Bilan de l’année 2023: le Liban en crise est au bord de la guerre

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Publié le Vendredi 29 décembre 2023

Bilan de l’année 2023: le Liban en crise est au bord de la guerre

  • Le pays est confronté à une crise économique paralysante, que les commentateurs considèrent comme «sans précédent» dans l’époque moderne
  • Les échanges de tirs presque quotidiens entre des militants basés au Liban et Israël ont fait au moins 150 morts, dont le caméraman de Reuters Issam Abdallah

BEYROUTH: Son économie est toujours en ruines, son gouvernement complètement paralysé et l’on redoute que la guerre qui fait rage à Gaza entre Israël et le Hamas ne déborde bientôt de ses frontières. Les problèmes auxquels fait face le Liban n’ont fait que s’aggraver en 2023.

Effondrement économique

Environ 80% des citoyens libanais vivent désormais dans la pauvreté. Le pays est confronté depuis 2019 à une crise économique paralysante que les commentateurs considèrent comme «sans précédent» à l’époque moderne. Au début de l’année 2023, l’inflation a atteint 190%.

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Le FMI affirme que la crise a été aggravée et prolongée par ceux qui ont des intérêts particuliers et qui œuvrent à garantir que les réformes ne se matérialisent pas. (AFP)

Le gouvernement libanais a conclu un accord pour un programme d’une valeur de 3 milliards de dollars (1 dollar = 0,90 euro) avec le Fonds monétaire international (FMI). Cependant, le plan de sauvetage n’a pu être mis en application en raison des obstacles aux réformes nécessaires à l’accord.

En réponse à ces retards, le FMI affirme que la crise a été aggravée et prolongée par ceux qui ont des intérêts particuliers et qui œuvrent à garantir que les réformes ne se matérialisent pas.

Un rapport ultérieur publié par l’organisme international soutient que, sans réformes urgentes, la dette publique pourrait atteindre 547% du produit intérieur brut du Liban d’ici à 2027.

Impasse politique

La nécessité de sortir de l’impasse politique dans laquelle se trouve le pays est essentielle pour mettre en place les réformes. Cependant, le Liban attend un nouveau président depuis la fin du mandat présidentiel de Michel Aoun, le 31 octobre 2022.

Des élections législatives – les premières depuis 2019 – ont eu lieu en mai 2022.Treize réformistes indépendants autoproclamés ont remporté des sièges. Cependant, avec un gouvernement intérimaire toujours en place bien plus d’un an plus tard, le Liban n’a pas encore été témoin de changements positifs.

L’incapacité à remettre en question ce statu quo signifie que tout effort sérieux pour enquêter sur les raisons et poursuivre les responsables de l’explosion du port de Beyrouth, le 4 août 2020, continue de se heurter à des entraves et au peu de coopération de la part des dirigeants politiques.

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À Beyrouth, une femme est assise avec ses enfants sur le trottoir sous des affiches électorales. (AFP)

Le 4 août, lors de la plus grande explosion non nucléaire de l’histoire, au moins 218 personnes ont été tuées et quelque 7 000 autres blessées. Par ailleurs, près de 300 000 individus se sont retrouvés sans abri lorsque des tonnes de nitrate d’ammonium mal stockées dans un entrepôt ont pris feu.

Les familles des victimes ont exigé une mission d’enquête indépendante mandatée par l’ONU pour traduire les responsables en justice. Cependant, leurs appels sont restés sans réponse.

En outre, l’enquête interne sur l’explosion a été suspendue à plusieurs reprises après que des hommes politiques ont porté plainte contre les juges en charge.

Maltraitance des enfants

Parallèlement à son effondrement économique et politique, le tissu social libanais semble s’effilocher. Un exemple de cette faillite institutionnelle est la révélation, cette année, de la maltraitance généralisée des enfants.

C’est le cas d’une fillette de 6 ans décédée cette année en août après avoir été violée par son oncle maternel. Cela met en évidence l’échec des autorités libanaises et de ses services sociaux, qui sont dans l’incapacité de prévenir de tels cas.

Parmi les autres crimes qui ont été révélés, citons une employée d’une garderie qui se serait filmée en train de frapper des tout-petits et de les nourrir de force.

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Leen Taleb. (Photo Twitter)

Un autre cas se rapporte à une ONG locale créée dans le but de s’occuper d’enfants abandonnés. Elle a été fermée après qu’il a été prouvé qu’elle se livrait à du trafic d’enfants à des fins d’abus sexuels.

Les experts en protection de l’enfance qui se sont entretenus avec Arab News cet été affirment être au courant de nombreux cas d’abus, mais ils disposent de trop peu de ressources pour faire face à l’ampleur des besoins.

Certains analystes estiment que la vague de maltraitance envers les enfants est le résultat d’un sous-financement chronique des services sociaux et de la police de proximité ainsi que d’une augmentation de la criminalité et du vice en général à la lumière de l’effondrement économique et social du pays.

Sentiment antisyrien

Les difficultés économiques du Liban ont violemment affecté ses importantes communautés de réfugiés syriens et palestiniens, qui se sont retrouvées de plus en plus marginalisées et même tenues pour responsables des maux du pays.

Le Liban accueille près d’un million de réfugiés syriens enregistrés, tandis que le gouvernement estime que 500 000 autres vivent sans papiers à l’intérieur de ses frontières. Leur absence de statut légal et de résidence les rend sujets au harcèlement, à la détention, à l’arrestation et à l’expulsion.

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Une femme lave la vaisselle devant un camp de fortune pour réfugiés syriens dans un district du nord du Liban. (AFP)

À mesure que le tissu social s’effiloche, un nombre croissant de citoyens libanais commencent à accuser les réfugiés syriens de comportements immoraux et appellent à leur expulsion du pays.

Au mois de septembre, un réfugié syrien est mort alors qu’il était détenu par la sûreté de l’État. Il aurait été torturé. Même si des appels ont été lancés pour l’arrestation des officiers impliqués, le manque d’indépendance des tribunaux militaires et judiciaires ne laisse présager rien de bon pour la famille des défunts.

Affrontements dans les camps

Le Liban accueille également plus de 175 000 réfugiés palestiniens installés dans des camps depuis qu’ils ont été chassés d’Israël, en 1948.

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De la fumée s’élève au-dessus des bâtiments après des affrontements dans le camp de réfugiés palestiniens d’Aïn el-Heloué, à la périphérie de la ville de Saïda, au sud du Liban. (AFP)

En juillet et septembre, des affrontements armés ont éclaté dans le camp d’Aïn el-Heloué, à Saïda, entre des partisans du Fatah, le parti du président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, et la Jeunesse musulmane, un groupe extrémiste affilié à Al-Qaïda.

Ces affrontements interviennent après l’assassinat d’Abou Achraf al-Armouchi, un haut commandant du Fatah; ils ont duré plus d’un mois. Au moins treize Palestiniens ont été tués et des dizaines d’autres blessés. Des centaines de familles ont choisi de quitter les camps depuis.

Israël contre le Hezbollah

Des décennies après la fin de la guerre civile libanaise et le désarmement de nombreuses milices du pays, le Hezbollah, soutenu par l’Iran, reste la force politique la plus puissante et l’entité la plus lourdement armée du Liban.

Depuis le début du conflit entre l’armée israélienne et le groupe militant palestinien Hamas, au mois d’octobre, les forces de défense israéliennes et les combattants du Hezbollah pro-Hamas échangent des tirs au-dessus de la frontière libano-israélienne, ce qui fait craindre un nouveau «front» dans la guerre.

En réalité, les échanges armés ont commencé cet été lorsque les deux parties se sont accusées mutuellement de violer les résolutions de l’ONU régissant la frontière établie il y a dix-huit ans après le retrait des troupes israéliennes du sud du Liban.

À l’époque, Israël et le Hezbollah se menaçaient mutuellement d’un niveau de destruction qui «ramènerait le pays à l’âge de pierre».

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Les ruines d’une maison après un raid aérien israélien à Majdal Zoun, au Liban. (AFP)

La situation s’est rapidement aggravée après l’attaque menée par le Hamas contre Israël le 7 octobre, qui a conduit à des échanges de tirs presque quotidiens entre des militants basés au Liban et Israël. Ces affrontements ont fait au moins 150 morts, dont le caméraman de Reuters Issam Abdallah. La plupart des personnes décédées sont des combattants du Hezbollah.

Bien que le gouvernement libanais du Premier ministre intérimaire, Najib Mikati, insiste sur le fait qu’il ne veut pas de confrontation avec Israël, le pays du Cèdre, ravagé par la crise, se prépare au pire, conscient du carnage subi lors de la guerre de 2006.

Les écoles, les hôpitaux et les agences gouvernementales ont commencé à préparer les évacuations en octobre et plusieurs ministères ont déjà alloué des fonds d’urgence au cas où une guerre éclaterait.

Les dirigeants et les commentateurs continuent de spéculer sur la question de savoir si le Hezbollah a l’intention d’augmenter ses attaques contre Israël pour soutenir le Hamas – un scénario qui entraînerait presque certainement le Liban dans la guerre.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com 


L'Iran affirme contrôler le détroit d'Ormuz après les déclarations de Trump sur un contrôle américain

Cette photographie, obtenue auprès de l'agence de presse iranienne ISNA le 13 août 2026, montre une nappe de pétrole le long de la côte sud de l'île de Qeshm, en Iran, le 13 août 2026. (AFP)
Cette photographie, obtenue auprès de l'agence de presse iranienne ISNA le 13 août 2026, montre une nappe de pétrole le long de la côte sud de l'île de Qeshm, en Iran, le 13 août 2026. (AFP)
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  • Donald Trump, qui semble désormais privilégier une approche plus attentiste face à l'Iran, a répété mercredi sur son réseau Truth Social que les Etats-Unis avaient un contrôle "total" du détroit d'Ormuz et allaient le "garder"
  • Dans les faits, ce passage stratégique pour le commerce mondial de pétrole est verrouillé par l'Iran, alors que les Etats-Unis imposent de leur côté un blocus aux ports iraniens

TEHERAN: Un haut responsable iranien a affirmé jeudi que le détroit d'Ormuz restait sous le contrôle de l'Iran, après que le président américain Donald Trump a revendiqué la veille le contrôle américain de ce détroit stratégique.

"Aujourd'hui, vous voyez que le détroit d'Ormuz est sous la gestion et le contrôle de la République islamique, et que notre pays poursuit sa trajectoire en toute sécurité", a déclaré selon la télévision d'Etat Hossein Taeb, chef des forces paramilitaires du Bassidj, affiliées aux Gardiens de la Révolution, la puissante force armée de la République islamique.

Donald Trump, qui semble désormais privilégier une approche plus attentiste face à l'Iran, a répété mercredi sur son réseau Truth Social que les Etats-Unis avaient un contrôle "total" du détroit d'Ormuz et allaient le "garder".

Dans les faits, ce passage stratégique pour le commerce mondial de pétrole est verrouillé par l'Iran, alors que les Etats-Unis imposent de leur côté un blocus aux ports iraniens.

Les hostilités ont repris entre les deux pays début juillet, quand le protocole d'accord conclu en juin pour mettre durablement fin à la guerre au Moyen-Orient a volé en éclat.

Les frappes se sont depuis atténuées, Donald Trump assurant que des négociations étaient en cours avec l'Iran, qui a démenti, assurant de son côté ne parler qu'avec Oman d'un futur itinéraire pour franchir le détroit d'Ormuz.


Une colonie de Cisjordanie, démantelée en 2005, à nouveau inaugurée par Israël

Ganim est l'une des quatre colonies israéliennes de Cisjordanie évacuées par Israël dans le cadre du plan de retrait de l'ancien Premier ministre Ariel Sharon en 2005, avec Homesh, Sa-Nour et Kadim.  (AFP)
Ganim est l'une des quatre colonies israéliennes de Cisjordanie évacuées par Israël dans le cadre du plan de retrait de l'ancien Premier ministre Ariel Sharon en 2005, avec Homesh, Sa-Nour et Kadim. (AFP)
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  • À Ganim, environ deux douzaines de maisons préfabriquées ont déjà été installées. Des niveleuses et des rouleaux compresseurs s'activent sur le flanc de la colline afin de dégager de nouveaux espaces destinés à de futures habitations
  • Dans la vallée en contrebas, des Palestiniens interrogés par l'AFP témoignent de leur crainte que la construction de Ganim ne rende leur vie plus difficile, voire n'entraîne à terme leur déplacement

GANIM, TERRITOIRES PALESTINIENS: Plus de vingt ans après son retrait de la colonie de Ganim, en Cisjordanie occupée, Israël l'a officiellement inaugurée à nouveau jeudi, selon des journalistes de l'AFP sur place, dans une nouvelle illustration de la politique d'intensification de la colonisation menée par le gouvernement Netanyahu.

"Nous sommes revenus à Ganim  - et nous sommes revenus pour y rester", a affirmé le ministre de la Défense israélien Israël Katz, présent pour la cérémonie.

Sur l'unique rue récemment aménagée, l'odeur de l'asphalte fraîchement coulé flotte dans l'air. De nouveaux résidents et leurs proches, venus les aider à s'installer, sourient à la vue de leurs caravanes flambant neuves.

Ganim est l'une des quatre colonies israéliennes de Cisjordanie évacuées par Israël dans le cadre du plan de retrait de l'ancien Premier ministre Ariel Sharon en 2005, avec Homesh, Sa-Nour et Kadim. Leur emplacement isolé, dans le nord de la Cisjordanie, près de la ville palestinienne de Jénine, avait notamment motivé leur démantèlement.

Trois d'entre elles ont désormais été reconstruites sous l'actuel gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu, sur fond de forte accélération de la création de nouvelles colonies, et de légalisation d'avant-postes (souvent constitués de quelques caravanes ou préfabriqués construits sans l'aval du gouvernement israélien, et destinés à créer des faits accomplis).

À Ganim, environ deux douzaines de maisons préfabriquées ont déjà été installées. Des niveleuses et des rouleaux compresseurs s'activent sur le flanc de la colline afin de dégager de nouveaux espaces destinés à de futures habitations.

Dans la vallée en contrebas, des Palestiniens interrogés par l'AFP témoignent de leur crainte que la construction de Ganim ne rende leur vie plus difficile, voire n'entraîne à terme leur déplacement.

De part et d'autre de la route reliant Israël à la nouvelle colonie, l'armée a démoli ces derniers jours des commerces et bloqué plusieurs chemins de terre menant aux villages palestiniens, y amoncelant des gravats.

Une centaine de personnes ont assisté à Ganim à la cérémonie d'inauguration, venus d'Israël ou d'autres colonies de Cisjordanie, dont des députés et deux ministres.

Yossi Dagan, le président du Conseil régional, chargé des colonies de ce secteur a parlé "moment historique".

Il a rappelé qu'un plan de construction de 19 nouvelles colonies dans cette zone avait été lancé, avec le soutien du gouvernement.

"Aujourd'hui, nous revenons à Ganim et nous la reconstruisons. Nous ne sommes pas seulement revenus dans les quatre localités qui avaient été évacuées : nous multiplions par deux et par trois la présence juive dans le nord de la Samarie", a-t-il déclaré, utilisant le nom israélien de la Cisjordanie occupée.


La condamnation à mort de Bachar al-Assad par la Syrie : un pas vers la justice ?

La condamnation d’Assad, la première prononcée à son encontre par un tribunal syrien depuis l’effondrement de son gouvernement en décembre 2024 et sa fuite en Russie, a été rendue par contumace. (Image générée par IA représentant à quoi il aurait pu ressembler)
La condamnation d’Assad, la première prononcée à son encontre par un tribunal syrien depuis l’effondrement de son gouvernement en décembre 2024 et sa fuite en Russie, a été rendue par contumace. (Image générée par IA représentant à quoi il aurait pu ressembler)
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  • Ce jugement constitue la première condamnation nationale prononcée à l’encontre du président déchu et marque une tentative sans précédent de demander des comptes aux dirigeants de l’ancien régime
  • Assad bénéficie toujours de la protection de la Russie, tandis que des experts juridiques avertissent que la peine de mort pourrait compliquer les efforts visant à l’extrader et à le faire comparaître en personne devant un tribunal syrien

LONDRES : Pendant près d’un quart de siècle, Bachar al-Assad s’est tenu à la tête d’un État syrien dans lequel le président semblait hors d’atteinte de ses tribunaux.

Mardi, cette situation s’est radicalement inversée.

La quatrième chambre pénale du tribunal de Damas a condamné le président déchu à mort par contumace après l’avoir reconnu coupable de crimes incluant « l’assassinat prémédité et intentionnel de plusieurs personnes, dont des enfants », ainsi que « la torture, les arrestations arbitraires et les crimes contre l’humanité » commis au cours du long conflit qui a ravagé le pays.

Il s’agit de la première condamnation prononcée à l’encontre d’Assad par un tribunal syrien depuis l’effondrement de son gouvernement en décembre 2024 et sa fuite en Russie.

Son frère Maher, ancien commandant de la redoutable quatrième division blindée, et Atef Najib, ancien chef de la sécurité à Deraa dont le traitement réservé aux manifestants adolescents avait contribué à déclencher le soulèvement de 2011, figuraient parmi les personnes également condamnées à mort.

Najib, arrêté en Syrie l’année dernière, était le seul haut responsable présent à l’audience.
Pour de nombreux Syriens, le symbolisme était indéniable.

Des foules se sont rassemblées devant le palais de justice de Damas et ont célébré la nouvelle à Deraa, où le soulèvement contre Assad avait commencé après que les forces de sécurité eurent arrêté et torturé des adolescents accusés d’avoir écrit des graffitis antigouvernementaux.

Pour Rahaf Aldoughli, maître de conférences en études sur le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à l’université de Lancaster, ce verdict revêt une « importance symbolique considérable ».

« Pendant des décennies, l’une des caractéristiques déterminantes du système Assad a été l’impunité : l’idée que les plus hauts responsables de l’État ne pourraient jamais être tenus légalement pour responsables », a-t-elle déclaré à Arab News.

« Un tribunal syrien qui reconnaît officiellement la responsabilité pénale de Bachar al-Assad rompt donc, au moins symboliquement, avec cet héritage. »

Elle a toutefois mis en garde contre une interprétation excessive de cet événement.
« Nous devons veiller à ne pas assimiler la condamnation d’Assad à la justice transitionnelle. La justice transitionnelle ne peut se réduire à la sanction d’un seul individu, aussi central qu’il ait pu être au sein du système. »

Ce verdict confronte également les nouvelles autorités syriennes à une question plus épineuse : condamner Assad à mort le rapproche-t-il de la justice, ou rend-il encore plus lointaine la perspective de le juger un jour en personne — ainsi que ceux qui ont permis le fonctionnement de son appareil ?

« Dans l’ensemble, il s’agit d’une avancée significative, mais il ne faut pas en exagérer l’importance », a déclaré à Arab News Robert Pinfold, maître de conférences en sécurité internationale au King’s College de Londres. « Cela reste largement symbolique — notamment parce qu’Assad se trouve en Russie. »

Si la poursuite des relations chaleureuses entre Damas et Moscou pourrait théoriquement constituer un « coup de théâtre », a-t-il ajouté, il est raisonnable de supposer que les avoirs d’Assad et de sa famille resteront hors d’atteinte à court terme.

« Quant à la condamnation à mort elle-même, la plupart des Syriens y seront globalement favorables », a déclaré M. Pinfold. « Très peu de gens aujourd’hui — y compris certains de ses anciens partisans et des alaouites qui estiment qu’il les a trahis en s’enfuyant — soutiennent encore Bachar al-Assad. Il ne s’agit donc pas d’une décision controversée.

« Mais la capacité du gouvernement à réellement l’appliquer est limitée, puisque Assad se trouve hors du pays. »

Il a fait valoir que, alors que Damas est confrontée à des demandes croissantes de vérité, de réconciliation et de responsabilisation, elle doit mener ces processus avec prudence afin d’éviter de donner l’impression que les communautés minoritaires sont collectivement tenues pour responsables des exactions de l’ancien régime, même si les Syriens continuent de réclamer justice.

Assad est devenu, contre toute attente, le dirigeant de la Syrie de 2000 à décembre 2024, succédant à son père Hafez Assad et présidant un système dominé par la présidence, les services de sécurité et l’establishment militaire.

Lorsque des manifestations pacifiques ont éclaté en 2011, les forces gouvernementales ont réagi par la force meurtrière. Le soulèvement s’est rapidement transformé en une guerre qui a fait plus de 580 000 morts, déplacé plus de 13 millions de personnes et donné lieu à des allégations de torture systématique, de disparitions forcées, d’attaques aveugles et d’autres violations graves.

Pendant des années, les tentatives visant à établir les responsabilités se sont principalement déroulées en dehors de la Syrie. Les tribunaux européens ont eu recours à la compétence universelle et à d’autres mécanismes juridiques pour poursuivre d’anciens agents des services de renseignement syriens et d’autres suspects qui avaient atteint leur territoire.

Les tribunaux français ont également poursuivi Bachar al-Assad lui-même. En 2025, des juges d’instruction français ont émis un mandat d’arrêt à son encontre en lien avec le bombardement, en 2012, d’un centre de presse à Homs qui a coûté la vie aux journalistes Marie Colvin et Rémi Ochlik.

La décision rendue mardi revêt une importance particulière car elle a été prononcée en Syrie, inscrivant officiellement Assad au casier judiciaire du pays en tant que prévenu condamné, et non plus simplement comme faisant l’objet d’enquêtes, d’allégations ou de sanctions étrangères.

Mais la condamnation à mort ne constitue pas nécessairement une issue juridique définitive. Assad a été jugé par contumace et, selon le droit procédural syrien, le verdict pourrait être annulé et la procédure rouverte s’il se rendait ou s’il était arrêté et traduit en justice, d’après l’analyse du Réseau syrien pour les droits de l’homme.

« Le fait qu’il s’agisse également d’une condamnation à mort complique en outre les traités d’extradition avec d’autres pays qui ont pu ou non accorder l’asile à des responsables du régime syrien », a déclaré Samy Akil, conseiller principal chez The Syria Report, à Arab News.

« Je pense que l’UE et la CPI s’opposent à l’extradition vers un pays où une peine de mort a été prononcée à l’encontre d’une personne jugée par contumace. Je pense que c’est un aspect dont les responsables syriens n’ont pas vraiment tenu compte. »

Une question juridique plus large se pose également. Le droit syrien ne définit pas les « crimes de guerre » ni les « crimes contre l’humanité » comme des infractions distinctes. Ces affaires sont donc généralement jugées en vertu des dispositions pénales ordinaires, notamment celles relatives au meurtre, à la torture et à la détention illégale.

Les procureurs ont cherché à combler cette lacune en invoquant des principes juridiques internationaux, bien que la Syrie ne soit pas partie à la Convention des Nations unies de 1968 sur l’imprescriptibilité des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité.

Ces procédures contribueront donc à établir le cadre juridique pour de futures affaires visant à établir les responsabilités.

« Le cadre juridique et le système judiciaire syriens ne sont pas suffisamment adaptés pour traiter l’ampleur, la portée et la nature des massacres qui ont été perpétrés en Syrie — qu’il s’agisse de crimes de guerre, de torture ou de toutes les questions pertinentes qui doivent être abordées », a déclaré Akil.

« Le fait qu’ils se soient largement appuyés sur le code pénal existant — malgré plus d’un an et demi de travail sur une loi de justice transitionnelle, un projet de texte et le plaidoyer de nombreux groupes de la société civile — sape le processus de transition (aujourd’hui) et pour l’avenir.

« En fin de compte, il faut un système judiciaire indépendant et opérationnel pour traiter d’autres affaires (similaires) qui sont peut-être moins médiatisées, comme celles concernant des commandants de division ayant commis des massacres sur ordre des échelons supérieurs de la chaîne de commandement.

« L’absence d’une loi claire sur la justice transitionnelle est, à mon sens, la principale préoccupation, mais en fin de compte, cette décision constitue évidemment une victoire symbolique. »

Pour l’instant, il est peu probable qu’Assad purge la peine qui lui a été infligée. Il se trouve toujours en Russie, qui ne devrait pas l’extrader, tandis que la peine de mort pourrait compliquer toute tentative visant à obtenir son extradition depuis un autre pays.

Pour autant, considérer ce jugement comme purement symbolique reviendrait à en négliger l’importance.


Pour la première fois, un tribunal syrien a formellement établi la responsabilité pénale de la figure la plus puissante de l’ancien régime — un homme qui incarnait autrefois l’autorité de l’État syrien, mais qui est désormais fiché comme un fugitif condamné pour des crimes graves.

« À court terme, cette condamnation n’aboutira probablement pas à l’emprisonnement ou à l’exécution d’Assad tant qu’il restera sous la protection de la Russie et que Moscou refusera de l’extrader », a déclaré M. Aldoughli.

« Son impact immédiat est donc avant tout juridique et symbolique, plutôt que coercitif. Mais cela ne la rend pas pour autant dénuée de sens. »

La condamnation d’Assad clôt un chapitre des relations entre la Syrie et son ancien dirigeant. La question la plus importante est de savoir si elle marquera le début d’un processus de justice transitionnelle complet et impartial, ou si elle restera un jugement historique qui ne pourra jamais être appliqué.

« Peut-être que l’importance la plus grande réside dans le fait qu’Assad, qui a gouverné la Syrie pendant plus de deux décennies avec un pouvoir pratiquement illimité, est désormais un fugitif recherché par la justice syrienne », a déclaré M. Aldoughli.

« Pour de nombreux Syriens, ce revirement aura en soi une portée symbolique considérable. Mais le véritable test de la transition syrienne sera de savoir si ce moment marquera le début d’un processus judiciaire complet et impartial, plutôt que son aboutissement. »