Navalny: l'UE décide de nouvelles sanctions ciblées contre la Russie

Le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell s'entretient avec la presse alors qu'il arrive pour assister à une réunion des ministres des Affaires étrangères de l'UE à Bruxelles, le 22 février 2021 (Photo, AFP)
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Publié le Lundi 22 février 2021

Navalny: l'UE décide de nouvelles sanctions ciblées contre la Russie

  • Les sanctions devraient viser «des responsables de l'appareil policier et judiciaire responsables du traitement inacceptable d'Alexei Navalny»
  • Le Kremlin avait adressé une mise en garde aux Européens avant leur réunion

BRUXELLES: Les ministres des Affaires étrangères de l'UE ont décidé lundi l'adoption de nouvelles sanctions ciblées contre les responsables du traitement infligé à l'opposant russe Alexei Navalny, ont indiqué plusieurs diplomates.  

Un « accord politique » pour de nouvelles sanctions ciblées a été trouvé au cours d'une réunion des ministres des Vingt-Sept, et le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell a été chargé de proposer une liste de noms de responsables russes à sanctionner, ont précisé les diplomates. Aucun oligarque ne devrait être concerné, selon eux.  

L'accord a été trouvé à l'issue d'une longue discussion entre les ministres, mais aucun nom ne sera cité à l'issue de la réunion. « Il s'agira de sanctions ciblées, proportionnées et fondées juridiquement », a expliqué un des diplomates.  

Les sanctions devraient viser « des responsables de l'appareil policier et judiciaire responsables du traitement inacceptable d'Alexei Navalny », a indiqué le chef de la diplomatie autrichienne Alexander Schallenberg à son arrivée à la réunion.  

« Il n'est guère possible de sanctionner les oligarques. Nous ne pouvons agir que contre des fonctionnaires, et cela uniquement si nous avons des preuves », a pour sa part souligné le chef de la diplomatie du Luxembourg Jean Asselborn.  

« S'il s'agit de sanctionner dix fonctionnaires du Kremlin qui n'aiment pas voyager à l'étranger et n'ont pas de biens à l'étranger, alors ça ne sera pas douloureux et cela ne transmettra pas le message », a averti Leonid Volkov, un proche d'Alexeï Navalny, venu à Bruxelles plaider pour des sanctions européennes contre les oligarques proches du Kremlin.  

« Pour nous, cela va signifier que nous devons continuer notre lutte pour convaincre », a-t-il ajouté.  

Le Kremlin avait adressé une mise en garde aux Européens avant leur réunion. Moscou est »prêt à réagir » en cas de « nouveau cycle de mesures restrictives, unilatérales, illégitimes », a averti l'ambassadeur russe auprès de l'UE, Vladimir Chizhov, dans un entretien au quotidien allemand Die Welt.  

Alexeï Navalny, 44 ans, a été arrêté en janvier à son retour d'Allemagne où il avait été soigné après avoir été empoisonné en Russie. Poursuivi pour une fraude datant de 2014, il a été condamné à purger une peine d'environ deux ans et demi de prison. Il a également été reconnu coupable de « diffamation » envers un vétéran de la Deuxième Guerre mondiale et condamné à une amende e 850 000 roubles (environ 9 500 euros).  

L'UE a dénoncé une « politisation » de la justice russe et exigé la libération sans conditions de l'opposant. 


L'ONU adopte à l'unanimité une résolution exigeant l'équité dans l'accès aux vaccins

Siège des Nations Unies à New York. (Photo, AFP/Archives)
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  • La résolution appelle aussi à la solidarité et à des cessez-le-feu dans le monde pour mieux lutter contre le virus et procéder aux vaccinations
  • Fait rare à l'ONU, la résolution, rédigée par le Royaume-Uni, a été co-sponsorisée par l'ensemble des 15 membres du Conseil de sécurité

NATIONS-UNIES, ETATS-UNIS : Le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté vendredi à l'unanimité une résolution exigeant l'équité dans l'accès aux vaccins contre la pandémie de Covid-19, traduisant une certaine unité retrouvée de la communauté internationale.

La résolution, la deuxième en un an du Conseil de sécurité sur la pandémie, appelle aussi à la solidarité et à des cessez-le-feu dans le monde pour mieux lutter contre le virus et procéder aux vaccinations.

« Le vote pour l'équité en matière de vaccins est important et nous apprécions cela », a réagi le patron de l'Organisation mondiale de la santé, Tedros Adhanom Ghebreyesus. « Mais des mesures concrètes doivent être prises comme renoncer à la propriété intellectuelle sur les brevets pour augmenter la production, la couverture du vaccin et se débarrasser de ce virus dès que possible », a-t-il ajouté.

Fait rare à l'ONU, la résolution, rédigée par le Royaume-Uni, a été co-sponsorisée par l'ensemble des 15 membres du Conseil de sécurité, selon des diplomates.

« Nous faisons tous face à la même menace, à la même pandémie et la coopération internationale ainsi que l’action multilatérale sont nécessaires », relève un diplomate sous couvert d'anonymat. « Cette résolution peut être une étape dans une bonne direction », estime-t-il.

Après à peine une semaine de négociations, cette résolution représente un virage de la communauté internationale vers une unité souvent prise en défaut depuis le déclenchement de la pandémie il y a un an. Elle traduit aussi un net réchauffement de la relation entre les Etats-Unis et la Chine depuis l'arrivée du démocrate Joe Biden au pouvoir.

Même s'il reste des sujets compliqués, l'origine du virus, la question de la transparence, « aujourd’hui, notamment à cause des changements intervenus aux Etats-Unis, ce sujet n'est pas aussi controversé qu’au printemps dernier », note un diplomate sous couvert d'anonymat. Quant à savoir si cette unité perdurera, « nous verrons », ajoute-t-il.

« Accès équitable et abordable »

L'an dernier, il avait fallu plus de trois mois à la France et la Tunisie pour faire adopter une résolution appelant à des cessez-le-feu dans le monde alors qu'une rivalité exacerbée entre les Etats-Unis et la Chine a longtemps bloqué toute adoption rapide.

La résolution approuvée vendredi « souligne le besoin urgent de solidarité, d'équité et d'efficacité et invite au don de doses de vaccin par les économies développées et tous ceux en mesure de le faire aux pays à revenu faible et intermédiaire ou dans le besoin (…) pour un accès équitable aux produits de santé contre le Covid-19 ».

Le Conseil appelle aussi « au renforcement des approches nationales et multilatérales et de la coopération internationale (…) afin de faciliter un accès équitable et abordable aux vaccins Covid-19 dans les situations de conflit armé, les situations d'après-conflit et les situations d'urgence humanitaire complexes ».

La résolution exige par ailleurs « que toutes les parties aux conflits armés s'engagent immédiatement dans une pause humanitaire durable, étendue et soutenue pour faciliter, entre autres, la livraison et la distribution équitables, sûres et sans entrave des vaccins Covid-19 dans les zones de conflit armé ».

Le Conseil demande enfin au secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, de procéder fréquemment à « une évaluation complète des obstacles à l'accessibilité aux vaccins" et aux pays membres de l'Organisation de prendre "des mesures pour éviter la spéculation et le stockage indu qui pourraient entraver l'accès à des vaccins sûrs et efficaces, en particulier dans les situations de conflit armé ».

Depuis fin décembre 2019, la pandémie a fait plus de 2,5 millions de morts dans le monde.


Cloué à Washington par la pandémie, Blinken invente les «voyages virtuels»

Antony Blinken, Secrétaire d’État des États-Unis. (Photo, AFP/Archives)
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  • Dans le langage du département d'Etat, le chef de la diplomatie américaine s'est donc « rendu » vendredi matin au Mexique, pour « rencontrer» son homologue Marcelo Ebrard
  • Il a même « visité » la frontière entre El Paso, au Texas, et Ciudad Juarez, côté mexicain, où des responsables en uniforme lui ont exposé les défis de ce point de passage emblématique

WASHINGTON : « Heureux d'être "au" Mexique ! » Sur le papier, le programme a tout d'une visite officielle. Mais sur le papier seulement : cloué à Washington par la pandémie, le secrétaire d'Etat américain Antony Blinken, dont la principale mission serait de parcourir le monde, a inventé vendredi le "voyage virtuel".

Dans le langage du département d'Etat, le chef de la diplomatie américaine s'est donc « rendu » vendredi matin au Mexique, pour « rencontrer» son homologue Marcelo Ebrard.

Il a même « visité » la frontière entre El Paso, au Texas, et Ciudad Juarez, côté mexicain, où des responsables en uniforme lui ont exposé les défis de ce point de passage emblématique – un signal fort pour démontrer que le gouvernement de Joe Biden tourne la page de la politique migratoire draconienne de Donald Trump et de son "mur" controversé.

« Nous travaillons globalement à faire en sorte d'avoir une frontière sûre, ordonnée, et humaine », a dit le ministre américain, qui a évoqué un processus qui « prendra du temps » pour que les Etats-Unis accueillent à nouveau sur leur sol les demandeurs d'asile. L'ex-président avait obtenu qu'ils restent au Mexique le temps de l'examen de leur dossier.

Antony Blinken a aussi promis de s'attaquer aux « raisons déchirantes qui poussent les gens à risquer leur vie et leur sécurité pour entrer aux Etats-Unis à tout prix ». Mais « la frontière est fermée aux migrations irrégulières », a-t-il lancé, tentant de conjuguer humanité et fermeté.

Et comme lors d'un déplacement normal, une poignée de journalistes ont été invités à « voyager » avec Antony Blinken, assistant au début des entretiens avant d'être évincés de la salle.

Sauf que... ce n'était pas un déplacement normal.

« Protéger » le personnel

Contrairement à son prédécesseur républicain Mike Pompeo, qui a continué de parcourir le monde malgré le coronavirus, le secrétaire d'Etat démocrate, bien que déjà vacciné, a décidé pour l'instant de respecter la règle gouvernementale interdisant tout voyage non « essentiel ».

Seuls de rares émissaires chargés de dossiers brûlants, comme le Yémen, sont autorisés à ce stade à se rendre sur le terrain.

Car un voyage ministériel, ce sont des dizaines de personnes impliquées –  conseillers, agents de sécurité, journalistes... Et l'administration Biden affiche son respect des règles sanitaires, en rupture avec un certain laxisme de l'ère Trump.

D'autant que certains diplomates américains en poste à l'étranger commencent à déplorer la lenteur de la vaccination.

« Afin de protéger notre personnel, dans les ambassades et ici, nous avons décidé de faire cela virtuellement pour ne pas devoir attendre le moment où il sera sûr de voyager », a expliqué à la presse la secrétaire d'Etat adjointe pour les Amériques, Julie Chung.

Elle a vanté un programme « créatif », avec « rencontre » des diplomates américains sur place, « échange » avec des étudiants... "C'est le nouveau monde dans lequel nous vivons, à travers des plateformes virtuelles", a-t-elle justifié.

Ce « nouveau monde » a ses avantages – « pas de décalage horaire », a souri le secrétaire d'Etat –  mais aussi ses inconvénients.

Alors qu'Antony Blinken, depuis les dorures du département d'Etat, drapeaux américain et mexicain derrière lui, conversait par écrans interposés, la retransmission vidéo simultanée était quasiment inaudible pour cause de grésillements fastidieux.

Après le Mexique, le secrétaire d'Etat s'est téléporté au Canada pour « rencontrer » le Premier ministre Justin Trudeau, autre voisin avec lequel le président Biden a lui-même eu mardi son premier « sommet » bilatéral virtuel.

Un format qui « empêche aux diplomates d'avoir des conversations feutrées » parfois plus fructueuses, déplore Brett Bruen. Cet ex-diplomate qui dirige un cabinet de conseil estime que l'administration Biden doit « trouver un équilibre, car renoncer aux contacts face-à-face n'est pas une alternative viable ».

Antony Blinken devrait faire d'autres vrais-faux voyages par visioconférence dans les prochaines semaines. Aucune date n'est encore fixée officiellement pour un premier déplacement en personne.


Plan de relance Biden: la Chambre vote vendredi, incertitude au Sénat

Le président américain Joe Biden monte à bord d'Air Force One à « Joint Base Andrews » dans le Maryland le 26 février 2021 (Photo, AFP)
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  • La gardienne des procédures, complexes, du Sénat, Elizabeth MacDonough, a jugé que le texte ne pouvait pas inclure la hausse du salaire minimum horaire à 15 dollars
  • Joe Biden prévoit plusieurs dizaines de milliards de dollars pour l'accélération du rythme des vaccinations et le déploiement de tests

WASHINGTON: La Chambre américaine des représentants vote vendredi soir sur le plan de relance de 1 900 milliards de dollars voulu par Joe Biden, mais après un revers de procédure au Sénat, la hausse du salaire minimum réclamée par les démocrates ne figurera certainement pas dans la version finale.   

C'est une figure méconnue du Congrès qui a bousculé jeudi soir l'avancée de ce plan titanesque, que le nouveau président américain voulait au départ voir adopté dès début février.  

La gardienne des procédures, complexes, du Sénat, Elizabeth MacDonough, a jugé que le texte ne pouvait pas inclure la hausse du salaire minimum horaire à 15 dollars, inscrite dans le projet de loi.   

Si certains progressistes s'en sont indignés, appelant à outrepasser le jugement de cette « parliamentarian », une responsable non élue, Joe Biden a fait savoir dès jeudi soir qu'il le « respectait ».   

Tout en exhortant le Congrès à « avancer rapidement pour adopter le Plan de sauvetage américain ». Et en annonçant qu'il tenterait de faire avancer séparément l'augmentation du salaire fédéral minimum, actuellement à 7,25 dollars.   

Le message aux démocrates, qui contrôlent la majorité au Congrès, est clair: le temps presse pour relancer une économie américaine durement frappée par la pandémie de Covid-19.    

Agissez « rapidement afin d'adopter cette loi pour donner aux Américains le soutien et l'aide urgents dont ils ont besoin », a écrit le Bureau de la gestion et du budget à la Maison Blanche (OMB) aux parlementaires, vendredi matin.  

Dans la soirée, la Chambre votera sur le projet de loi d'origine, qui comprend la hausse du salaire minimum jusqu'à 15 dollars par heure, d'ici 2025.   

Une mesure « nécessaire », a justifié jeudi soir la présidente démocrate de la Chambre Nancy Pelosi. « Cette disposition restera donc dans le Plan de sauvetage américain qui sera soumis au vote », dont l'heure n'a pas encore été annoncée, a-t-elle martelé.   

Dans les faits, cette décision implique une plus longue navette parlementaire.   

Compte tenu de leur majorité à la chambre basse, le plan de 1 900 milliards de dollars a de fortes chances d'y être facilement adopté. Il sera ensuite envoyé, la semaine prochaine, au Sénat, où la hausse du salaire devrait être retirée.   

S'il y est à son tour adopté, ce texte repartira à la Chambre pour un vote sur une version finale harmonisée.   

Chèques de 1 400 dollars  

Le retrait de la hausse du salaire minimum pourrait, dans les faits, faciliter l'adoption du plan de soutien. Car certains démocrates modérés étaient opposés à cette mesure.   

Or avec son infime majorité au Sénat, et l'opposition annoncée des républicains au plan Biden, le parti a impérativement besoin d'unité pour faire adopter ce projet.   

Le sénateur Bernie Sanders et d'autres démocrates progressistes étudiaient toutefois vendredi une alternative pour encourager la hausse des revenus minimum: introduire dans le vaste plan de soutien un amendement créant des pénalités fiscales pour les grandes entreprises qui payent moins qu'un « minimum vital ».   

Mais les démocrates modérés pourraient aussi s'y opposer.   

Face à l'incertitude, les grands patrons américains appellent à agir vite.  

Dans le détail, le plan Biden vise à soutenir l'économie et la lutte contre la Covid-19.   

Il prévoit plusieurs dizaines de milliards de dollars pour l'accélération du rythme des vaccinations et le déploiement de tests mais aussi 130 milliards de dollars pour aider les écoles et lycées à rouvrir malgré la pandémie.   

De nouveaux chèques d'aide d'un montant de 1.400 dollars devraient être envoyés aux Américains, selon leur niveau de revenus, et la durée de versement des allocations chômage prolongée jusqu'au 30 septembre 2021.  

Les démocrates ont promis d'adopter ces mesures avant le 14 mars, lorsque le versement d'allocations chômage prolongé dans un précédent plan d'aide cessera.