Entre Biden et Netanyahou, «je t'aime, moi non plus»

Le président américain Joe Biden (à gauche), alors vice-président, écoute le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu lors d'une déclaration commune dans le bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 9 mars 2016. (Photo Debbie Hill / Pool / AFP)
Le président américain Joe Biden (à gauche), alors vice-président, écoute le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu lors d'une déclaration commune dans le bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 9 mars 2016. (Photo Debbie Hill / Pool / AFP)
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Publié le Samedi 29 juillet 2023

Entre Biden et Netanyahou, «je t'aime, moi non plus»

  • La Maison Blanche a qualifié lundi de «regrettable» l'approbation par le Parlement israélien d'une mesure clé de ce projet de réforme judiciaire, censée remettre en cause certains pouvoirs des magistrats
  • L'administration Biden ne cache pas sa frustration face à la poursuite de la colonisation dans les territoires palestiniens occupés, en dépit de ses appels répétés à la désescalade

WASHINGTON : Ils se côtoient et se connaissent depuis des décennies, mais le torchon brûle entre le président américain Joe Biden et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, en pleine crise politique en Israël autour d'une réforme judiciaire contestée.

Et pour le président démocrate, fervent soutien d'Israël depuis un demi-siècle, le dilemme devient très public face au gouvernement le plus à droite de l'histoire de l'Etat hébreu.

L'exercice d'équilibriste: afficher un soutien «indéfectible» à l'allié israélien tout en gardant ses distances avec le gouvernement Netanyahou, le plus «extrémiste» qu'il ait jamais connu selon lui.

Joe Biden a beau prodiguer des conseils de prudence vis-à-vis de cette réforme, voire la dénoncer, le Premier ministre israélien avance comme si de rien n'était, la qualifiant au passage de «correction mineure» de la justice israélienne, malgré des manifestations quotidiennes dans son pays et les critiques à l'étranger.

Un président américain se sera rarement autant immiscé dans les affaires intérieures d'Israël, même si son pouvoir d'influence reste limité.

- Frustration -

La Maison Blanche a qualifié lundi de «regrettable» l'approbation par le Parlement israélien d'une mesure clé de ce projet de réforme judiciaire, censée remettre en cause certains pouvoirs des magistrats.

Et de façon très inhabituelle, le président américain est allé jusqu'à faire venir à la Maison Blanche un éditorialiste du New York Times, Thomas Friedman, pour envoyer le message qu'il s'opposait à cette réforme, «source de division» selon lui.

Au-delà de la réforme elle-même, l'administration Biden ne cache pas sa frustration face à la poursuite de la colonisation dans les territoires palestiniens occupés, en dépit de ses appels répétés à la désescalade.

Elle défend inlassablement la solution des deux Etats israélien et palestinien, mais semble prêcher dans le vide.

Les tensions actuelles viennent rappeler celles entre le président Barack Obama et M. Netanyahou déjà, alors que Joe Biden était vice-président et que les Etats-Unis négociaient l'accord sur le nucléaire iranien, conclu en 2015 au grand dam d'Israël.

Cet accord est moribond depuis que l'ancien président Donald Trump, lui-même proche de Benjamin Netanyahou, s'en est retiré en 2018 et le reste à ce jour même si M. Biden a bien tenté de le raviver au début de son mandat.

Témoignant de ces tensions, les bisbilles se multiplient autour d'une rencontre ou pas à la Maison Blanche à l'automne entre MM. Biden et Netanyahou, lui qui n'y a pas été invité depuis son retour fin 2022 à la tête du gouvernement israélien.

Joe Biden a en revanche reçu la semaine dernière le président Isaac Herzog, un modéré.

Pour Benjamin Netanyahou, qui a démenti toute notion d'être snobé dans une interview à la chaîne ABC, aucun doute: le président Biden l'a bien «invité à la Maison Blanche», lors de leur récente conversation téléphonique, une rencontre qui selon lui aura lieu probablement «en septembre».

Mais la Maison Blanche, visiblement agacée, laisse planer le doute sur le lieu de la rencontre et se contente de dire que les deux hommes «se rencontreront aux Etats-Unis plus tard cette année».

- «Dommageable» -

Malgré tout, les experts s'accordent pour dire que le soutien des Etats-Unis à l'allié israélien n'est pas près de s'estomper.

Des voix ici et là appellent par exemple à une réduction de l'aide militaire américaine, comme le réclame l'aile gauche du parti démocrate.

Mais la diplomatie américaine en écarte même l'idée. «Je peux vous dire que cela ne se produira pas», a affirmé un porte-parole du département d'Etat, Vedant Patel.

Les Etats-Unis fournissent annuellement quelque 3,3 milliards de dollars en aide militaire à Israël.

Max Boot, du cercle de réflexion Council on Foreign Relations à Washington, dit s'attendre à ce que «la relation tendue entre Biden et Netanyahou perdure».

Il avance le fait que M. Netanyahou «semble prêt à la confrontation avec Biden (...) fort du soutien des républicains au Congrès, qui ont globalement adopté une approche: pour ou contre Israël».

Cela n'échappe sans doute pas à Joe Biden, qui est en campagne en vue de sa réélection en 2024.

Mais, ajoute Max Boot, cet alignement avec l'aile trumpiste du parti républicain risque «d'aliéner d'autres secteurs de l'opinion publique américaine» traditionnellement pro-Israël.


L'Otan en plein doute sur son avenir face à la tempête Trump

Le secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte, s'exprime lors d'une conférence et d'une réunion avec des étudiants de l'École d'économie de Varsovie (SGH), à Varsovie (Pologne), le 26 mars 2025. (Photo Wojtek RADWANSKI / AFP)
Le secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte, s'exprime lors d'une conférence et d'une réunion avec des étudiants de l'École d'économie de Varsovie (SGH), à Varsovie (Pologne), le 26 mars 2025. (Photo Wojtek RADWANSKI / AFP)
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  • Sous les coups de butoir de Donald Trump et de son équipe, l'Organisation du traité de l'Atlantique nord, vieille dame de plus de 75 ans, doit rapidement changer.
  • les États-Unis restent membres de l'OTAN, y compris pour la dissuasion nucléaire, mais se désengagent des forces conventionnelles, comme l'a évoqué le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth. 

BRUXELLES : Les tirs de barrage américains contre les pays européens de l'Otan ébranlent jusqu'aux fondements de l'Alliance atlantique, qui a cependant toutes les peines du monde à imaginer un avenir sans les États-Unis.

Sous les coups de butoir de Donald Trump et de son équipe, l'Organisation du traité de l'Atlantique nord, vieille dame de plus de 75 ans, doit rapidement changer. Un diplomate interrogé sous couvert d'anonymat décrit l'agressivité de la nouvelle administration américaine comme un « traumatisme ».

Ce changement se fera-t-il avec ou sans les États-Unis ? La question agite les couloirs du siège de l'Alliance à Bruxelles.

« On connaît la direction : moins d'États-Unis et plus d'Europe », résume un diplomate sous couvert d'anonymat. Cependant, de nombreuses questions restent en suspens.

En deux mois, Donald Trump s'en est pris au Canada qu'il entend voir devenir le 51ᵉ État américain, et au Danemark, dont il revendique l'un des territoires, le Groenland. 

Plusieurs responsables américains, dont le vice-président J. D. Vance, n'ont pas caché leur mépris à l'égard des Européens, considérés comme des « profiteurs » et des passagers clandestins d'une alliance où, dénoncent-ils, ils ne paient pas leur dû.

Depuis le 20 janvier, date du retour de Donald Trump à la Maison Blanche, « l'optimisme est de moins en moins de mise », confie un diplomate. « Les États-Unis n'ont pas encore pris de décisions concrètes, mais on dirait que chaque jour est porteur d'un nouveau coup contre les fondations de l'Alliance. »

- Transition « désordonnée » -

Pour Camille Grand, ancien secrétaire général adjoint de l'Otan et chercheur auprès de l'ECFR, trois scénarios sont possibles.

Celui de la transition ordonnée : les Américains se désengagent, mais en bon ordre, à la suite d'une négociation qui donne aux Européens le temps de se préparer. « Cela permet d'éviter les incertitudes », assure-t-il dans un entretien avec l'AFP.

Celui de la transition « désordonnée » : les États-Unis restent membres de l'OTAN, y compris pour la dissuasion nucléaire, mais se désengagent des forces conventionnelles, comme l'a évoqué le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth. 

Le retrait se fait « en mode crise », avec des « menaces et des annonces désordonnées ». C'est « le scénario dominant » aujourd'hui, estime l'analyste.

Il y a aussi le scénario cauchemar pour nombre d'Alliés : le retrait « de facto ou de jure ». Les États-Unis se désintéresseront de la défense du continent européen.

Donald Trump exige que les Européens et les Canadiens consacrent au moins 5 % de leur PIB à cette défense, alors qu'ils sont à moins de 2 % pour l'Italie ou l'Espagne. La marche est très haute. Mais tous savent qu'il faudra « annoncer » quelque chose au sommet de l'OTAN en juin, selon un diplomate.

Le Secrétaire général de l'Alliance Mark Rutte a évoqué un chiffre entre 3,5 et 3,7 %. Ce sera difficile, mais c'est une question de priorités dans les dépenses nationales, ajoute-t-il. 

Personne ne sait si ce chiffre sera suffisant pour Donald Trump.

- "Cinq ans" -

En attendant, beaucoup à Bruxelles et dans les autres capitales européennes s'interrogent sur un "après" Etats-Unis.

"Nous avons toujours su que le moment viendrait où l'Amérique se retirerait en quelque sorte et où l'Europe devrait faire davantage", rappelle ainsi Jamie Shea, ancien porte-parole de l'Otan et expert auprès du think tank londonien Chatam House.

Et le calendrier est très serré. Les Européens ont "cinq ans" pour recréer une dissuasion face à la menace russe, juge ainsi Camille Grand. Un calcul basé sur le temps jugé nécessaire, selon plusieurs services de renseignement, pour que la Russie reconstitue son armée et soit en mesure de menacer un pays de l'Otan, explique-t-il. 

Selon cet expert français, les Européens en sont capables, même si un investissement substantiel sera nécessaire pour combler l'apport américain en termes de renseignement, de satellites ou de logistique. « Il n'y a pas de raison que 500 millions d'Européens ne puissent pas dissuader 140 millions de Russes », assure-t-il.

Plusieurs pays en doutent. « Les États-Unis restent indispensables pour une dissuasion crédible », estime ainsi un diplomate européen auprès de l'Otan.


Le Wisconsin, théâtre d'une première défaite électorale pour Trump et Musk

 Donald Trump et Elon Musk. (Photo AFP)
Donald Trump et Elon Musk. (Photo AFP)
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  • Le président américain Donald Trump a essuyé mardi son premier revers électoral avec l'élection d'une juge démocrate dans le Wisconsin,
  • En Floride, deux législatives partielles ont également eu lieu mardi dans des circonscriptions solidement ancrées à droite et qui resteront dans l'escarcelle des républicains, selon les projections de plusieurs médias

WASHINGTON : Le président américain Donald Trump a essuyé mardi son premier revers électoral avec l'élection d'une juge démocrate dans le Wisconsin, un scrutin habituellement d'ampleur locale, marqué cette fois-ci par la forte implication d'Elon Musk.

Selon les projections de plusieurs médias américains, Susan Crawford, soutenue par les démocrates, a remporté un siège pour dix ans à la Cour suprême de cet État de la région des Grands Lacs.

Elle faisait face à Brad Schimel, soutenu par Donald Trump et par le multimilliardaire Elon Musk, et dont la victoire aurait fait basculer la haute instance du Wisconsin du côté conservateur.

En Floride, deux législatives partielles ont également eu lieu mardi dans des circonscriptions solidement ancrées à droite et qui resteront dans l'escarcelle des républicains, selon les projections de plusieurs médias.

Mardi soir, le président a mis à profit sa plateforme Truth Social pour se féliciter des deux « larges » victoires de son camp en Floride, mettant en avant son « soutien » aux candidats.

Il n'a en revanche pas commenté le résultat pour la Cour suprême du Wisconsin, préférant y retenir l'adoption, par un référendum organisé le même jour, d'une mesure obligeant les électeurs à présenter une pièce d'identité avec photo afin de pouvoir voter.

« C'est une grande victoire pour les républicains, peut-être la plus grande de la soirée », a-t-il écrit.

« Le plus important » 

Elon Musk n'a pas non plus réagi à la défaite de Brad Schimel, et a plutôt salué l'issue du référendum local. « C'était le plus important », a-t-il affirmé sur son réseau social X.

Le patron de Tesla et Space X s'inquiétait d'un potentiel rééquilibrage par la Cour suprême locale dans le découpage des circonscriptions électorales, en faveur des démocrates. État pivot, le Wisconsin avait été remporté par Donald Trump à la présidentielle de novembre.

« C'est l'une de ces situations étranges où une petite élection en apparence pourrait déterminer le destin de la civilisation occidentale », avait lancé Elon Musk mardi.

Le président républicain avait, lui, publié lundi sur Truth Social un message de soutien à Brad Schimel. Il s'en était surtout pris à Susan Crawford, qui serait, selon lui, « un désastre pour le Wisconsin et pour les États-Unis d'Amérique ».

Un peu plus de deux mois après le début de son mandat, les enquêtes d'opinion indiquent une baisse relative de la popularité de Donald Trump. Ces élections dans le Wisconsin et en Floride étaient les premières véritables épreuves auxquelles il faisait face dans les urnes depuis novembre.

Campagne onéreuse 

Mardi, le trumpiste Randy Fine a bien remporté le siège en jeu à la Chambre des représentants face au démocrate Josh Weil, mais avec une avance bien plus mince qu'il y a quelques mois.

Ces résultats ont « de quoi donner des sueurs froides à mes collègues républicains », a déclaré sur la chaîne MSNBC Hakeem Jeffries, responsable de la minorité démocrate à la Chambre des représentants. Cela fait écho à la difficulté de l'opposition à se faire entendre depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche.

Dans le Wisconsin, les deux camps avaient sorti l'artillerie lourde pour une élection qui, d'ordinaire, passe inaperçue dans le reste du pays.

Selon le Centre Brennan de l'université de New York, c'est « le scrutin judiciaire le plus coûteux de l'histoire américaine », avec plus de 98 millions de dollars déversés dans la campagne, dont 53 millions en faveur du candidat conservateur.

Elon Musk n'est pas étranger à cela.

« Il a dépensé plus de 25 millions de dollars pour essayer de m'empêcher de siéger à la Cour suprême du Wisconsin », a lancé dimanche Susan Crawford lors d'un rassemblement.

Son équipe de campagne avait récemment accusé Elon Musk de vouloir « acheter un siège à la Cour suprême du Wisconsin afin d'obtenir une décision favorable » dans des poursuites engagées par Tesla, son entreprise de véhicules électriques, contre les autorités du Wisconsin.


Amnesty International demande à la Hongrie d'arrêter M. Netanyahou

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou. (Photo d'archives de l'AFP)
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou. (Photo d'archives de l'AFP)
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  • Le Premier ministre israélien doit se rendre cette semaine dans un pays membre de la Cour pénale internationale
  • Cette visite " ne doit pas devenir un indicateur de l'avenir des droits humains en Europe "

LONDRES : Amnesty International a demandé à la Hongrie d'arrêter le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, à la suite d'informations selon lesquelles il se rendra dans cet État membre de l'UE mercredi à l'invitation de son homologue hongrois Viktor Orban.

M. Netanyahou fait l'objet d'un mandat d'arrêt délivré en novembre par la Cour pénale internationale en raison de la conduite d'Israël à Gaza.

M. Orban, proche allié de M. Netanyahu, a déclaré qu'il n'exécuterait pas le mandat. En tant qu'État membre, la Hongrie est tenue d'exécuter tout mandat d'arrêt délivré par la CPI.