Gaza: Le retour des colonies israéliennes en passe de devenir une éventualité crédible

Israël a annoncé son plan de désengagement de Gaza en 2003 et l'a mis en œuvre deux ans plus tard (Photo, Reuters).
Israël a annoncé son plan de désengagement de Gaza en 2003 et l'a mis en œuvre deux ans plus tard (Photo, Reuters).
Un bébé tient un drapeau israélien alors que des membres de la communauté des colons israéliens se rassemblent lors d'un congrès à Jérusalem le 28 janvier 2024 (Photo, Reuters).
Un bébé tient un drapeau israélien alors que des membres de la communauté des colons israéliens se rassemblent lors d'un congrès à Jérusalem le 28 janvier 2024 (Photo, Reuters).
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Publié le Jeudi 01 février 2024

Gaza: Le retour des colonies israéliennes en passe de devenir une éventualité crédible

  • Des hommes politiques israéliens de droite, notamment des ministres, s'allient à des groupes de colons dans l'espoir de réoccuper l'enclave
  • La réinstallation de Gaza et l'expulsion «volontaire» des Palestiniens risquent de porter un coup fatal à la solution à deux États

LONDRES: Il est facile de ne pas voir l'entrée du musée du Gush Katif, coincée entre deux immeubles d'habitation dans une rue secondaire banale de Jérusalem.

Depuis son ouverture en 2008, le musée a été un lieu de recueillement calme et réfléchissant, un lieu de pèlerinage pour un groupe de personnes qui se disent «déracinées», c’est-à-dire les survivants d’un chapitre traumatisant de l’histoire d’Israël et des Palestiniens.

Mais depuis l'attaque du 7 octobre contre Israël par des militants du Hamas et les représailles dévastatrices infligées à Gaza par l'armée israélienne, le musée n'est plus qu'un simple détail de l'histoire.

Les blindés israéliens avancent contre les troupes égyptiennes au début de la guerre des six jours, le 5 juin 1967, près de Rafah, dans la bande de Gaza (Photo, AFP/Getty Images).

Au contraire, le musée est devenu le foyer spirituel d'un mouvement de droite de plus en plus bruyant en Israël, qui appelle non seulement à la réoccupation de Gaza par Israël, mais aussi au nettoyage ethnique de tous les Arabes du territoire.

Situé à 1,5 km à peine à l'ouest de la vieille ville de Jérusalem, le musée a été créé en août 2008 pour commémorer les 17 colonies israéliennes qui ont vu le jour à Gaza à la suite de la guerre des six jours de 1967.

À partir de 1970, les colonies agricoles, habitées principalement par des juifs orthodoxes et connues collectivement sous le nom de Gush Katif, ont occupé une étroite bande côtière s'étendant au nord de la frontière égyptienne sur environ 12 km.

Dans cette combinaison d'images prises entre 2001 et 2004, on voit des enfants israéliens (photos du haut) jouer dans la colonie de Netzarim, dans le Gush Katif, près de la bande de Gaza (Photo, AFP).

Pendant trente-cinq ans, les communautés du Gush Katif, isolées de leurs voisins palestiniens par un réseau de routes interdites aux conducteurs arabes et patrouillées par une unité spécialisée de l'armée israélienne, se sont profondément enracinées et ont prospéré. Elles ont construit des maisons, des écoles, des synagogues et des serres sur des terres dont elles pensaient qu'elles appartiendraient à Israël pour toujours.

Puis tout s'est effondré.

En 2003, Ariel Sharon, le Premier ministre israélien, a annoncé son plan de «désengagement», une décision unilatérale prise alors que les négociations de paix entre Israël et l'Autorité palestinienne étaient au point mort, de retirer toutes les colonies israéliennes de Gaza.

Sur cette photo prise le 4 mai 2001, le Premier ministre israélien, Ariel Sharon, regarde l'épave d'une voiture qui a explosé à Rafah Yam, dans le groupe de colonies juives du Gush Katif (Photo, AFP).

Dans un discours télévisé prononcé le 15 août 2005, Sharon a décrit le retrait comme «l'étape la plus difficile et la plus douloureuse de toutes... très difficile pour moi personnellement».

Cette décision n'a pas été prise à la légère, a-t-il indiqué, «mais l'évolution de la réalité dans le pays, dans la région et dans le monde m'a obligé à réévaluer et à changer de position».

Israël «ne peut pas s'accrocher à Gaza pour toujours».

Il ne fait aucun doute que le «désengagement» a été traumatisant pour les Juifs du Gush Katif, dont plus de 8 000 ont perdu leurs maisons. Pour certains, il s'agissait d'un deuxième déplacement, puisqu'ils avaient été réinstallés dans cette région à l'invitation du gouvernement israélien après qu'Israël eut cédé la péninsule du Sinaï à l'Égypte en 1982.

Des dizaines de milliers de colons israéliens et de sympathisants de droite défilent sur une plage de Gaza, le 27 avril 2005, pour protester contre le plan de désengagement du Premier ministre, Ariel Sharon (Photo, AFP).

Les films d'actualité contemporains projetés au musée du Gush Katif montrent les évacuations forcées traumatisantes qui ont eu lieu entre le 15 et le 22 août 2005. Le film du dernier jour de l'évacuation montre des femmes et des enfants, pleurant et criant, traînés hors de leurs maisons par des soldats et des policiers israéliens.

Dans l'une des synagogues de la colonie, des hommes se réunissent pour la dernière fois, chantant des prières et pleurant. Alors même que les colonies sont abandonnées, les pelleteuses et les bulldozers entrent en action pour détruire toutes les maisons.

«Je ne pense pas que l'on soit pleinement conscient du fait que la droite religieuse en Israël a son propre calendrier et que des événements traumatisants y sont marqués», a déclaré Daniel Seidemann, avocat israélien spécialisé dans les relations israélo-palestiniennes à Jérusalem et fondateur de l'ONG Terrestrial Jerusalem.

«Le traumatisme numéro un s'est produit en 1967, lorsque Moshe Dayan (alors ministre israélien de la Défense) n'a pas imposé par la force la souveraineté israélienne sur le Mont du Temple, ce qui est considéré comme la plus grande erreur d'Israël.

Sur cette photo d'archives, des troupes israéliennes observent la vieille ville de Jérusalem, où se trouve le Dôme du Rocher (au centre) dans l'enceinte de la mosquée Al-Aqsa (Photo, AFP).

«Mais le deuxième traumatisme le plus important pour la droite religieuse est l'expulsion du Gush Katif, un événement majeur et traumatisant pour elle.

«Il y a un désir de retour qui a été évoqué pendant des années, mais toujours par des personnes qui étaient perçues comme marginales. Aujourd'hui, il y a des gens au gouvernement qui en parlent aussi», a signalé Seidemann.

CHRONOLOGIE DES EVENEMENTS DE LA BANDE DE GAZA

Appartenance à l'Empire ottoman du XVIe au XXe siècle.

Prise par les troupes britanniques en 1917 pendant la Seconde Guerre mondiale.

La domination britannique prend fin en 1918.

Sous le régime militaire égyptien dans les années 1950 et 1960.

Prise par Israël lors de la guerre du Moyen-Orient en 1967.

Les Palestiniens obtiennent un contrôle limité en vertu de l'accord de paix de 1993.

Israël évacue les troupes et les colons en août 2005.

En 2006, le Hamas remporte le scrutin parlementaire palestinien.

En 2007, le Hamas expulse ses rivaux politiques et devient le seul dirigeant de l’enclave.

Et ils ne se contentent pas d'en parler. Des hommes politiques de droite, dont certains font partie du cabinet du Premier ministre, Benjamin Netanyahou, s'associent à des groupes de colons et appellent à la reconstruction des maisons perdues du Gush Katif, et de bien d'autres encore.

Le dimanche 28 janvier, pas moins d'une douzaine de ministres du gouvernement et 15 membres du Parlement israélien ont rejoint 3 000 personnes au Centre international des congrès de Jérusalem pour une «Conférence sur la réinstallation de Gaza», une manifestation bruyante et tapageuse à l'atmosphère nettement festive.

Des colons juifs se rassemblent lors d'une convention à Jérusalem le 28 janvier 2024, appelant Israël à reconstruire les colonies dans la bande de Gaza et la partie nord de la Cisjordanie occupée par Israël (Photo, Reuters).

Le ministre de la Sécurité de Netanyahou, Itamar Ben-Gvir, chouchou de la droite religieuse israélienne, figurait parmi les participants les plus en vue de la conférence.

L'année dernière, Ben-Gvir a conduit des colons ultranationalistes dans une série de marches provocatrices vers l'enceinte de la mosquée Al-Aqsa, que de nombreux extrémistes religieux juifs voudraient voir détruite pour permettre la construction d'un troisième temple juif, remplaçant les deux temples qui, selon la Bible juive, ont été détruits dans l'antiquité.

Ce sont ces marches, ainsi que l'escalade des activités des colons israéliens, qui ont été citées par le Hamas comme la dernière provocation ayant déclenché l'assaut du 7 octobre contre Israël, une opération qu'il a baptisée «Déluge d'Al-Aqsa».

Ben-Gvir n'a montré aucun remords pour ses provocations. En effet, le jour du Nouvel An, il a déclaré: «Nous devons promouvoir une solution qui encourage la migration des habitants de Gaza... une solution correcte, juste, morale et humaine.»

«Ne vous y trompez pas, nous avons des partenaires dans le monde entier qui peuvent nous aider, il y a des hommes d'État dans le monde entier auprès desquels nous pouvons promouvoir cette idée», a-t-il ajouté.

«Encourager la migration des habitants de Gaza nous permettra de ramener les habitants du Goush Katif chez eux.»

Des ministres israéliens, dont le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben-Gvir, ont participé à une conférence sur la réinstallation de Gaza à Jérusalem (Photo, AFP).

Son patron, Netanyahou, semble partager ses sentiments.

Face à l'inquiétude croissante de la communauté internationale vis-à-vis de la réponse militaire disproportionnée d'Israël à Gaza depuis le 7 octobre, l'homme à la tête du gouvernement le plus à droite de l'histoire d'Israël, politiquement redevable aux groupes de colons, a rejeté à plusieurs reprises les appels de ses alliés, notamment les États-Unis, à ouvrir la voie à la solution à deux États tant attendue.

La position de Netanyahou a été clairement exposée dans une déclaration publiée par son bureau le 21 janvier, le lendemain du jour où le président américain, Joe Biden, l'a une nouvelle fois exhorté publiquement à rechercher la paix en acceptant le principe de la création d'un État palestinien.

«Lors de sa conversation avec le président Biden, le Premier ministre Netanyahou a réitéré sa politique selon laquelle, une fois le Hamas détruit, Israël doit conserver le contrôle de la sécurité à Gaza afin de s'assurer que Gaza ne constituera plus une menace pour Israël, une exigence qui contredit la demande de souveraineté palestinienne.»

Le président américain, Joe Biden (à gauche), rencontre le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, à Tel Aviv, Israël, le 18 octobre 2023, pour discuter de la guerre entre Israël et le Hamas (Photo via l’AP).

Un retour dans le Gush Katif, aujourd'hui ouvertement proposé par certains membres du Cabinet de Netanyahou, serait compatible avec cette sombre vision de l'avenir, mais certains veulent aller beaucoup plus loin.

Dans un sondage réalisé en Israël en décembre, 68% des Israéliens ont déclaré soutenir l'idée d'une «migration volontaire» pour les citoyens arabes de Palestine. Le 25 décembre, le lendemain de la publication des résultats du sondage, Netanyahou a déclaré lors d'une réunion de sa faction du Likoud à la Knesset que son gouvernement travaillait déjà sur les moyens d'y parvenir.

«Notre problème est de trouver des pays qui sont prêts à les accueillir, et nous y travaillons», a indiqué Netanyahou selon le Jewish Press.

L'idée fait également son chemin au sein du lobby juif à l'étranger.

Le 2 janvier, un chroniqueur du Jewish Press, le plus grand hebdomadaire juif indépendant des États-Unis, autoproclamé «défenseur infatigable de l'État d'Israël», a présenté une vision sinistre des appels à la «migration volontaire».

«Il est logique qu'au lieu de s'engager dans des efforts futiles pour persuader les pays du monde d'ouvrir leurs portes à la population islamiste la plus militante de la planète, Israël devrait s'efforcer de rendre la vie à Gaza insupportable», a écrit David Israël dans une chronique profondément dérangeante.

Un Palestinien utilise un fauteuil roulant pour transporter des sacs de farine distribués par l'Office de secours et de travaux des Nations unies à Rafah, le 29 janvier 2024 (Photo, Reuters).

Il a ajouté: «L'idée d'attirer les Arabes de Gaza sur de grands bateaux de croisière qui les emmèneraient dans des endroits plus agréables est peut-être une illusion romantique, mais la fuite de milliers d'individus affamés d'un espace habitable rongé par la maladie et de plus en plus réduit finirait par faire tomber les portes barricadées du gouvernement égyptien.»

En Israël, tout le monde n'est pas à l'aise avec l'idée de réinstaller Gaza, une perspective qui a alarmé même le journal de centre-droit The Jerusalem Post. Dans un éditorial du 30 janvier, il a qualifié la conférence sur la réinstallation de Gaza de «troublante» et a condamné les appels à la réinstallation de Gaza, les qualifiant de «sources de division».

Toutefois, compte tenu du soutien d'un nombre croissant de ministres et d'autres personnes, le document conclut que «nous ne pouvons plus dire que la réinstallation de Gaza est une idée marginale qui n'a pas de mordant ou de résistance».

Des Palestiniens font leurs courses sur un marché en plein air près des ruines des maisons et des bâtiments détruits par les frappes israéliennes pendant le conflit dans le camp de réfugiés de Nuseirat, dans le centre de la bande de Gaza, le 30 novembre 2023 (Photo, Reuters).

Omer Bartov, professeur d'études sur l'Holocauste et les génocides au Watson Institute for International and Public Affairs de l'université Brown à Providence (Rhode Island), met en garde contre l'utilisation d'euphémismes dans la situation actuelle.

«En parlant d'une réoccupation de Gaza et du retrait “volontaire” des Palestiniens, Ben-Gvir et ses partisans parlent en fait du nettoyage ethnique de Gaza, puis de sa colonisation par les Juifs», a-t-il révélé.

«Ils sont tout à fait ouverts à ce sujet. Il n'y a rien de volontaire là-dedans.»

Si cela se produisait, a-t-il signalé, «cela signifierait tout d'abord que l'ensemble de l'opération des Forces de défense israéliennes (FDI) à Gaza serait considéré comme un déplacement forcé de population, ce qui constitue un crime de guerre et un crime contre l'humanité en vertu du droit humanitaire international».

Cela pourrait également «constituer une violation de la Convention sur le génocide, car elle pourrait être présentée comme la destruction intentionnelle d'une partie du peuple palestinien vivant à Gaza. Cela mettrait Israël directement dans le collimateur de la Cour internationale de justice».

Des Palestiniens déplacés fuient Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, le 30 janvier 2024, dans le cadre du conflit entre Israël et le groupe militant palestinien Hamas (Photo, AFP).

Bartov doute toutefois que «les radicaux du Cabinet israélien parviennent à faire passer cette mesure. Je ne pense pas qu'il y aura un nettoyage ethnique, mais je prévois une crise politique majeure en Israël.

«Cette décision ne peut être canalisée dans une direction positive que par une pression massive des États-Unis et de leurs alliés, notamment le Royaume-Uni, la France et l'Allemagne, puis par un accord régional avec les États arabes, notamment l'Arabie saoudite, pour normaliser les relations avec Israël à la condition de créer un État palestinien indépendant, éventuellement démilitarisé», a-t-il souligné.

Dans le musée du Gush Katif, parmi les objets exposés, la place d'honneur revient à une menorah, le candélabre traditionnel allumé à l'occasion de la fête juive de Hanukkah. Elle a été sauvée de la synagogue de Netzarim, la dernière des colonies de Gaza à avoir été évacuée, et un nombre croissant d'Israéliens aimeraient la voir restituée à ce qu'ils estiment être sa place légitime.

Le 1er octobre 1996, plus de 20 000 manifestants du mouvement «La paix maintenant» se sont rassemblés à Tel-Aviv pour réclamer la poursuite des négociations de paix entre Israël et les Palestiniens (Photo, AFP).

Dans un film projeté au musée, Rivka Goldschmidt, l'une des «déracinées» du Gush Katif, parle de ses espoirs pour l'avenir.

«Il se pourrait que nos enfants puissent retourner dans le Gush Katif, ce qui serait un grand réconfort», affirme-t-elle.

«Je ne sais pas si cela arrivera, ni quand cela arrivera, mais au fond de moi, c'est une aspiration parce qu'il y avait là quelque chose de grand et d'extraordinaire, construit par des gens honnêtes», a-t-elle ajouté.

Le Gush Katif, «a été évacué sans raison et il se pourrait que nos enfants, voire nos petits-enfants, y retournent un jour», estime-t-elle.

Si Netanyahou et les ministres de droite de son Cabinet parviennent à leurs fins, ce jour pourrait arriver plus tôt que prévu.

Si cela se produit, les perspectives d'une solution à deux États et de la paix pour laquelle tant de Palestiniens et d'Israéliens ont prié pendant si longtemps seront probablement réduites à néant pour les générations à venir.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


L'Iran affirme contrôler le détroit d'Ormuz après les déclarations de Trump sur un contrôle américain

Cette photographie, obtenue auprès de l'agence de presse iranienne ISNA le 13 août 2026, montre une nappe de pétrole le long de la côte sud de l'île de Qeshm, en Iran, le 13 août 2026. (AFP)
Cette photographie, obtenue auprès de l'agence de presse iranienne ISNA le 13 août 2026, montre une nappe de pétrole le long de la côte sud de l'île de Qeshm, en Iran, le 13 août 2026. (AFP)
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  • Donald Trump, qui semble désormais privilégier une approche plus attentiste face à l'Iran, a répété mercredi sur son réseau Truth Social que les Etats-Unis avaient un contrôle "total" du détroit d'Ormuz et allaient le "garder"
  • Dans les faits, ce passage stratégique pour le commerce mondial de pétrole est verrouillé par l'Iran, alors que les Etats-Unis imposent de leur côté un blocus aux ports iraniens

TEHERAN: Un haut responsable iranien a affirmé jeudi que le détroit d'Ormuz restait sous le contrôle de l'Iran, après que le président américain Donald Trump a revendiqué la veille le contrôle américain de ce détroit stratégique.

"Aujourd'hui, vous voyez que le détroit d'Ormuz est sous la gestion et le contrôle de la République islamique, et que notre pays poursuit sa trajectoire en toute sécurité", a déclaré selon la télévision d'Etat Hossein Taeb, chef des forces paramilitaires du Bassidj, affiliées aux Gardiens de la Révolution, la puissante force armée de la République islamique.

Donald Trump, qui semble désormais privilégier une approche plus attentiste face à l'Iran, a répété mercredi sur son réseau Truth Social que les Etats-Unis avaient un contrôle "total" du détroit d'Ormuz et allaient le "garder".

Dans les faits, ce passage stratégique pour le commerce mondial de pétrole est verrouillé par l'Iran, alors que les Etats-Unis imposent de leur côté un blocus aux ports iraniens.

Les hostilités ont repris entre les deux pays début juillet, quand le protocole d'accord conclu en juin pour mettre durablement fin à la guerre au Moyen-Orient a volé en éclat.

Les frappes se sont depuis atténuées, Donald Trump assurant que des négociations étaient en cours avec l'Iran, qui a démenti, assurant de son côté ne parler qu'avec Oman d'un futur itinéraire pour franchir le détroit d'Ormuz.


Une colonie de Cisjordanie, démantelée en 2005, à nouveau inaugurée par Israël

Ganim est l'une des quatre colonies israéliennes de Cisjordanie évacuées par Israël dans le cadre du plan de retrait de l'ancien Premier ministre Ariel Sharon en 2005, avec Homesh, Sa-Nour et Kadim.  (AFP)
Ganim est l'une des quatre colonies israéliennes de Cisjordanie évacuées par Israël dans le cadre du plan de retrait de l'ancien Premier ministre Ariel Sharon en 2005, avec Homesh, Sa-Nour et Kadim. (AFP)
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  • À Ganim, environ deux douzaines de maisons préfabriquées ont déjà été installées. Des niveleuses et des rouleaux compresseurs s'activent sur le flanc de la colline afin de dégager de nouveaux espaces destinés à de futures habitations
  • Dans la vallée en contrebas, des Palestiniens interrogés par l'AFP témoignent de leur crainte que la construction de Ganim ne rende leur vie plus difficile, voire n'entraîne à terme leur déplacement

GANIM, TERRITOIRES PALESTINIENS: Plus de vingt ans après son retrait de la colonie de Ganim, en Cisjordanie occupée, Israël l'a officiellement inaugurée à nouveau jeudi, selon des journalistes de l'AFP sur place, dans une nouvelle illustration de la politique d'intensification de la colonisation menée par le gouvernement Netanyahu.

"Nous sommes revenus à Ganim  - et nous sommes revenus pour y rester", a affirmé le ministre de la Défense israélien Israël Katz, présent pour la cérémonie.

Sur l'unique rue récemment aménagée, l'odeur de l'asphalte fraîchement coulé flotte dans l'air. De nouveaux résidents et leurs proches, venus les aider à s'installer, sourient à la vue de leurs caravanes flambant neuves.

Ganim est l'une des quatre colonies israéliennes de Cisjordanie évacuées par Israël dans le cadre du plan de retrait de l'ancien Premier ministre Ariel Sharon en 2005, avec Homesh, Sa-Nour et Kadim. Leur emplacement isolé, dans le nord de la Cisjordanie, près de la ville palestinienne de Jénine, avait notamment motivé leur démantèlement.

Trois d'entre elles ont désormais été reconstruites sous l'actuel gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu, sur fond de forte accélération de la création de nouvelles colonies, et de légalisation d'avant-postes (souvent constitués de quelques caravanes ou préfabriqués construits sans l'aval du gouvernement israélien, et destinés à créer des faits accomplis).

À Ganim, environ deux douzaines de maisons préfabriquées ont déjà été installées. Des niveleuses et des rouleaux compresseurs s'activent sur le flanc de la colline afin de dégager de nouveaux espaces destinés à de futures habitations.

Dans la vallée en contrebas, des Palestiniens interrogés par l'AFP témoignent de leur crainte que la construction de Ganim ne rende leur vie plus difficile, voire n'entraîne à terme leur déplacement.

De part et d'autre de la route reliant Israël à la nouvelle colonie, l'armée a démoli ces derniers jours des commerces et bloqué plusieurs chemins de terre menant aux villages palestiniens, y amoncelant des gravats.

Une centaine de personnes ont assisté à Ganim à la cérémonie d'inauguration, venus d'Israël ou d'autres colonies de Cisjordanie, dont des députés et deux ministres.

Yossi Dagan, le président du Conseil régional, chargé des colonies de ce secteur a parlé "moment historique".

Il a rappelé qu'un plan de construction de 19 nouvelles colonies dans cette zone avait été lancé, avec le soutien du gouvernement.

"Aujourd'hui, nous revenons à Ganim et nous la reconstruisons. Nous ne sommes pas seulement revenus dans les quatre localités qui avaient été évacuées : nous multiplions par deux et par trois la présence juive dans le nord de la Samarie", a-t-il déclaré, utilisant le nom israélien de la Cisjordanie occupée.


La condamnation à mort de Bachar al-Assad par la Syrie : un pas vers la justice ?

La condamnation d’Assad, la première prononcée à son encontre par un tribunal syrien depuis l’effondrement de son gouvernement en décembre 2024 et sa fuite en Russie, a été rendue par contumace. (Image générée par IA représentant à quoi il aurait pu ressembler)
La condamnation d’Assad, la première prononcée à son encontre par un tribunal syrien depuis l’effondrement de son gouvernement en décembre 2024 et sa fuite en Russie, a été rendue par contumace. (Image générée par IA représentant à quoi il aurait pu ressembler)
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  • Ce jugement constitue la première condamnation nationale prononcée à l’encontre du président déchu et marque une tentative sans précédent de demander des comptes aux dirigeants de l’ancien régime
  • Assad bénéficie toujours de la protection de la Russie, tandis que des experts juridiques avertissent que la peine de mort pourrait compliquer les efforts visant à l’extrader et à le faire comparaître en personne devant un tribunal syrien

LONDRES : Pendant près d’un quart de siècle, Bachar al-Assad s’est tenu à la tête d’un État syrien dans lequel le président semblait hors d’atteinte de ses tribunaux.

Mardi, cette situation s’est radicalement inversée.

La quatrième chambre pénale du tribunal de Damas a condamné le président déchu à mort par contumace après l’avoir reconnu coupable de crimes incluant « l’assassinat prémédité et intentionnel de plusieurs personnes, dont des enfants », ainsi que « la torture, les arrestations arbitraires et les crimes contre l’humanité » commis au cours du long conflit qui a ravagé le pays.

Il s’agit de la première condamnation prononcée à l’encontre d’Assad par un tribunal syrien depuis l’effondrement de son gouvernement en décembre 2024 et sa fuite en Russie.

Son frère Maher, ancien commandant de la redoutable quatrième division blindée, et Atef Najib, ancien chef de la sécurité à Deraa dont le traitement réservé aux manifestants adolescents avait contribué à déclencher le soulèvement de 2011, figuraient parmi les personnes également condamnées à mort.

Najib, arrêté en Syrie l’année dernière, était le seul haut responsable présent à l’audience.
Pour de nombreux Syriens, le symbolisme était indéniable.

Des foules se sont rassemblées devant le palais de justice de Damas et ont célébré la nouvelle à Deraa, où le soulèvement contre Assad avait commencé après que les forces de sécurité eurent arrêté et torturé des adolescents accusés d’avoir écrit des graffitis antigouvernementaux.

Pour Rahaf Aldoughli, maître de conférences en études sur le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à l’université de Lancaster, ce verdict revêt une « importance symbolique considérable ».

« Pendant des décennies, l’une des caractéristiques déterminantes du système Assad a été l’impunité : l’idée que les plus hauts responsables de l’État ne pourraient jamais être tenus légalement pour responsables », a-t-elle déclaré à Arab News.

« Un tribunal syrien qui reconnaît officiellement la responsabilité pénale de Bachar al-Assad rompt donc, au moins symboliquement, avec cet héritage. »

Elle a toutefois mis en garde contre une interprétation excessive de cet événement.
« Nous devons veiller à ne pas assimiler la condamnation d’Assad à la justice transitionnelle. La justice transitionnelle ne peut se réduire à la sanction d’un seul individu, aussi central qu’il ait pu être au sein du système. »

Ce verdict confronte également les nouvelles autorités syriennes à une question plus épineuse : condamner Assad à mort le rapproche-t-il de la justice, ou rend-il encore plus lointaine la perspective de le juger un jour en personne — ainsi que ceux qui ont permis le fonctionnement de son appareil ?

« Dans l’ensemble, il s’agit d’une avancée significative, mais il ne faut pas en exagérer l’importance », a déclaré à Arab News Robert Pinfold, maître de conférences en sécurité internationale au King’s College de Londres. « Cela reste largement symbolique — notamment parce qu’Assad se trouve en Russie. »

Si la poursuite des relations chaleureuses entre Damas et Moscou pourrait théoriquement constituer un « coup de théâtre », a-t-il ajouté, il est raisonnable de supposer que les avoirs d’Assad et de sa famille resteront hors d’atteinte à court terme.

« Quant à la condamnation à mort elle-même, la plupart des Syriens y seront globalement favorables », a déclaré M. Pinfold. « Très peu de gens aujourd’hui — y compris certains de ses anciens partisans et des alaouites qui estiment qu’il les a trahis en s’enfuyant — soutiennent encore Bachar al-Assad. Il ne s’agit donc pas d’une décision controversée.

« Mais la capacité du gouvernement à réellement l’appliquer est limitée, puisque Assad se trouve hors du pays. »

Il a fait valoir que, alors que Damas est confrontée à des demandes croissantes de vérité, de réconciliation et de responsabilisation, elle doit mener ces processus avec prudence afin d’éviter de donner l’impression que les communautés minoritaires sont collectivement tenues pour responsables des exactions de l’ancien régime, même si les Syriens continuent de réclamer justice.

Assad est devenu, contre toute attente, le dirigeant de la Syrie de 2000 à décembre 2024, succédant à son père Hafez Assad et présidant un système dominé par la présidence, les services de sécurité et l’establishment militaire.

Lorsque des manifestations pacifiques ont éclaté en 2011, les forces gouvernementales ont réagi par la force meurtrière. Le soulèvement s’est rapidement transformé en une guerre qui a fait plus de 580 000 morts, déplacé plus de 13 millions de personnes et donné lieu à des allégations de torture systématique, de disparitions forcées, d’attaques aveugles et d’autres violations graves.

Pendant des années, les tentatives visant à établir les responsabilités se sont principalement déroulées en dehors de la Syrie. Les tribunaux européens ont eu recours à la compétence universelle et à d’autres mécanismes juridiques pour poursuivre d’anciens agents des services de renseignement syriens et d’autres suspects qui avaient atteint leur territoire.

Les tribunaux français ont également poursuivi Bachar al-Assad lui-même. En 2025, des juges d’instruction français ont émis un mandat d’arrêt à son encontre en lien avec le bombardement, en 2012, d’un centre de presse à Homs qui a coûté la vie aux journalistes Marie Colvin et Rémi Ochlik.

La décision rendue mardi revêt une importance particulière car elle a été prononcée en Syrie, inscrivant officiellement Assad au casier judiciaire du pays en tant que prévenu condamné, et non plus simplement comme faisant l’objet d’enquêtes, d’allégations ou de sanctions étrangères.

Mais la condamnation à mort ne constitue pas nécessairement une issue juridique définitive. Assad a été jugé par contumace et, selon le droit procédural syrien, le verdict pourrait être annulé et la procédure rouverte s’il se rendait ou s’il était arrêté et traduit en justice, d’après l’analyse du Réseau syrien pour les droits de l’homme.

« Le fait qu’il s’agisse également d’une condamnation à mort complique en outre les traités d’extradition avec d’autres pays qui ont pu ou non accorder l’asile à des responsables du régime syrien », a déclaré Samy Akil, conseiller principal chez The Syria Report, à Arab News.

« Je pense que l’UE et la CPI s’opposent à l’extradition vers un pays où une peine de mort a été prononcée à l’encontre d’une personne jugée par contumace. Je pense que c’est un aspect dont les responsables syriens n’ont pas vraiment tenu compte. »

Une question juridique plus large se pose également. Le droit syrien ne définit pas les « crimes de guerre » ni les « crimes contre l’humanité » comme des infractions distinctes. Ces affaires sont donc généralement jugées en vertu des dispositions pénales ordinaires, notamment celles relatives au meurtre, à la torture et à la détention illégale.

Les procureurs ont cherché à combler cette lacune en invoquant des principes juridiques internationaux, bien que la Syrie ne soit pas partie à la Convention des Nations unies de 1968 sur l’imprescriptibilité des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité.

Ces procédures contribueront donc à établir le cadre juridique pour de futures affaires visant à établir les responsabilités.

« Le cadre juridique et le système judiciaire syriens ne sont pas suffisamment adaptés pour traiter l’ampleur, la portée et la nature des massacres qui ont été perpétrés en Syrie — qu’il s’agisse de crimes de guerre, de torture ou de toutes les questions pertinentes qui doivent être abordées », a déclaré Akil.

« Le fait qu’ils se soient largement appuyés sur le code pénal existant — malgré plus d’un an et demi de travail sur une loi de justice transitionnelle, un projet de texte et le plaidoyer de nombreux groupes de la société civile — sape le processus de transition (aujourd’hui) et pour l’avenir.

« En fin de compte, il faut un système judiciaire indépendant et opérationnel pour traiter d’autres affaires (similaires) qui sont peut-être moins médiatisées, comme celles concernant des commandants de division ayant commis des massacres sur ordre des échelons supérieurs de la chaîne de commandement.

« L’absence d’une loi claire sur la justice transitionnelle est, à mon sens, la principale préoccupation, mais en fin de compte, cette décision constitue évidemment une victoire symbolique. »

Pour l’instant, il est peu probable qu’Assad purge la peine qui lui a été infligée. Il se trouve toujours en Russie, qui ne devrait pas l’extrader, tandis que la peine de mort pourrait compliquer toute tentative visant à obtenir son extradition depuis un autre pays.

Pour autant, considérer ce jugement comme purement symbolique reviendrait à en négliger l’importance.


Pour la première fois, un tribunal syrien a formellement établi la responsabilité pénale de la figure la plus puissante de l’ancien régime — un homme qui incarnait autrefois l’autorité de l’État syrien, mais qui est désormais fiché comme un fugitif condamné pour des crimes graves.

« À court terme, cette condamnation n’aboutira probablement pas à l’emprisonnement ou à l’exécution d’Assad tant qu’il restera sous la protection de la Russie et que Moscou refusera de l’extrader », a déclaré M. Aldoughli.

« Son impact immédiat est donc avant tout juridique et symbolique, plutôt que coercitif. Mais cela ne la rend pas pour autant dénuée de sens. »

La condamnation d’Assad clôt un chapitre des relations entre la Syrie et son ancien dirigeant. La question la plus importante est de savoir si elle marquera le début d’un processus de justice transitionnelle complet et impartial, ou si elle restera un jugement historique qui ne pourra jamais être appliqué.

« Peut-être que l’importance la plus grande réside dans le fait qu’Assad, qui a gouverné la Syrie pendant plus de deux décennies avec un pouvoir pratiquement illimité, est désormais un fugitif recherché par la justice syrienne », a déclaré M. Aldoughli.

« Pour de nombreux Syriens, ce revirement aura en soi une portée symbolique considérable. Mais le véritable test de la transition syrienne sera de savoir si ce moment marquera le début d’un processus judiciaire complet et impartial, plutôt que son aboutissement. »