Les célébrations du ramadan dans le monde numérique ne cessent de prendre de l’ampleur

Environ 50% des personnes interrogées en Arabie saoudite indiquent qu’elles passent une à trois heures sur leur smartphone chaque jour pendant le ramadan (Photo fournie)
Environ 50% des personnes interrogées en Arabie saoudite indiquent qu’elles passent une à trois heures sur leur smartphone chaque jour pendant le ramadan (Photo fournie)
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Publié le Mercredi 12 avril 2023

Les célébrations du ramadan dans le monde numérique ne cessent de prendre de l’ampleur

  • Pendant le ramadan, les musulmans font de nombreuses recherches et naviguent sur le Web plus qu’à tout autre moment de l’année
  • Ils trouvent non seulement des sources de divertissement dans le monde virtuel pendant le mois sacré mais aussi de la spiritualité

DUBAÏ: Le ramadan est une période d’introspection, de spiritualité et où les liens familiaux se resserrent. De nombreux musulmans modifient leurs habitudes quotidiennes pendant le mois sacré, non seulement en jeûnant de l’aube au crépuscule, mais en faisant également preuve de plus de charité et en consacrant plus de temps à la prière.

Ce changement d’habitudes s’étend de plus en plus au monde virtuel. En effet, de nombreuses personnes passent plus de temps en ligne à la recherche d’offres saisonnières, ainsi que de contenu divertissant et spirituel.

Les chercheurs ont découvert que le temps total que les utilisateurs de la région passent en ligne augmente considérablement pendant le ramadan. Ils font de nombreuses recherches et naviguent sur le Web plus qu’à tout autre moment de l’année.

«Selon une étude récente, six consommateurs sur dix affirment que leur utilisation du téléphone portable augmente pendant le ramadan», assure George Maktabi, PDG de la société de médias et de technologie Webedia Group Mena, dans un entretien accordé à Arab News. 

Environ 50% des personnes interrogées en Arabie saoudite indiquent qu’elles passent une à trois heures sur leur smartphone chaque jour pendant le ramadan, selon une enquête réalisée par la plate-forme publicitaire AdColony et la société de recherche GlobalWebIndex.

«La région Mena, et plus particulièrement l’Arabie saoudite, compte l’une des plus grandes proportions d’utilisateurs payants au monde. Pendant le ramadan, les revenus et les utilisateurs actifs quotidiens augmentent», ajoute M. Maktabi.

Environ 74% des musulmans des Émirats arabes unis (EAU), d’Arabie saoudite, de la Jordanie, d’Irak et du Liban soutiennent qu’ils utiliseraient leur smartphone autant ou plus que d’habitude pendant le ramadan cette année, selon une étude menée en 2022 par Statista.

Il n’est peut-être pas surprenant que l’utilisation des smartphones pendant le ramadan ait augmenté régulièrement ces derniers temps, mais il convient d’en examiner les raisons.

«L’année dernière, des pics notables dans les recherches en matière de mode et de beauté (en particulier le maquillage), de nourriture (notamment les recettes rapides, les desserts et les petits appareils ménagers), d’offres en ligne, de cadeaux et de spiritualité ont été enregistrés pendant le ramadan», précise M. Maktabi.

En Arabie saoudite, poursuit-il, on assiste à une forte augmentation du nombre de personnes intéressées par un contenu avec des nouveautés.

Près de 90% des utilisateurs interrogés aux EAU et 86% en Arabie saoudite ont utilisé les réseaux sociaux à la fois pour faire de nouvelles découvertes et partager leurs vœux pendant le ramadan, selon une étude menée par Statista. Et 84% des sondés en Arabie saoudite et 77% aux Émirats ont également regardé des vidéos en ligne, soit pour apprendre à faire quelque chose ou se divertir.

Les personnes trouvent non seulement un sentiment d’appartenance et des sources de divertissement dans le monde virtuel pendant le mois sacré mais aussi de la spiritualité. Lire le Coran avant l’iftar est une activité populaire, avec des niveaux significatifs de participation à l’activité chez les hommes (68%) et les femmes (46%), selon Statista, qui révèle également que 48% des personnes en Arabie saoudite ont acheté des accessoires en lien avec la religion avant le ramadan.

Selon un rapport de 2022 de Google, les demandes concernant la prière ont atteint un niveau record pour l’année au cours des deux semaines précédant le ramadan et le plus grand nombre de téléchargements d’applications religieuses a eu lieu au cours de la première semaine du mois.

«Les thèmes centraux du mois sacré, la spiritualité, le don et la gentillesse, peuvent également être détectés grâce à des recherches», explique M. Maktabi. «Nous avons constaté une augmentation de 100% de l’intérêt de recherche sur YouTube pour les "dons" et les "dons de bienfaisance" en Arabie saoudite pendant les quatre semaines du ramadan en 2021 par rapport à tous les autres mois de l’année.»

Ces tendances sont particulièrement évidentes sur les réseaux sociaux. Les reels Instagram et les audios TikTok en top tendance à cette période de l’année sont généralement ceux abordant des thèmes islamiques, selon Sohaib Mazhar, cofondateur de Brand Agency et spécialiste des réseaux sociaux chez BMB Group.

«Il existe des versions remixées ou ralenties, dans le style TikTok, d’anachid ou de qawwalis (types de musique), que de nombreuses marques choisissent également d’utiliser pour leur contenu du ramadan», mentionne-t-il.

TikTok, le réseau social dont la croissance est actuellement la plus rapide, est sans surprise l’une des plates-formes les plus populaires pour les messages et les célébrations pendant le mois sacré.

L’année dernière, les vidéos publiées avec le hashtag #Ramadan2022 ont été vues 3,9 milliards de fois sur la plate-forme, tandis que les vidéos publiées avec les hashtags #RamadanPreps et #RamadanHealth ont été vues respectivement 551 millions et 439 millions de fois.

«D’autres catégories populaires qui ont littéralement donné matière à réflexion et suscité la créativité des utilisateurs étaient #WhereToEat, avec 371 millions de vidéos visionnées, et #ModestFashion, avec 156 millions de vidéos visionnées», indique à Arab News Sacha el-Jurdi, responsable de la programmation du contenu de TikTok Mena. «Nous voyons aussi beaucoup de contenu avec le hashtag #MyFamily, dans lequel nous retrouvons des vlogs qui réchauffent le cœur et qui montrent les membres de la famille célébrant l’esprit du ramadan ensemble.»

Par ailleurs, la consommation de contenu divertissant augmente sur TikTok pendant le ramadan, en particulier en Arabie saoudite, en Égypte et aux EAU, car les utilisateurs se tournent vers la plate-forme pour trouver de l’inspiration et des idées sur des sujets comme  les tendances en matière de bricolage pour les décorations du ramadan, la mode modeste et les recettes populaires, ajoute M. El-Jurdi.

Par exemple, 57% des utilisateurs de TikTok affirment que les créateurs de contenu les ont incités à essayer de nouveaux produits ménagers pendant le ramadan, et 85% ont passé plus de temps à regarder des vidéos de cuisine pendant le mois, selon une étude réalisée par TikTok.

TikTok n’est toutefois pas le seul réseau social à connaître une hausse d’utilisation pendant le ramadan. Les internautes du Moyen-Orient passent également près de cinquante-huit millions d’heures de plus que d’habitude sur Facebook pendant le mois, soit une augmentation de 5%, selon Google.

En 2022, lors d’une enquête menée avant le ramadan auprès d’utilisateurs de Twitter en Arabie saoudite, aux EAU et en Égypte, 60% des utilisateurs ont confié que Twitter était leur plate-forme de choix pour découvrir ce qui se passait pendant le mois sacré.

En outre, YouTube était l’application vidéo la plus populaire en Arabie saoudite pendant le ramadan 2022, avec 18,1 millions d’utilisateurs actifs, soit une augmentation de 190 000 utilisateurs par rapport à l’année précédente.

Selon M. Mazhar, la hausse de l’activité en ligne s’est accompagnée d’une modification des heures d’utilisation. «L’activité en ligne augmente considérablement à l’heure du shour et après minuit, ainsi qu’après l’iftar, lorsque les personnes attendent les prières de l’icha», remarque-t-il.

Les dépenses des consommateurs en ligne pendant le ramadan ont été évaluées à 6,2 milliards de dollars (1 dollar = 0,91 euro) en 2022, ce qui représente une hausse de 39% par rapport à 2021, selon Statista. Selon une étude menée par Google et Kantar cette année, la quasi-totalité des consommateurs saoudiens déclarent effectuer des recherches en ligne sur les produits avant de les acheter. Google est la première option pour ce type de recherche, 74% des acheteurs saoudiens l’utilisant pour vérifier les informations sur les produits, tandis que 52% consultent YouTube dans le même but.

Le shopping est l’un des principaux moteurs de l’activité en ligne pendant le ramadan, révèlent des études. Cette année, l’activité des consommateurs en Arabie saoudite pendant le ramadan devrait augmenter de 44% par rapport à 2022, selon une étude récente menée par Toluna, un prestataire d’études de marché et de données sur les consommateurs.

«On constate une augmentation dans tous les secteurs, y compris celui du divertissement (44% de plus que l’année dernière), des courses (+51%), des voyages à l’étranger (+35 %), des séjours locaux (+42%), de la livraison de nourriture (+39%) et des soins de beauté (+ 31%)», observe M. Maktabi.

Le ramadan et la fête de l’Aïd qui s’ensuit sont des périodes particulières au cours desquelles le shopping ne concerne pas seulement les besoins personnels, mais aussi les cadeaux.

L’enquête de Toluna indique que la majorité des personnes interrogées (91%) prévoient d’offrir des cadeaux pour l’Aïd cette année, les enfants (66%), les parents (56%) et les amis (37%) étant les principaux destinataires.

De plus, 46% des personnes interrogées envisagent d’augmenter leurs dépenses pour les cadeaux de l’Aïd cette année, tandis que 39% ont exprimé le désir de rendre l’occasion plus spéciale pour compenser les années de pandémie plus calmes, en se faisant plaisir et en faisant plaisir à leurs proches, selon la même étude.

Bien que près de la moitié des sondés aient constaté une montée en flèche des prix cette année, elles comptent toujours dépenser davantage pour les cadeaux. Plus d’un tiers d’entre elles ont même dit avoir l’intention d’offrir des cadeaux à un plus grand nombre de personnes cette année.

Le ramadan et l’Aïd sont des périodes très importantes de l’année pour les musulmans du Moyen-Orient et du monde entier, et les canaux numériques offrent de plus en plus de moyens de rapprocher les personnes les unes des autres et des choses qui les passionnent.

Comme l’a souligné M. Maktabi, il est remarquable que le plus grand changement dans le comportement en ligne pendant le ramadan ne concerne pas les habitudes d’achat des gens, mais leur engagement accru dans des activités spirituelles et religieuses.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

 


Nouvelle session de pourparlers directs entre Israël et le Liban à Washington

Nada Hamadeh (au centre), ambassadrice du Liban aux États-Unis, participe à une réunion entre les délégations israélienne et libanaise organisée par les États-Unis au département d’État à Washington, le 2 juin 2026. (AFP)
Nada Hamadeh (au centre), ambassadrice du Liban aux États-Unis, participe à une réunion entre les délégations israélienne et libanaise organisée par les États-Unis au département d’État à Washington, le 2 juin 2026. (AFP)
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  • Des représentants d’Israël et du Liban participent à une quatrième session de pourparlers directs à Washington, sous médiation américaine, malgré l’absence de relations diplomatiques entre les deux pays
  • Malgré les appels à l’apaisement, les combats entre Israël et le Hezbollah se poursuivent

WASHINGTON: Les ambassadeurs d'Israël et du Liban ont été reçus mardi au département d'Etat pour une nouvelle session de pourparlers directs, alors qu'Israël et le Hezbollah ont échangé des tirs après que Donald Trump a assuré que les deux camps lui avaient promis l'apaisement.

Cette quatrième rencontre entre les représentants des deux pays, qui n'entretiennent pas de relations diplomatiques, a lieu au département d'Etat et doit durer deux jours.

Elle réunit les représentants israélien Yechiel Leiter et libanais Nada Hamadeh Moawad, ainsi que Daniel Holler, un haut conseiller du secrétaire d'Etat Marco Rubio, qui ne participe pas à cette session.

Aucun des participants n'a fait de déclarations.

Le président américain a indiqué lundi soir sur son réseau Truth Social que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu s'était engagé à ne pas envoyer de troupes à Beyrouth et que le Hezbollah allait "cesser totalement le feu".

Mais les combats qui opposent l'armée israélienne et le Hezbollah depuis le 2 mars, se sont poursuivis malgré le cessez-le-feu en vigueur depuis le 17 avril et qui avait été prolongé une fois à l'issue de ces pourparlers, les premiers depuis des décennies.

Des frappes israéliennes lundi soir ont fait au moins six morts dans le sud du pays, portant à 13 le bilan global pour la journée, selon des sources libanaises. Et le Hezbollah a revendiqué mardi une attaque à la roquette contre un char israélien à Hadatha dans la région, disant y lutter contre "l'avancée des forces israéliennes".


Israël dit avoir obtenu l'aval des Etats-Unis pour frapper la banlieue sud de Beyrouth si le Hezbollah attaque ses localités

Les premiers intervenants inspectent les dégâts sur le site d’une frappe israélienne qui a touché les environs d’un hôpital dans la ville de Tyr, dans le sud, le 1er juin 2026. (Reuters)
Les premiers intervenants inspectent les dégâts sur le site d’une frappe israélienne qui a touché les environs d’un hôpital dans la ville de Tyr, dans le sud, le 1er juin 2026. (Reuters)
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  • Le ministre de la Défense israélien Israël Katz affirme qu’Israël aurait obtenu l’aval des États-Unis pour frapper la banlieue sud de Beyrouth (Dahiyeh), bastion du Hezbollah, en cas d’attaques contre le nord d’Israël
  • Il expose une logique de dissuasion : si les tirs continuent, Israël dit qu’il ciblerait Dahiyeh, en liant le sort de cette zone aux attaques subies par les localités israéliennes

JERUSALEM: Le ministre de la Défense israélien Israël Katz a affirmé mardi que son pays avait obtenu l'aval des Etats-Unis pour frapper la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah, en cas d'attaque du groupe pro-iranien sur son sol, selon un communiqué de son bureau.

"Le Premier ministre et moi-même avons mené, avec l'armée israélienne, une démarche visant à établir une équation selon laquelle le sort de Dahiyeh (la banlieue sud, ndlr) à Beyrouth serait lié à celui des localités du nord d'Israël. Si les localités israéliennes continuent d'être attaquées, nous évacuerons et frapperons le quartier chiite de Dahiyeh à Beyrouth, bastion du Hezbollah", a dit M. Katz.

"Les Etats-Unis ont validé ce principe et l'ont communiqué au gouvernement libanais ainsi qu'à toutes les parties concernées (...) Soit les tirs contre les localités cessent, soit, s'ils se poursuivent, nous frapperons Dahiyeh à Beyrouth", a poursuivi le ministre.


Paris s’inquiète des évolutions au Liban et tente un déblocage

Le ministre Français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot. (AFP)
Le ministre Français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot. (AFP)
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  • La diplomatie française se mobilise pour venir en aide à un pays dont la situation est une véritable plaie pour ses habitants
  • Pour Paris, l’objectif de cette réunion est clair : il ne s’agit pas tant d’arracher une résolution, peu probable en raison des équilibres au Conseil de sécurité, que de « remettre la pression » et de replacer le Liban au cœur de l’attention international

PARIS: Soucieuse des évolutions alarmantes de la situation au Liban, Paris a appelé à une réunion urgente du Conseil de sécurité, alors que l’envoyé spécial du président français, Jean-Yves Le Drian, doit se rendre à Beyrouth demain mercredi.

La diplomatie française se mobilise pour venir en aide à un pays dont la situation est une véritable plaie pour ses habitants, notamment les centaines de milliers de déplacés disséminés à travers le territoire au gré des ordres d’évacuation israéliens.

Derrière cette initiative, une question centrale se pose : à quoi peut encore servir une réunion d’urgence à l’ONU dans un contexte où les rapports de force semblent verrouillés ?

Pour Paris, l’objectif de cette réunion est clair : il ne s’agit pas tant d’arracher une résolution, peu probable en raison des équilibres au Conseil de sécurité, que de « remettre la pression » et de replacer le Liban au cœur de l’attention internationale, alors que les regards sont largement tournés vers l’Iran.

Il est clair, pour la diplomatie française, que la situation a franchi un seuil critique ces derniers jours. D’autant que, déjà fragile, le cessez-le-feu apparaît désormais vidé de sa substance.

Les frappes se poursuivent, les menaces israéliennes s’intensifient, y compris contre Beyrouth, et les conditions minimales d’un dialogue crédible semblent s’effondrer.

Canal de discussion entre le Liban et Israël

On ne peut même plus parler de cessez-le-feu, reconnaît-on en substance du côté français, et cette dégradation inquiète d’autant plus qu’elle intervient au moment où un canal de discussion s’est ouvert entre le Liban et Israël sous médiation américaine.

Un choix jugé courageux par la diplomatie française, mais qui place Beyrouth dans une position extrêmement délicate car, faute de réciprocité sur le terrain, ces négociations risquent de perdre toute crédibilité.

Paris insiste sur ce point : si l’on veut que les autorités libanaises puissent avancer dans ces discussions, encore faut-il leur en laisser la possibilité. Or, l’intensification des opérations militaires israéliennes réduit cet espace politique à néant.

Pire encore, elle pourrait renforcer les acteurs que ces négociations cherchent précisément à contenir, au premier rang desquels figure le Hezbollah.

Dans cette équation, la France tente de défendre une approche pragmatique. Elle continue de rappeler la responsabilité du Hezbollah dans l’engrenage du conflit, tout en soulignant que la stratégie actuelle d’Israël est contre-productive, estimant que, s’il fallait saboter les discussions, on ne s’y prendrait pas autrement.

Dès lors, la priorité affichée est le rétablissement d’un cessez-le-feu « robuste », condition indispensable à toute avancée politique, ainsi que la réactivation et l’amélioration du mécanisme mis en place fin 2024, aujourd’hui largement inopérant.

Paris insiste sur le fait que, sans cadre crédible de vérification et de désescalade, les initiatives diplomatiques risquent de rester lettre morte.

Mais au-delà de l’urgence immédiate, la France travaille sur une stratégie de plus long terme qui repose notamment sur un renforcement de l’État libanais, à commencer par son armée. L’objectif est d’aider le Liban à retrouver progressivement sa souveraineté en limitant l’influence des acteurs armés non étatiques.

Cela passe par un soutien accru — financier, logistique mais aussi politique — aux forces armées libanaises, sans pour autant leur demander une confrontation directe avec le Hezbollah, jugée irréaliste dans le contexte actuel. Il s’agit plutôt de renforcer leur présence sur le terrain, de contrôler les flux logistiques et financiers et de sécuriser des zones clés, notamment la frontière avec la Syrie.

Sur ce dernier point, Paris voit un levier important car, contrairement aux années précédentes, un certain niveau de coopération avec les autorités syriennes semble possible, ouvrant la voie à un meilleur contrôle des flux qui alimentent le Hezbollah.

Autre chantier majeur du point de vue français : l’avenir de la présence internationale au Liban. Le retrait annoncé de la FINUL d’ici à la fin de l’année suscite de vives inquiétudes.

Les leviers de la France demeurent limités

La France estime qu’un tel vide sécuritaire serait dangereux et plaide donc pour une réflexion rapide sur un nouveau dispositif, potentiellement plus adapté aux réalités actuelles.

Cette approche s’inscrit dans une volonté plus large consistant à remobiliser les partenaires internationaux. À ce propos, Paris travaille étroitement avec plusieurs pays de la région, notamment l’Arabie saoudite, l’Égypte et le Qatar, ainsi qu’avec certains partenaires européens, afin de tenter de recréer une dynamique collective autour du Liban.

Reste toutefois une réalité difficile à contourner : les leviers de la France demeurent limités face au rôle central des États-Unis dans la médiation. La diplomatie française s’efforce néanmoins de peser indirectement en multipliant les échanges avec Washington et en délivrant un message constant : sans cessez-le-feu, aucune avancée durable n’est possible.

Par ailleurs, Paris explore d’autres pistes de pression, notamment au niveau européen. Le débat sur l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël pourrait ainsi évoluer sous l’effet conjugué des situations à Gaza, en Cisjordanie et désormais au Liban.

Enfin, la mission de l’envoyé spécial Jean-Yves Le Drian à Beyrouth revêt une dimension politique essentielle puisque, au-delà du soutien affiché, il s’agira pour lui de dialoguer avec l’ensemble des forces politiques libanaises afin de favoriser un minimum de cohésion interne.

Un enjeu jugé crucial par la diplomatie française dans un pays profondément fragmenté, où les divisions communautaires affaiblissent toute stratégie nationale.