Les coraux de la mer Rouge menacés par une mystérieuse hécatombe d'oursins

Des poissons nagent près d'un récif corallien dans les eaux de la mer Rouge, près de la ville d'Eilat, dans le sud d'Israël, le 14 septembre 2023. (Photo de Menahem Kahana AFP)
Des poissons nagent près d'un récif corallien dans les eaux de la mer Rouge, près de la ville d'Eilat, dans le sud d'Israël, le 14 septembre 2023. (Photo de Menahem Kahana AFP)
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Publié le Dimanche 24 septembre 2023

Les coraux de la mer Rouge menacés par une mystérieuse hécatombe d'oursins

  • Les Diadema setosum étaient l'espèce d'oursins la plus répandue au large d'Eilat, et leur disparition pourrait avoir un effet dévastateur sur l'environnement
  • Ces animaux marins se nourrissent d'algues à la prolifération très rapide. En les consommant, ils les empêchent de recouvrir les coraux, qui ont besoin d'accéder à la lumière pour croître

EILAT, Israël : Des scientifiques s'inquiètent pour les célèbres récifs coralliens de la mer Rouge après avoir découvert qu'un mal mystérieux décimait une population d'oursins indispensable à leur survie.

A Eilat, ville la plus au sud d'Israël, limitrophe de l'Egypte et de la Jordanie, la chercheuse Lisa-Maria Schmidt se souvient du moment où elle et ses collègues de l'Université de Tel-Aviv ont découvert le fléau.

L'enquête démarre en janvier lorsqu'ils apprennent qu'au large d'Eilat, de très nombreux oursins sont morts, en très peu de temps.

Les scientifiques, raconte Mme Schmidt, se rendent sur un site réputé pour foisonner de Diadema setosum, et ils n'y trouvent que «des squelettes et des amas d'épines» de ces oursins-diadèmes, espèce caractérisée par ses très longues radioles et un cercle orange bien visible sur un corps noir.

L'idée leur vient alors qu'un déversement ponctuel de produits chimiques ou qu'un épisode de pollution pourraient avoir joué un rôle dans ces morts.

Mais dans les deux semaines qui suivent, les Diadema setosum qu'ils élèvent un peu plus loin sur la côte à l'Institut inter-universitaire pour les sciences marines sont touchés à leur tour. En moins de 48 heures, tous ces oursins installés dans des cuves alimentées par l'eau de la mer Rouge s'éteignent.

Les scientifiques excluent alors l'hypothèse d'un accident exceptionnel et intensifient leurs recherches pour découvrir la cause de ces morts subites.

Ils se rendent compte qu'une autre espèce d'oursins (Echinothrix calamaris) est elle aussi victime d'une mortalité massive dans les mêmes eaux, mais qu'en dehors de ces deux variétés, d'autres populations continuent de s'épanouir au milieu des coraux.

Gal Eviatar, étudiante à l'Université de Tel Aviv, utilise une pince pour tenir un oursin Diadema Setosum dans un aquarium à l'Institut interuniversitaire des sciences marines, dans la station balnéaire israélienne d'Eilat, sur la mer Rouge, le 14 septembre 2023. (Photo de Menahem Kahana / AFP)
Gal Eviatar, étudiante à l'Université de Tel Aviv, utilise une pince pour tenir un oursin Diadema Setosum dans un aquarium à l'Institut interuniversitaire des sciences marines, dans la station balnéaire israélienne d'Eilat, sur la mer Rouge, le 14 septembre 2023. (Photo de Menahem Kahana / AFP)

- «Effrayant» -

Selon Mme Schmidt, les Diadema setosum étaient l'espèce d'oursins la plus répandue au large d'Eilat, et leur disparition pourrait avoir un effet dévastateur sur l'environnement car ces animaux marins se nourrissent d'algues à la prolifération très rapide. En les consommant, ils les empêchent de recouvrir les coraux, qui ont besoin d'accéder à la lumière pour croître.

Les algues «grandissent plus facilement que les coraux, elles les étouffent et tuent ainsi des étendues entières de récifs», explique-t-elle.

La mortalité massive des oursins a quelque chose de «particulièrement effrayant» pour la mer Rouge où les coraux «sont connus pour être robustes, et je pense que les gens ont placé beaucoup d'espoir dans ces récifs», s'alarme Mya Breitbart, biologiste à l'Université du Sud de la Floride, aux Etats-Unis.

S'ils ne s'étendent que sous 0,2% de la surface des mers, les récifs coralliens abriteraient plus de 25% de la biodiversité marine mondiale.

Mme Breitbart a récemment percé le mystère d'un phénomène de mortalité massive d'oursins aux Antilles en identifiant un agent pathogène ayant décimé en 2022 des colonies entières d'une variété d'oursins cousine des Diadema setosum.

- Conjectures -

Mais les récifs coralliens antillais ne se sont jamais remis de la mort massive de populations locales d'oursins dans la décennie 1980.

Si la cause de ce mal n'est toujours pas clairement identifiée à ce jour, les conséquences en sont en revanche bien connues.

«Les récifs coralliens des Antilles ont complètement changé: (on est passé) d'un environnement où les coraux dominent (comme en mer Rouge) à un environnement où prévalent les algues», explique à l'AFP Omri Bronstein, spécialiste des invertébrés marins à l'Université de Tel-Aviv.

Mais pour ce qui est de la mer Rouge, M. Bronstein, qui dirige les chercheurs enquêtant à Eilat, se perd en conjectures.

«S'agit-il du même agent pathogène [si telle est la cause], que celui qui a frappé les Antilles» il y a une quarantaine d'années, «ou sommes-nous face à un scénario complètement différent?»

Une chose semble certaine, selon lui: mettre un terme à la contagion est impossible car «nous ne pouvons pas traiter l'océan comme nous avons traité les humains atteints du Covid», par le biais de vaccins.

Le scientifique a une autre solution en tête: élever des oursins des deux espèces menacées, les maintenir en captivité avant de les relâcher en mer Rouge pour repeupler les récifs lorsque le danger aura été éloigné.

Une fois qu'ils auront trouvé l'origine de ces disparitions, M. Bronstein et ses collègues souhaitent déterminer comment la mer Rouge a pu être touchée.

Si des agents pathogènes sont arrivés par la mer, des mesures pourraient être prises pour nettoyer les embarcations et minimiser le risque de propagation, car, il en est sûr, si l'on est face à un parasite mortel, alors le prochain est déjà «en route», quelque part dans un port ou sur un navire.


« Libye, patrimoine révélé » : l’IMA  célèbre 50 ans de coopération  archéologique  

Fouilles terrestres et sous-marines, recherches sur les premiers  peuplements néolithiques, étude des villes antiques et des sites  islamiques : l’exposition restitue la diversité chronologique et  géographique du patrimoine libyen. (AFP)
Fouilles terrestres et sous-marines, recherches sur les premiers  peuplements néolithiques, étude des villes antiques et des sites  islamiques : l’exposition restitue la diversité chronologique et  géographique du patrimoine libyen. (AFP)
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  • Depuis la fin des années 1960, la MAFL explore l’ensemble  du territoire libyen
  • Ses travaux ont profondément renouvelé les connaissances sur l’histoire du pays, révélant des occupations humaines continues, des échanges méditerranéens anciens et des paysages façonnés par les sociétés du passé

PARIS: Le musée de l’Institut du monde arabe présente  Libye, patrimoine révélé, une exposition consacrée au  travail scientifique mené depuis près de cinquante ans  par la Mission archéologique française en Libye (MAFL),  en étroite collaboration avec les autorités libyennes. 

À travers une sélection de photographies, films et documents  scientifiques, l’exposition donne à voir la richesse exceptionnelle  du patrimoine libyen, de la préhistoire à l’époque médiévale, tout  en mettant en lumière les enjeux contemporains de recherche, de  préservation et de restauration dans un contexte particulièrement  fragile. 

Un demi-siècle de recherches archéologiques en  Libye 

Depuis la fin des années 1960, la MAFL explore l’ensemble  du territoire libyen. Ses travaux ont profondément renouvelé les connaissances sur l’histoire du pays, révélant des occupations humaines continues, des échanges méditerranéens anciens et des paysages façonnés par les sociétés du passé. 

L’exposition documente ce travail scientifique de terrain et rend  visibles des missions souvent menées dans des contextes  géographiques et politiques complexes.
Du Sahara à la Méditerranée : des sites majeurs Le parcours présente plusieurs zones emblématiques étudiées par les équipes franco-libyennes : le Sahara du Măsak et  ses milliers de vestiges préhistoriques, les fortifications romaines  de Bu Njem, les grandes cités antiques comme Leptis Magna,  ou encore Apollonia, dont une partie est aujourd’hui engloutie. 

Fouilles terrestres et sous-marines, recherches sur les premiers  peuplements néolithiques, étude des villes antiques et des sites  islamiques : l’exposition restitue la diversité chronologique et  géographique du patrimoine libyen. 

Préserver un patrimoine menacé 

Depuis 2011, le patrimoine archéologique libyen fait face à une  intensification du pillage et du trafic illicite. L’exposition revient  sur les actions menées par la MAFL aux côtés des autorités et des  forces de l’ordre internationales pour identifier les œuvres dispersées,  documenter les sites menacés et favoriser leur restitution. 

Libye, patrimoine révélé met en lumière l’archéologie comme outil de  connaissance, de coopération internationale et de sauvegarde d’un  patrimoine universel encore largement méconnu.

 


Louvre: le nouveau président du musée confirme le projet de grands travaux

Des visiteurs font la queue pour entrer au musée du Musée du Louvre à Paris, le 9 août 2023. (AFP)
Des visiteurs font la queue pour entrer au musée du Musée du Louvre à Paris, le 9 août 2023. (AFP)
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  • Le nouveau président du Musée du Louvre, Christophe Leribault, confirme le vaste plan de rénovation « Louvre Nouvelle Renaissance », estimé à plus d’un milliard d’euros et jugé indispensable
  • Après le cambriolage d’octobre, le projet inclut un renforcement de la sécurité, la réorganisation des espaces et la création d’une nouvelle présentation pour la Joconde

PARIS: Le nouveau président du Louvre, Christophe Leribault, arrivé dans le sillage du spectaculaire vol survenu en octobre dans ce musée, a confirmé mardi le vaste plan de rénovation de l'établissement annoncé en 2025 par Emmanuel Macron, jugeant par ailleurs son coût "incompressible".

Evalué à plus d'un milliard d'euros, le plan "Louvre Nouvelle Renaissance", qui prévoit notamment la rénovation du bâtiment existant et l'aménagement d'un nouvel espace pour la Joconde, a été mis entre parenthèses depuis le cambriolage du 19 octobre.

"C'est un projet capital et nécessaire pour le Louvre. On ne peut pas continuer d'accueillir 9 millions de visiteurs par la Pyramide. Et il faut impérativement revoir les infrastructures, refaire les couvertures et les installations techniques dans le périmètre de la Cour carrée", a déclaré Christophe Leribault au journal Le Monde.

"Le coût est incompressible", a ajouté celui qui a succédé le 25 février à Laurence Des Cars, mise en difficulté par une série de rapports ayant pointé l'obsolescence des dispositifs de sûreté dans le plus grand musée du monde.

Il a toutefois concédé "envisager de réduire certains aménagements (...), mais cela restera marginal en matière d'économie".

Il a aussi indiqué chercher "330 millions d'euros" supplémentaires auprès des mécènes pour financer les travaux de rénovation.

Alors que le cambriolage a mis au jour des failles au sein de la sûreté du bâtiment, M. Leribault a souligné que "les grilles d'accès au domaine ont été restaurées" et qu'"un poste mobile de police est désormais actif près de la Pyramide".

Il a par ailleurs annoncé que la galerie Apollon, où s'est déroulé le vol des joyaux de la couronne de France, "rouvrira dans le courant du mois de juillet, sans vitrine au centre, telle qu'elle avait été conçue au XVIIe siècle, c'est-à-dire comme une galerie d'apparat".

"Les objets précieux qui s'y trouvaient seront exposés dans l'aile Richelieu" et les joyaux non dérobés, dont la couronne de l'impératrice Eugénie, retrouvée endommagée, "vont rester en lieu sûr, en attendant de disposer d'un espace sécurisé ailleurs dans le musée", a-t-il poursuivi.

La part des recettes de billetterie affectée à la politique d'acquisition d'oeuvres doit pour sa part passer de 20% à 12%, a-t-il indiqué, suivant une préconisation de la Cour des comptes.


Art Jameel présente une double exposition aux Émirats arabes unis et en Arabie saoudite

“Study of History III” (2017) de Subas Tamang (avec l'autorisation de l’artiste)
“Study of History III” (2017) de Subas Tamang (avec l'autorisation de l’artiste)
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  • Une exposition majeure reliant Djeddah et Dubaï, explorant l’impact des systèmes de navigation sur la vie contemporaine
  • Plus de 40 artistes internationaux interrogent cartographie, mobilité et infrastructures à travers des œuvres variées

DUBAÏ : Art Jameel s’apprête à présenter une exposition transrégionale s’étendant sur l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis. Intitulée « Global Positioning System », cette exposition collective en deux volets ouvrira en mai à Hayy Jameel à Djeddah, parallèlement à une présentation au Jameel Arts Centre à Dubaï.

L’exposition, qui se tiendra à Djeddah du 20 mai au 17 octobre et à Dubaï du 9 mai au 4 octobre, réunit plus de 40 artistes issus de plus de 20 pays, explorant la manière dont les systèmes de navigation façonnent la vie contemporaine.

À travers une large diversité d’œuvres, l’exposition examine la cartographie, la mobilité et les infrastructures qui régissent les déplacements, tout en questionnant leurs limites et leurs défaillances.

Commissariée par Indranjan Banerjee et Lucas Morin, « Global Positioning System » rassemble des installations de grande envergure, des œuvres conceptuelles et des projets axés sur la recherche.

Nora Razian, directrice adjointe d’Art Jameel et responsable des expositions et des programmes, a déclaré :
« Pour la première fois, nous présentons une exposition qui se déploie sur nos deux sites à Dubaï et Djeddah.

« “Global Positioning System” interroge les outils et les systèmes que nous utilisons pour nous orienter, mettant en lumière les tensions entre représentation cartographique et réalités vécues.

« Cette exposition s’inscrit dans l’engagement d’Art Jameel à favoriser un dialogue transrégional, où mobilité et échanges sont essentiels pour soutenir l’interconnexion dans notre monde partagé. »

Le volet de Djeddah réunit une sélection variée d’artistes internationaux et régionaux, dont Bani Abidi, Mahmoud Alhaj, Mona Hatoum et Nalini Malani. Abidi, Ana Amorim et Cinthia Marcelle présenteront des œuvres dans les deux éditions, à Dubaï et à Djeddah.

À Dubaï, la présentation au Jameel Arts Centre comprend de nouvelles commandes d’artistes tels que Vishwa Shroff, Seher Naveed et Fatma Al-Ali, ainsi que des prêts internationaux, dont l’installation vidéo monumentale « Parallel I-IV (2012-2014) » du cinéaste Harun Farocki. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com