Comment les nouvelles technologies de l'ARNm font progresser la recherche d'un vaccin contre le cancer

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Publié le Vendredi 28 avril 2023

Comment les nouvelles technologies de l'ARNm font progresser la recherche d'un vaccin contre le cancer

  • Le rapport d'impact de l'Institut de l'initiative pour les investissements d'avenir met en lumière les développements prometteurs en matière de vaccins individualisés pour les patients atteints de cancer
  • Grâce à l'élan de la pandémie de la Covid-19, la même technologie vaccinale est actuellement utilisée dans des expériences de lutte contre les tumeurs

DJEDDAH: Cancer, un mot qui peut détruire la vie d’une personne. Un mot si écrasant qu’il suscite l'incrédulité, le choc, la peur, la colère et qu'il peut briser l'esprit d'une personne et de son entourage. La recherche médicale a aidé les scientifiques à mettre au point des méthodes pour empêcher le cancer de se métastaser, mais grâce à la dynamique de la pandémie de la Covid-19, de nouvelles recherches prometteuses pourraient permettre de mettre un terme à la bataille contre le cancer.

Un récent rapport publié par l'Institut de l'initiative pour les investissements d'avenir (FII), intitulé «La fin de la tumeur: Comment l'humanité peut se débarrasser du cancer», a mis en lumière la façon dont la technologie de l'ARNm (ARN messager) s'avère être un adversaire prometteur dans la lutte contre le cancer. En produisant des vaccins individualisés pour les patients atteints de cancer, la technologie de l'ARNm, autrefois considérée comme absurde par la communauté scientifique, commence à attirer l'attention des scientifiques qui débutent l’exploitation de son potentiel grâce à la livraison rapide, il y a trois ans, du premier vaccin contre la Covid-19 à base d'ARNm au monde.

«C'est l'un des meilleurs exemples de l'impact positif que les nouvelles technologies peuvent avoir sur l'humanité. Dans ce rapport, nous avons essayé de déterminer comment la réussite de l'ARNm pourrait se poursuivre», a déclaré Richard Attais, directeur général de l'Institut FII, à Arab News.

Le rôle de l'ARNm est simple: il consiste à transporter l'information sur les protéines de l'ADN du noyau de la cellule au cytoplasme (intérieur gélatineux) de la cellule. Pour les vaccins, cela se fait en introduisant un segment d'ARNm qui correspond à une protéine virale, généralement un minuscule morceau d'une protéine qui se trouve sur la membrane extérieure du virus.

Cette technologie n'est pas nouvelle. Lors des premières expériences, la transmission de messages à la cible visée était jugée instable et volatile. Mais ce n'est plus le cas aujourd'hui.

Les conclusions du rapport examinent la manière dont la technologie peut être utilisée, ainsi que les défis posés par les études sur les thérapies anticancéreuses et les vaccins et, enfin, les propositions possibles des auteurs.

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Image d'illustration, Shutterstock.

Revenons à 2020: les scientifiques ont découvert une substance pour apprivoiser le messager instable en utilisant chimiquement la graisse. Appelées «nanoparticules lipidiques», elles forment une couche stable et protectrice autour de l'ARNm et libèrent le message dès qu'un corps étranger pénètre dans l'organisme humain, comme ce fut le cas pour les infections par la Covid-19. Ensuite, l'ARNm tue les protéines du virus en construisant une protéine spécifique à un virus, apprenant ainsi au système immunitaire comment se comporter lorsqu'il est exposé à une menace potentielle.

«En tirant parti des connaissances que nous avons acquises sur l'utilisation de la technologie de l'ARNm au cours du développement du vaccin contres la Covid-19, nous avons la possibilité de relever les défis de l'égalité et de l'équité aujourd'hui, alors que nous envisageons la distribution future d'un vaccin potentiel contre le cancer. Cela est un défi pour l'humanité», a expliqué à Arab News Safiye Kucukkaraca, directrice de THINK, l’Institut FII.

Comment cela pourrait-il servir à lutter contre le cancer?

Toutes les cellules contiennent des protéines, notamment les cellules cancéreuses. Un article publié en 2017 par Ugur Sahin, cofondateur de BioNTech dans la revue Nature, intitulé «Personalized RNA Mutanome Vaccines Mobilize Poly-Specific Therapeutic Immunity Against Cancer» («Les vaccins personnalisés à ARN mutanome mobilisent une immunité thérapeutique polyspécifique contre le  cancer») , indique que les scientifiques ont été en mesure de concevoir et de fabriquer un vaccin unique pour chaque patient atteint de mélanome. Les résultats ont été prometteurs, puisque le taux de métastases du cancer a été considérablement réduit après le début de la vaccination.

La seule différence est que dans la Covid-19, l'ARNm peut protéger des milliards de personnes avec un seul vaccin.

Les cellules cancéreuses sont uniques à chaque patient; elles ont chacune une empreinte génétique unique. La difficulté réside dans la fabrication du vaccin, puisque des vaccins ARNm personnalisés doivent être mis au point pour chaque patient. Le processus nécessite la recherche d’une protéine commune à ces cellules cancéreuses, la construction d’un brin d’ARNm qui produit la même protéine, la création d’un vaccin unique, puis la vaccination du patient avec l’ARNm. Le système immunitaire produirait ainsi des anticorps pour combattre la protéine et les cellules tumorales du cancer.

La mise au point d'un vaccin distinct pour chaque tumeur n'est possible que grâce au développement d'une technologie fiable et rapide de décodage du matériel génétique, une méthode actuellement testée dans plusieurs laboratoires médicaux à travers le monde.

La rapidité était essentielle pour lutter contre la Covid-19, comme ce fut le cas pour Moderna et BioNTech, deux des premières entreprises à développer le vaccin. La rapidité sera tout aussi cruciale pour lutter contre les cas individuels de cancer. Une fois la structure ciblée identifiée, l'effort requis pour produire un ARNm spécifique pour cette cible est relativement mineur.

Plusieurs technologies de vaccins anticancéreux sont déjà utilisées chez les patients atteints de cancer. Elles sont conçues pour stimuler le système immunitaire de diverses manières pour qu'il attaque les cellules tumorales. Les principales formes sont les vaccins à base de protéines/peptides, les vaccins à base d'ADN ou d'ARN, la thérapie par cellules dendritiques, la thérapie par cellules T et la thérapie par cellules CAR-T, qui sont toutes des options thérapeutiques très innovantes.

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Le PDG de BioNtech, Ugur Sahin, prend la parole lors d'une conférence de presse conjointe avec sa femme, cofondatrice et médecin-chef de BioNTech Ozlem Tureci (Photo,AFP)..

Le rapport a indiqué que plusieurs études cliniques, souvent combinées à d'autres thérapies anticancéreuses, sont actuellement en cours, notamment sur des patients atteints de mélanome à un stade avancé, de cancer du poumon à un stade avancé et de gliome cérébral (tumeurs qui se propagent dans le cerveau), pour n'en citer que quelques-uns. Plusieurs découvertes publiées ont montré des résultats prometteurs, tandis que d'autres sont encore à venir.

Le rapport a ainsi souligné l'évolutivité de la technologie, ajoutant qu'il faudra probablement encore au moins cinq ans avant que le premier vaccin ARNm contre le cancer ne soit approuvé. Même si le chemin semble encore long, il existe un espoir de développer «une nouvelle arme efficace».

 

Toutefois, le chemin à parcourir est long et semé d'embûches.

Selon le Dr Niels Halama, professeur d'immunothérapie translationnelle au Centre allemand de recherche sur le cancer à Heidelberg, «les cellules tumorales ont développé un certain nombre de mécanismes très divers pour se protéger».

Dans le rapport, Il a constaté que certaines tumeurs se développent sans que le système immunitaire ne puisse les détecter ou les arrêter, ce qui soulève la question de savoir si les vaccins suffisent à inverser le processus de détection, ajoutant que plusieurs études cliniques en cours pourraient apporter des éclaircissements à ce sujet.

Halama a également remarqué que certains cancers, tels que le mélanome ou le cancer du poumon, peuvent bien répondre à l'immunothérapie.

«Un grand nombre de patients répondent au traitement et nous savons que la tumeur permet aux cellules du système immunitaire de pénétrer dans le microenvironnement tumoral. Donc, si on utilise une thérapie qui active le système immunitaire de la bonne manière, ont peut tuer la tumeur», a-t-il précisé, ajoutant qu'il semble possible que les vaccins puissent modifier le système de réponse pour d'autres cancers comme le cancer du pancréas ou le cancer du sein qui ne peuvent pas être traités par immunothérapie.

Bien que de nombreuses questions restent sans réponse, Halama a indiqué que grâce aux vaccins contre la Covid-19, les structures de traitement, de conditionnement et de transfert de l'ARNm vers l'individu se sont améliorées, contrairement à ce qui était le cas auparavant, les molécules étant connues pour avoir une durée de vie courte et se dégrader rapidement.

 

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Des chercheurs testent les procédures de fabrication de l'ARN messager (ARNm) du vaccin contre la Covid-19 sur un nouveau site de fabrication de la société allemande BioNTech, le 27 mars 2021 à Marburg, en Allemagne (Photo, Thomas Lohnes/AFP).

Un autre défi mis en évidence dans le rapport est celui du risque.

«La vaccination antitumorale est une thérapie très bien tolérée, avec peu ou presque pas d'effets secondaires. Mais il est possible que cela change en combinaison avec d'autres thérapies, parce que certaines d'entre elles affaiblissent ou même suractivent le système immunitaire», a signalé Halama.

De nombreuses études sont en cours dans le monde entier pour tester des vaccins contre un large éventail de cancers, du cancer du poumon au mélanome, répertoriées dans une base de données internationale, ClinicalTrials.gov, qui couvre une grande variété de cancers.

Pour les scientifiques et les chercheurs, le défi de sélectionner le type de cancer sur lequel utiliser la thérapie vaccinale, le stade du cancer, les mécanismes que les tumeurs utilisent pour «se cacher du système immunitaire», les candidats appropriés, l'état de santé général du patient et les propriétés que doit avoir une structure cible pour être prise en considération est énorme en raison de la nature imprévisible de certains cancers et des réactions ultérieures à diverses formes de thérapies.

Dans les pays industrialisés, une part importante des cancers est imputable à des risques environnementaux et professionnels évitables, ce qui pose un autre problème.

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Un employé de laboratoire au travail à la société de biotechnologie Transgene, qui développe un vaccin néo-antigène contre le cancer, à Illkirch-Graffenstaden, en France (Photo, AFP). 

Le rapport indique clairement que les vaccins ne constituent pas un remède miracle; en fait, il s'agit simplement d'un «outil dans une grande boîte à outils», car ils doivent être intégrés dans un plan thérapeutique global, en tenant compte de la manière dont ils peuvent être utilisés parallèlement à d'autres méthodes telles que la chirurgie, la chimiothérapie, la radiothérapie et d'autres immunothérapies.

Bien que les thérapies anticancéreuses soient de plus en plus efficaces, des recherches novatrices supplémentaires sont encore nécessaires, car si les chercheurs s'accordent à dire que la technologie des vaccins à ARNm a un potentiel énorme, elle n'en est encore qu'à ses débuts «en termes de mise en œuvre concrète».

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

 


Trump exige une "capitulation sans condition" de l'Iran, toujours sous les bombes

Le président américain Donald Trump a exigé vendredi la « capitulation sans condition » de l’Iran, une escalade spectaculaire de ses exigences une semaine après le début de la guerre qu’il a lancée aux côtés d’Israél. (AFP)
Le président américain Donald Trump a exigé vendredi la « capitulation sans condition » de l’Iran, une escalade spectaculaire de ses exigences une semaine après le début de la guerre qu’il a lancée aux côtés d’Israél. (AFP)
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  • Donald Trump exige la « capitulation sans condition » de l’Iran après une semaine de guerre menée avec Israél, alors que de nouvelles explosions secouent Téhéran et que le conflit s’intensifie
  • Les hostilités s’étendent dans la région : l’Iran vise Israél et des pays du Golfe, tandis que les frappes israéliennes au Liban provoquent des centaines de victimes et un déplacement massif de civils

TEHERAN: Donald Trump a exigé la "capitulation sans conditions" de l'Iran après une semaine de guerre, des explosions secouant de nouveau Téhéran vendredi.

"Il n'y aura pas d'accord avec l'Iran, seulement une CAPITULATION SANS CONDITION! Après cela, et le choix d'un ou plusieurs dirigeants FORMIDABLES ET ACCEPTABLES (...), nous travaillerons sans relâche pour relever l'Iran, le rendre économiquement plus grand, meilleur et plus fort que jamais", a écrit le président américain sur son réseau Truth Social - faisant s'envoler les cours du pétrole.

"MAKE IRAN GREAT AGAIN!" (Rendez sa grandeur à l'Iran!), a-t-il ajouté, détournant son slogan "Make America Great Again.

Plusieurs nouvelles puissantes explosions ont retenti dans la capitale iranienne vendredi en début de soirée, dans l'est de la ville, régulièrement visé ces derniers jours, et de larges colonnes de fumée noire s’élevaient au dessus des immeubles selon les journalistes de l'AFP sur place.

Dans la journée, pour le premier vendredi - jour de prière - depuis la mort de l'ayatollah Ali Khamenei, des foules d'hommes et femmes en noir se sont rassemblées, certains brandissant des drapeaux iraniens, d'autres des portraits du défunt guide suprême.

La nuit précédente, les explosions se sont enchainées comme jamais encore depuis le début du conflit, déclenché samedi par l'attaque israélo-américaine sur le pays.

"La ville s'est vidée, beaucoup de gens sont partis", assure Robert, 60 ans, un homme d'affaires de Téhéran interrogé par l'AFP alors qu'il franchit la frontière entre Iran et Arménie. "On entend le bruit des explosions (...) au moins cinq ou six fois par jour".

- La banlieue sud de Beyrouth se vide -

L'Iran continue à riposter en ciblant Israël et ses voisins du Golfe, assurant viser des bases et intérêts américains. Des missiles et drones ont visé le Koweït et Bahreïn, l'Arabie saoudite et le Qatar.

L'armée iranienne a affirmé avoir visé un pétrolier américain dans le Golfe, qui était "en feu".

Au Liban, aspiré dans le conflit quand le Hezbollah pro-iranien a attaqué Israël pour "venger" la mort de Ali Khameini, le bilan des bombardements massifs israéliens lancés en riposte ne cesse de s'alourdir: 217 personnes ont été tuées, et 798 blessées depuis lundi, selon les autorités.

Des dizaines de milliers d'habitants fuient les frappes israéliennes à travers le pays, souvent sans savoir où aller.

"Les conséquences de ce déplacement sur le plan humanitaire et politique pourraient être sans précédent", s'est inquiété le Premier ministre libanais, Nawaf Salam.

La veille, Israël avait demandé - c'est une première - aux habitants de toute la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah, d'évacuer avant des bombardements nocturnes. Dans la matinée sur place, les images de l'AFP montrent bâtiments éventrés et véhicules calcinés.

Les frappes se sont poursuivies dans la journée de vendredi. L'une a touché un immeuble de dix étages, proche de centres d'accueil de déplacés à Saïda (sud) selon un photographe de l'AFP.

Le mouvement chiite libanais continue de tirer des roquettes sur Israël, 70 vendredi selon l'armée israélienne, qui a elle dit avoir visé "500 cibles" au Liban depuis lundi et tué "70 terroristes" du Hezbollah.

L'armée a aussi accusé le groupe d'attaques "coordonnées" avec Téhéran pendant la nuit, "dans une tentative de submerger nos systèmes de défense" a-t-elle dit.

La crise "constitue une urgence humanitaire majeure nécessitant une réponse immédiate", a alerté à Genève Ayaki Ito, directeur des urgences de l'agence de l'ONU pour les réfugiés.

- Enquête sur la frappe d'une école -

La guerre qui a embrasé le Moyen-Orient inquiète d'autant plus chancelleries et opérateurs économiques que la question de sa durée est désormais ouvertement posée.

Un envoi de troupes au sol en Iran représenterait une "perte de temps", a affirmé Donald Trump à la chaîne NBC News. Son ministre de la Défense Pete Hegseth a exclu une issue rapide: "nous ne sommes qu'au début des combats".

Alors que le Kurdistan irakien, où sont basés des groupes kurdes iraniens en exil, est aussi visé par des missiles et drones, le président américain a assuré jeudi être "tout à fait pour" une offensive des milices kurdes contre Téhéran, sans préciser si les Etats-Unis leur fournirait un quelconque soutien.

Les questions se multiplient par ailleurs au sujet d'une frappe qui aurait visé une école à Minab (sud de l'Iran) au premier jour du conflit, tuant 150 personnes selon les autorités du pays.

Une enquête du New York Times, se basant notamment sur des images satellite, suggère que les Etats-Unis pourraient effectivement en être responsables. Ils auraient voulu cibler une base navale voisine.

Reuters, s'appuyant sur deux responsables américaines anonymes, assure que les enquêteurs militaires américains jugent "probable" que les forces américaines en soient "responsables".

Le Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, Volker Türk, a exigé que l'enquête promise par les Etats-Unis soit "rapide" et "transparente".

Les autorités iraniennes font état d'un bilan d'environ un millier de morts depuis le début de la guerre, un chiffre que l'AFP n'est pas en mesure d'authentifier.

Treize personnes, dont sept civils, ont été tuées dans les pays du Golfe, dont une fillette de 11 ans au Koweït. En Israël, 10 personnes ont été tuées, selon les autorités.


Iran: Madrid campe sur ses positions et exclut "catégoriquement" toute collaboration avec Washington

Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez fait une déclaration au palais de La Moncloa le 4 mars 2026 à Madrid en réponse aux propos de Donald Trump. Pedro Sanchez a rejeté les critiques de Donald Trump sur le refus de l’Espagne de laisser des avions américains utiliser ses bases pour frapper l’Iran, affirmant « non à la guerre ». (AFP)
Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez fait une déclaration au palais de La Moncloa le 4 mars 2026 à Madrid en réponse aux propos de Donald Trump. Pedro Sanchez a rejeté les critiques de Donald Trump sur le refus de l’Espagne de laisser des avions américains utiliser ses bases pour frapper l’Iran, affirmant « non à la guerre ». (AFP)
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  • Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez maintient fermement la position de l’Espagne : dire « non à la guerre » contre l’Iran et refuser que les États-Unis utilisent les bases espagnoles, malgré les menaces de Donald Trump
  • Sa position reçoit un soutien européen et international, tandis que sur le plan intérieur, elle peut renforcer son électorat de gauche à un an des législatives de 2027

MADRID: Revendiquant son choix de dire "non à la guerre" contre l'Iran malgré les menaces de Donald Trump, le gouvernement espagnol a campé sur ses positions mercredi et démenti "catégoriquement" toute intention de collaborer avec Washington, après des déclarations de la Maison Blanche annonçant une volte-face espagnole.

Lors d'une allocution solennelle prononcée mercredi matin, le Premier ministre socialiste Pedro Sanchez a promis que son pays ne serait "pas complice" des attaques américano-israéliennes menées contre l'Iran "par peur des représailles de certains", une référence directe au dirigeant américain.

Mardi, Donald Trump, déjà agacé depuis plusieurs mois par le refus de l'Espagne de consacrer 5% de son PIB à ses dépenses de défense dans le cadre de l'Otan, avait vertement reproché au gouvernement espagnol de gauche de refuser à l'aviation américaine l'accès à deux bases militaires situées dans le sud du pays pour sa campagne militaire contre l'Iran entamée samedi.

"L'Espagne a été terrible", a cinglé Donald Trump, menaçant directement Madrid de "cesser" complètement les relations commerciales entre les deux pays.

Malgré des difficultés à adopter une position commune très clairement définie face aux attaques menées contre l'Iran, ces tentatives d'intimidation ont valu au chef du gouvernement espagnol une série de marques de soutien de ses homologues européens, du président du Conseil européen Antonio Costa au président français Emmanuel Macron.

- "Pas la moindre idée" -

La prise de position du chef du gouvernement espagnol, qui a pourtant aussi condamné la riposte iranienne et redit son opposition au régime "des ayatollahs", lui a aussi valu un message chaleureux sur X du président iranien, qui a salué la "conduite responsable" de l'Espagne.

Dans la soirée, la porte-parole de la Maison Blanche a cependant semé le doute pendant quelques instants, assurant que l'Espagne avait finalement "accepté de coopérer" avec les forces armées américaines.

"Je pense qu'ils ont entendu haut et fort le message du président hier", a déclaré Karoline Leavitt, avant d'être quasi immédiatement démentie par le ministre des Affaires étrangères espagnol José Manuel Albares.

La position de l'Espagne "n'a absolument pas changé", a assuré le ministre sur la radio Cadena Ser, démentant "catégoriquement" toute intention de coopérer avec les Etats-Unis dans ce conflit. "D'où cela peut-il venir (ces déclarations, ndlr)? Je n'en ai pas la moindre idée", a-t-il asséné, réitérant le refus espagnol de laisser les Etats-Unis utiliser les bases andalouses au coeur d'un traité signé entre les deux pays en 1953, quand Franco dirigeait encore l'Espagne.

Sur le plan intérieur, la prise de position de Pedro Sanchez, dont le gouvernement appelle depuis samedi à une cessation des hostilités et une résolution pacifique du conflit, est vue par certains observateurs comme un moyen de resserrer son électorat autour d'une thématique qui fait consensus au sein de la gauche espagnole.

- "Immense animosité" -

Entre défaites dans des scrutins régionaux, affaires judiciaires visant des proches et accusations de harcèlement sexuel au sein de son Parti socialiste (PSOE), le moment politique est en effet délicat pour le dirigeant socialiste, à un an des prochaines législatives attendues au printemps 2027.

Sur X, le patron du Parti populaire (droite), principal parti d'opposition, Alberto Núñez Feijóo, a exhorté Donald Trump à "respecter" l'Espagne, tout en accusant Pedro Sanchez d'utiliser la politique étrangère à des fins "partisanes".

Même le quotidien El País, réputé proche de la gauche, a mis en garde Pedro Sanchez mercredi matin, avant son intervention, en lui suggérant "d'éviter la tentation (...) d'utiliser l'immense animosité qui existe à l'égard de Trump dans la société espagnole pour gagner en popularité".

Le slogan pacifiste "Non à la guerre" avait été utilisé par la gauche espagnole en 2003 lors de l'intervention militaire des Etats-Unis en Irak, où des troupes de Madrid avaient été déployées un temps, sous le gouvernement de droite de José Maria Aznar, alors très aligné sur les positions américaines.

Les attentats jihadistes qui avaient fait 192 morts le 11 mars 2004 dans quatre trains de banlieue à Madrid avaient dans ce contexte été attribués par de nombreux Espagnols à cette intervention en Irak, et la gauche avait remporté les législatives organisées trois jours plus tard.


Près de 150 disparus dans le naufrage d'une frégate iranienne au large du Sri Lanka

Près de 150 personnes sont portées disparues et plusieurs corps ont été repêchés après le naufrage d'un navire de guerre iranien mercredi au large du Sri Lanka, à la suite de ce que des membres d'équipage ont décrit comme une explosion, ont indiqué les autorités du pays. (AFP)
Près de 150 personnes sont portées disparues et plusieurs corps ont été repêchés après le naufrage d'un navire de guerre iranien mercredi au large du Sri Lanka, à la suite de ce que des membres d'équipage ont décrit comme une explosion, ont indiqué les autorités du pays. (AFP)
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  • La cause de ce qui pourrait être une explosion survenue à bord de la frégate, qui aurait auparavant participé à un exercice militaire dans le port indien de Visakhapatnam, n'est pas encore déterminée
  • Ce naufrage survient en pleine guerre au Moyen-Orient, après le lancement de frappes contre l'Iran par Israël et les Etats-Unis

COLOMBO: Près de 150 personnes sont portées disparues et plusieurs corps ont été repêchés après le naufrage d'un navire de guerre iranien mercredi au large du Sri Lanka, à la suite de ce que des membres d'équipage ont décrit comme une explosion, ont indiqué les autorités du pays.

La marine sri‑lankaise a secouru 32 marins de la frégate IRIS  Dena, mais l'espoir s'amenuise pour les 148 autres membres d'équipage, a indiqué le ministre des Affaires étrangères de l'île et des responsables de l'armée.

La cause de ce qui pourrait être une explosion survenue à bord de la frégate, qui aurait auparavant participé à un exercice militaire dans le port indien de Visakhapatnam, n'est pas encore déterminée.

Ce naufrage survient en pleine guerre au Moyen-Orient, après le lancement de frappes contre l'Iran par Israël et les Etats-Unis.

Le ministre des Affaires étrangères, Vijitha Herath, a indiqué au parlement que les 32 Iraniens secourus, "grièvement blessés", avaient été transportés vers un hôpital situé au sud de l'île.

Deux navires de la marine et un avion ont été déployés pour rechercher d'éventuels survivants.

Un appel de détresse a été lancé mercredi à l'aube depuis la frégate et, moins d'une heure plus tard, un navire est arrivé sur la zone, à environ 40 kilomètres au sud du port méridional de Galle, a précisé le ministre.

La frégate avait complètement coulé et il ne restait plus qu'une nappe d'hydrocarbure lorsque les bateaux de la marine sri-lankaise sont arrivés sur place.

Les recherches se poursuivent 

"Nous poursuivons les recherches, mais nous ne savons pas encore ce qu'il est advenu du reste de l'équipage", a déclaré à l’AFP un responsable de l'armée.

Le directeur de l'hôpital de Karapitiya, à Galle, S. D. Ranga, a indiqué qu'on lui avait signalé qu'il pourrait y avoir des morts, mais que seuls 32 marins blessés avaient été amenés.

Un député de l'opposition a demandé si le navire avait subi un bombardement dans le cadre de la guerre au Moyen-Orient mais il n'y a pas eu de réaction immédiate du gouvernement.

Contacté par l'AFP, l'ambassadeur iranien à Colombo, Alireza Delkhosh, n'était pas immédiatement joignable.

"Nous avons répondu à un appel de détresse conformément à nos obligations internationales étant donné que c'est dans notre zone de recherches et de sauvetage de l'océan Indien", a précisé à l'AFP un porte-parole de la marine sri-lankaise Buddhika Sampath.

"Nous avons retrouvé quelques corps dans la zone où le navire a sombré", a-t-il annoncé un peu plus tard.

Le Sri Lanka est resté neutre depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, appelant au dialogue.

Un peu plus d'un million de Sri-Lankais travaillent au Moyen-Orient, représentant une source cruciale de devises pour ce pays qui se relève à peine de sa pire crise économique survenue en 2022.

La marine et l'armée de l'air sri-lankaises ont toutes deux indiqué qu'elles ne diffuseraient pas d'images des opérations de secours car elles concernaient l'armée d'un autre pays.