Les progrès technologiques peuvent-ils résoudre les problèmes de pénurie d’eau au Moyen-Orient ?

Dar Si Hmad a installé des collecteurs de brouillard CloudFisher, développés par la Fondation allemande pour l’eau, sur le mont Boutmezguida au Maroc. (Fourni)
Dar Si Hmad a installé des collecteurs de brouillard CloudFisher, développés par la Fondation allemande pour l’eau, sur le mont Boutmezguida au Maroc. (Fourni)
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Publié le Vendredi 16 avril 2021

Les progrès technologiques peuvent-ils résoudre les problèmes de pénurie d’eau au Moyen-Orient ?

  • Selon l’ONU, la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (Mena) est la plus pauvre en eau du monde
  • La surexploitation des eaux souterraines naturelles signifie que les réserves ne se reconstituent pas assez rapidement pour suivre le rythme de la demande

DUBAÏ: La surface de la Terre est constituée à 71% d’eau, mais la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (Mena) ne tire qu’un très faible profit de cette ressource vitale. Selon l’ONU, c’est la région la plus pauvre en eau du monde. Dix-sept de ses pays sont considérés en deçà du seuil de pauvreté en eau.

Une croissance démographique en plein essor, la médiocrité des infrastructures et la surexploitation rendent la situation encore plus grave.

L'agriculture représente à elle seule environ 80% de l'utilisation de l'eau dans la région Mena, selon la Banque mondiale. Cette surexploitation signifie que les réserves naturelles d’eau souterraine de la région ne se reconstituent pas assez rapidement pour suivre le rythme de la demande.

Le dessalement de l'eau de mer et les grands projets de barrages sont les solutions qui ont été privilégiées jusque-là, mais elles possèdent leurs propres inconvénients environnementaux.

Les scientifiques réfléchissent à de nouveaux procédés pour protéger les approvisionnements en eau et pour encourager les bonnes habitudes en matière de conservation dans les communautés, les industries et parmi les agriculteurs.

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L'agriculture représente à elle seule environ 80% de l'utilisation de l'eau dans la région Mena, selon la Banque mondiale. (Fourni)

 

«Il y a de nombreuses étapes pour protéger cette ressource vitale très importante sans laquelle il n'y a pas de vie», déclare à Arab News Jamila Bargach, directrice de l'ONG marocaine Dar Si Hmad pour le développement, l'éducation et la culture.

«Il est toujours important de rappeler aux gens l’importance de l’eau. Dans ce but, l'éducation est un outil essentiel: il faut rappeler aux consommateurs qu'ils doivent protéger l'eau et encourager la recherche scientifique afin de trouver des moyens pour en réduire l’usage dans l'industrie et dans l'agriculture», souligne-t-elle.

S'exprimant en amont de la dernière session de la semaine thématique de Dubaï qui précédait l'Expo 2020 Dubai sur l'eau, Bargach estime que la science, la recherche et l'éducation doivent s’unir dans le cadre du traitement et de la protection de l'eau.

Au Maroc, par exemple, les communautés agricoles ont économisé de l'eau en utilisant des techniques de récupération de l’eau générée du brouillard et en recyclant l'eau saumâtre.

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Dar Si Hmad a installé des collecteurs de brouillard CloudFisher, développés par la Fondation allemande pour l’eau, sur le mont Boutmezguida, au Maroc. (Fourni)

«Toutefois, l'un des obstacles à la sécurité de l'eau réside malheureusement dans son utilisation excessive dans les industries», prévient Bargach.

«L'agriculture est un problème majeur ici, en particulier dans la région où je suis – le sud du Maroc –, qui exporte des quantités massives d'agrumes vers l'Europe et crée beaucoup de main-d'œuvre, d'emploi et de sécurité alimentaire pour les populations d'ici.»

Les bas niveaux d’eau dans les aquifères profonds et les réservoirs artificiels du Maroc avant l’arrivée des pluies, il y a quelques mois, montrent que les réserves d’eau du pays ont atteint leur limite absolue.

Bargach incrimine le commerce international, qui utilise l'eau pour la culture des fruits destinés à l'exportation par le Maroc à un rythme bien plus rapide qu'elle ne peut être reconstituée, ce qui crée un énorme déséquilibre. Pour y remédier, son ONG encourage l'utilisation de l'eau récupérée par le brouillard. À ce jour, elle a travaillé avec seize villages du Maroc rural pour promouvoir sa technique, et collabore déjà avec huit autres. La recherche a été exposée au pavillon de la durabilité de l'Expo 2020 Dubai.

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D’abord testés sur le mont Boutmezguida recouvert de brouillard au Maroc, les filets ne consomment aucune énergie et peuvent collecter plus de six cents litres d’eau potable par jour et par filet. (Fourni)

Dar Si Hmad est responsable du plus grand projet opérationnel de collecte de brouillard au monde. Le CloudFisher, développé par la Fondation allemande pour l’eau, récolte la vapeur d'eau atmosphérique de l'air grâce à des filets en tissu synthétique.

D’abord testés sur le mont Boutmezguida recouvert de brouillard au Maroc, les filets ne consomment aucune énergie et peuvent collecter plus de six cents litres d’eau potable par jour et par filet.

«Il y a des possibilités. Mais l'échelle à laquelle nous travaillons est très importante. Plus l'échelle est grande, plus la demande est importante, et plus les possibilités de déchets incorporés dans le système sont significatives», explique Bargach.

Les prévisions indiquent que les approvisionnements pourraient diminuer considérablement d'ici à 2030 et, par conséquent, le rationnement pourrait devenir la nouvelle norme. Ainsi, réduire l'utilisation pourrait constituer un moyen pour conserver l'eau. Au Maroc, cela a déjà commencé. Au mois de janvier, pour limiter la consommation, la ville d’Agadir, le long de la côte Atlantique sud du pays, a vu son eau coupée à partir de 22 heures tous les soirs.

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Les scientifiques réfléchissent à de nouveaux procédés pour protéger les approvisionnements en eau et pour encourager les bonnes habitudes en matière de conservation dans les communautés, les industries et parmi les agriculteurs. (Fourni)

«Nous devrons vivre avec cette réalité: l'eau est rare et cette rareté augmente. Les schémas de la planète changent; la quantité des pluies et leur fréquence changent également. Or, dans de nombreux pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, nous utilisons principalement la pluie pour obtenir de l’eau», souligne Bargach.

Les pénuries pourraient avoir des conséquences humanitaires de grande ampleur. Les sécheresses détruisent les moyens de subsistance, déplacent les populations des zones rurales vers les villes et, dans le pire des cas, provoquent des conflits et des troubles.

Pour Reem al-Hashimi, ministre d'État des Émirats arabes unis à la Coopération internationale et directrice générale du comité de candidature de l'Expo 2020 Dubai, l'eau est la pierre angulaire des civilisations: elle façonne les économies, les cultures et les croyances religieuses.

«L'eau est au cœur même de qui nous sommes, de ce que nous faisons, de nos espoirs et de nos rêves, pour nous-mêmes et pour nos enfants. Pourtant, aujourd'hui, nous sommes confrontés à un défi que connaissent les pays du monde entier: la montée en flèche de la demande et le ralentissement de l'offre», affirme Al-Hashimi.

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De Chennai au Cap et jusqu’en Californie, de nombreuses communautés souffrent de plus en plus des effets de la pénurie et d'un accès limité à l'eau. (Fourni)

Elle met par ailleurs en garde contre une crise mondiale imminente de l'eau, avec près d’1,1 milliard de personnes déjà privées d'un accès fiable à l'eau et 2,7 milliards de personnes souffrant de pénurie pendant au moins un mois de l'année. D'ici à 2025, on estime que les deux tiers de la population mondiale risquent d'y être confrontés.

«Ce n’est pas seulement un défi économique, mais une question de justice et d’équité. Comment garantirons-nous l'accès à cette ressource vitale dont nous avons tous besoin?» s’interroge Al-Hashimi.

De Chennai au Cap et jusqu’en Californie, de nombreuses communautés souffrent de plus en plus des effets de la pénurie et d'un accès limité à l'eau. «L’avenir des ressources hydrauliques se négocie à Wall Street; la perspective d’une pénurie est donc certaine», prévient Al-Hashimi.

«L'exportation de ce qu'on appelle “l'or bleu” est en croissance: les experts maritimes prédisent un monde dans lequel nos océans seront traversés par des superpétroliers chargés non pas de pétrole, mais d'eau douce destinée aux pays privés de denrées vitales.»

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Pour Reem al-Hashimi, ministre d'État des Émirats arabes unis pour la coopération internationale et directrice générale du comité de candidature de l'Expo 2020 Dubai, l'eau est la pierre angulaire des civilisations. (AFP/fichier Photo)

Al-Hashimi évoque un centre économique mondial en mutation, avec une eau en constante évolution au cœur des civilisations.

L’océan Indien, par exemple, contient près de 20% de l’eau à la surface de la planète. Près de 2,7 milliards de personnes vivent le long de ses côtes dans différents pays. Ses voies maritimes sont utilisées par la moitié des porte-conteneurs du monde, un tiers de son trafic de marchandises en gros et les deux tiers de l’ensemble des expéditions de pétrole. Ses côtes et ses ports revêtent une importance géostratégique croissante, les pays se disputant leur influence et le développement des infrastructures.

«Les océans sont trop vastes, profonds et indomptables pour qu'un pays ou qu’un ensemble puisse le revendiquer à lui seul. Toutes les voies navigables du monde sont interconnectées, et nos propres responsabilités en matière de gestion et de préservation de cette ressource inestimable le sont également», estime Al-Hashimi.

Cette dernière ajoute: «Nous prenons au sérieux notre engagement commun envers la responsabilité mondiale de tous les océans ouverts, car ils appartiennent à la fois à tout le monde et à personne.»

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À ce jour, l’ONG Dar Si Hmad a travaillé avec seize villages du Maroc rural pour promouvoir sa technique, et elle collabore déjà avec huit autres. (Fourni)

La protection de l'eau est une responsabilité partagée qui a un impact sur tout, du climat à la biodiversité en passant par l'inclusion, les connaissances et l'apprentissage, les voyages, la connectivité, la santé ainsi que le bien-être, explique-t-elle.

«Nous sommes tous différents, mais nous sommes profondément interconnectés et nous pouvons jouer un rôle sur chaque vie humaine. Quelle que soit votre place dans le monde, les communautés sont de plus en plus touchées par de telles pénuries», confie-t-elle.

Dans ce contexte, Expo 2020 Dubai offre aux gouvernements, aux entreprises et aux communautés la possibilité d’échanger les dernières innovations technologiques et les nouvelles approches afin de résoudre les défis communs de l'humanité, ajoute Al-Hashimi.

«Avec la réunion de plus de deux cents nations et d’organisations internationales, des millions de visiteurs du monde entier qui bénéficient de l’opportunité de participer activement à un changement significatif, c’est une occasion exceptionnelle pour créer une dynamique positive qui s’inscrira dans la durée», conclut-elle.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur arabnews.com


Les autorités syriennes affirment « étudier de près » le rapport d'Amnesty sur les massacres d'alaouites

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  • Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), plus de 1 700 civils, en grande majorité des alaouites, ont été tués.
  • le nouveau pouvoir syrien a affirmé qu'il « étudiait de près le rapport d'Amnesty sur les événements de la côte syrienne » et les « conclusions préliminaires » qu'il contient.

DAMAS : Le nouveau gouvernement syrien a assuré vendredi qu'il « étudiait de près » un rapport d'Amnesty International l'exhortant à enquêter sur le massacre de Syriens alaouites en mars. Cette minorité dont est issu le président déchu Bachar al-Assad.

Début mars, les régions du littoral de l'ouest de la Syrie ont été le théâtre des pires tueries depuis que la coalition dirigée par des islamistes a pris le pouvoir début décembre.

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), plus de 1 700 civils, en grande majorité des alaouites, ont été tués.

Dans une déclaration publiée vendredi, le nouveau pouvoir syrien a affirmé qu'il « étudiait de près le rapport d'Amnesty sur les événements de la côte syrienne » et les « conclusions préliminaires » qu'il contient.

« Il appartient à la commission nationale indépendante d'enquête et d'établissement des faits de les évaluer, conformément au mandat, à l'indépendance et aux vastes pouvoirs qui lui ont été conférés par décret présidentiel », a-t-il ajouté. 

Jeudi, l'organisation de défense des droits humains avait demandé aux autorités syriennes de veiller à ce que les responsables de ces massacres soient poursuivis en justice, évoquant de possibles « crimes de guerre ».

Damas accuse les partisans armés de l'ex-président Assad d'avoir déclenché les violences en attaquant les nouvelles forces de sécurité.

Les nouvelles autorités, dirigées par le président par intérim Ahmad al-Chareh, déplorent « l'incapacité du rapport d'Amnesty à reconnaître ou à prendre pleinement en compte le contexte plus large des événements ». 

Selon lui, les violences ont commencé par un « assaut prémédité » des « restes de l'ancien régime » visant le personnel de l'armée et de la sécurité intérieure.

Dans le chaos qui s'en est suivi, « des actes de représailles et de graves violations ont eu lieu », a-t-il ajouté, promettant que ces actes feraient l'objet d'une enquête et qu'un rapport serait publié dans un délai d'un mois.

Lundi, douze autres civils, en majorité des alaouites, ont été tués par des hommes armés dans l'ouest et le centre de la Syrie, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH).


Les camps de migrants originaires d'Afrique subsaharienne démantelés par les autorités tunisiennes

Un enfant est porté par une femme alors que des migrants d'Afrique subsaharienne attendent devant les agents du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) à Tunis le 27 février 2023, exigeant une résolution de leur situation (Photo, AFP).
Un enfant est porté par une femme alors que des migrants d'Afrique subsaharienne attendent devant les agents du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) à Tunis le 27 février 2023, exigeant une résolution de leur situation (Photo, AFP).
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  • La Tunisie a démantelé vendredi des camps de fortune où vivaient des milliers de migrants venus d'Afrique subsaharienne.
  • Depuis jeudi, environ 4 000 personnes de plusieurs nationalités ont notamment dû quitter le camp du « kilomètre 24 », l'un des plus grands de la région, situé dans la localité de Katatna.

AL AMRA, TUNISIE : La Tunisie a démantelé vendredi des camps de fortune où vivaient des milliers de migrants venus d'Afrique subsaharienne, après une virulente campagne sur les réseaux sociaux réclamant le départ de ces personnes en situation irrégulière.

Installés au milieu d'oliveraies dans les régions d'El Amra et Jebeniana, au centre-est du pays, ces camps étaient devenus une épine dans le pied des autorités et suscitaient un fort mécontentement chez les habitants des villages environnants.

En tout, une vingtaine de milliers de migrants, divisés en plusieurs camps informels, avaient érigé des tentes dans les champs, a déclaré vendredi soir à l'AFP Houcem Eddine Jebabli, porte-parole de la Garde nationale.

Depuis jeudi, environ 4 000 personnes de plusieurs nationalités ont notamment dû quitter le camp du « kilomètre 24 », l'un des plus grands de la région, situé dans la localité de Katatna, a-t-il ajouté.

D'autres camps informels ont été évacués dans la même zone et les opérations se poursuivront au cours des jours à venir, a-t-il précisé.

Selon lui, les autorités sanitaires ont pris en charge des personnes vulnérables et des femmes enceintes.

Interrogé sur le sort du reste des milliers de migrants, il a indiqué qu'une partie d'entre eux s'était « dispersée dans la nature ».

Il a également indiqué que de nombreuses personnes souhaitaient revenir volontairement dans leur pays.

Vendredi soir, là où se tenait le camp du « kilomètre 24 », on pouvait distinguer dans l'obscurité des paires de chaussures, des restes de nourriture ou un baluchon d'effets personnels, ainsi que des tas d'objets et de matelas brûlés. 

« De nombreux dossiers étaient devant la justice en raison de l'occupation de propriétés privées, comme les oliveraies. Il était de notre devoir de mettre fin à toutes ces violations », a affirmé M. Jebabli.

Fin mars, le président Kais Saied avait appelé l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) à intensifier ses efforts pour assurer les « retours volontaires » des migrants irréguliers vers leurs pays d'origine.

Le sujet des migrants originaires d'Afrique subsaharienne est un sujet de vives tensions en Tunisie.

La Tunisie est en effet un point de passage clé pour des milliers de migrants et de réfugiés d'Afrique subsaharienne désireux de rejoindre les côtes italiennes.

En février 2023, le président Saied avait dénoncé l'arrivée « de hordes de migrants subsahariens » menaçant, selon lui, de « changer la composition démographique » du pays.

Les mois suivants, des migrants avaient été chassés de leurs logements et de leurs emplois informels. Plusieurs ambassades africaines avaient procédé au rapatriement express de leurs ressortissants à la suite d'agressions.


L'IA pourrait-elle réduire les pertes alimentaires, améliorer la nutrition et diminuer les émissions ?

Essence Food a combiné l'IA, l'impression 3D et des techniques avancées de lyophilisation pour transformer les produits excédentaires en produits alimentaires riches en nutriments et durables. (Photo Fournie)
Essence Food a combiné l'IA, l'impression 3D et des techniques avancées de lyophilisation pour transformer les produits excédentaires en produits alimentaires riches en nutriments et durables. (Photo Fournie)
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  • En optimisant la transformation des aliments à la source, l'IA contribue à réduire les émissions et à rendre la production alimentaire plus durable.
  • Les techniques de conservation, telles que la lyophilisation et l'impression 3D, sont optimisées grâce à l'IA pour créer des produits nutritifs de longue durée.

RIYAD : L'intelligence artificielle révolutionne presque toutes les industries, y compris la production alimentaire. De l'agriculture de précision à la viande cultivée en laboratoire, l'IA permet de trouver des moyens plus durables, plus efficaces et plus innovants pour nourrir la population mondiale en constante augmentation.

L'une des applications les plus prometteuses est l'utilisation de l'IA pour lutter contre le gaspillage alimentaire, l'un des plus grands défis de la sécurité alimentaire mondiale. Chaque année, on estime que des aliments d'une valeur de 1 000 milliards de dollars sont perdus avant même d'atteindre les consommateurs, en raison de la détérioration, de l'inefficacité de la chaîne d'approvisionnement et des rejets sur le marché. Mais les solutions alimentées par l'IA commencent à changer cette situation, en aidant à prolonger la durée de conservation, à maximiser la valeur nutritionnelle et à réduire l'impact sur l'environnement.

À l'avant-garde de ce mouvement, Essence Food, une entreprise qui a combiné l'intelligence artificielle, l'impression 3D et des techniques avancées de lyophilisation pour transformer les produits excédentaires en aliments riches en nutriments et à longue durée de vie. 

Marcio Barradas, PDG et fondateur d'Essence Food, présente le concept de son entreprise lors d'un forum. (Instagram : 3dessencefood)
Marcio Barradas, PDG et fondateur d'Essence Food, présente le concept de son entreprise lors d'un forum. (Instagram : 3dessencefood)

Dirigée par le PDG et fondateur Marcio Barradas, l'entreprise est à l'origine d'une approche de la conservation des aliments fondée sur les données, qui prouve qu'une technologie de pointe peut transformer la perte de nourriture en opportunité, au bénéfice de la planète et de la santé publique.

Lors d'une conférence TED en 2017, M. Barradas a souligné la différence cruciale entre la perte de nourriture et le gaspillage alimentaire. Il a expliqué que la perte de nourriture se produit au début de la chaîne d'approvisionnement, avant que les produits n'atteignent les consommateurs, alors que le gaspillage alimentaire se produit au niveau du consommateur.

Les conséquences de la perte de nourriture sont considérables, car elles entraînent une réduction drastique du volume de nourriture disponible pour la consommation. Plusieurs facteurs contribuent à ce problème, notamment les mauvais rendements, les incohérences de qualité, la détérioration et les inefficacités en matière de transport et de stockage.

Un aspect particulièrement troublant de la perte de nourriture est le rejet par les détaillants de fruits et légumes parfaitement comestibles en raison de leurs imperfections esthétiques. Cette pratique a pour conséquence que de grandes quantités d'aliments nutritifs sont jetées avant même d'arriver dans l'assiette.

En intégrant l'IA au processus de lyophilisation, Essence Food réutilise les excédents et les produits rejetés qui, sans cela, seraient perdus (photo fournie).
En intégrant l'IA au processus de lyophilisation, Essence Food réutilise les excédents et les produits rejetés qui, sans cela, seraient perdus (photo fournie).

Revenant sur sa conférence TED, M. Barradas a déclaré au journal Arab News : « C'était un appel à l'industrie : "C'était un appel à l'industrie pour qu'elle se réveille et arrête de gaspiller des aliments qu'elle peut en fait monétiser. Il s'agissait en quelque sorte de passer de la poubelle à l'argent. »

Malgré une prise de conscience croissante des pertes alimentaires, M. Barradas a observé qu'en 2019 encore, aucune solution à grande échelle n'avait été mise en œuvre pour lutter efficacement contre ce problème. Déterminé à changer les choses, il a lancé Essence Food, une entreprise dédiée à la réduction des pertes alimentaires grâce à des technologies avancées. 

En intégrant l'IA au processus de lyophilisation, Essence Food réutilise les produits excédentaires et rejetés qui pourraient autrement être gaspillés. Cela permet non seulement de préserver des nutriments précieux, mais aussi de répondre aux préoccupations sanitaires et environnementales à long terme liées à la production alimentaire.

Contrairement aux autres méthodes de déshydratation, la lyophilisation conserve un pourcentage plus élevé des nutriments d'origine d'un aliment, tout en améliorant de manière significative la durée de conservation et la qualité du produit. Ces avantages en font une technologie idéale pour lutter contre le gaspillage alimentaire à l'échelle mondiale.

Après son lancement initial en Espagne, Essence Food a rapidement étendu sa présence au Moyen-Orient, d'abord aux Émirats arabes unis, puis à l'Arabie saoudite. 

Des visiteurs assistent à une démonstration d'Essence Food au Gulfood de Dubaï. (Photo Fournie)
Des visiteurs assistent à une démonstration d'Essence Food au Gulfood de Dubaï. (Photo Fournie)

« Nous avons présenté nos produits imprimés en 3D lors du Gulfood à Dubaï et avons remporté le prix de la startup la plus innovante en 2019 », a déclaré Barradas, faisant référence à ces produits présentés lors du prestigieux événement de l'industrie alimentaire.

« Cela nous a permis de nous développer très rapidement dans la région et de commencer à envisager comment optimiser l'ensemble des ressources disponibles, sachant qu'une région importe actuellement la majorité de ses fruits et légumes.

« Encouragé par l'obtention de ce prix au Gulfood, j'ai constaté que le Moyen-Orient présentait un avantage par rapport à l'Europe. C'est moins bureaucratique. Lorsque les décideurs croient en quelque chose, ils le mettent en avant et le mettent en œuvre. »

Bien que la lyophilisation et l'impression 3D ne soient pas des technologies nouvelles, l'IA a révolutionné leur efficacité. Lorsque M. Barradas a fondé Essence Food, l'entreprise était déjà « très proactive en matière d'apprentissage automatique ».

« Toutes nos données étaient stockées et analysées pour accélérer les processus, prendre de meilleures décisions et utiliser cette capacité d'apprentissage automatique pour enseigner à nos machines. » 

Alors que l'entreprise s'efforçait de mettre au point un lyophilisateur plus efficace, l'IA est apparue comme la clé de l'optimisation de la technique. (Photo Fournie)
Alors que l'entreprise s'efforçait de mettre au point un lyophilisateur plus efficace, l'IA est apparue comme la clé de l'optimisation de la technique. (Photo Fournie)

Alors que l'entreprise travaillait à la mise au point d'un lyophilisateur plus efficace, l'IA est apparue comme la clé d'une optimisation technique. « L'ère de l'IA est arrivée en force au cours des deux dernières années. Notre rôle consiste à créer une bibliothèque virtuelle », explique M. Barradas.

Chaque fruit ou légume entrant dans le processus de lyophilisation d'Essence Food fait l'objet d'une analyse rigoureuse en laboratoire. Fraises, bananes, tomates, betteraves : chaque ingrédient est testé pour déterminer avec précision son contenu nutritionnel.

Les données recueillies sont ensuite introduites dans une bibliothèque virtuelle d'intelligence artificielle, créant ainsi une vaste base de données d'informations nutritionnelles. Ce système permet un niveau de personnalisation des aliments sans précédent, adapté aux besoins de chacun.

LE SAVIEZ-VOUS ?

Les pertes alimentaires se produisent au début de la chaîne d'approvisionnement, souvent en raison de la détérioration et du rejet par le marché, tandis que le gaspillage alimentaire a lieu chez le consommateur.

Les techniques de conservation, telles que la lyophilisation et l'impression 3D, sont optimisées grâce à l'intelligence artificielle pour créer des produits durables et nutritifs.

En optimisant la transformation des aliments à la source, l'IA contribue à réduire les émissions et à rendre la production alimentaire plus durable.

« La bibliothèque étant désormais connectée à l'IA, on ne peut qu'imaginer les possibilités de personnalisation des aliments pour chaque individu. »

M. Barradas imagine un avenir où la technologie alimentaire pilotée par l'IA jouera un rôle direct dans les soins de santé préventifs. Grâce à la nouvelle application pour smartphone d'Essence Food, les utilisateurs pourront personnaliser leur alimentation avec des aliments riches en nutriments, y compris une version plus saine des oursons gélifiés. 

« Si vous connectez votre appareil mobile, que vous utilisez tous les jours, il stocke tout : vos pas, vos habitudes, etc. Si vous vous connectez à l'application que nous lançons, vous pourrez recevoir des oursons en gomme personnalisés pour toute la semaine », a-t-il déclaré.

« Ainsi, vous prendrez deux oursons par jour, ou un ourson par jour, non pas pour guérir une maladie, mais pour vous empêcher d'en contracter une.

Des visiteurs dégustent des échantillons de produits Essence Food lors du Gulfood à Dubaï. (Photo Fournie)
Des visiteurs dégustent des échantillons de produits Essence Food lors du Gulfood à Dubaï. (Photo Fournie)

Selon lui, les régimes alimentaires modernes ont engendré une dépendance excessive aux compléments alimentaires et aux produits pharmaceutiques. « Nous ne nous occupons que des conséquences, des symptômes, mais nous ne luttons pas contre les causes », a-t-il déclaré.

Au-delà de la nutrition, l'apprentissage automatique est également à l'origine de nouvelles initiatives en matière de durabilité dans le cadre de la technologie de lyophilisation d'Essence Food.

L'une des innovations les plus marquantes de l'entreprise est la récupération de l'eau des fruits lors du processus de séchage. Cette eau récupérée pourrait soutenir l'agriculture verticale et d'autres initiatives agricoles dans les régions où l'eau est rare.

« Cette technologie est vraiment étonnante », a déclaré M. Barradas. « Elle n'a pas besoin d'eau, mais elle en apporte. Ainsi, à chaque lyophilisation dans la machine, l'eau potable contenue dans les fruits est restituée. »

Les implications de cette découverte sont particulièrement importantes pour des régions comme l'Arabie saoudite, où la pénurie d'eau est un problème pressant. 

Quelques-uns des produits à base de fruits frais séchés d'Essence Food. (Instagram : 3dessencefood)
Quelques-uns des produits à base de fruits frais séchés d'Essence Food. (Instagram : 3dessencefood)

« Si nous chargeons la machine avec 40 kg de fraises, nous enlèverons 35 litres d'eau potable », a déclaré Barradas.

Ce système de récupération de l'eau peut être intégré aux opérations d'agriculture verticale, créant ainsi un système en boucle fermée où la perte de nourriture est minimisée et les ressources essentielles sont conservées.

« Nous voulons créer une synergie avec l'agriculture verticale, où nous récupérons les pertes alimentaires de ces fermes dans le désert, et avec l'eau que nous récupérons, nous créons plus de nourriture », a déclaré M. Barradas.

« L'Arabie saoudite est une région très vaste. Connaître la région où les dattes sont cultivées est un atout pour apporter la technologie à la source et éviter d'amener l'ingrédient à Riyad, par exemple, pour le transformer.

En effet, l'impact du transport et de la circulation des ingrédients frais est très important pour la planète. Notre objectif est de remonter à la source de l'ingrédient pour minimiser les émissions de CO₂ ». 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com