Les véhicules connectés désormais au cœur de l'offensive de Washington contre la Chine

Le président américain Joe Biden (Photo, AFP).
Le président américain Joe Biden (Photo, AFP).
Short Url
Publié le Vendredi 01 mars 2024

Les véhicules connectés désormais au cœur de l'offensive de Washington contre la Chine

  • Cette fois, il s'agit de déterminer dans quelle mesure les véhicules connectés «made in China», peuvent représenter un risque en termes de collecte des données
  • L'objectif de l'enquête publique lancée par le département du Commerce est de mieux évaluer, l'importance des logiciels et composants en provenance de ce pays

WASHINGTON: Après les semi-conducteurs, les technologies de pointe et les données personnelles, c'est désormais au tour des véhicules connectés et des logiciels embarqués d'être au coeur de l'attention de Washington, avec le lancement d'une enquête pour en déterminer les risques associés.

L'annonce est venue du président américain Joe Biden, tout juste 24 heures après avoir signé un décret visant à "empêcher le transfert à grande échelle des données personnelles des Américains vers des pays sensibles", au premier rang desquels la Chine.

Cette fois, il s'agit de déterminer dans quelle mesure les véhicules connectés "made in China", électriques ou non, mais également les logiciels embarqués ou les composants provenant de l'Empire du Milieu et intégrés dans les véhicules importés, peuvent représenter un risque en termes de collecte des données.

Dans un communiqué, le président américain Joe Biden a justifié cette décision par le fait que "les véhicules connectés en provenance de Chine peuvent collecter des données sensibles sur nos citoyens et nos infrastructures et les envoyer directement en Chine".

"La Chine impose des restrictions aux voitures américaines et d'autres pays roulant en Chine. Pourquoi des véhicules connectés provenant de Chine devraient être autorisés à rouler dans notre pays sans garde-fou?"

Dans ces conditions, il est important pour les Etats-Unis d'avoir "une idée précise des risques potentiels pour la sécurité nationale associés aux véhicules connectés", a estimé la secrétaire au Commerce Gina Raimondo, lors d'une conférence de presse téléphonique.

"Plus nous travaillons sur les véhicules électriques chinois, plus nos inquiétudes grandissent", a souligné Mme Raimondo, "nous ne connaissons pas bien les risques et leur importance. Nous avons donc besoin d'informations pour déterminer quelles actions mettre en place".

Interrogé par l'AFP, le porte-parole de l'ambassade de Chine à Washington, Liu Pengyu a jugé que cette enquête "est clairement une approche discriminatoire".

"La Chine s'oppose fermement à la généralisation faite par les Etats-Unis du concept de sécurité nationale et l'instrumentalisation des questions économiques et commerciales", a-t-il ajouté.

Contrer l'industrie automobile chinoise

Pour Thibault Denamiel, du Centre des études internationales et stratégiques (CSIS), cette annonce "est un nouveau constat par l’administration Biden que les technologiques critiques émergentes concernent tant l'économie que la sécurité nationale".

"Ce qui est notable concernant cette mesure est qu'elle examine les risques associés aux technologies transférées vers les Etats-Unis", et non pour réduire le transfert depuis les Etats-Unis, comme les mesures prises jusqu'ici par le gouvernement.

L'objectif de l'enquête publique lancée par le département du Commerce est de mieux évaluer, au-delà des véhicules connectés provenant de constructeurs chinois ou fabriqués en Chine, l'importance des logiciels et composants en provenance de ce pays dans l'ensemble de la chaîne d'approvisionnement des véhicules connectés.

Et elle ne visera pas uniquement les véhicules chinois mais bien ceux d'autres marques également qui pourraient intégrer ces composants ou logiciels.

"Cela concerne un niveau incroyable d'informations que vous pensez être privées mais qui peuvent être transmises à l'étranger. Les données de votre téléphone qui se synchronise à votre voiture, vos messages, vos mails, votre localisation, vos finances, votre santé, tout est vulnérable", a rappelé Mme Raimondo.

"Mais ce n'est pas la seule inquiétude", a ajouté la secrétaire au Commerce, "imaginez des milliers ou des centaines de milliers de voitures connectées chinoises sur les routes américaines qui pourraient être désactivées en un instant et simultanément par quelqu'un à Pékin".

Le président américain voit également l'enquête ouverte comme un moyen de contrer le développement de constructeurs automobiles chinois "en utilisant notamment des pratiques déloyales".

"La Chine pourrait submerger notre marché avec ses véhicules, ce qui représentera un risque pour notre sécurité nationale. Je ne laisserai pas cela se produire", a martelé M. Biden.

La fédération de l'industrie américaine, par la voix de son président Scott Paul, s'est félicitée de l'ouverture permise par cette annonce, espérant qu'elle "conduira rapidement à des actions concrètes".

Lors de la publication des résultats de Tesla, Elon Musk avait lui même reconnu que les voitures chinoises étaient "les plus compétitives" au monde, ajoutant que leur succès à l'exportation dépendra des limites qui seront mises en place.

"S'il n'y a pas de barrières tarifaires, elles vont détruire à peu près tous les autres constructeurs au monde", avait ajouté M. Musk.

Le président américain a de son côté cherché à soutenir la transition des constructeurs américains vers les véhicules électriques, notamment dans le cadre de son grand plan pour le climat (IRA), lancé il y a un peu plus d'un an et demi, qui prévoit des subventions à l'achat pour des véhicules électriques fabriqués aux Etats-Unis.


Flambée des prix de l'énergie: en France, "baisse des taxes pas envisagée" à ce stade

La cité industrielle de Ras Laffan, principal site de production de gaz naturel liquéfié et de transformation gaz-liquide du Qatar, administré par QatarEnergy, située à environ 80 kilomètres au nord de Doha, le 6 février 2017. (AFP)
La cité industrielle de Ras Laffan, principal site de production de gaz naturel liquéfié et de transformation gaz-liquide du Qatar, administré par QatarEnergy, située à environ 80 kilomètres au nord de Doha, le 6 février 2017. (AFP)
Short Url
  • Le gouvernement français, via sa porte-parole Maud Bregeon, n’envisage pas de baisser les taxes sur les carburants malgré la hausse des prix liée aux tensions au Moyen-Orient
  • Le président Emmanuel Macron appelle à un moratoire sur les frappes contre les infrastructures énergétiques et insiste sur la nécessité de maîtriser le déficit public

PARIS: Le gouvernement français n'envisage pas à ce stade de baisser les taxes sur les prix des carburants, a indiqué jeudi sa porte-parole, alors que les prix du gaz et du pétrole ont grimpé de nouveau après des attaques par l'Iran d'installations énergétiques au Qatar.

"Le scénario d'une baisse des taxes n'est pas envisagé à l'heure où on se parle. En revanche, on entend les difficultés par exemple sur la trésorerie" de différents secteurs comme les transporteurs ou les pêcheurs, a affirmé sur BFMTV la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon qui est également chargée du portefeuille de l'Energie.

Elle a expliqué que le gouvernement n'avait "plus les moyens du quoi qu'il en coûte" comme pendant l'épidémie de Covid et devait tenir le déficit public à 5% du Produit intérieur brut (PIB), en rappelant avoir fait "le choix" dans le budget 2026 de "ne pas augmenter l'impôt des Français".

Maud Bregeon a souligné aussi que la situation n'avait "rien à voir" avec 2022, quand les prix de l'énergie avaient augmenté après l'invasion de l'Ukraine par la Russie.

Evoquant une réunion prévue sur l'énergie, jeudi en fin de matinée autour du Premier ministre Sébastien Lecornu, la porte-parole a indiqué que ce rendez-vous visait à faire "le point sur la situation pour envisager les différentes possibilités en fonction de la durée du conflit, en fonction de la difficulté que rencontrent les secteurs économiques".

"Toutes les options sont sur la table", a-t-elle dit.

"J'entends ceux qui voudraient qu'on débourse d'ores et déjà des milliards pour aider des gens dont j'entends les difficultés (...) mais il faut aussi porter ce discours de vérité" sur la "nécessité" de réduire le déficit, a-t-elle insisté.

La représentante du gouvernement a aussi rappelé les initiatives d'Emmanuel Macron en faveur du déblocage du détroit d'Ormuz.

Le président a en outre appelé jeudi à un moratoire sur les frappes contre les infrastructures civiles au Moyen-Orient, notamment énergétiques, et a dit avoir échangé avec le président américain Donald Trump et l'émir du Qatar, cheikh Tamim ben Hamad al-Thani.


Les marchés boursiers les yeux tournés vers les banques centrales plus que vers le Moyen-Orient

Les Bourses européennes ont de nouveau clôturé en hausse mardi, les yeux davantage tournés vers les prochaines décisions des banques centrales que vers la guerre contre l'Iran et la hausse du pétrole. (AFP)
Les Bourses européennes ont de nouveau clôturé en hausse mardi, les yeux davantage tournés vers les prochaines décisions des banques centrales que vers la guerre contre l'Iran et la hausse du pétrole. (AFP)
  • Paris a progressé de 0,49%, Francfort a pris 0,71% et Londres a gagné 0,83%, dans l'attente d'un probable statu quo sur les taux directeurs après la réunion de la Banque centrale européenne (BCE) jeudi et de la Banque d'Angleterre
  • Aux alentours de 17H00 GMT, New York suivait timidement la tendance haussière (+0,42% pour le Nasdaq, +0,37% pour le S&P 500 et +0,32% pour le Dow Jones)

PARIS: Les Bourses européennes ont de nouveau clôturé en hausse mardi, les yeux davantage tournés vers les prochaines décisions des banques centrales que vers la guerre contre l'Iran et la hausse du pétrole.

Dans ce contexte, Paris a progressé de 0,49%, Francfort a pris 0,71% et Londres a gagné 0,83%, dans l'attente d'un probable statu quo sur les taux directeurs après la réunion de la Banque centrale européenne (BCE) jeudi et de la Banque d'Angleterre.

Symbole de ce rebond, l'action du constructeur automobile Stellantis a progressé de 2,89% à Paris.

A Francfort, les investisseurs ont privilégié les valeurs défensives, moins exposées à la conjoncture, comme l’énergéticien E.ON (+3,20%, 20,30 euros), les réassureurs Hannover Re (+4,03%, 273,80 euros) et Munich Re (+2,48%, 553,40 euros).

Aux alentours de 17H00 GMT, New York suivait timidement la tendance haussière (+0,42% pour le Nasdaq, +0,37% pour le S&P 500 et +0,32% pour le Dow Jones).

"Comme hier (lundi), nous sommes dans une vague de reprise, peut-être technique", résume Frédéric Rozier, gestionnaire de portefeuille pour la banque privée Mirabaud.

Cette légère amélioration "ne constitue pas vraiment une lueur d’espoir", tempère Andreas Lipkow à Francfort.

Ralentissement de la hausse du pétrole 

Aucune amélioration géopolitique au Moyen-Orient n'explique la résilience des marchés boursiers.

Le président français Emmanuel Macron a indiqué que la France n'était pas prête à s'engager dans des "opérations" de sécurisation du détroit d'Ormuz "dans le contexte actuel".

La compagnie aérienne British Airways a annoncé mardi suspendre jusqu'au 31 mai inclus ses vols vers Amman, Bahreïn, Dubaï et Tel-Aviv "en raison de l'incertitude persistante de la situation au Moyen-Orient".

Surtout, les prix du pétrole continuent à augmenter, moins fortement que la veille: vers 17H00 GMT, le baril de Brent de la mer du Nord s'échangeait à 102,17 dollars (+1,96%) et son équivalent américain du WTI progressait de 1,82% à 95,20 dollars.

Passée la "stupéfaction" des premiers jours, "il y a une forme de normalisation (...) au bout de deux ou trois semaines de conflit (...) le marché se remet en mode économie de guerre", décrypte Frédéric Rozier.

Détente sur les taux d'emprunt des États 

De fait, les marchés boursiers semblent anticiper les décisions des banques centrales de ne pas relever leurs taux directeurs malgré des risques d'inflation liée à la hausse du pétrole.

"Le marché a envie de croire que les banques centrales vont considérer cette inflation comme temporaire et donc ne vont pas sur-réagir par une hausse des taux", commente Frédéric Rozier.

"Nous anticipons que la Fed laissera ses taux directeurs inchangés lors de sa réunion de cette semaine", estime aussi Bénédicte Kukla, stratégiste en chef chez Indosuez Wealth Management

"Il est probable que l'inflation dépasse temporairement les 3% d'ici la fin 2026 (...) Malgré ces tensions, nous n'anticipons pas de modification des taux directeurs de la BCE cette semaine — trop tôt", ajoute Mme Kukla.

Dans ce contexte, les taux d'intérêt sur les emprunts émis par les États pour financer leurs dettes reculaient, après avoir bondi aux premiers jours du conflit.

Aux alentours de 17H00 GMT, le rendement de l'emprunt allemand à échéance 10 ans (Bund), qui fait référence en Europe, se maintenait à 2,90% contre 2,95% la veille. Il évoluait autour de 2,64% avant la guerre.

Son équivalent français affichait un rendement à 3,55% contre 3,61% lundi en clôture (et contre 3,22% avant le début du conflit).

Le rendement des bons du Trésor américain à 10 ans, l'échéance la plus scrutée, se maintenait à 4,19%.

La Banque centrale australienne (RBA) a de son côté relevé mardi son taux directeur de 0,25 point de pourcentage, invoquant la "forte hausse des prix des carburants".

 


Commerce: la Chine envoie samedi son vice-Premier ministre en France pour des discussions avec Washington

Un cargo transportant du minerai de fer importé est dirigé vers un poste d’amarrage dans un port de Qingdao, dans la province du Shandong, dans l’est de la Chine, le 11 mars 2026. (AFP)
Un cargo transportant du minerai de fer importé est dirigé vers un poste d’amarrage dans un port de Qingdao, dans la province du Shandong, dans l’est de la Chine, le 11 mars 2026. (AFP)
Short Url
  • Le vice-Premier ministre chinois He Lifeng se rendra en France du 14 au 17 mars pour des consultations commerciales avec les États-Unis, avec des discussions prévues à Paris avec le secrétaire américain au Trésor Scott Bessent
  • Ces négociations interviennent sur fond de tensions commerciales persistantes entre Washington et Pékin, avant une possible visite du président américain Donald Trump en Chine fin mars

PEKIN: La Chine a confirmé vendredi que son vice-Premier ministre He Lifeng, chargé des questions économiques, effectuera à partir de samedi une visite en France, pour mener des discussions avec les Etats-Unis sur le commerce.

Ces négociations de haut niveau se dérouleront quelques semaines avant une possible visite à Pékin du président américain Donald Trump, lors de laquelle il rencontrerait son homologue Xi Jinping.

Le Trésor américain avait déjà indiqué jeudi que ces discussions commerciales bilatérales auraient lieu dimanche et lundi à Paris, entre He Lifeng et le ministre américain des Finances, Scott Bessent.

Le dirigeant chinois "conduira une délégation en France du 14 au 17 mars pour des consultations commerciales avec la partie américaine" sur des questions "d'intérêt mutuel", a indiqué vendredi le ministère chinois du Commerce.

Scott Bessent sera accompagné à Paris par le représentant de la Maison Blanche pour le Commerce (USTR), Jamieson Greer.

Le président américain prévoit de se rendre à Pékin du 31 mars au 2 avril, a indiqué la Maison Blanche. Les autorités chinoises n'ont pas confirmé cette visite ni ce calendrier, ce qui est habituel de leur part.

Les Etats-Unis et la Chine se sont livré l'an passé une âpre bataille aux retombées mondiales, à coups de droits de douane et de restrictions diverses. Une trêve précaire a ensuite été conclue, sous l'égide, déjà, de Scott Bessent et He Lifeng.

Des points de friction subsistent toutefois.

La Maison Blanche a annoncé mercredi lancer une série d'enquêtes destinées à documenter des préjudices économiques subis par les Etats-Unis. Elles visent une quinzaine de pays ou bloc (l'Union européenne), dont la Chine. Elles sont une première étape vers de potentiels nouveaux droits de douanes.

Cette initiative est un "exemple typique d'unilatéralisme" qui "porte gravement atteinte à l'ordre économique et commercial international", a dénoncé vendredi le ministère chinois du Commerce dans un communiqué séparé.

"La Chine exhorte les Etats-Unis à revenir sur leurs pratiques contestables et à privilégier le dialogue et la consultation pour résoudre les différends", a-t-il souligné.