Israël n'a pas le droit «de tuer des civils palestiniens sans aucune limite», affirme Mahathir ben Mohamad

Mahathir ben Mohamad, ancien Premier ministre de la Malaisie. (Photo AN)
Mahathir ben Mohamad, ancien Premier ministre de la Malaisie. (Photo AN)
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Publié le Samedi 18 novembre 2023

Israël n'a pas le droit «de tuer des civils palestiniens sans aucune limite», affirme Mahathir ben Mohamad

  • L'homme d'État chevronné condamne «l'oppression humanitaire» exercée par Israël sur le peuple palestinien à Gaza
  • Il estime qu'Israël ne peut éviter une répétition du 7 octobre qu'en négociant avec le Hamas et en restituant les terres palestiniennes

RIYAD: L'assaut militaire israélien contre Gaza est une réponse disproportionnée et le conflit ne pourra être arrêté que par des négociations avec le Hamas et par une solution à deux États, selon Mahathir ben Mohamad, ancien Premier ministre de la Malaisie.

Cet homme d'État chevronné, qui a exercé ses fonctions de 1981 à 2003 et de 2018 à 2020, ce qui fait de lui le Premier ministre le plus ancien du pays, est depuis longtemps un fervent défenseur des droits nationaux des Palestiniens.

Comparé à la Nakba – ou «catastrophe» – de 1948, qui a abouti à la création de l'État d'Israël et à la dépossession de millions de Palestiniens, Mahathir estime que le conflit actuel à Gaza représente une menace encore plus grande et s'apparente davantage à une extermination.

«C'est pire que la précédente Nakba, car il ne s'agit pas d'une guerre. Il s'agit tout simplement d'une oppression humanitaire», a-t-il déclaré à Arab News.

«Les soldats ne se battent pas entre eux, ce sont des soldats israéliens qui tuent des civils. Ce n'est pas une guerre. C'est un désastre humanitaire.»

Israël a lancé son assaut militaire sur Gaza dans l'intention d'éliminer le Hamas après que le groupe militant palestinien a mené le 7 octobre une attaque sans précédent sur le sud d'Israël qui s'est soldée par la mort de 1 200 personnes, israéliennes et étrangères, et la prise de plus de 200 otages.

Les États-Unis et de nombreux autres gouvernements occidentaux ont exprimé à plusieurs reprises leur soutien au droit d'Israël à se défendre et ils ont largement soutenu l'objectif qui consiste à éliminer le Hamas, que Washington et de nombreux gouvernements européens considèrent comme une organisation terroriste.

«Israël a peut-être le droit de se défendre, mais pas au point de tuer des civils palestiniens sans aucune limite», a déclaré Mahathir.

«Ils ont déjà tué 12 000 personnes. Ils prétendent en avoir perdu 1 400, mais ils ont maintenant tué plus de 12 000 Palestiniens. Ce n'est pas ainsi que l'on assurera le bien-être d'Israël.»

Le soutien indéfectible de l'Occident à Israël a toutefois commencé à s'émousser, car le nombre de civils tués à Gaza continue d'augmenter, ce qui a suscité des appels de plus en plus nombreux en faveur d'un cessez-le-feu immédiat, de la mise en place de couloirs d'aide humanitaire et d'un règlement négocié du conflit israélo-palestinien qui dure depuis si longtemps.

Mahathir, qui était en fonction pendant le processus de paix de 1993-1999, lorsque l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), dirigée par Yasser Arafat, s'est rapprochée de son objectif de créer un État palestinien indépendant, a déclaré que les violences du 7 octobre étaient inévitables, Israël n'ayant pas respecté ses engagements dans le cadre des accords successifs.

«Depuis soixante-dix ans, les Israéliens oppriment les Palestiniens, prennent leurs terres et y construisent des colonies», a estimé Mahathir.

«Les Palestiniens ont tenté de nombreux procédés, dont les négociations menées par Arafat. Pourtant, à chaque fois qu'ils ont essayé de résoudre le problème, les Israéliens ont manqué à leurs promesses. Par exemple, lorsqu’Arafat a finalement accepté que l'État d'Israël existe, qu'il y ait une solution à deux États, les Israéliens n'ont pas respecté leur engagement.»

malaisie
Noor Nugali, d'Arab News, s'entretient avec Mahathir ben Mohamad, le Premier ministre malaisien le plus ancien. (Photo AN)

«Alors, que peuvent faire les Palestiniens? Ils ont fini par recourir à la violence. Ils n'ont pas d'autre solution. Le monde ne les aide pas. Il n'y a pas de justice. L'attaque du 7 octobre s'explique donc par le fait qu'il n'y a pas d'autre moyen pour eux de récupérer leur terre. Ce n'est pas du terrorisme, c'est se battre pour libérer son propre pays.»

Mahathir doute qu’Israël ait jamais réellement envisagé la possibilité d'un État palestinien indépendant basé sur les lignes de 1967 et qui aurait Jérusalem-Est pour capitale.

Il pense au contraire qu'Israël veut déposséder les Palestiniens de toutes les terres qui leur restent à l'ouest du Jourdain, et va jusqu'à accuser le gouvernement actuel d'orchestrer une campagne de tentative d'extermination.

«Ce qu'ils veulent, en réalité, si l'on en croit ce qu'ils font à Gaza, c'est débarrasser le monde de tous les Palestiniens. C'est leur solution finale», a prétendu Mahathir.

«Ils ont appris cela des nazis allemands. La solution nazie au problème juif consistait à tuer tous les Juifs. Aujourd'hui, il semble qu'Israël adopte la même stratégie en voulant éliminer tous les Palestiniens au Moyen-Orient.»

La «solution finale» fait référence à l'assassinat de 6 millions de Juifs par les nazis, principalement dans des camps de la mort construits à cet effet, entre 1941 et 1945.

Le week-end dernier, l'Arabie saoudite a accueilli à Riyad un sommet conjoint extraordinaire de la Ligue arabe et de l'Organisation de la coopération islamique au cours duquel les dirigeants ont exigé un cessez-le-feu immédiat à Gaza et rejeté la justification par Israël de ses actions comme étant de l'autodéfense.

Ils ont exhorté la Cour pénale internationale à enquêter sur les «crimes de guerre et les crimes contre l'humanité commis par Israël» dans les territoires palestiniens, selon le communiqué final du sommet.

Ils ont également demandé la fin du siège de Gaza, l'accès à l'aide humanitaire ainsi que l'arrêt des ventes d'armes à Israël et ont appelé le Conseil de sécurité des nations unies à prendre des mesures.

«Demander aux Israéliens d'arrêter la guerre ne sert pas à grand-chose, car tout le monde le réclame», a expliqué Mahathir. «Mais les pays islamiques peuvent exiger de l'ONU que tous les soldats de la paix soient envoyés à Gaza afin qu'ils puissent veiller au bien-être et à la sécurité de la population gazaouie.

«Aujourd'hui, les habitants de Gaza n'ont aucune défense. Ils sont tués presque comme s'ils n'étaient pas humains. Et c'est ce que fait Israël. Il ne suffit pas de demander à Israël d'arrêter de tuer. Israël ne s'arrêtera pas de tuer.»

«Cependant, je pense qu'ils devraient au moins envoyer des soldats de la paix. Ils devraient fournir de la nourriture, des médicaments, de l'eau et tout le reste pour répondre aux besoins de la population de Gaza. Et ils devraient être là, en tant que soldats de la paix, pour mettre fin à ce massacre injuste d'innocents par l'armée israélienne.»

«Israël ne se contente pas de tuer. Il a coupé l'eau, l'électricité, les vivres et l'aide humanitaire depuis près d'un mois. Et ils disent qu'ils veulent éliminer le Hamas, qu'ils veulent éradiquer ce groupe terroriste, le Hamas.»

Mahathir ne croit pas que le Hamas puisse être vaincu par la seule force des armes. Il estime au contraire qu'Israël et ses alliés devront négocier avec le groupe s'ils espèrent mettre fin au cycle de violence qui a conduit aux attentats du 7 octobre.

«Si vous voulez éliminer le Hamas, négociez avec lui», a-t-il affirmé. «Rendez les terres qui appartiennent aux Palestiniens qui sont prêts à reconnaître l'existence d'Israël. Ce n'était pas le cas auparavant, mais maintenant ils acceptent l'existence d'Israël.»

«Israël doit rendre les terres qui appartiennent aux Palestiniens et cela doit se faire par la négociation, pas par les armes. Tuer n'est pas civilisé. Oui, nous avons entendu de nombreux responsables dire que le dialogue devrait être ouvert. Il devrait y avoir davantage de débats. Une négociation devrait également avoir lieu. Mais Israël dit qu'il avait besoin d'une réponse proportionnée à ce qui lui est arrivé.»

En attendant, Mahathir estime que les pays arabes et islamiques de la région devraient offrir l'asile aux femmes et aux enfants palestiniens, tandis que les hommes resteraient sur place pour empêcher une occupation israélienne permanente.

«Si les Israéliens continuent de tuer les Palestiniens, nous devrions offrir l'asile au moins aux femmes et aux enfants», a-t-il indiqué. «Les hommes devraient rester à Gaza, sinon les Israéliens l’occuperont. Les hommes resteraient donc sur place et il faudrait leur donner les moyens de se défendre.»

«Pour l'instant, ils ne peuvent pas se défendre. Ils n'ont pas d'armes et se font tuer. On ne sait pas s'il s'agit de membres du Hamas ou non. Israël tue des gens en disant qu'il veut se débarrasser du Hamas. Mais les gens, les bébés qui ont été tués, sont-ils du Hamas? Comment peut-on justifier le fait de tuer des gens?»

Mahathir a créé l'Initiative de Kuala Lumpur pour criminaliser la guerre en 2015, ainsi que la Commission de Kuala Lumpur sur les crimes de guerre, dont le but est d’enquêter sur les activités des États-Unis, d'Israël et de leurs alliés en Irak, au Liban et dans les territoires palestiniens.

Il a également accusé l'Occident d'augmenter la probabilité d'une troisième guerre mondiale en raison de son intervention dans le conflit entre la Russie et l'Ukraine. Selon lui, le problème réside en partie dans l'absence de valeurs morales chez les dirigeants mondiaux actuels.

 

«Certains dirigeants mondiaux n'ont aucune conscience», a ajouté Mahathir. «Les leaders de ce monde sont de très piètre qualité. Le fait que le président des États-Unis approuve le massacre des Palestiniens témoigne de la médiocrité des gouvernants.»

«Un dirigeant devrait toujours s'efforcer de faire les bons choix et de corriger les injustices, en s'appuyant sur l'État de droit. Mais aujourd'hui, le président américain, le Premier ministre britannique et de nombreux autres dirigeants européens ont un très mauvais sens du leadership. Ils n'ont aucune conscience, aucune valeur morale. Ils préfèrent que des guerres soient menées et ils se moquent bien qu'il n'y ait pas de justice, que les lois soient enfreintes.»

À l'heure où les crimes de haine islamophobes et antisémites semblent se multiplier dans le monde entier en réaction à la crise actuelle au Moyen-Orient, la Malaisie est parvenue à maintenir une certaine harmonie au sein de sa population diversifiée, composée d'une majorité de musulmans malais, de bouddhistes, de Chinois chrétiens et de Tamouls, principalement hindous.

«La Malaisie est un pays pluriethnique et multiconfessionnel», a souligné Mahathir. «Nous avons des croyances et des cultures différentes, mais chacun d'entre nous accepte de se tolérer mutuellement.»

«Bien sûr, nous sommes différents. Nous ne pouvons pas être les mêmes. Si Dieu veut que nous soyons les mêmes, nous serons tous musulmans. Mais il y a des gens qui ne sont pas musulmans, et les musulmans doivent tolérer les non-musulmans. Cela fait partie des enseignements de l'islam.»

«Nous adhérons donc aux enseignements de l'islam et nous vivons ensemble. Ils ont leur propre façon de faire, nous avons la nôtre et nous tolérons la leur, par exemple.»

Mahathir a estimé qu’ils y étaient parvenus grâce à la reconnaissance généralisée du fait que le recours à la violence ne peut que nuire à la nation et à son peuple. C'est une leçon que, selon lui, les autres pays devraient retenir.

«Si nous avons recours à la confrontation, à la violence, nous détruirons le pays. Au bout du compte, tout le monde est perdant», a-t-il confié. «Tout le monde en Malaisie comprend que si l'on se bat, c'est tout le pays qui sera détruit. Tout le monde va souffrir.»

«Oui, nous avons nos différences. Nous pouvons régler nos différends autour d'une table, pas en nous battant les uns contre les autres. Lorsque vous vous faites la guerre, vous tuez des gens et vous détruisez le pays. En fin de compte, même si vous gagnez, le pays est anéanti. Bien sûr, si vous perdez, vous devrez aussi faire face à un pays qui, finalement, n'est plus stable.»

Ce texte est la traduction d'un article paru sur Arabnews.com


L'armée iranienne prévient qu'elle «ouvrira de nouveaux fronts» en cas de nouvelle attaque américaine

Donald Trump a annoncé lundi avoir renoncé à une attaque contre l'Iran prévue mardi, cela en réponse à une demande de dirigeants de pays du Golfe, et a affirmé que des "négociations sérieuses" avaient lieu. (AFP)
Donald Trump a annoncé lundi avoir renoncé à une attaque contre l'Iran prévue mardi, cela en réponse à une demande de dirigeants de pays du Golfe, et a affirmé que des "négociations sérieuses" avaient lieu. (AFP)
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  • Téhéran continue de contrôler le détroit d'Ormuz, stratégique pour le commerce mondial d'hydrocarbures, tandis que l'armée américaine poursuit le blocus des ports iraniens
  • La quasi-paralysie du détroit a secoué l'économie mondiale, faisant flamber les cours du pétrole

TEHERAN: L'armée iranienne a averti mardi dans un communiqué qu'elle "ouvrira de nouveaux fronts" si les Etats-Unis reprennent leurs attaques contre l'Iran, interrompues depuis l'entrée en vigueur d'un cessez-le-feu le 8 avril.

"Si l'ennemi commet la bêtise de tomber à nouveau dans le piège des sionistes et de commettre une nouvelle agression contre notre Iran bien-aimé, nous ouvrirons de nouveaux fronts contre lui", a déclaré le porte-parole de l'armée Mohammad Akraminia, cité par l'agence de presse iranienne Isna.

Lundi, le président américain Donald Trump avait annoncé avoir annulé au dernier moment une nouvelle attaque contre l'Iran qui aurait dû avoir lieu mardi selon lui, tout en assurant qu'il existait de "très bonnes chances" de parvenir à un accord avec Téhéran.

Il n'avait jamais parlé de ce projet d'attaque avant ce lundi et un message sur sa plateforme Truth Social dans lequel il a expliqué avoir renoncé à une nouvelle offensive à la demande des dirigeants du Qatar, d'Arabie saoudite et des Emirats arabes unis, qui, selon lui, jugent possible la conclusion d'un accord.

Depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu le 8 avril, après quasiment 40 jours de frappes, des tractations sont en cours pour tenter de trouver un accord mais les positions des deux parties restent très éloignées, notamment sur le volet nucléaire.

Une seule session de discussions entre représentants américains et iraniens a eu lieu, le 11 avril à Islamabad, se soldant par un échec.

Lundi matin, la diplomatie iranienne avait déclaré avoir répondu à une nouvelle proposition des Etats-Unis visant à sortir de l'impasse diplomatique et à mettre fin durablement à la guerre au Moyen-Orient.

Elle a réitéré ses exigences, réclamant en particulier le déblocage des avoirs iraniens gelés à l'étranger et la levée des sanctions internationales asphyxiant son économie.

Lundi, M. Trump avait estimé devant la presse qu'il avait "de très bonnes chances" de s'entendre avec l'Iran, disant observer une évolution "très positive" des tractations avec Téhéran, mais sans fournir aucun détail sur leur contenu.

Il avait toutefois assuré que les Etats-Unis se tenaient prêts à lancer une "attaque totale et à grande échelle contre l'Iran à tout moment, si un accord acceptable n'était pas trouvé" avec Téhéran.

Le chef du commandement des forces armées iraniennes, Ali Abdollahi, avait répondu en mettant en garde "les Etats-Unis et leurs alliés" contre toute nouvelle "erreur stratégique et de calcul".

L'accord en question doit assurer que l'Iran ne se dote pas de l'arme nucléaire, a écrit Donald Trump sur son réseau.

Des médias iraniens avaient déjà dénoncé les "conditions excessives" imposées par les Etats-Unis dans leur dernière offre.

Selon l'agence Fars, Washington exige que l'Iran ne maintienne qu'un seul site nucléaire en activité et transfère son stock d'uranium hautement enrichi aux Etats-Unis.

Washington a également refusé de débloquer "ne serait-ce que 25%" des avoirs ou de verser des compensations pour les dommages subis par l'Iran pendant la guerre, selon la même source.


L'Iran met en garde contre toute nouvelle attaque américaine après les propos de Trump

 M. Trump avait annoncé avoir annulé au dernier moment une nouvelle attaque contre l'Iran qui aurait dû avoir lieu mardi selon lui, tout en assurant qu'il existait de "très bonnes chances" de parvenir à un accord avec Téhéran.  Il n'avait jamais parlé de ce projet d'attaque avant de publier un message sur sa plateforme Truth Social dans lequel il a expliqué avoir renoncé à une reprise des hostilités à la demande des dirigeants du Qatar, d'Arabie saoudite et des Emirats arabes unis, qui, selon lui, jugent possible la conclusion d'un accord. (AFP)
M. Trump avait annoncé avoir annulé au dernier moment une nouvelle attaque contre l'Iran qui aurait dû avoir lieu mardi selon lui, tout en assurant qu'il existait de "très bonnes chances" de parvenir à un accord avec Téhéran. Il n'avait jamais parlé de ce projet d'attaque avant de publier un message sur sa plateforme Truth Social dans lequel il a expliqué avoir renoncé à une reprise des hostilités à la demande des dirigeants du Qatar, d'Arabie saoudite et des Emirats arabes unis, qui, selon lui, jugent possible la conclusion d'un accord. (AFP)
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  • "Si l'ennemi commet la bêtise de tomber à nouveau dans le piège des sionistes et de commettre une nouvelle agression contre notre Iran bien-aimé, nous ouvrirons de nouveaux fronts contre lui"
  • Il n'avait jamais parlé de ce projet d'attaque avant de publier un message sur sa plateforme Truth Social dans lequel il a expliqué avoir renoncé à une reprise des hostilités à la demande des dirigeants du Qatar, d'Arabie saoudite et des EAU

TEHERAN: L'armée iranienne a averti mardi qu'elle "ouvrira de nouveaux fronts" si les Etats-Unis reprennent leurs attaques contre la République islamique, après que le président Donald Trump a dit avoir suspendu une nouvelle offensive.

Dans le même temps, le Qatar a appelé mardi à donner "plus de temps" à la diplomatie pour tenter de trouver un règlement, au-delà du fragile cessez-le feu, à ce conflit qui a fait des milliers de morts et gravement perturbé l'économie mondiale.

La veille, M. Trump avait annoncé avoir annulé au dernier moment une nouvelle attaque contre l'Iran qui aurait dû avoir lieu mardi selon lui, tout en assurant qu'il existait de "très bonnes chances" de parvenir à un accord avec Téhéran.

Il n'avait jamais parlé de ce projet d'attaque avant de publier un message sur sa plateforme Truth Social dans lequel il a expliqué avoir renoncé à une reprise des hostilités à la demande des dirigeants du Qatar, d'Arabie saoudite et des Emirats arabes unis, qui, selon lui, jugent possible la conclusion d'un accord.

"Si l'ennemi commet la bêtise de tomber à nouveau dans le piège des sionistes et de commettre une nouvelle agression contre notre Iran bien-aimé, nous ouvrirons de nouveaux fronts contre lui", a répondu mardi le porte-parole de l'armée iranienne, Mohammad Akraminia, cité par l'agence de presse iranienne Isna.

Positions éloignées 

Depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu le 8 avril, après quasiment 40 jours de frappes lancées le 28 février par les Etats-Unis et Israël, des tractations sont en cours pour tenter de trouver un accord, mais les positions de Washington et Téhéran restent très éloignées, notamment sur le volet nucléaire.

Une seule session de discussions entre représentants américains et iraniens a eu lieu, le 11 avril à Islamabad, se soldant par un échec.

Lundi matin, la diplomatie iranienne avait déclaré avoir répondu à une nouvelle proposition des Etats-Unis visant à sortir de l'impasse diplomatique. Elle a réitéré ses exigences, réclamant en particulier le déblocage des avoirs iraniens gelés à l'étranger et la levée des sanctions internationales asphyxiant son économie.

Lundi, M. Trump avait estimé devant la presse qu'il avait "de très bonnes chances" de s'entendre avec l'Iran, disant observer une évolution "très positive" des tractations, mais sans fournir aucun détail sur leur contenu.

Il avait toutefois assuré que les Etats-Unis se tenaient prêts à lancer une "attaque totale et à grande échelle contre l'Iran à tout moment, si un accord acceptable n'était pas trouvé".

Pétrole en repli 

L'accord en question doit assurer que l'Iran ne se dote pas de l'arme nucléaire, a prévenu le président américain.

Des médias iraniens avaient déjà dénoncé les "conditions excessives" formulées par les Etats-Unis dans leur dernière offre. Selon l'agence Fars, Washington exige que l'Iran ne maintienne qu'un seul site nucléaire en activité et transfère son stock d'uranium hautement enrichi aux Etats-Unis.

Mardi, le Qatar a affirmé que les négociations entre les Etats-Unis et l'Iran avaient besoin de "plus de temps" pour aboutir.

"Nous soutenons les efforts diplomatiques menés par le Pakistan (...) pour rapprocher les parties et trouver une solution, et nous pensons qu'ils nécessitent plus de temps", a affirmé le porte-parole du ministère qatari des Affaires étrangères, Majed al-Ansari, lors d'une conférence de presse à Doha.

"Nous voulons protéger les populations de la région, qui seraient les principales perdantes" en cas d'escalade, a-t-il ajouté.

Dans le Golfe, Téhéran continue de contrôler le détroit d'Ormuz, stratégique pour les commerce mondial d'hydrocarbures, tandis que l'armée américaine poursuit le blocus des ports iraniens.

La quasi-paralysie du détroit a secoué l'économie mondiale et fait flamber les cours du pétrole. Toujours à un niveau élevé, ceux-ci se sont toutefois calmés mardi, les marchés préférant retenir les déclarations optimistes de M. Trump: vers 09H40 GMT (11H40 à Paris), le prix du baril de Brent de la mer du Nord, pour livraison en juillet, perdait 1,55% à 110,36 dollars.

 


Cuba prévient d'un «bain de sang» en cas d'attaque américaine, nouvelles sanctions de Washington

La Havane accuse Washington de préparer le terrain politique en vue d'une intervention militaire contre l'île, qui, si elle se matérialisait, "provoquerait un bain de sang aux conséquences incalculables", a dénoncé sur X M. Diaz-Canel. (AFP)
La Havane accuse Washington de préparer le terrain politique en vue d'une intervention militaire contre l'île, qui, si elle se matérialisait, "provoquerait un bain de sang aux conséquences incalculables", a dénoncé sur X M. Diaz-Canel. (AFP)
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  • Cuba a acquis plus de 300 drones militaires et évalue de possibles scénarios de leur utilisation près de la base américaine de Guantanamo, dans l'est de l'île
  • Selon Axios, ces informations ont suscité des inquiétudes à Washington, où des responsables mettent en garde contre une "menace croissante" du fait de la proximité de ces capacités

LA HAVANE: Le président de Cuba, Miguel Diaz-Canel, a averti lundi qu'une attaque américaine contre l'île provoquerait "un bain de sang", tandis que Washington a annoncé avoir sanctionné le renseignement cubain et une dizaine de hauts responsables de l'île communiste.

Miguel Diaz-Canel a aussi souligné le droit "légitime" de son pays à riposter à une éventuelle agression des Etats-Unis, sur fond de fortes tensions entre La Havane et Washington.

Cuba a acquis plus de 300 drones militaires et évalue de possibles scénarios de leur utilisation près de la base américaine de Guantanamo, dans l'est de l'île, a affirmé dimanche le média américain Axios, en citant des renseignements classifiés.

Selon Axios, ces informations ont suscité des inquiétudes à Washington, où des responsables mettent en garde contre une "menace croissante" du fait de la proximité de ces capacités.

Le dirigeant cubain a réaffirmé que son pays "ne représent(ait) pas une menace et n'a(vait) ni plans ni intentions agressives" envers d'autres nations.

La Havane accuse Washington de préparer le terrain politique en vue d'une intervention militaire contre l'île, qui, si elle se matérialisait, "provoquerait un bain de sang aux conséquences incalculables", a dénoncé sur X M. Diaz-Canel.

Sans directement évoquer la détention présumée de drones par son pays, le chef de l'Etat a revendiqué "le droit absolu et légitime de se défendre face à une offensive militaire".

Dans le même temps, le ministère américain des Finances a annoncé lundi avoir ajouté le principal service de renseignement cubain, la Direccion de Inteligencia, ainsi qu'une dizaine de hauts responsables du pays à sa liste des entités et personnes sous sanction.

Le Bureau de contrôle des avoirs étrangers (OFAC) a précisé que le président de l'Assemblée nationale cubaine et du Conseil d'Etat, Estaban Lazo, ainsi que trois ministres, de la Justice, de l'Energie et des Communications, sont visés.

Quatre généraux cubains, dont le chef du contre-espionnage militaire, Jose Miguel Gomez del Vallin, également député, font aussi partie des nouvelles personnes inscrites sur la liste.

Une inscription à la liste de l'OFAC interdit à toute personne ou entreprise américaine, ou ayant une filiale aux Etats-Unis, de commercer ou faire des affaires avec les personnes ou entreprises sanctionnées.

Cela s'applique également aux entreprises ou citoyens étrangers dès lors que les échanges sont réalisés en dollar. Elle entraîne par ailleurs le gel de l'ensemble des avoirs détenus directement ou indirectement aux Etats-Unis.

Aide mexicaine 

Outre l'embargo américain en vigueur depuis 1962, Washington - qui ne cache pas son souhait de voir un changement de régime à La Havane - impose à l'île depuis janvier un blocus pétrolier total, ayant autorisé l'arrivée d'un seul pétrolier russe.

Début mai, M. Trump a aussi approuvé un nouveau paquet de sanctions contre l'île.

Près de quatre mois après la mise en place du blocus, la situation économique et énergétique de l'île s'est fortement dégradée.

La semaine dernière, le gouvernement a reconnu qu'il n'avait plus de diesel ni de fioul pour alimenter les groupes électrogènes qui complètent la production électrique des sept centrales thermoélectriques du pays.

Cette situation a encore aggravé les délestages électriques, avec des coupures qui peuvent dépasser la vingtaine d'heures par jour dans la capitale et durer des journées entières en province.

Ces interminables coupures ont provoqué des manifestations de mécontentement dans plusieurs quartiers de La Havane.

Dans ce contexte particulièrement tendu, une nouvelle cargaison d'aide humanitaire en provenance du Mexique est arrivée lundi à Cuba. Il s'agit du cinquième envoi d'aide humanitaire par Mexico depuis février.

La présidente mexicaine, Claudia Sheinbaum, avait annoncé cet envoi la semaine dernière, en précisant que le chargement ne comprenait pas de pétrole.

Le président Donald Trump considère que l'île communiste, située à 150 kilomètres des côtes de la Floride, constitue "une menace exceptionnelle" pour la sécurité nationale des Etats-Unis. Il a multiplié les menaces de "prendre le contrôle" de Cuba et a même évoqué l'envoi d'un porte-avions.

Dans ce contexte, le directeur de la CIA, John Ratcliffe, s'est rendu jeudi à La Havane pour une rencontre exceptionnelle avec de hauts responsables cubains, alors que les deux pays poursuivent leurs discussions, à l'un des moments les plus tendus de leurs relations bilatérales.