Dix ans après la révolution égyptienne, un bilan contrasté

Une décennie après la chute du président Hosni Moubarak, le bilan de la révolution du 25- janvier 2011, est nuancé (Photo, AFP)
Une décennie après la chute du président Hosni Moubarak, le bilan de la révolution du 25- janvier 2011, est nuancé (Photo, AFP)
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Publié le Mercredi 27 janvier 2021

Dix ans après la révolution égyptienne, un bilan contrasté

  • La consolidation d’un État fort et l’amélioration relative de la situation économique ne parviennent pas à faire oublier «le printemps égyptien» à ses débuts
  • Certains pensent que cette décennie écoulée n’a pas servi à rien, que la période actuelle n’est pas définitive, et qu’un mouvement comme celui du 25-Janvier se produira certainement à moyen terme

PARIS: La trajectoire du processus révolutionnaire égyptien de 2011 à 2013 – ses débuts, ses revers et son issue – est caractéristique d’un «printemps arabe» confisqué, avorté, abouti, ou réprimé. Mais le cas de l’Égypte, le plus grand pays arabe, est particulier. Il dépasse les enjeux proprement internes et revêt une dimension à part en raison de sa position géopolitique centrale, et du poids exercé par le «jeu des nations». C’est pourquoi la voie révolutionnaire égyptienne doit être examinée sous cette optique pour mieux cerner son aboutissement, et des perspectives d’avenir qui oscillent entre stabilisation apparente assurée et risque d’un nouveau mécontentement.  

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Un manifestant égyptien tient une pancarte indiquant «Le sang des martyrs ne sera pas gaspillé» lors d'une manifestation sur la place Tahrir au Caire le 4 juin 2012 (Photo, AFP)

Une décennie après la chute du président Hosni Moubarak, le bilan de la révolution du 25- janvier 2011 est nuancé. En apparence, les autorités ont transformé les contours et les accès de la place Tahrir, lieu symbolique du soulèvement, et tentent d’effacer les traces de ce moment historique. Mais la consolidation d’un État fort et l’amélioration relative de la situation économique ne parviennent pas à faire oublier «le printemps égyptien» à ses débuts, malgré les dérives liées au retournement idéologique des Frères musulmans et le retour à un contrôle par l’armée égyptienne et «l’État profond». Ce jeu à somme nulle ne signifie pas que la stabilisation sera assurée sans réformes et qu’il permettra d’éviter un nouveau bouillonnement révolutionnaire d’une jeunesse égyptienne toujours éprouvée.  

Les débats autour de la révolution du 25-Janvier et de ce qu’il en reste ne sont pas dénués d'intérêt dix ans plus tard malgré les partis pris. Certains considèrent qu’elle a fait progresser l’Égypte et a atteint ses objectifs, tandis que d'autres soutiennent qu’elle a été détournée et a avortée. Ce qui est sûr en tout cas, c’est qu’aucun observateur réaliste ne pourrait nier un phénomène authentique et un événement politique et social unique en son genre. 

Un Egyptien arrive avec son fils, arborant les couleurs du drapeau de son pays et du numéro 25, faisant référence au 25 janvier 2011 le début de la révolution qui a évincé le dirigeant égyptien Hosni Moubarak, sur la place Tahrir du Caire, le 24 juin 2012 (Photo, AFP)
Un Egyptien arrive avec son fils, arborant les couleurs du drapeau de son pays et le numéro 25, faisant référence au 25 janvier 2011 le début de la révolution qui a évincé le dirigeant égyptien Hosni Moubarak, sur la place Tahrir du Caire, le 24 juin 2012 (Photo, AFP)

Cette lecture échappe aux critères classiques et nécessite une nouvelle approche du fait révolutionnaire: le «printemps égyptien» s’est distingué dès le début par l’usage positif de manifestations pacifiques contrairement aux «comportements irraisonnés des foules» décrits par Gustave Le Bon, mais aussi par une nouvelle fonction de l’armée: le type classique du coup d’État est révolu, et le cas égyptien souligne comment l’armée contient, maîtrise, voire accompagne, la mutation en cours depuis 2011.  

Dans cette perspective, ce qui s’est passé en Égypte durant l’été 2013 n’est pas «un coup d’État classique», ni «un coup d’État démocratique». Il s’agit plutôt d’un coup de force qui traduit et «gère» l’acte II de la révolution égyptienne, pendant lequel des millions d’Égyptiens sont descendus dans la rue à l’invitation du jeune mouvement Tamarrod («rébellion»), qui déclare avoir récolté 22 millions de signatures pour exiger la destitution de Mohamed Morsi, le président appartenant aux Frères musulmans.  

En revanche, cette démonstration de masse est perçue par les Frères musulmans et leurs alliés comme un «complot» monté par le camp de la «contre-révolution» arabe, toléré par l’Occident. Dans ce cadre, il est utile de rappeler l’action diplomatique massive de l’Arabie saoudite (et des Émirats arabes unis) en faveur de la stabilisation de l’Égypte comme plaque tournante pour la promotion d’un monde arabe dominé par les Frères musulmans, alliés de la Turquie d’Erdogan et «agréés» par l’administration d’Obama et certaines chancelleries occidentales.  

Cette étape de la transformation du printemps arabe originel en bataille rangée pour décider du nouveau visage de la région a coïncidé avec l’érosion amorcée des États centraux en Libye, en Syrie et au Yémen, à la suite du détournement de la contestation non idéologique et du jeu régional/international dans le monde arabe, «l’homme malade» du XXIe siècle. Toutefois, le tournant qui a eu lieu du 30 juin au 30 juillet 2013 nous fait penser aux cycles de la Révolution française, et son long chemin pour aboutir à la «restauration» d’un État de droit et démocratique. Au Caire, à long terme, le rêve dissipé du « printemps arabe» pourrait prendre d’autres formes et adopter un modèle démocratique sans avoir besoin de l’intervention de l’institution militaire pour l’accompagner, l’arbitrer ou le cogérer, comme c’est le cas depuis longtemps, de Méhémet Ali à Nasser, Sadate, Moubarak, Tantaoui et Al-Sissi.  

Quel bilan dix ans plus tard ? 

Dix ans après l’impressionnante foule réunie sur la place Tahrir, le pays paraît sous le contrôle strict du pouvoir militaire et dirigé par le président Abdel Fattah al-Sissi. Mais la révolution a été un déclic dans l’histoire moderne du pays des pharaons et une expérience à méditer pour tous les courants politiques et la jeunesse. Le poids du facteur religieux, la polarisation entre l’armée et les Frères musulmans, l’absence de forces représentatives démocratiques contestataires et les influences extérieures sont sans doute autant d’éléments qui ont contribué à l’échec du processus révolutionnaire. 

Selon les détracteurs du pouvoir – relayés par les ONG –, la fin de la période révolutionnaire (2011-2014), et le début de l'ère d'Abdel Fattah al-Sissi, ont été marqués par une poigne de fer contre les opposants au nouveau pouvoir, et un appauvrissement du pays. Quant à «l'État profond», il est revenu en force pour gérer les crises et étouffer les mouvements naissants.   

Mais, dans les faits, cette décennie écoulée n’a pas servi à rien, certains pensent que la période actuelle n’est pas définitive, et qu’un mouvement comme celui du 25-Janvier se reproduira certainement à moyen terme. Elle révèle les trajets empruntés par tous les acteurs internes et externes pour favoriser leurs desseins dans le cadre du maintien à tout prix d’un statu quo. Le rêve révolutionnaire a été sacrifié sur l’autel de la pérennité de l’État face au «chaos destructeur» qui frappe la région. Ainsi, la consolidation du règne de l’armée et d’un homme fort, la présence d’un Parlement formel et l’absence d’une véritable opposition ou d’une société civile active, sont souvent justifiés par la persistance du terrorisme et des tentatives de déstabilisation menées par les Frères musulmans.  

De même, les efforts déployés pour la modernisation de l’État, le renforcement de l’outil militaire et les défis extérieurs – de la Libye à la question du grand barrage sur le Nil –, ne donnent pas beaucoup de répit aux décideurs égyptiens. À la suite de cette longue période de transition et de consolidation, tout retard dans la mise en oeuvre de réformes réelles sur les plans politique, social et économique, serait coûteux et pourrait porter le germe de nouvelles contestations.  

Une décennie après la révolution du 25-Janvier, le renouveau espéré n’a pas eu lieu. Mais la sauvegarde de l’État et le fait que l’Égypte ait échappé à la déstabilisation régionale représentent un baume pour un peuple aspirant à un changement concret ou radical. Ce chemin espéré va demeurer inaccessible sans la promotion d’une culture démocratique et des projets réalistes et adaptés à une complexe réalité.  

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Les Émirats assurent que la rupture de l’accord aérien par l’Algérie n’affectera pas immédiatement les vols

Les passagers quittent la salle de récupération des bagages du terminal 3 de l’aéroport international de Dubaï, à Dubaï, aux Émirats arabes unis, le 25 octobre 2022. (AP)
Les passagers quittent la salle de récupération des bagages du terminal 3 de l’aéroport international de Dubaï, à Dubaï, aux Émirats arabes unis, le 25 octobre 2022. (AP)
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  • L’Algérie a lancé la procédure de résiliation de son accord de transport aérien avec les Émirats arabes unis, conclu en 2013
  • Les autorités émiraties assurent que cette décision n’aura pas d’effet immédiat sur les vols, l’accord restant valide durant le préavis légal

ABOU DHABI : Les Émirats arabes unis ont déclaré que la notification par l’Algérie de la résiliation de l’accord de services aériens entre les deux pays n’aurait aucun « impact immédiat sur les opérations de vol », a rapporté dimanche l’agence de presse officielle WAM, citant l’Autorité générale de l’aviation civile (GCAA).

Samedi, l’Algérie a annoncé avoir engagé le processus d’annulation de cet accord de services aériens avec les Émirats arabes unis, signé à Abou Dhabi en 2013.

La GCAA a précisé que l’accord restait en vigueur « pendant la période de préavis légalement requise », sans fournir davantage de détails.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Entre peur et attente: au Maroc, des habitants évacués sous le choc des inondations

Dans certaines localités, des enfants et des personnes âgées ont attendu les secours sur les toits de leurs habitations, encerclées par les eaux, avant d'être évacués par la gendarmerie royale à l'aide de petites embarcations. (AFP)
Dans certaines localités, des enfants et des personnes âgées ont attendu les secours sur les toits de leurs habitations, encerclées par les eaux, avant d'être évacués par la gendarmerie royale à l'aide de petites embarcations. (AFP)
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  • Près de Kénitra, à une cinquantaine de kilomètres au nord de Rabat, les autorités ont installé un vaste campement où s'alignent à perte de vue de petites tentes bleues accueillant la population déplacée par les récentes inondations
  • Plus de 7.800 familles, soit plus de 38.700 personnes, y ont trouvé refuge

KENITRA: Dans son village de l'ouest du Maroc, Kasia El Selami a compris qu'il fallait fuir lorsque les haut-parleurs de la mosquée ont appelé à évacuer en raison des intempéries. Rapidement, elle s'est retrouvée dans un immense camp provisoire, sans visibilité sur son retour.

"Nous avons ressenti une grande peur (...) surtout pour nos enfants", raconte à l'AFP cette Marocaine de 67 ans originaire d'Ouled Ameur, en étendant une couverture sur un fil tendu devant sa tente.

Près de Kénitra, à une cinquantaine de kilomètres au nord de Rabat, les autorités ont installé un vaste campement où s'alignent à perte de vue de petites tentes bleues accueillant la population déplacée par les récentes inondations, liées à des épisodes de précipitations exceptionnels.

Plus de 7.800 familles, soit plus de 38.700 personnes, y ont trouvé refuge.

Au total, plus de 150.000 habitants ont été évacués depuis la semaine dernière dans le nord-ouest du pays. Dimanche, les autorités locales de Tétouan (nord) ont annoncé la mort de quatre personnes dans des crues soudaines.

Dans certaines localités, des enfants et des personnes âgées ont attendu les secours sur les toits de leurs habitations, encerclées par les eaux, avant d'être évacués par la gendarmerie royale à l'aide de petites embarcations.

Des distributions d'aide humanitaire ont également été effectuées par hélicoptère, de nombreuses routes restant submergées.

"L'eau continue de monter" 

De fortes pluies, des averses orageuses avec risque de grêle et de fortes rafales de vent ont encore été annoncées dimanche jusqu'à mardi dans plusieurs provinces par la Direction générale de la météorologie (DGM).

Autour des tentes du camp près de Kénitra, la vie s'organise. Une femme frotte son linge dans une bassine avec une planche à laver à quelques mètres d'enclos abritant vaches, chevaux, poules et moutons, eux aussi déplacés par les eaux.

Sur place, des vétérinaires administrent piqûres et traitements aux animaux affaiblis. Près du campement, une brebis et son agneau gisent, morts.

Plus loin, une longue file s'étire devant une clinique mobile qui reçoit des personnes malades ou légèrement blessées.

"La hauteur de l'eau était d'environ un mètre et demi", se souvient Ali El Aouni, assis sous sa toile de tente, entouré de sa famille et de quelques ustensiles dont des verres à thé, un tajine et plusieurs assiettes.

"Nous avons peur de retourner (dans notre village, NDLR), de crainte que l'eau ne revienne", raconte le sexagénaire originaire d'une commune dans les environs de Kénitra.

Il évoque des "jours très difficiles", marqués par le froid et l'angoisse. Ses enfants, dit-il, étaient "terrifiés".

Son fils aîné a voulu rester pour surveiller leur propriété. Il "communique avec nous par téléphone, nous disant que l'eau continue de monter", explique-t-il.

Secouristes en jet-ski 

A quelques kilomètres de là, au dernier endroit accessible depuis Kénitra en direction de Tanger par la route nationale, le trafic est interrompu. Seule l'autoroute reste ouverte.

Des membres de la protection civile avancent dans les eaux en bateau ou en jet-ski. Dans les zones submergées, seules dépassent les cimes des arbres.

L'Espagne et le Portugal ont aussi subi des intempéries ces derniers jours. En cause, selon la DGM: la rencontre d'air froid venu du nord et d'air chaud et humide du sud, qui déstabilise l'atmosphère et favorise des pluies abondantes.

Au Maroc, les apports hydriques enregistrés au cours des cinq derniers mois ont dépassé la moyenne annuelle des dix dernières années, avait indiqué fin janvier le ministère de l'Eau à l'AFP, après sept années consécutives d'une grave sécheresse.

Dans le camp provisoire, la protection civile distribue des sacs de provisions.

"Des tentes, couvertures et matelas ont été fournis, ainsi que des aides alimentaires et des fournitures essentielles pour les personnes affectées, en plus de soins de santé et de suivi vétérinaire pour le bétail", rapporte Adil Al-Khatabi, un responsable de la province de Kénitra sur place.

Kasia El Selami, elle, ne pense qu'à regagner son foyer: "Nous attendons que cette épreuve prenne fin au plus vite afin de pouvoir rentrer chez nous."


Liban: le Premier ministre promet la reconstruction dans le sud, dévasté par le conflit Israël-Hezbollah

En visite à Tayr Harfa, à environ trois km de la frontière, et Yarine, à proximité, M. Salam a déclaré que les villes et villages frontaliers avaient subi "une véritable catastrophe". (AFP)
En visite à Tayr Harfa, à environ trois km de la frontière, et Yarine, à proximité, M. Salam a déclaré que les villes et villages frontaliers avaient subi "une véritable catastrophe". (AFP)
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  • De larges secteurs des régions méridionales du Liban, proches de la frontière avec Israël, restent désertées et en ruines, plus d’un an après le cessez-le-feu qui visait à mettre fin à un an d'hostilités entre le Hezbollah pro-iranien et Israël
  • Aux termes de l'accord de trêve de novembre 2024, le gouvernement libanais s’est engagé à désarmer le Hezbollah, ce que l’armée a déclaré le mois dernier avoir mené à bien dans la zone entre le fleuve Litani et la frontière israélienne

TAYR HARFA: Le Premier ministre libanais, Nawaf Salam, a promis samedi d'oeuvrer à la reconstruction dans le sud, lors d'une visite de localités dévastées par des frappes israéliennes, la première depuis que l’armée a annoncé avoir désarmé le Hezbollah dans la zone.

De larges secteurs des régions méridionales du Liban, proches de la frontière avec Israël, restent désertées et en ruines, plus d’un an après le cessez-le-feu qui visait à mettre fin à un an d'hostilités (dont deux mois de guerre ouverte) entre le Hezbollah pro-iranien et Israël.

Aux termes de l'accord de trêve de novembre 2024, le gouvernement libanais s’est engagé à désarmer le Hezbollah, ce que l’armée a déclaré le mois dernier avoir mené à bien dans la zone entre le fleuve Litani et la frontière israélienne, à une trentaine de km plus au sud.

En visite à Tayr Harfa, à environ trois km de la frontière, et Yarine, à proximité, M. Salam a déclaré que les villes et villages frontaliers avaient subi "une véritable catastrophe".

A Dhayra, la délégation officielle a été saluée par des habitants rassemblés sur les gravats, et à Bint Jbeil, plus à l’est, elle a tenu une réunion avec des responsables, dont des députés du Hezbollah et de son allié, le mouvement Amal.

M. Samal a promis aux habitants des localités concernées le lancement de projets clés de reconstruction, portant notamment sur la réhabilitation des routes et le rétablissement des réseaux de communication et d’eau.

L’an dernier, la Banque mondiale avait annoncé avoir débloqué 250 millions de dollars pour soutenir la reconstruction post-guerre du Liban. Elle a estimé les coûts de reconstruction et de relance du pays à environ 11 milliards de dollars.

La deuxième phase du plan gouvernemental de désarmement du Hezbollah concerne la zone située entre les fleuves Litani et Awali, à environ 40 km  au sud de Beyrouth.

Israël, qui accuse le Hezbollah de se réarmer, a jugé insuffisants les progrès de l'armée libanaise, tandis que le Hezbollah a rejeté les appels à remettre ses armes.

Malgré l'accord de cessez-le-feu, Israël mène des frappes régulières contre ce qu’il présente généralement comme des cibles du Hezbollah et maintient des troupes dans cinq zones du sud du Liban.

Des responsables libanais ont accusé Israël de chercher à empêcher la reconstruction dans le sud, un bastion du Hezbollah, en menant des frappes répétées visant notamment des engins de chantier.