Pressé par l'IA, Washington revoit sa politique des données sensibles face à Pékin

Le président américain Joe Biden rencontre la Première ministre italiennne Giorgia Meloni dans le bureau ovale de la Maison Blanche à Washington, DC, le 1er mars 2024. (Photo Saul Loeb  AFP)
Le président américain Joe Biden rencontre la Première ministre italiennne Giorgia Meloni dans le bureau ovale de la Maison Blanche à Washington, DC, le 1er mars 2024. (Photo Saul Loeb AFP)
Short Url
Publié le Dimanche 03 mars 2024

Pressé par l'IA, Washington revoit sa politique des données sensibles face à Pékin

  • Le président américain Joe Biden a signé cette semaine un décret visant à limiter le transfert de données sensibles vers les pays dits à risque, au premier rang desquels la Chine
  • Aux Etats-Unis, données génétiques, biométriques, de santé ou financières sont achetées et vendues régulièrement par des courtiers spécialisés, sans être nécessairement anonymisées, et il peut être très simple de reconstituer le profil d'une personne

WASHINGTON, États-Unis : Pendant longtemps, les Etats-Unis se préoccupaient peu de la question des données personnelles et de leur usage mais la montée en puissance de l'intelligence artificielle (IA) et l'opposition stratégique avec la Chine dans le domaine technologique forcent Washington à revoir son approche.

Le président américain Joe Biden a signé cette semaine un décret visant à limiter le transfert de données sensibles vers les pays dits à risque, au premier rang desquels la Chine.

Dans la foulée, l'ouverture d'une enquête sur les véhicules connectés chinois, ou les logiciels et équipements chinois embarqués dans des véhicules connectés construits ailleurs, était annoncée.

A chaque fois, le motif avancé est simple: la sécurité nationale.

De l'avis de Lindsay Gorman, chercheuse au German Marshall Fund, ces décisions sont le signe que Washington reconnaît «enfin la valeur stratégique et en terme de sécurité nationale des données».

En particulier, l'enquête lancée concernant les véhicules connectés est «un coup de projecteur longtemps attendu sur l'aspect applicatif du futur internet».

Car, au-delà de la question de l'IA, le futur d'internet repose en grande partie sur le décollage de l'internet des objets (IoT), qui doit connecter tout, tout le temps, au réseau mondial, générant des monceaux de données et dont la voiture connectée est l'exemple le plus évident et visible.

Mais cela va plus loin: aux Etats-Unis, données génétiques, biométriques, de santé ou financières sont achetées et vendues régulièrement par des courtiers spécialisés, sans être nécessairement anonymisées, et il peut être très simple de reconstituer le profil d'une personne.

- Restrictions pour les courtiers -

Une étude publiée en novembre par l'Université de Duke pointait ainsi avec quelle facilité on trouvait des données sensibles sur des militaires en exercice auprès de courtiers et pour quelques centimes par dossier.

Le décret publié par la Maison Blanche vise justement à encadrer les pratiques des courtiers, «il leur impose quelques restrictions, ce qui est très positif», estime Martin Chorzempa, chercheur au PIIE.

Certes, les règles sur les investissements «limitaient la possibilité pour des entreprises étrangères d'acheter des sociétés américaines et ainsi accéder aux données qu'elles possèdent. Mais elles pouvaient acheter les données, c'était une faille», ajoute-t-il.

Les décisions de Washington soulignent désormais «une inquiétude plus générale sur le risque que peut représenter ce flot de données accessibles en terme de sécurité nationale», confirme Emily Benson, chercheuse au Centre pour les études stratégiques et internationales (CSIS).

«On assiste a un recalibrage de l'approche américaine» qui consistait jusqu'ici à défendre le libre usage des données, une époque «qui semble désormais révolue», poursuit Mme Benson.

La question des données vient en particulier s'intégrer dans l'effort plus large des Etats-Unis pour s'assurer de conserver une longueur sur la Chine dans le domaine technologique.

En l'espèce, beaucoup a déjà été fait: sortir Huawei du jeu des réseaux 5G aux Etats-Unis, réduire l'accès des entreprises chinoises aux semi-conducteurs les plus performants tout en recréant une vraie filière du semi-conducteurs aux Etats-Unis, via les investissements prévus dans le Chips Act.

- Rattrapage américain -

Le développement rapide de l'IA vient désormais poser de manière encore plus aiguë la question des données, du risque qu'elles impliquent et la manière de mieux les protéger, des questions sur lesquelles l'Union européenne ou l'Inde ont avancé depuis de nombreuses années, de même que la Chine.

«La Chine a largement développé son propre système de protection des données, avec d'importantes restrictions concernant le transfert de données vers l'étranger» rappelle ainsi Martin Chorzempa, «au point de risquer à un moment de se découpler elle-même du reste du monde» sur ce point.

Si depuis Pékin a sensiblement corrigé le tir, les conditions permettant de sortir des données de Chine restent particulièrement floues.

Pourtant, l'ambassade de Chine a dénoncé cette semaine des mesures qu'elle estime «discriminatoires» ainsi que la «généralisation du concept de sécurité nationale» par les Etats-Unis.

Mais «il est difficile de tenir compte de ces plaintes», estime M. Chorzampa, «compte tenu du fait qu'ils font exactement la même chose et qu'ils estiment eux-mêmes qu'il s'agit d'une question de sécurité nationale».

Cependant, si les Etats-Unis font un pas vers le contrôle du flux des données sensibles et personnelles, ils restent loin des mesures existantes ailleurs, telles que le RGPD en Europe ou les règles équivalentes en Inde et au Japon.

Et les restrictions visent surtout la Chine: «les entreprises venant de pays qui ne sont pas considérés comme des menaces ne devraient pas être touchées», assure Martin Chorzempa.

Tant qu'elles n'envoient pas leurs données en Chine.


« Marché stratégique » : PepsiCo souligne le rôle de l’Arabie saoudite dans sa croissance mondiale

Le PDG des boissons internationales chez PepsiCo, Eugene Willemsen, à Djeddah. (Fourni)
Le PDG des boissons internationales chez PepsiCo, Eugene Willemsen, à Djeddah. (Fourni)
Short Url
  • PepsiCo considère l’Arabie saoudite comme un marché stratégique majeur, avec des investissements continus et un fort alignement sur la Vision 2030
  • L’entreprise accélère l’innovation (IA, R&D, produits sans sucre) pour répondre à l’évolution des consommateurs et renforcer sa croissance régionale

RIYAD : PepsiCo considère l’Arabie saoudite comme un marché « stratégique » offrant des opportunités croissantes d’investissement et d’innovation, alors que le Royaume demeure une cible clé pour l’entreprise.

La société affirme s’être étroitement alignée sur les objectifs à long terme du Royaume, en s’appuyant sur une présence qui s’étend sur près de sept décennies.

« Nous opérons dans le Royaume depuis presque 70 ans », a déclaré Eugene Willemsen, PDG des boissons internationales chez PepsiCo, à Arab News. « Nous avons immédiatement adopté la Vision 2030 dès son lancement et avons clairement indiqué que nous voulions en faire partie, mais aussi y contribuer activement. »

Il a souligné plusieurs domaines dans lesquels PepsiCo a élargi son rôle, notamment en renforçant l’intégration des talents saoudiens et féminins, en faisant évoluer son portefeuille de produits et en soutenant des initiatives favorisant des modes de vie plus actifs.

« Nous nous voyons comme un contributeur à la Vision 2030… et nous nous réjouissons de continuer à le faire avec l’ensemble de nos activités en Arabie saoudite », a-t-il ajouté. 

--
Le PDG des boissons internationales chez PepsiCo, Eugene Willemsen, à Riyad. (Fourni)

L’Arabie saoudite est l’un des marchés les plus importants de PepsiCo à l’échelle mondiale, soutenu par de solides capacités locales et des partenariats de longue date.

« C’est un marché très important pour PepsiCo. C’est un marché stratégique pour nous », a déclaré Willemsen. « Nous disposons de capacités très solides et avancées en marketing, dans les domaines commerciaux et dans la chaîne d’approvisionnement, que nous pouvons exploiter à l’échelle de notre réseau international. »

Il a également mis en avant le rôle des partenaires d’embouteillage locaux, évoquant des relations « qui remontent à plusieurs décennies » et offrant des « capacités exceptionnelles » au bénéfice de l’ensemble du système PepsiCo.

L’entreprise emploie environ 9 000 personnes dans ses opérations en Arabie saoudite et a continué d’étendre sa présence locale. Parmi les investissements récents figure un nouveau centre de recherche et développement dans le quartier financier King Abdullah à Riyad, développé en collaboration avec son activité snacks.

« Il s’agit d’un investissement d’environ 30 millions de riyals saoudiens (8 millions de dollars) », a précisé Willemsen, ajoutant que ce centre vise à développer des produits adaptés aux besoins locaux et potentiellement intégrant des cultures locales, avec des applications pouvant s’étendre à l’ensemble du Moyen-Orient.

L’évolution des préférences des consommateurs influence également la stratégie de PepsiCo dans le Royaume, notamment avec une demande croissante pour des options plus saines.

« Nous avons fortement mis l’accent sur les offres sans sucre ici en Arabie saoudite, et nous avons observé un changement significatif vers le zéro sucre », a-t-il expliqué. « Les consommateurs, tous âges et profils confondus, recherchent des options permettant de réduire leur consommation de sucre. »

Parallèlement, l’hydratation est une priorité majeure, notamment en raison du climat du Royaume. Willemsen a évoqué des opportunités d’élargir les produits contenant des électrolytes, destinés aussi bien aux consommateurs actifs qu’à un usage quotidien.

PepsiCo intensifie également l’utilisation de l’intelligence artificielle dans ses opérations, de l’agriculture au développement de produits.

« Nous voulons être parmi les leaders dans l’adoption de l’IA dans le secteur des biens de consommation », a déclaré Willemsen. « L’IA permet de tester et valider des concepts beaucoup plus rapidement, de développer des produits plus vite et de les lancer plus rapidement sur le marché. »

Il a précisé que l’IA est utilisée dans les opérations agricoles mondiales de l’entreprise pour aider les agriculteurs à optimiser l’utilisation de l’eau, l’application d’engrais et les rendements.

Concernant les chaînes d’approvisionnement, Willemsen a indiqué que l’entreprise se concentre sur le renforcement de la résilience locale face à la volatilité mondiale.

« Notre objectif à travers le monde est de créer des chaînes d’approvisionnement aussi locales que possible », a-t-il déclaré. « Nous avons développé une grande résilience et agilité pour faire face à différents scénarios. »

Malgré l’incertitude mondiale, il s’est dit confiant quant aux perspectives à long terme du marché saoudien.

« Le marché saoudien est en lui-même très résilient », a-t-il affirmé. « Parce qu’il évolue rapidement, il continue d’offrir des opportunités d’innovation et de réponse aux besoins changeants des consommateurs. »

Il a ajouté : « Il existe une forte résilience intrinsèque en Arabie saoudite, ce qui nous donne confiance dans le fait que ce pays continuera à croître et à prospérer. » 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


L’euro numérique, un enjeu stratégique de souveraineté européenne

Dans un contexte où près d’un Européen sur dix détient déjà des actifs numériques décentralisés, la question demeure : l’euro numérique parviendra-t-il à s’imposer comme une alternative crédible et à renforcer l’indépendance financière de l’Europe ? (AFP)
Dans un contexte où près d’un Européen sur dix détient déjà des actifs numériques décentralisés, la question demeure : l’euro numérique parviendra-t-il à s’imposer comme une alternative crédible et à renforcer l’indépendance financière de l’Europe ? (AFP)
Short Url
  • À la suite de l’émission d’un mandat d’arrêt contre le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou par la Cour pénale internationale, plusieurs juges de l’institution ont été visés par des sanctions américaines
  • Résultat : certains se sont retrouvés dans l’incapacité d’utiliser leurs cartes bancaires, y compris sur le territoire européen, révélant la portée extraterritoriale du système financier dominé par les États-Unis

PARIS: Derrière l’écrasante majorité des paiements par carte en Europe se cachent deux acteurs américains incontournables : Visa et Mastercard. Cette dépendance structurelle du système de paiement européen a récemment été mise en lumière par un épisode aux répercussions politiques et juridiques sensibles.

À la suite de l’émission d’un mandat d’arrêt contre le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou par la Cour pénale internationale, plusieurs juges de l’institution ont été visés par des sanctions américaines. Résultat : certains se sont retrouvés dans l’incapacité d’utiliser leurs cartes bancaires, y compris sur le territoire européen, révélant la portée extraterritoriale du système financier dominé par les États-Unis.

Cet incident illustre les vulnérabilités de l’Europe en matière de souveraineté financière. Pour y remédier, l’Union européenne accélère ses travaux sur un projet d’euro numérique. Cette monnaie digitale, émise directement par la Banque centrale européenne, ambitionne de garantir une autonomie accrue face aux infrastructures de paiement étrangères et de se prémunir contre d’éventuelles sanctions extérieures.

Mais le projet suscite des inquiétudes au sein du secteur bancaire. Les établissements privés redoutent une migration des dépôts vers cette monnaie publique, qui pourrait réduire leurs ressources et, par conséquent, leurs revenus liés aux services bancaires.

Dans un contexte où près d’un Européen sur dix détient déjà des actifs numériques décentralisés, la question demeure : l’euro numérique parviendra-t-il à s’imposer comme une alternative crédible et à renforcer l’indépendance financière de l’Europe ?


Dispositif pour les carburants: la France «n'a pas les moyens d'amortir les crises», estime Larcher

Le ministre français de l'Économie, des Finances et de l'Industrie, Roland Lescure, s'adresse à la presse à l'issue d'un conseil des ministres consacré à l'énergie, à l'Hôtel de Matignon à Paris, le 21 avril 2026. (Photo : Kenzo TRIBOUILLARD / AFP)
Le ministre français de l'Économie, des Finances et de l'Industrie, Roland Lescure, s'adresse à la presse à l'issue d'un conseil des ministres consacré à l'énergie, à l'Hôtel de Matignon à Paris, le 21 avril 2026. (Photo : Kenzo TRIBOUILLARD / AFP)
Short Url
  • "Nous n'avons pas les moyens d'amortir les crises et de faire face dans un pays qui est déjà surendetté et surfiscalisé", a affirmé sur BFMTV Gérard Larcher
  • "Cette réalité-là, elle ne donne pas au gouvernement d'autres marges de manœuvre que de faire ce qu'il est possible de faire en direction de certaines catégories", a expliqué le président du Sénat, écartant une baisse de la TVA comme le demande le RN

PARIS: Le président LR du Sénat Gérard Larcher a estimé mercredi que la France "n'a pas les moyens d'amortir les crises" au lendemain de la présentation par le Premier ministre Sébastien Lecornu d'un "dispositif d'accompagnement" pour les "grands rouleurs" touchés par la hausse du prix du carburant.

"Nous n'avons pas les moyens d'amortir les crises et de faire face dans un pays qui est déjà surendetté et surfiscalisé", a affirmé sur BFMTV Gérard Larcher.

"Cette réalité-là, elle ne donne pas au gouvernement d'autres marges de manœuvre que de faire ce qu'il est possible de faire en direction de certaines catégories", a expliqué le président du Sénat, écartant une baisse de la TVA comme le demande le RN.

Il a tenu Emmanuel Macron pour responsable de cette situation: "On paye le quoi qu'il en coûte, on paye un ensemble d'engagements où on n'a pas réduit la dépense publique, on n'a pas réformé l'État", a-t-il expliqué. "C'est quelque part le bilan de deux quinquennats d'Emmanuel Macron", a-t-il souligné, estimant que le chef de l'Etat a laissé la France en situation "d'hypoxie".

Sur la situation financière du pays, Gérard Larcher a précisé que le Sénat, contrôlé par une majorité de droite et du centre, présentera pour le budget 2027 "une proposition au gouvernement (...) à la fin du mois de juin".

L'exécutif a annoncé mardi une aide à trois millions de "travailleurs modestes grands rouleurs", et le renforcement du soutien aux pêcheurs et agriculteurs.