Deux cents ans après, la révolution grecque plane toujours sur les relations entre Athènes et Ankara

La bataille navale de Navarin vue par Ambroise Louis Garneray (1827). (Chambre des communes)
La bataille navale de Navarin vue par Ambroise Louis Garneray (1827). (Chambre des communes)
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Publié le Vendredi 26 mars 2021

Deux cents ans après, la révolution grecque plane toujours sur les relations entre Athènes et Ankara

  • L’ombre de l’histoire, en particulier le début du processus révolutionnaire grec en 1821, continue aujourd’hui de planer sur les relations gréco-turques
  • La prise de conscience de la centralité de «l’autre » dans les processus historiques est essentielle pour comprendre les différends actuels entre les deux pays

WASHINGTON: Cette année est particulièrement symbolique pour la Grèce. Le pays célèbre le bicentenaire du début de l’insurrection grecque, qui a conduit à la création de l'État grec moderne en 1830.

Des centaines d'événements seront organisés cette année, notamment sous les auspices du Comité Grèce 2021 mis en place pour l'occasion.

Il vise à faire la lumière sur différents aspects de la renaissance de la nation grecque et les efforts réalisés pour gérer ses affaires indépendamment de l’Empire ottoman. Qu'est-ce que la guerre d'indépendance grecque et comment les relations gréco-turques ont-elles été affectées par son émergence?

Pour commencer, il est important de souligner que le processus de neuf ans qui a conduit à la formation moderne de l’État grec n’était pas une guerre d’indépendance au sens traditionnel. Il serait plus juste de le dépeindre comme une rébellion, voire une révolution, puisque les rebelles étaient loin de constituer une armée organisée.

De plus, aucun État grec, capable de mener un conflit armé conventionnel contre l'armée et la marine ottomanes organisées, n’existait à l'époque. Enfin, la révolution est partie de multiples endroits, car les Grecs étaient dispersés dans une vaste zone géographique à l'intérieur et à l'extérieur de l'Empire ottoman.
 

La révolution grecque démarre en février 1821, lorsqu‘Alexandros Ypsilantis publie un manifeste appelant à prendre les armes dans ce qui est aujourd’hui la Roumanie. Il fait valoir que le moment est venu pour les Grecs, où qu'ils soient, de se battre  pour la foi et la patrie».

Ypsilantis est à la tête de la Friendly Society («Filiki Eteria»), une organisation créée par des membres de la diaspora grecque à Odessa en 1814, qui va jouer un rôle clé pour soutenir la révolution, financièrement, logistiquement et politiquement.

La rébellion organisée par Ypsilantis est assez rapidement réprimée, car les révolutionnaires ne sont pas suffisamment préparés et sont facilement vaincus après l’intervention du tsar et son soutien au gouvernement central ottoman.

Pourtant, le flambeau est repris par des rebelles plus au sud, dans le Péloponnèse, et la révolution est finalement couronnée de succès en 1830, lorsque la pleine indépendance de l'État grec est reconnue par les grandes puissances du Royaume-Uni, de la France et de la Russie. Les puissances européennes se rendent en effet compte que l’autonomie de la Grèce et son éventuelle indépendance servent mieux leurs intérêts.

Guerre d'indépendance grecque entre 1821 et 1829, le général turc Ibrahim Pacha devant sa tente, gravure sur bois d’après un dessin de Jeanron, vers 1827. (Alamy)
Guerre d'indépendance grecque entre 1821 et 1829, le général turc Ibrahim Pacha devant sa tente, gravure sur bois d’après un dessin de Jeanron, vers 1827. (Alamy)

En outre, l’opinion publique occidentale sympathise largement avec les révolutionnaires en 1825-1826. Elle voit d’un bon œil la lutte de chrétiens qui combattent les musulmans (au moins dans certaines zones de conflit), et fait le lien entre l'image de la Grèce antique et la lutte moderne de ses successeurs sur son sol.

Le lien est fragile à plus d'un titre, mais cela a finalement peu d’importance. Le philhellénisme devient une force puissante qui permet aux révolutionnaires d'atteindre leur objectif. En 1832, l'Empire ottoman accepte également ce qui est devenu une évidence: la Grèce est désormais membre de la communauté des nations.

Sa lutte devient un cri de ralliement pour d'autres populations de l'Europe du XIXᵉ siècle. Les Polonais, les Hongrois et bien d'autres voient à juste titre dans la révolution grecque l'expression passionnée des idéaux des révolutions française et américaine, qui conduira à la formation de leurs propres États au fil du temps.

La révolution grecque de 1821 est donc un événement capital dans l'histoire du monde, bien plus lourde de conséquences que le petit État qui en a résulté. Pour les révolutionnaires et la classe politique de l'État émergent, les priorités sont toutefois plus immédiates. Il s’agit faire en sorte que la Grèce s'agrandisse et regroupe la majorité des Grecs toujours soumis à la domination ottomane.

Pour ce faire, les rebelles vont combattre les Ottomans à plusieurs reprises jusqu'à ce que les frontières du pays soient définitivement délimitées en 1947 et que l’intégration dans l’État des îles du Dodécanèse ait lieu. Deux décennies plus tôt, le Traité de Lausanne de 1923 avait mis fin à la guerre entre la Grèce et la Turquie, fixant les frontières de cette dernière.

Le dirigeant turc Moustafa Kemal Atatürk et ses camarades d'armes avaient auparavant rejeté l'Empire ottoman en déclin. Mais c’est surtout la ferveur nationaliste qui a conduit à la victoire militaire et à un nouvel ensemble d'accords diplomatiques signés entre la Grèce et d'autres puissances européennes.

 

Les observateurs modernes des relations gréco-turques ont souvent du mal à comprendre leurs différends actuels, ignorant la centralité de «l'autre» dans le processus historique qui a conduit les deux États à naître.

Comme je l'ai expliqué ailleurs, c'est précisément la formation historique de leur État – en particulier la création de l'identité et la configuration de la conscience nationale en opposition à l'autre camp – qui explique les débordements émotionnels et le peu de rationalité dans les mécanismes de règlement de leurs conflits.

Les employés du musée déballent une œuvre représentant l'héroïne de la révolution grecque, Laskarina Bouboulina, dans le nouveau musée dédié aux volontaires étrangers philhellènes qui ont combattu et sont morts pour la Grèce le 12 mars 2021 (AFP / File Photo)
Les employés du musée déballent une œuvre représentant l'héroïne de la révolution grecque, Laskarina Bouboulina, dans le nouveau musée dédié aux volontaires étrangers philhellènes qui ont combattu et sont morts pour la Grèce le 12 mars 2021 (AFP / File Photo)

Comment?

À partir des années 1820, et pendant tout un siècle, la victoire d’une partie sur le champ de bataille (ou, plus souvent, des cercles de décision diplomatique des grandes puissances, sur lesquels l’État grec s’appuyait habilement) signifiait une perte pour l’autre partie. De 1830 à la signature du Traité de Lausanne, des générations de Grecs sont déterminées, prêtes au combat, pour libérer «l’hellénisme asservi» de la domination turque, ou tourkokratia.

Lors de ce processus de reconquête, les Grecs réussissent également à intégrer d’autres régions provenant d’autres pays tels que le Royaume-Uni (les îles Ioniennes en 1863). En 1881, un pas supplémentaire est fait, lorsque les grandes puissances convainquent de nouveau les Ottomans de céder la Thessalie et une partie de l'Épire à la Grèce. Au début du XXᵉ siècle, le déclin de l’Empire ottoman s’accélère et la Grèce en profite.

Les guerres des Balkans de 1912-13 ont opposé la Grèce, la Serbie et la Bulgarie aux Ottomans. Ces pays se sont aussi battus entre eux, sur la Macédoine et certaines parties de l'Épire. L'union de la Crète avec la Grèce a également été scellée à cette époque.

La Grèce réussit à étendre son territoire de plus de 60% et son désir de libérer les «frères asservis» semble près d’aboutir en 1921. L'effondrement de l'Empire ottoman, combiné aux politiques diligentes du Premier ministre grec Eleftherios Venizelos, permet à la Grèce d’atteindre son apogée en 1921.

Pourtant, dix années de guerre continue font des ravages et l’irrédentisme grec illustré par la marche de son armée sur l’Anatolie centrale, s’arrête brutalement avec la contre-attaque dévastatrice d’Atatürk. Lausanne met fin aux hostilités entre les deux pays, mais pas avant que la Grèce et la Turquie se lancent dans un échange de populations dont le principal critère est l’appartenance religieuse.

Le Premier ministre grec Constantin Caramanlis (L) et son homologue turc Suleyman Demirel (R) s'entretiennent lors d’un sommet gréco-turc, le premier depuis la fin de la guerre de Chypre au Palais d'Egmont à Bruxelles, Belgique, le 31 mai 1975, principalement pour résoudre le conflit entre les deux pays sur le problème chypriote. (AFP/Fichier Photo)
Le Premier ministre grec Constantin Caramanlis (L) et son homologue turc Suleyman Demirel (R) s'entretiennent lors d’un sommet gréco-turc, le premier depuis la fin de la guerre de Chypre au Palais d'Egmont à Bruxelles, Belgique, le 31 mai 1975, principalement pour résoudre le conflit entre les deux pays sur le problème chypriote. (AFP/Fichier Photo)

Les vestiges de l'hellénisme perdurent dans la nouvelle République turque, car le patriarcat est autorisé à rester à Istanbul, de même qu’une importante minorité grecque. Dans les années qui suivent, et une fois la guerre terminée, les relations gréco-turques connaissent des hauts et des bas.

Les tensions sont le plus souvent vives, en particulier au sujet de Chypre, qui reste divisée à ce jour en deux parties (turque et grecque), et éclipse les tentatives de normalisation. Il est cependant important de souligner, qu’en raison de siècles de coexistence entre les deux peuples, leurs relations ont également traversé des périodes d’entente et de respect mutuel.

Immédiatement après la guerre, Atatürk et Venizelos ont établi  des relations cordiales, notamment en raison de leur véritable désir d’une paix durable et des réformes révolutionnaires d’Atatürk. En 1934, Venizelos propose même que le prix Nobel de la paix soit décerné à Atatürk.

Les relations amicales se sont cependant détériorées après le décès des deux dirigeants et ne sont améliorées qu'à la fin des années 1990, une autre période de rapprochement. L’ombre de l’histoire – en particulier le début du processus révolutionnaire grec en 1821 – continue aujourd’hui de planer sur les relations gréco-turques.

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* Dimitris Tsarouhas est professeur de relations internationales, spécialisé dans la politique grecque, les relations Grèce-Turquie, les relations UE-Turquie et les affaires européennes. Twitter: @dimitsar

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

 


Washington offre une récompense de 10 millions de dollars pour des informations sur les dirigeants iraniens

Le programme « Rewards for Justice » du département d’État américain offre 10 millions de dollars pour toute information concernant des dirigeants iraniens clés. (Rewards for Justice)
Le programme « Rewards for Justice » du département d’État américain offre 10 millions de dollars pour toute information concernant des dirigeants iraniens clés. (Rewards for Justice)
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  • Les États-Unis offrent une récompense de 10 millions de dollars pour toute information sur plusieurs dirigeants iraniens, dont Mojtaba Khamenei et Ali Larijani
  • Washington affirme que ces responsables dirigent des éléments du Corps des Gardiens de la Révolution islamique, accusé de planifier et de mener des actes terroristes à travers le monde

WASHINGTON: Les Etats-Unis ont annoncé vendredi offrir une récompense de 10 millions de dollars en vue d'informations sur le sort des dirigeants iraniens, y compris le nouveau guide suprême, mais visant en particulier les Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de la République islamique d'Iran.

L'appel vise aussi bien Mojtaba Khamenei, le nouveau guide suprême, que le chef de la sécurité Ali Larijani, selon un avis diffusé par le département d'Etat américain.

Le ministre iranien de l'Intérieur, Eskandar Momeni, et le ministre du Renseignement et de la Sécurité, Esmaïl Khatib, figurent également parmi les dix personnes inscrites sur la liste du département d'Etat.

"Ces personnes commandent et dirigent divers éléments du Corps des gardiens de la révolution islamique iranien, qui planifie, organise et mène des actes terroristes à travers le monde", a déclaré le département d'Etat.

Il exhorte les informateurs éventuels à envoyer des informations via Signal notamment: "Vos informations pourraient vous permettre de bénéficier d'une réinstallation et d'une récompense".

Le dirigeant iranien Ali Khamenei, qui dirigeait l'Iran depuis 1989, a été tué dans une frappe le 28 février au début de la guerre.

Il a été remplacé par son fils Mojtaba mais les spéculations sur son état de santé perdurent, après les annonces par la télévision d'Etat et certains responsables qu'il avait été blessé dans les frappes.

Il a fait diffuser un message jeudi sans contenu vidéo ni audio.

Les Etats-Unis et Israël ont indiqué avoir tué nombre de responsables des Gardiens de la Révolution depuis le début des opérations militaires le 28 février.


Mojtaba Khamenei appelle à maintenir Ormuz fermé, le pétrole flambe

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  • Le nouveau dirigeant, lui-même blessé dans une frappe et dont l'état de santé reste un mystère, n'est toujours pas apparu en public, et son premier message depuis sa désignation a été lu par une présentatrice à la télévision nationale
  • Son discours intervient alors que la guerre au Moyen-Orient entraîne "la plus importante perturbation" de l'approvisionnement mondial du pétrole de l'histoire, a averti jeudi l'Agence internationale de l'énergie (AIE)

TEHERAN: Le nouveau guide suprême iranien Mojtaba Khamenei a appelé jeudi à maintenir fermé le détroit d'Ormuz, passage hautement stratégique du commerce de pétrole mondial, accélérant la flambée des cours.

Désigné dimanche à la place de son père Ali Khamenei, tué au début des attaques israélo-américaines sur l'Iran, il a également promis de "venger" le "sang versé par les victimes de ces bombardements.

Le nouveau dirigeant, lui-même blessé dans une frappe et dont l'état de santé reste un mystère, n'est toujours pas apparu en public, et son premier message depuis sa désignation a été lu par une présentatrice à la télévision nationale. Il y a également appelé les pays de la région à fermer les bases américaines qu'ils abritent sur leurs sols.

Son discours intervient alors que la guerre au Moyen-Orient entraîne "la plus importante perturbation" de l'approvisionnement mondial du pétrole de l'histoire, a averti jeudi l'Agence internationale de l'énergie (AIE).

Les Gardiens de la Révolution, armée idéologique de la République islamique, se disent prêts à une longue campagne pour forcer Washington à la retraite en bombardant les intérêts occidentaux dans le Golfe et ailleurs, quitte à "détruire" l'économie mondiale.

L'armée américaine a annoncé jeudi avoir frappé environ 6.000 cibles depuis le début de la guerre, déclenchée le 28 février par des bombardements américains et israéliens contre la République islamique.

Le conflit pénalise l'approvisionnement en or noir de l'économie mondiale, affaiblit les sites de production de la région et menace ses services financiers.

Le géant français TotalEnergies a ainsi annoncé suspendre ou être sur le point de suspendre l'équivalent de 15% de sa production mondiale de pétrole et de gaz dans plusieurs Etats du Golfe.

La navigation est pratiquement bloquée dans le détroit d'Ormuz, de facto contrôlé par l'Iran et par où transite environ 20% du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondiaux.

"En réponse à l'ordre" de leur "commandant en chef" Khamenei, les Gardiens de la Révolution iraniens ont promis de garder le détroit fermé et de porter "les coups les plus sévères à l'agresseur", a indiqué le commandant des forces navales Alireza Tangsiri.

Pétroliers attaqués 

Mais le gouvernement iranien a laissé entendre dans le même temps qu'il pourrait autoriser certains navires, de pays jugés non hostiles, à emprunter le détroit.

Interrogé par l'AFP, le vice-ministre des Affaires étrangères, Majid Takht-Ravanchi, a assuré que Téhéran a "coopéré" avec plusieurs "pays" qui ont demandé à l'emprunter. Il n'a pas nommé ces pays mais souligné que ceux qui se sont joints aux Etats-Unis et Israël "ne devraient pas bénéficier d'un passage sûr dans le détroit d'Ormuz".

Le ministre a démenti jeudi auprès de l'AFP que l'Iran posait des mines dans le détroit d'Ormuz, comme Washington l'en accuse.

Plusieurs explosions ont secoué le Golfe jeudi. Sur un réservoir d'hydrocarbures à Bahreïn, un immense champ pétrolier en Arabie saoudite, un aéroport au Koweit, un port à Oman.

Au moins trois navires ont été attaqués, soit un total de six depuis mercredi et 16 depuis le début du conflit, selon l'agence maritime britannique (UKMTO).

Une vidéo diffusée par le média d'Etat iranien IRIB montre une de ces attaques iraniennes, menée mercredi soir contre un pétrolier à environ 50 km des côtes irakiennes.

On y voit, dans la nuit noire, l'avant d'un pétrolier exploser, puis s'envelopper d'une énorme boule de feu, frappé de plein fouet par un projectile tiré depuis ce qui semble être un hors-bord de la marine iranienne. "Dieu est grand. Contre l'impérialisme américain dans le nord du golfe Persique, au nom de l'imam Khamenei, au nom de la République islamique d'Iran, ces eaux appartiennent aux défenseurs de l'islam", se réjouit l'un des Iraniens à bord.

L'attaque, visant deux pétroliers, a fait un mort, selon les autorités irakiennes, qui précisent avoir secouru plus de 50 membres d'équipage.

Côté américain, entre la poursuite de la guerre et les cours du pétrole, le président Donald Trump dit avoir fait son choix: la nécessité de "stopper" l'Iran passe avant les prix du pétrole car il faut "empêcher un empire du mal, l'Iran, de se doter d'armes nucléaires et de détruire le Moyen-Orient, voire le monde entier".

En Iran, au 13e jour de la guerre, la vie quotidienne des habitants de la région s'organise entre privations, angoisses et espoir d'un lendemain meilleur.

"On peut toujours faire ses courses. L'exception, c'était le jour où ils ont frappé les dépôts de pétrole: avec la pluie noire, ça faisait apocalyptique", explique à l'AFP une habitante de 39 ans, contactée depuis Paris.

Les frappes, certes, sont difficiles à vivre. Mais "je ne comprends pas les gens qui disent +non à la guerre+", explique-t-elle. Après la violente répression des manifestations de janvier en Iran, "il n'y a aucune autre solution que l'intervention étrangère" pour changer le pouvoir politique.

Quelque 3,2 millions d'Iraniens ont été déplacés à l'intérieur de l'Iran depuis le début de la guerre, selon le Haut Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR).

Téhéran "n'a plus rien à perdre" 

Entre blocage d'Ormuz et discours guerriers, les cours du pétrole, qui ont pour certains grimpé de plus de 40% depuis le début de la guerre, continuent de flamber, malgré la décision la veille des pays de l'AIE d'utiliser leurs réserves stratégiques pour soutenir l'offre.

Jamais l'approvisionnement mondial en pétrole n'a été aussi perturbé, estime l'AIE. Selon elle, le blocage d'Ormuz a contraint les pays du Golfe à réduire drastiquement leur production pétrolière, grevant l'offre mondiale de 7,5%.

Donald Trump a ces derniers jours promis qu'une "grande sécurité" régnerait bientôt dans le détroit d'Ormuz. Son ministre de l'Energie a toutefois précisé que l'armée n'était "pas prête" pour le moment à escorter des pétroliers dans le détroit.

"Le régime iranien, qui n'a plus rien à perdre, entretiendra une guerre d'usure contre les Etats-Unis et Israël pour les punir de leur agression", a estimé auprès de l'AFP Pierre Razoux, directeur académique de la Fondation méditerranéenne d'études stratégiques.

Economiquement, l'opération est un gouffre pour les Etats-Unis. La première semaine de guerre leur a coûté plus de 11 milliards de dollars, rapporte le New York Times, en s'appuyant sur des sources parlementaires.

 

 


Le Conseil de sécurité de l'ONU adopte une résolution pour l'arrêt des frappes iraniennes sur les États du Golfe et la Jordanie

Jamal Alrowaiei, ambassadeur de Bahreïn à l'ONU, s'adresse aux médias au siège de l'ONU à New York, mercredi. (Reuters)
Jamal Alrowaiei, ambassadeur de Bahreïn à l'ONU, s'adresse aux médias au siège de l'ONU à New York, mercredi. (Reuters)
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  • La résolution déclare que les attaques violent le droit international et constituent une "grave menace pour la paix et la sécurité internationales"
  • Les actions iraniennes visant à fermer la navigation internationale à travers le détroit d'Ormuz sont également condamnées

NEW YORK : Le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté mercredi une résolution condamnant les attaques de missiles et de drones iraniens contre les États du Golfe et la Jordanie. Treize membres du Conseil ont voté en faveur de cette résolution, tandis que la Russie et la Chine se sont abstenues.

La résolution 2817, présentée par Bahreïn au nom du Conseil de coopération du Golfe, a été coparrainée par 135 pays, ce qui représente l'une des plus importantes manifestations de soutien à une résolution du Conseil de sécurité de ces dernières années.

Elle "condamne sans équivoque, dans les termes les plus forts", les frappes de missiles et de drones iraniens visant les territoires des pays du Golfe et de la Jordanie, décrivant ces attaques comme une violation du droit international et une grave menace pour la paix et la sécurité internationales.

Elle exige que Téhéran mette fin "immédiatement et sans condition" à ses attaques et provocations contre les États voisins, y compris par l'intermédiaire de forces mandataires, et demande l'arrêt immédiat de toutes les frappes. Elle exprime son soutien résolu à la souveraineté et à l'intégrité territoriale des États du Golfe et de la Jordanie, et réaffirme leur droit à l'autodéfense en vertu de l'article 51 de la Charte des Nations unies.

La résolution déplore ce qu'elle décrit comme le ciblage délibéré par l'Iran de civils et d'infrastructures civiles, notamment des aéroports, des installations énergétiques, des installations de production et de distribution de denrées alimentaires et d'autres infrastructures essentielles.

Elle fait également référence à la résolution 552 du Conseil de sécurité (adoptée en 1984 et condamnant les attaques iraniennes contre la navigation dans le Golfe), réaffirmant ainsi l'importance de la liberté de navigation dans les eaux internationales et les voies maritimes, alors que les menaces pesant sur le trafic maritime dans la région suscitent des inquiétudes.

Elle met en garde contre toute menace pesant sur la navigation maritime, en particulier sur les voies navigables d'importance stratégique que sont le détroit d'Ormuz et le détroit de Bab Al-Mandab, et souligne l'importance de la région pour l'approvisionnement énergétique mondial et les flux commerciaux internationaux.

S'exprimant après le vote, l'ambassadeur du Bahreïn auprès des Nations unies, Jamal Alrowaiei, a déclaré que le large soutien apporté à la résolution reflétait l'inquiétude mondiale face aux récentes attaques contre des États de la région.

"Le fait que 135 pays aient coparrainé cette résolution témoigne d'une prise de conscience collective de la dangerosité des attaques iraniennes contre le CCG et la Jordanie", a-t-il déclaré.

Les frappes iraniennes ont visé des infrastructures civiles, des zones résidentielles et des installations essentielles dans toute la région, faisant des victimes parmi les civils, a-t-il ajouté.

"Notre région est un pilier essentiel de la stabilité régionale et mondiale, de la sécurité énergétique et de la sécurité des échanges commerciaux", a-t-il poursuivi.

"La protection de notre région n'est pas seulement une question régionale, c'est une responsabilité internationale commune étroitement liée à la stabilité de l'économie mondiale et des chaînes d'approvisionnement internationales.

Jérôme Bonnafont, représentant permanent de la France auprès des Nations unies, a déclaré que la résolution envoyait un signal clair en condamnant les "frappes aveugles menées par l'Iran contre ses voisins régionaux".

Il a ajouté : "Depuis une douzaine de jours, le Moyen-Orient est à nouveau plongé dans la guerre. Cette guerre fait peser de graves risques sur la sécurité régionale et doit cesser maintenant."

L'Iran porte une responsabilité majeure dans cette escalade, a déclaré M. Bonnafont, citant le programme de missiles du pays, son soutien aux milices régionales et les menaces liées à ses activités nucléaires.

James Kariuki, chargé d'affaires à la mission du Royaume-Uni auprès des Nations unies, a déclaré que le Conseil avait raison de condamner des attaques qui "constituent une menace sérieuse pour nos partenaires du Golfe et pour la Jordanie, et risquent de provoquer une nouvelle conflagration régionale et mondiale".

Le Royaume-Uni participe à des opérations défensives régionales coordonnées et continuera à soutenir les États du Golfe et la Jordanie, a-t-il ajouté.

L'ambassadeur d'Israël auprès des Nations unies, Danny Danon, a déclaré que Téhéran attaquait les États de la région par désespoir, car la patience de la communauté internationale à l'égard de ses actions s'épuisait.

"Le régime de Téhéran tente d'exporter la terreur et la destruction, mais même le Conseil de sécurité est à bout de patience face à l'agression iranienne", a-t-il ajouté.

L'ambassadeur des États-Unis, Mike Waltz, a déclaré : "La stratégie de l'Iran consistant à semer le chaos, à prendre ses voisins en otage et à ébranler la détermination de la région s'est clairement retournée contre lui, comme l'a montré le vote d'aujourd'hui.

L'ambassadeur de Chine aux Nations unies, Fu Cong, a déclaré que Pékin condamnait les attaques contre les civils et les cibles non militaires et soutenait les préoccupations des États du Golfe en matière de sécurité, mais qu'il s'était abstenu lors du vote parce qu'il estimait que la résolution ne reflétait pas correctement les causes plus larges du conflit.

"Le principal moyen d'empêcher une nouvelle détérioration de la situation est que les États-Unis et Israël cessent leurs opérations militaires", a-t-il déclaré.

Bien que la Chine ne soutienne pas les attaques iraniennes contre les États arabes du Golfe, elle estime que la résolution manque d'équilibre et ne tient pas suffisamment compte du contexte général du conflit, a-t-il ajouté.

M. Fu a appelé toutes les parties à mettre fin à leurs opérations militaires et à reprendre le dialogue et les négociations.

L'ambassadeur russe auprès des Nations unies, Vassily Nebenzia, a déclaré que Moscou s'était abstenu lors du vote parce qu'il considérait lui aussi que la résolution était "extrêmement déséquilibrée".

Il a déclaré au Conseil : "Il est impossible et injuste de parler d'attaques contre des pays de la région sans tenir compte des causes profondes de l'escalade actuelle, à savoir l'agression des États-Unis et d'Israël contre la République islamique d'Iran.

La résolution "confond la cause et l'effet" et ne mentionne pas les attaques contre l'Iran lui-même, a déclaré M. Nebenzia, estimant que le texte pourrait donner l'impression que Téhéran a mené des frappes non provoquées contre des États arabes.

Mais il a ajouté : "Les frappes contre les civils et les infrastructures civiles ne sont acceptables en aucune circonstance - ni en Iran, ni à Bahreïn, ni en Jordanie, ni au Qatar, ni au Koweït, ni à Oman, ni en Arabie saoudite, ni aux Émirats arabes unis, ni en Israël".

De nombreux diplomates ont déclaré que l'importance du soutien international à la résolution soulignait un sentiment croissant d'inquiétude face aux effets des attentats sur la stabilité régionale, les marchés mondiaux de l'énergie et les routes commerciales internationales.

L'ambassadeur du Pakistan auprès des Nations unies, Asim Iftikhar Ahmad, a déclaré qu'Islamabad avait voté en faveur de la résolution pour montrer sa solidarité avec les États du Golfe et la Jordanie, tout en appelant à une solution diplomatique plus large au conflit.

Il a condamné les attaques visant les civils et les infrastructures civiles et a réaffirmé le soutien de son pays à la souveraineté et à l'intégrité territoriale des États touchés.

Il a appelé à une cessation immédiate des hostilités et à un retour à la table des négociations, avertissant que le conflit avait déjà eu de graves conséquences régionales, notamment des pertes civiles et des perturbations économiques.

Le Pakistan est également préoccupé par l'instabilité en Iran, a déclaré M. Ahmad, et il a réitéré le soutien d'Islamabad à la souveraineté et à l'intégrité territoriale de l'Iran.

Des millions de ressortissants pakistanais vivant dans les pays du Golfe ont été exposés aux retombées du conflit, a-t-il ajouté, tandis que les perturbations de l'approvisionnement en énergie et des transports aériens affectaient déjà l'économie pakistanaise.

M. Ahmad a appelé toutes les parties à faire preuve d'une "retenue maximale" et à reprendre rapidement la voie de la diplomatie afin de parvenir à une résolution négociée et durable de la crise.