Comment j’ai raté ma carrière d’influenceuse à Dubaï

"c’est avec une joie non dissimulée que je me suis laissée submerger et noyer par les réjouissances"(Anouchka Sooriamoorthy Instagram: @danslechaosmonde)
"c’est avec une joie non dissimulée que je me suis laissée submerger et noyer par les réjouissances"(Anouchka Sooriamoorthy Instagram: @danslechaosmonde)
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Publié le Samedi 29 mai 2021

Comment j’ai raté ma carrière d’influenceuse à Dubaï

  • De cette ville aux mille nationalités, certains affirment que le multiculturalisme n’est qu’une posture, que les communautés vivent les unes à côté des autres, et non les unes avec les autres
  • Je n’aurai pu imaginer, il y a quatorze ans de cela, observer une telle solidarité entre des individus que rien ne relie, hormis un visa de résidence

DUBAÏ : Depuis quelques mois, je vis une crise existentielle. Tout allait bien jusqu’à ce que déferlent les reportages des grandes chaînes télévisées, et les vidéos des réseaux sociaux donnant à voir la vie à Dubaï. Devant ces images de luxe débordant et outrancier, je demeurais abasourdie: je vis à Dubaï depuis 2007, et je ne me reconnaissais en rien dans ce tableau arabo-rococo-déliro. Durant toutes ces années dans la ville de la démesure, j’avais été plutôt mesurée: je n’avais pas acquis de voiture de luxe, je ne possédais pas de léopard de compagnie, je ne m’étais même pas fait injecter un peu de silicone. La question était douloureuse, mais il fallait que je trouve le courage de me la poser: avais-je raté ma vie? Analyse d’un échec en cinq points…

Faux départ

Tout avait mal commencé. Ma décision de partir de France pour m’installer à Dubaï n’avait pas été motivée par des raisons fiscales, et je n’en étais pas fière: n’était-ce pas le comble du chic de sous-entendre que l’on avait fui le fisc? J’aurais tant voulu faire partie de ces happy few rebelles, fusion de Robin des Bois et de James Bond, mais je gagnais à l’époque malheureusement trop peu pour prétendre à ce cercle prisé. Mon déménagement n’avait pas non plus été provoqué par une haine de la France, et ce malgré tous mes efforts répétés: j’avais tenté de faire éclore une forme d’agressivité mêlée de rancœur, cultivant l’espoir que cela allait permettre le jaillissement de la gnaque qui me manquait pour réussir sinon ma vie,  du moins mon compte Instagram. J’ai revisionné La Haine de Mathieu Kassovitz, j’écoutais en boucle les albums de NTM. En vain. Je ne trouvais aucun reproche à faire à la France, hormis une météo parisienne morose qui avait encouragé ma recherche de nouveaux horizons ensoleillés. J’arrivais à Dubaï, contrat de travail en poche et sourire aux lèvres, pour démissionner deux fois en deux mois, déçue par les propositions reçues, recherchant naïvement un métier qui allait participer à mon épanouissement, plutôt que de penser rationnellement au flouze, à l’oseille, au biff. La route du succès s’annonçait longue et tortueuse…

"Qu’est-ce qui importe véritablement ? Pour moi, c’est la liberté" (Anouchka Sooriamoorthy/Instagram : @danslechaosmonde)
"Qu’est-ce qui importe véritablement ? Pour moi, c’est la liberté" (Anouchka Sooriamoorthy/Instagram: @danslechaosmonde)

Ballet des cultures 

De cette ville aux mille nationalités, certains affirment que le multiculturalisme n’est qu’une posture, que les communautés vivent les unes à côté des autres, et non les unes avec les autres, mais ils oublient que le côtoiement, si léger soit-il, créée une passerelle. Tôt ou tard et sans que l’on soit prévenu, on est happé dans le ballet des cultures. On se surprend à ponctuer ses phrases d’un inch’allah spontané, on se réjouit d’un dîner chez Ravi, d’une succulente cantine indienne, où pour trois euros, l’on festoie comme un cheikh, on ne peut plus concevoir un apéro sans houmous, on apprécie les notes boisées des parfums au bois de oud. Il n’y a pas de culture à Dubaï, entend-on de la part de ceux qui jettent aussi rapidement l’anathème qu’ils publient un tweet. Dans cette ville où 80% de la population est étrangère, la culture est à l’image de la mondialisation: métisse et surprenante. Se laisser emporter par les sonorités «jazzées» du Koweïtien Kamal Moussallam, écouter avec intérêt le journaliste Feurat Alani narrer son lien à l’Irak, être subjugué par la chorégraphie de la troupe de Benjamin Millepied dans la solennité de l’opéra de Dubaï… Pour celui qui fait l’effort de sortir le nez de son écran et de ses préjugés, c’est à toute cette richesse qu’il s’expose. Évidemment, c’est moins attrayant que les gloss repulpants et les fers à friser nouvelle génération à chaleur céramique, mais on a les centres d’intérêt que l’on mérite, tant pis pour moi! L’un de mes lieux préférés est une petite salle indépendante de cinéma dont les canapés usés à l’esthétique désuète ressemblent à ceux qui occupaient l’espace du salon de mes grands-parents. On sirote un chaï avant la projection, et on dévore un paratha aux œufs après, et entre les deux, on voyage. Liban, France, Tunisie, Corée, États-Unis, Espagne et tant d’autres pays. La sélection des films est à l’image des habitants de Dubaï: diverse et hétéroclite.

Ni relookée, ni botoxée

«Je vis à Dubaï». À chaque fois que, en vacances en France, je suis amenée à prononcer cette phrase sur le ton d’une confession coupable, je sens le regard circonspect de mon interlocuteur se poser sur moi. Cette circonspection s’explique par le fait que je n’arbore pas ce qui, semble-t-il, devrait être le look de la parfaite dubaïote: pas de diamants clinquants, pas de faux-cils à rallonge capables de provoquer une tempête de sable, même pas un peu de botox, et encore moins de formes plantureusement siliconées. Loin des images retouchées, je suis l’incarnation de la vie normale. Les femmes que je côtoie n’ont pas de lunettes de soleil à la monture en or 24 carats, pas de lèvres repulpées, pas de sacs à main «logotisés». À la place, c’est l’anticernes qui masque les nuits écourtées par nos enfants, les sourires lors de nos weekends qui ne connaissent jamais la grisaille, et qui détiennent la saveur des vacances, un grand cabas en toile, au fond duquel gît un livre. Parfois, l’envie surgit d’aller à la conquête des nuits dubaïotes, de danser sur les tables en or massif d’un bar construit sur un héliport, entourées de faucons aux serres ornées de diamants mais, épuisées par nos longues journées de travail, nous optons pour nos transats de jardin, devant notre salut à notre majordome en scooter: le livreur de Deliveroo. À défaut d’avoir usé nos semelles sur les pistes de danse, nous frottons et limons nos cervelles les unes aux autres: nous nous questionnons sur la place de la femme, sur notre rôle de mères, sur la difficulté de l’équilibre entre vie professionnelle et vie familiale. Si nos conversations sont communes à de nombreuses femmes à travers la planète, nous sommes cependant conscientes des privilèges qu’offre la vie à Dubaï, le plus appréciable étant que les préoccupations sécuritaires nous sont étrangères: nos enfants jouent dans le quartier sans que l’inquiétude ne s’empare de nous, les portes ne sont pas toujours verrouillées, les sacs jamais tenus avec la poigne anxieuse du vol à l’arraché. Cette immense chance est accompagnée d’une crainte: que nous construisions, loin des messages de la RATP appelant les passagers à la vigilance, un rapport faussé au monde.

"Je suis du côté des Palestiniens, non pas que je sois contre les Israéliens, mais parce que c’est mon devoir moral d’apporter mon soutien à ceux qui n’ont pas de pays, pas de nationalité, pas de droits, pas de perspective de bonheur" (Anouchka Sooriamoorthy/Instagram: @danslechaosmonde)
"Je suis du côté des Palestiniens, non pas que je sois contre les Israéliens, mais parce que c’est mon devoir moral d’apporter mon soutien à ceux qui n’ont pas de pays, pas de nationalité, pas de droits, pas de perspective de bonheur" (Anouchka Sooriamoorthy/Instagram: @danslechaosmonde)

Sous le bling-bling, la morale

Un consensus semble être partagé: les expatriés vivant à Dubaï auraient laissé leur moralité au port d’embarquement en montant à bord de l’A380 qui les a menés au Las Vegas du Moyen-Orient. Voici donc le sujet d’une étude psychologique dont nous serions de parfaits sujets d’observation: la morale varie-t-elle en fonction du lieu d’habitation? Comme nous sommes à l’époque des experts autoproclamés, je me lance: je crois que ce n’est pas le lieu qui fait ce que nous sommes, mais que c’est nous qui décidons des modalités d’occupation du lieu. Celui qui méprisait ses employés à Paris, qui trompait sa femme à Londres, qui faisait des blagues racistes à Moscou ne va pas retrouver une aura de sainteté à Dubaï (on accole des attributs dithyrambiques à cette ville mais, malgré les appels réguliers des muezzins, elle ne peut convertir le pécheur en homme moral). À l’inverse, c’est accorder si peu de volonté à l’être humain que de penser que celui qui œuvrait pour la cause animale, qui s’élevait contre la misogynie, qui militait pour la justice sociale, a abandonné toutes ses convictions dès qu’il a mis le pied dans le plus grand centre commercial au monde, le bien-nommé Dubaï Mall. Autour de moi, j’observe des hommes et des femmes qui, comme ils le feraient ailleurs, s’activent dans l’espoir d’apporter leur contribution au monde: association d’aide aux animaux, récolte de denrées pour les travailleurs dans le besoin, journées de soutien à la Palestine. Dans l’avion qui décollait de Roissy-Charles-de-Gaulle pour atterrir à l’aéroport international de Dubaï, je n’aurai pu imaginer, il y a quatorze ans de cela, observer une telle solidarité entre des individus que rien ne relie, hormis un visa de résidence: untel aide une victime de la crise économique à retrouver un travail alors qu'un autre soigne des chats errants. Et tout cela est fait à voix basse, loin des vidéos en direct d’Instagram. Autant d’occasions manquées de se rapprocher de la célébrité! 

"Je ne me rêve plus en héroïne pseudo-tragique qui souhaiterait la tourmente divertissante sans la fin désespérante" (Anouchka Sooriamoorthy/Instagram: @danslechaosmonde)
"Je ne me rêve plus en héroïne pseudo-tragique qui souhaiterait la tourmente divertissante sans la fin désespérante" (Anouchka Sooriamoorthy/Instagram: @danslechaosmonde)

Fais un métier qui te plaît et tu ne travailleras jamais

On raconte que la maxime fut prononcée par Confucius (ou peut-être était-ce Bill Gates?). J’en ai fait un principe de vie: loin des calculs de carrière et de célébrité (hélas!), je me suis laissée porter par les flots de la passion. J’aurais au moins pu être passionnée par ce qui importe véritablement, les dégradés d’ombre à paupières ou les extensions de cheveux, mais ce fut malheureusement la littérature et la philosophie. Depuis quatorze ans, j’enseigne la philosophie à des jeunes gens qui sont à l’orée de leur vie d’adulte. Certains sont Français sans jamais avoir grandi en France, ils vagabondent allègrement de pays en pays, posant un regard serein sur la question de l’identité; d’autres sont partis enfants de la Syrie en guerre; d’autres encore sont arrivés cette année, après l’explosion du port de Beyrouth. La pluralité qu’ils représentent m’enrichit constamment. J’aborde avec eux les difficultés propres à l’existence humaine, je questionne leur rapport à la société, leur insufflant l’idée que c’est en mettant à distance le regard des autres qu’ils pourront peut-être espérer atteindre le bonheur. Je les invite à penser par eux-mêmes, à ne jamais se laisser influencer, à combattre les clichés, comme celui qui affirmerait que Dubaï serait un paradis artificiel, où ne vivent que des individus en recherche de célébrité et d’argent, au prix de la décence et de la morale. Ceux qui trouvent paradoxale l’idée d’enseigner la philosophie à Dubaï, je les interroge sur l’utilité de faire une conférence pour dénoncer l’abattage industriel devant une association de végétariens. C’est bien parce que la tentation consumériste est partout, que la philosophie détient toute sa place et son importance. Les Émiriens l’ont bien compris, car ils ont pour projet d’instaurer la philosophie dans toutes les écoles publiques du pays, du CP à la terminale. On ne devient ni célèbre ni riche en étant enseignant; je me dis parfois, en contemplant avec dépit ma fiche de salaire, que j’ai raté ma voie (ma vie?). Mais quand je reçois, chaque année, des messages d’élèves me remerciant pour mes cours, me racontant comment cette année de philosophie a changé leur perception du monde et de la vie, je me dis qu’après tout je n’ai peut-être pas raté ma carrière d’influenceuse philosophe.

 

 

 

 


AlUla affirme son rayonnement culturel international, avec la fondation Lafayette anticipation

la vallée de l'oasis d'AlUla vue du ciel depuis Hattat Uwayrid, le 31 janvier 2025. (Photo : Loïc VENANCE / AFP)
la vallée de l'oasis d'AlUla vue du ciel depuis Hattat Uwayrid, le 31 janvier 2025. (Photo : Loïc VENANCE / AFP)
  • Plus qu’une simple exposition, cette programmation illustre l’évolution du partenariat franco-saoudien
  • Longtemps centré sur la valorisation du patrimoine, celui-ci s’étend désormais à l’art contemporain, au design, à l’architecture et aux industries créatives

PARIS: À l’automne, la cité-oasis saoudienne d’AlUla déploiera une véritable saison culturelle à Paris, dont le premier grand rendez-vous sera l’exposition La Vie des formes, présentée à la Fondation Lafayette Anticipations à partir du 7 septembre.

Plus qu’une simple exposition, cette programmation illustre l’évolution du partenariat franco-saoudien. Longtemps centré sur la valorisation du patrimoine, celui-ci s’étend désormais à l’art contemporain, au design, à l’architecture et aux industries créatives.

Pour Simon Garcia, directeur du développement culturel d’AFALULA, La Vie des formes est le fruit de deux partenariats majeurs : celui qui unit depuis huit ans la France et l’Arabie saoudite autour du développement d’AlUla, et celui noué avec Lafayette Anticipations.

Simon Garcia rappelle à ce propos que cette coopération est unique par son ampleur et qu’elle connaîtra une montée en puissance au cours de la prochaine saison.

AFALULA accompagne la Commission royale pour AlUla dans des projets qui vont des fouilles archéologiques à la création d’institutions muséales, en passant par le cinéma, les résidences d’artistes et le soutien à la création contemporaine.

Depuis 2021, plus de soixante artistes et créateurs internationaux ont été accueillis en résidence dans l’oasis, faisant d’AlUla un véritable laboratoire où patrimoine et création contemporaine se nourrissent mutuellement.

Cette dynamique est désormais bien engagée. Après Arduna, première exposition du Musée d’art contemporain d’AlUla réalisée avec le Centre Pompidou, Paris accueillera cet automne quatre grands rendez-vous.

Outre La Vie des formes, une exposition sera organisée avec l’Institut du monde arabe dans le cadre du Prix du Design arabe. Le Musée d’art contemporain d’AlUla présentera également, à Art Basel Paris, une œuvre commandée à l’artiste Aman AlZedani, tandis que la Villa Hegra investira la Monnaie de Paris avec une exposition consacrée aux arts de la table, réunissant plusieurs créatrices saoudiennes.

Au cœur de cette programmation, le partenariat avec Lafayette Anticipations occupe une place particulière.

Pour son directeur, Clément Delépine, cette collaboration s’inscrit pleinement dans la mission de la fondation, qui consiste à rendre la création contemporaine accessible au plus grand nombre tout en encourageant les échanges entre les différentes disciplines artistiques.

Son bâtiment, conçu par l’architecte néerlandais Rem Koolhaas, offre d’ailleurs un cadre idéal grâce à ses espaces modulables, où dialoguent arts visuels, design, musique, performance et édition.

Une philosophie qui rejoint naturellement celle développée à AlUla, où patrimoine, paysage, architecture et création contemporaine sont pensés comme un ensemble cohérent.

Co-commissaire de l’exposition, Arnaud Morand, responsable des arts et des industries créatives à AFALULA, souligne que La Vie des formes est avant tout un projet construit à deux voix, dans la mesure où l’exposition réunit des œuvres de la collection de Lafayette Anticipations et des créations réalisées lors des résidences de design organisées à AlUla.

Mais, explique-t-il, l’objectif va bien au-delà de l’organisation d’une exposition. Avant même l’ouverture des futurs musées, AlUla a choisi d’inviter artistes, designers et chercheurs à travailler sur place afin qu’ils participent à la construction de son identité culturelle.

« Ce sont eux qui observent, expérimentent, questionnent et parfois critiquent », rappelle Arnaud Morand. Leur regard nourrit la réflexion sur la transformation d’un territoire appelé à devenir l’un des grands pôles culturels du Royaume.

Dans cette démarche, l’art et le design deviennent de véritables outils de réflexion. Ils permettent d’aborder des questions très concrètes : comment vivre dans un environnement désertique, imaginer des espaces publics adaptés au climat, valoriser les matériaux locaux ou encore inventer de nouvelles formes de convivialité.

Pour Arnaud Morand, les œuvres présentées sont ainsi le résultat d’un dialogue permanent entre artistes, artisans, habitants et paysages.

Cette réflexion est au cœur de La Vie des formes, qui s’inspire de l’historien de l’art Henri Focillon et invite à voir les formes comme des réalités vivantes, façonnées par les matériaux, les usages, les gestes et les imaginaires, plutôt que comme des objets figés.

En faisant dialoguer les collections de Lafayette Anticipations avec les créations réalisées à AlUla, l’exposition montre comment l’art et le design accompagnent les profondes mutations d’un territoire.

Cette présence renforcée d’AlUla à Paris confirme l’ambition culturelle portée par la Vision 2030 saoudienne, qui mise sur la création contemporaine comme moteur de développement et d’échanges internationaux.

Le Royaume d’Arabie saoudite fait ainsi de la culture un puissant levier de transformation, avec la France comme partenaire de premier plan.

AlUla a d’ailleurs annoncé avoir renforcé son partenariat avec l’écosystème français de l’innovation grâce au lancement du programme « Future of Tourism », en collaboration avec STATION F et le groupe Galeries Lafayette, en marge du salon international VivaTech, qui s’est tenu récemment à Paris Expo Porte de Versailles.


Mondial-2026: la Suisse écarte l'Algérie et renoue avec les 8es

En habituée, la Suisse s'est qualifiée pour les 8es de finale du Mondial-2026, en battant sans trembler une inoffensive équipe d'Algérie (2-0), grâce à des buts de Breel Embolo (11e) et Dan Ndoye (46e), jeudi à Vancouver. (AFP)
En habituée, la Suisse s'est qualifiée pour les 8es de finale du Mondial-2026, en battant sans trembler une inoffensive équipe d'Algérie (2-0), grâce à des buts de Breel Embolo (11e) et Dan Ndoye (46e), jeudi à Vancouver. (AFP)
  • La "Nati", qui atteint pour la quatrième fois d'affilée ce stade du tournoi, tentera d'enfin le franchir mardi prochain. Ce sera encore dans la province de Colombie-Britannique, contre... la Colombie ou le Ghana opposés vendredi à Kansas City
  • En attendant, elle n'a pas fait de sentiment face à son ancien sélectionneur Vladimir Petkovic, désormais assis sur le banc des Fennecs, qui lui avait fait franchir un cap sur la scène internationale de 2014 à 2021

VANCOUVER: En habituée, la Suisse s'est qualifiée pour les 8es de finale du Mondial-2026, en battant sans trembler une inoffensive équipe d'Algérie (2-0), grâce à des buts de Breel Embolo (11e) et Dan Ndoye (46e), jeudi à Vancouver.

La "Nati", qui atteint pour la quatrième fois d'affilée ce stade du tournoi, tentera d'enfin le franchir mardi prochain. Ce sera encore dans la province de Colombie-Britannique, contre... la Colombie ou le Ghana opposés vendredi à Kansas City.

En attendant, elle n'a pas fait de sentiment face à son ancien sélectionneur Vladimir Petkovic, désormais assis sur le banc des Fennecs, qui lui avait fait franchir un cap sur la scène internationale de 2014 à 2021.

L'entraîneur bosnien naturalisé suisse avait notamment guidé la Nati en quart de finale de l'Euro-2021, après avoir éliminé la France de Didier Deschamps et Kylian Mbappé.

A l'époque, Breel Embolo avait été de cette remarquable performance, mais pas le jeune Johan Manzambi, 20 ans, dont le talent éclate dans ce Mondial et qui en a encore donné un aperçu dès le début de match en lui délivrant une passe décisive, après un déboulé côté gauche (10e).

Une entame idéale pour les Suisses, au grand dam de Luca Zidane, de nouveau titulaire dans les cages algériennes, après avoir été écarté lors du dernier match de groupe contre l'Autriche (3-3) sans que son suppléant Oussama Benbot fasse mieux.

Volontaire mais incapable de se montrer dangereuse, l'Algérie, qui espérait renouer avec les huitièmes de finale du Mondial pour la première fois depuis 2014 au Brésil, a été cueillie à froid dès le retour des vestiaires, quand Dan Ndoye, profitant d'un mauvais renvoi de la défense, a ajusté une frappe de droit à peine touchée par Zidane (46e).

Quatre minutes plus tard, les Fennecs ont bien eu une occasion de réduire le score quand Ryad Mahrez a repris un centre de Rafik Belghali, mais Denis Zakaria était sur la trajectoire du ballon pour l'empêcher d'entrer au fond des filets.

Et ce fut bien la seule pour l'Algérie, qui aurait pu même encaisser un troisième but sans la maladresse de Fabian Rieder, seul devant les cages au second poteau et qui a mal redressé le ballon sinon pour le rendre à Zidane, pas mécontent sur le coup (81e).

Qu'importe, voilà les Suisses fidèles au rendez-vous des 8es. Ils regarderont avec intérêt le comportement des Colombiens, impressionnants durant la phase de groupes au point d'être perçus comme de sérieux outsiders, face à des Ghanéens pas faciles à manoeuvrer comme l'Angleterre a pu en faire l'expérience (0-0).


Avignon: la langue coréenne à l'honneur avec la prix Nobel de littérature Han Kang

Han Kang sera présente du 12 au 18 juillet. (AFP)
Han Kang sera présente du 12 au 18 juillet. (AFP)
  • "Alors qu'on a, ces dernières années, vu émerger une forme de soft power à travers la K-pop, des séries télé, etc., les arts vivants sud-coréens restent très méconnus de la scène européenne, de la scène française, du public du festival"
  • Publié en 2023, le roman "Impossibles adieux" de Han Kang, sur une femme découvrant des archives documentant l'assassinat sur l'île de Jeju de milliers de civils par des forces sud-coréennes en 1948-1949, sert d'inspiration à deux formes théâtrales

PARIS: Après l'anglais, l'espagnol et l'arabe, le Festival d'Avignon fait du coréen sa langue invitée pour sa 80e édition qui démarre samedi, à travers notamment la présence d'artistes de la péninsule ou de la lauréate du prix Nobel de littérature 2024 Han Kang.

"Alors qu'on a, ces dernières années, vu émerger une forme de soft power à travers la K-pop, des séries télé, etc., les arts vivants sud-coréens restent très méconnus de la scène européenne, de la scène française, du public du festival", avait expliqué le directeur de l'événement, Tiago Rodrigues, qui a décidé de mettre en valeur une langue chaque année depuis son arrivée à ce poste.

Han Kang inspire deux spectacles

Publié en 2023, le roman "Impossibles adieux" de Han Kang, sur une femme découvrant des archives documentant l'assassinat sur l'île de Jeju de milliers de civils - considérés comme communistes - par des forces sud-coréennes en 1948-1949, sert d'inspiration à deux formes théâtrales.

Y voyant un "réquisitoire contre l'oubli", la metteuse en scène Julie Deliquet va proposer "Oiseau", une lecture-performance bilingue interprétée par les actrices Isabelle Huppert et Hyeyoung Lee dans la cour d'honneur du palais des papes.

"Che dolore terribile è l'amore", de l'Italienne Daria Deflorian, est aussi tiré de ce roman.

Cette dramaturge, qui avait déjà mis en scène "La végétarienne", autre roman d'Han Kang, dit aimer dans son écriture l'élargissement de "notre perception de la réalité grâce aux rêves, à la vie nocturne, aux fantômes, aux mondes parallèles".

Han Kang sera présente du 12 au 18 juillet.

Kyung-Sung Lee et le théâtre documentaire

C'est aussi l'épisode de l'île de Jeju qui inspire le metteur en scène Kyung-Sung Lee dans "Island story". Lui travaille à partir des témoignages de trois personnes âgées descendant de victimes du massacre et des travaux d'un archéologue ayant mené des recherches pour retrouver des ossements.

"Je m'interroge sur le fait que le théâtre puisse encore fonctionner comme une forme de rituel reliant des personnes dont l'histoire est lointaine", décrit-il.

Jaha Koo en force

Metteur en scène, compositeur et vidéaste, Jaha Koo présente trois spectacles. Dans "Cuckoo" (créé en 2017), un monologue avec trois autocuiseurs de riz, l'artiste de 40 ans explore la pression exercée sur la jeunesse pour être performante dans une société coréenne encore marquée par le poids de son système "hiérarchique, le patriarcat et l'inégalité de genres", raconte-t-il.

Dans "The History of Korean Western Theatre" (2020), il se demande pourquoi la tradition théâtrale de son pays s'est effacée face à la culture occidentale. Enfin, dans "Haribo Kimchi" (2024), il utilise la cuisine d'un stand de street food pour parler de sa position d'"entre-deux", lui qui a quitté son pays natal il y a 15 ans.

Il met en garde contre le risque d'une culture "standardisée". "Il y a tellement de Corées différentes dans le monde", a-t-il confié.

Danse et performance visuelle

Performance visuelle originale en vue avec l'artiste Lee Jinyeob: dans "MULJIL", quatre interprètes sont immergés dans un grand bocal d'eau, en référence aux femmes qui plongent dans la mer pour récolter des coquillages sur l'île de Jeju.

Avec son spectacle "KIN: Yeonhee Project I", le musicien Inbo Lee (Liquid Sound), qui a étudié le spectacle vivant en France, revisite un art ancestral coréen, le Yeonhee, mêlant danse, cirque et percussion, en le modernisant. "J'ai cherché à supprimer des éléments traditionnels pour ne garder que son ADN et j'ai ajouté de la danse contemporaine", raconte-t-il.

Sung Im Her, chorégraphe de danse contemporaine, présente "1 Degree Celcius", sur le thème du réchauffement climatique.

Enfin, avec "Neige neige neige", Lee Jaram, diva du "pansori" - récit chanté accompagné au tambour -, emmènera le public dans une adaptation de la nouvelle de Tolstoï "Maître et serviteur".