Mohammed al-Thani évoque «la profondeur de la culture arabe et islamique» à New York

Cheikh Mohammed Rachid al-Thani est le fondateur de l'Institute of Arab and Islamic Art basé à New York.
Cheikh Mohammed Rachid al-Thani est le fondateur de l'Institute of Arab and Islamic Art basé à New York.
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Publié le Vendredi 30 juin 2023

Mohammed al-Thani évoque «la profondeur de la culture arabe et islamique» à New York

  • Cheikh Mohammed Rachid al-Thani, «poète caché» autoproclamé, approchant la trentaine, s’est établi à New York en 2014
  • Le fondateur du nouvel Institute of Arab and Islamic Art s'entretient avec Arab News

NEW YORK: Cheikh Mohammed Rachid al-Thani, «poète caché» autoproclamé, approchant la trentaine, s’est établi à New York en 2014. Il a rapidement remarqué que si la ville accueillait un certain nombre d'institutions versant dans un certain créneau, dont l'Asia Society, le Jewish Museum et El Museo del Barrio, elle manquait d'espaces consacrés à l'art arabe et islamique, hormis quelques expositions éparses – généralement organisées par des Occidentaux – ou des espaces limités dans des endroits comme le Met.

Mohammed al-Thani estimait que le fait de sensibiliser le public à l'art des mondes arabe et islamique serait un moyen de lutter contre l'islamophobie et de présenter un discours sur ces mondes qui ne se concentre pas sur la violence et le terrorisme. Aussi a-t-il créé en 2027 l'Institute of Arab and Islamic Art («Institut des arts arabes et islamiques», IAIA), une organisation à but non lucratif dûment enregistrée. Bien que Mohammed al-Thani soit membre de la famille royale qatarie, l'IAIA est financé de manière indépendante.

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Cheikh Mohammed Rachid al-Thani, «poète caché» autoproclamé, approchant la trentaine, s’est établi à New York en 2014. (Photo fournie)

Sa première exposition, Exhibition 1, mettait en vedette quatre femmes artistes  – Dana Awartani, d’origine saoudienne; Monir Shahroudy Farmanfarmaian, de nationalité iranienne; Nasreen Mohamedi, de nationalité indienne; et l'Indienne New-Yorkaise, Zarina Hashmi – et se concentrait sur les éléments architecturaux et le design islamiques.

Le 15 mai, l'IAIA a ouvert ses portes pour une nouvelle exposition dans un autre lieu du centre-ville de New York, présentant des œuvres de la regrettée artiste moderniste iranienne Behjat Sadr, qui, selon la brochure de l'exposition, «a fait sauter le verrou du monde de l'art iranien prérévolutionnaire dominé par les hommes, en s'imposant comme l'une des artistes les plus en vue du XXe siècle avec ses abstractions gestuelles biomorphiques qui ont défié le statu quo établi.

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Œuvre de l'artiste saoudienne Dana Awartani lors de la première exposition collective de l'IAIA en 2017. (Photo fournie)

L'artiste Pooneh Maghazehe, basée à Brooklyn, a créé une œuvre spécifique pour le site, en l’occurrence la façade du bâtiment, lequel abrite un espace intime avec des objets sélectionnés à vendre en complément, notamment de beaux livres de grand format, des bibelots et des vêtements personnalisés de l'Est.

Dans cet entretien, Al-Thani évoque ses espérances pour l'IAIA, comment il a été inspiré par la Biennale des arts islamiques de Djeddah, et bien de choses encore.

Commençons par une question simple mais complexe: comment définissez-vous l'art arabe et islamique?

Le terme «art islamique» fait référence à certaines œuvres d’art produites dans une certaine sphère géographique. Mais il y a également des chrétiens arabes, et la majorité des musulmans ne sont pas arabes. Vous ressentez la diversité de l'architecture et du développement urbain – même dans le sud de l'Espagne, une partie de la nourriture et de la langue est inspirée par notre culture commune. L'idée fausse selon laquelle chaque musulman est arabe n'est tout simplement pas vraie.

L'Arabie saoudite a dernièrement organisé la première Biennale des arts islamiques à Djeddah. Comment le discours sur l'art arabe et islamique a-t-il évolué – ou pas – depuis le lancement de l'IAIA?

La Biennale d'art islamique de Djeddah était une plate-forme indispensable pour discuter non seulement des récits historiques autour de l'influence de l'art islamique, mais aussi pour mettre en avant la plate-forme diversifiée qui existe au sein de l'art islamique contemporain et le rôle qu'elle a eu à l'échelle mondiale. Sans la biennale de Djeddah, je n'aurais pas rencontré autant d'artistes avant-gardistes de la région qui proposent un langage visuel fascinant.

Quels sont vos espoirs pour l'IAIA?

Il existe un stéréotype selon lequel les femmes arabes n'ont pas de tribune et que leurs voix ne sont pas entendues. Cela peut être vrai dans certains cas, mais pas toujours. Nous regardons au-delà du genre, et nous regardons la qualité du travail. Lorsque nous concoctions la première exposition, les meilleures œuvres étaient créées par des artistes femmes et nous avons donc décidé de les mettre en valeur.

Cette exposition en cours est également consacrée à une artiste femme. Est-ce un choix délibéré?

J'ai six sœurs. Je suis leur seul frère. J'ai grandi avec des femmes et toutes les opportunités que j'ai eues ont également été offertes à mes sœurs. Je sais à quel point mes sœurs travaillent dur. C'est la raison pour laquelle, en ce qui me concerne, il est très facile de regarder au-delà du genre. Certes, dans certains domaines, les femmes n'ont pas l'égalité des chances, mais nous (à l'IAIA) devons pouvoir leur donner ces opportunités. J'ai été attiré par les œuvres d'artistes femmes. Le travail est consistant. L'approche artistique et stylistique est authentique et différente de celle que nous observons chez leurs homologues masculins, et il est de notre responsabilité d’apporter une perspective différente sur l'art produit dans le monde islamique. Nous ouvrons des portes aux gens afin qu'ils puissent découvrir des œuvres avec lesquelles ils n’avaient pas été en contact auparavant. 

Pourquoi avoir décidé de créer cet espace à New York, plutôt que dans une autre ville?

La ville est vraiment un haut lieu de l'art et de la culture. Quand je suis venu ici, j'ai vu que toutes les civilisations étaient représentées, sauf celles du monde arabe et islamique. Il existe de nombreux musées et fondations à New York qui présentent l'art islamique et arabe, mais en se basant sur un récit occidental. Les Occidentaux organisent les expositions et choisissent les artistes. Je pense que parfois, les stéréotypes viennent principalement des perspectives occidentales. Mais quand un institut est dirigé par des Arabes, vous avez un récit authentique. J'ai donc senti qu'il était temps pour nous de mettre en place un institut qui intéresserait la communauté. Nous introduisons la profondeur de la culture arabe et islamique.

Parlons de l'exposition en cours. Pourquoi le travail de Behjat Sadr est-il toujours d'actualité aujourd'hui?

Behjat a grandi à une époque où le climat sociopolitique et culturel était façonné par l'industrie pétrolière, et une grande partie de l'huile épaisse et des pigments qu'elle utilise dans ses peintures rappelle cela. Plusieurs décennies plus tard, la région est toujours définie par ses ressources naturelles et leur influence indéniable sur la nature, et c'est quelque chose que Behjat a intégré dans son travail il y a plus d'un demi-siècle. Au-delà des discussions entourant l’œuvre, il était également important de montrer à travers le travail de Behjat que les artistes de la région créaient des œuvres abstraites en même temps que l'Occident et participaient activement à ce mouvement.

Que représente l'IAIA pour vous personnellement?

Chaque matin, je me réveille et je veux m'assurer que ces artistes ont une plate-forme ici. Je veux m'assurer qu'ils sont capables de montrer au public occidental que tout ce qui est produit dans la région n'est pas typiquement politique. Maintenant, vous voyez ce travail incroyable produit dans les pays arabes que vous pouvez exposer dans n'importe quel musée du monde, et dans certains cas, vous ne pouvez pas identifier le sexe de l’artiste. C'est de l’art beau et authentique. C'est un travail qui s'adresse à un public diversifié qui me motive vraiment. L'échange culturel qui existait autrefois dans le monde islamique, avec des traductions de livres de langues européennes, voyageant vers et depuis le sud de l'Espagne – c'était un tel échange entre les civilisations. Aujourd'hui, avec la technologie dont nous disposons, pourquoi ne le faisons-nous pas? Je suis là non seulement pour soutenir ma culture, mais pour ouvrir un dialogue. Je suis là pour connecter les gens et les artistes. J'ai l'impression que c'est un devoir. La poésie, la science, la technologie et l'art appartiennent à tout le monde, et tout le monde devrait en faire l'expérience.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Mort à 79 ans de l'artiste palestinien Sliman Mansour

L'artiste, dont les œuvres dépeignaient les traditions palestiniennes et la lutte de son peuple sous l'occupation israélienne, est mort dans sa maison à Jérusalem-Est, ont précisé ses proches. (AFP)
L'artiste, dont les œuvres dépeignaient les traditions palestiniennes et la lutte de son peuple sous l'occupation israélienne, est mort dans sa maison à Jérusalem-Est, ont précisé ses proches. (AFP)
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  • Sliman Mansour était né à Birzeit, au nord de Ramallah, en 1947. Il avait étudié l'art et le design à Jérusalem, dont il est sorti diplômé en 1970
  • Le ministère palestinien de la culture a rendu hommage à l'artiste, "l'un des plus importants piliers de l'art visuel palestinien contemporain, dont la carrière, sur plusieurs décennies, fait partie de la mémoire visuelle et nationale palestinienne"

RAMALLAH: Le peintre et sculpteur Sliman Mansour, l'un des artistes palestiniens les plus renommés, est mort lundi à l'âge de 79 ans, a annoncé sa famille.

L'artiste, dont les œuvres dépeignaient les traditions palestiniennes et la lutte de son peuple sous l'occupation israélienne, est mort dans sa maison à Jérusalem-Est, ont précisé ses proches.

"Le dernier chapitre a été écrit. Le cœur serré par un chagrin indicible, nous annonçons que notre cher père a quitté ce monde", a déclaré sa famille dans un communiqué.

"Pour le monde, il laisse derrière lui une vie emplie de beauté et de mémoire, ainsi qu'un héritage qui se perpétuera à travers toutes les personnes dont il a marqué l'existence. Quant à nous, nous avons perdu un père qui était notre source d'amour, de force et notre refuge", ajoute la famille.

Sliman Mansour était né à Birzeit, au nord de Ramallah, en 1947. Il avait étudié l'art et le design à Jérusalem, dont il est sorti diplômé en 1970.

Le ministère palestinien de la culture a rendu hommage à l'artiste, "l'un des plus importants piliers de l'art visuel palestinien contemporain, dont la carrière, sur plusieurs décennies, fait partie de la mémoire visuelle et nationale palestinienne".

Le ministère a salué sa toile la plus connue, "Camel of Hardships" ("Le Chameau des fardeaux", 1973) - qui représente un vieil homme palestinien portant la ville de Jérusalem sur son dos - la qualifiant d'"icône nationale et artistique". L'oeuvre de Sliman Mansour faisait office "de témoin de l'histoire palestinienne et de gardien de l'identité", a-t-il ajouté.

Pleurant une "immense perte", la galerie Zawyeh de Ramallah a salué une "figure artistique majeure", qui, "à travers son œuvre, a exploré les thèmes du déplacement, de la résilience, de la résistance et du lien indéfectible unissant les Palestiniens à leur terre natale".

Sliman Mansour a reçu de nombreuses récompenses, parmi lesquelles le prix Unesco-Sharjah pour la culture arabe en 2019.


Canicule: un réfrigérateur pour humains soulage les travailleurs japonais

Canicule: un réfrigérateur pour humains soulage les travailleurs japonais
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  • Des terrains de golf ou des stades de baseball pourraient aussi être intéressés à l'avenir, selon China Yamamoto, une responsable commerciale
  • Le distributeur d'équipements industriels Trusco Nakayama affirme avoir vendu plus de 300 exemplaires du "Do Hiemon Box" depuis avril, au prix de 1,5 million de yens (environ 8.000 euros)

HIGASHIOSAKA: Pris de vertiges après être arrivé au travail à vélo sous la chaleur écrasante de l'été japonais, Isao Tabuchi, 51 ans, se dirige vers la dernière acquisition de son entreprise: un réfrigérateur pour humains.

"J'ai vraiment pu récupérer grâce à ça. Une fois qu'on l'utilise, c'est vraiment très frais", explique-t-il à l'AFP à la sortie de la machine, dans la ville industrielle de Higashiosaka (ouest du Japon), écrasée par le soleil d'août.

L'engin de la taille d'une cabine téléphonique, où des jets d'air à 5°C maintiennent une température froide, n'a été commercialisé que cette année mais rencontre déjà un vif succès dans un pays confronté à une hausse constante des températures.

Le distributeur d'équipements industriels Trusco Nakayama affirme avoir vendu plus de 300 exemplaires du "Do Hiemon Box" depuis avril, au prix de 1,5 million de yens (environ 8.000 euros). Ses clients les installent notamment sur des chantiers, des usines et des entrepôts.

Des terrains de golf ou des stades de baseball pourraient aussi être intéressés à l'avenir, selon China Yamamoto, une responsable commerciale.

"Il est grand, cher, et ce n'est pas le genre de produit que l'on peut expliquer simplement avec des mots" pour convaincre les clients. "Il y avait donc beaucoup d'incertitudes", explique-t-elle.

Selon les scientifiques, le changement climatique causé par l'activité humaine accroît la fréquence et l'intensité des épisodes de chaleur extrême. En 2025, le Japon a connu l'été le plus chaud de son histoire.

Cette année, l'Agence météorologique japonaise a même introduit un nouveau terme, "kokushobi" ("jour de chaleur cruelle"), lorsque la température atteint 40°C, appelant la population à considérer la chaleur extrême comme une catastrophe naturelle.

Deux minutes pour sécher 

A Tokyo, près de 120 décès liés à la chaleur ont été enregistrés entre mi-juillet et mi-août. À l'échelle nationale, près de 63.000 personnes ont nécessité des soins d'urgence cet été.

Depuis l'an dernier, les entreprises japonaises sont soumises à des obligations renforcées pour protéger les salariés travaillant dans la chaleur. Les chantiers doivent notamment fournir des vêtements adaptés, comme des vestes ventilées, ainsi que des espaces de repos climatisés et des zones ombragées.

L'impact économique est déjà tangible. Selon une enquête de Teikoku Databank publiée en juillet, 50% des entreprises estiment que la chaleur intense perturbe leurs activités, tandis que près de 88% ont renforcé leurs mesures de protection des salariés.

Le réfrigérateur humain, branché sur une prise électrique classique, consomme environ 16 yens d'électricité par heure selon son fabricant. Afin d'éviter tout usage excessif, il s'arrête automatiquement au bout de 20 minutes.

Pour Yutaka Kono, de l'entreprise Konoe, où travaille Isao Tabuchi, investir dans la lutte contre la chaleur est devenu indispensable pour conserver les effectifs et attirer de nouveaux employés.

"J'ai été vraiment surpris par ce concept consistant à faire entrer les gens dans une sorte de réfrigérateur. J'ai trouvé très séduisante l'idée qu'une personne puisse y faire baisser instantanément sa température corporelle à un niveau sûr", explique-t-il.

Taichi Konishi, 24 ans, l'utilise environ trois fois par jour. Après avoir déplacé à la main de lourdes caisses d'outils et de pièces métalliques, il entre dans la cabine et s'assoit.

"C'est vraiment agréable", confie-t-il à l'AFP. "Je n'y suis resté qu'environ deux minutes, mais cela a suffi pour faire sécher toute ma transpiration."


Philippe Bouvard est mort, «Les Grosses Têtes» sont orphelines

Il était un monument de la radio et de la télévision françaises, créateur des "Grosses Têtes" sur RTL en 1977 et découvreur de toute une génération d’humoristes avec "Le Petit Théâtre de Bouvard" dans les années 80. Philippe Bouvard est mort lundi à l’âge de 96 ans. (AFP)
Il était un monument de la radio et de la télévision françaises, créateur des "Grosses Têtes" sur RTL en 1977 et découvreur de toute une génération d’humoristes avec "Le Petit Théâtre de Bouvard" dans les années 80. Philippe Bouvard est mort lundi à l’âge de 96 ans. (AFP)
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  • "Il a créé l'impertinence à la radio et à la télévision. (...) Thierry Ardisson, Marc-Olivier Fogiel, moi peut-être, nous sommes les enfants et petits-enfants de Philippe Bouvard", a déclaré Laurent Ruquier
  • Le principe est simple: les "sociétaires" des "Grosses Têtes", des personnalités, doivent trouver les réponses aux "colles" des auditeurs, sur un ton volontiers grivois et irrévérencieux

PARIS: Il était un monument de la radio et de la télévision françaises, créateur des "Grosses Têtes" sur RTL en 1977 et découvreur de toute une génération d’humoristes avec "Le Petit Théâtre de Bouvard" dans les années 80. Philippe Bouvard est mort lundi à l’âge de 96 ans.

C'est sa radio de toujours qui a annoncé son décès, après en avoir été informée par son épouse. "Il s'est éteint ce matin aux alentours de huit heures, en douceur", a déclaré à l'antenne la présentatrice de la matinale de RTL, Céline Landreau.

Les hommages ont aussitôt afflué sur la station pour saluer celui que beaucoup considéraient comme un précurseur, à la frontière du journalisme et du divertissement.

"Il a créé l'impertinence à la radio et à la télévision. (...) Thierry Ardisson, Marc-Olivier Fogiel, moi peut-être, nous sommes les enfants et petits-enfants de Philippe Bouvard", a déclaré Laurent Ruquier, qui lui avait succédé aux commandes des "Grosses Têtes" en 2014 pour rajeunir l'émission.

Un épisode que l'intéressé avait d'ailleurs mal vécu, parlant lui-même d'"un déchirement". Il était resté 37 ans aux commandes de cette émission culte, qu'il avait lancée en 1977, et dont le succès ne s'est jamais démenti.

Le principe est simple: les "sociétaires" des "Grosses Têtes", des personnalités, doivent trouver les réponses aux "colles" des auditeurs, sur un ton volontiers grivois et irrévérencieux.

Avec cette émission, "Philippe a su mettre à la portée de tous la culture générale", a estimé Jean-Pierre Foucault, en saluant "notre maître à tous".

Philippe Bouvard "a plus fait pour la langue française que la moitié des 40 momies de l'Académie française" mais "n'a jamais été récompensé de cet effort populaire", a regretté le navigateur Olivier de Kersauson, pilier historique des "Grosses Têtes", que Bouvard avait coutume de saluer par une apostrophe qui a marqué le programme: "Bonne réponse de l'Amiral!"

"Français moyen" 

"C'était quelqu'un de curieusement très attachant. Je n'ai jamais su s'il nous aimait ou pas", a réagi l'humoriste Bernard Mabille, autre figure de l'émission.

Pour le journaliste Marc-Olivier Fogiel, le principal atout de Philippe Bouvard était "de ne pas avoir de frontières": "C'était un journaliste qui pouvait passer du divertissement au sérieux".

Après avoir entamé sa carrière de journaliste au Figaro dans les années 50, Bouvard avait rejoint France Soir en 1973, parallèlement à son parcours sur RTL.

A la télévision, il avait présenté de 1982 à 1987 "Le petit théâtre de Bouvard" sur Antenne 2, une émission de sketchs où il donnait leur chance à des comédiens débutants dont plusieurs allaient devenir des vedettes : Muriel Robin, Les Inconnus, Mimie Mathy Michèle Bernier ou encore le duo Chevallier et Laspalès.

Hyperactif, Philippe Bouvard tenait encore à 94 ans une page dans le magazine VSD, ainsi qu'une chronique dominicale sur RTL. Il avait tout arrêté le 1er janvier 2025 après avoir atteint son "double record": "60 ans de radio et 60 ans de RTL".

Physique rond et jovial, passionné de jeux d'argent et de belles voitures, ce fils d'un couple de petits commerçants se revendiquait comme "un Français moyen, râleur, chauvin, un rien xénophobe", comme il le disait au journal Le Parisien en 2022. Pour autant, il avouait regretter parfois de "s'être laissé engluer dans ce personnage".