Partir, mourir un peu et survivre: à Perpignan, le «rêve français» brisé de migrants

Fatouma M.H (à droite), vice-présidente de l'association «Au coeur de l'humanite 66», distribue avec son vélo des repas et des vêtements aux migrants, à Perpignan le 11 mai 2021. (Photo, AFP)
Fatouma M.H (à droite), vice-présidente de l'association «Au coeur de l'humanite 66», distribue avec son vélo des repas et des vêtements aux migrants, à Perpignan le 11 mai 2021. (Photo, AFP)
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Publié le Vendredi 21 mai 2021

Partir, mourir un peu et survivre: à Perpignan, le «rêve français» brisé de migrants

  • «Je ne suis pas venu en France mendier. Je rêvais uniquement de pouvoir travailler honnêtement. Mais il n'y a rien pour nous ici, rien»
  • 40 106 migrants d'Afrique du Nord et subsaharienne principalement ont atteint par la mer les côtes espagnoles en 2020

PERPIGNAN: Quand depuis l'Espagne ils aperçoivent enfin Cerbère, paisible petit village fouetté par les vents marins, le «rêve français» semble si proche. Mais pour beaucoup de ces hommes et femmes venus d'Afrique au péril de leur vie, le désenchantement opère rapidement.

À pieds ou en train, parfois cachés dans des camions, le passage le plus emprunté par les migrants à la frontière franco-espagnole a longtemps été du côté du Pays Basque. 

Mais depuis 2020, ils sont toujours plus nombreux à tenter la traversée plus à l'est, par les Pyrénées-Orientales, selon la Police aux frontières (PAF).Sollicitée à plusieurs reprises, la préfecture n'a donné aucun chiffre. 

La mine grise et le regard las, Nasser*, un trentenaire algérien, arrivé en France il y a quatre mois, accepte de raconter son histoire à l'AFP depuis un squat de fortune où il survit à Perpignan.

Avec le départ au printemps 2019 de Bouteflika, président de l'Algérie durant 20 ans, «on a cru que nos vies s'amélioreraient», confie-t-il. Un espoir vite douché.

Je ne suis pas venu en France mendier. Je rêvais uniquement de pouvoir travailler honnêtement. Mais il n'y a rien pour nous ici, rien

Pour cet ancien maçon ayant participé aux marches hebdomadaires du mouvement antirégime Hirak, la route de l'exil est ainsi devenue une évidence: «Pour offrir un avenir meilleur à ma fille», restée en Algérie.

«J'ai déboursé l'équivalent de 3 000 euros pour faire la traversée en zodiac jusqu'à Almeria en Espagne. On a failli y passer plusieurs fois. Depuis, j'ai l'impression d'être un peu mort», détaille-t-il péniblement, les yeux rivés sur une barquette de couscous froid.

«Je ne suis pas venu en France mendier. Je rêvais uniquement de pouvoir travailler honnêtement. Mais il n'y a rien pour nous ici, rien», constate amèrement Nasser.

Dans la cité catalane, le trentenaire erre de squat en squat, après avoir dormi à la rue. À la nuit tombée, il rejoint une dizaine d’autres «harragas» (migrants clandestins, ndlr) près d'un terrain vague à la sortie de Perpignan, où ils partagent cigarettes, bons plans et souvent des silences lourds.

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Un migrant clandestin de 28 ans se tient près de la fenêtre dans un squat de la ville de Perpignan le 11 mai 2021. (Photo, AFP)

 

«Nouvelle route»

Comme lui, ils sont 40 106 migrants, d'Afrique du Nord et subsaharienne principalement, à avoir atteint par la mer les côtes espagnoles en 2020, contre 26 168 l'année précédente, soit un bond de plus de 53%, selon l’Organisation internationale des migrations (OIM).

Dans son village frontalier de 1 300 âmes, le maire de Cerbère Christian Grau a, lui aussi, ressenti en 2020 une «importante augmentation du flux migratoire». 

«Des groupes de 20, 30, parfois jusqu'à 50 migrants arrivaient jour et nuit» au village, dit-il à l’AFP.

Un an plus tard, et avec le renfort de policiers et gendarmes aux points de passages promis en novembre par le président Emmanuel Macron, la traversée se fait désormais plutôt en solo.

T-shirt rouge et sac noir en bandoulière comme seul bagage, un homme d'une vingtaine d'années a réussi à éviter les contrôles et presse le pas sur une route fendant les collines de Cerbère.

Il demande un peu d'eau à un touriste en camping-car, puis le chemin de la gare, constate un photographe de l'AFP lors d'une journée ensoleillée de mai.

L'extrémité sud de la côte Vermeille «est une nouvelle route pour les migrants, c'est sûr», affirme M. Grau.

Et à Perpignan, plus grande ville de France dirigée par le parti d'extrême droite Rassemblement national (RN), le maire Louis Aliot évoque «plusieurs dizaines d'étrangers clandestins qui pénètrent chaque jour sur notre sol» depuis l'Espagne, dans une lettre adressée en novembre à M. Macron.

Les associations aidant les migrants disent, elles, se sentir «dépassées» depuis un an.

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Le 11 mai 2021, à Perpignan, des bénévoles de l'association «Au coeur de l'homme 66» préparent des sacs-repas qui seront distribués aux migrants et aux plus démunis. (Photo, AFP)

«On n'arrive plus à aider tout le monde. Avant on distribuait 40 repas par jour, aujourd'hui on en est à plus de 200», témoigne Fatouma M. H., vice-présidente de l’association Au cœur de l’humanité 66.

Infatigable, la jeune femme transporte tous les soirs sur son tricycle des dizaines de repas aux personnes sans-abris de Perpignan, «harragas fraîchement débarqués ou SDF avec des problèmes d’addiction».

 

«Certaine candeur»

À la Cimade, association défendant le droit des réfugiés et migrants, Jacques Ollion explique «l'importante hausse du nombre d'arrivées» ces derniers mois, notamment d'Algérie, par «l'inaction du gouvernement (local) qui a douché les espoirs d'une jeunesse désespérée».

Depuis quelques mois, grèves, augmentation du chômage et paupérisation s'ajoutent dans ce pays d'Afrique du Nord à une profonde crise économique née de la chute de la rente pétrolière et aggravée par la pandémie de coronavirus. Le salaire minimum stagne à un peu plus de 125 euros.

Le responsable local de la Cimade pointe néanmoins une «certaine candeur» des nouveaux arrivants, «sans véritable projet construit».

On nous traite de voleurs, alors que la seule chose dont on rêve est d'avoir un emploi. Chez moi, j'étais au chômage et on m'avait dit qu’il y aurait du travail ici. Où ? Quel travail ? Je ne trouve rien

Yassine*, un menuisier algérien de 28 ans, à Perpignan depuis neuf mois, se sent «pris au piège».

«On nous traite de voleurs, alors que la seule chose dont on rêve est d'avoir un emploi. Chez moi, j'étais au chômage et on m'avait dit qu’il y aurait du travail ici. Où ? Quel travail ? Je ne trouve rien», murmure le jeune homme.

Comme Yassine «et bien d'autres "harragas"» à la rue, il réfléchit sérieusement à un moyen de faire le voyage en sens inverse.

«Ils se rendent compte qu'ils sont condamnés à une vie de clandestinité. Ce constat d'échec est un moment très difficile, vis-à-vis d'eux-mêmes, de leur famille, mais aussi des autorités puisqu'un migrant illégal qui revient en Algérie peut être condamné à une peine d'emprisonnement», souligne M. Ollion.

Pour retourner «au bled», il leur semble donc inenvisageable d'emprunter les routes «légales», même si Alger vient d'annoncer l'ouverture partielle de ses frontières en juin, fermées depuis plus d'un an à cause de la crise sanitaire.

Il leur faudra donc, une nouvelle fois, recourir à des passeurs, et une nouvelle fois, risquer leur vie.

* Les prénoms ont été changés


A Marseille, Notre-Dame de la Garde, symbole de la ville, se refait une beauté

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  • "C'est la chance d'une vie" d'avoir pu étudier "depuis la fin des années 1990 jusqu'à aujourd'hui" cette basilique, raconte l'architecte en charge des travaux de redorure et de restauration, Xavier David
  • Après l'installation pendant plusieurs semaines d'un échafaudage enveloppé d'une bâche thermosoudée, les travaux porteront à la fin de l'été sur la surface de la statue, dont la dorure a été abîmée par le mistral, l'air marin et la pollution industrielle

MARSEILLE: Cent mètres carrés de feuilles d'or à appliquer derrière un échafaudage surplombant la baie de Marseille, dans le sud de la France: un chantier monumental s'apprête à démarrer à Notre-Dame de la Garde pour redonner son éclat à la "Bonne Mère", statue de la vierge à l'enfant emblématique de la ville.

"C'est la chance d'une vie" d'avoir pu étudier "depuis la fin des années 1990 jusqu'à aujourd'hui" cette basilique, raconte l'architecte en charge des travaux de redorure et de restauration, Xavier David.

"On est enfin arrivé au plus haut, au plus précieux, au plus important", ajoute-t-il à propos de la redorure de la statue haute de 11,2 mètres et dont la couronne, à 225 mètres au-dessus de la Méditerranée, est le point culminant de la deuxième ville de France.

Pour évaluer avec précision les travaux, prévus de février à décembre, Xavier David a notamment descendu en rappel les quatre versants de la vierge dorée.

"Il faut voir aussi avec la main, on ne peut pas seulement voir avec l'oeil", explique celui qui arpente depuis plusieurs décennies l'étroit escalier en colimaçon situé dans les entrailles de la "Bonne-Mère", au sommet duquel on peut observer, par une trappe au milieu de la couronne de la statue, toute la ville de Marseille, sa baie et ses collines.

Après l'installation pendant plusieurs semaines d'un échafaudage enveloppé d'une bâche thermosoudée, les travaux porteront à la fin de l'été sur la surface de la statue, dont la dorure a été abîmée par le mistral, l'air marin et la pollution industrielle.

"La redorure de la statue a lieu à peu près tous les 30 ans", explique à l'AFP le père Olivier Spinosa, recteur du sanctuaire.

"Peu de personnel" 

Et de rappeler que la "Bonne Mère" est "véritablement une statue qui rassemble parce que, quand on arrive à Marseille, on la voit de loin, parce que, un jour ou l'autre, beaucoup de Marseillais se sont tournés vers elle, pour retrouver un peu de souffle, un peu d'espérance, de la joie".

"La vierge, c'est la mère, c'est l'enfant, c'est très méditerranéen, c'est l'amour, donc voilà, je crois que rien que pour ça, il faut la redorer", s'enthousiasme Nicole Leonetti, une retraitée marseillaise en visite à la basilique.

En amont de ce chantier de près de 2,5 millions d'euros, le diocèse de Marseille, propriétaire de l'édifice, a lancé une campagne de dons, proposant aux particuliers de financer une des 30.000 feuilles d'or nécessaires.

Le diocèse a également reçu le soutien de mécènes, comme l'armateur CMA CGM du milliardaire Rodolphe Saadé, basé à Marseille, ou encore le club de foot Olympique de Marseille et le groupe de spiritueux Pernod Ricard.

Lors du lancement de la campagne en mai, le cardinal de la ville, Jean-Marc Aveline, avait insisté sur "l'importance symbolique de Notre-Dame de la Garde", assurant que la "Bonne Mère" évoquait aux Marseillais des valeurs d'accueil et de dignité.

Marseille est "une ville où la population, pour la plupart, est arrivée d'ailleurs (...) à cause de divers problèmes de guerre, de famine, de misère, de corruption", avait détaillé le cardinal.

Le chantier ne concernera pas seulement la surface de la statue, mais aussi sa structure métallique ou encore les anges du clocher.

"Il y aura peu de personnel, seulement des compagnons très pointus, très compétents qui vont travailler sur la pierre, d'autres sur le fer, avant l'arrivée des doreurs" au mois d'août, explique Xavier David.

Une douzaine de doreurs travailleront "dans une sorte d'atmosphère stérile" à l'intérieur de l'échafaudage recouvert de la bâche.

La statue a été réalisée au XIXe siècle en "galvanoplastie", qui consiste à plonger un moule en plâtre dans un bain de cuivre.

Elle est la plus grande au monde réalisée avec cette technique, "qui donne en sculpture le travail le plus fin et le plus pérenne, puisque 140 ans plus tard, cette statue est encore parfaitement intacte", explique l'architecte. "A la condition qu'on lui apporte un soin particulier tous les 25-30 ans."


Paris appelle les forces rwandaises à «quitter instamment la RDC»

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  • "La souveraineté et l’intégrité territoriale de la RDC ne sont pas négociables", a déclaré à la presse le porte-parole de la diplomatie française Christophe Lemoine, selon qui le ministre Jean-Noël Barrot est attendu à Kigali après s'être rendu à Kinshasa
  • Dans la capitale congolaise, M. Barrot s'est entretenu dans la matinée avec le président Félix Tshisekedi avant de s'envoler pour Kigali où il doit rencontrer Paul Kagame

PARIS: Paris appelle les forces rwandaises à "quitter instamment" la République démocratique du Congo et le groupe armé M23 qu'elles soutiennent à "se retirer immédiatement des territoires dont il a pris le contrôle", a affirmé jeudi le ministère des Affaires étrangères.

"La souveraineté et l’intégrité territoriale de la RDC ne sont pas négociables", a déclaré à la presse le porte-parole de la diplomatie française Christophe Lemoine, selon qui le ministre Jean-Noël Barrot est attendu à Kigali après s'être rendu à Kinshasa.

Dans la capitale congolaise, M. Barrot s'est entretenu dans la matinée avec le président Félix Tshisekedi avant de s'envoler pour Kigali où il doit rencontrer Paul Kagame.

Comme l'avait fait Emmanuel Macron lors d'un échange téléphonique avec son homologue rwandais il y a quelque jours, le chef de la diplomatie française, "redira cette position: le retrait des troupes rwandaises" du territoire de la RDC, selon Christophe Lemoine.

La démarche diplomatique française s'inscrit "en soutien aux processus" de Luanda et de Nairobi", des médiations conduites par l'Angola et le Kenya, respectivement au nom de l'Union africaine et de la Communauté des États d'Afrique de l'Est, a-t-il précisé.

Le groupe armé antigouvernemental M23 a pris le contrôle de Goma, grande ville de plus d'un million d'habitants, à l'issue d'une offensive éclair de quelques semaines au côté de troupes rwandaises. Il a indiqué jeudi qu'il continuerait sa "marche de libération jusqu'à Kinshasa".


Larcher au PS: «censurer à nouveau le gouvernement» serait «irresponsable»

Le président du Sénat français Gérard Larcher (C) s'exprime après le discours du Premier ministre français François Bayrou (non vu) au Sénat, la chambre haute du parlement français, à Paris le 15 janvier 2025. (AFP)
Le président du Sénat français Gérard Larcher (C) s'exprime après le discours du Premier ministre français François Bayrou (non vu) au Sénat, la chambre haute du parlement français, à Paris le 15 janvier 2025. (AFP)
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  • Le président LR du Sénat Gérard Larcher a appelé jeudi les socialistes à "la responsabilité", car "censurer à nouveau le gouvernement" serait "une idée irresponsable"
  • Si la commission mixte paritaire, composée de sept députés et sept sénateurs, parvient à s'entendre jeudi ou vendredi, le texte de compromis reviendra au vote à l'Assemblée lundi et au Sénat mardi

PARIS: Le président LR du Sénat Gérard Larcher a appelé jeudi les socialistes à "la responsabilité", car "censurer à nouveau le gouvernement" serait "une idée irresponsable", alors qu'une réunion cruciale pour trouver un compromis entre Assemblée et Sénat sur le projet de budget de l'État doit s'ouvrir à 9h30.

"Il faut qu'ils mesurent leur responsabilité vis-à-vis du pays", a déclaré Gérard Larcher sur France 2. "Est-ce qu'on peut continuer à être sans budget, avec les conséquences que ça a au quotidien pour les citoyens, pour les collectivités territoriales, pour le monde économique?", a-t-il interrogé.

Si la commission mixte paritaire, composée de sept députés et sept sénateurs, parvient à s'entendre jeudi ou vendredi, le texte de compromis reviendra au vote à l'Assemblée lundi et au Sénat mardi. Dans la chambre basse, le Premier ministre François Bayrou devrait faire usage du 49 alinéa 3 de la Constitution, pour le faire adopter sans vote et donc s'exposer à une motion de censure des députés.

"Est-ce qu'on peut continuer à jouer de cette manière? Je pense que les socialistes sont des gens responsables et qu'à un moment ou un autre, ils marqueront  clairement qu'ils ne sont pas d'accord avec ce budget", a défendu le président du Sénat. "Mais l'idée de censurer à nouveau le gouvernement m'apparaît une idée irresponsable".

Interrogé sur le point d'achoppement spécifique de l'aide médicale d'État (AME) avec la gauche mais aussi les macronistes, qui appartiennent à la coalition gouvernementale, Gérard Larcher a souhaité que la réduction de son enveloppe par le Sénat ne soit pas "caricaturée".

"Bien entendu, les soins d'urgence, les grossesses, la prévention, les vaccins, tout ceci est maintenu", a-t-il assuré, "mais nous réduisons l'enveloppe de l'aide médicale d'État et nous mettons sous condition d'avis médical un certain nombre d'interventions".

La droite souhaite diminuer de 200 millions les crédits alloués à l'AME réservée aux étrangers en situation irrégulière. In fine, la version commune proposée devrait acter cette réduction, selon une source parlementaire.