Les progrès technologiques peuvent-ils résoudre les problèmes de pénurie d’eau au Moyen-Orient ?

Dar Si Hmad a installé des collecteurs de brouillard CloudFisher, développés par la Fondation allemande pour l’eau, sur le mont Boutmezguida au Maroc. (Fourni)
Dar Si Hmad a installé des collecteurs de brouillard CloudFisher, développés par la Fondation allemande pour l’eau, sur le mont Boutmezguida au Maroc. (Fourni)
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Publié le Vendredi 16 avril 2021

Les progrès technologiques peuvent-ils résoudre les problèmes de pénurie d’eau au Moyen-Orient ?

  • Selon l’ONU, la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (Mena) est la plus pauvre en eau du monde
  • La surexploitation des eaux souterraines naturelles signifie que les réserves ne se reconstituent pas assez rapidement pour suivre le rythme de la demande

DUBAÏ: La surface de la Terre est constituée à 71% d’eau, mais la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (Mena) ne tire qu’un très faible profit de cette ressource vitale. Selon l’ONU, c’est la région la plus pauvre en eau du monde. Dix-sept de ses pays sont considérés en deçà du seuil de pauvreté en eau.

Une croissance démographique en plein essor, la médiocrité des infrastructures et la surexploitation rendent la situation encore plus grave.

L'agriculture représente à elle seule environ 80% de l'utilisation de l'eau dans la région Mena, selon la Banque mondiale. Cette surexploitation signifie que les réserves naturelles d’eau souterraine de la région ne se reconstituent pas assez rapidement pour suivre le rythme de la demande.

Le dessalement de l'eau de mer et les grands projets de barrages sont les solutions qui ont été privilégiées jusque-là, mais elles possèdent leurs propres inconvénients environnementaux.

Les scientifiques réfléchissent à de nouveaux procédés pour protéger les approvisionnements en eau et pour encourager les bonnes habitudes en matière de conservation dans les communautés, les industries et parmi les agriculteurs.

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L'agriculture représente à elle seule environ 80% de l'utilisation de l'eau dans la région Mena, selon la Banque mondiale. (Fourni)

 

«Il y a de nombreuses étapes pour protéger cette ressource vitale très importante sans laquelle il n'y a pas de vie», déclare à Arab News Jamila Bargach, directrice de l'ONG marocaine Dar Si Hmad pour le développement, l'éducation et la culture.

«Il est toujours important de rappeler aux gens l’importance de l’eau. Dans ce but, l'éducation est un outil essentiel: il faut rappeler aux consommateurs qu'ils doivent protéger l'eau et encourager la recherche scientifique afin de trouver des moyens pour en réduire l’usage dans l'industrie et dans l'agriculture», souligne-t-elle.

S'exprimant en amont de la dernière session de la semaine thématique de Dubaï qui précédait l'Expo 2020 Dubai sur l'eau, Bargach estime que la science, la recherche et l'éducation doivent s’unir dans le cadre du traitement et de la protection de l'eau.

Au Maroc, par exemple, les communautés agricoles ont économisé de l'eau en utilisant des techniques de récupération de l’eau générée du brouillard et en recyclant l'eau saumâtre.

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Dar Si Hmad a installé des collecteurs de brouillard CloudFisher, développés par la Fondation allemande pour l’eau, sur le mont Boutmezguida, au Maroc. (Fourni)

«Toutefois, l'un des obstacles à la sécurité de l'eau réside malheureusement dans son utilisation excessive dans les industries», prévient Bargach.

«L'agriculture est un problème majeur ici, en particulier dans la région où je suis – le sud du Maroc –, qui exporte des quantités massives d'agrumes vers l'Europe et crée beaucoup de main-d'œuvre, d'emploi et de sécurité alimentaire pour les populations d'ici.»

Les bas niveaux d’eau dans les aquifères profonds et les réservoirs artificiels du Maroc avant l’arrivée des pluies, il y a quelques mois, montrent que les réserves d’eau du pays ont atteint leur limite absolue.

Bargach incrimine le commerce international, qui utilise l'eau pour la culture des fruits destinés à l'exportation par le Maroc à un rythme bien plus rapide qu'elle ne peut être reconstituée, ce qui crée un énorme déséquilibre. Pour y remédier, son ONG encourage l'utilisation de l'eau récupérée par le brouillard. À ce jour, elle a travaillé avec seize villages du Maroc rural pour promouvoir sa technique, et collabore déjà avec huit autres. La recherche a été exposée au pavillon de la durabilité de l'Expo 2020 Dubai.

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D’abord testés sur le mont Boutmezguida recouvert de brouillard au Maroc, les filets ne consomment aucune énergie et peuvent collecter plus de six cents litres d’eau potable par jour et par filet. (Fourni)

Dar Si Hmad est responsable du plus grand projet opérationnel de collecte de brouillard au monde. Le CloudFisher, développé par la Fondation allemande pour l’eau, récolte la vapeur d'eau atmosphérique de l'air grâce à des filets en tissu synthétique.

D’abord testés sur le mont Boutmezguida recouvert de brouillard au Maroc, les filets ne consomment aucune énergie et peuvent collecter plus de six cents litres d’eau potable par jour et par filet.

«Il y a des possibilités. Mais l'échelle à laquelle nous travaillons est très importante. Plus l'échelle est grande, plus la demande est importante, et plus les possibilités de déchets incorporés dans le système sont significatives», explique Bargach.

Les prévisions indiquent que les approvisionnements pourraient diminuer considérablement d'ici à 2030 et, par conséquent, le rationnement pourrait devenir la nouvelle norme. Ainsi, réduire l'utilisation pourrait constituer un moyen pour conserver l'eau. Au Maroc, cela a déjà commencé. Au mois de janvier, pour limiter la consommation, la ville d’Agadir, le long de la côte Atlantique sud du pays, a vu son eau coupée à partir de 22 heures tous les soirs.

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Les scientifiques réfléchissent à de nouveaux procédés pour protéger les approvisionnements en eau et pour encourager les bonnes habitudes en matière de conservation dans les communautés, les industries et parmi les agriculteurs. (Fourni)

«Nous devrons vivre avec cette réalité: l'eau est rare et cette rareté augmente. Les schémas de la planète changent; la quantité des pluies et leur fréquence changent également. Or, dans de nombreux pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, nous utilisons principalement la pluie pour obtenir de l’eau», souligne Bargach.

Les pénuries pourraient avoir des conséquences humanitaires de grande ampleur. Les sécheresses détruisent les moyens de subsistance, déplacent les populations des zones rurales vers les villes et, dans le pire des cas, provoquent des conflits et des troubles.

Pour Reem al-Hashimi, ministre d'État des Émirats arabes unis à la Coopération internationale et directrice générale du comité de candidature de l'Expo 2020 Dubai, l'eau est la pierre angulaire des civilisations: elle façonne les économies, les cultures et les croyances religieuses.

«L'eau est au cœur même de qui nous sommes, de ce que nous faisons, de nos espoirs et de nos rêves, pour nous-mêmes et pour nos enfants. Pourtant, aujourd'hui, nous sommes confrontés à un défi que connaissent les pays du monde entier: la montée en flèche de la demande et le ralentissement de l'offre», affirme Al-Hashimi.

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De Chennai au Cap et jusqu’en Californie, de nombreuses communautés souffrent de plus en plus des effets de la pénurie et d'un accès limité à l'eau. (Fourni)

Elle met par ailleurs en garde contre une crise mondiale imminente de l'eau, avec près d’1,1 milliard de personnes déjà privées d'un accès fiable à l'eau et 2,7 milliards de personnes souffrant de pénurie pendant au moins un mois de l'année. D'ici à 2025, on estime que les deux tiers de la population mondiale risquent d'y être confrontés.

«Ce n’est pas seulement un défi économique, mais une question de justice et d’équité. Comment garantirons-nous l'accès à cette ressource vitale dont nous avons tous besoin?» s’interroge Al-Hashimi.

De Chennai au Cap et jusqu’en Californie, de nombreuses communautés souffrent de plus en plus des effets de la pénurie et d'un accès limité à l'eau. «L’avenir des ressources hydrauliques se négocie à Wall Street; la perspective d’une pénurie est donc certaine», prévient Al-Hashimi.

«L'exportation de ce qu'on appelle “l'or bleu” est en croissance: les experts maritimes prédisent un monde dans lequel nos océans seront traversés par des superpétroliers chargés non pas de pétrole, mais d'eau douce destinée aux pays privés de denrées vitales.»

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Pour Reem al-Hashimi, ministre d'État des Émirats arabes unis pour la coopération internationale et directrice générale du comité de candidature de l'Expo 2020 Dubai, l'eau est la pierre angulaire des civilisations. (AFP/fichier Photo)

Al-Hashimi évoque un centre économique mondial en mutation, avec une eau en constante évolution au cœur des civilisations.

L’océan Indien, par exemple, contient près de 20% de l’eau à la surface de la planète. Près de 2,7 milliards de personnes vivent le long de ses côtes dans différents pays. Ses voies maritimes sont utilisées par la moitié des porte-conteneurs du monde, un tiers de son trafic de marchandises en gros et les deux tiers de l’ensemble des expéditions de pétrole. Ses côtes et ses ports revêtent une importance géostratégique croissante, les pays se disputant leur influence et le développement des infrastructures.

«Les océans sont trop vastes, profonds et indomptables pour qu'un pays ou qu’un ensemble puisse le revendiquer à lui seul. Toutes les voies navigables du monde sont interconnectées, et nos propres responsabilités en matière de gestion et de préservation de cette ressource inestimable le sont également», estime Al-Hashimi.

Cette dernière ajoute: «Nous prenons au sérieux notre engagement commun envers la responsabilité mondiale de tous les océans ouverts, car ils appartiennent à la fois à tout le monde et à personne.»

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À ce jour, l’ONG Dar Si Hmad a travaillé avec seize villages du Maroc rural pour promouvoir sa technique, et elle collabore déjà avec huit autres. (Fourni)

La protection de l'eau est une responsabilité partagée qui a un impact sur tout, du climat à la biodiversité en passant par l'inclusion, les connaissances et l'apprentissage, les voyages, la connectivité, la santé ainsi que le bien-être, explique-t-elle.

«Nous sommes tous différents, mais nous sommes profondément interconnectés et nous pouvons jouer un rôle sur chaque vie humaine. Quelle que soit votre place dans le monde, les communautés sont de plus en plus touchées par de telles pénuries», confie-t-elle.

Dans ce contexte, Expo 2020 Dubai offre aux gouvernements, aux entreprises et aux communautés la possibilité d’échanger les dernières innovations technologiques et les nouvelles approches afin de résoudre les défis communs de l'humanité, ajoute Al-Hashimi.

«Avec la réunion de plus de deux cents nations et d’organisations internationales, des millions de visiteurs du monde entier qui bénéficient de l’opportunité de participer activement à un changement significatif, c’est une occasion exceptionnelle pour créer une dynamique positive qui s’inscrira dans la durée», conclut-elle.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur arabnews.com


Yémen : l’aide vitale de 346 millions de dollars accordée par l’Arabie saoudite

L’Arabie saoudite soutient l’économie du Yémen depuis des années à travers une réhabilitation économique progressive, incluant des projets d’infrastructure, de santé et d’énergie, ainsi que des initiatives humanitaires. (Saba)
L’Arabie saoudite soutient l’économie du Yémen depuis des années à travers une réhabilitation économique progressive, incluant des projets d’infrastructure, de santé et d’énergie, ainsi que des initiatives humanitaires. (Saba)
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  • Un nouveau programme de 1,3 milliard de riyals saoudiens vise les salaires, les pénuries de liquidités et la stabilité de l’État à un moment charnière pour le gouvernement d’Aden
  • Le soutien économique renforce la dynamique des réformes et positionne la sécurité comme fondement du redressement à long terme du Yémen

​​​​​​LONDRES : Lorsque Riyad a annoncé mercredi un nouveau programme de 1,3 milliard de riyals saoudiens (346,6 millions de dollars) pour soutenir le budget du gouvernement yéménite, les salaires et les coûts opérationnels, il s’agissait de bien plus qu’un simple geste financier. Cela réaffirmait une doctrine constante : la diplomatie par la stabilisation économique.

L’engagement militaire et humanitaire de l’Arabie saoudite au Yémen attire depuis longtemps l’attention internationale. Pourtant, son rôle économique — à travers un soutien budgétaire direct, des dépôts et de vastes projets de développement — a été tout aussi central dans l’orientation du fragile chemin du pays vers la reprise.

Cette dernière aide traduit la conviction de Riyad que la stabilité budgétaire est le socle d’un progrès politique et sécuritaire durable.

Le Royaume a déployé de nombreuses initiatives économiques et humanitaires ces dernières années.

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Des soldats gouvernementaux circulent à l’arrière d’un pick-up dans la ville portuaire de Mukalla, sur la mer d’Arabie. (Reuters/File)

Le projet Masam, programme de déminage financé par l’Arabie saoudite et lancé en juin 2018 sous l’égide de KSrelief en partenariat avec le Centre exécutif yéménite de lutte antimines, a permis de neutraliser plus de 450 000 engins explosifs.

En septembre 2025, KSrelief et l’agence des Nations unies pour les migrations, Organisation internationale pour les migrations (OIM), ont lancé deux projets d’un montant total de 4,45 millions de dollars : l’un remplaçant l’acheminement coûteux d’eau par camion à Ma’rib par des systèmes d’approvisionnement permanents, l’autre réhabilitant des établissements scolaires à Aden, Lahj et Taëz pour les communautés affectées par le conflit.

Cela s’appuie sur le portefeuille du Programme saoudien pour le développement et la reconstruction du Yémen (SDRPY), qui comprend des centaines de projets d’infrastructure couvrant l’éducation, la santé, l’eau, l’énergie, les transports, l’agriculture, la pêche et le renforcement des capacités institutionnelles, offrant une bouée de sauvetage à des millions de personnes au cœur de ce que l’ONU qualifie souvent de pire crise humanitaire au monde.

Cependant, cette orientation, impulsée par les dirigeants saoudiens et mise en œuvre par le SDRPY, intervient à un tournant pour la gouvernance yéménite.

Fraîchement remanié à la suite de récents changements à sa tête, le pays fait face à de graves tensions économiques. Les institutions publiques sont confrontées à de sévères pénuries de liquidités et à des arriérés de salaires qui menacent d’éroder la confiance déjà fragile envers l’État.

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Des habitants se promènent dans le marché traditionnel de Mukalla, dans le Hadramout, au Yémen. (Reuters/File)

Le programme du SDRPY vise à renforcer la stabilité économique, financière et monétaire, à améliorer les capacités gouvernementales, la gouvernance et la transparence, et à donner au secteur privé les moyens de stimuler une croissance durable.

Avec un produit intérieur brut de seulement 19 à 20 milliards de dollars, classé environ au 125e rang mondial, ce plan entend relancer une économie yéménite exsangue et briser le cercle vicieux où l’effondrement alimente la dépendance à l’aide, rendant l’État quasiment ingouvernable.

« Il ne fait aucun doute que le récent soutien saoudien au gouvernement yéménite intervient à un moment important, après la formation du nouveau gouvernement dirigé par le Dr Shaea Al-Zandani et son retour dans la capitale provisoire Aden pour gérer les affaires depuis l’intérieur du pays », a déclaré l’analyste du Golfe Abdulhadi Al-Habtoor à Arab News.

« Comme l’a annoncé le ministre saoudien de la Défense, le prince Khalid ben Salmane, ce soutien vise à couvrir les dépenses opérationnelles et les salaires, répondant aux besoins urgents du gouvernement yéménite.

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Un Yéménite déplacé pose pour un portrait avec ses filles dans leur abri à l’intérieur d’un camp à Marib, au Yémen. (Reuters/File)

« À mon avis, cette aide permettra également au gouvernement de poursuivre les réformes économiques engagées récemment, en mettant l’accent sur la transparence, la lutte contre la corruption et l’unification des recettes de l’État sous l’autorité de la banque centrale yéménite. »

La masse salariale publique du Yémen — pilier vital de toute société — s’est presque effondrée. Enseignants, soldats, personnels médicaux et fonctionnaires dans les zones contrôlées par le gouvernement ont passé des mois sans être payés.

Même lorsque les salaires sont versés, la forte dépréciation du rial yéménite en a érodé la valeur, contraignant les familles à emprunter, vendre leurs biens ou sauter des repas pour survivre.

Sur le plan économique, le programme cible le défi structurel le plus grave du Yémen : l’incapacité à rémunérer régulièrement environ un demi-million de fonctionnaires.

Des responsables saoudiens ont indiqué que les fonds soutiendront le volet salarial du budget yéménite, garantiront des décaissements réguliers et poseront les bases d’une stabilité financière à long terme.

« Le Yémen demeure la priorité régionale numéro un de l’Arabie saoudite », a affirmé Salman Al-Ansari, chercheur saoudien en géopolitique, à Arab News. « L’Arabie saoudite est le principal partenaire humanitaire et de développement du Yémen dans le monde, ayant fourni plus de 20 milliards de dollars d’aide au cours de la dernière décennie.

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KSrelief distribue 390 bons d’habillement dans la province de Lahj, au Yémen. (KSrelief)

« Plus de deux millions de Yéménites vivent et travaillent dans le Royaume, reflétant les liens humains profonds entre nos peuples. Le paiement des salaires à nos frères et sœurs au Yémen n’est qu’un volet d’un engagement saoudien plus large visant à aider les Yéménites à reconstruire leur vie et à restaurer la stabilité. »

Les implications dépassent la seule question des salaires. En injectant des liquidités dans les différentes régions du Yémen, le programme vise à restaurer le pouvoir d’achat, stabiliser les revenus des ménages et raviver la confiance dans les marchés locaux.

À terme, cela pourrait relancer les petites entreprises, renforcer les chaînes d’approvisionnement et affaiblir les économies parallèles contrôlées par des milices et des réseaux informels — apportant un semblant de normalité à un pays où le désespoir semblait omniprésent.

« Il ne faut pas oublier que ce soutien saoudien intervient après les récents événements dans l’est du Yémen (Hadramout et Al-Mahra) et les troubles provoqués par le Conseil de transition du Sud avant sa dissolution — des développements qui ont eu un impact négatif sur les conditions de vie des habitants », a ajouté Al-Habtoor.

« Ce dernier soutien devrait rétablir la normalité dans les provinces libérées, renforcer l’unité des rangs du gouvernement légitime et consolider les efforts pour faire face au groupe terroriste houthi, qui contrôle toujours la capitale yéménite, Sanaa. »

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De la fumée s’élève après une frappe aérienne de la coalition dirigée par l’Arabie saoudite dans le port sudiste de Mukalla, au Yémen. (SABAA/Reuters)

L’approche de Riyad se distingue par sa continuité.

Depuis 2012, l’Arabie saoudite a injecté environ 12,6 milliards de dollars d’aide économique au Yémen — sous forme de dépôts à la banque centrale, de transferts monétaires et de subventions directes — afin d’éviter un effondrement budgétaire et de freiner la spirale inflationniste qui a sapé la gouvernance locale.

Cette aide s’inscrit dans le récit régional central du Royaume : sécurité et développement sont indissociables.

Le ministre saoudien de la Défense, le prince Khalid ben Salmane, a récemment souligné que le soutien de Riyad « incarne l’engagement du Royaume à renforcer la sécurité et la stabilité et à contribuer à bâtir un avenir meilleur pour le Yémen et son peuple ».

Cette logique façonne une grande partie de la stratégie actuelle de l’Arabie saoudite au Yémen : privilégier une réhabilitation économique progressive — via un soutien en liquidités et des projets ciblés — plutôt que de vastes promesses de reconstruction.

La déclaration du ministère de la Défense en janvier indiquant que l’Arabie saoudite avait lancé 28 projets de développement d’une valeur de 1,9 milliard de riyals dans des secteurs clés tels que la santé, l’énergie et l’éducation a consolidé cette approche intégrée : stabiliser les services essentiels tout en redynamisant les infrastructures publiques.

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Un projet du Programme saoudien pour le développement et la reconstruction du Yémen. (SDRPY)

Au Yémen, de telles mesures revêtent un poids social et politique profond. Des salaires réguliers et un financement opérationnel signalent une forme de légitimité, maintenant les employés publics liés à l’appareil d’État et empêchant l’érosion de la gouvernance.

Dans un paysage longtemps marqué par l’autorité fragmentée, la continuité financière devient un acte simple mais essentiel de construction étatique.

Les critiques soulignent toutefois que l’ampleur des besoins dépasse largement le montant de l’aide. L’économie yéménite — fonctionnant à une fraction de sa capacité d’avant-guerre, confrontée aux blocages des exportations pétrolières, aux flambées inflationnistes et à la baisse du soutien des donateurs — devrait se contracter de 1,5 % en termes réels en 2025 et demeure institutionnellement divisée.

Cependant, du point de vue de Riyad, la stabilisation à court terme doit précéder le changement structurel, une philosophie qui fait écho à ses propres doctrines économiques internes, où les marges budgétaires ouvrent la voie à la diversification.

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Une clinique médicale mobile de KSrelief à Hajjah, au Yémen. (KSrelief)

Le soutien de 346 millions de dollars agit ainsi sur deux fronts étroitement liés : une bouée humanitaire pour des millions de personnes confrontées à l’insécurité salariale, et une ancre géopolitique préservant la souveraineté du Yémen face à un effondrement supplémentaire.

Les analystes y voient une diplomatie calibrée : moins une aide transactionnelle qu’un leadership soutenu dans un voisinage volatil vital pour les intérêts saoudiens.

Alors que le Yémen entame une nouvelle année d’incertitudes, le dernier soutien de l’Arabie saoudite ne résoudra peut-être pas la crise, mais il réaffirme un principe devenu central dans la politique étrangère de Riyad : l’endurance économique est la pierre angulaire de la sécurité.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Echange de 86 détenus entre Damas et des factions druzes à Soueïda

Une source druze avait indiqué mardi à l'AFP que des négociations, sous médiation américaine, étaient en cours entre le gouvernement syrien et un dignitaire religieux druze pour finaliser l'accord d'échange. (AFP)
Une source druze avait indiqué mardi à l'AFP que des négociations, sous médiation américaine, étaient en cours entre le gouvernement syrien et un dignitaire religieux druze pour finaliser l'accord d'échange. (AFP)
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  • Soueïda reste le dernier grand territoire échappant au contrôle des troupes de Damas, qui consolide son autorité sur le pays morcelé par près de 14 ans de guerre civile
  • Dans un communiqué, le CICR a précisé avoir "facilité la libération de 86 détenus entre Damas et Soueïda: 61 ont été transférés vers Soueïda et 25 vers Damas"

SYRIE: Le gouvernement syrien et des factions druzes de la province méridionale de Soueïda ont procédé jeudi à un échange de 86 détenus, a indiqué le Comité international de la Croix-Rouge (CICR).

Ces hommes étaient détenus depuis les violences meurtrières survenues à l'été 2025 dans ce bastion des druzes, une minorité arabophone professant une foi issue d'un islam hétérodoxe.

Soueïda reste le dernier grand territoire échappant au contrôle des troupes de Damas, qui consolide son autorité sur le pays morcelé par près de 14 ans de guerre civile.

Dans un communiqué, le CICR a précisé avoir "facilité la libération de 86 détenus entre Damas et Soueïda: 61 ont été transférés vers Soueïda et 25 vers Damas".

Une source druze avait indiqué mardi à l'AFP que des négociations, sous médiation américaine, étaient en cours entre le gouvernement syrien et un dignitaire religieux druze pour finaliser l'accord d'échange.

A un point de contrôle de la localité d'Al-Mtouna, dans le nord de la province et sous contrôle gouvernemental, une équipe de l'AFP a vu deux bus transportant des détenus en provenance de la prison d'Adra, près de Damas.

Escortés par les forces syriennes et le CICR, ils ont pris la route de Soueïda, accompagnés d'une ambulance et d'un véhicule de la Croix-Rouge.

Peu après, un bus transportant des membres des forces de sécurité et de l'armée détenus par la Garde nationale - faction armée druze de Soueïda - est arrivé.

Le chef du CICR en Syrie, Stephan Sakalian, a dit espérer que l'opération ouvre la voie à d'autres libérations et à un dialogue sur le sort des personnes portées disparues depuis les violences de juillet.

Des affrontements avaient alors opposé combattants druzes et bédouins sunnites avant l'intervention des forces de sécurité et de tribus venues d'autres régions pour prêter main forte aux bédouins.

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), ces violences ont fait plus de 2.000 morts, dont 789 civils druzes. Elles ont été marquées par des exactions et des exécutions sommaires visant cette minorité, d'après des témoignages de survivants et des ONG.

Après la fin de l'échange, Tarek al-Maghoush, chargé du dossier au sein de la Garde nationale, a parlé de négociations indirectes "difficiles".

Le porte-parole de la Garde nationale, Talal Amer, a déclaré à l'AFP que les négociations s'étaient déroulées via les Etats-Unis et "sous la supervision" d'Israël, pays qu'il a remercié pour son "soutien total" lors des violences.

En 2025, Israël, où vivent plus de 150.000 druzes, était intervenu en Syrie en bombardant les forces gouvernementales au nom de la défense de la communauté druze dans le pays voisin.

Un cessez-le-feu est entré en vigueur le 20 juillet, mais la situation demeure tendue et l'accès à Soueïda difficile.

Des habitants accusent le gouvernement d'imposer un siège aux zones hors de son contrôle, qui accueillent des dizaines de milliers de déplacés, ce que dément Damas. Plusieurs convois d'aide ont toutefois pu entrer depuis.


Israël vise à imposer «un changement démographique permanent» en Cisjordanie et à Gaza, selon l'ONU

Les actions menées par Israël en Cisjordanie occupée et dans la bande de Gaza visent à imposer "un changement démographique permanent" dans ces territoires palestiniens, a affirmé jeudi le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Volker Türk. (AFP)
Les actions menées par Israël en Cisjordanie occupée et dans la bande de Gaza visent à imposer "un changement démographique permanent" dans ces territoires palestiniens, a affirmé jeudi le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Volker Türk. (AFP)
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  • "Prises dans leur ensemble, les actions d'Israël semblent viser à opérer un changement démographique permanent à Gaza et en Cisjordanie, suscitant des inquiétudes quant à un nettoyage ethnique", a déclaré M. Türk dans un discours à Genève
  • Il a souligné notamment que les opérations militaires israéliennes menées depuis janvier 2025 dans le nord de la Cisjordanie avaient entraîné le déplacement de 32.000 Palestiniens

GENEVE: Les actions menées par Israël en Cisjordanie occupée et dans la bande de Gaza visent à imposer "un changement démographique permanent" dans ces territoires palestiniens, a affirmé jeudi le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Volker Türk.

"Prises dans leur ensemble, les actions d'Israël semblent viser à opérer un changement démographique permanent à Gaza et en Cisjordanie, suscitant des inquiétudes quant à un nettoyage ethnique", a déclaré M. Türk dans un discours à Genève.

Il a souligné notamment que les opérations militaires israéliennes menées depuis janvier 2025 dans le nord de la Cisjordanie avaient entraîné le déplacement de 32.000 Palestiniens.

"Les forces de sécurité israéliennes continuent à faire un usage non nécessaire et disproportionné de la force" en Cisjordanie, a ajouté M. Türk.

Les violences ont flambé en Cisjordanie occupée depuis le début de la guerre dans la bande de Gaza, déclenchée par l'attaque sanglante du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023.

M. Türk a indiqué que, selon des chiffres vérifiés par son bureau, 1.020 Palestiniens avaient été tués depuis cette date "par les forces de sécurité israéliennes" en Cisjordanie.

Pendant la même période, 45 Israéliens, y compris des soldats, ont été tués lors d'attaques palestiniennes, selon les chiffres officiels israéliens.

Le gouvernement israélien a annoncé depuis le début février une série de mesures visant à renforcer son contrôle sur la Cisjordanie, occupée par Israël depuis 1967, en facilitant notamment l'achat de terre par des Israéliens.

Ces mesures ont suscité de nombreuses condamnations à l'international. Une haute responsable de l'ONU a estimé qu'elles équivalaient à une "annexion progressive de facto".

Le Haut-Commissaire aux droits de l'homme a par ailleurs souligné que depuis le début du cessez-le-feu dans la bande de Gaza, le 10 octobre 2025, "des attaques israéliennes ont tué plus de 600 Palestiniens et en ont blessé plus de 1.600, selon le ministère palestinien de la Santé" de ce territoire.

"N'importe où ailleurs, cela serait considéré comme une crise majeure", a-t-il affirmé.

La quasi-totalité des plus de deux millions d'habitants de Gaza ont été déplacés au moins une fois depuis le début de la guerre, qui a réduit en ruines une grande partie du territoire.

"L'intensification des attaques, la destruction méthodique de quartiers entiers, (...) le refus d'apporter une aide humanitaire (...) conjugués aux transferts forcés qui semblent viser à un déplacement permanent, suscitent des inquiétudes quant à un nettoyage ethnique à Gaza et en Cisjordanie", avait écrit le Haut-Commissariat dans un rapport la semaine dernière.