Qui a tué le directeur d'ONG français au Guatemala et pourquoi? Un procès pour espérer des réponses

Des policiers et des membres du ministère public recherchent des preuves sur le site où le défenseur français des droits de l'homme Benoît Maria a été tué à San Antonio Ilotenango, au Guatemala, le 10 août 2020. (Photo Nuestro Diario AFP)
Des policiers et des membres du ministère public recherchent des preuves sur le site où le défenseur français des droits de l'homme Benoît Maria a été tué à San Antonio Ilotenango, au Guatemala, le 10 août 2020. (Photo Nuestro Diario AFP)
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Publié le Samedi 09 décembre 2023

Qui a tué le directeur d'ONG français au Guatemala et pourquoi? Un procès pour espérer des réponses

  • Directeur d'AVSF au Guatemala pour le soutien des communautés indigènes mayas dans le développement agricole, Benoît Maria, qui œuvrait depuis 20 ans dans le pays d'Amérique centrale, a été assassiné le 10 août 2020, à l'âge 52 ans
  • Selon l’un des avocats «les informations recueillies par l'enquête ont révélé que l'accusé appartenait à une famille qui formait une organisation criminelle et demandait fréquemment de grosses sommes d'argent aux étrangers voyageant dans la localité»

GUATEMALA : Le procès de l'assassinat en 2020 au Guatemala du Français Benoît Maria, directeur de l'ONG Agronomes et vétérinaires sans frontières (AVSF), s'ouvrira lundi à Quetzaltenango, dans l'ouest du pays, avec l'espoir pour les familles présentes de comprendre le mobile du crime.

Directeur d'AVSF au Guatemala pour le soutien des communautés indigènes mayas dans le développement agricole, Benoît Maria, qui œuvrait depuis 20 ans dans le pays d'Amérique centrale, a été assassiné le 10 août 2020, à l'âge 52 ans, au volant de son  pick-up sur un chemin vers le village indigène de San Antonio Ilotenango, dans le département de Quiché.

Le président français Emmanuel Macron avait alors salué «l'engagement humaniste, fraternel et solidaire» de Benoît Maria, qui, avait-il ajouté, «a été lâchement assassiné».

Une seule personne, Diego Tay, prendra place sur le banc des accusés et fera face à la famille de Benoît Maria: la mère de leurs enfants, Anna Isern Sabria, qui vit au Guatemala, et ses deux frères, Christophe et David Maria, qui ont fait le déplacement de France avec le directeur général d'AVSF, Frédéric Apollin.

«La famille de Benoît Maria espère que les débats permettront de faire la lumière sur les motifs qui ont conduit à cet assassinat», a déclaré à l'AFP Me Clémence Witt, qui suit l'affaire en France avec son confrère Me Alexandre Luc-Walton, tous deux avocats au barreau de Paris.

La famille de Benoît Maria et AVSF se sont constituées parties civiles au procès.

Selon les défenseurs, l'hypothèse du vol simple a été écartée car «les effets personnels ont été retrouvés dans la voiture» et manque sur le banc des prévenus une autre personne impliquée dans les faits, qui pourrait être le tireur présumé contre lequel «un mandat d'arrêt international a déjà été émis (...) ce qui pourrait donner lieu à un second procès».

- L'extorsion pour seul mobile ? -

En septembre 2021, lors de l'arrestation de Diego Tay, le bureau du procureur avait évoqué l'extorsion comme possible mobile et émis l'hypothèse du refus de paiement d'un «droit de passage».

Selon Me Witt «les informations recueillies par l'enquête ont révélé que l'accusé appartenait à une famille qui formait une organisation criminelle et demandait fréquemment de grosses sommes d'argent aux étrangers voyageant dans la localité».

Des organisations locales de défense des droits humains ont cependant rappelé dans un communiqué que le crime est survenu une semaine seulement après la décision de la plus

haute juridiction du pays d'ordonner à l'Etat de restituer des terres aux indigènes Ixil, soutenus par Benoît Maria, dans la municipalité de Nebaj.

«En gardant à l'esprit que Benoît Maria travaillait en tant qu'humanitaire, ce point pourrait être débattu au cours du procès», a ajouté Me Witt.

Très impliqué auprès des populations indigènes, le directeur local d'AVSF avait notamment participé à la création en 2011 de l'Université Ixil à Quiché, dédiée aux savoirs ancestraux des peuples autochtones.

La justice française est également compétente pour enquêter. Ainsi, parallèlement aux investigations au Guatemala, une enquête préliminaire a été menée en France et en février 2021 un juge d'instruction a été désigné à la Cour de cassation de Paris, ont précisé les avocats.

«Les enquêtes menées en France permettent aux autorités judiciaires françaises de recevoir l'ensemble des preuves recueillies au Guatemala, d'assurer la possibilité d'un procès en France (dans le cas où un procès ne pourrait pas se tenir au Guatemala), et d'offrir un soutien technique aux enquêtes guatémaltèques», a précisé Me Witt.

L'avocate a salué «le travail du parquet guatémaltèque» qui a permis «d'effectuer des vérifications sur le site où le crime a été commis, de recueillir de nombreux éléments de preuve, d'interroger plusieurs témoins et d'identifier les auteurs présumés de ce crime».

Les débats qui s'ouvrent lundi sont prévus jusqu'à début janvier.


La manifestation de soutien à Le Pen "n'est pas un coup de force", dit Bardella

La présidente du parti d'extrême droite français Rassemblement national (RN), l'eurodéputé Jordan Bardella (G) et la présidente du groupe parlementaire du parti d'extrême droite français Rassemblement national (RN), Marine Le Pen, quittent le palais présidentiel de l'Élysée à Paris, le 26 août 2024, après leur rencontre avec le président français. (Photo by Bertrand GUAY / AFP)
La présidente du parti d'extrême droite français Rassemblement national (RN), l'eurodéputé Jordan Bardella (G) et la présidente du groupe parlementaire du parti d'extrême droite français Rassemblement national (RN), Marine Le Pen, quittent le palais présidentiel de l'Élysée à Paris, le 26 août 2024, après leur rencontre avec le président français. (Photo by Bertrand GUAY / AFP)
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  • « Ce n'est pas un coup de force, c'est au contraire une défense très claire et très profonde de l'État de droit et de la démocratie française.
  • « Cela nous semblait nécessaire que nous puissions nous exprimer directement aux Français.

STRASBOURG : La manifestation de soutien à Marine Le Pen prévue dimanche à Paris « n'est pas un coup de force », mais une mobilisation « pour la démocratie », a assuré mercredi Jordan Bardella, président du Rassemblement national, à des journalistes au Parlement européen à Strasbourg.

« Ce n'est pas un coup de force, c'est au contraire une défense très claire et très profonde de l'État de droit et de la démocratie française. C'est une mobilisation en réalité, non pas contre, mais pour la démocratie française », a déclaré l'eurodéputé au sujet de ce rassemblement annoncé par le RN après la condamnation de la triple candidate à la présidentielle à une peine d'inéligibilité immédiate.

« Cela nous semblait nécessaire (...) que nous puissions nous exprimer directement aux Français par l'intermédiaire de ces discours qui seront prononcés dimanche avec l'ensemble de nos cadres, de nos parlementaires et de nos militants », a-t-il ajouté.

Cette condamnation, que le RN qualifie de « scandale démocratique », compromet grandement ses chances de concourir une quatrième fois à la fonction suprême en 2027.

Pour Jordan Bardella, cela ne change « absolument rien » à sa relation avec Marine Le Pen, « si ce n'est qu'elle est peut-être encore plus forte qu'elle ne l'a été par le passé ».

« Je suis à ses côtés, je vais continuer à l'être (...) Nous allons évidemment mener le combat », a assuré l'eurodéputé qui faisait son retour au Parlement européen après avoir manqué les deux premiers jours de la session.

Il a qualifié de « bonne nouvelle » l'annonce de la justice qu'une décision en appel devrait être rendue « à l'été 2026 », donc bien avant la présidentielle.


Condamnation de Marine Le Pen: Macron rappelle au gouvernement l'indépendance de la justice

Le président français Emmanuel Macron (Photo AFP)
Le président français Emmanuel Macron (Photo AFP)
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  • Le président français Emmanuel Macron a « rappelé » que l'autorité judiciaire est indépendante et que les magistrats doivent être protégés
  • Le chef de l'État a également affirmé que « tous les justiciables ont droit au recours ».

PARIS : Mercredi en Conseil des ministres, le président français Emmanuel Macron a « rappelé » que l'autorité judiciaire est indépendante et que les magistrats doivent être protégés, après la condamnation de la cheffe de l'extrême droite Marine Le Pen qui a suscité des attaques contre les juges, ont rapporté des participants.

Le chef de l'État a également affirmé que « tous les justiciables ont droit au recours », selon ces sources. La justice a déjà fait savoir qu'un nouveau procès en appel pourrait se tenir dans des délais qui laissent une porte ouverte à une éventuelle candidature présidentielle en 2027 de la leader du Rassemblement national (RN), principale formation d'extrême droite française. 

Devant la presse, à l'issue du Conseil des ministres, la porte-parole du gouvernement Sophie Primas a rapporté mercredi les propos du chef de l'État.

« La première chose qu'il a rappelée, a poursuivi Mme Primas, est que la justice est évidemment indépendante et prend ses décisions en toute indépendance, et qu'il faut donc la respecter comme l'un des piliers de notre démocratie. La première, a-t-elle dit, est que la justice est indépendante et qu'elle prend ses décisions en toute indépendance et qu'il faut donc la respecter comme un pilier de notre démocratie.

« La troisième chose, pour rappeler que les menaces qui sont faites à l'encontre des magistrats sont absolument insupportables et intolérables, puisque nous sommes encore une fois dans une démocratie. Et la justice est tout à fait indépendante et doit être respectée », a-t-elle ajouté.

« Et la troisième chose, pour rappeler que chacun a le droit à une justice équivalente et que le droit est le même pour tous. »


Bac: l'épreuve de maths en première se précise pour l'an prochain

La ministre de l'Education nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, Elisabeth Borne, lors d'une conférence de presse à l'issue d'une visite à l'école élémentaire Claude-Monnet à Rueil-Malmaison, en banlieue parisienne, le 28 mars 2025. (Photo Thomas SAMSON / AFP)
La ministre de l'Education nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, Elisabeth Borne, lors d'une conférence de presse à l'issue d'une visite à l'école élémentaire Claude-Monnet à Rueil-Malmaison, en banlieue parisienne, le 28 mars 2025. (Photo Thomas SAMSON / AFP)
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  • Le Conseil supérieur de l'éducation (CSE, qui rassemble syndicats, associations de parents, collectivités, etc.) a majoritairement voté contre le projet de décret et d'arrêté
  • L'ex-ministre de l'Éducation nationale, Gabriel Attal, avait annoncé en décembre 2023 la création de cet examen sur le modèle de l'épreuve anticipée de français pour le baccalauréat en fin de première,

PARIS : Le projet d'épreuve de mathématiques en classe de première pour l'an prochain, qui vise à mettre en œuvre le « choc des savoirs » annoncé par l'ex-ministre de l'Éducation nationale Gabriel Attal, a été présenté mardi devant une instance consultative de l'Éducation nationale, étape-clé avant sa publication.

Le Conseil supérieur de l'éducation (CSE, qui rassemble syndicats, associations de parents, collectivités, etc.) a majoritairement voté contre le projet de décret et d'arrêté instaurant cette « épreuve terminale de culture mathématique aux baccalauréats général et technologique ».

Ils ont recueilli 0 voix pour, 27 contre, 31 abstentions et 4 refus de prendre part au vote (l'administration ne votant pas dans cette instance), un vote indicatif qui n'empêche pas la mise en œuvre de la réforme, selon des sources syndicales.

Cette épreuve écrite d'une durée de deux heures, qui entrera en vigueur au printemps 2026, sera « affectée d'un coefficient 2 » (points pris sur l’épreuve du Grand oral en terminale), selon ces textes, consultés par l'AFP.

L'ex-ministre de l'Éducation nationale, Gabriel Attal, avait annoncé en décembre 2023 la création de cet examen sur le modèle de l'épreuve anticipée de français pour le baccalauréat en fin de première, un projet confirmé en novembre 2024 par sa successeure, Anne Genetet.

Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU, principal syndicat du second degré (collèges et lycées), qualifie auprès de l'AFP la mesure de « rafistolage supplémentaire du bac Blanquer », décidé en 2019 par l'ex-ministre Jean-Michel Blanquer.

Pour Jérôme Fournier, secrétaire national du SE Unsa, la nouvelle épreuve « alourdit la fin de l'année pour les élèves et les correcteurs ».

La première partie, qui est commune à tous les élèves, sera sous forme de QCM et pourrait être corrigée automatiquement, ce à quoi « de nombreuses organisations syndicales sont opposées », a-t-il ajouté, tandis que la deuxième partie devrait consister en des résolutions de problèmes.

Des projets de textes ont par ailleurs été votés au CSE relatif à « la mise en place du +parcours renforcé+ en classe de seconde générale et technologique » ou professionnelle à partir de la rentrée 2026, avec trois votes pour, 45 contre et 13 abstentions.

Mis en place par la ministre Élisabeth Borne, ce parcours est destiné aux élèves n’ayant pas obtenu le diplôme du brevet. Son organisation relèvera « de l’autonomie de l’établissement sur la base indicative de deux heures hebdomadaires sur tout ou partie de l’année », selon le projet d'arrêté.

Sophie Vénétitay déplore « une coquille vide » tandis que Tristan Brams (CFDT Éducation) regrette l'absence de « moyens supplémentaires ».