Macron temporise, la gauche veut les clés du pouvoir

Des participants brandissent le drapeau tricolore lors d'une soirée électorale après les premiers résultats du second tour des élections législatives françaises, place de la République à Paris, le 7 juillet 2024. L'alliance des partis de gauche français, réunie à l'occasion d'élections anticipées, est en passe de devenir le plus grand bloc parlementaire et de battre l'extrême droite, selon des projections de choc (Photo Emmanuel Dunand / AFP).
Des participants brandissent le drapeau tricolore lors d'une soirée électorale après les premiers résultats du second tour des élections législatives françaises, place de la République à Paris, le 7 juillet 2024. L'alliance des partis de gauche français, réunie à l'occasion d'élections anticipées, est en passe de devenir le plus grand bloc parlementaire et de battre l'extrême droite, selon des projections de choc (Photo Emmanuel Dunand / AFP).
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Publié le Jeudi 11 juillet 2024

Macron temporise, la gauche veut les clés du pouvoir

  • Dans une "lettre aux Français" publiée par la presse régionale mercredi, le président a estimé que "personne ne l'a(vait) emporté" dimanche
  • Plusieurs personnalités de droite et du centre soutiennent la démarche du locataire de l'Elysée, comme le président du Sénat Gérard Larcher, troisième personnage de l'Etat, qui a plaidé pour que le pays "(enjambe) la période importante où nous accueillons

PARIS: Le président Emmanuel Macron veut "laisser du temps" aux partis, mais la gauche, arrivée en tête des élections, s'impatiente : la France reste embourbée jeudi dans les négociations post-législatives, coincée par la coexistence de trois blocs irréconciliables sans majorité absolue.

Dans une "lettre aux Français" publiée par la presse régionale mercredi, le président a estimé que "personne ne l'a(vait) emporté" dimanche, notant que les "blocs" sortis des urnes "sont tous minoritaires" à l'Assemblée.

Il entend donc "laisser un peu de temps aux forces politiques pour bâtir (des) compromis" et, d'ici là, laisser au gouvernement actuel le soin "d'exercer ses responsabilités", alors que Paris accueille les JO dans un peu plus de deux semaines.

Trois blocs ont émergé du scrutin : l'alliance de gauche (190 à 195 sièges), suivie par le camp présidentiel de centre droit (autour de 160 sièges), et l'extrême droite (143 sièges) arrivée troisième mais en réalisant une percée historique. Or, un gouvernement devra recueillir le soutien d'au moins 289 députés.

Plusieurs personnalités de droite et du centre soutiennent la démarche du locataire de l'Elysée, comme le président du Sénat Gérard Larcher, troisième personnage de l'Etat, qui a plaidé pour que le pays "(enjambe) la période importante où nous accueillons le monde aux Jeux olympiques". Il a renvoyé la formation d'un nouveau cabinet "au début du mois de septembre".

- "Louis XVI à Versailles" -

Mais on s'étrangle à ses mots au sein de l'alliance de gauche du Nouveau front populaire (NFP), premier surpris dimanche de se retrouver en tête au nombre de députés et bien décidé à appliquer son programme de rupture.

Olivier Faure, le patron du Parti socialiste, accuse le président de ne pas "respecter le vote des Français". Et le bouillonnant patron de La France insoumise (LFI, gauche radicale), Jean-Luc Mélenchon, a dénoncé "magouilles" et "retour du veto royal".

Le puissant syndicat CGT appelle pour sa part à des rassemblements le 18 juillet "pour que le résultat des élections soit respecté", selon sa patronne Sophie Binet. "On a l'impression d'avoir Louis XVI qui s'enferme à Versailles", ajoute-t-elle, en référence au monarque guillotiné en 1793 pendant la Révolution.

Emmanuel Macron, lui, est à Washington jusqu'à jeudi pour un sommet de l'Otan consacré à la guerre en Ukraine.

Un rendez-vous où il devra rassurer sur la politique étrangère de la France dans les mois à venir, sur fond d'une nouvelle majorité travailliste en Grande-Bretagne et de questionnements sur l'état de santé du président américain Joe Biden et sa capacité à remporter la présidentielle de novembre face à Donald Trump.

En son absence, l'échiquier politique français s'enflamme.

Les leaders du NFP peinent à s'accorder sur un nom consensuel de Premier ministre. Et certains s'exaspèrent : "J'ai fait part de mon impatience de façon assez forte", indique le communiste Fabien Roussel au quotidien Libération. "Nous mettons beaucoup trop de temps", a admis l'écologiste Sandrine Rousseau.

- "Le macronisme c'est fini" -

Les milieux d'affaires expriment chaque jour leurs inquiétudes sur le programme de rupture du NFP. La France doit économiser 25 milliards d'euros en 2024 pour redresser ses finances publiques, a annoncé le ministre de l'Economie et des Finances Bruno Le Maire.

Le gouverneur de la Banque de France a appelé de son côté à "reconnaître les exigences du réel" et éviter les "coûts salariaux excessifs" pour les entreprises.

Dans le même temps, les macronistes échafaudent des scénarios pour garder le pouvoir. Des députés de son parti rêvent d'"alliances programmatiques" au sein d'une "coalition de projet allant des sociaux-démocrates à la droite de gouvernement", donc sans LFI.

Quant à l'extrême droite, elle a entériné une défaite d'abord liée au "barrage républicain" organisé au second tour des législatives par la gauche, le centre et la droite, pour l'éloigner du pouvoir. Mais sa cheffe Marine Le Pen, après trois échecs depuis 2012, vise ostensiblement la présidentielle de 2027.

Son protégé, le président du Rassemblement national Jordan Bardella, a jugé "irresponsable" que le message du chef de l'Etat soit "désormais : +débrouillez-vous+".

Et malgré le soutien de quelques fidèles, l'image du président Macron semble plus écornée que jamais, son propre camp lui reprochant la dissolution, qu'il a décidée seul ou presque.

"Le macronisme c'est fini", a fustigé l'ex-député de la majorité présidentielle Gilles Le Gendre, estimant que la "seule coalition qui existe aujourd'hui" est celle "contre le président".


Concertation sur les retraites : en quête d'une feuille de route

Le Premier ministre français François Bayrou regarde la séance des questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, à Paris, le 2 avril 2025. (Photo Bertrand GUAY / AFP)
Le Premier ministre français François Bayrou regarde la séance des questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, à Paris, le 2 avril 2025. (Photo Bertrand GUAY / AFP)
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  • Jean-Jacques Marette, l'animateur de la concertation, doit proposer jeudi aux organisations participantes une note détaillant les quatre « objectifs partagés » qui les guideront désormais.
  • Les quatre « objectifs partagés » mis sur la table sont les suivants : « équilibre financier », « gouvernance du système », pistes pour « améliorer les mécanismes de solidarité » et enfin « ressources » du côté des salariés et des entreprises. 

PARIS : Les cinq organisations patronales et syndicales participant à la concertation sur les retraites, surnommée « l'ex-"conclave" », consacrent leur réunion hebdomadaire de jeudi au projet d'une nouvelle feuille de route globale pour les discussions, ainsi qu'aux questions de l'égalité femmes-hommes et des droits familiaux.

Jean-Jacques Marette, l'animateur de la concertation, doit proposer jeudi aux organisations participantes une note détaillant les quatre « objectifs partagés » qui les guideront désormais.

Selon des sources concordantes, les participants devraient découvrir le projet de note pendant la séance.

Les quatre « objectifs partagés » mis sur la table sont les suivants : « équilibre financier », « gouvernance du système », pistes pour « améliorer les mécanismes de solidarité » et enfin « ressources » du côté des salariés et des entreprises. 

Cette autonomisation fait suite à la colère des syndicats, après les déclarations de M. Bayrou enterrant l'hypothèse d'un retour à 62 ans, alors qu'il avait auparavant promis que les discussions se tiendraient « sans totem ni tabou ».

« Je n'ai aucun doute qu'on va arriver à définir des objectifs partagés », a déclaré mercredi à l'AFP Éric Chevée, le négociateur de la CPME (patronat), même si « cela prend encore huit jours de plus ».

La question de l'âge de départ en retraite, le point le plus contesté de la réforme des retraites de 2023, a déjà été évoquée lors des premières réunions, sans qu'un rapprochement des positions des syndicats et du patronat n'apparaisse. 

Elle ne devrait être abordée que lors des discussions finales de la fin mai, lorsque les participants essaieront d'aboutir à un accord sur des mesures concrètes, expliquent les participants aux négociations.

L'autre sujet des discussions de jeudi, à savoir l'égalité femmes-hommes face aux retraites à travers les droits familiaux et parentaux, est une thématique importante pour la CFDT, et un indicateur clef de sa capacité à obtenir des avancées pour les salariés à l'occasion de ces négociations.


Conférence sur la lutte contre le terrorisme à l'ère de l'Intelligence Artificielle 

La présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, s'exprime lors d'une cérémonie marquant la 21e Journée européenne du souvenir des victimes du terrorisme à Strasbourg, dans l'est de la France, le 11 mars 2025. L'Europe marque la 21e Journée européenne du souvenir des victimes du terrorisme par un événement à Strasbourg qui rend hommage aux victimes du terrorisme à travers l'Europe et promeut la solidarité contre l'extrémisme.(AFP)
La présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, s'exprime lors d'une cérémonie marquant la 21e Journée européenne du souvenir des victimes du terrorisme à Strasbourg, dans l'est de la France, le 11 mars 2025. L'Europe marque la 21e Journée européenne du souvenir des victimes du terrorisme par un événement à Strasbourg qui rend hommage aux victimes du terrorisme à travers l'Europe et promeut la solidarité contre l'extrémisme.(AFP)
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  • Cet événement réunit des experts qui partageront leurs analyses et réflexions sur les nouvelles dynamiques du terrorisme à l’ère numérique et l’impact croissant de l'intelligence artificielle (IA) dans la lutte contre ce fléau mondial
  • Alors que l'IA transforme profondément les méthodes de surveillance, de détection et d'anticipation des menaces, la conférence explorera comment ces technologies peuvent être utilisées pour contrer les réseaux terroristes

PARIS: La Sénatrice Nathalie Goulet organise une conférence sur un sujet crucial pour l’avenir de la sécurité internationale. Intitulée "La lutte contre le terrorisme à l’heure de l’intelligence artificielle", cette conférence se tiendra le lundi 14 avril 2025 au Palais du Luxembourg, à Paris.

Cet événement réunit des experts qui partageront leurs analyses et réflexions sur les nouvelles dynamiques du terrorisme à l’ère numérique et l’impact croissant de l'intelligence artificielle (IA) dans la lutte contre ce fléau mondial. Alors que l'IA transforme profondément les méthodes de surveillance, de détection et d'anticipation des menaces, la conférence explorera comment ces technologies peuvent être utilisées pour contrer les réseaux terroristes tout en respectant les droits fondamentaux et les libertés individuelles.


Après les annonces fracassantes de Trump, Macron réunit les filières concernées en France

 Emmanuel Macron réunit jeudi après-midi les responsables français des principales filières affectées par les droits de douane annoncés la veille par Donald Trump.
Emmanuel Macron réunit jeudi après-midi les responsables français des principales filières affectées par les droits de douane annoncés la veille par Donald Trump.
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  • Parmi les secteurs les plus exposés figurent l'aéronautique (avec 9 milliards d'euros en 2024, il représente un cinquième des exportations françaises vers les États-Unis), le luxe et les spiritueux.
  • « La première chose à faire est de dresser un bilan prévisionnel des attaques et de leurs effets sur l'ensemble des filières, a déclaré jeudi sur RTL la porte-parole du gouvernement, Sophie Primas.

PARIS : Emmanuel Macron réunit jeudi après-midi les responsables français des principales filières affectées par les droits de douane annoncés la veille par Donald Trump. Une riposte européenne est attendue de la part de Bruxelles.

Les États-Unis sont le quatrième marché à l'exportation de la France, derrière l'Allemagne, l'Italie et la Belgique, selon les douanes françaises.

Parmi les secteurs les plus exposés figurent l'aéronautique (avec 9 milliards d'euros en 2024, il représente un cinquième des exportations françaises vers les États-Unis), le luxe et les spiritueux.

Sont notamment attendus à la réunion les représentants des secteurs de l'aéronautique (dont Airbus), de l'industrie et de la chimie (dont la patronne d'Eramet), de l'agriculture et de la viticulture, ainsi que du secteur automobile, qui sera touché par une surtaxe spécifique de 25 % sur les voitures importées. 

« La première chose à faire est de dresser un bilan prévisionnel des attaques et de leurs effets sur l'ensemble des filières. Ensuite, nous verrons comment soutenir nos industries de production », a déclaré jeudi sur RTL la porte-parole du gouvernement, Sophie Primas.

« On voit bien que tous les marchés d'exportation, notamment ceux des vins et spiritueux, sont en train de se fermer. Il va falloir soutenir notre production européenne », a-t-elle ajouté.

Le président américain a signé un décret généralisant des droits de douane minimum de 10 % sur toutes les importations arrivant aux États-Unis et de 20 % pour les produits provenant de l'UE.

Le Premier ministre François Bayrou a jugé que cette décision était une « immense difficulté » pour l'Europe et une « catastrophe » pour les États-Unis. 

Face au « choc » des tarifs douaniers américains, le président de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME) a appelé, sur la radio RMC, à un « front économique et politique uni », disant craindre la disparition de petites et moyennes entreprises.

Jeudi en milieu de matinée, la Bourse de Paris perdait 1,70 %, affichant ainsi une tendance largement dans le rouge, à l'instar de la plupart des autres places mondiales.

Chez Airbus, un porte-parole a indiqué jeudi à l'AFP que le groupe avait évalué « les impacts potentiels ».

« Nous vendons aux États-Unis, nous y fabriquons, nous y assemblons et nous y développons, comme peu d'autres entreprises », avait expliqué en février le PDG Guillaume Faury. 

En 2024, ce sont quelque 2,4 milliards d'euros de « vins de raisin » qui ont traversé l'Atlantique pour les États-Unis, auxquels il faut ajouter 1,5 milliard d'euros de « boissons alcoolisées distillées », notamment le cognac ou l'armagnac.

La Fédération française des exportateurs de vins et spiritueux (FEVS) craint « un recul des exportations de 800 millions d'euros aux États-Unis », ce qui aurait « un impact énorme sur l'emploi et l'économie du secteur ».

Donald Trump semble toutefois avoir abandonné l'idée d'une taxation à 200 % des alcools européens qu'il avait envisagée à la mi-mars.

La France dépend moins des exportations américaines que d'autres pays européens, comme l'Allemagne (3,8 % de son PIB contre 1,6 % pour la France).