En banlieue de Tel-Aviv, des Franco-Israéliens «en sécurité» mais «méfiants» envers leurs voisins arabes

Depuis l'attaque du 7 octobre et les tirs de roquettes quotidiennes depuis Gaza, de nombreuses familles françaises "ont ouvert un dossier d'Alyah (immigration vers Israël)", depuis le début de la guerre (Photo, AFP).
Depuis l'attaque du 7 octobre et les tirs de roquettes quotidiennes depuis Gaza, de nombreuses familles françaises "ont ouvert un dossier d'Alyah (immigration vers Israël)", depuis le début de la guerre (Photo, AFP).
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Publié le Mercredi 20 décembre 2023

En banlieue de Tel-Aviv, des Franco-Israéliens «en sécurité» mais «méfiants» envers leurs voisins arabes

  • L'ex-Parisienne s'est rendue en France pendant la trêve d'une semaine entre Israël et le Hamas pour assister à un mariage
  • Si les juifs venant de tous horizons sont accueillis avec enthousiasme, les voisins arabes, qui représentent 20% de la population israélienne sont désormais vu comme «une menace»

RAANANA: A Raanana, banlieue cossue de Tel-Aviv, des membres de la communauté franco-israélienne se sentent paradoxalement "plus en sécurité" qu'en France malgré la guerre et prêts à recevoir de nouveaux candidats à l'immigration, mais restent "méfiants" envers leurs voisins arabes.

Entre eux, ils la surnomment le "Neuilly" d'Israël. Les 10.000 "Français" de Raanana vivaient un quotidien paisible jusqu'au 7 octobre et l'attaque sanglante du Hamas en Israël qui a fait quelque 1.140 victimes, en majorité des civils, selon un décompte de l'AFP basé sur des données officielles israéliennes.

Cette bulle a explosé. "C'est très difficile de trouver un mot exact pour décrire le ressenti", explique Laurent Ayache, le maire-adjoint de Raanana.

Le Franco-israélien, installé en Israël depuis 1998, n'a pas "l'habitude de vivre dans un pays en guerre. On n’a pas cet état d’esprit en France. On vit dans un pays en paix, qui n’a pas de problème de frontières".

Pour autant, selon lui, les juifs français "se sentent le plus en sécurité aujourd'hui dans l’Etat d’Israël".

Ils sont à "la maison", répètent à l'envi les Français de Raanana, située à 20 km au nord de Tel-Aviv.

Avec l’épicerie "Le Marais" et la boulangerie "Moulin Doré", ils ont emporté avec eux un petit bout de leur France, qu'ils ne regrettent pas d'avoir quittée, se confortant dans ce choix face à la hausse des actes antisémites dans l'Hexagone.

Branchée sur les télévisions françaises, Salomé Uzan a "eu mal pour les juifs de France". Sur les réseaux sociaux, elle leur a lancé un appel pour "venir ici", en Israël.

camoufler papillotes et kippa 

Avant de quitter son pays natal en 2007, la jeune femme de 33 ans a effectué une partie de sa scolarité sous surveillance militaire, "parce qu’il y avait eu l’histoire d’Ilan Halimi", explique-t-elle, en référence au jeune juif séquestré et torturé à mort en 2006.

L'ex-Parisienne s'est rendue en France pendant la trêve d'une semaine entre Israël et le Hamas pour assister à un mariage.

A l'arrivée à l'aéroport, "je ne me suis pas du tout sentie sereine", confie la mère de cinq enfants. "On m’a dit si tu attends un taxi surtout tu ne dis pas d’où tu viens".

Pour son fils qui arbore des papillotes et la tête couverte d'une kippa, elle a camouflé ces signes religieux sous une casquette.

D'après le ministère français de l’Intérieur, 1.518 actes antisémites ont été recensés depuis le 7 octobre, date des attaques du mouvement islamiste palestinien Hamas contre Israël.

En représailles, Israël a mené des bombardements intensifs sur la bande de Gaza, doublés d'une offensive terrestre, dans lesquels plus de 19.960 de personnes ont été tuées, en majorité des civils, selon le dernier bilan du ministère de la Santé du Hamas.

Et malgré le traumatisme de l'attaque du 7 octobre et les tirs de roquettes quotidiennes depuis Gaza, de nombreuses familles françaises "ont ouvert un dossier d'Alyah (immigration vers Israël)", depuis le début de la guerre, indique à l'AFP Arié Abitbol, directeur sortant de l’Agence juive en France.

"Il y a près de 500% d'augmentation de demandes depuis le début de la guerre", soit 1.200 dossiers contre une moyenne de 200 les cinq dernières années, ce qui ne signifie pas qu'ils franchiront tous le pas.

La municipalité de Raanana "fait tout pour pouvoir les accueillir", affirme M.Ayache.

Mme Uzan, agent immobilier, a déjà eu "plusieurs demandes venant de juifs francophones pour savoir s'il y avait des appartements disponibles" pour janvier-février.

«ennemi»

Si les juifs venant de tous horizons sont accueillis avec enthousiasme, les voisins arabes, qui représentent 20% de la population israélienne sont désormais vu comme "une menace". Les Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza sont eux "un ennemi".

"De nombreux employés municipaux de la ville de Raanana sont des Arabes israéliens, des gens avec lesquels on a l’habitude de travailler. Si je vais aujourd’hui à la pharmacie, la personne qui va me délivrer mes médicaments, il y a une chance sur deux qu'elle soit d'origine palestinienne. On sait vivre ensemble (...) mais du jour au lendemain ces personnes-là sont devenus des ennemis, même s'il ne faut pas généraliser", déclare le maire-adjoint qui a deux garçons à l'armée.

"La méfiance et les comportements ont changé. On doit faire attention", ajoute M. Ayache, précisant que "de plus en plus de civils ont demandé à être armés pour réagir en cas d’attaque".

"Un dialogue est possible", selon Salomé Uzan, à condition de pouvoir les contrôler "lorsqu'ils viennent travailler".

En attendant, la jeune maman a acheté des cadenas, installé une grille et une caméra dans son appartement pour "se sentir plus en sécurité car on a vu des gens rentrer dans des kibboutz".

Quelques heures après l'entretien, elle a appris la mort de son petit frère tué dans des combats à Gaza, à 85 km de Raanana.


L'ONU contrainte de réduire "considérablement" son aide alimentaire en Syrie

Des employés du Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies distribuent des colis d’aide aux Syriens déplacés avant l’arrêt des livraisons d’assistance, dans le camp d’Atmé, en périphérie d’Idleb, dans le nord-ouest de la Syrie, le 6 décembre 2023. (Archive/AFP)
Des employés du Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies distribuent des colis d’aide aux Syriens déplacés avant l’arrêt des livraisons d’assistance, dans le camp d’Atmé, en périphérie d’Idleb, dans le nord-ouest de la Syrie, le 6 décembre 2023. (Archive/AFP)
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  • Le PAM réduit fortement son aide alimentaire en Syrie et dans les pays voisins à cause d’un manque critique de financement, touchant des millions de personnes vulnérables
  • L’assistance passe de 1,3 million à 650 000 bénéficiaires, avec une baisse de couverture de 14 à 7 gouvernorats, alors que 7,2 millions de Syriens restent en insécurité alimentaire aiguë

ROME: Le Programme alimentaire mondial (PAM) de l'ONU a annoncé mercredi avoir dû "réduire considérablement" ses opérations d'aide en Syrie et auprès des réfugiés syriens dans les pays voisins en raison de "pénuries critiques de financement".

"Le PAM a réduit de 50% son assistance alimentaire d’urgence, passant de 1,3 million de personnes à 650.000 en mai, et a mis fin à un programme national de subvention du pain qui soutenait quotidiennement des millions de personnes", souligne l'agence de l'ONU, basée à Rome, dans un communiqué.

"La réduction de l’assistance du PAM est uniquement dictée par les contraintes de financement, et non par une diminution des besoins", a déclaré Marianne Ward, directrice du Programme alimentaire mondial pour la Syrie, citée dans le communiqué.

L'agence de l'ONU rappelle que même s'il y a "des signes de stabilisation dans certaines parties du pays, 7,2 millions de personnes en Syrie restent en insécurité alimentaire aiguë, dont 1,6 million confrontées à des conditions sévères".

Alors qu'en 2025, le PAM a pu aider 5,8 millions de personnes dans les 14 gouvernorats de Syrie via différents programmes, "les contraintes de financement persistantes obligent désormais à réduire davantage la couverture, qui passe de quatorze à seulement sept gouvernorats", ajoute le communiqué.

Les pénuries de financement touchent également les réfugiés syriens se trouvant dans les pays voisins tels que le Liban, la Jordanie ou encore l'Egypte, "où la hausse des coûts, l’instabilité persistante et le manque d’opportunités de revenus accentuent la vulnérabilité", note le PAM.

L'agence de l'ONU dit avoir besoin de "189 millions de dollars pour les six prochains mois (juin–novembre 2026) afin de maintenir et de rétablir une assistance vitale à l’intérieur de la Syrie".

"Un financement rapide permettra au PAM d’atteindre 1,6 million des personnes les plus vulnérables, de maintenir un soutien nutritionnel essentiel, de garantir l’accès à du pain abordable pour des millions d’autres et de contribuer à prévenir une nouvelle détérioration à un moment qui demeure déterminant pour le relèvement de la Syrie", souligne le communiqué. 


Le Koweït dit avoir déjoué une tentative d'«infiltration» de Gardiens de la Révolution iraniens

Le Koweït a annoncé mardi que quatre personnes arrêtées début mai alors qu'elles tentaient de pénétrer dans le pays par voie maritime avaient "avoué" appartenir aux Gardiens de la Révolution iraniens, accusations démenties par l'Iran. (AFP)
Le Koweït a annoncé mardi que quatre personnes arrêtées début mai alors qu'elles tentaient de pénétrer dans le pays par voie maritime avaient "avoué" appartenir aux Gardiens de la Révolution iraniens, accusations démenties par l'Iran. (AFP)
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  • Les quatre hommes, deux colonels de la marine, un capitaine et un lieutenant de vaisseau, ont avoué avoir été chargés par l'armée idéologique de la République islamique d'Iran "d'infiltrer l'île de Bubiyan"
  • Lors d'échanges de tirs avec les forces armées koweïtiennes stationnées sur l'île, un militaire koweïtien "a été blessé" et deux membres du groupe des Gardiens de la Révolution sont parvenus à "prendre la fuite", selon la même source

KOWEIT: Le Koweït a annoncé mardi que quatre personnes arrêtées début mai alors qu'elles tentaient de pénétrer dans le pays par voie maritime avaient "avoué" appartenir aux Gardiens de la Révolution iraniens, accusations démenties par l'Iran.

Les quatre hommes, deux colonels de la marine, un capitaine et un lieutenant de vaisseau, ont avoué avoir été chargés par l'armée idéologique de la République islamique d'Iran "d'infiltrer l'île de Bubiyan", a indiqué le ministère de l'Intérieur du Koweït dans un communiqué publié par l'agence nationale Kuna.

Ils ont tenté d'atteindre cette île, la plus grande du Koweït, proche des côtes iraniennes, "le vendredi 1er mai à bord d'un bateau de pêche spécialement affrété pour mener des actions hostiles contre le Koweït", précise le communiqué.

Lors d'échanges de tirs avec les forces armées koweïtiennes stationnées sur l'île, un militaire koweïtien "a été blessé" et deux membres du groupe des Gardiens de la Révolution sont parvenus à "prendre la fuite", selon la même source.

Le ministère iranien des Affaires étrangères a jugé de son côté "absolument infondées" les "allégations formulées par le Koweït, selon lesquelles l'Iran planifierait de mener des actions hostiles contre le Koweït". Et il a demandé dans un communiqué à pouvoir s'entretenir avec ses ressortissants détenus ainsi que "leur libération immédiate".

Le ministère des Affaires étrangères du Koweït a annoncé de son côté avoir convoqué l'ambassadeur iranien dans le pays, Mohammad Toutounji, "à qui une lettre de protestation a été remise à la suite de l'infiltration sur l'île de Bubiyan d'un groupe armé appartenant aux Gardiens de la Révolution et de son engagement dans des affrontements avec les forces armées koweïtiennes".

Le ministère, qui dénonce un "acte hostile" iranien et une "atteinte flagrante" à sa souveraineté, affirme que le Koweït se réserve pleinement "le droit de se défendre".

Il s'agit de la quatrième convocation de M. Toutounji depuis que l'Iran a commencé à viser les pétromonarchies du Golfe alliées des Etats-Unis en représailles à l'attaque israélo-américaine déclenchée le 28 février.

Le 3 mai, le ministère de la Défense du Koweït avait indiqué avoir appréhendé quatre personnes tentant de rejoindre le Koweït par la mer.

Depuis le début de la guerre, les autorités du Koweït ont multiplié les opérations contre des personnes ou organisations soupçonnées d'être liées à la République islamique ou de la soutenir.

Mi-avril, 24 personnes ont été arrêtées au Koweït pour financement d'entités "terroristes", selon le ministère de l'Intérieur de cette monarchie du Golfe, une source de sécurité précisant que cinq anciens parlementaires faisaient partie des mis en cause.

En mars, le Koweït avait arrêté six personnes soupçonnées de liens avec le Hezbollah libanais, dans le cadre d'une enquête sur des projets "d'assassinats" dans le pays.

Le mouvement islamiste pro-iranien a déjà démenti plusieurs fois toute présence au Koweït.


Tunisie: peine de trois ans et demi de prison confirmée contre deux journalistes 

La Cour d'appel de Tunis a condamné mardi en appel à trois ans et demi de prison Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies, deux journalistes connus, dans un procès dénoncé par l'ONG Reporters sans frontières comme "du harcèlement judiciaire". (AFP)
La Cour d'appel de Tunis a condamné mardi en appel à trois ans et demi de prison Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies, deux journalistes connus, dans un procès dénoncé par l'ONG Reporters sans frontières comme "du harcèlement judiciaire". (AFP)
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  • La Cour d'appel de Tunis a condamné mardi en appel à trois ans et demi de prison Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies, deux journalistes connus
  • En janvier, les deux journalistes avaient été condamnés en première instance à trois ans et demi de prison pour "blanchiment d'argent" et "évasion fiscale"

TUNIS: La Cour d'appel de Tunis a condamné mardi en appel à trois ans et demi de prison Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies, deux journalistes connus, dans un procès dénoncé par l'ONG Reporters sans frontières comme "du harcèlement judiciaire".

"Nous sommes très déçus de ce verdict" qui confirme la peine de première instance, a réagi à l'AFP l'avocat des deux accusés, Sami Ben Ghazi.

En janvier, les deux journalistes avaient été condamnés en première instance à trois ans et demi de prison pour "blanchiment d'argent" et "évasion fiscale".

En début d'audience mardi, le juge a posé de nombreuses questions à MM. Zeghidi et Bsaies, sur leurs biens, leurs sources de revenus et les impôts versés, selon une journaliste de l'AFP.

"Zéro, niente, je n'ai ni biens immobiliers, ni bijoux, ni grosses voitures", a répondu Mourad Zeghidi.

Le magistrat l'a questionné à propos des rétributions tirées de chaque média et chaque émission (radio et télévision) où il apparaissait, sur la gestion de sa société, sur des virements reçus en Tunisie et depuis l'étranger.

Il a aussi demandé à M. Bsaies pourquoi il avait quitté son métier d'enseignant, la profession de son épouse et avec quels moyens elle avait lancé une école.

Dans sa plaidoirie, l'avocat des deux accusés, Sami Ben Ghazi, s'est demandé pourquoi "des déclarations fiscales (jugées) insuffisantes se sont transformées en (une accusation de) blanchiment d'argent".

Avant l'annonce du verdict, le défenseur et d'autres avocats avaient demandé le non-lieu et la libération des accusés.

Des diplomates représentant la France, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et l'Union européenne ont assisté à l'audience.

"Acharnement judiciaire" 

Les deux chroniqueurs avaient été emprisonnés en mai 2024 pour des déclarations à la radio et à la télévision considérées comme critiques du président Kais Saied.

Alors qu'ils étaient libérables en janvier 2025 après avoir purgé huit mois de prison, de nouvelles poursuites avaient été lancées pour des malversations financières présumées.

A la veille du procès, le directeur régional de RSF Oussama Bouagila a affirmé dans un communiqué qu'"après 23 mois d'enquête, aucun élément sérieux n'a été établi: ni flux suspect, ni actif caché, ni preuve crédible".

"Cet acharnement judiciaire ne doit pas faire oublier l'essentiel: c'est leur travail journalistique qui est à l'origine de ces poursuites", a-t-il dit.

Un autre journaliste de renom, Zied el-Heni, a été condamné le 7 mai à un an de prison ferme, pour "atteinte à autrui", après de virulentes critiques contre des décisions judiciaires visant des collègues journalistes.

L'ONG Al Khatt, maison-mère du média indépendant d'investigation Inkyfada, risque de disparaître, sous le coup d'une demande de dissolution demandée par le gouvernement à la justice tunisienne.

Les opposants et défenseurs des droits tunisiens ainsi que plusieurs ONG internationales ont dénoncé un recul des droits fondamentaux en Tunisie depuis un coup de force du président Saied à l'été 2021, par lequel il s'est octroyé les pleins pouvoirs.

Dans un communiqué lundi, l'organisation Amnesty International, basée à Londres, a accusé le pouvoir tunisien de "tentatives d'utiliser les moyens judiciaires pour éliminer purement et simplement les ONG".