Davos: La «partialité» du forum fustigée par des experts du Moyen-Orient

Des personnes se tiennent derrière un logo du Forum économique mondial lors de la 54e réunion annuelle à Davos, en Suisse, le 16 janvier 2024 (Photo, Reuters).
Des personnes se tiennent derrière un logo du Forum économique mondial lors de la 54e réunion annuelle à Davos, en Suisse, le 16 janvier 2024 (Photo, Reuters).
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Publié le Jeudi 18 janvier 2024

Davos: La «partialité» du forum fustigée par des experts du Moyen-Orient

  • Il y a un «deux poids deux mesures dans le système international», indique Mohammed Moustafa à Arab News lors du Forum économique mondial
  • «En dépit de sa devise, le forum semble améliorer l’état du monde pour certaines personnes, mais certainement pas pour tous les habitants de la planète», a souligné Khalid Janahi

DAVOS: Le Forum économique mondial (FEM) de Davos est un exemple de la manière dont le système international a laissé tomber le peuple palestinien, a déclaré un haut fonctionnaire palestinien à Arab News mardi.

Mohammed Moustafa, président du Fonds d’investissement palestinien et ancien vice-Premier ministre, a tenu ces propos au moment où le président israélien, Isaac Herzog, arrivait à Davos pour participer à une «conversation spéciale» avec le fondateur du forum, Klaus Schwab, et son président, Borge Brende.

Moustafa est l’un des trois Palestiniens les plus en vue invités à Davos; le président, Mahmoud Abbas, et les diplomates palestiniens de haut rang sont quant à eux absents.

«Nous disons toujours qu’il y a deux poids deux mesures dans le système international», a indiqué Moustafa à Arab News à Davos. «Le système international nous a toujours déçus. Ce n’est pas nouveau et il ne fait que le confirmer de temps en temps.»

Le chef d’entreprise palestinien Samer C. Khoury et le président de la Banque de Palestine, Hicham Chawa, ont rejoint Moustafa à Davos.

Malgré la présence limitée des Palestiniens, Moustafa a lancé: «Nous sommes déterminés à maintenir le cap et à atteindre notre objectif. Le point positif de Davos, c’est qu’il s’agit d’une institution. Beaucoup de personnes compétentes participent au forum (...) et c’est une bonne occasion pour dialoguer avec ces personnes-là».

Amal Enan, directrice des investissements à l’université américaine du Caire et membre des Young Global Leaders (Jeunes leaders mondiaux), a confié que si la question de Gaza a été abordée sur la scène mondiale lors de la réunion du FEM, elle aurait souhaité qu’elle le soit davantage.

«Nous aurions pu nous faire entendre davantage en tant que jeunes leaders mondiaux», a-t-elle ajouté.

Les organisateurs de Davos ont défendu la représentation du Moyen-Orient au forum.

«La gravité de la situation sécuritaire et humanitaire (...) figurera au cœur des dialogues de cette semaine», selon un porte-parole.

«Nous donnerons aux principales parties prenantes de la région et d’ailleurs l’occasion d’échanger leurs points de vue sur les moyens de désamorcer la crise et de retrouver la voie de la diplomatie. Au total, nous accueillerons plus de cinquante dirigeants du Moyen-Orient.»

Moustafa a insisté sur le fait que le monde «ne devrait pas sous-estimer l’ampleur de la crise humanitaire» à Gaza, ajoutant que plus de 350 000 maisons ont été endommagées ou détruites dans le territoire.

«Même si la guerre s’arrêtait demain, la plupart de ces personnes ne trouveraient pas d’endroit où retourner», a-t-il fait remarquer. «Avant même de parler de reconstruction, la question qui se pose est la suivante: comment régler le problème immédiat de la recherche d’un logement pour ces personnes?»

«Les Arabes n’ont pas fait de bruit à l’époque»

Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a prononcé un discours passionné devant les participants, dans lequel il a appelé à soutenir son pays face à la Russie et à son président «prédateur».

En 2022, le FEM n’a pas hésité à exprimer son soutien indéfectible à l’Ukraine. Il a interdit aux diplomates, oligarques et dirigeants d’entreprise russes d’assister à l’événement et est même allé jusqu’à transformer l’ancienne Maison de la Russie sur la promenade en une Maison des crimes de guerre de la Russie.

Nombreux sont ceux qui ont été surpris par la position critique du forum, qui a longtemps été considéré comme une plate-forme neutre de dialogue et de négociation entre les parties belligérantes. Dans son livre From Rulership to Leadership, l’auteur et expert bahreïni Khalid Janahi a posé des questions sur cette prise de position sans précédent, en réponse à laquelle un responsable du FEM a affirmé que la Russie avait enfreint le droit international en envahissant un pays souverain.

Lorsque Janahi a rappelé au responsable que les États-Unis et le Royaume-Uni étaient présents à Davos malgré leur invasion illégale de l’Irak en 2003, il lui a simplement répondu: «Les Arabes n’ont pas fait de bruit à l’époque.»

À la Cour internationale de justice de La Haye, Israël est actuellement accusé de génocide pour ses bombardements aveugles sur Gaza, où plus de 20 000 civils ont été tués, pour la plupart des femmes et des enfants.

«Le problème, c’est que nous (la région du Golfe et le Moyen-Orient au sens large) ne sommes pas concernés par ce conflit. Les seules personnes concernées sont les Palestiniens», a déclaré Janahi à Arab News.  

«Bien que certains groupes de travail discutent du conflit, ils se concentreront sur la sécurité en Israël et se pencheront sur le Hamas terroriste et les milices soutenues par l’Iran. Mais qui parle au nom des femmes et des enfants tués?»

Selon un rapport du Wall Street Journal, environ 70% des bâtiments résidentiels et des maisons de Gaza ont été détruits par les bombardements israéliens. Les raids ont également endommagé des églises et des mosquées, ainsi que des écoles, des hôpitaux et d’autres infrastructures de santé vitales.

Sur les 36 hôpitaux de Gaza, seuls huit fonctionnent encore à l’heure où nous écrivons ces lignes, ce qui a provoqué une crise médicale, les médecins étant contraints de pratiquer des interventions chirurgicales dans l’obscurité, souvent sans anesthésie.

«En dépit de sa devise, le forum semble améliorer l’état du monde pour certaines personnes, mais certainement pas pour tous les habitants de la planète», a souligné Janahi.

Ce texte est la traduction d'un article paru sur Arabnews.com


Liban: plusieurs frappes israéliennes dans le sud malgré l'accord Washington-Téhéran

Israël a frappé le sud du Liban à plusieurs reprises mercredi matin malgré l'accord conclu entre Téhéran et Washighton, a rapporté l'agence nationale d'information libanaise (Ani, officielle). (AFP)
Israël a frappé le sud du Liban à plusieurs reprises mercredi matin malgré l'accord conclu entre Téhéran et Washighton, a rapporté l'agence nationale d'information libanaise (Ani, officielle). (AFP)
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  • Lundi soir, l'armée iranienne a menacé d'une "réponse sévère" si les attaques israéliennes se poursuivaient
  • Les frappes israéliennes ont diminué depuis l'annonce de l'accord mais elles ont tout de même continué, tuant cinq personnes depuis, selon l'Ani

BEYROUTH: Israël a frappé le sud du Liban à plusieurs reprises mercredi matin malgré l'accord conclu entre Téhéran et Washighton, a rapporté l'agence nationale d'information libanaise (Ani, officielle).

Ces frappes ont notamment touché la région de Nabatiyé et de Kfartebnit, selon la même source.

L'Iran a répété plusieurs fois depuis l'annonce d'un accord avec les Etats-Unis lundi qu'il devait inclure une cessation des hostilités au Liban, où Israël dit viser le Hezbollah allié de Téhéran.

Lundi soir, l'armée iranienne a menacé d'une "réponse sévère" si les attaques israéliennes se poursuivaient.

Les frappes israéliennes ont diminué depuis l'annonce de l'accord mais elles ont tout de même continué, tuant cinq personnes depuis, selon l'Ani.

Et si certains habitants du sud ont commencé à rentrer chez eux, l'armée libanaise a conseillé d'attendre à cause des "risques de violations" de l'accord de la part d'Israël.

Mardi, l'armée israélienne avait mené plusieurs frappes, tuant quatre personnes, et affirmé que ses soldats dans le sud du Liban avaient été ciblés par des roquettes.

Le Hezbollah ne s'est pas exprimé publiquement depuis. Son chef, Naïm Qassem, qui a exprimé sa "profondre gratitude" à l'Iran pour avoir poussé pour inclure le Liban dans l'accord, doit s'exprimer à la télévision mercredi.

Le protocole visant à mettre fin à la guerre qui a fait des milliers de morts au Moyen-Orient, principalement en Iran et au Liban, doit être formellement signé en Suisse vendredi.


Mettre fin à la guerre au Liban est la «question la plus importante» de l'accord avec Washington, selon la diplomatie iranienne

Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, a insisté mardi sur l'importance de mettre fin à la guerre au Liban entre Israël et le Hezbollah pro-iranien, dans le cadre du protocole d'accord conclu avec Washington. (AFP)
Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, a insisté mardi sur l'importance de mettre fin à la guerre au Liban entre Israël et le Hezbollah pro-iranien, dans le cadre du protocole d'accord conclu avec Washington. (AFP)
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  • Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, a insisté mardi sur l'importance de mettre fin à la guerre au Liban entre Israël et le Hezbollah pro-iranien
  • "Il s'agit sans doute de la question la plus importante du protocole: l'annonce de l'arrêt immédiat et permanent de la guerre sur tous les fronts, y compris au Liban"

TEHERAN: Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, a insisté mardi sur l'importance de mettre fin à la guerre au Liban entre Israël et le Hezbollah pro-iranien, dans le cadre du protocole d'accord conclu avec Washington.

"Il s'agit sans doute de la question la plus importante du protocole: l'annonce de l'arrêt immédiat et permanent de la guerre sur tous les fronts, y compris au Liban", a déclaré le ministre lors d'une réunion avec des diplomates étrangers diffusée à la télévision d'Etat.


Au G7, coup de projecteur sur l'Ukraine, éclipsée par l'Iran

Le président ukrainien est lui attendu dès mardi matin dans la station thermale des Alpes françaises pour participer à une réunion de travail consacrée à la paix et la sécurité pour l'Ukraine et l'Europe. Il espère à cette occasion pouvoir s'entretenir seul à seul avec Donald Trump. (AFP)
Le président ukrainien est lui attendu dès mardi matin dans la station thermale des Alpes françaises pour participer à une réunion de travail consacrée à la paix et la sécurité pour l'Ukraine et l'Europe. Il espère à cette occasion pouvoir s'entretenir seul à seul avec Donald Trump. (AFP)
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  • La guerre en Ukraine dominera les débats du G7 mardi à Evian en présence de Volodymyr Zelensky. Au cœur des tractations: la capacité des alliés de Washington à convaincre Donald Trump, jusqu'ici réticent, à afficher son soutien au président ukrainien
  • Le Moyen-Orient sera lui aussi toujours très haut dans l'agenda des chefs d'Etat et de gouvernement de l'Allemagne, du Canada, des Etats-Unis, de la France, de l'Italie, du Japon et du Royaume-Uni

EVIAN: La guerre en Ukraine dominera les débats du G7 mardi à Evian en présence de Volodymyr Zelensky. Au cœur des tractations: la capacité des alliés de Washington à convaincre Donald Trump, jusqu'ici réticent, à afficher son soutien au président ukrainien face à Vladimir Poutine.

Le Moyen-Orient sera lui aussi toujours très haut dans l'agenda des chefs d'Etat et de gouvernement de l'Allemagne, du Canada, des Etats-Unis, de la France, de l'Italie, du Japon et du Royaume-Uni.

Ils se retrouveront pour un déjeuner de travail consacré aux crises de cette région secouée par la guerre américano-israélienne contre l'Iran. L'Egypte, les Emirats arabes unis et le Qatar - qui a contribué à la médiation ayant abouti à un accord entre Washington et Téhéran - y ont été conviés.

Le président ukrainien est lui attendu dès mardi matin dans la station thermale des Alpes françaises pour participer à une réunion de travail consacrée à la paix et la sécurité pour l'Ukraine et l'Europe. Il espère à cette occasion pouvoir s'entretenir seul à seul avec Donald Trump.

La dernière rencontre entre les deux dirigeants remonte à fin décembre dans la résidence du milliardaire américain à Mar-a-Lago, en Floride.

A défaut d'annoncer une réunion bilatérale, le président des Etats-Unis, accaparé ces derniers mois par le conflit avec l'Iran, a assuré lundi avoir eu "une très bonne conversation avec le président (Volodymyr) Zelensky et le président (russe Vladimir) Poutine" dimanche.

"Et je pense que nous pouvons peut-être faire quelque chose", a-t-il ajouté.

Il a en outre déploré les 25.000 morts par mois dans ce conflit, "majoritairement des soldats". "Cela ne devrait pas se produire", a-t-il réagi.

Après de nouvelles frappes meurtrières menées lundi par la Russie qui ont fait au moins 11 morts et incendié une cathédrale historique à Kiev, Volodymyr Zelensky a demandé "davantage de pression sur l'agresseur et davantage de soutien à la défense aérienne de l'Ukraine".

Le président peut d'ores et déjà compter sur l'appui indéfectible des dirigeants européens et canadien, dont il verra certains en tête-à-tête.

Le Royaume-Uni va fournir de l'uranium enrichi à l'Ukraine pour ses centrales nucléaires et imposer de nouvelles sanctions à la Russie, a ainsi annoncé le Premier ministre britannique Keir Starmer en amont de la session de travail.

"Unité et détermination" 

Condamnant les "frappes barbares" de la Russie en Ukraine, Londres compte "monter d'un cran" en "étouffant les ressources qui alimentent la guerre de Poutine et en fournissant de l'énergie à l'Ukraine pour les hivers à venir", a déclaré Keir Starmer.

Avant même la tenue du sommet, une source gouvernementale italienne soulignait de son côté que l'Ukraine restait "un sujet sur lequel il y a la plus grande attention italienne".

Lundi, le président du conseil européen António Costa, également présent à Evian, a estimé que "l'unité et la détermination du G7 sont essentielles pour contribuer à mettre fin à cette guerre et parvenir à une paix juste et durable".

A cet égard, la participation du président Zelensky aux discussions au G7 est "particulièrement importante", a-t-il fait valoir.

De son côté, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a salué l'Ukraine qui "tient la ligne de front et regagne même partiellement du terrain".

Elle a en outre loué la capacité de Kiev de frapper des cibles stratégiques "au cœur même de la Russie".

Depuis le début du conflit en février 2022, l'Ukraine a opéré un virage stratégique en devenant un acteur majeur de l'industrie de défense, notamment via sa production de drones, mais continue d'avoir cruellement besoin du soutien occidental.

Selon les Européens, la Russie, sous pression des sanctions internationales, commence, elle, à montrer des signes de faiblesse.

"Nos sanctions frappent profondément", a estimé Ursula Von der Leyen.

Pour autant, Vladimir Poutine reste inflexible.

Lundi, le président ukrainien a fait savoir qu'il avait invité son homologue russe à venir au G7.

"La Russie a montré une fois de plus qu'elle n'est pas prête à parler", a-t-il dit, estimant qu'il fallait intensifier la pression sur le président jusqu'à ce qu'il mette fin à la guerre.