Le gouvernement est responsable de l'aggravation de la récession en Iran

Des Iraniens font la queue à un bureau de change sur la place Ferdowsi, à Téhéran, en Iran, le 2 juillet 2020 (Reuters)
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Publié le Dimanche 25 avril 2021

Le gouvernement est responsable de l'aggravation de la récession en Iran

  • Au cours des deux dernières années, de nombreuses entreprises ont fait faillite alors que le gouvernement continue d'accroître son monopole
  • Tant que le gouvernement iranien en panne de liquidités refuse de mettre en œuvre des changements structurels, son économie continuera

Lorsque les autorités iraniennes se vantent de «l’économie de résistance» de l’Iran, elles tentent de cacher le fait que les problèmes économiques du gouvernement se sont dangereusement aggravés.

Les réserves officielles de l’Iran sont tombées à un niveau record de 4 milliards de dollars l’année dernière (1 dollar = 0,83 euro), contre 122,5 milliards de dollars deux ans plus tôt. Cela a contribué en partie à la dévaluation de la monnaie. La monnaie iranienne se négociait à près de 30 000 rials pour un dollar américain en 2018, contre quelque 240 000 actuellement.

Au cours des deux dernières années, de nombreuses entreprises ont fait faillite alors que le gouvernement continue d'accroître son monopole. L'économiste iranien Farshad Momeni a averti la semaine dernière: «Le nombre d'entreprises en faillite augmente considérablement. Les rapports officiels indiquent que le nombre d'entreprises dans le pays est passé de 16 800 en 2005 à 14 452 en 2014. Et nous avons plus de 2 500 structures en faillite. Alors que la production est au bord de l'effondrement, le gouvernement complique la vie des producteurs en manipulant les prix clés en raison de ses contraintes financières. Après les salariés, qui font partie des groupes sociaux les plus vulnérables, la taxation touche principalement les producteurs.»

Il est également prévu que l'inflation, qui était de 36,5 % l'année dernière, atteigne 39 % en 2021. Cela rend la vie extrêmement difficile pour les citoyens iraniens, car le prix des denrées de base continue d'augmenter tandis que les salaires stagnent pour la plupart. Il convient de noter qu'un taux d'inflation standard est d'environ 2 à 3% par an.

La situation économique est devenue si grave que le gouvernement envisage d'imprimer davantage de billets de banque. Des rapports indiquent que le régime l’a déjà fait en coulisses. Cela augmentera encore davantage l'inflation. Abdel Nasser Hemmati, gouverneur de la Banque centrale d'Iran, a révélé ce mois-ci dans une interview accordée à Channel Three, contrôlée par l'État iranien: «En 2019 et 2020, une partie du budget du gouvernement a été financée par les recettes en devises du Fonds national de développement, ce qui implique forcément d’imprimer de l'argent.»

Afin de financer le gouvernement, le régime a également eu recours à l'émission d'un nombre important d'obligations à des taux d'intérêt extrêmement élevés. Mais cette stratégie ne comblera pas le déficit budgétaire du régime à long terme. Le journal d'État Vatan-e-Emrooz a révélé le mois dernier: «Depuis le début de 2020, le gouvernement a émis et proposé des obligations d'État pour financer les éléments nécessaires à son budget. Selon les statistiques publiées par la Banque centrale, le Trésor et le ministère de l'Économie, le gouvernement a émis près de 200 billions de tomans (unité de compte en usage en Iran) de titres de créance depuis le début de cette année. Ces obligations sont généralement émises avec des échéances d’un à trois ans et leur taux d’intérêt est d’environ 22%.»

Alors que le régime tente d’incriminer les sanctions américaines pour ses problèmes, celles-ci ne sont qu'une partie de l'équation.

Pour faire face à ses problèmes financiers, le gouvernement iranien doit mettre en œuvre des changements structurels majeurs, ce qui est peu probable, compte tenu de l’histoire du régime. Le régime doit réintégrer le système financier mondial. Mais pour atteindre cet objectif, il est tenu de mettre en œuvre les dix réformes du Groupe d’action financière (Gafi) afin d’aligner ses lois nationales contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme sur les normes mondiales. Mais le régime ne mettra pas fin au blanchiment d’argent ou au financement du terrorisme.

L'année dernière, le Gafi a placé Téhéran sur sa liste noire du financement du terrorisme, et a déclaré que: «Étant donné que l'Iran n'a pas promulgué la convention de Palerme et la convention sur le financement du terrorisme conformément aux normes du Gafi, le Gafi lève complètement la suspension des contre-mesures et appelle ses membres et toutes les juridictions à appliquer des contre-mesures efficaces.»

Ce problème a considérablement isolé le pays du marché mondial. Cela signifie que, même si l'administration Biden rejoint l'accord nucléaire, de nombreuses entreprises et institutions financières hésiteront à traiter avec l'Iran. Même le journal d'État Asr-e-Eghtesad l’a reconnu: «En raison de la non-appartenance de l'Iran à des organisations réputées et puissantes telles que Shanghai, l'économie iranienne a moins bénéficié des avantages de la mondialisation et des relations internationales. Cette question a éloigné de nombreux investisseurs étrangers du marché iranien.»

 

Alors que le régime tente d’incriminer les sanctions américaines pour ses problèmes, celles-ci ne sont qu'une partie de l'équation. Dr Majid Rafizadeh

Les sanctions américaines, accompagnées de la mauvaise gestion économique du gouvernement, d'un niveau élevé de corruption, de l'absence d'un marché privé robuste et d'une économie contrôlée par l'État ont fait basculer davantage d’Iraniens dans la pauvreté. Près de la moitié des Iraniens vivraient actuellement en dessous du seuil de pauvreté.

La monopolisation de l’économie par l’État s’applique à presque tous les domaines. En ce qui concerne le système économique iranien, le chef suprême et le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) ont un contrôle et des parts considérables dans quasiment tous les secteurs, y compris les institutions financières et les banques, les transports, la fabrication automobile, les mines, le commerce ainsi que le gaz et le pétrole.

Tant que le gouvernement iranien en panne de liquidités refuse de mettre en œuvre des changements structurels, son économie continuera de se détériorer.

 

Le Dr Majid Rafizadeh est un politologue irano-américain formé à Harvard. Twitter: @Dr_Rafizadeh

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