Le programme scolaire iranien, un menaçant instrument de la haine

Les enseignants des écoles publiques en Iran utilisent aujourd'hui des manuels conçus par l'État pour endoctriner les jeunes à exporter la révolution en adoptant le terrorisme (Photo fournie).
Les enseignants des écoles publiques en Iran utilisent aujourd'hui des manuels conçus par l'État pour endoctriner les jeunes à exporter la révolution en adoptant le terrorisme (Photo fournie).
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Publié le Jeudi 04 mars 2021

Le programme scolaire iranien, un menaçant instrument de la haine

  • Les enseignants utilisent des manuels conçus par l'État qui encouragent les jeunes à exporter la révolution à travers des moyens violents
  • Les programmes scolaires encouragent les soulèvements politiques contre les États arabes et diabolisent les États-Unis, Israël et le peuple juif

WASHINGTON, D.C.: Le gouvernement iranien reste le plus grand État commanditaire du terrorisme dans le monde et, malheureusement, son programme éducatif ne fait pas exception. Les enseignants des écoles publiques en Iran utilisent aujourd'hui des manuels conçus par l'État pour endoctriner les jeunes à exporter la révolution en adoptant le terrorisme et d'autres moyens agressifs. Par conséquent, le contenu de ses manuels devrait être une préoccupation mondiale.

Image intitulée «Let’s Go» (Allons-y), tirée d’un manuel actuel de l’État iranien, représentant un officier du CGRI tué en Syrie du nom de Mohsen Hojaji. 1er année secondaire, Préparation à la défense, page 123 (Photo fournie).

J'ai récemment terminé la première étude approfondie sur la haine et l'extrémisme dans les manuels iraniens actuels en près d'une demi-décennie dans le cadre de mon travail en cours avec la Ligue anti-diffamation (ADL), dont les résultats sont accessibles intégralement sur le site web de l'ADL.

L'évaluation du matériel pédagogique dans le but d’identifier et repousser les contenus haineux est une tendance importante au Moyen-Orient. En conséquence, cet essai reproduit les principales conclusions de la recherche de l'ADL sur l'Iran et ajoute plusieurs nouveaux exemples notables au-delà du contenu du rapport original.

Les programme de l’État iranien encouragent particulièrement le terrorisme et les soulèvements politiques contre les États arabes. Ils diabolisent également l'Amérique, Israël et le peuple juif, un mantra né d'une manière qui fait partie intégrante de ces mêmes théories de conspiration haineuses et des appels à la violence.

Graphique d'une leçon sur la guerre informatique. 1er année secondaire, Préparation à la défense, p. 126 (Photo fournie).                                                                

Pour cette raison, condamner le contenu problématique des manuels de Téhéran n’est qu’une partie de la solution. Nous devons également redoubler d’efforts afin d’enseigner la consolidation de la paix et la tolérance interconfessionnelle dans les manuels scolaires de chaque pays, pour qu’il soit plus difficile d’exploiter les sentiments de méfiance entre l’Est et l’Occident, entre les sunnites et les chiites, ou entre les musulmans, les juifs et les chrétiens ainsi que les adeptes d’autres confessions.

Les manuels actuels du gouvernement iranien endoctrinent les enfants avec des messages qui les mettent dans une atmosphère permanente de préparation à la guerre. Les livres apprennent aux enfants à assembler des fusils d'assaut, à effectuer des manœuvres militaires et à découvrir l'importance de la guerre informatique.

Les livres font également l’apologie des jeunes qui sacrifient leur vie pour soutenir ou exporter la révolution iranienne. Ceci implique souvent la glorification d’enfants soldats qui ont combattu et sont morts dans des circonstances traumatisantes pendant la guerre Iran-Irak ou de montrer des enfants brandissant des armes de guerre, notamment un lance-roquettes.

Schéma énumérant les pièces d'un fusil d'assaut Kalachnikov. 1er année secondaire, Préparation à la défense, p. 92 (Photo fournie).

Ainsi, les manuels scolaires glorifient un jeune Iranien de 20 ans nommé Muhammed Reza Deghan, un «martyr modèle défendant les lieux saints». Deghan a été tué quelques semaines après son déploiement en Syrie en tant que combattant volontaire pour l’aile étudiante des paramilitaires du Basij iranien.

Les livres enseignent aussi que le Basij idéal aspire toujours au martyre.

Sur la même page du manuel, dans la fameuse liste des «martyrs modèles défendant les lieux saints», figure Mustafa Badreddine, le cerveau terroriste, aujourd’hui mort, du Hezbollah libanais. On y retrouve aussi Ali Reza Tavassoli, fondateur de la Brigade Fatemiyoun, l’un des groupes mandataires du Corps des gardiens de la révolution islamique qui recrute de jeunes Afghans, en particulier des enfants soldats, pour combattre en Syrie.

Passage du manuel qui décrit Mustafa Badreddine du Hezbollah et le fondateur de la Brigade afghane Fatemiyoun comme des «martyrs modèles» tués dans la prétendue défense des lieux saints islamiques en Syrie, illustré en bas à droite et en bas à gauche. Muhammed Reza Deghan, étudiant volontaire Basij, est représenté au milieu à gauche. 1er année secondaire, Préparation à la défense, p. 45 (Photo fournie).

Cette année, le programme scolaire de l’État iranien a ajouté des passages dans de nombreuses matière afin de «célébrer le martyr» du cerveau terroriste du CGRI, Qassem Soleimani. À titre d’exemple, un manuel officiel d’études militaires comporte désormais un graphique sous l’intitulé «Modèles et exemples de ténacité et de résistance».

Outre Soleimani, la photo comprend Abu Mahdi Al-Muhandis, que le manuel qualifie de «martyr modèle du monde islamique». Au moment de leur mort en 2020, le Kata’ib Hezbollah d’al-Muhandis en Irak et Force d’Al-Quds du CGRI de Soleimani figuraient sur la liste américaine des groupes terroristes.

Un langage de guerre est même appliqué à des politiques qui, selon Téhéran, n'ont aucune application militaire. Fait remarquable, un manuel actuel du lycée présente le travail de «jeunes scientifiques nucléaires iraniens» comme «une bénédiction offerte par votre grand jihad et le sang de vos jeunes généreux».

«Leçon 6: Modèles et exemples de ténacité et de résistance». Qassem Soleimani est figure en haut au centre. Abu Mahdi Al-Muhandis est illustré au deuxième à droite, avec l'étiquette «modèle de martyr du monde islamique» ajoutée dans la légende associée. Image tirée d'un manuel actuel de l'État iranien, 1er année secondaire, Préparation à la défense, p. 45 (Photo fournie).

Les voisins arabes sont les plus directement touchés par le programme radical de l’Iran. Par exemple, un manuel d'histoire de la 2eme année secondaire appelle carrément à renverser le royaume de Bahreïn, proclamant que «la révolution bahreïnite ne s'est pas encore concrétisée» et que cela devrait inclure spécifiquement «le renversement du règne d'Al-Khalifa».

Ce passage fait partie d’un chapitre entier consacré à l’exportation de la révolution iranienne à travers le monde arabe. Il plaide pour des soulèvements ces dernières années contre ce qu'il appelle les gouvernements «marionnettes» en Égypte, en Libye, en Tunisie et au Yémen dans l'espoir de faire progresser ce que les livres louent comme «l'école du Hajj Qassem Soleimani». Le chapitre exprime également une admiration remarquable pour le groupe des Frères musulmans et son fondateur, Hassan Al-Banna.

Ces messages extrémistes sont ensuite complétés par des théories de l'intolérance et du complot. Par exemple, un manuel actuel de 1ere année secondaire sur la préparation à la défense enseigne la fausse rumeur selon laquelle l'Arabie saoudite et l'Amérique ont créé Daech comme un acte de sabotage contre l'Iran. Un manuel de droit religieux pour le même niveau indique que les adeptes de certaines croyances religieuses sont physiquement impurs, notamment les bouddhistes et les bahaïs, ainsi que les salafistes saoudiens.

 «… Avec la grande ambition et la détermination des jeunes scientifiques iraniens et malgré les constantes conspirations et oppositions des ennemis de la révolution islamique, les scientifiques nucléaires iraniens ont obtenu de nombreux succès. L’imam Khomeiny a dit au sujet de la protection des acquis de la révolution: «J’annonce à la chère nation iranienne cette bénédiction offerte par votre grand jihad et le sang de vos jeunes généreux» [Installations nucléaires de Natanz]. 2eme année secondaire, Histoire de l'Iran contemporain, p. 230 (Photo fournie).

Le programme iranien fait de l’Amérique le principal méchant d’aujourd’hui dans un conflit perpétuel entre l’islam et l’impérialisme.

Ces livres qualifient les États-Unis de «le Grand Satan», et affirment que les sanctions internationales contre l’Iran ne sont qu’une partie du «plan satanique» de Washington, dans le but de soumettre les nations du monde et détruire la foi islamique des gens.

Ils affirment aussi que l'Amérique et d'autres nations occidentales sont engagées dans un complot afin de propager l'incrédulité et la corruption morale, en utilisant des outils tels que la drogue et les jeux vidéo. Ils insistent aussi que les chrétiens occidentaux qui tentent de répandre leur foi sont aussi engagés dans ce complot impérialiste généralisé, plutôt que dans l’émanation authentique de leur doctrine religieuse.

 «… Le peuple de Bahreïn exige sérieusement la mise en œuvre de réformes fondamentales et le renversement du régime d'Al Khalifa, et de cette manière, il a sacrifié de nombreux martyrs, mais en raison de la protection étrangère de ce régime et de la répression sévère du peuple, la révolution Bahreïnite n'a pas encore apporté ses fruits. [La place de perles, le site de départ du soulèvement des Bahreïnis] »2eme année, secondaire. L’histoire de l’Iran contemporain, page. 251 (Photo fournie).

Cette politique de désinformation est même appliquée à la pandémie par les derniers manuels scolaires officiels iraniens. Ils enseignent que les médias étrangers exagèrent la portée du coronavirus à l’origine de la Covid-19 afin de dissuader les Iraniens de se rassembler pour exprimer leur soutien au régime, et pour semer la panique face aux pénuries médicales.

Sans surprise, l’État d’Israël fait l’’objet d’une consigne explicite de coup d’État. Les graphiques dans les manuels d'aujourd'hui enseignent le chant «Mort à Israël» et présentent les citations de l'ayatollah Rouhollah Khomeini, décédé, selon laquelle «Israël doit être anéanti».

Mais l’animosité de Téhéran ne s’adresse pas uniquement à Israël. Son programme scolaire véhicule un récit fondamentalement anti-juif de l'histoire, des temps anciens aux temps modernes, et présente de manière sélective les Juifs d'une manière extrêmement négative.

Un profil complémentaire de Hassan Al-Banna, qui a fondé le groupe des Frères musulmans en Égypte. Page 238 d'un manuel de 2eme année secondaire apparemment sur le thème de l'histoire nationale iranienne (Photo fournie).

Par exemple, l'Arabie saoudite a récemment institué des passages de manuels enseignant la Charte d’Al-Madinah (Médine) comme modèle de coexistence juive-musulmane. Le programme scolaire iranien, d'autre part, met encore beaucoup plus l'accent sur l'exemple des tribus juives qui ont rompu le pacte avec les musulmans, suggérant que les Juifs en général ne sont pas dignes de confiance, et qu’ils recherchent constamment la destruction de l'islam.

Les manuels scolaires iraniens accusent le peuple juif d’un éventail de maux de société d’une manière qui propage les stéréotypes antijuifs habituels de la cupidité, la traîtrise, ou encore la domination mondiale.

Les débats sur la direction adéquate lors de la prière musulmane ou l’éventualité de hadiths inexacts sont désignés comme l'œuvre de conspirations juives immorales. Il en va de même pour les clubs francs-maçons.

Exercice 3: «Pourquoi les médias étrangers ont-ils empêché les gens d'assister à la célébration nationale du 22 Bahman (l'anniversaire de la révolution islamique le 02/11/20) en injectant avec des rumeurs synchronisées sur la propagation du Corona?» 1ere année secondaire, Préparation à la défense, p. 121 (Photo fournie).

Tout comme les médias, les juifs qui aspirent à toute forme d'autodétermination sont en outre qualifiés d'«ennemis de l'islam», même ceux qui prônent une solution à deux États et un État palestinien.

L’anti-américanisme et le fanatisme anti-juif dans le programme scolaire officiel de Téhéran sont des éléments essentiels de son orientation radicale. Cela comprend sa justification de l'hostilité envers les voisins arabes de, injustement décrits comme serviteurs des intérêts juifs et coloniaux.

Lorsque les manuels scolaires accusent l'Arabie saoudite de créer Daech, ils prétendent que cela est au service du «sionisme et de l'arrogance mondiale». Ils présentent les guerres dans la région comme une conspiration sioniste pour inciter au conflit parmi les musulmans, et les leaders arabes sont décrits comme des «musulmans ignorants et extrémistes» recherchés par l'Amérique, Israël et l'Occident en vue de souiller l'islam.

Graphique d'un manuel scolaire actuel de l'État iranien avec la citation de Khomeini «Israël doit être anéanti». CM2, Dons du ciel: éducation et formation islamiques, p. 102. (Photo fournie)

Le meilleur outil que les nations de la région et au-delà peuvent utiliser pour lutter contre cette incitation serait de redoubler d’efforts afin d’instaurer une éducation à la tolérance et supprimer tout enseignement restant que d’autres pourraient exploiter pour répandre la haine, la méfiance ou l’extrémisme.

Ceci comprend l'élimination des vestiges de leçons qui présentent Israël et les sionistes comme «l'ennemi» ou perpétuent de dangereux stéréotypes sur le peuple juif.

Il faut aussi veiller à ce que les différends théologiques, tels que ceux entre l'islam sunnite et chiite, soient traités par les programmes scolaires de manière à reconnaître et à respecter les différences importantes. Les minorités ne doivent pas marginalisées par des messages éducatifs qui pourraient conduire au recrutement par des extrémistes ou à la violence au sein de l'une ou de l'autre communauté.

Graphique d'un garçon tenant une pancarte indiquant «Mort à Israël», tirée d'une leçon sur les marches du gouvernement iranien pour la Journée internationale d’Al-Qods. 5eme année, Dons du ciel: éducation et formation islamiques pp. 120-122 (Photo fournie).

Et bien entendu, ceci inclut également l'enseignement que l'Amérique, l'Europe et les non-croyants du monde entier sont des amis et des partenaires potentiels, et non des ennemis de l'islam.

Bien sûr, enseigner efficacement la tolérance ne peut jamais être une voie à sens unique. L'Amérique, Israël et toutes les nations doivent faire davantage à cet égard, et véhiculer une plus grande tolérance envers les musulmans, envers les Arabes et envers les Palestiniens et envers leurs aspirations légitimes à devenir un État à part entière.

Cela signifie en outre apprendre à nos jeunes à être non seulement des patriotes, mais aussi des citoyens du monde, et que l’avenir de l’humanité dépend de notre collaboration au-delà des frontières politiques et religieuses de manière à relever des défis communs.

Image tirée d'un manuel actuel de l'État iranien, dans une leçon intitulée «Attaque culturelle». 3eme année, Dons du ciel: éducation et formation islamiques, p. 105 (Photo fournie).

*David Andrew Weinberg est directeur des affaires internationales à la Ligue anti-diffamation à Washington. Twitter: @DavidAWeinberg

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


« Le Hezbollah doit choisir entre le Liban et l’Iran », affirme Jean-Yves le Drian

Jean-Yves le Drian, Président exécutif de l’Agence française pour le Développement d’AlUla et envoyé personnel du Président de la République française pour le Liban, ancien ministre de la Défense et des Affaires étrangères. (Photo: Huda Bashatah, Arab News)
Jean-Yves le Drian, Président exécutif de l’Agence française pour le Développement d’AlUla et envoyé personnel du Président de la République française pour le Liban, ancien ministre de la Défense et des Affaires étrangères. (Photo: Huda Bashatah, Arab News)
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  • Les frappes sur Beyrouth marquent une escalade majeure malgré une trêve censée s’appliquer à toute la région
  • Jean-Yves le Drian insiste sur une issue diplomatique, incluant la sécurité régionale et la libre circulation maritime dans le détroit d’Ormuz

DUBAÏ : Au lendemain de frappes israéliennes inédite sur Beyrouth, la communauté internationale s’inquiète d’une nouvelle phase d’escalade au Proche-Orient. En dix minutes, une centaine de frappes ont visé la capitale libanaise, sans avertissement, causant des centaines de morts et de blessés.

Pour Jean-Yves le Drian, Président exécutif de l’Agence française pour le Développement d’AlUla et envoyé personnel du Président de la République française pour le Liban, ancien ministre de la Défense et des Affaires étrangères, la violence de l’attaque marque un seuil critique, lors d’un entretien accordé à Arab News en français.

Il évoque « un carnage effrayant » et juge ces frappes « intolérable[s] », rappelant qu’elles interviennent alors même qu’une trêve venait d’être acceptée par les principales parties, notamment les États-Unis et l’Iran.

Au cœur de la crise, la trêve apparaît à la fois essentielle et déjà compromise. Selon l’ancien ministre, celle-ci est « claire dans ses principes, sans ambiguïté, et devait s’appliquer à l’ensemble de la région, incluant le Liban ».

Mais la poursuite des opérations militaires en vide largement la portée. En frappant Beyrouth, Israël agit, selon lui, à rebours de la dynamique diplomatique qui avait permis l’instauration de ce cessez-le-feu. Une contradiction qui rend la situation « extrêmement grave » et alimente une méfiance généralisée entre les acteurs.

Dans ce contexte, le Liban apparaît comme un théâtre secondaire d’un affrontement régional qui le dépasse. Jean-Yves le Drian insiste sur ce point : les combats se poursuivent sur le sol libanais alors même que les protagonistes principaux ne sont pas directement liés au pays.

Cette situation met en péril des éléments fondamentaux de l’État libanais. « Ce qui est en cause aujourd'hui, c'est l'intégrité et la souveraineté du Liban », souligne-t-il, décrivant un pays pris au piège d’une confrontation extérieure.

Malgré ses failles, la trêve reste, selon lui, une nécessité stratégique. Elle devait permettre de stopper une spirale jugée « inacceptable », tant pour la stabilité régionale que pour l’économie mondiale.

Mais sa fragilité est évidente. « Chacun suspecte l'autre de mensonge, de mauvaise interprétation ou de cacher son jeu », explique M. le Drian, ajoutant que la poursuite des frappes sur le Liban empêche toute stabilisation réelle.

Dans cette crise, Jean-Yves le Drian désigne clairement le rôle du Hezbollah, qu’il considère comme à l’origine de l’engrenage initial des frappes contre Israël, en lien avec l’Iran. Mais il dénonce simultanément la riposte israélienne, qu’il juge « complètement disproportionnée ».

Cette dynamique crée une situation paradoxale : loin d’affaiblir le Hezbollah, l’intensification des frappes pourrait renforcer son influence.

« L'aggravation des tensions aujourd'hui et l'aggravation du conflit renforcent indirectement le rôle du Hezbollah qui est en train de s'ériger en protecteur de la nation », ajoute M. le Drian.

C’est dans ce contexte qu’il formule une mise en garde centrale : « Il faut que le Hezbollah choisisse ou c'est le Liban, ou c'est l'Iran. Il n'y a pas d'alternative. » Un choix qu’il espère voir tranché en faveur de l’État libanais, notamment par une partie de la population chiite.

Il souligne toutefois que le Liban dispose aujourd’hui d’un « gouvernement de qualité », qu’il décrit comme responsable et engagé dans le renforcement de l’État. Celui-ci a notamment affirmé que « seul l'État a le monopole des armes ».

Mais « ce gouvernement est aujourd'hui en difficulté face à l'aggravation de la crise », explique M. le Drian, insistant sur la nécessité de le soutenir, notamment par les partenaires internationaux et les pays du Golfe.

Malgré l’intensité des combats, une voie politique demeure envisageable. Le gouvernement libanais a récemment proposé l’ouverture de discussions directes avec Israël, une initiative que Jean-Yves le Drian qualifie d’effort « considérable ».

Il y voit une opportunité rare, estimant que cette initiative pourrait constituer un tournant si elle était saisie. Dans un contexte où la guerre ne produit pas de solution durable, il insiste sur la nécessité de redonner toute sa place à la négociation.

Les pays du Golfe apparaissent également comme des acteurs clés dans cette tentative de désescalade. Indirectement affectés par le conflit, ils ont soutenu les efforts de médiation.

« Il y a eu une offre de négociation […] avec le soutien de plusieurs pays du Golfe, en particulier avec le soutien de l'Arabie saoudite », explique M. le Drian.

Pour Jean-Yves le Drian, cette implication ouvre la voie à une redéfinition plus large de la sécurité régionale, fondée sur « une sécurité collective ».

Concernant les opérations israéliennes dans le sud du Liban, M. le Drian met en garde : « toute intervention d'occupation de la part d'Israël sur le Liban est contraire au droit international. »

Il rappelle que les précédentes opérations de ce type ont favorisé le renforcement du Hezbollah, une dynamique qu’il estime à ne pas reproduire.

Au-delà des enjeux stratégiques, la situation humanitaire se dégrade rapidement. « L'intervention israélienne a mis sur la rue quasiment un million de déplacés qui aujourd'hui survivent », explique M. le Drian.

Jean-Yves le Drian alerte sur le risque d’une aggravation rapide, avec des conséquences potentiellement graves pour la cohésion interne du pays.

Face à cette crise, la France maintient son engagement. Elle soutient les forces armées libanaises, notamment par la livraison récente de véhicules blindés, et poursuit son action humanitaire.

L’objectif est clair : renforcer l’État libanais dans ses fonctions régaliennes, en particulier sa capacité à assurer le monopole de la force.

Pour Jean-Yves le Drian, la poursuite du conflit ne peut mener qu’à une impasse. Tous les acteurs en sont conscients, estime-t-il, ce qui rend d’autant plus urgente la reprise des discussions.

Il réaffirme la nécessité d’une solution diplomatique : « La France a toujours considéré qu'il fallait régler les conflits par la voie de la négociation. »

Les paramètres d’un accord existent déjà : « C'est sur la table, il faut en discuter. »

Dans ce contexte, il élargit la réflexion aux enjeux régionaux et internationaux, en particulier la liberté de circulation maritime. « La libre circulation maritime dans le détroit d'Ormuz est essentielle », explique-t-il, avertissant que toute perturbation engendre « des difficultés considérables pour l'économie mondiale ».

Il souligne enfin que des initiatives sont déjà envisagées pour sécuriser cette zone stratégique, notamment par des dispositifs d’escorte maritime, une fois la désescalade suffisamment engagée. À cet égard, le président français, Emmanuel Macron, et le Premier ministre britannique, Keir Starmer, ont permis de mobiliser un ensemble de pays volontaires pour accompagner la sécurisation du trafic maritime dans le Golfe.

Dans une région sous tension, le Liban apparaît ainsi à un moment décisif de son histoire — entre effondrement et sortie de crise par la diplomatie, sur fond d’équilibres régionaux et économiques encore fragiles.


Le prince héritier saoudien et le Premier ministre britannique discutent des développements régionaux

Starmer a été reçu par le prince héritier Mohammed ben Salmane. (SPA)
Starmer a été reçu par le prince héritier Mohammed ben Salmane. (SPA)
Starmer a été reçu par le prince héritier Mohammed ben Salmane. (SPA)
Starmer a été reçu par le prince héritier Mohammed ben Salmane. (SPA)
Starmer a été reçu par le prince héritier Mohammed ben Salmane. (SPA)
Starmer a été reçu par le prince héritier Mohammed ben Salmane. (SPA)
Starmer a été reçu par le prince héritier Mohammed ben Salmane. (SPA)
Starmer a été reçu par le prince héritier Mohammed ben Salmane. (SPA)
À son arrivée à Djeddah, Keir Starmer a été accueilli par le gouverneur de la région de La Mecque, le prince Saud ben Mishaal ben Abdulaziz. (SPA)
À son arrivée à Djeddah, Keir Starmer a été accueilli par le gouverneur de la région de La Mecque, le prince Saud ben Mishaal ben Abdulaziz. (SPA)
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  • Le prince héritier Mohammed ben Salmane a rencontré le Premier ministre britannique Keir Starmer pour renforcer la coopération stratégique entre leurs deux pays
  • Les discussions ont porté sur les enjeux régionaux, avec un soutien commun à la stabilité et à un cessez-le-feu durable, notamment concernant l’Iran et le détroit d’Ormuz

RIYAD : Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a reçu mercredi à Djeddah le Premier ministre britannique Keir Starmer.

Au cours de la rencontre, ils ont passé en revue les relations entre leurs deux pays et examiné les moyens de renforcer davantage leur partenariat stratégique dans divers domaines.

Ils ont également abordé les derniers développements régionaux et internationaux, notamment les évolutions dans la région ainsi que leurs implications en matière de sécurité et d’économie.

Les deux parties ont affirmé leur soutien à tous les efforts visant à renforcer la sécurité et la stabilité de la région. Plusieurs questions d’intérêt commun ont également été discutées.

Keir Starmer est arrivé dans le Royaume plus tôt dans la journée, où il a été accueilli à l’aéroport de Djeddah par le gouverneur de la région de La Mecque, le prince Saud ben Mishaal ben Abdulaziz, selon des photos diffusées par l’Agence de presse saoudienne.

Lors de sa visite, Starmer a salué le cessez-le-feu entre l’Iran et les États-Unis, tout en soulignant qu’il restait « beaucoup de travail à faire » pour garantir sa pérennité.

« Il reste également beaucoup à faire concernant le détroit d’Ormuz, qui a un impact à l’échelle mondiale », a-t-il ajouté. 

À son arrivée à Djeddah, Keir Starmer a été accueilli par le gouverneur de la région de La Mecque, le prince Saud ben Mishaal ben Abdulaziz, a rapporté l’Agence de presse saoudienne. Les ambassadeurs respectifs des deux pays étaient également présents.

*Avec SPA, Reuters 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Liban: Israël dit avoir mené mercredi sa "plus grande frappe coordonnée" contre le Hezbollah depuis le 28 février

« De la fumée s’élève du site d’une frappe israélienne ayant visé une zone à Beyrouth le 8 avril 2026. Israël a lancé une série de frappes sur Beyrouth le 8 avril, l’attaque la plus violente contre la capitale libanaise depuis le début de la guerre. (AFP)
« De la fumée s’élève du site d’une frappe israélienne ayant visé une zone à Beyrouth le 8 avril 2026. Israël a lancé une série de frappes sur Beyrouth le 8 avril, l’attaque la plus violente contre la capitale libanaise depuis le début de la guerre. (AFP)
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  • L’armée israélienne a mené la plus vaste frappe coordonnée contre le Hezbollah depuis le début du conflit, visant une centaine de cibles à Beyrouth, dans la Bekaa et le sud du Liban
  • Malgré le cessez-le-feu avec l’Iran, Israël confirme que le Liban n’est pas concerné et que les opérations contre le Hezbollah vont se poursuivre

BEYROUTH: L'armée israélienne a annoncé avoir frappé mercredi une centaine d'objectifs du Hezbollah à travers le Liban, affirmant qu'il s'agissait de "la plus grande frappe coordonnée" contre le mouvement pro-iranien depuis le déclenchement de la guerre américano-israélienne contre l'Iran, le 28 février.

"En l'espace de 10 minutes et simultanément dans plusieurs zones, [les forces israéliennes ont attaqué] une centaine de postes de commandement et d'infrastructures militaires" du mouvement islamiste libanais à travers le pays voisin, indique un communiqué militaire israélien.

Les frappes ont visé des objectifs à Beyrouth, dans la plaine de la Bekaa (est du Liban) ainsi que dans le sud du pays, selon l'armée israélienne.

Les frappes israéliennes sur Beyrouth, les plus violentes depuis le début de la guerre, ont provoqué des scènes de panique dans la capitale à une heure de grande affluence, selon des journalistes de l'AFP.

Ennemi d'Israël et allié de Téhéran, le Hezbollah s'était joint le 2 mars à la guerre régionale.

Le cessez-le-feu de 15 jours avec l'Iran décrété dans la nuit par le président américain Donald Trump "n'inclut pas le Liban", a affirmé le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. "La bataille continue au Liban, a ensuite déclaré l'armée israélienne

"Nous continuerons de frapper l'organisation terroriste Hezbollah et exploiterons chaque occasion qui se présente sur le plan opérationnel", a dit le lieutenant-général Eyal Zamir, chef d'état-major de l'armée, cité dans un communiqué militaire.

"Nous ne transigerons pas sur la sécurité des habitants du nord d'Israël [et] nous continuerons de frapper avec détermination", a-t-il ajouté.

L'armée israélienne avait annoncé mardi avoir achevé dans le sud du Liban le déploiement de ses troupes au sol jusqu'à une "ligne de défense avancée" destinée à maintenir le nord d'Israël à l'abri des tirs de roquettes antichars du Hezbollah, dont la portée est évaluée à une dizaine de kilomètres.