Que représente l'élection d'Ebrahim Raïssi pour l'Iran et le monde ?

Le président iranien Hassan Rouhani, (g), se joint au président élu Ebrahim Raïssi lors d'une conférence de presse pour féliciter ce dernier pour sa victoire dans une élection dans laquelle la plupart des rivaux importants ont été exclus. (AFP)
Le président iranien Hassan Rouhani, (g), se joint au président élu Ebrahim Raïssi lors d'une conférence de presse pour féliciter ce dernier pour sa victoire dans une élection dans laquelle la plupart des rivaux importants ont été exclus. (AFP)
Des partisans du président iranien élu Ebrahim Raïssi célèbrent sa victoire aux élections présidentielles à Téhéran, le 19 juin 2021. (AP Photo/Ebrahim Noroozi)
Des partisans du président iranien élu Ebrahim Raïssi célèbrent sa victoire aux élections présidentielles à Téhéran, le 19 juin 2021. (AP Photo/Ebrahim Noroozi)
Des partisans du président iranien élu Ebrahim Raïssi célèbrent sa victoire aux élections présidentielles à Téhéran, le 19 juin 2021. (AP Photo/Ebrahim Noroozi)
Des partisans du président iranien élu Ebrahim Raïssi célèbrent sa victoire aux élections présidentielles à Téhéran, le 19 juin 2021. (AP Photo/Ebrahim Noroozi)
La montée de la pauvreté, les perturbations grandissantes et la crise économique secouent le régime de Téhéran. (AFP)
La montée de la pauvreté, les perturbations grandissantes et la crise économique secouent le régime de Téhéran. (AFP)
La direction modérée d'Hassan Rouhani a été, semble-t-il, mise sur la touche pour la politique étrangère belliciste du Corps des gardiens de la révolution iranienne (CGRI). (Photo d'archive AF)
La direction modérée d'Hassan Rouhani a été, semble-t-il, mise sur la touche pour la politique étrangère belliciste du Corps des gardiens de la révolution iranienne (CGRI). (Photo d'archive AF)
La direction modérée d'Hassan Rouhani a été, semble-t-il, mise sur la touche pour la politique étrangère belliciste du Corps des gardiens de la révolution iranienne (CGRI). (Photo d'archive AF)
La direction modérée d'Hassan Rouhani a été, semble-t-il, mise sur la touche pour la politique étrangère belliciste du Corps des gardiens de la révolution iranienne (CGRI). (Photo d'archive AF)
Une affiche de campagne électorale recouvre la façade d'un bâtiment sur la place Valiasr à Téhéran, la capitale de l'Iran, le 19 juin 2021, un jour après l'élection présidentielle. (AFP / Atta Kenare)
Une affiche de campagne électorale recouvre la façade d'un bâtiment sur la place Valiasr à Téhéran, la capitale de l'Iran, le 19 juin 2021, un jour après l'élection présidentielle. (AFP / Atta Kenare)
Le taux de participation aux élections présidentielles en Iran a été le plus bas depuis des décennies. (AFP)
Le taux de participation aux élections présidentielles en Iran a été le plus bas depuis des décennies. (AFP)
Avec un ultraconservateur à la présidence, le CGRI aura les coudées plus franches pour s’aventurer dans la région de manière qui engendrerait des troubles, préviennent les critiques. (Photo du bureau de l'armée iranienne via AFP)
Avec un ultraconservateur à la présidence, le CGRI aura les coudées plus franches pour s’aventurer dans la région de manière qui engendrerait des troubles, préviennent les critiques. (Photo du bureau de l'armée iranienne via AFP)
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Publié le Lundi 21 juin 2021

Que représente l'élection d'Ebrahim Raïssi pour l'Iran et le monde ?

Le président iranien Hassan Rouhani, (g), se joint au président élu Ebrahim Raïssi lors d'une conférence de presse pour féliciter ce dernier pour sa victoire dans une élection dans laquelle la plupart des rivaux importants ont été exclus. (AFP)
Des partisans du président iranien élu Ebrahim Raïssi célèbrent sa victoire aux élections présidentielles à Téhéran, le 19 juin 2021. (AP Photo/Ebrahim Noroozi)
Des partisans du président iranien élu Ebrahim Raïssi célèbrent sa victoire aux élections présidentielles à Téhéran, le 19 juin 2021. (AP Photo/Ebrahim Noroozi)
La montée de la pauvreté, les perturbations grandissantes et la crise économique secouent le régime de Téhéran. (AFP)
La direction modérée d'Hassan Rouhani a été, semble-t-il, mise sur la touche pour la politique étrangère belliciste du Corps des gardiens de la révolution iranienne (CGRI). (Photo d'archive AF)
La direction modérée d'Hassan Rouhani a été, semble-t-il, mise sur la touche pour la politique étrangère belliciste du Corps des gardiens de la révolution iranienne (CGRI). (Photo d'archive AF)
Une affiche de campagne électorale recouvre la façade d'un bâtiment sur la place Valiasr à Téhéran, la capitale de l'Iran, le 19 juin 2021, un jour après l'élection présidentielle. (AFP / Atta Kenare)
Le taux de participation aux élections présidentielles en Iran a été le plus bas depuis des décennies. (AFP)
Avec un ultraconservateur à la présidence, le CGRI aura les coudées plus franches pour s’aventurer dans la région de manière qui engendrerait des troubles, préviennent les critiques. (Photo du bureau de l'armée iranienne via AFP)
  • Un juge sanctionné par les États-Unis devient le nouveau président après des élections considérées comme truquées en sa faveur
  • Le point déterminant du mandat de Raïssi sera sa capacité à améliorer la vie quotidienne des Iraniens

​​​​​​MISSOURI, États-Unis / IRBIL, Kurdistan irakien : Dans un clip populaire en Iran datant de plusieurs années, on voit une longue file de personnes, au visage renfrogné, qui attendent leur tour dans une cafétéria. Quand leur tour arrive de faire leur choix, on voit le chef, au visage sinistre, qui leur propose de la viande étrange remplie de vers et de la bave remplie de mouches.

Nombreux sont les artistes iraniens qui attaquent de cette manière indirecte les dirigeants religieux. En effet, il est toujours interdit de critiquer ouvertement les principaux fondements du système politique. La victoire du religieux ultra-conservateur Ebrahim Raïssi lors de la présidentielle de vendredi a souligné, plus que jamais, le peu de choix dont disposent les Iraniens lorsqu'il s'agit d'elire leurs dirigeants.

Si les électeurs dans de nombreux pays se plaignent souvent de ne pas pouvoir faire de choix judicieux dans les élections, l'Iran porte ce phénomène à son paroxysme. C'est le Conseil des gardiens, un organisme non élu constitué de religieux et de juristes (dont trois ont été nommés par Raïssi), qui sélectionne les candidats potentiels aux postes vacants en politique.

La participation au scrutin présidentiel en Iran a été la plus basse depuis des décennies. (AFP)
La participation au scrutin présidentiel en Iran a été la plus basse depuis des décennies. (AFP)

De nombreuses estimations affirment que le conseil des gardiens écarte plus de 90 % des candidats qui prennent la peine de postuler à une fonction politique. Il a rejeté cette année la candidature des candidats réformateurs populaires alliés au président sortant Hassan Rouhani, mais aussi celle des partisans de la ligne dure populiste.

Ainsi, parmi les candidats exclus des élections figuraient l'actuel vice-président Eshaq Jahingiri, le président du Parlement Ali Larijani (tous deux alliés de Rouhani) et l'ancien président populiste de droite Mahmoud Ahmedinejad. Ces anciens acteurs politiques iraniens sont parmi les rares à avoir été autorisés à se présenter aux élections précédentes et leur adhésion aux principes fondamentaux de la République islamique ne fait pas de doute.

Pourtant, le Conseil des gardiens les a jugés trop menaçants. Il a donc disqualifié leur candidature (ainsi que celle de toutes les femmes, qui ne peuvent en aucun cas se présenter à de telles élections). Dans un tel climat, la participation électorale semble être la plus basse depuis des décennies. Or c’est une chose peu étonnante.

Comment évaluer alors la légitimité de la présidentielle iranienne ?

Une affiche de campagne électorale recouvre la façade d'un bâtiment sur la place Valiasr à Téhéran, la capitale de l'Iran, le 19 juin 2021, un jour après l'élection présidentielle. (AFP / Atta Kenare)
Une affiche de campagne électorale recouvre la façade d'un bâtiment sur la place Valiasr à Téhéran, la capitale de l'Iran, le 19 juin 2021, un jour après l'élection présidentielle. (AFP / Atta Kenare)

« Cela dépend de votre définition du terme ‘légitime’ », explique à Arab News Barbara Slavin, directrice de l'initiative Future of Iran au Conseil atlantique. " De tout temps, le Conseil des gardiens a passé au crible tous les candidats jugés insuffisamment loyaux envers le système, bien que la définition de 'loyal' ne se soit jamais aussi fortement sous-traitée que lors de cette élection. "

Arash Azizi , auteur de l’ouvrage «The Shadow Commander : Soleimani, the US, and Iran's Global Ambitions» (Le Commandant de l'Ombre : Soleimani, les États-Unis et les ambitions de l'Iran dans le monde), se montre moins indulgent que Mme Slavin.  « En 2021, Raïssi a remporté à peu près le même nombre de voix qu'il a obtenues en 2017 lorsqu'il a perdu les élections. Sauf qu'il a gagné cette fois-ci parce que la majorité des gens ont boycotté les élections », déclare Azizi à Arab News.

« Même si nous nous fions aux chiffres officiels, cette participation est la plus basse de l'histoire de la République islamique, et c'est la première fois que la majeure partie des gens ne votent pas à une élection présidentielle. Sans oublier que près de quatre millions d'électeurs ont invalidé leur bulletin de vote ».

Outre le peu de choix en matière de candidats politiques, les postes décisionnels les plus importants du pays ne sont de toute façon pas soumis à l'élection. Le chef suprême - actuellement l'ayatollah Khamenei, successeur de l'ayatollah Khomeini depuis 1988 - est choisi par le Conseil des gardiens. Les dirigeants du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) ne sont pas non plus élus, et pourtant, ils prennent un grand nombre des décisions politiques les plus déterminantes pour le pays.

Le guide suprême de l'Iran, l'ayatollah Ali Khamenei. (AFP)
Le guide suprême de l'Iran, l'ayatollah Ali Khamenei. (AFP)

« Les Iraniens étaient exaspérés par le manque de choix et pessimistes quant à la possibilité de mener une vie meilleure sous ce régime », explique Barbara Slavin à Arab News. « Cela fait 25 ans qu'ils participent en grand nombre aux élections présidentielles en espérant parvenir à un changement évolutif et pacifique ».

« Mais au fur et à mesure que la société iranienne progresse, le système devient plus répressif et moins représentatif. De surcroît, s'abstenir de voter représente une certaine manière de protester dans un système qui conçoit le vote comme un devoir patriotique ».

L'ÉCONOMIE POLITIQUE DE L'IRAN EN CHIFFRES

40 % - Le taux d'inflation en Iran en 2019.

 

5 % - Hausse du taux de pauvreté ces deux dernières années.

 

3,7 millions - Nombre de personnes qui ont rejoint le registre de la pauvreté au cours de cette période.

 

83 millions - Nombre d'habitants en Iran en 2019.

Par le passé, Khamenei, tout comme les commandants du CGRI, préféraient autoriser un nombre limité de candidats aux élections présidentielles et s'abstenaient d'intervenir de manière trop directe ou évidente dans le processus politique.

Ils se servaient du système électoral extrêmement restrictif pour tâter l'humeur du peuple, tentaient de se donner une certaine légitimité en revendiquant un mandat démocratique, et guettaient les cartes politiques que les différentes élites de la société iranienne allaient brandir.

Khamenei n'intervenait publiquement pour redresser la barre que lorsqu'il jugeait que l'Iran s'éloignait trop de son cap.

En coulisses, ces dirigeants non élus jouent bien entendu un rôle actif dans quasiment tous les domaines, depuis la politique économique et les directives sur l'exécution des prisonniers politiques jusqu'à la stratégie des négociations sur le nucléaire iranien et d'autres questions telles que les opérations secrètes à l'étranger et le financement de diverses forces mandataires de l'Iran dans la région.

La montée de la pauvreté, les perturbations grandissantes et la crise économique secouent le régime de Téhéran. (AFP)
La montée de la pauvreté, les perturbations grandissantes et la crise économique secouent le régime de Téhéran. (AFP)

Ces dernières années, l’économie en crise conjuguées aux protestations populaires de plus en plus nombreuses semblent avoir secouée le régime. Dans ces circonstances, les dirigeants effectifs craignent de laisser aux Iraniens un semblant de choix lors des élections de cette année.

Sur cette toile de fond, la nomination de M. Raïssi à la présidence enverrait, selon toute vraisemblance, un message au peuple iranien. Protégé de Khamenei, Raïssi est responsable des exécutions en masse de dizaines de milliers de dissidents iraniens au cours des 30 dernières années. En 1988, il a été à la tête de « comités de la mort » qui ont enterré dans des fosses communes les prisonniers politiques tués.

Selon le Centre pour les droits de l'homme en Iran, l'ayatollah Hossein Ali Montazeri, alors héritier présomptif de l'ayatollah Khomeini, a lui-même dénoncé les comités de la mort lorsqu'il a déclaré : « A mon avis, c'est le plus grand crime commis dans la République islamique depuis la révolution de 1979 et l'histoire nous condamnera pour cela [...]. Vous serez condamnés comme des criminels dans les annales de l'histoire ».

Le président iranien Hassan Rouhani est vivement critiqué par les conservateurs pour la mauvaise exécution d'un programme de distribution de nourriture aux familles à faibles revenus dans la république islamique frappée par les sanctions (photo d'archive AFP).
Le président iranien Hassan Rouhani est vivement critiqué par les conservateurs pour la mauvaise exécution d'un programme de distribution de nourriture aux familles à faibles revenus dans la république islamique frappée par les sanctions (photo d'archive AFP).

À ce jour, l'Iran se classe juste derrière la Chine - un pays beaucoup plus étendu - pour ce qui est du nombre d'exécutions qu'il mène chaque année. Celles-ci sont menées au terme de simulacres de procès à huis clos, au cours desquels les accusés ne sont pas autorisés à consulter les preuves à charge ni à confronter leurs accusateurs, et un nombre disproportionné d'accusés sont issus des minorités ethniques et religieuses d'Iran. Près de la moitié des personnes exécutées sont des Kurdes iraniens, qui ne représentent cependant que la moitié de la population iranienne, voire moins.

Aujourd'hui président, Raïssi a occupé la fonction de chef du pouvoir judiciaire qui supervisait ce système ainsi que les exécutions massives de dissidents. Avant de devenir chef de la justice en 2019, il a rempli les fonctions de procureur général (de 2014 à 2016), de chef adjoint de la justice (de 2004 à 2014), ainsi que de procureur et de procureur adjoint de Téhéran dans les années 1980 et 1990.

En effet, il est le premier responsable iranien à accéder à la présidence tout en étant soumis aux sanctions américaines et européennes pour son implication antérieure dans des violations des droits de l'homme.

Le message adressé au peuple iranien semble donc tout à fait évident : vous devez rester sage et obéir aux règles, sinon gare à vous.

« Cela fait bien longtemps que Khamenei et l'establishment religieux ont délibérément choisi de bannir toute forme de concurrence politique. Les réformistes se sont noyés dans le sang à la suite de l'écrasement du mouvement vert iranien en 2009. Ainsi, bon nombre de ses dirigeants ont été incarcérés pendant de longues années et ses principaux partis politiques ont été bannis", confie M. Azizi à Arab News.

« L'aile centriste du régime, représentée par Rouhani, a elle aussi été écartée de la scène politique par la suite. Les conservateurs favorables à Khamenei détiennent désormais le pouvoir judiciaire, le parlement et la présidence. Ces deux derniers postes ont été acquis lorsque tous les principaux rivaux électoraux ont été écartés par le Conseil des gardiens ».

La direction modérée d'Hassan Rouhani a été, semble-t-il, mise sur la touche pour la politique étrangère belliciste du Corps des gardiens de la révolution iranienne (IRGC). (Photo d'archive AF)
La direction modérée d'Hassan Rouhani a été, semble-t-il, mise sur la touche pour la politique étrangère belliciste du Corps des gardiens de la révolution iranienne (IRGC). (Photo d'archive AF)

La situation à laquelle nous assistons aujourd’hui est comparable à l'abolition en 1975 du système multipartite par le shah d'Iran, selon M. Azizi pour qui « la situation actuelle ressemble énormément à celle de la République islamique de 1975, comme le soulignent certains historiens. Le régime risque de regretter le jour où il est devenu une entité de plus en plus monolithique ».

Se tournant vers l'avenir, Barbara Slavin, de l'Atlantic Council, affirme qu'il convient aujourd'hui de voir si l'administration Raïssi sera à même d'améliorer la vie des Iraniens ordinaires, car « c'est ce qui déterminera son héritage », plutôt que de discuter de la légitimité de l'élection présidentielle.

« Les Iraniens pourront probablement aspirer à une économie légèrement améliorée à condition que  Téhéran se conforme à nouveau à l'accord sur le nucléaire de 2015 et que les sanctions sont à nouveau levées », dit-elle.

« Mais cela dépendra en grande partie de la compétence ou de la défaillance de l'équipe de Raïssi mais aussi de la volonté ou du manque de volonté des entreprises étrangères d'investir en Iran. Je prévois que la répression des opposants se poursuivra, voire s'accélérera ».

Aux yeux de Arash Azizi, l'élection de Raïssi n'entraînera aucun changement brusque dans la vie des Iraniens ni de changement radical dans les politiques. « Il se montrera prudent car son objectif principal est de se préparer pour la crise de succession qu'entraînera la mort de Khamenei un jour où il pourra être sur la liste des candidats au poste de guide suprême », déclare-t-il à Arab News.

« Fait intéressant, le chef de Cabinet de Rouhani, Mahmod Vaezi, a récemment spéculé que la vie des citoyens pourrait s'améliorer sous la présidence de Raïssi dans la mesure où des négociations, voire un accord, avec l'Occident seront engagées avant la prise de fonction de Raïssi, ce qui devrait alléger la pression qui pèse sur l'économie ».

Cela dit, quelles seront les conséquences de l'accession de M. Raïssi à la présidence sur les relations de l'Iran avec les autres pays ?

Si l'on compare avec Rouhani, plus affable et modéré, Raïssi semble moins enclin, capable ou désireux de mener une offensive de séduction à l'étranger. La diplomatie iranienne pourrait donc changer quelque peu de style, mais la substance de la politique iranienne ne sera probablement pas si différente de celle de l'administration précédente.

De toute manière, ce n'est pas Rouhani qui a pris les décisions les plus importantes en matière de politique étrangère de l'Iran. Il n'était, avec son ministre des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, que de simples messagers.

« Ce n’est pas l'administration Rouhani qui a élaboré ou mis en œuvre la politique de l'Iran vis-à-vis du monde arabe. Ainsi, un nouveau président n'apportera pas de changement immédiat à cet égard », explique M. Azizi à Arab News. « Mais le CGRI accédera plus librement aux structures de l'État qu'il ne contrôlait pas jusqu'à présent et aura les coudées plus franches pour s’aventurer dans la région ».

Avec un ultraconservateur à la présidence, le CGRI aura les coudées plus franches pour s’aventurer dans la région de manière qui engendrerait des troubles, préviennent les critiques. (Photo du bureau de l'armée iranienne via AFP)
Avec un ultraconservateur à la présidence, le CGRI aura les coudées plus franches pour s’aventurer dans la région de manière qui engendrerait des troubles, préviennent les critiques. (Photo du bureau de l'armée iranienne via AFP)

La vision de Barbara Slavin sur les ambitions iraniennes sous la présidence de Raïssi est plus nuancée. « Je pense qu'il sera réticent à prendre des risques en matière d'affaires étrangères, en partie parce qu'il espère succéder à Khamenei », confie-t-elle à Arab News.

« À mon avis, il va se focaliser sur la stabilisation de l'économie et essayer d'alléger les tensions qui l'opposent à ses voisins. En revanche, il ne gère pas les relations avec les diverses milices. Ce volet continuera à être géré par la Force al-Qods ».

Fait révélateur, M. Raïssi a tenu par le passé des propos dénotant sa volonté d'accepter les sanctions internationales contre l'Iran. Il voit dans ces sanctions une occasion pour l'Iran de développer davantage une économie indépendante, une économie « de résistance ».

Pour les ultraconservateurs comme Raïssi, une intégration trop poussée dans l'économie mondiale risque d'entraîner une certaine perversion culturelle et politique en Iran. Par conséquent, Raïssi et son maître, Khamenei, accepteront aisément toute mesure pourvu que ce ne soit pas une invasion militaire américaine.

L'administration Biden, qui maintient un vif intérêt pour la reprise de l'accord nucléaire, peut donc éprouver des difficultés à négocier avec une personne peu préoccupée par les sanctions et un certain isolement.

Toutefois, M. Azizi estime que le régime cherchera à conclure un accord pour que Washington réintègre l'accord sur le nucléaire avant que Raïssi ne prenne ses fonctions en août. « M. Raïssi héritera donc de cet accord et le préservera », explique-t-il, même si certains membres du CGRI le pousseront à autoriser « des actions plus aventureuses dans la région » et à refuser les propositions de réconciliation et de pourparlers émanant des pays du Golfe.

« Dans quelle mesure Raïssi sera-t-il réceptif à ces pressions ? C'est une question qui attend des réponses », confie Arash Azizi à Arab News.

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com.

 

 


La Syrie accuse Israël de vouloir la «déstabiliser» après une incursion et des frappes meurtrières

 Les autorités syriennes ont accusé Israël de vouloir "déstabiliser" la Syrie, après une série de frappes qui ont détruit un aéroport militaire et une incursion sanglante jeudi dans le sud du pays qui ont fait 13 morts selon une ONG. (AFP)
Les autorités syriennes ont accusé Israël de vouloir "déstabiliser" la Syrie, après une série de frappes qui ont détruit un aéroport militaire et une incursion sanglante jeudi dans le sud du pays qui ont fait 13 morts selon une ONG. (AFP)
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  • Des frappes intensives sur des objectifs militaires dans le centre de la Syrie et la région de Damas ont été suivies par une incursion des troupes israéliennes dans le sud, où neuf personnes ont été tuées en tentant de s'opposer à leur avancée
  • Mercredi soir, l'aviation israélienne a mené une série de frappes sur un centre de recherche militaire à Damas, l'aéroport militaire de la ville de Hama et la base aérienne militaire T-4 dans la province de Homs, tous deux dans le centre du pays

DAMAS: Les autorités syriennes ont accusé Israël de vouloir "déstabiliser" la Syrie, après une série de frappes qui ont détruit un aéroport militaire et une incursion sanglante jeudi dans le sud du pays qui ont fait 13 morts selon une ONG.

Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz,  dont le pays a mené des centaines de frappes en Syrie depuis la chute du pouvoir de Bachar al-Assad le 8 décembre, a averti le dirigeant syrien, Ahmad al-Chareh, qu'il paierait un "lourd tribut" si la sécurité d'Israël était menacée.

"Cette escalade injustifiée constitue une tentative préméditée de déstabiliser la Syrie", a pour sa part accusé le ministère syrien des Affaires étrangères dans un communiqué.

Des frappes intensives sur des objectifs militaires dans le centre de la Syrie et la région de Damas ont été suivies par une incursion des troupes israéliennes dans le sud, où neuf personnes ont été tuées en tentant de s'opposer à leur avancée.

Mercredi soir, l'aviation israélienne a mené une série de frappes sur un centre de recherche militaire à Damas, l'aéroport militaire de la ville de Hama et la base aérienne militaire T-4 dans la province de Homs, tous deux dans le centre du pays.

Le ministère syrien a affirmé que l'aéroport avait été "presque entièrement détruit" et évoqué des "dizaines de blessés civils et militaires".

"Protectorat turc" 

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), basé au Royaume-Uni mais qui dispose d'un vaste réseau de sources en Syrie, quatre militaires ont été tués et 12 blessés dans les raids contre l'aéroport de Hama.

Un correspondant de l'AFP a vu au moins un avion militaire calciné dans un hangar, et des véhicules militaires, dont un transportant un système de défense anti-aérienne, gravement endommagés.

Un bâtiment du centre de recherche scientifique à Barzé, dans la banlieue de Damas, également visé, a été détruit, selon un correspondant de l'AFP.

En Israël, l'armée a affirmé avoir "frappé les capacités militaires dans les bases syriennes de Hama et T4, dans la province de Homs, ainsi que d'autres infrastructures militaires dans la région de Damas".

Une source syrienne proche du dossier a indiqué à l'AFP que la Turquie, alliée des nouvelles autorités syriennes, tente d'établir des "positions militaires" en Syrie dont une "à l'intérieur de la base T4".

Lors d'une conférence de presse à Paris, le ministre israélien des Affaires étrangères Gideon Saar a imputé à la Turquie "un rôle négatif en Syrie" et "au Liban". "Nous ne pensons pas que la Syrie devrait être un protectorat turc", a-t-il dit.

Appels au combat 

A Deraa, neuf personnes tuées au cours de l'incursion israélienne ont été inhumées jeudi, a rapporté un correspondant de l'AFP.

Les autorités de la province avaient annoncé leur décès après un bombardement israélien près de la ville de Nawa, à l'ouest de Deraa, ayant suivi une "incursion israélienne" dans la région, "où les forces de l'occupation ont pénétré pour la première fois aussi profondément".

Selon l'OSDH, il s'agit d'habitants de la région qui ont pris les armes après des appels lancés dans les mosquées à contrer l'avancée des troupes israéliennes.

L'armée israélienne a indiqué avoir répondu à des tirs dans le sud de la Syrie et ciblé plusieurs combattants qui ont été "éliminés" dans des frappes terrestres et aériennes.

"La présence d'armes dans le sud de la Syrie constitue une menace pour l'Etat d'Israël", a déclaré un porte-parole militaire israélien, ajoutant que l'armée "ne permettrait pas l'existence d'une menace militaire en Syrie".

Dès la chute de Bachar al-Assad évincé par une coalition de rebelles dominés par les islamistes, après plus de 13 ans de guerre civile, Israël a envoyé des troupes dans une zone tampon démilitarisée du Golan, dans le sud-ouest de la Syrie.

Il a aussi mené des centaines de frappes aériennes sur des sites militaires, affirmant vouloir empêcher que des armes ne tombent entre les mains des nouvelles autorités, qu'il qualifie de "jihadistes".

Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, avait exigé fin février "la démilitarisation totale du sud de la Syrie" et affirmé qu'il ne tolérerait pas que les forces du nouveau pouvoir se déploient au sud de Damas.

Le 26 mars, six civils avaient déjà été tués après une incursion israélienne similaire dans la province de Deraa, selon les autorités locales.


La Défense civile de Gaza fait état d'au moins 15 morts dans une frappe israélienne dans le nord

L'armée israélienne a lancé un nouvel appel à évacuer pour les habitants de Choujaiya et d'autres districts dans le nord de la bande de Gaza. (AFP)
L'armée israélienne a lancé un nouvel appel à évacuer pour les habitants de Choujaiya et d'autres districts dans le nord de la bande de Gaza. (AFP)
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  • L'armée israélienne a lancé un nouvel appel à évacuer pour les habitants de Choujaiya et d'autres districts dans le nord de la bande de Gaza.
  • "L'armée israélienne opère avec une grande force dans vos zones pour détruire l'infrastructure terroriste" du mouvement islamiste palestinien Hamas, a déclaré le porte-parole de l'armée en langue arabe, Avichay Adraee, dans un message sur son compte X

GAZA: La Défense civile de Gaza a indiqué qu'au moins 15 personnes avaient été tuées jeudi à l'aube dans des frappes aériennes israéliennes dans la partie nord du territoire palestinien, après un appel à évacuer de l'armée israélienne.

Le porte-parole de la Défense civile, Mahmoud Bassal, a déclaré que les frappes avaient visé plusieurs maisons dans le quartier de Choujaiya, dans la ville de Gaza. "Il y a encore un certain nombre de personnes piégées sous les décombres", a-t-il ajouté.

L'armée israélienne a lancé un nouvel appel à évacuer pour les habitants de Choujaiya et d'autres districts dans le nord de la bande de Gaza.

"L'armée israélienne opère avec une grande force dans vos zones pour détruire l'infrastructure terroriste" du mouvement islamiste palestinien Hamas, a déclaré le porte-parole de l'armée en langue arabe, Avichay Adraee, dans un message sur son compte X.

"Vous devez évacuer ces zones immédiatement et vous rendre dans les abris connus dans l'ouest de la ville de Gaza", a-t-il ajouté.


Israël morcèle Gaza, accentue la pression sur le Hamas pour récupérer les otages

Mercredi, au moins 34 Palestiniens ont été tués dans les frappes. L'une d'elles a tué 19 personnes, dont neuf enfants, dans un centre de santé détruit de l'Unrwa, l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens, à Jabalia (nord), selon la Défense civile de Gaza, organisation de premiers secours. (AFP)
Mercredi, au moins 34 Palestiniens ont été tués dans les frappes. L'une d'elles a tué 19 personnes, dont neuf enfants, dans un centre de santé détruit de l'Unrwa, l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens, à Jabalia (nord), selon la Défense civile de Gaza, organisation de premiers secours. (AFP)
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  • Loin de céder, le Hamas a rejeté une proposition de trêve annoncée samedi par Israël et transmise par l'intermédiaire de la médiation du Qatar et de l'Egypte
  • Après deux mois de trêve, Israël a repris le 18 mars son offensive à Gaza affirmant que la pression militaire était le seul moyen de forcer le Hamas à rendre la soixantaine d'otages, morts ou vivants, qu'il détient encore

JERUSALEM: Israël a annoncé mercredi que son armée avait commencé à morceler la bande de Gaza et à y saisir de larges zones de territoire pour forcer le mouvement islamiste palestinien Hamas à rendre les otages.

Loin de céder, le Hamas a rejeté une proposition de trêve annoncée samedi par Israël et transmise par l'intermédiaire de la médiation du Qatar et de l'Egypte, ont indiqué deux responsables du mouvement islamiste palestinien à l'AFP alors que les bombardements israéliens sur la bande de Gaza ont fait plus de 30 morts mercredi, dont des enfants, selon les secours locaux.

Le Hamas souhaite avancer sur une proposition egypto-qatarie prévoyant un cessez-le-feu de 50 jours, période pendant laquelle le mouvement islamiste libérerait "cinq soldats israéliens" en échange de la remise en liberté de quelque 2.250 prisonniers palestiniens détenus par Israël, a indiqué un de ces deux responsables sous le couvert de l'anonymat

Après deux mois de trêve, Israël a repris le 18 mars son offensive à Gaza affirmant que la pression militaire était le seul moyen de forcer le Hamas à rendre la soixantaine d'otages, morts ou vivants, qu'il détient encore.

"Nous morcelons la bande de Gaza et nous augmentons la pression pas à pas, afin qu'ils nous rendent nos otages", a déclaré le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

Critiques des familles d'otages 

Appelant "les habitants de Gaza à agir maintenant pour chasser le Hamas et rendre tous les otages", le ministre de la Défense, Israël Katz, a menacé une nouvelle fois de confisquer au profit d'Israël de "vastes secteurs" conquis par l'armée à la faveur de l'élargissement de son offensive dans la bande de Gaza.

"Expliquez (...) comment vous comptez éviter la mise en danger des otages", a réagi le Forum des familles, la plus grande association de proches d'otages en Israël, en reprochant au gouvernement d'envoyer "davantage de soldats à Gaza" plutôt que "de libérer les otages par un accord et de mettre fin à la guerre"

De leur côté, une cinquantaine d'otages libérés et des proches d'otages ont estimé dans une lettre ouverte que "la pression militaire met en danger les otages".

"Où est le monde?" 

La guerre a été déclenchée le 7 octobre 2023 par l'attaque sans précédent du Hamas ayant entraîné la mort de 1.218 personnes du côté israélien, en majorité des civils, selon un décompte de l'AFP basé sur des données officielles.

Sur les 251 personnes enlevées ce jour-là, 58 sont toujours otages à Gaza dont 34 sont mortes selon l'armée israélienne.

En riposte Israël a juré de détruire le Hamas et lancé une campagne de représailles militaires ayant fait au moins 50.423 morts, majoritairement des civils, selon les données du ministère de la Santé du Hamas pour Gaza, jugées fiables par l'ONU.

Mercredi, au moins 34 Palestiniens ont été tués dans les frappes. L'une d'elles a tué 19 personnes, dont neuf enfants, dans un centre de santé détruit de l'Unrwa, l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens, à Jabalia (nord), selon la Défense civile de Gaza, organisation de premiers secours.

Le centre sert de refuge à 160 familles déplacées, a indiqué l'Unrwa.

"Les martyrs sont des jeunes, des garçons et des filles. De quel droit il les tuent? Ils ont visé directement la clinique. Où sont les Nations unies, où est le monde?" a lancé Abou Ahmed Jaber, un déplacé réfugié dans le bâtiment.

L'armée israélienne a confirmé une frappe contre le bâtiment de l'Unrwa affirmant y avoir visé "des terroristes du Hamas".

Treize personnes ont également été tuées par un bombardement sur une maison abritant des déplacés à Khan Younès et deux par une frappe sur une maison à Nousseirat (centre), selon les secours.

Après l'interception de deux projectiles tirés de Gaza en direction d'Israël dans la soirée, l'armée israélienne a appelé les habitants à évacuer plusieurs régions du nord de Gaza, en prévision de frappes.

"Guerre sans limite" 

De son côté, le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres est "choqué par les attaques de l'armée israélienne" contre un convoi médical et de secours, qui ont tué 15 secouristes et travailleurs humanitaires la semaine dernière à Gaza, selon son porte-parole.

La "fosse commune" où les secouristes ont été retrouvés expose une "guerre sans limite" à Gaza, a indiqué un responsable du Bureau des opérations humanitaires de l'ONU (Ocha), Jonathan Whittall.

Selon le ministère de la Santé de Gaza, 1.066 personnes ont été tuées depuis le 18 mars.

Pour accroître la pression sur le Hamas, Israël a bloqué depuis le 2 mars l'entrée de l'aide humanitaire à Gaza, aggravant les pénuries dans le territoire.

Faute de farine et de sucre, des boulangeries ont fermé. "La situation est très difficile, il n'y a pas de farine, pas de pain, pas de nourriture ni d'eau", a témoigné un père de famille, Mahmoud Sheikh Khalil.

A Jérusalem, le ministre israélien de la Sécurité intérieure, Itamar Ben Gvir, figure de l'extrême droite, s'est rendu une nouvelle fois sur l'esplanade des Mosquées, lieu disputé dans le secteur oriental de la Ville sainte occupé et annexé par Israël.

Troisième lieu saint de l'islam, l'endroit est pour les juifs, le mont du Temple, lieu le plus sacré du judaïsme. Plusieurs pays arabes ont dénoncé une "provocation" susceptible d'alimenter encore un peu plus les tensions régionales.