Une artiste saoudienne prouve que le handicap n'est pas un obstacle au succès

Nujood al-Otaibi a vu sa carrière de peintre s’épanouir lorsque la galerie Athr de Djeddah a exposé l’un de ses tableaux, une autoréflexion influencée par sa perte auditive et inspirée par le peintre surréaliste belge René Magritte. (photo fournie)
Nujood al-Otaibi a vu sa carrière de peintre s’épanouir lorsque la galerie Athr de Djeddah a exposé l’un de ses tableaux, une autoréflexion influencée par sa perte auditive et inspirée par le peintre surréaliste belge René Magritte. (photo fournie)
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Publié le Jeudi 14 janvier 2021

Une artiste saoudienne prouve que le handicap n'est pas un obstacle au succès

  • Vivre avec un handicap dans le monde arabe est un défi pour de nombreuses raisons, malgré la reconnaissance croissante des droits des personnes handicapées par les différents gouvernements
  • Nujood al-Otaibi attend avec une grande impatience la première exposition qui lui sera consacrée, à Riyad en 2021

DUBAÏ: Nujood al-Otaibi a commencé à perdre l'audition vers l'âge de cinq ans. À Taïf, la ville où elle est née, dans la région de La Mecque en Arabie saoudite, le mal dont elle souffrait a été d’abord confondue avec une fièvre classique. Mais, au fil des années, sa surdité s'est progressivement aggravée et, à la fin de ses études supérieures, elle était presque entièrement dépendante d’appareils auditifs. Elle explique le manque de sensibilisation du public aux déficiences auditives dans le village d'où vient sa mère, une région reculée. 

«Au fil des années, j'ai appris à lire sur les lèvres, ce que je trouve être la conversation de l'âme», confie Nujood al-Otaibi, 32 ans, de son domicile de Djeddah, la ville où elle a grandi et où elle combine désormais son travail d'assistante pédagogique avec sa passion pour l'art et le design.

Vivre avec un handicap dans le monde arabe est un défi pour de nombreuses raisons, malgré la reconnaissance croissante des droits des personnes handicapées par les différents gouvernements. La stigmatisation sociale serait l'une des raisons qui expliquent ce taux avoué de 2% de la population arabe qui vivrait avec un handicap, alors que le chiffre pour la population mondiale est de 6%.

La stigmatisation sociale peut laisser les personnes handicapées sans pouvoir et les exclure de la vie publique. Même en Arabie saoudite, où environ 7,1% de la population rencontre des difficultés selon une enquête menée par l'Autorité générale des statistiques, l'égalité des chances en matière d'éducation et d'emploi n'était pas une pratique courante jusqu'à assez récemment.

Les mentalités changent cependant, en partie grâce au plan de réforme Vision 2030 du Royaume, qui a pour objectif de faire respecter les droits des personnes handicapées et de leur donner les moyens de participer à l’avenir économique et social du pays.

Elles sont également en train de changer grâce à la renaissance créative qui s’est emparée du Royaume: elle a offert aux personnes souffrant de problèmes sociaux tels que le handicap un nouveau moyen d'expression publique. C’est précisément ce climat de liberté artistique qui a permis à Al-Otaibi de parler de ses propres luttes.

(photo fournie)
Ce climat de liberté artistique a permis à Mme Al-Otaibi de parler de ses propres luttes. (photo fournie)

«C’est vraiment difficile dans notre société. Les gens pensent que vous ne pouvez rien faire et que c'est honteux», déplore-t-elle, faisant référence aux conditions dans lesquelles vivent souvent les personnes handicapées.

Refusant la fatalité, Mme Al-Otaibi cite l'exemple de Ludwig van Beethoven, ce compositeur allemand du début du xixe siècle qui, malgré une surdité profonde dans les dernières années de sa vie, reste l'un des compositeurs les plus admirés de l'histoire de la musique occidentale.

«Je ne veux pas souffrir. Je veux être inspirée par quelqu'un comme Beethoven, qui souffrait d’une déficience auditive et qui fut pourtant l'un des plus grands artistes de tous les temps. C'est ainsi que je veux inspirer les gens: je veux être la meilleure et ce n’est pas le handicap qui va m’en empêcher.»

Sa sensibilité et ses dons artistiques ont été développés très tôt. «Mon père est un artiste et je me souviens de l'avoir vu peindre dès son plus jeune âge», confie-t-elle.

«Ma mère raconte que j'avais trois ans lorsque j'ai commencé à dessiner des gens et elle se souvient que j'avais dessiné les cheveux de ma tante et le ventre de mon oncle. Personne ne savait que je deviendrais artiste un jour, mais mon père fut le seul à m’encourager et à me dire de continuer à peindre.»

Elle trouve rapidement l'inspiration en découvrant le mouvement hyperréaliste, un genre pictural et sculptural dont les productions s’apparentent à des photographies en haute résolution. En regardant les œuvres de plus près, toutefois, on comprend que ce mouvement artistique parvient à saisir un récit émotionnel beaucoup plus profond.

L’une de ses œuvres les plus récentes, Heart of the Kingdom, est une peinture à l’huile qui représente le drapeau de l’Arabie saoudite plissé en forme de cœur, posé sur un fond noir. Son art est d’une telle précision que le tissu vert semble presque réel.

À 16 ans, Mme Al-Otaibi réalise sa première peinture à l'huile, Peace, qui combine les drapeaux de trois pays du Moyen-Orient. Une autre de ses peintures représente les attentats du 11-Septembre contre les États-Unis. Mais l’artiste s’est heurtée à des difficultés lorsqu’il fut question de présenter ces deux tableaux au public. «C'était vraiment triste», se souvient-elle. «Les gens, à l'époque, n'avaient aucune idée de la signification de l'art. L'art était très limité en Arabie saoudite dans le passé.»

Ces premiers revers ne suffisent cependant pas à étouffer ou à décourager sa créativité. Après avoir terminé ses études à Djeddah, Mme Al-Otaibi déménage aux États-Unis, où elle passe huit ans à étudier l'art et le design dans le Wisconsin. C'est là qu'elle explore son amour de l'hyperréalisme et qu’elle commence à diversifier son art en pratiquant d'autres styles picturaux.

(photo fournie)
Dans Heart of the Kingdom, son art est d’une telle précision que le tissu vert semble presque réel. (photo fournie)

Après un stage aux États-Unis, elle retourne en Arabie saoudite pour travailler à l'American International School of Jeddah. Au fur et à mesure que sa perte auditive s’aggrave, son désir d'aider d'autres personnes handicapées grandit.

«Je voulais être dans une communauté où je pourrais aider les enfants handicapés comme moi à atteindre leurs objectifs scolaires», explique-t-elle. «Alors, j’ai décidé de faire de l’art et d’aider les enfants à croire en eux, en particulier ceux qui sont handicapés, car c’est vraiment difficile pour eux et les gens ne parlent pas de ce sujet, surtout dans le Royaume.»

En tant qu'assistante d'enseignement spécialisée dans l’apprentissage assisté, Mme Al-Otaibi aide ses élèves à se fixer des objectifs et à poursuivre leurs rêves. «Cela a été mon combat», raconte-t-elle. «C’est ce qui vous fait avancer dans la vie et j’ai le sentiment que c’est mon but.»

L'article 26 de la Loi fondamentale de l'Arabie saoudite, le document juridique le plus important du Royaume, encourage l'élimination des préjugés et de la discrimination sur tous les plans, y compris le handicap. Les droits des personnes handicapées sont protégés; ils font partie d'un cadre réglementaire qui inclut les systèmes de soins médicaux, les services sociaux, le travail, la procédure pénale, les poursuites judiciaires, la sécurité sociale, la retraite et la communication.

Il existe également un certain nombre d'institutions du gouvernement et de la société civile qui ont pour mission de protéger les droits des personnes handicapées, notamment des entités gouvernementales et des organisations à but non lucratif, telles que la Société nationale pour les droits de l'homme et le Centre du roi Salmane de recherche sur le handicap.

Dans l’atmosphère de plus en plus tolérante et inclusive de l’Arabie saoudite, Mme Al-Otaibi voit sa carrière artistique s’épanouir. Elle franchit une étape personnelle importante lorsque la galerie Athr de Djeddah expose l’une de ses peintures – une autoréflexion influencée par sa perte auditive.

«Je ne m'attendais pas à exposer un jour des œuvres d’art qui représentent mon handicap», reconnaît-elle.

«Je voulais délivrer mon idée en me représentant sans visage et en montrant mon oreille dans différents objets», explique-t-elle. «Cette peinture a été inspirée par l'artiste René Magritte; j'aime son style, son travail et la manière dont il exprime ses sentiments.»

À l’instar du tableau le plus célèbre du surréaliste belge, Le Fils de l’homme, dans lequel une pomme verte suspendue dans l’air masque en grande partie le visage d’un homme, l’œuvre d’Al-Otaibi dépeint un monde onirique étrange et géométrique.

Vers le centre de la peinture d’Al-Otaibi, un foulard rose, dérisoire, encadre un espace vide, d’un bleu profond, en lieu et place d’un visage. Autour de ce motif sont peints des murs, des fenêtres ainsi que des personnages fantomatiques tournant le dos au spectateur de la toile. À droite est représenté un schéma désincarné de l'oreille interne.

La pièce constitue un écart par rapport aux références habituelles de l’auteure à l'hyperréalisme, mais elle porte toujours ce message social tranchant. En l’occurrence, peut-être, une critique de l'isolement social réservé aux personnes qui vivent avec un handicap.

Même si Mme Al-Otaibi attend avec une grande impatience la première exposition qui lui sera consacrée, à Riyad en 2021 – des informations sur cet événement seront prochainement annoncées sur sa page Instagram –, elle révèle que sa plus grande joie est de voir ses élèves s'inspirer de son travail. Voilà qui prouve que handicap et succès sont loin d’être antinomiques.

«Ils connaissent mon handicap et sont pleins de curiosité au sujet de mon appareil auditif. Ils comprennent que certaines personnes peuvent connaître ce genre de difficultés et que ce n’est pas un problème», indique-t-elle. «Je suis vraiment heureuse que la jeune génération ne considère plus cela comme quelque chose de nouveau ou de bizarre», conclut-elle.

Twitter: @CalineMalek

Ce texte est la traduction d'un article paru sur Arabnews.com

 


Haute couture: ode à la nature pour les premiers pas de Matthieu Blazy chez Chanel

Une mannequin défile lors de la présentation de la collection Chanel Haute Couture printemps-été 2026 pour femmes, à Paris, le 27 janvier 2026. (AFP)
Une mannequin défile lors de la présentation de la collection Chanel Haute Couture printemps-été 2026 pour femmes, à Paris, le 27 janvier 2026. (AFP)
Le créateur de mode belge Matthieu Blazy salue le public à la fin du défilé de la collection Haute Couture printemps-été 2026 de Chanel, dans le cadre de la Fashion Week Haute Couture de Paris, le 27 janvier 2026. (AFP)
Le créateur de mode belge Matthieu Blazy salue le public à la fin du défilé de la collection Haute Couture printemps-été 2026 de Chanel, dans le cadre de la Fashion Week Haute Couture de Paris, le 27 janvier 2026. (AFP)
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  • Débuts très attendus de Matthieu Blazy chez Chanel : une première collection haute couture poétique et aérienne, célébrant la nature à travers transparences, plumes et motifs de champignons, sous la verrière du Grand Palais
  • Une semaine marquée par le renouveau des grandes maisons : Jonathan Anderson chez Dior, Armani sans Giorgio pour la première fois, et des défilés spectaculaires signés Rolland et Fournié, illustrant un vaste mercato qui redessine la haute couture

PARIS: Des oiseaux, des champignons et beaucoup de légèreté: Matthieu Blazy a fait mardi à Paris ses débuts en haute couture chez Chanel avec une collection toute en transparence, délicatesse et plumes, véritable ode à la nature et à la poésie.

Sous la verrière du Grand Palais, métamorphosée pour l'occasion en une forêt onirique peuplée de champignons géants et de saules pleureurs roses, le créateur franco-belge de 41 ans a voulu, à travers ce premier vestiaire, "sonder et explorer le coeur de Chanel", explique un communiqué.

Matthieu Blazy réinvente ainsi une nouvelle fois l'emblématique tailleur de la maison dans une superposition de mousseline de soie transparente aux couleurs pastel et aux broderies en forme de champignons, sous laquelle se dessinent d'élégants sous-vêtements.

Le champignon, envoyé sous forme de pendentif en guise d'invitation, se décline dans les talons de certains escarpins.

La transparence et la légèreté s'invitent également dans des robes vaporeuses et des ensembles débardeurs et jupes, assortis d'écharpes qui traînent jusqu'au sol, et même sur un pantalon en jean.

Progressivement, les matières gagnent en densité: les tissus s’épaississent, se structurent, et la collection bascule vers des tailleurs et des manteaux en tweed, dont les extrémités s'ornent de plumes légères.

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Une mannequin défile lors de la présentation de la collection Chanel Haute Couture printemps-été 2026 pour femmes, à Paris, le 27 janvier 2026. (AFP)

Ces plumes, d'abord discrètes, finissent par s'imposer. Elles encerclent les ourlets des robes, soulignent les lignes d'une jupe ou d'un top, avant d'envahir entièrement certains tailleurs et silhouettes du soir, transformant les mannequins en femmes-oiseaux.

Le défilé s'est conclu par la traditionnelle mariée en ensemble jupe et haut à manches longues, entièrement rebrodé comme une nuée de minuscules plumes blanches.

Une première incursion dans la haute couture qui a attiré un parterre de stars, de Nicole Kidman à Dua Lipa, en passant par Penelope Cruz et Tilda Swinton.

- Mercato -

Ce premier défilé était l'un des plus attendus de cette semaine de la haute couture, avec celui de Jonathan Anderson lundi chez Dior.

Le créateur nord-irlandais de 41 ans avait également mis la nature à l'honneur, mais à travers des silhouettes très fleuries à la fois sculpturales et aériennes.

La nomination, ces derniers mois, de ces deux quadragénaires à la tête de deux des plus prestigieuses maisons a été le point d'orgue du vaste mercato qui agite la mode depuis près de deux ans.

Débauché de Bottega Veneta en décembre 2024, Matthieu Blazy avait déjà créé l’événement. Lors de son premier défilé de prêt‑à‑porter en octobre, le créateur avait revisité les codes fondateurs de Chanel en jouant sur les contrastes — tweeds effilochés, mailles colorées, tailleurs déhanchés et jupes en plumes — un passage ovationné et salué par une critique unanime.

- Armani sans Giorgio -

Autre temps fort de cette journée, Armani a présenté en début de soirée la première collection haute couture de la maison italienne sans la supervision de son fondateur Giorgio, décédé début septembre à l'âge de 91 ans.

Cette collection est signée par sa nièce Silvana Armani, qui avait travaillé à ses côtés sur le prêt-à-porter féminin et signe ses premiers pas en haute couture.

Un premier vestiaire, que l'Italienne a voulu "comme du Armani classique, mais avec une touche d'originalité", dans lequel se déclinaient de nombreux tailleurs pantalons souples et satinés, de somptueuses robes du soir scintillantes et des blouses rebrodées de perles, dans une palette noire, blanche, rose nude et vert d'eau.

De son côté, le couturier Stéphane Rolland a investi le Cirque d'hiver pour présenter une nouvelle collection aux silhouettes toujours très structurées, entre robes de soirée, combinaisons ajustées ou aux pantalons bouffants, dans ses couleurs fétiches que sont le rouge, le noir et le blanc.

Incarné par les mannequins Adriana Karembeu et Coco Rocha, le show s'est achevé par un lâcher de colombes et la performance aérienne d'une acrobate, le tout sous le regard de la première dame Brigitte Macron, du chanteur Marc Lavoine et du cinéaste Claude Lelouch.

Julien Fournié a de son côté dévoilé un vestiaire mêlant robes de soirée aux jupes volumineuses, pièces richement ornées de strass et de broderies – parfois inspirées du graffiti, des mangas ou du cinéma de genre – ainsi que des ensembles associant vestes en jean et transparences constellées de strass façon tatouage.


«American Doctor», ou la brutalité de la guerre à Gaza vue par des médecins

Aux premières images d'"American Doctor", documentaire sur des médecins américains dans des hôpitaux de Gaza, en pleine guerre entre Israël et le Hamas, la réalisatrice Poh Si Teng refuse de filmer des enfants palestiniens morts qu'un praticien veut lui montrer. (AFP)
Aux premières images d'"American Doctor", documentaire sur des médecins américains dans des hôpitaux de Gaza, en pleine guerre entre Israël et le Hamas, la réalisatrice Poh Si Teng refuse de filmer des enfants palestiniens morts qu'un praticien veut lui montrer. (AFP)
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  • Le film de Teng suit Mark Perlmutter et deux autres médecins américains, l'un américano-palestinien et l'autre zoroastrien non pratiquant, face à l'indicible brutalité infligée à une population majoritairement civile à Gaza
  • Le film montre les médecins travaillant avec leurs collègues palestiniens, portant secours à des blessés aux membres sectionnés et souffrant de plaies ouvertes.

PARK CITY: Aux premières images d'"American Doctor", documentaire sur des médecins américains dans des hôpitaux de Gaza, en pleine guerre entre Israël et le Hamas, la réalisatrice Poh Si Teng refuse de filmer des enfants palestiniens morts qu'un praticien veut lui montrer.

Teng craint de devoir flouter la scène pour protéger la dignité des enfants. Mais sa décision fait débat.

"On ne leur rend pas justice à moins de laisser leur mémoire, leurs corps, raconter l'histoire de ce traumatisme, de ce génocide. On ne leur rend pas service en ne les montrant pas ", estime le médecin juif américain Mark Perlmutter au Festival du film de Sundance, où le film a été présenté en avant-première vendredi.

"Voilà ce que mes impôts ont fait. Voilà ce que vos impôts ont fait. Voilà ce que les impôts de mon voisin ont fait. Les gens ont le droit de connaître la vérité", souligne-t-il.

"Vous avez la responsabilité, comme moi, de dire la vérité. Si vous floutez cela, c'est une faute professionnelle journalistique".

Malgré un cessez-le-feu fragile, les violences se poursuivent entre les forces israéliennes et le Hamas, faisant des victimes parmi les non combattants dont des dizaines d'enfants, selon l'Unicef.

Des enquêteurs de l'ONU ont accusé Israël de commettre un génocide à Gaza, accusation qu'Israël a qualifiée de "déformée et fausse", tout en taxant ses auteurs d'antisémitisme.

Contrebande d'antibiotiques 

Le film de Teng suit Mark Perlmutter et deux autres médecins américains, l'un américano-palestinien et l'autre zoroastrien non pratiquant, face à l'indicible brutalité infligée à une population majoritairement civile à Gaza depuis qu'Israël a répondu à l'attaque du Hamas, le 7 octobre 2023.

Le film montre les médecins travaillant avec leurs collègues palestiniens, portant secours à des blessés aux membres sectionnés et souffrant de plaies ouvertes. On les voit également en d'autres occasions dans les couloirs du pouvoir à Washington et dans les médias israéliens et américains.

Le documentaire montre aussi les difficultés pratiques auxquelles ils sont confrontés, les blouses chirurgicales et les antibiotiques qu'ils doivent faire passer en contrebande à travers la frontière pour contourner le blocus israélien. Et les refus de dernière minute des autorités israéliennes de les laisser entrer.

Le film décrit le courage d'hommes qui vont volontairement travailler dans des hôpitaux frappés à plusieurs reprises par l'armée israélienne. Comme l'hôpital Nasser de Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, cible d'une double frappe en août 2025.

Israël affirme viser des "terroristes" dans ces établissements et soutient que des combattants du Hamas sont retranchés dans des tunnels sous les hôpitaux.

"Complices du meurtre d'enfants" 

Feroze Sidwha, peut-être le plus loquace des trois médecins, répète n'avoir jamais vu de tunnels. Et de toute façon, insiste-t-il, même la présence de combattants blessés dans un hôpital n'en fait pas une cible légitime.

"Les Américains méritent de savoir ce qui se passe, à quoi sert leur argent, et tout simplement de pouvoir décider", dit-il. "Voulez-vous vraiment qu'on fasse cela?", a-t-il déclaré à l'AFP.

"Je suis à peu près sûr que la réponse est +non+. Je veux juste continuer à m'exprimer et à faire savoir aux gens qu'ils n'ont pas à être complices du meurtre d'enfants. Nous le sommes tous, à l'heure actuelle".

Le film est dédié aux quelque 1.700 soignants tués dans la bande de Gaza depuis le début de la guerre en octobre 2023.

Selon Reporters sans frontières (RSF), près de 220 journalistes ont également été tués, faisant d'Israël le plus grand tueur de journalistes dans le monde pour la troisième année consécutive.

Le Festival de Sundance se tient jusqu'au 1er février.


Haute couture: Jonathan Anderson signe un baptême floral chez Dior

Une mannequin lors du défilé pour Christian Dior de la collection Haute Couture Printemps/Été 2026 pour femmes, dans le cadre de la Fashion Week Haute Couture de Paris, à Paris, le 26 janvier 2026. (AFP)
Une mannequin lors du défilé pour Christian Dior de la collection Haute Couture Printemps/Été 2026 pour femmes, dans le cadre de la Fashion Week Haute Couture de Paris, à Paris, le 26 janvier 2026. (AFP)
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  • Jonathan Anderson a lancé la semaine de la haute couture à Paris avec sa première collection Dior haute couture, célébrant la nature à travers des silhouettes fleuries, sculpturales et aériennes
  • Le défilé, très attendu, a rassemblé célébrités et figures de la mode et ouvre la voie à un programme intense, avec notamment la première collection haute couture de Matthieu Blazy chez Chanel mardi

PARIS: Un jardin d'Eden de luxe: Jonathan Anderson a lancé lundi à Paris la semaine de la haute couture avec une première collection florale pour Dior, entre célébration de la nature et hommage aux savoir‑faire.

Le show, organisé au coeur d'une structure éphémère installée dans les jardins du musée Rodin, était l'un des moments les plus attendus de ces quatre jours de défilés, avec les débuts en haute couture de Matthieu Blazy chez Chanel mardi.

"En imitant la nature, on apprend toujours quelque chose", annonçait la note d'intention du défilé.

Cette première proposition haute couture se veut ainsi pensée comme un "cabinet de curiosités" où pièces d'exception et merveilles naturelles "sont rassemblées et recontextualisées".

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Le défilé Dior s’est tenu au cœur des jardins du musée Rodin, dans une structure éphémère pensée pour la haute couture. (Photo: AFP)

Sous un plafond recouvert de fleurs, Jonathan Anderson a livré une vision bucolique aux silhouettes fleuries, à la fois sculpturales et aériennes, où des robes bouffantes aux plissés twistés côtoient des robes courtes à volants et des jupes longues aux drapés asymétriques semblant retenir un plateau posé en équilibre.

Le Nord-Irlandais de 41 ans revisite une nouvelle fois l'emblématique veste Bar, à la taille très cintrée, transformée en manteau long en laine, en cuir crocodile ou en queue‑de‑pie, tandis que la maille se fait omniprésente, du pull‑robe à jupe patineuse aux modèles finement travaillés, dotés d'un haut boule et d'une jupe fluide toute en transparence.

Les mannequins défilent avec de petits bouquets de cyclamens roses en guise de boucles d'oreilles — les mêmes que ceux adressés aux invités — et parfois une longue frange rose ou violette.

Le défilé s'est achevé par la traditionnelle robe de mariée blanche au bustier asymétrique twistée et au jupon drapé et rebrodé de fleurs blanches.

Cette entrée remarquée dans la couture a attiré un parterre de personnalités, de Rihanna à Jennifer Lawrence, en passant par son prédécesseur John Galliano et Brigitte Macron.

- Aristo-punk -

Souvent présenté comme l'un des enfants prodiges de la mode, Jonathan Anderson, ancien directeur artistique de Loewe, est devenu en juin le premier styliste depuis Christian Dior à superviser les trois lignes de la maison-phare de LVMH.

Après une première collection homme saluée en juin et une ligne femme accueillie en octobre de façon plus mesurée, le styliste a présenté mercredi à Paris un deuxième vestiaire masculin plus extravagant.

Entre tops à sequins, manteaux-capes inspirés des imprimés de Paul Poiret, vestes Bar en pied-de-poule et chaussures à motifs lézard, le tout surmontés de perruques jaune acide, le couturier a livré une ligne aristo-punk plus fidèle à son esprit subversif que la précédente qui n'a pas manqué de faire réagir.

- Blazy très attendu -

L'attente est également très forte chez Chanel, où Matthieu Blazy présentera mardi au Grand Palais sa toute première collection haute couture.

Le Franco-Belge de 41 ans, arrivé en décembre 2024 après son passage remarqué chez Bottega Veneta (Kering), avait impressionné dès octobre avec une première collection prêt-à-porter féminin encensée.

Il a également démontré sa maîtrise des savoir-faire de la maison lors du défilé Métiers d'art présenté en décembre à New York, un show marquant organisé dans le métro.

Jusqu'à jeudi, 28 maisons présentent leurs créations dans le cadre de la semaine de la haute couture.

Comme à son habitude, la maison italienne Schiaparelli a ouvert lundi matin le bal avec une collection sculpturale très animalière, où ailes et queue de scorpions complètent des silhouettes glamour, sous le regard de personnalités comme Jeff Bezos et son épouse Lauren Sánchez ou l'actrice Demi Moore.

Chez Georges Hobeika, la femme se fait bijou, des têtes couvertes de diadèmes aux traînes chamarrées. Des perles géantes sont suspendues aux robes fourreaux, des diamants couvrent les lourds drapés et les voiles bouffants. Les parures se confondent avec les corps, dans cette collection baptisée "Amour".

L'écru domine le vestiaire du créateur libanais, associé à son fils Jad, qui ont donné à voir leurs modèles dans la cathédrale américaine de Paris, alliant solennité et mystique.