Blinken appelle le Hamas à dire «oui» à une trêve à Gaza et pousse Netanyahou à maintenir le flux des aides

Le secrétaire d'État américain Antony Blinken en compagnie du ministre israélien de la Défense Yoav Gallant, au poste frontière de Kerem Shalom, en Israël, le 1er mai 2024. (AP)
Le secrétaire d'État américain Antony Blinken en compagnie du ministre israélien de la Défense Yoav Gallant, au poste frontière de Kerem Shalom, en Israël, le 1er mai 2024. (AP)
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Publié le Jeudi 02 mai 2024

Blinken appelle le Hamas à dire «oui» à une trêve à Gaza et pousse Netanyahou à maintenir le flux des aides

  • «Il y a une très bonne proposition sur la table actuellement. Le Hamas doit dire oui», a déclaré M. Blinken à Tel-Aviv, devant des manifestants israéliens hostiles à la guerre, qui l'ont accueilli chaleureusement
  • Antony Blinken s'est rendu mercredi à Kerem Shalom, un des deux points de passage de l'aide depuis Israël, alors que les Etats-Unis font pression sur leur allié pour qu'il laisse entrer une plus grande quantité de cargaisons

JÉRUSALEM : Le secrétaire d'Etat américain Antony Blinken a appelé mercredi le Hamas à accepter la nouvelle proposition de trêve dans la bande de Gaza et réaffirmé l'opposition de Washington à une offensive sur la ville de Rafah, qu'Israël dit vouloir mener coûte que coûte.

Antony Blinken, qui poursuivait en Israël sa septième mission au Proche-Orient depuis le début de la guerre, le 7 octobre, s'est dit décidé à arracher «maintenant» un accord sur une trêve associée à une libération des otages retenus dans le territoire palestinien.

«Il y a une très bonne proposition sur la table actuellement. Le Hamas doit dire oui», a déclaré M. Blinken à Tel-Aviv, devant des manifestants israéliens hostiles à la guerre, qui l'ont accueilli chaleureusement.

Dans la bande de Gaza, les bombardements israéliens ont fait au moins 33 morts en 24 heures, selon le ministère de la Santé du Hamas.

Les pays médiateurs - Qatar, Etats-Unis et Egypte - attendent la réponse du mouvement islamiste à la dernière proposition en date prévoyant une trêve de 40 jours ainsi que l'échange d'otages contre des Palestiniens détenus par Israël.

D'après un responsable israélien, Israël devait attendre jusqu'à «mercredi soir» une réponse du Hamas avant de décider s'il enverrait une délégation au Caire en vue d'un possible accord.

«Des conditions très claires» 

Après une rencontre lundi, dans la capitale égyptienne, entre une délégation du Hamas et des représentants de l'Egypte et du Qatar, le mouvement palestinien avait promis une réponse rapide.

Le Hamas répondra «dans très peu de temps», a assuré mercredi à l'AFP un de ses dirigeants politiques, Souheil al-Hindi, soulignant que le mouvement exigeait toujours un cessez-le-feu permanent et le retrait d'Israël de la bande de Gaza.

«Le Hamas est ouvert à toute discussion avec la médiation» et «à toutes les initiatives pour mettre fin à la guerre (...) mais sous réserve de conditions très claires auxquelles on ne peut renoncer», a-t-il dit.

«Même en ces temps difficiles, nous sommes déterminés à obtenir un cessez-le-feu ramenant les otages chez eux et à l'obtenir maintenant. Et la seule raison pour laquelle cela ne se ferait pas, c'est le Hamas», a dit M. Blinken en rencontrant à Tel-Aviv le président israélien Isaac Herzog.

Fin novembre, une trêve d'une semaine avait permis la libération de 105 otages, dont 80 Israéliens et binationaux échangés contre 240 Palestiniens détenus par Israël.

Depuis, les tentatives de médiation sont restées vaines.

Le Hamas, qui a pris le pouvoir à Gaza en 2007, réclame en premier lieu un cessez-le-feu «permanent» avant tout accord.

Israël refuse, se disant déterminé à poursuivre l'offensive jusqu'à la «victoire totale» sur le mouvement islamiste, qu'il considère comme une organisation terroriste de même que les Etats-Unis et l'Union européenne.

L'experte Mairav Zonszein, du groupe de réflexion International Crisis Group, a déclaré à l'AFP qu'elle était «pessimiste quant à l'option selon laquelle le Hamas accepterait un accord qui ne comporterait pas de cessez-le-feu permanent».

«Entrer dans Rafah» 

A Jérusalem, M. Blinken a réitéré durant un entretien avec le Premier ministre, Benjamin Netanyahu, l'opposition américaine à une offensive terrestre sur la ville de Rafah, à la lisière sud du territoire palestinien.

M. Netanyahu avait répété mardi qu'il était déterminé à mener cette offensive sur la ville, qu'il considère comme le dernier grand bastion du Hamas, devenue un refuge pour un million et demi de Palestiniens, en grande majorité des déplacés ayant fui la guerre.

«L'idée d'arrêter la guerre avant d'avoir atteint tous nos objectifs est hors de question. Nous allons entrer dans Rafah et y éliminer les bataillons du Hamas, avec ou sans accord» de trêve, a-t-il dit.

La guerre a éclaté le 7 octobre, quand des commandos du Hamas infiltrés depuis la bande de Gaza dans le sud d'Israël ont mené une attaque qui a entraîné la mort de 1.170 personnes, essentiellement des civils, selon un bilan de l'AFP établi à partir de données officielles israéliennes.

Plus de 250 personnes ont été enlevées et 129 restent captives à Gaza, dont 34 sont mortes selon des responsables israéliens.

En représailles, Israël a juré d'anéantir le Hamas et son armée a lancé une offensive dans le territoire assiégé, qui a fait jusqu'à présent 34.568 morts, majoritairement des civils, selon le ministère de la Santé du Hamas.

Mercredi avant l'aube, l'aviation israélienne a mené plusieurs frappes dans le nord et le centre de la bande de Gaza, dont le camp de réfugiés de Nousseirat.

Plus de débris qu'en Ukraine 

La guerre qui a plongé Gaza dans un «enfer humanitaire», selon le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a aussi provoqué d'immenses destructions dans le petit territoire, où il y a aujourd'hui plus de débris et de gravats à déblayer qu'en Ukraine, a affirmé mercredi à Genève le responsable des opérations de déminage de l'ONU pour Gaza.

Le déblaiement de cette énorme masse de 37 millions de tonnes, selon une estimation faite à la mi-avril par l'ONU, est rendu plus dangereux et plus couteux par la présence de munitions non explosées et d'amiante, a expliqué Mungo Birch, responsable du service d'action contre les mines de l'ONU (UNMAS) à Gaza.

Dans le territoire où l'ONU redoute une famine généralisée, l'aide internationale, strictement contrôlée par Israël, arrive au compte-gouttes principalement depuis l'Egypte via Rafah.

Antony Blinken s'est rendu mercredi à Kerem Shalom, un des deux points de passage de l'aide depuis Israël, alors que les Etats-Unis font pression sur leur allié pour qu'il laisse entrer une plus grande quantité de cargaisons.

Suite aux pressions du président américain Joe Biden, Israël a en outre ouvert le passage d'Erez, donnant accès au nord de la bande de Gaza pour l'aide venant de Jordanie.


Libye: des centaines de manifestants contre la présence de migrants dans leurs quartiers

Des centaines de Libyens ont manifesté jeudi à Tripoli devant le siège du Haut-Commissariat aux réfugiés de l'ONU (HCR) contre la présence de migrants en situation irrégulière dans leurs quartiers, appelant à leur expulsion du pays. (AFP)
Des centaines de Libyens ont manifesté jeudi à Tripoli devant le siège du Haut-Commissariat aux réfugiés de l'ONU (HCR) contre la présence de migrants en situation irrégulière dans leurs quartiers, appelant à leur expulsion du pays. (AFP)
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  • "Non à l'installation des migrants et des réfugiés", "La Libye appartient aux Libyens"
  • De son côté, la Mission d'appui de l'ONU en Libye (Manul) a réaffirmé "qu'aucune de ses agences, y compris le HCR, ne met en œuvre de programme de réinstallation" dans le pays

TRIPOLI: Des centaines de Libyens ont manifesté jeudi à Tripoli devant le siège du Haut-Commissariat aux réfugiés de l'ONU (HCR) contre la présence de migrants en situation irrégulière dans leurs quartiers, appelant à leur expulsion du pays.

Après une campagne sur les réseaux sociaux, des centaines de Libyens, cartons rouges à la main symbolisant une demande "d'expulsion", s'étaient donné rendez-vous devant le siège du HCR.

"Non à l'installation des migrants et des réfugiés", "La Libye appartient aux Libyens", ont-ils scandé, appelant aussi à la fermeture des bureaux du HCR qu'ils considèrent responsable de leur présence sur le territoire.

Des pancartes dénonçaient la cheffe du gouvernement italien Giorgia Meloni accusée de vouloir obliger la Libye à garder les candidats à l'émigration illégale sur son territoire. "Non à la signature de conventions pour l'installation (de migrants) avec l'Italie", était-il écrit en arabe à côté d'un portrait de Mme Meloni barré d'une croix rouge.

De son côté, la Mission d'appui de l'ONU en Libye (Manul) a réaffirmé "qu'aucune de ses agences, y compris le HCR, ne met en œuvre de programme de réinstallation" dans le pays. "Les allégations contraires sont catégoriquement fausses", a-t-elle souligné dans un communiqué jeudi soir, se disant "préoccupée par la propagation de fausses informations, de désinformation et de discours haineux concernant le travail de l'ONU" dans le pays.

Depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011, la Libye peine à retrouver sa stabilité. Elle est gérée par deux gouvernements rivaux: celui reconnu par l'ONU basé à Tripoli (ouest) et dirigé par Abdelhamid Dbeibah, et un exécutif à Benghazi (est) contrôlé par le maréchal Khalifa Haftar et ses fils.

"Désinformation" 

Dans ce contexte, passeurs et trafiquants ont profité du climat d'instabilité qui y règne pour développer des réseaux clandestins pour des migrants d'Afrique subsaharienne et de pays asiatiques souhaitant émigrer en Europe par la mer.

A la mi-2024, le Portail sur les données migratoires géré par l'OIM (Organisation internationale pour les migrations, ONU) recensait environ 900.000 migrants et réfugiés en Libye.

La question migratoire provoque souvent des remous dans le pays, alimentés par un discours xénophobe sur les réseaux sociaux.

"L'amour de la patrie n'est pas du racisme!" ou encore "la Libye n'est pas la poubelle du monde", lisait-on sur des pancartes lors du rassemblement jeudi.

Des manifestants faisaient au passage l'amalgame entre les migrants et les réfugiés dont une majorité de Soudanais dont le pays est en proie à une guerre civile.

Les autorités libyennes avaient indiqué en décembre avoir prévu un traitement différencié pour les Soudanais. Le ministre de l'Intérieur, Imad Trabelsi, avait assuré qu'ils bénéficieraient d'un "accès aux soins et aux écoles".

Lundi, le bureau de l'ONU en Libye avait déjà dit noter "avec inquiétude la nouvelle propagation de la désinformation et de discours incendiaires sur les réseaux sociaux", dans un communiqué sur Facebook.

"De tels récits risquent d'alimenter les tensions, la méfiance, la discrimination et la violence, portant ainsi atteinte à la dignité, à la sécurité et au bien-être de la population libyenne", a-t-il ajouté.


Israël et le Liban conviennent de renouveler le cessez-le-feu

Israël et le Liban ont convenu mercredi de "la mise en oeuvre d'un cessez-le-feu" et de la création de "zones pilotes" sous contrôle de l'armée libanaise, selon une déclaration commune publiée à l'issue de deux jours de pourparlers à Washington. (AFP)
Israël et le Liban ont convenu mercredi de "la mise en oeuvre d'un cessez-le-feu" et de la création de "zones pilotes" sous contrôle de l'armée libanaise, selon une déclaration commune publiée à l'issue de deux jours de pourparlers à Washington. (AFP)
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  • Israël et le Liban ont également convenu de participer à un nouveau round de pourparlers la semaine du 22 juin en vue d'un "accord global", ajoute la déclaration
  • Plus tôt, le président Donald Trump avait insisté pour "séparer" les discussions sur le Liban de celles sur l'Iran, alors que Téhéran considère qu'il s'agit d'un seul et même sujet

WASHINGTON: Israël et le Liban ont convenu mercredi de "la mise en oeuvre d'un cessez-le-feu" et de la création de "zones pilotes" sous contrôle de l'armée libanaise, selon une déclaration commune publiée à l'issue de deux jours de pourparlers à Washington.

"A l'issue des négociations menées sous l'égide des Etats-Unis, Israël et le Liban ont convenu de la mise en œuvre d'un cessez-le-feu", qui sera subordonné "à l'arrêt complet des tirs du Hezbollah et à l'évacuation de tous les membres du Hezbollah du secteur du Sud-Litani", peut-on lire dans cette déclaration entre les trois parties aux négociations.

"Les deux parties ont convenu de faire avancer rapidement la mise en place de zones pilotes dans lesquelles les Forces armées libanaises exerceront un contrôle exclusif sur le territoire, à l'exclusion de tous les acteurs non étatiques", selon la même source.

Ces mesures doivent permettre de "progresser vers un accord global de paix et de sécurité".

"Tous les pays ont réaffirmé que l'avenir des relations entre Israël et le Liban devait être décidé par les deux gouvernements souverains. Ils ont rejeté toute tentative, de la part d'un État ou d'un acteur non étatique, de prendre en otage l'avenir du Liban", une référence implicite à l'Iran, accusé de soutenir le Hezbollah pro-iranien.

Israël et le Liban ont également convenu de participer à un nouveau round de pourparlers la semaine du 22 juin en vue d'un "accord global", ajoute la déclaration.

Plus tôt, le président Donald Trump avait insisté pour "séparer" les discussions sur le Liban de celles sur l'Iran, alors que Téhéran considère qu'il s'agit d'un seul et même sujet.

Des délégations israéliennes et libanaises se sont réunies à Washington mardi et mercredi, alors que des frappes israéliennes au Liban ont fait au moins neuf morts, dont un soldat et deux secouristes.


Liban: un média d'Etat rapporte des frappes israéliennes après l'annonce d'un cessez-le-feu conditionnel

Un média d'Etat libanais a fait état jeudi de plusieurs frappes israéliennes sur le sud du pays, quelques heures après l'annonce à Washington d'un accord israélo-libanais pour un cessez-le-feu  conditionné à un "arrêt complet" des tirs du Hezbollah. (AFP)
Un média d'Etat libanais a fait état jeudi de plusieurs frappes israéliennes sur le sud du pays, quelques heures après l'annonce à Washington d'un accord israélo-libanais pour un cessez-le-feu  conditionné à un "arrêt complet" des tirs du Hezbollah. (AFP)
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  • Les deux pays, qui n'entretiennent pas de relations diplomatiques, se sont également mis d'accord pour "faire avancer rapidement la mise en place de zones pilotes dans lesquelles les Forces armées libanaises exerceront un contrôle exclusif"
  • Le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, figure de l'extrême droite, a qualifié jeudi cet accord de "grave erreur"

BEYROUTH: Un média d'Etat libanais a fait état jeudi de plusieurs frappes israéliennes sur le sud du pays, quelques heures après l'annonce à Washington d'un accord israélo-libanais pour un cessez-le-feu  conditionné à un "arrêt complet" des tirs du Hezbollah.

L'Agence nationale d'information (ANI) a annoncé des frappes de drones israéliens le long de routes dans trois localités du sud du Liban, indiquant qu'au moins une d'entre elles avait fait des victimes, sans préciser s'il s'agissait de morts ou de blessés.

Quelques heures plus tôt, l'armée israélienne avait annoncé qu'une "infiltration d'appareil hostile" avait déclenché une alerte aérienne dans un village du nord d'Israël, près de la frontière avec le Liban.

Israël et le Liban sont convenus mercredi, à l'issue de deux jours de pourparlers à Washington, de la mise en oeuvre d'un cessez-le-feu conditionné à un "arrêt complet" des tirs du Hezbollah et à "l'évacuation" de tous les membres du mouvement de la zone située au sud du fleuve Litani, qui coule à une trentaine de kilomètres de la frontière avec Israël.

Les deux pays, qui n'entretiennent pas de relations diplomatiques, se sont également mis d'accord pour "faire avancer rapidement la mise en place de zones pilotes dans lesquelles les Forces armées libanaises exerceront un contrôle exclusif".

Le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, figure de l'extrême droite, a qualifié jeudi cet accord de "grave erreur".

De son côté, Mahmoud Qomati, haut responsable du Hezbollah, avait assuré mardi que sa formation n'accepterait pas un "cessez-le-feu partiel" avec Israël.

Un accord de cessez-le-feu au Liban est entré en vigueur le 17 avril mais les deux parties ont poursuivi leurs attaques à un rythme quasi-quotidien, s'accusant mutuellement de violer la trêve.

Selon l'Organisation mondiale de la Santé, plus de 600 personnes ont été tuées au Liban depuis le 17 avril.

Les frappes israéliennes ont fait 3.516 morts depuis le 2 mars, début de la guerre au Liban, et ont déplacé plus d'un million de personnes, selon les autorités. Côté israélien, 26 soldats et un contractuel civil ont été tués au Liban.