Gaza: Le calvaire d’une jeune Palestinienne ayant perdu un membre après une attaque israélienne

Ahed, 17 ans, fait partie des plus de 1 000 enfants de Gaza qui ont perdu une jambe ou les deux depuis le 7 octobre (Photo fournie).
Ahed, 17 ans, fait partie des plus de 1 000 enfants de Gaza qui ont perdu une jambe ou les deux depuis le 7 octobre (Photo fournie).
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Publié le Mercredi 06 mars 2024

Gaza: Le calvaire d’une jeune Palestinienne ayant perdu un membre après une attaque israélienne

  • Les enfants blessés sont traités sans anesthésie, sans accès à une prothèse ou sans soutien psychologique pour des blessures qui changent leur vie
  • Les enfants blessés sont traités sans anesthésie, sans accès à une prothèse ou sans soutien psychologique pour des blessures qui changent leur vie Le système de santé s'efforce de faire face aux restrictions israéliennes qui privent les hôpitaux d'électri

GAZA: En baissant les yeux pour découvrir que son pied droit n'était plus attaché qu'à quelques lambeaux de peau, Ahed, 17 ans, encore en état de choc, a demandé au cousin qui la portait de confirmer ce qu'elle savait déjà. «Ma jambe, est-elle partie?»

Résidente de la ville de Gaza, Ahed fait partie des plus de 1 000 enfants de l'enclave palestinienne qui ont perdu une jambe ou les deux depuis qu'Israël a lancé ses représailles contre l'attaque menée par le Hamas le 7 octobre, selon l’Unicef.

En moyenne, au moins 10 enfants de Gaza perdent une jambe ou les deux chaque jour.

Les autorités de Gaza affirment qu'un grand nombre des 30 500 personnes tuées depuis le 7 octobre sont des enfants (Photo, AFP).

«Le 19 décembre, je suis montée au sixième étage de notre immeuble pour appeler mon père, qui est à l'étranger depuis six ans», a révélé Ahed à Arab News. «Je voulais fermer le rideau de la cuisine parce qu'il y avait un char israélien juste derrière la fenêtre.

«J'ai fermé le rideau, je me suis assise sur la chaise et j'ai croisé les jambes – pour me retrouver, en une fraction de seconde, face contre terre, incapable de bouger un muscle», a-t-elle indiqué.

«Le char m'a heurté.»

Libérée des décombres par sa mère et sa sœur, Ahed a été transportée par un cousin jusqu'à son oncle, un médecin qui vit dans le même immeuble. «Ils m'ont placée sur la table à manger, où ma mère préparait de la pâte pour le pain», a-t-elle expliqué.

À défaut de matériel médical, l'oncle d'Ahed a nettoyé la plaie du mieux qu'il a pu avec du savon et une éponge utilisée pour la vaisselle, a suturé les artères avec du fil pour arrêter l'hémorragie et a pratiqué l'amputation avec un couteau de cuisine.

«Il n'y avait pas d'agent anesthésiant», a précisé Ahed. «Mon anesthésie était le Coran. Je n'arrêtais pas de réciter le Coran.»

Les jeunes exposés à l’explosion de la violence sont plus susceptibles de subir des blessures à vie que les adultes (Photo, AFP).

Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), de nombreuses opérations pratiquées sur des enfants à Gaza depuis le début du conflit ont été effectuées sans anesthésie, le système de santé de l'enclave palestinienne ayant été paralysé par les combats.

Pour garder la plaie aussi propre que possible, la famille d'Ahed a dû faire bouillir et réutiliser la compresse. Cela a duré quatre jours, car le siège israélien sur le quartier de la famille l'a empêchée de se rendre à l'hôpital principal de Gaza, Al-Shifa, qui se trouve à cinq minutes en voiture.

Lorsqu'elle a finalement été admise dans le petit hôpital de l'Association des amis des patients, situé à environ un kilomètre d'Al-Shifa, Ahed a dû subir d'autres interventions chirurgicales, toujours sans anesthésie ni soulagement de la douleur.

«J'ai subi une intervention chirurgicale parce que rien de ce que mon oncle utilisait n'était stérilisé, et j'ai également subi une grave fracture de la jambe gauche», a-t-elle dévoilé.

Les Israéliens ont tué 30 000 Palestiniens dans la bande de Gaza depuis le 7 octobre 2023 (Photo, Reuters).

De nombreux Palestiniens ont perdu des membres qui auraient pu être sauvés dans des circonstances normales. Mais en raison d'une pénurie de personnel médical, de fournitures et de carburant pour faire fonctionner les générateurs des hôpitaux, de nombreux patients ne sont pas examinés à temps.

Selon l’OMS, 30% des médecins de Gaza seulement sont encore en activité et 13 des 36 hôpitaux de l’enclave restent partiellement fonctionnels. Dans le sud, neuf hôpitaux fonctionnent à trois fois leur capacité prévue dans un contexte de pénurie critique de fournitures de base et de carburant.

«Le manque d'accès aux ressources médicales et le siège de la bande de Gaza ont provoqué des pénuries de médicaments et d'équipements, ce qui a conduit les établissements de santé à recourir à des amputations pour prévenir d'autres infections», a déclaré à Arab News, Lise Salavert, responsable du plaidoyer humanitaire chez Handicap International.

«Les enfants souffrent de douleurs intenses et sont sujets à davantage d'infections en raison du manque d'hygiène dans les refuges. Le froid et les fortes pluies à Gaza exposent également les enfants amputés à des risques sanitaires supplémentaires», a-t-elle ajouté.

EN CHIFFRES

  • 10 enfants par jour, en moyenne, ont perdu une ou deux jambes depuis le 7 octobre (Save the Children).

 

  • 1 000 enfants amputés d'une ou des deux jambes depuis le 7 octobre (Unicef).

 

  • 13 hôpitaux partiellement fonctionnels sur les 36 que compte Gaza (OMS).

 

  • 30% des médecins de Gaza qui travaillaient avant le conflit et qui sont encore en activité (OMS).

«Ces enfants ont besoin de prothèses pour leur mobilité et leur indépendance, mais la pénurie de fournitures ne leur permet pas de recevoir des prothèses personnalisées et la formation nécessaire. Ces enfants auront besoin d'un soutien continu jusqu'à la fin de leur croissance et d'un changement ou d'un ajustement régulier de leur prothèse», a-t-elle précisé.

Selon l’agence d’aide humanitaire Save the Children, les jeunes exposés à des violences explosives sont plus susceptibles de subir des blessures qui changent leur vie que les adultes.

 «Leurs cous et leurs torses sont plus faibles, de sorte qu'il faut moins de force pour provoquer une lésion cérébrale», a écrit Jason Lee, directeur national de Save the Children pour les territoires palestiniens occupés, dans un rapport publié au début de cette année.

«Leurs crânes ne sont pas encore complètement formés et leurs muscles peu développés offrent moins de protection, de sorte qu'une explosion est plus susceptible de déchirer les organes de leur abdomen, même s'il n'y a pas de dommages visibles», a-t-il mentionné.

Les agences d'aide à l'étranger offrent aux enfants de Gaza des possibilités de guérison et de réhabilitation qui leur sont inaccessibles (Photo, AFP).

«Le meurtre et la mutilation d'enfants sont condamnés comme une grave violation des droits de l'enfant, et les auteurs de ces actes doivent rendre des comptes», a-t-il ajouté.

Bien sûr, toutes les blessures ne sont pas visibles. Les cicatrices psychologiques infligées aux enfants pris dans les zones de conflit causent des dommages durables. Pourtant, il est peu probable qu'un soutien professionnel soit mis à la disposition de ces jeunes, même une fois le conflit terminé.

Salavert, d’Handicap International, a averti que «les traumatismes non traités peuvent entraîner des handicaps mentaux et physiques durables» et que «la prévalence des handicaps mentaux et physiques dans la bande de Gaza devrait augmenter de manière significative au fur et à mesure que le conflit se poursuit.

«Le conflit a également réduit de manière significative la capacité des centres de diagnostic et de réadaptation existants à Gaza en raison des dommages importants et de la destruction des infrastructures civiles.»

«Le fait de subir une blessure bouleversante à un jeune âge, comme une amputation alors qu'il est éveillé, peut avoir des conséquences profondes et durables sur la santé mentale des enfants. Ces expériences peuvent entraîner des sentiments de choc, de peur et d'impuissance, provoquant un traumatisme immédiat», a ajouté Salavert.

Subir une blessure qui bouleverse la vie d’un enfant à un jeune âge peut avoir des conséquences profondes et durables sur la santé mentale des enfants, a déclaré Lise Salavert à Arab News (Photo, AFP).

«Les enfants peuvent ressentir une douleur et une détresse intenses pendant l'intervention, ce qui peut entraîner un syndrome de stress post-traumatique, de l'anxiété et une dépression. La perte d'un membre peut également entraîner des sentiments de chagrin, de perte et de manque d'identité», a-t-elle expliqué.

«En outre, les enfants peuvent avoir des difficultés à s'adapter à leurs nouvelles capacités physiques, ce qui peut avoir un impact sur leur estime de soi et leur image corporelle. Ils peuvent également être confrontés à des sentiments d'isolement et de stigmatisation.»

La terreur d'Ahed a été aggravée par les combats qui se déroulaient autour d'elle. Alors qu'elle était en convalescence à l'hôpital de l'Association des amis des patients, les forces israéliennes ont attaqué le quartier.

«J'avais peur de revivre la même expérience», a-t-elle révélé. «Chaque fois que j'entendais le bruit d'un char, je disais à ma mère de me tourner vers le côté droit, qui a subi des dommages importants, pour protéger mon côté gauche au cas où les forces israéliennes nous bombarderaient.»

Jeeda al-Hakim, psychologue conseillère spécialisée à la City University of London, a déclaré qu'après avoir perdu un bras ou une jambe, un enfant éprouve un  déchirement à cause de la perte de son membre».

Elle a révélé à Arab News que «les premiers stades peuvent être marqués par la confusion, parce que les personnes concernées ne comprennent pas toujours ou n'apprécient pas pleinement la perte de leurs capacités physiques. Elles peuvent avoir du mal à s'engager dans certaines de leurs activités antérieures», ce qui, en réponse, peut provoquer une série d'émotions pénibles.

«Ils peuvent aussi pleurer la vie qu’ils ont eue avant la blessure», a-t-elle indiqué.

Israël mène une campagne aérienne et terrestre dévastatrice dans la bande de Gaza (Photo, AFP).

Après la perte d'un membre, les enfants éprouvent également «un retrait émotionnel parce qu'ils essaient de faire face à la violence – ils peuvent commencer à se retirer ou à ne pas montrer d'émotions envers ce qui se passe, ou envers les autres membres de la famille», a évoqué Al-Hakim.

«Nous pouvons le constater sur certaines images lorsque nous regardons ce qui se passe à Gaza.»

Elle a également souligné qu'un enfant pouvait présenter des «symptômes psychosomatiques», c'est-à-dire des «symptômes physiques, tels que des maux de tête, des maux d'estomac, des douleurs thoraciques, des difficultés respiratoires et des troubles de l'élocution, qui n'ont généralement pas de marqueurs biologiques».

Mettant en évidence l'importance d'un réseau de soutien pour faire face à la situation et se rétablir, Al-Hakim a précisé que la perte de membres de la famille et de prestataires de soins aggravait encore la situation difficile des enfants de Gaza qui ont subi des blessures qui ont changé leur vie.

L'Unicef estime qu'au moins 17 000 enfants de la bande de Gaza sont non accompagnés ou séparés de leurs parents.

De plus, le manque d'accès aux médicaments «augmente le risque d'exclusion des espaces communautaires sûrs, comme les refuges, à cause de la stigmatisation ou de la crainte de comportements imprévisibles», a noté Salavert, d’Handicap International.

Le manque d'éléments de base tels que la nourriture, l'eau, les abris et les installations sanitaires signifie également qu'il est impossible pour les enfants de Gaza de se rétablir mentalement et physiquement.

Appelant à «un cessez-le-feu de longue durée avec des livraisons massives d'aide humanitaire» à Gaza, Salavert a déclaré: «Tant que les besoins humanitaires de base ne seront pas couverts et que les enfants ne se sentiront pas en sécurité, il sera difficile, voire impossible, de travailler sur les questions de santé mentale.»

Le manque de produits de base tels que la nourriture, l'eau, les abris et les installations sanitaires signifie également qu'il est impossible pour les enfants de Gaza de se rétablir mentalement et physiquement (Photo, AFP).

Elle a averti que «l'impact de ces blessures sur leurs perspectives d'avenir, notamment en matière d'éducation, d'emploi et de qualité de vie en général, ne peut être sous-estimé.

«Il est essentiel que les efforts de reconstruction d'après-guerre donnent la priorité aux besoins de ces enfants. L'aide et le soutien humanitaires seront essentiels pour relever ces défis et offrir un avenir plein d'espoir à ces enfants.»

Entre-temps, les agences d'aide à l'étranger offrent aux enfants de Gaza des possibilités de guérison et de réhabilitation auxquelles ils n'ont pas accès.

Avec l'aide de Palestine Children's Relief Fund, une organisation humanitaire qui apporte une aide médicale aux enfants de Palestine, Ahed est aujourd'hui soignée aux États-Unis dans les hôpitaux Shriners pour enfants.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


«Si le Liban echoue, cela impactera sur la région et sur l'Europe», déclare Haneen Sayed, ministre des Affaires sociales, à Arab News

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  • Haneen Sayed avertit que la guerre et les déplacements risquent d'accélérer l'effondrement institutionnel et le déclin économique du Liban
  • Beyrouth appelle à un cessez-le-feu et à un soutien mondial pour reconstruire l'autorité de l'État et contenir l'influence du Hezbollah

NEW YORK CITY : Haneen Sayed, ministre libanaise des Affaires sociales, a profité de sa visite à New York et à Washington cette semaine pour souligner le besoin urgent de renforcer les institutions de l'État alors que le pays est confronté aux pressions combinées de la guerre, des déplacements massifs de population et de la pression économique.

Elle a déclaré que le renforcement de l'État libanais, de l'armée aux services sociaux, est essentiel non seulement pour répondre à la crise humanitaire immédiate, mais aussi pour restaurer la confiance du public et prévenir toute nouvelle érosion institutionnelle à un moment critique.

Mme Sayed a également souligné l'importance des pourparlers directs entre le Liban et Israël qui auront lieu cette semaine à Washington et qui visent à obtenir un cessez-le-feu entre Israël et la milice du Hezbollah soutenue par l'Iran, affirmant que l'arrêt de la violence est une première étape nécessaire pour rendre les négociations viables.

S'adressant à Arab News au siège des Nations unies à New York avant de participer aux réunions de printemps du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale à Washington, M. Sayed a décrit l'ampleur de la crise à laquelle le Liban est confronté.

"Lorsque le Hezbollah a décidé de lancer six missiles sur la frontière (israélienne) le 2 mars, ce qui nous a entraînés dans cette guerre, notre économie ne s'était pas encore rétablie", a-t-elle déclaré.

"Notre secteur financier et les réformes que nous avons entreprises l'année dernière en tant que gouvernement n'ont pas encore porté leurs fruits. Au niveau régional, nos partenaires du Golfe font face à leurs propres défis et, au niveau mondial, les financements sont en baisse depuis deux ans.

"Nous comprenons les contraintes, mais notre message à la communauté internationale est que le Liban ne peut pas échouer : en tant que pays, en tant que gouvernement ou en tant qu'idée. L'échec du Liban aurait des conséquences pour ses voisins, la région et même l'Europe."

Le 2 mars, le Hezbollah a lancé des roquettes et des drones sur le nord d'Israël en représailles à l'assassinat par les États-Unis et Israël du guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, le 28 février. Israël a répondu par une nouvelle offensive aérienne et terrestre contre le Liban.

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Un volontaire de la Croix-Rouge libanaise inspecte les dégâts subis par ses véhicules de secours sur le site d'une attaque de drone israélien, le 13 avril. (AFP)


Les perspectives de paix restent incertaines après qu'Israël a déclaré le 11 avril qu'il ne discuterait pas d'un cessez-le-feu avec le Hezbollah lors des discussions avec les responsables libanais à Washington, selon les médias.

À ce jour, le conflit a fait plus de 2 000 morts, plus de 6 500 blessés et plus d'un million de personnes déplacées à travers le pays, selon les autorités libanaises.

M. Sayed a vivement critiqué le rôle du Hezbollah dans le conflit et son impact plus large sur le pays. "Le Hezbollah est un groupe armé dont les activités sont illégales", a-t-elle déclaré.

"Je ne crois pas que le Hezbollah ait réussi à défendre le pays et son peuple. Il n'a fait qu'apporter la dévastation à son peuple, à son pays.

Ces propos ont été tenus alors que le chef du Hezbollah, Naim Qassem, a appelé le gouvernement libanais à annuler les pourparlers directs avec Israël à Washington, les qualifiant d'"inutiles" et d'une forme de "soumission et de capitulation".

Il a également promis que le Hezbollah poursuivrait ses opérations militaires et ne rendrait jamais ses armes, affirmant que le groupe se battrait "jusqu'à son dernier souffle" et qu'il était prêt à une confrontation prolongée.

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Environ 85 % des personnes déplacées ne se trouvent pas dans des abris officiels. (AFP)



La réponse de M. Sayed à cette menace reflète une réalité difficile mais inéluctable. Nous ne nous attendions pas à ce que Naim Qassem vienne nous dire : "D'accord, nous allons nous asseoir à la table avec vous", a-t-elle déclaré.

"Et bien sûr, il y a un facteur externe majeur, à savoir les soutiens du Hezbollah, y compris l'Iran, et cela se joue sur un autre front. Je pense que les décisions ne sont pas prises uniquement par le Hezbollah lui-même.

Il y a, en quelque sorte, un "grand frère" qui prend ces décisions, ce qui est préjudiciable à notre pays. Nous espérons que cette question sera abordée dans le cadre d'un accord régional plus large.

La priorité du Liban reste le renforcement de l'État lui-même, a-t-elle déclaré. "Il faut du temps et de la patience, et maintenir le cap en voulant ce qu'il y a de mieux pour le pays.

"Nous voulons une armée forte. Si l'armée libanaise est en mesure de protéger les citoyens, c'est ce que nous voulons, plutôt qu'une faction armée, qui n'a pas réussi à protéger les gens. Elle a semé la dévastation sur son propre territoire".

M. Sayed a également souligné que l'État devait être le principal fournisseur de services et de sécurité. "Les gens ont besoin d'être rassurés sur la présence de l'État et sur le fait qu'en fin de compte, seul l'État peut vraiment les protéger.

Elle a ajouté que le renforcement des capacités de l'État doit aller de pair avec le soutien international, car le Liban est confronté à des pressions à la fois sécuritaires et sociales. Ces pressions ont alimenté les craintes d'instabilité interne.

Si Mme Sayed s'est déclarée convaincue que le Liban pourrait éviter un retour à la guerre civile, elle a néanmoins reconnu la pression qu'elle subit. "Pour être honnête, nous sommes à bout de souffle", a-t-elle déclaré. "On ne peut pas s'en cacher, et toutes les communautés sont anxieuses.

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Une pelleteuse dégage les décombres d'un bâtiment dans le quartier de Hay al-Selloum à Beyrouth, visé par une frappe israélienne. (AFP)
 


Elle a expliqué qu'elle se rendait régulièrement dans des abris pour personnes déplacées et qu'elle était témoin des difficultés croissantes. "On voit le désespoir sur les visages des mères, les maris et les fils assis dans les abris, attendant que quelque chose se passe.

Selon elle, l'aggravation des conditions pourrait intensifier la pression sur des communautés déjà fragiles, d'autant plus que la plupart des personnes déplacées ne sont pas dans des abris formels mais restent dans des communautés d'accueil ou comptent sur des économies qui s'épuisent rapidement.

La situation humanitaire est gérée sous une forte pression financière. Le Liban a lancé un appel d'urgence de 308 millions de dollars auprès des Nations unies, mais n'a reçu qu'à peine 30 % des fonds nécessaires.

"Nous sommes déjà dans le deuxième mois, et nous ne savons pas exactement où cela va nous mener", a-t-elle déclaré.

Elle a souligné la nécessité d'un soutien urgent en matière d'abris, de nourriture, d'eau et de services d'assainissement, notant que les municipalités sont également soumises à une forte pression alors que les systèmes d'infrastructure luttent pour absorber l'impact des déplacements massifs.

Environ 85 % des personnes déplacées ne sont pas dans des abris formels - elles vivent avec des proches, louent un logement ou comptent sur leurs économies.

"Ces économies s'épuiseront si la guerre se prolonge", a-t-elle averti, ajoutant que l'économie libanaise, déjà fragile, pourrait voir sa croissance récente s'inverser si le conflit se poursuit.

"L'économie se contracte et les 5 % de croissance atteints en 2025 pourraient être effacés en quelques mois. Si la guerre se poursuit pendant l'été, période où le Liban reçoit habituellement des envois de fonds et des activités touristiques, la contraction de l'économie devrait s'aggraver de manière significative."


Les services municipaux des régions accueillant des populations déplacées, notamment Beyrouth, Sidon et le Mont-Liban, sont particulièrement sollicités, avec une demande accrue d'eau, d'électricité et de services de gestion des déchets.

Malgré la crise, M. Sayed a déclaré que le renforcement des institutions de l'État était une priorité essentielle. "Les institutions de l'État sont encore plus importantes aujourd'hui, c'est une priorité absolue", a-t-elle déclaré.

Elle a souligné que l'armée libanaise était une institution clé nécessitant un soutien, aux côtés des services publics tels que l'éducation et les programmes de protection sociale.

"Nous avons mis au point un programme très solide", a-t-elle déclaré, faisant référence aux transferts directs d'argent liquide conçus pour créer un lien plus fort entre les citoyens et l'État. "Le citoyen sait alors que c'est le gouvernement qui l'aide.

Elle a également souligné l'importance de maintenir la présence de l'État sur le terrain. "L'État est là, nous sommes là pour aider les gens", a-t-elle déclaré.

Mme Sayed a déclaré que la crise libanaise avait des implications plus larges au-delà des frontières du pays. "Le Liban ne peut pas échouer en tant que pays, en tant que gouvernement, en tant qu'idée", a-t-elle déclaré. "L'échec du Liban aura des conséquences ... pour les voisins, pour la région et même pour l'Europe.

Le secrétaire d'État américain Marco Rubio a exhorté Israël et le Liban à saisir une "occasion historique" lors de l'ouverture mardi à Washington de pourparlers directs - les premiers depuis 1993 - afin de tracer la voie vers un cessez-le-feu et une stabilité à long terme.

Ces pourparlers interviennent alors que les États-Unis craignent que le conflit entre Israël et le Hezbollah ne déstabilise le fragile cessez-le-feu lié à l'impasse plus large avec l'Iran, après que la diplomatie avec Téhéran la semaine dernière n'a pas abouti à une percée.

Le Hezbollah a lancé des salves de roquettes simultanées sur 13 villes du nord d'Israël peu après le début des pourparlers, soulignant ainsi l'instabilité de la situation.

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Une boule de feu s'élève d'un bâtiment touché par une frappe aérienne israélienne dans la région d'Abbasiyeh, à la périphérie de la ville de Tyr, au sud du Liban, le 8 avril. (AFP)



Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a déclaré mardi qu'il était peu probable que les pourparlers aboutissent à une percée immédiate. "Personne ne s'attend à ce que ces pourparlers aujourd'hui résolvent tous les problèmes", mais il a souligné qu'ils pourraient contribuer à modifier des dynamiques de longue date.

Il a décrit un cycle dans lequel "le Hezbollah et Israël se sont toujours aidés mutuellement à déstabiliser le gouvernement libanais", les actions de chaque partie fournissant à l'autre une justification pour l'escalade.

Les opérations israéliennes, a-t-il dit, permettent au Hezbollah d'affirmer que "nous ne pouvons pas désarmer", tandis que les tirs de roquettes du Hezbollah donnent à Israël des raisons de mener de nouvelles attaques à grande échelle.

M. Guterres a souligné que le gouvernement libanais recherchait à la fois l'intégrité territoriale et "le monopole de l'usage de la force", ce qui implique le désarmement du Hezbollah, et a appelé à une évolution vers la coopération afin que le Liban ne soit plus "la victime" de ce cycle "négatif".

M. Sayed a déclaré qu'un arrêt immédiat de la violence était essentiel.

"Avant toute chose, nous avons besoin d'un cessez-le-feu. Nous devons arrêter les bombes qui nous tombent sur la tête", a-t-elle déclaré, ajoutant qu'un cessez-le-feu rendrait également les négociations plus réalisables.

"J'espère qu'il y aura une désescalade et un cessez-le-feu. Je pense qu'en fin de compte, même pour les Israéliens, ce n'est pas dans leur intérêt. S'il y a un véritable conflit civil au Liban, cela ne fera qu'engendrer le chaos".

Le 8 avril, le Liban a été frappé par une importante vague de frappes aériennes israéliennes qui ont touché plusieurs zones, notamment Beyrouth, la banlieue sud, Sidon, Tyr et la vallée de la Bekaa, quelques heures seulement après l'annonce d'un cessez-le-feu entre les États-Unis et l'Iran et alors que le Hezbollah signalait une pause dans ses attaques.

Les frappes ont touché sans préavis des quartiers résidentiels et commerciaux très fréquentés, ont submergé les hôpitaux de blessés et ont fait au moins 350 morts et plus de 1 000 blessés, certains rapports libanais et internationaux faisant état d'un bilan encore plus lourd.

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Un volontaire de la Croix-Rouge libanaise inspecte les dégâts subis par ses véhicules de secours sur le site d'une attaque de drone israélien, le 13 avril. (AFP)


Certains Libanais craignent qu'Israël n'essaie délibérément d'attiser les divisions sectaires internes au Liban avec de telles attaques.

"C'est possible, c'est possible", a déclaré M. Sayed. "Je pense que ce qu'a fait Israël aurait pu facilement attiser les tensions. Mais heureusement, je fais confiance aux Libanais pour qu'ils voient plus loin. Il y a eu de la retenue et beaucoup de sympathie. Les communautés se sont rassemblées.

Elle a également répondu aux avertissements israéliens selon lesquels le Liban pourrait connaître le même sort que Gaza, en déclarant que la population libanaise est profondément consciente des risques, mais qu'elle s'efforce d'éviter l'escalade.

"Ces menaces, nous les avons entendues à maintes reprises de la part des Israéliens. Il faut prendre au sérieux ce que disent les Israéliens, surtout après ce qui s'est passé lors du 'mercredi noir' il y a une semaine. Ils ne s'arrêteront probablement pas là.

"Le peuple libanais se méfie donc et c'est pourquoi, en tant que gouvernement, nous avons pris des mesures. Le président a déclaré il y a plus d'un mois que nous étions prêts pour des négociations et des pourparlers directs, et c'est ce qui se passe.

"Espérons que ce sera le début d'un processus.

Mme Sayed a déclaré que le but ultime de sa visite était d'obtenir un soutien humanitaire et politique de la part de la communauté internationale - "l'assurance pour le peuple libanais que la communauté internationale est toujours à ses côtés".


Le Hezbollah a tiré une trentaine de roquettes sur le nord d'Israël mercredi matin 

Les camarades du sergent-major (réserve) Ayal Uriel Bianco, qui aurait été tué au combat dans le sud du Liban, se tiennent au garde-à-vous devant son cercueil recouvert du drapeau lors de ses funérailles à Katzrin, dans le plateau du Golan annexé par Israël, le 14 avril 2026. (AFP)
Les camarades du sergent-major (réserve) Ayal Uriel Bianco, qui aurait été tué au combat dans le sud du Liban, se tiennent au garde-à-vous devant son cercueil recouvert du drapeau lors de ses funérailles à Katzrin, dans le plateau du Golan annexé par Israël, le 14 avril 2026. (AFP)
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  • Ces tirs interviennent au lendemain de discussions directes, à Washington, entre Israël et le Liban, les premières en plus de 30 ans, dénoncées par le Hezbollah
  • "Environ 30 tirs ce matin", a déclaré vers 06h40 GMT le porte-parole militaire à l'AFP, en réponse à une question sur le nombre de roquettes tirées depuis les premières heures de la matinée par le mouvement chiite

JERUSALEM: Les combattants du mouvement libanais Hezbollah ont tiré une trentaine de roquettes sur Israël à partir du Liban mercredi matin, a indiqué à l'AFP un porte-parole de l'armée israélienne.

Ces tirs interviennent au lendemain de discussions directes, à Washington, entre Israël et le Liban, les premières en plus de 30 ans, dénoncées par le Hezbollah. A l'issue de ces discussions, Israël et le Liban ont accepté d'entamer des négociations directes en vue d'une paix durable, selon le département d'Etat américain qui accueillait la rencontre.

"Environ 30 tirs ce matin", a déclaré vers 06h40 GMT le porte-parole militaire à l'AFP, en réponse à une question sur le nombre de roquettes tirées depuis les premières heures de la matinée par le mouvement chiite, allié de l'Iran.

 

 


Liban: frappe israélienne au sud de Beyrouth 

Une frappe israélienne a visé mercredi une voiture à une vingtaine de km au sud de Beyrouth, selon un média d'Etat, au lendemain de la décision du Liban et d'Israël d'entamer des négociations directes en vue d'une paix durable. (AFP)
Une frappe israélienne a visé mercredi une voiture à une vingtaine de km au sud de Beyrouth, selon un média d'Etat, au lendemain de la décision du Liban et d'Israël d'entamer des négociations directes en vue d'une paix durable. (AFP)
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  • "L'aviation ennemie a visé une voiture à Saadiyat", une localité côtière, a annoncé l'Agence nationale d'information (Ani, officielle)
  • Depuis ses frappes massives du "mercredi noir", le 8 avril, qui avaient fait plus de 350 morts à Beyrouth et ailleurs dans le pays, Israël n'a plus visé la capitale libanaise à la suite de pressions diplomatiques

BEYROUTH: Une frappe israélienne a visé mercredi une voiture à une vingtaine de km au sud de Beyrouth, selon un média d'Etat, au lendemain de la décision du Liban et d'Israël d'entamer des négociations directes en vue d'une paix durable.

"L'aviation ennemie a visé une voiture à Saadiyat", une localité côtière, a annoncé l'Agence nationale d'information (Ani, officielle).

Depuis ses frappes massives du "mercredi noir", le 8 avril, qui avaient fait plus de 350 morts à Beyrouth et ailleurs dans le pays, Israël n'a plus visé la capitale libanaise à la suite de pressions diplomatiques.