/Getty Images/AFP)

En effet, l'Arctique est une région physique où se mêlent géopolitique et changement climatique et où la concurrence pour l'accès aux ressources naturelles se heurte à des itinéraires maritimes commerciaux et militaires contestés. Ce sont là des enjeux qui entraîneront de graves répercussions, bien au-delà des quelques pays qui jouxtent le pôle Nord.

Les pôles sont souvent considérés comme le thermostat de la Terre parce qu’ils réagissent aux moindres changements de température des mers. Or, la température de l'Arctique s'est réchauffée deux fois plus vite que celle du reste du globe, et sa banquise a diminué de 13,1% ces dix dernières années, selon la Nasa (National Aeronautics and Space Administration).

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Sur cette photo prise le 17 août 2019, on voit un iceberg se briser, laissant échapper une masse de glace du glacier Apusiaajik, situé sur l'île de Sermersooq, au Groenland. (Jonathan Nackstrand/AFP)

La fonte de la banquise fait monter le niveau des mers, ce qui a pour effet de faire disparaître progressivement les côtes de l'Arctique. Ce processus se trouve accéléré par le dégel du pergélisol, qui libère dans l'atmosphère des réserves de dioxyde de carbone et de méthane retenues depuis longtemps, provoquant le changement climatique.

La glace arctique régresse rapidement: elle ouvre donc, pour la première fois depuis des millénaires, des voies maritimes gelées et favorise l'exploitation commerciale et militaire des ressources naturelles et des voies de navigation de la région.

Selon Bloomberg, près de 30% des réserves de gaz non découvertes et 13% des réserves de pétrole gisent sous le sol de la région arctique. Cependant, la quête de ces immenses richesses entre en conflit avec le consensus mondial qui se dégage. Ce dernier a en effet pour ambition de parvenir à des émissions zéro carbone d'ici à 2050. 

Le Conseil de l'Arctique a débattu de ces questions à la fin du mois de mai au cours de la réunion de ses membres dans la capitale de l'Islande, Reykjavik. Cet organe multilatéral, réunissant huit pays membres qui bordent la région arctique ainsi que treize pays observateurs, a été fondé il y a vingt-cinq ans. Il se concentre notamment sur les problèmes liés aux droits des groupes autochtones, au changement climatique, à l'exploitation du pétrole et du gaz et à la navigation. Son mandat ne porte toutefois pas sur la défense. 

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Le secrétaire d'État américain, Antony Blinken (à g.), s'entretient avec le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, (à d.) dans la salle de concert Harpa à Reykjavik, en Islande, le 19 mai 2021. (Saul Loeb/Pool/AFP)

Le mois dernier, lorsque l'Islande a légué à la Russie la présidence tournante de deux ans de cette organisation, les divergences de vues et les tensions géopolitiques sont apparues au grand jour. Le sommet a coïncidé avec la première rencontre du secrétaire d'État américain, Antony Blinken, avec son homologue russe, Sergueï Lavrov. Ce dernier avait remué le couteau dans la plaie lorsqu’il a affirmé: «L'Arctique, ce sont nos terres et nos eaux.» 

Cette déclaration paraît compréhensible si on la considère du point de vue de M. Lavrov. En effet, la Russie extrait près de 90% de son gaz naturel, 17% de son pétrole et 90% de son nickel de l'Arctique, qui recèle en outre la plus grande partie des réserves de platine et de palladium du pays.

L'économie de la Russie dépend, dans une large mesure, de l'extraction de minerais. En 2019, le ministère des Ressources naturelles et de l'Environnement a fait savoir que le pétrole, le gaz, les mines et les matières premières représentaient environ 60% du produit intérieur brut (PIB) de la Russie.

Par ailleurs, Moscou et Washington divergent sur les questions relatives à l'Arctique, avec l'équilibre précaire qui existe entre la production d'énergie, l’extraction des ressources naturelles et la volonté d'enrayer le changement climatique. 

Aussi M. Biden a-t-il supprimé, au début de son mandat, les droits de forage pétrolier au nord du cercle polaire que son prédécesseur, Donald Trump, avait accordés. Mais le Kremlin entend élargir ses opérations de forage.

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On voit sur cette photo un soldat devant un système de missiles de défense côtière russe de type Bastion sur l'île d'Alexandra Land, dans l'archipel François-Joseph, en Russie, le 17 mai 2021. (Maxime Popov/AFP)

Le projet GNL (gaz naturel liquéfié) mené par la société Novatek sur la péninsule de Yamal, dans l'Arctique, fonctionne à 114% de sa capacité sur ses quatre trains de liquéfaction. Au mois de mars, la société a approuvé un financement externe de 11 milliards de dollars (1 dollar = 0,84 euro) pour le projet Arctic LNG 2, dont la production démarrera en 2023. Il est prévu que le projet produise 20 millions de tonnes d'ici à 2026. Les collectes de fonds se feront en Russie, en Chine, au Japon et en Europe.

C'est en matière d'énergie que la Chine fait son entrée dans la mêlée. L'Arabie saoudite et la Russie se disputent le statut de premier fournisseur de pétrole de Pékin: en 2020, la Chine a importé 16,8% de son pétrole brut du Royaume et 15,3% de la Russie.

données climatiques

La banquise conserve une température fraîche dans les régions polaires et participe à la modération du climat mondial.

La surface de la glace renvoie vers l'espace 80% de la lumière du soleil qui la touche.

Lorsque la banquise fond en été, elle laisse apparaître la surface sombre de l'océan. 

Les températures augmentent, puisque l'océan absorbe 90% de la lumière solaire et se réchauffe donc.

Les pôles sont les régions de la planète les plus sensibles au changement climatique.

Au début de l’année 2021, l'hiver, particulièrement froid, a porté les importations par la Chine de gaz naturel via la route orientale (Sibérie) de la Russie à 28,8 millions de mètres cubes par jour, soit le double du volume convenu en 2020, selon le cabinet S&P Global Platts. En 2020, la Russie occupait le sixième rang des fournisseurs de GNL à la Chine après l'Australie, le Qatar, les États-Unis, la Malaisie et l'Indonésie, selon l’organisation médiatique indépendante Argus.

En effet, la Chine est désormais un important bailleur de fonds pour les grands projets d'infrastructures énergétiques menés en Russie, notamment dans la région arctique, ainsi qu’en Sibérie. Cette réalité tient en partie aux sanctions américaines imposées à la Russie en 2014, qui ont coïncidé avec la soif grandissante d'énergie et la richesse croissante de la Chine.

Cependant, des experts russes sont préoccupés par la dépendance de plus en plus marquée à l'égard de l'argent qui provient de la Chine et qui est destiné à financer l'expansion dans l'Arctique – une initiative qui revêt une importance nationale vitale pour Moscou. Ainsi, la relation sino-russe est minutieusement examinée par les membres et les observateurs du Conseil de l'Arctique.

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Cette photo montre des navires de guerre russes à la base de Severomorsk, dans l'Arctique. La géographie évolutive de l'Arctique accroît le risque de confrontation entre les grandes puissances. (AFP)

Les précieuses ressources qui gisent au fond des océans ne constituent pas le seul lot mis en jeu dans cette course aux armements dans les régions polaires. La route maritime arctique, qui va du détroit de Béring à la mer de Barents, s'étend sur 5 550 kilomètres. Elle constitue par conséquent la voie la plus courte pour relier l'Asie à l'Europe.

Autrefois, la route maritime du Nord permettait aux navires de circuler durant quatre-vingts jours de l'année seulement. Elle était gelée pendant les deux cent quatre-vingt-cinq autres jours. La fonte des calottes glaciaires permet désormais la navigation durant cent vingt à cent cinquante jours. Des chercheurs de l'université de Kyoto prévoient que cette durée passera à deux cent vingt-cinq jours.

En effet, la route maritime du Nord réduit la durée de navigation entre la Chine et l'Europe de dix à douze jours, en comparaison avec le trajet maritime à travers le détroit de Malacca et le canal de Suez. Cette route est relativement peu profonde, ce qui empêche les navires de grande taille de la traverser. Toutefois, la contrôler procure des bénéfices évidents sur les plans stratégique et commercial.

Dans le cadre de sa tournée européenne, qui visait à renforcer la solidarité des pays occidentaux, M. Biden a participé au sommet du G7 organisé par le Royaume-Uni en Cornouailles. Il s'est entretenu avec les chefs des pays de l'Otan à Bruxelles et a rencontré son homologue russe pour la première fois en tête-à-tête à Genève. La Russie de Vladimir Poutine et l'Occident entretiennent à l'heure actuelle des relations trop glaciales pour être améliorées sans que soient abordés de nombreux différends sous-jacents.

Prenons l'exemple du transport de marchandises en Arctique. Poutine souhaite multiplier par 2,5 ce trafic pour le porter à 80 millions de tonnes en 2024. Cette «route de la soie polaire» risque d’avoir des répercussions importantes qui dépasseraient largement les frontières de l'Arctique. Elle entrerait ainsi en concurrence directe avec le canal de Suez et les grands ports de la Méditerranée, du Moyen-Orient et de l'Asie du Sud-Est.

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Des brise-glaces et des navires de transport de gaz naturel liquéfié (GNL) russes circulent dans l'Arctique. (Reuters/Olesya Astakhova)

L'évolution de la géographie de l'Arctique comporte également une dimension liée à la défense. L'ancien président de l'Union soviétique Mikhaïl Gorbatchev a qualifié l'Arctique de «région pacifique». Les grandes puissances, tout comme leurs armées, ne pouvaient que s’abstenir de provoquer des conflits dans cette zone en raison de son climat hostile et de ses glaces inviolables.

Cette situation a bel et bien changé. Les voies maritimes, ouvertes plus longtemps que jamais auparavant, et la rivalité acharnée au sujet des ressources naturelles rendent plus probable encore une confrontation entre les forces aériennes et maritimes des grandes puissances. 

Jens Stoltenberg, secrétaire général de l'Otan (Organisation du traité de l’Atlantique nord), a récemment exprimé son inquiétude face à la présence militaire accrue de la Russie et de la Chine dans la région, à un moment où les forces américaines réorientent leur stratégie vers l'Arctique.

En conclusion, le changement climatique perturbe l'équilibre environnemental et stratégique qui règne dans l'Arctique. Il présente de profondes incidences sur l'économie des hydrocarbures, le commerce maritime, voire la coexistence pacifique des pays.

 

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Cornelia Meyer est économiste. Titulaire d’un doctorat, elle dispose de trente ans d’expérience dans le domaine de la banque d’investissement et de l’industrie. Elle est la PDG de Meyer Resources, une société de conseil aux entreprises.

Twitter : @MeyerResources

Ce texte est la traduction d’un article paru sur ArabNews.com


Après l'arrestation d'Andrew, la monarchie britannique dans une crise sans précédent

Des commentateurs estiment que la monarchie britannique traverse sa crise la plus grave depuis des décennies. Presque tous les journaux britanniques ont publié vendredi en Une une photographie du prince déchu. (AFP)
Des commentateurs estiment que la monarchie britannique traverse sa crise la plus grave depuis des décennies. Presque tous les journaux britanniques ont publié vendredi en Une une photographie du prince déchu. (AFP)
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  • L’ex-prince Andrew a été placé en garde à vue pendant près de 12 heures dans le cadre de l’affaire Epstein, soupçonné d’avoir transmis des informations confidentielles
  • Son arrestation provoque une crise majeure pour la monarchie britannique

LONDRES: L'enquête policière continue après la garde à vue spectaculaire de l'ex-prince Andrew pour des soupçons liés à l'affaire Epstein et la famille royale britannique fait face à une crise jugée particulièrement périlleuse par les experts de la monarchie.

Le frère cadet de Charles III a été relâché jeudi en fin de journée "en attendant la suite de l'enquête", selon la police, et les perquisitions devaient se poursuivre vendredi à Royal Lodge, près de Windsor, son ancien domicile dont il a été récemment chassé.

Andrew, dont l'interpellation a coïncidé avec son 66e anniversaire, a été interrogé près de 12 heures sur des accusations de "manquements dans l'exercice de fonctions officielles", accusé d'avoir transmis des informations confidentielles au financier et pédocriminel américain Jeffrey Epstein.

Après sa garde à vue, le prince déchu a été photographié quittant le commissariat situé à une trentaine de kilomètres de sa nouvelle résidence de Sandringham (est de l'Angleterre): le cliché spectaculaire, qui le montre hagard, les yeux écarquillés à l'arrière d'une voiture, faisait vendredi la Une de la totalité des journaux britanniques, Financial Times excepté.

Cette arrestation aura marqué "le jour le plus préjudiciable pour la monarchie", soulignait le Telegraph, tandis que le Daily Mail évoquait une "monarchie moderne face à son plus grave péril".

- Fin de la "déférence" -

Pour l'expert royal Ed Owens, la situation à laquelle la monarchie est confrontée est d'autant plus dangereuse qu'elle compte "beaucoup d'inconnues". A commencer par l'incertitude sur une éventuelle inculpation d'Andrew, ou les soupçons d'agressions sexuelles qui l'entourent, pour l'instant restés hors du champ de toute enquête formelle.

Évoquant les précédentes crises qui l'ont ébranlée au cours des dernières décennies - la mort de la princesse Diana en 1997 ou l'abdication d'Édouard VIII en 1936 - il a rappelé qu'il avait fallu "plus de 10 ans pour stabiliser l'institution et regagner l'affection et la loyauté du public".

L'ex-prince est accusé d'avoir transmis des informations confidentielles à Epstein, notamment des rapports de voyages en Asie et des possibilités d'investissement en Afghanistan, lorsqu'il était envoyé spécial du Royaume-Uni pour le Commerce, de 2001 à 2011.

Dans un rare communiqué après l'arrestation, le roi Charles III a affirmé jeudi que la "justice doit suivre son cours", tout en faisant part de sa "plus profonde inquiétude".

Le monarque, qui avait déjà déchu son cadet de tous ses titres royaux en octobre en raison de nouvelles informations sur les liens d'Andrew avec Epstein, a néanmoins évité de chambouler son agenda, se rendant comme prévu à un défilé de la Fashion Week de Londres.

Selon Roya Nikkhah, experte royale du Sunday Times, la famille royale va essayer de "poursuivre ses activités comme si de rien n'était", mais "la confiance dans l'institution risque vraiment d'être érodée" avec cette arrestation inédite depuis le XVIIe siècle.

"Le temps de la déférence qui prévalait pendant le règne de la reine (Elizabeth II, ndlr) est terminé, et il s'agit d'un immense défi pour Charles, car le public n'a plus l'affection pour l'institution" qu'il avait sous la défunte reine, dit-elle.

- Suspect comme un autre -

Alimentant le sentiment que la famille royale n'est plus au-dessus des lois, les médias britanniques ont souligné que le roi n'avait pas été prévenu à l'avance de l'arrestation de son frère.

Et le tabloid The Sun note que, comme tout suspect, Andrew a dû se soumettre à un prélèvement salivaire pour recueillir son ADN, à la prise d'empreintes digitales et d'une photo d'identité judiciaire.

Donald Trump, qui a souvent manifesté une certaine fascination pour la monarchie britannique, a jugé jeudi soir l'arrestation de l'ex-Duc d'York "très triste" et "très mauvaise pour la famille royale".

Son interpellation a aussi mis en évidence le contraste avec les Etats-Unis, où les répercussions de la tentaculaire affaire Jeffrey Epstein sont restées jusqu'ici limitées. Seule son ex-compagne et complice, Ghislaine Maxwell, a été condamnée pour ses liens avec le criminel sexuel.

Ces derniers jours, la police britannique avait indiqué examiner des documents contenus dans la dernière salve des dossiers Epstein, publiés le 30 janvier par le ministère américain de la Justice.

De nouvelles accusations en avaient émergé à l'encontre de l'ex-prince, qui s'est gardé de les commenter.

La police a aussi indiqué "évaluer" des informations selon lesquelles une femme aurait été envoyée par Jeffrey Epstein à Royal Lodge en 2010, potentiellement pour avoir des relations sexuelles avec Andrew.

Mais cette accusation n'a pas été mentionnée jeudi par la police et on ignore si Andrew a été interrogé sur ce sujet.


Internet, IA: l'Europe est un "espace sûr", contrairement à ce que disent des "amis mal informés"

Le président français Emmanuel Macron prononce un discours lors du AI Impact Summit à New Delhi, le 19 février 2026. (AFP)
Le président français Emmanuel Macron prononce un discours lors du AI Impact Summit à New Delhi, le 19 février 2026. (AFP)
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  • Macron défend l’Europe comme un “espace sûr” pour l’innovation et l’investissement dans l’intelligence artificielle, tout en participant à la définition des règles internationales avec des alliés comme l’Inde
  • Protection des enfants et durabilité de l’IA : priorité au G7 pour limiter l’exposition des mineurs aux contenus numériques et promouvoir une IA moins énergivore et au service du bien commun

NEW DELHI: Le président français Emmanuel Macron a affirmé jeudi que l'Europe était un "espace sûr", non "centré aveuglément" sur la régulation contrairement à ce que les Etats-Unis disent, et déterminé à participer à la définition des "règles du jeu" dans l'intelligence artificielle.

"Contrairement à ce que certains amis mal informés disent, l'Europe n'est pas aveuglément centrée sur la régulation (..) L'Europe est un espace sûr (pour l'innovation et l'investissement, ndlr) et les espaces sûrs gagnent sur le long terme", a-t-il dit à l'ouverture du sommet sur l'intelligence artificielle à New Delhi.

"Nous sommes déterminés à continuer à définir les règles du jeu et à le faire avec nos alliés, tels l'Inde, parce que nous croyons dans les valeurs fondamentales partagées, la science, l'Etat de droit, l'équilibre mondial, un multilatéralisme efficace et l'innovation au bénéfice de tous", a-t-il ajouté devant un parterre de chefs d'Etat et des plus grands patrons de la "tech".

L'administration américaine, invoquant la liberté d'expression, dénonce régulièrement la régulation des grandes plateformes américaines imposée par l'Union européenne, des "actes flagrants de censure extraterritoriale", selon elle.

"L'intelligence artificielle va aider l'humanité à investir plus vite (..) dans la santé, l'énergie, la mobilité, l'agriculture, les services publics et le bien commun de tous", a poursuivi Emmanuel Macron.

Le chef de l'Etat a insisté sur la nécessité pour la France comme pour l'Inde de "prendre ensemble le chemin de l'innovation, de l'indépendance et de l'autonomie stratégique" en la matière.

Et sur le besoin d'une IA qui serve à "protéger la planète et pousser la prospérité de tous" et qui soit "durable" et donc moins dévoreuse d'énergie avec ses gigantesques centres de données.

Le président français a aussi insisté sur la nécessité de mieux protéger les enfants des "abus numériques et de l'IA", en soulignant que ce serait une priorité de la présidence française du G7 cette année.

"Il n'y a pas de raison que nos enfants soient exposés en ligne à ce qui est légalement interdit dans le monde réel", a-t-il dit, appelant plateformes, gouvernements et régulateurs "à travailler ensemble pour faire de l'internet et des réseaux sociaux un espace sûr".

La France est elle-même en train de prendre des mesures pour interdire l'accès des moins de 15 ans aux réseaux sociaux, a-t-il rappelé.


Macron retrouve Modi en Inde, entre vente de Rafale et IA

Le président français Emmanuel Macron à son arrivée à Mumbai le 17 février 2026. (AFP)
Le président français Emmanuel Macron à son arrivée à Mumbai le 17 février 2026. (AFP)
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  • À Bombay, Emmanuel Macron retrouve Narendra Modi pour renforcer le partenariat stratégique franco-indien, marqué par l’intention d’achat de 114 Rafale supplémentaires et l’inauguration d’une chaîne d’assemblage d’hélicoptères H125 d’Airbus avec Tata Group
  • La visite met aussi l’accent sur l’intelligence artificielle et l’innovation, avec le Sommet mondial pour l’Impact de l’IA à New Delhi et des échanges sur le multilatéralisme (G7/Brics)

BOMBAY: Le président français Emmanuel Macron retrouve mardi le Premier ministre Narendra Modi à Bombay, capitale économique de l'Inde, pour renforcer le partenariat stratégique bilatéral, avec à la clef la vente de 114 chasseurs Rafale et un ancrage dans l'intelligence artificielle.

Le chef de l'Etat français, arrivé dans la nuit, rendra d'abord hommage aux victimes des attentats de Bombay en 2008 au Taj Mahal Palace.

Les attentats, perpétrés devant les caméras de télévision du monde entier, avaient fait 166 morts, dont deux Français. Pendant trois jours, les assaillants avaient mené des attaques au fusil d'assaut AK-47 et à la grenade à travers la métropole, y compris dans cet hôtel mythique de l'époque coloniale.

Emmanuel Macron rencontrera ensuite autour d'un déjeuner six stars du cinéma indien, dont Bombay est la capitale avec les studios de Bollywood, machine à superproductions mondiales.

Il entend évoquer les "coopérations possibles" dans ce domaine et "mettre en valeur l'attractivité de la France pour les tournages", précise l'Elysée.

- "Made in India" -

Le Premier ministre indien, venu spécialement à Bombay, rejoindra son hôte vers 15H00 (09H30 GMT) pour une série d'entretiens, suivis de déclarations à la presse et d'un dîner dans le décor somptueux du Taj Mahal Palace.

Les échanges s'annoncent sous les meilleurs auspices après la confirmation par l'Inde de son intention d'acheter 114 avions de combat Rafale supplémentaires, une commande sans précédent pour le constructeur Dassault, qui s'ajouterait aux 62 déjà acquis.

"Les discussions porteront sur la consolidation du partenariat stratégique et sur sa diversification dans des secteurs nouveaux et émergents", ont indiqué les services de Narendra Modi.

Elles vont permettre de "continuer à ancrer la relation bilatérale en la tournant résolument vers l'avenir", renchérit l'Elysée.

Les deux dirigeants inaugureront ensemble, à distance, une chaîne de montage d'hélicoptères Airbus, les H125, située à 1.000 kilomètres de là, près de Bangalore (sud), la capitale technologique indienne.

Cette ligne, dont la construction avait été annoncée lors de la dernière visite du président français en Inde en janvier 2024, devrait être opérationnelle en avril et le premier vol du H125 "Made in India", cher au gouvernement indien, réalisé à la fin de l'année.

La première ligne d'assemblage d'hélicoptères Airbus gérée par un groupe privé indien, le célèbre conglomérat Tata Group, a été conçue pour produire à terme la variante militaire du H125, appelée H125M.

- Lula, Google et Anthropic -

Les deux dirigeants donneront ensuite le coup d'envoi de l'année franco-indienne de l'innovation en présence d'un parterre de chefs d'entreprises et chercheurs.

Le désordre mondial généré par les coups de butoir permanents de Donald Trump, des droits de douane à la diplomatie, tout comme la montée en puissance de la Chine seront aussi au coeur des entretiens.

Narendra Modi n'a pas condamné l'invasion de l'Ukraine par la Russie, partenaire traditionnel de l'Inde - notamment pour les livraisons d'équipement militaire -, mais il s'est rendu à Kiev en septembre 2024 et est sous pression de Donald Trump pour réduire les importations indiennes de pétrole russe.

Le président français et le Premier ministre indien, qui président respectivement le G7 et le groupe des Brics cette année, vont aussi "explorer les convergences possibles" pour "défendre et promouvoir le multilatéralisme à un moment où il est particulièrement remis en cause", souligne l'Elysée.

La suite de la visite sera placée sous le signe de l'intelligence artificielle, avec un dîner inaugural mercredi soir à New Delhi du Sommet mondial pour l'Impact de l'IA, avant son ouverture effective jeudi, après une série de tables rondes en début de semaine.

Ce rendez-vous, auquel sont attendus une quinzaine de chefs d'Etat, dans la foulée du sommet de Paris sur l'IA en février 2025, se penchera sur l'investissement dans le secteur, la "recherche scientifique en faveur de l'intérêt général" et "l'accès par tous aux outils technologiques", selon l'Elysée.

Emmanuel Macron doit rencontrer en marge du sommet son homologue brésilien Luiz Inacio Lula da Silva ainsi que les dirigeants de Google et de la start-up américaine Anthropic, rivale d'OpenAI (la société qui développe ChatGPT).

Il inaugurera aussi le Centre franco-indien de l'IA en santé globale mercredi à New Delhi.