Le comité de l’ONU commence à examiner la demande palestinienne d’adhésion à part entière

 Le Conseil de sécurité tient une réunion au siège de l’ONU à New York. (AFP).
Le Conseil de sécurité tient une réunion au siège de l’ONU à New York. (AFP).
Short Url
Publié le Mardi 09 avril 2024

Le comité de l’ONU commence à examiner la demande palestinienne d’adhésion à part entière

  • En vertu de la législation américaine actuelle, Washington serait tenu de suspendre le financement à l’ONU et à ses organismes si elle accordait l’adhésion à part entière à un État palestinien
  • L’envoyé saoudien soutient que la résolution des États-Unis qui a été rejetée le 22 mars ne comportait pas d’appel clair à un cessez-le-feu immédiat

NEW YORK: Le président du Conseil de sécurité a transféré, lundi, à son comité d’admission la demande de l’Autorité palestinienne de devenir un membre à part entière de l'ONU.

Le comité, composé de quinze membres, devrait décider du statut de la Palestine avant la fin du mois, déclare Vanessa Frazier, représentante permanente de Malte auprès de l’ONU, dont le pays préside le Conseil de sécurité ce mois-ci.

«Le comité devrait délibérer pendant le mois d’avril. Tout membre du conseil peut décider de présenter une demande d’adhésion qui sera votée à tout moment, comme il est de rigueur au sein du conseil», déclare-t-elle.

Le comité d’admission s’est réuni, lundi après-midi, pour entamer l’examen de la candidature. Il en évaluera la recevabilité avant de décider s’il convient de suspendre la candidature ou de la soumettre au vote du Conseil de sécurité. Son adoption nécessite au moins neuf voix en faveur de l’adhésion et aucun veto de la part des cinq membres permanents du conseil: les États-Unis, la Russie, la Chine, la France et le Royaume-Uni.

La nécessité pour l’État de Palestine de devenir membre à part entière de l’ONU est désormais «plus urgente que jamais», soutient lundi le groupe des nations arabes à l’ONU. Son adhésion servirait de «véritable coup de pouce aux efforts visant à résoudre le conflit dans la région et à mettre fin à l’occupation, sur la base de deux États».

Abdelaziz al-Wasil, représentant permanent de l’Arabie saoudite auprès de l’ONU et président du Groupe arabe pour le mois d’avril, affirme: «Nous sommes impatients de recevoir le soutien nécessaire à cet égard».

Le président palestinien Mahmoud Abbas a formulé une demande d’adhésion à l’ONU en 2011. Elle n’a pas été examinée par le Conseil de sécurité mais, l’année suivante, l’Assemblée générale a accordé à «l’État de Palestine» le statut plus limité d’État observateur non membre.

La semaine dernière, l’Autorité palestinienne a soumis une lettre au secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, demandant au Conseil de sécurité de réexaminer la demande d’adhésion à part entière.

Toutefois, en vertu de la législation américaine actuelle, Washington serait tenu de suspendre le financement à l’ONU et à ses organismes si elle accordait l’adhésion à part entière à un État palestinien.

Robert Wood, le représentant adjoint des États-Unis auprès de l’ONU, a rappelé, la semaine dernière, que la pleine reconnaissance par l’ONU d’un État palestinien signifierait que le pays «mettra fin au financement accordé à l’ONU, selon la loi américaine en vigueur».

Avant la réunion du Conseil de sécurité de lundi, M. Wood a répété que la position de Washington sur l’adhésion palestinienne à part entière à l’ONU est «une décision qui devrait être négociée entre Israël et les Palestiniens. Il est important qu’ils parviennent à un accord. Ainsi, l’adhésion à part entière pourra voir le jour».

L’ambassadeur d’Israël auprès de l’ONU, Gilad Erdan, soutient que l’adhésion de la Palestine à l’ONU serait «la récompense la plus ignoble pour les crimes les plus abjects».

Il ajoute: «Le simple fait que cette discussion ait lieu est déjà une victoire pour la terreur génocidaire. Quelle est la prochaine étape? Envisager la candidature d’adhésion de Daech à l’ONU?»

«Si le Conseil de sécurité choisit de récompenser ainsi la barbarie, il sera à jamais connu sous le nom de “Conseil du terrorisme”. Tout au long de l’histoire, il n’y aurait pas eu de plus grande récompense pour le mal.»

Il a tenu ces propos lors d’une session de l’Assemblée générale des Nations unies déclenchée par un mécanisme connu sous le nom «Initiative sur le droit de veto». Il s’agit d’une résolution historique adoptée en 2022 dans le but de tenir les cinq membres permanents du Conseil de sécurité responsables de l’utilisation de leur pouvoir de veto. Il exige que le président de l’Assemblée générale convoque une réunion formelle de ses 193 membres dans les dix jours ouvrables suivant l’utilisation du droit de veto par un membre permanent pour débattre de la situation dans laquelle le veto a été exprimé. Le 22 mars, la Russie et la Chine ont utilisé leur droit de veto contre une résolution initiée par les États-Unis qui, selon elles, ne parvenait pas à appeler à la mise en place «sans réserve» d’un cessez-le-feu.

Interrogé sur le rejet par Erdan de l’adhésion des Palestiniens à l’ONU, le représentant permanent de la Russie auprès de l’organisation, Vassili Nebenzia, déclare: «Ils rejettent également l’idée de la solution à deux États, alors à quoi vous attendiez-vous?»

Riyad Mansour, représentant permanent de la Palestine auprès de l’ONU, s’adresse à l’Assemblée générale: «Pourquoi les Palestiniens continuent-ils d’être exclus de la communauté des nations? Comment se fait-il que le parti qui colonise et commet le génocide puisse être membre à part entière de ces Nations unies et que le parti attaché au rôle du droit international et d’une paix juste et durable ne puisse pas l’être?»

«La reconnaissance de l’État de Palestine et son adhésion à l’ONU ne suffisent pas à mettre fin à cette occupation illégale. Mais elles constituent le premier pas vers cet objectif urgent et attendu depuis longtemps.»

«Arrêtez le génocide. Garantissez la responsabilité. Reconnaissez la Palestine et soutenez son adhésion à l’ONU. Mobilisez-vous pour la liberté de la Palestine et nous parviendrons à la paix, tous ensemble.»

M. Al-Wasil déplore le fait que, six mois après le début de la guerre à Gaza, «le Conseil de sécurité fasse échouer les résolutions qui appellent clairement à un cessez-le-feu, ou présente des résolutions qui évitent d’exiger clairement un cessez-le-feu immédiat».

L’envoyé saoudien soutient que la résolution des États-Unis qui a été rejetée le 22 mars ne comportait pas d’appel clair à un cessez-le-feu immédiat et «manquait de garanties claires qui empêcheraient une nouvelle escalade».

M. Al-Wasil souligne que, en ignorant la responsabilité d’Israël, en tant que puissance occupante, dans les atrocités perpétrées à Gaza, la résolution américaine aurait donné «le feu vert à la machine de guerre israélienne pour poursuivre ses massacres contre des civils non armés».

Au nom du Groupe arabe, M. Al-Wasil a, une fois de plus, appelé à la pleine mise en œuvre de la résolution 2728, adoptée par le Conseil de sécurité le 25 mars et appelant à un cessez-le-feu immédiat pendant le ramadan. Ne pas le faire mettrait le conseil à l’épreuve et «soulèverait des questions quant à la pertinence de son existence», poursuit-il.

M. Al-Wasil nie la suggestion selon laquelle un cessez-le-feu immédiat retarderait ou entraverait les efforts diplomatiques sur le terrain pour obtenir la libération des prisonniers et des détenus «des deux côtés».

Il ajoute: «Cette excuse permet aux forces d’occupation israéliennes de gagner du temps pour continuer à perpétrer leurs crimes et atrocités contre des civils non armés et à cibler les infrastructures, y compris les hôpitaux, les écoles, les zones résidentielles et les lieux de culte, sans parler des équipes médicales et humanitaires.»

Le Groupe arabe a également appelé tous les pays qui exportent des armes vers Israël à cesser de le faire et à s’efforcer plutôt de tenir Israël responsable «des crimes qu’il a perpétrés et continue de commettre».

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Trump assure que sa relation avec Netanyahu est "très bonne" en dépit des désaccords sur Gaza

Le président américain Donald Trump (à droite) accueille le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu (à gauche) à son arrivée à la résidence de Trump à Mar-a-Lago, à Palm Beach, en Floride, le 29 décembre 2025. (AFP)
Le président américain Donald Trump (à droite) accueille le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu (à gauche) à son arrivée à la résidence de Trump à Mar-a-Lago, à Palm Beach, en Floride, le 29 décembre 2025. (AFP)
Short Url
  • Donald Trump affirme que sa relation avec Benjamin Netanyahu reste « très bonne », malgré les désaccords sur la feuille de route américaine pour Gaza
  • Netanyahu refuse tout retrait israélien tant que le Hamas ne sera pas désarmé, tout en affirmant qu’Israël continuera à défendre ses propres positions face à Washington

WASHINGTON: Donald Trump a assuré lundi que sa relation avec Benjamin Netanyahu restait "très bonne", après que ce dernier a rejeté la dernière feuille de route américaine pour Gaza.

Le Premier ministre israélien avait déjà exprimé des réticences sur ce texte censé lancer la deuxième étape du plan de paix.

L'armée israélienne "n'effectuera aucun retrait tant que le Hamas ne sera pas véritablement désarmé", a déclaré Benjamin Netanyahu, qui tente de donner des gages à ses alliés d'extrême droite avant de délicates élections législatives en septembre.

Il a qualifié le président américain de "plus grand ami (d'Israël) à la Maison Blanche", tout en faisant comprendre qu'il était prêt à lui tenir tête: "Ils ont des idées, certaines nous conviennent et d'autres non, et nous savons défendre nos positions sur ces questions."

Les relations entre les deux dirigeants ont connu des difficultés au printemps.

Donald Trump, en des termes très virulents, a reproché en avril à Benjamin Netanyahu de saper des négociations en vue d'un cessez-le-feu avec l'Iran.


Trump va réclamer lui aussi des "compensations" à l'Iran

Le président Trump a appelé l’Iran à verser des compensations. (AFP)
Le président Trump a appelé l’Iran à verser des compensations. (AFP)
Short Url
  • Donald Trump affirme que Washington réclamera à l’Iran des compensations pour les victimes et dégâts liés à ses attaques et conflits passés
  • Ces nouvelles exigences pourraient compliquer davantage les négociations sur le détroit d’Ormuz, alors que Téhéran réclame lui aussi des réparations et la levée des sanctions américaines

WASHINGTON: Donald Trump a déclaré lundi sur son réseau Truth Social que les Etats-Unis allaient réclamer des "compensations" pour des attaques menées par l'Iran depuis des décennies contre des adversaires à l'étranger ou contre des manifestants sur son sol.

Le président américain a assuré que cette demande serait faite "fermement" dans toute négociation, en réponse à une exigence de longue date des autorités iraniennes, qui conditionnent tout accord sur le détroit d'Ormuz au versement de réparations américaines.

L'Iran "demande des compensations pour les dommages qu'ils ont subis pendant les cinq mois de conflit militaire", a écrit Donald Trump, "bien que cela n'ait jamais été évoqué dans aucune de nos négociations ou réunions."

"Mais c'est une idée intéressante parce que, de la même manière, je demande moi aussi des compensations à l'Iran, pour tous les gens qu'ils ont tués et blessés" dans des attaques et "conflits", dont "les familles de ceux tués sur l'USS Cole", un navire de guerre américain frappé par un attentat meurtrier en 2000 au Yémen, a ajouté le milliardaire républicain.

Donald Trump a ajouté que "des compensations devraient être versées pour les familles des centaines de milliers de manifestants innocents que l'Iran a tués ces dernières cinquante années, sans même parler des 52.000 tués ces cinq derniers mois".

Un peu plus tard, dans une autre publication, le président octogénaire a jugé que l'Iran devait être tenu "responsable des dégâts et morts causés au Liban, en Syrie, au Yémen et à Gaza".

Ces nouvelles exigences de l'imprévisible dirigeant américain risquent de mettre hors de portée un accord rapide sur le détroit d'Ormuz, qui paraissait déjà bien improbable alors que l'Iran exige de son côté l'acceptation par Washington de "toutes" ses conditions.

Téhéran juge que les Etats-Unis doivent "mettre fin définitivement à la guerre et à l'agression" contre l'Iran et ses alliés, y compris au Yémen et en Irak, lever leur blocus des ports iraniens, "indemniser intégralement l'Iran pour les dommages causés" par les hostilités, lever les sanctions contre l'économie et débloquer "sans condition" les avoirs iraniens gelés.

Dimanche, Donald Trump a laissé entendre qu'il n'avait besoin d'engager ni une offensive militaire majeure ni un effort diplomatique particulier, en assurant qu'il lui suffisait d'"observer" les difficultés économiques de l'Iran.


L'Iran exige pour rouvrir Ormuz que les Etats-Unis acceptent "toutes" ses conditions

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araqchi. (Photo d’archives/AFP)
Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araqchi. (Photo d’archives/AFP)
Short Url
  • L’Iran maintient le détroit d’Ormuz fermé et exige la fin de la guerre, la levée du blocus et des sanctions, ainsi que des compensations avant toute réouverture
  • Malgré des échanges indirects avec Washington, les négociations restent bloquées, tandis que les tensions régionales s’intensifient avec la reprise des attaques des Houthis au Yémen

TEHERAN: Le détroit d'Ormuz, enjeu majeur de la guerre au Moyen-Orient, restera verrouillé tant que Washington n'acceptera pas "toutes" les conditions posées par Téhéran, ont insisté dimanche les Gardiens de la Révolution, éloignant l'espoir d'un règlement rapide du conflit.

Minimisant ces exigences, le président Donald Trump a déclaré dans une interview au média Axios que les Etats-Unis restaient "discrets" et se contentaient "d'observer l'Iran avec son inflation galopante", une économie en "très mauvais état" et le risque selon lui de ne plus pouvoir payer ses troupes.

Les Etats-Unis imposent depuis juillet un blocus des ports iraniens qui, selon lui, aggrave la crise économique en Iran.

"Ça va s'arranger. Ça finit toujours par s'arranger", a estimé le président, qui a multiplié les déclarations contradictoires sur le conflit. "C'est comme une partie d'échecs", a-t-il estimé.

Au coeur des hostilités: le détroit d'Ormuz, verrouillé par Téhéran, que le puissant corps des Gardiens de la Révolution ont affirmé considéré comme "un théâtre de guerre et plus seulement (comme) une voie maritime".

"Notre stratégie actuelle est de maintenir ce détroit fermé jusqu'à ce que l'ennemi accepte toutes nos conditions", ont-ils dit.

Loin devant le nucléaire et les missiles iraniens avancés fin février pour justifier l'offensive américano-israélienne, la réouverture de ce passage vital pour le commerce mondial d'hydrocarbures est désormais la priorité n°1 de Donald Trump. Ces derniers jours encore, il n'a cessé de promettre que les discussions allaient bon train et que son déblocage était imminent.

Mais les conditions listées samedi par Téhéran pourraient mener au bras de fer: les Etats-Unis doivent "mettre fin définitivement à la guerre et à l'agression" contre l'Iran et ses alliés, y compris au Yémen et en Irak, lever leur blocus des ports iraniens, "indemniser intégralement l'Iran pour les dommages causés" par les hostilités, lever les sanctions contre l'économie et débloquer "sans condition" les avoirs iraniens gelés.

Nombre de ces dispositions figuraient déjà dans le protocole d'accord irano-américain signé en juin, qui devait ouvrir la voie à des négociations plus larges et avait permis une brève réouverture d'Ormuz couplée d'un reflux des prix du pétrole - avant que le processus ne déraille.

Alors que des divergences avec les Etats-Unis ont émergé au fil du conflit, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a lui insisté dimanche sur le volet nucléaire, redisant qu'"avec ou sans accord", l'ennemi iranien "n'aurait pas d'armes nucléaires".

- "Semi-négociations" -

Tout en réfutant la tenue de négociations avec Washington - dont le président américain s'est plusieurs fois prévalu - le chef de la diplomatie iranienne a fait état dimanche d'"un échange de messages à travers des intermédiaires".

"Ca ne s'appelle pas une négociation. Ca s'appelle échanger des messages", a argué Abbas Araghchi. Il a exclu de renouer le dialogue "tant que les violations américaines" du protocole d'accord ne cessaient pas.

L'Iran affirme ne dialoguer qu'avec Oman, l'autre pays riverain du détroit d'Omuz, pour tracer un futur itinéraire de passage. Ces discussions en sont toujours à leur "phase finale", a redit M. Araghchi.

"Nous ne faisons que des semi-négociations avec eux", a lancé Donald Trump, auprès d'Axios.

Téhéran refuse de revenir à la situation d'avant-guerre et entend imposer des frais de service à Ormuz, contre l'avis de Washington.

- Pause dans les bombardements -

Les bombardements américains ont cessé depuis plus d'une semaine, mais Donald Trump avait conditionné cette suspension à la conclusion d'un accord rapide.

Sur le front de guerre le plus récent, les Houthis du Yémen ont revendiqué dimanche une frappe de drone sur la raffinerie du géant pétrolier saoudien Aramco, sur la mer Rouge.

Ryad, qui soutient le gouvernement yéménite face aux rebelles, a annoncé qu'un incendie, dont il n'a pas précisé la cause, avait été maîtrisé sur le site.

Les Houthis ont aussi tiré des missiles balistiques et des drones sur des "troupes de l'ennemi saoudien et des dépôts d'armes dans la zone de Mokha", ville portuaire yéménite plus au sud, faisant selon une source médicale au moins 11 morts, civils et militaires.

Après quatre ans d'accalmie, les hostilités ont repris en juillet, marquant une nouvelle étape de l'embrasement régional consécutif à la guerre irano-américaine.

Les Houthis avaient alors annoncé un blocus des navires saoudiens en mer Rouge, devenue un passage essentiel pour le transport d'hydrocarbures depuis qu'Ormuz est paralysé. Ils ont aussi frappé à plusieurs reprises le royaume, pour la première fois depuis une trêve négociée en 2022.

L'Arabie saoudite, alliée des Etats-Unis et déjà ciblée par l'Iran pendant la guerre, a signé vendredi avec le Pakistan et la Turquie un pacte de défense mutuelle.