Pourquoi Creme Egg, le produit emblématique de Pâques, conserve-t-il des adeptes fidèles au Moyen-Orient?

C’est Creme Egg, le produit emblématique de la société chocolatière britannique Cadbury (Photo, fournie).
C’est Creme Egg, le produit emblématique de la société chocolatière britannique Cadbury (Photo, fournie).
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Publié le Dimanche 09 avril 2023

Pourquoi Creme Egg, le produit emblématique de Pâques, conserve-t-il des adeptes fidèles au Moyen-Orient?

  • Creme Egg a fait ses débuts en 1971, mais tout a commencé en 1824 lorsque John Cadbury a ouvert un magasin à Birmingham
  • Creme Egg est disponible dans des supermarchés tels que Tamimi Markets et Carrefour en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis

LONDRES: Il a la taille d'un modeste œuf de poule, mais pèse 40 g et fournit 177 kilocalories – plus qu’un œuf véritable – composées presque exclusivement de graisses et de sucres…

C’est Creme Egg, le produit emblématique de la société chocolatière britannique Cadbury, rachetée en 2010 par le géant américain de l'alimentation et des boissons Mondelez International pour quelque 19,5 milliards de dollars (1 dollar = 0,92 euro).

Avec son épaisse coquille de chocolat au lait fourrée d'un fondant blanc gluant et d'un «jaune», l'œuf emballé dans du papier d'aluminium est un produit «Marmite». Avec l'équivalent de six cuillères à café de sucre dans chaque œuf, soit vous le trouvez trop sucré pour le digérer, soit vous êtes accro à l'énorme apport calorique qu'il procure.

Quoi qu'il en soit, dans les pays chrétiens, le Creme Egg prend tout son sens à Pâques, mais il compte également de nombreux adeptes dans le monde entier, y compris au Moyen-Orient.

Il est disponible dans des supermarchés tels que Tamimi Markets et Carrefour en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis, où il est particulièrement apprécié comme friandise pendant le ramadan, qui coïncide cette année avec Pâques.

Au Royaume-Uni, Pâques est la saison des bêtises pour des médias obsédés par tout ce qui est «eggcellent», et le fait que le Creme Egg au fondant soit souvent la vedette de nombreux articles à cette époque de l'année témoigne de l'engouement qu'il suscite. Voici quelques exemples de titres qui datent de la semaine dernière: «La police a résolu l'affaire des 200 000 Creme Eggs volés»; «J'ai cuisiné un Cadbury's Creme Egg dans une friteuse et c'est la meilleure recette de Pâques que j'ai essayée»; «Un bar à cocktails de l'est de Londres trempe des frites dans un Cadbury Creme Egg»; «Un homme ingère accidentellement un œuf Cadbury Creme Egg d'une valeur de 10 000 livres sterling».

Au Royaume-Uni, Pâques est la saison des bêtises pour des médias obsédés par tout ce qui est «eggcellent»
Au Royaume-Uni, Pâques est la saison des bêtises pour des médias obsédés par tout ce qui est «eggcellent» (Photo, fournie).

Ce dernier mérite un «eggsplication».

Dans le cadre d'une promotion de Pâques qui se poursuivra jusqu'au 9 avril, Cadbury a disséminé 280 œufs en chocolat mi-blanc, mi-lait, en édition limitée, dans les magasins du Royaume-Uni, avec le slogan «Cadbury Creme Egg, How Do You Not Eat Yours?» («Cadbury Creme Egg: comment n’avez-vous pas mangé le vôtre?» Les œufs gagnants doivent rester intacts pour que l'acheteur remporte le prix.

Malheureusement, le YouTubeur Adam Davis, sur sa chaîne Adz Ventures, a involontairement englouti un œuf en direct devant la caméra avant que les téléspectateurs ne lui fassent remarquer sa coûteuse erreur.

On pourrait soupçonner que l'une ou l'autre de ces histoires – ou toutes, en réalité, et bien d'autres encore, à cette époque de l'année – provienne du service des relations publiques de Cadbury.

Mais, même si c'était le cas, l'empressement des médias grand public à les reproduire telles quelles donne la mesure de l'intérêt pour une confiserie qui est un best-seller au Royaume-Uni depuis plus d'un demi-siècle.

Le Creme Egg Cadbury a fait ses débuts en 1971, mais son histoire a commencé en 1824, lorsque John Cadbury, fils d'une riche famille de quakers, a ouvert une épicerie à Birmingham et a commencé à vendre du cacao et du chocolat chaud.

Le Creme Egg Cadbury a fait ses débuts en 1971, mais son histoire a commencé en 1824 (Photo, fournie).
Le Creme Egg Cadbury a fait ses débuts en 1971, mais son histoire a commencé en 1824 (Photo, fournie).

Dès le départ, les valeurs de l'entreprise reflètent les convictions de Cadbury comme membre des quakers, une secte chrétienne fondée sur la croyance que «chaque individu peut faire l'expérience de la lumière intérieure, ou de la voix de Dieu, sans avoir besoin d'un prêtre ou de la Bible».

Les quakers désapprouvaient l'usage du tabac et de l'alcool – comme ils le font encore aujourd'hui – et la société Cadbury affirme que les produits de son fondateur «n'étaient pas seulement inspirés par ses goûts», mais qu’«ils étaient guidés par ses croyances». Le thé, le café, le cacao et le chocolat chaud étaient considérés comme des alternatives saines et délicieuses à l'alcool, que les quakers jugeaient mauvais pour la société.

Il y a ici deux paradoxes.

Le premier est que le sucre et les produits à base de sucre, comme le chocolat, sont désormais également considérés comme déplorables pour la santé. Afin de réduire la consommation de sucre des enfants dans le cadre de la lutte contre le problème croissant de l'obésité en Grande-Bretagne, le gouvernement britannique devrait introduire cette année des initiatives destinées à restreindre la publicité pour les aliments riches en sucre, tandis que la présence des bonbons et des chocolats aux caisses a déjà été proscrite.

(Getty/Cadbury)
(Getty/Cadbury)

Le deuxième réside dans le fait que, alors que des quakers comme John Cadbury prêchaient qu'il n'y avait «pas besoin d'églises, de rituels, de jours saints ou de sacrements pour pratiquer la religion», l'œuf en chocolat créé par son entreprise est aujourd'hui inextricablement lié à Pâques, l'une des principales fêtes de l'Église chrétienne.

Que ceux qui sont déroutés par l'association des œufs en chocolat et des poussins et lapins de Pâques sachent qu’il ne s'agit pas seulement d'une exploitation commerciale cynique d'une fête chrétienne qui marque la renaissance du Christ.

En réalité, l'association des œufs, des poussins et des lapins avec l'ancêtre païen de Pâques est antérieure à l'ère chrétienne.

En réalité, l'association des œufs, des poussins et des lapins avec l'ancêtre païen de Pâques est antérieure à l'ère chrétienne (Getty/Cadbury).
En réalité, l'association des œufs, des poussins et des lapins avec l'ancêtre païen de Pâques est antérieure à l'ère chrétienne (Getty/Cadbury).

Pour l'Église chrétienne, le jour de Pâques, qui tombe cette année le dimanche 9 avril, marque le début de cinquante jours de célébration de la résurrection de Jésus-Christ. Mais le mot même de «Pâques» reflète l'influence des croyances et pratiques paganistes préchrétiennes sur le calendrier religieux chrétien.

Les universitaires et les théologiens continuent à débattre de l'origine précise du mot. Mais beaucoup affirment qu'il est dérivé d'«Eostre», le nom d'une déesse de la fertilité vénérée en Grande-Bretagne par les Anglo-Saxons préchrétiens et, sous divers noms similaires, par les païens germaniques du nord de l'Europe.

Selon cet argument, la fête chrétienne de Pâques était à l'origine une célébration païenne du retour du printemps, reprise à titre de compromis par une église chrétienne primitive désireuse de gagner des convertis aux anciennes coutumes.

Cette association a été faite pour la première fois au VIIIe siècle par le moine anglais connu sous le nom de «Bède le Vénérable». Dans son traité The Reckoning of Time, il décrit certains des calendriers de l'Ancien Monde, dont celui des Anglo-Saxons, pour qui le mois d'«Eosturmonath», qui correspond au mois d'avril, portait le nom de la déesse païenne.

Quant à l'Église d'Angleterre d'aujourd'hui, elle reconnaît que «les œufs que nous donnons et recevons à Pâques ont de nombreux symboles différents qui leur sont attachés». En tout cas, ajoute-t-elle, «ils représentent une nouvelle vie».

John Cadbury prend sa retraite en 1861 et confie la direction de l'entreprise à ses deux fils, Richard et George. En 1878, inspirés par les principes quakers et la conscience sociale de leur famille, ils entreprennent la construction d'une nouvelle usine, à la campagne et loin de l'environnement sordide de l’établissement d'origine, situé au centre de Birmingham.

Ils l'ont baptisée «Bournville», un modèle d'«usine dans un jardin», avec des logements pour les ouvriers. «Aucun homme ne devrait être condamné à vivre dans un endroit où une rose ne peut pas pousser», disait George Cadbury.

Aujourd'hui, l'usine de Bournville est toujours en activité et produit en moyenne 1,5 million de Creme Eggs par jour.

Le Cadbury Creme Egg a été commercialisé pour la première fois en 1963 sous l’appellation «Fry's Creme Egg», du nom d'une autre entreprise britannique, J.S. Fry & Sons of Bristol, qui a fusionné avec Cadbury en 1919. En 1971, il a été rebaptisé «Cadbury Creme Egg».

Un autre article, Fry's Turkish Delight, lancé en 1914, a conservé son nom d'origine, mais, heureusement, Cadbury a abandonné depuis longtemps la publicité offensante qu’elle diffusait au sujet de ce produit.

En effet, dans une publicité diffusée à la télévision britannique dans les années 1960, un «cheikh» enturbanné, assisté dans sa tente par des esclaves noirs, recevait en cadeau une esclave enveloppée dans un tapis. Il la libérait de ses chaînes lorsqu'elle lui offrait une barre de Fry's Turkish Delight, «exotique, délicieuse, pleine de promesses orientales».

La société est célèbre pour d'autres produits qui sont encore très vendus aujourd'hui: Bournville Chocolate (lancé en 1908), Milk Tray (1915) ou Cadbury's Flake (1920).

Mais c'est le Creme Egg, enveloppé dans son papier d'aluminium bleu, rouge et jaune, qui a conquis le cœur des amateurs de chocolat britanniques – et qui est sans doute responsable de plus d’un diabète.

Le Service national de santé britannique recommande aux adultes de ne pas consommer plus de 30 g de sucres libres par jour, ce qui équivaut à environ sept cuillères à café de sucre, soit à peu près la quantité contenue dans chaque Creme Egg.

Et, au cas où cela ne serait pas suffisamment toxique à votre goût, selon le Guinness World Records, il existe même un record du plus grand nombre de Creme Eggs mangés en une minute.

Ce record, qui reflète l'engouement international pour le produit, est détenu par le Canadien Pete Czerwinski, alias «Furious Pete», un «mangeur compétitif» qui, le 11 avril 2014, a englouti six de ces œufs en soixante secondes.

Et ce n'est pas tout.

RecordSetter est un site américain dont l'objectif est de «relever le niveau des réalisations humaines» dans divers domaines, mais il n'est pas question ici de percées médicales ou de science spatiale.

Parmi les centaines de records douteux répertoriés, il y a «la personne restée le plus longtemps assise sur un mur en tenant un poids de 10 livres à hauteur d'épaule» (trois minutes, seize secondes), «le plus grand nombre de rebonds de ballons sur les deux côtés d'une raquette de ping-pong en une minute en tenant un livre en équilibre sur la tête» (170) et le «plus grand nombre de cure-dents plantés dans un grain de raisin en trente secondes» (38).

Le site comporte également une section entière consacrée aux tentatives de record qui concernent les Creme Eggs.

Dans une vidéo particulièrement troublante filmée à Las Vegas en mars 2013 et publiée sur le site, on voit l'Américaine Miki Sudo (qui détient également le record féminin de hot-dogs, avec 40 hot-dogs mangés lors du Nathan's Famous International Hot Dog Eating Contest, à Coney Island, en 2022) consommer 50 Cadbury Creme Eggs en six minutes et quinze secondes.

Ce record particulier s'accompagne d'un avertissement sanitaire de la part de RecordSetter : «Le speed eating peut être extrêmement dangereux. Ne tentez pas ce record si vous n'avez pas plus de 18 ans et si vous n'êtes pas un mangeur professionnel.»

N'essayez surtout pas de le faire chez vous: vous risqueriez d'être «extrêmement» malade.

 


Climat : face à la grogne de l'industrie, l'Europe révise son marché du carbone

Un piéton passe devant le bâtiment Berlaymont, siège de la Commission européenne, à Bruxelles, le 9 juin 2026. (AFP)
Un piéton passe devant le bâtiment Berlaymont, siège de la Commission européenne, à Bruxelles, le 9 juin 2026. (AFP)
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  • L'UE veut assouplir son marché carbone en prolongeant les quotas gratuits pour les industriels jusqu'en 2038
  • La réforme oppose les partisans de la compétitivité industrielle aux défenseurs d'objectifs climatiques plus stricts

BRUXELLES: Une trajectoire climatique moins exigeante pour les entreprises : la Commission européenne a proposé vendredi d'assouplir sa tarification du carbone, pilier de la politique environnementale de l'UE, au cœur d'une bataille féroce entre Etats, industriels et ONG.

Face à la grogne de l'industrie chimique allemande, de pays d'Europe centrale et de l'Italie, Bruxelles a mis sur la table une série de concessions, soumises aux Vingt-Sept et aux eurodéputés pour une négociation qui devrait durer plusieurs mois.

Dans l'ensemble, l'industrie européenne devrait être autorisée à émettre plus longtemps du CO2 et à un coût moindre que ce qui était prévu jusqu'à présent.

S'ils s'engagent à se décarboner, les industriels pourront notamment bénéficier plus longtemps de quotas carbone gratuits. Leur suppression totale interviendrait en 2038, contre 2034 dans le système actuel.

Et les entreprises auront la possibilité d'acquérir à partir de 2036 des crédits carbone internationaux en finançant des projets de décarbonation en dehors de l'UE qui seraient pris en compte dans la baisse de leurs émissions.

Il y a plus de vingt ans, l'Union européenne a mis en place ce marché des quotas d'émissions carbone (ETS), outil pionnier dans la lutte contre le dérèglement climatique.

Pour couvrir leurs émissions de CO2, les industries les plus énergivores (sidérurgie, ciment, chimie...) et les producteurs d'électricité doivent acheter des "permis de polluer", selon le principe du pollueur-payeur.

Le prix de la tonne de CO2 varie et s'établit autour de 80 euros actuellement dans l'UE.

Le total des quotas carbone disponibles sur le marché baisse au fil du temps pour inciter les industriels à émettre moins. Et pour les accompagner dans leur transformation, des quotas gratuits sont alloués.

Ils devaient disparaître en 2034, mais la Commission propose de les prolonger tout comme elle veut réduire moins vite que prévu l'ensemble des quotas disponibles sur le marché.

Pour montrer que ses ambitions climatiques demeurent, l'UE a néanmoins présenté vendredi un objectif "indicatif" d'électrification de son énergie. Elle souhaite que l'électricité représente 46% de sa consommation finale d'énergie en 2040, soit deux fois plus qu'actuellement.

- Scandinavie vs Europe centrale -

Depuis plusieurs années, cette part de l'électricité dans la consommation finale d'énergie de l'Union stagne autour de 23%, car elle coûte nettement plus cher que le gaz et parce que l'Europe peine à se priver des fossiles dans le chauffage des bâtiments et les transports.

Entre la crise énergétique liée à la guerre au Moyen-Orient et la canicule historique qui s'est abattue sur l'Europe, les défenseurs de l'environnement poussent pour que l'UE maintienne des ambitions climatiques élevées.

Mais depuis deux ans à Bruxelles, la tendance est plutôt de répondre aux préoccupations des industriels, en souffrance face à la concurrence de la Chine et aux droits de douane des Etats-Unis.

La réforme du carbone était prévue dans les textes, mais elle est devenue un enjeu politique, voire idéologique, entre les partisans d'ETS, comme l'Espagne, la Suède, la Finlande et le Danemark, et ses détracteurs, comme la Pologne, la République tchèque ou l'Italie aux économies plus carbonées.

Entre ces deux camps, la France va être "un Etat pivot dans les négociations", estime Phuc-Vinh Nguyen, expert de l'énergie de l'Institut Jacques-Delors, qui considère que Paris a intérêt à "sauvegarder un ETS fort" pour mettre en avant son électricité nucléaire décarbonée auprès des investisseurs.

Vendredi, la Commission a également poussé  pour que les revenus que perçoivent les Etats membres grâce au marché du carbone soient davantage fléchés vers la décarbonation de l'industrie, ce qui est loin d'être le cas actuellement.

Bruxelles avance par ailleurs prudemment sur l'extension de son marché du carbone à de nouveaux secteurs.

L'exécutif propose d'intégrer "graduellement" le secteur des incinérateurs de déchets à ETS. Avec une possibilité de dérogation jusqu'en 2035 pour les Etats, s'ils remplissent des objectifs de recyclage ou disposent déjà d'une taxe nationale équivalente.

Concernant l'aviation, face à la forte pression des compagnies aériennes et aux réticences de certains Etats, dont la France, la Commission a renoncé à directement intégrer les vols internationaux à son marché du carbone.

A la place, elle plaide pour une solution intermédiaire régionale à partir de 2029, avec l'intégration à ETS de vols internationaux dont le point d'atterrissage se situe à 5.000 kilomètres maximum du décollage en Europe. Un vol depuis Francfort vers Dubaï ou Istanbul serait couvert par ETS, mais Francfort-Tokyo ne le serait pas.

Au milieu de ces négociations, une victime collatérale de ce bras de fer pourrait être "l'ETS 2", c'est-à-dire l'extension prévue du marché du carbone au transport routier et au chauffage des bâtiments.

Très sensible politiquement, la mesure a déjà été repoussée de 2027 à 2028 et risque encore d'être reportée. Voire enterrée.


Andy Burnham, de "roi du Nord" à Premier ministre du Royaume-Uni

Le nouveau député travailliste de Makerfield, Andy Burnham, s'adresse à ses partisans et aux médias au lendemain de sa victoire lors de l'élection partielle, au stade d'Ashton Town FC, à Ashton-in-Makerfield, dans le nord-ouest de l'Angleterre, le 19 juin 2026. (AFP)
Le nouveau député travailliste de Makerfield, Andy Burnham, s'adresse à ses partisans et aux médias au lendemain de sa victoire lors de l'élection partielle, au stade d'Ashton Town FC, à Ashton-in-Makerfield, dans le nord-ouest de l'Angleterre, le 19 juin 2026. (AFP)
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  • Andy Burnham devient chef du Labour et futur Premier ministre britannique, succédant à Keir Starmer avec la promesse de réduire les inégalités régionales et le coût de la vie
  • Ancien maire populaire du Grand Manchester, il mise sur un style accessible et une politique de décentralisation, tout en restant prudent sur son programme économique.

LONDRES: Le futur Premier ministre britannique Andy Burnham, devenu populaire en tant que maire de l'agglomération de Manchester, est un habile politicien travailliste dont le style décontracté et accessible contraste avec celui de son prédécesseur Keir Starmer.

Cet homme de 56 ans qui se décrit comme partisan d'un "socialisme pro-entreprises", amateur de football et de rock, prend officiellement vendredi la tête du Labour, parti de centre-gauche majoritaire au Parlement. Il succède au démissionnaire Keir Starmer, et fera son entrée lundi à Downing Street.

Celui qui a fait toute sa carrière dans la politique contrairement à l'ex-avocat Keir Starmer, plus à l'aise que ce dernier dans la communication, accède ainsi au sommet. Il avait tenté deux fois sans succès de briguer la direction du Parti travailliste - en 2010, face à Ed Miliband, puis en 2015, face au très à gauche Jeremy Corbyn.

Il est revenu au Parlement de Westminster après avoir remporté haut la main, devant le parti anti-immigration Reform UK, une législative partielle le 18 juin à Makerfield, près de Manchester.

"C'est la dernière chance pour changer" le Labour, avait-il proclamé à l'annonce de sa victoire. Devant ses soutiens rassemblés sur un terrain de foot, ce supporter d'Everton, club de Liverpool, s'est engagé à "tracer une nouvelle voie" pour le pays, promettant "l'équité pour les régions" que le pouvoir central à Londres a "négligées".

Andy Burnham, qui revendique fièrement ses racines nordistes et populaires, a conquis en 2017 la mairie du Grand Manchester, agglomération de près de 3 millions d'habitants où il s'est fait réélire deux fois.

- Tee-shirt noir -

Lui-même est un enfant de cette région au passé industriel: il a grandi dans une petite ville à mi-chemin entre Liverpool, où il est né, et Manchester.

Dans cette cité qui connaît un renouveau économique, sa principale réussite est d'avoir amélioré les transports, en reprenant sous contrôle public le système de bus pour l'intégrer dans un réseau avec trams et trains, à des tarifs abordables.

C'est pendant la pandémie de Covid-19 qu'il gagne son surnom de "roi du Nord", pour son combat face au Premier ministre conservateur Boris Johnson à propos du soutien financier à apporter aux entreprises et employés de cette région.

Cet homme brun à lunettes et au style vestimentaire volontiers informel, qui s'est fait tatouer sur le bras une abeille ouvrière -symbole de la ville de Manchester-, a déjà fait l'objet de railleries de la cheffe des Tories Kemi Badenoch, qui ne voit en lui qu'"une paire de cils et un tee-shirt noir".

"C'est bleu foncé, en fait", a répondu l'intéressé dans un battement de paupières, dans une vidéo publiée fin juin sur les réseaux sociaux, dont il est un grand utilisateur.

Pour le journaliste Joshi Herrmann, fondateur du média en ligne Mill Media, basé à Manchester, Andy Burnham "parvient à se présenter comme un type normal à une époque où beaucoup d'hommes politiques donnent l'impression d'être très bizarres ou très ennuyeux".

- "Madchester" -

Né le 7 janvier 1970, Andy Burnham est le fils d'un technicien des télécommunications et d'une réceptionniste médicale.

Il entre au Labour adolescent et étudie la littérature anglaise à Cambridge, où il dit avoir souffert du "syndrôme de l'imposteur" en raison de ses origines sociales.

Pendant sa jeunesse, il apprécie la bouillonnante scène musicale et culturelle de Manchester des années 1980-90, "Madchester", et classe aujourd'hui encore Oasis parmi ses groupes préférés.

Elu député en 2001, il devient secrétaire en chef au Trésor dans le gouvernement de Gordon Brown, puis ministre de la Culture et des Sports (2008-2009), et ministre de la Santé (2009-2010).

Il est marié depuis 2000 avec Marie-France van Heel, femme d'affaires d'origine néerlandaise rencontrée à l'université et avec qui il a eu trois enfants.

S'il a annoncé vouloir mener une politique de décentralisation et promis d'oeuvrer pour réduire le coût de la vie, il est pour l'instant resté vague sur son programme. Ses détracteurs l'accusent d'être un caméléon politique s'adaptant à l'air du temps.

En janvier, il énonçait "les quatre cavaliers de l'apocalypse britannique: dérégulation, privatisation, austérité et Brexit". Face à des marchés inquiets, il s'est toutefois engagé à tenir les objectifs d'équilibre budgétaire fixés par l'actuel gouvernement.


Nouvelle nuit de bombardements en Iran, les alliés des Etats-Unis encore visés

Les dernières frappes marquent la sixième nuit consécutive d'attaques américaines. (PHOTO D'ARCHIVES/AFP)
Les dernières frappes marquent la sixième nuit consécutive d'attaques américaines. (PHOTO D'ARCHIVES/AFP)
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  • Les États-Unis poursuivent leurs frappes en Iran ; Téhéran dénonce des pertes civiles et menace de riposter contre les intérêts américains dans la région
  • Les tensions s'étendent au Moyen-Orient malgré les appels internationaux à reprendre les négociations

TEHERAN: Les Etats-Unis ont bombardé l'Iran pour la sixième nuit consécutive vendredi, Téhéran les accusant d'avoir visé des cibles civiles, tandis que plusieurs pays alliés de Washington au Moyen-Orient ont fait état d'attaques les ciblant.

L'armée américaine a affirmé, sur X, avoir attaqué dans la nuit de jeudi à vendredi "des dizaines de cibles militaires iraniennes comme des sites de surveillance côtière et de défense aérienne, des infrastructures logistiques militaires et des installations maritimes". L'Iran, de son côté, a rapporté des bombardements sur des ponts, un port, un aéroport et une gare.

Téhéran a affirmé vendredi matin que les frappes américaines sur son territoire depuis le 22 juin avaient fait 38 morts et plus de 400 blessés, selon un bilan du ministère de la Santé.

"Si les Américains frappent les infrastructures de la République islamique, alors toutes les infrastructures de la région deviendront des cibles légitimes pour l'Iran", a menacé un porte-parole de l'armée iranienne, cité par la télévision d'Etat.

Les forces armées de Jordanie, du Koweït et du Qatar ont annoncé avoir fait face vendredi à l'aube à des attaques aériennes, et les sirènes d'alerte ont été déclenchées à deux reprises à Bahreïn.

Un porte-parole de l'armée iranienne, cité par la télévision d'Etat, a affirmé que la République islamique avait visé des sites militaires américains au Koweït à l'aide de drones explosifs.

De leur côté, les Gardiens de la Révolution iraniens ont assuré avoir attaqué en Syrie un "centre de commandement des opérations spéciales de l'ennemi" dans la région d'Al-Tanf, frontalière de l'Irak, ainsi que des radars américains à Oman. Ces deux pays n'ont pas confirmé de telles frappes dans l'immédiat.

Les médias d'Etat iraniens ont fait état dans la nuit de nombreuses explosions dans différents secteurs du sud du pays.

"Les attaques se poursuivent et elles sont si violentes que j'en ai les mains qui tremblent", a raconté à l'AFP Hani, un professeur iranien de 34 ans habitant la ville d'Ahvaz (sud-ouest).

Selon la télévision d'Etat iranienne, les forces américaines ont bombardé deux ponts dans la région de Bandar Khamir, faisant sept morts, ainsi qu'une gare à Bandar Abbas et l'aéroport d'Iranshahr. La tour de contrôle du port de Chabahar a été "complètement détruite" selon l'agence Irna.

- Bouchehr frappée -

Bouchehr, ville portuaire située sur la côte sud-ouest où se trouve la seule centrale nucléaire du pays, a été frappée pour la deuxième fois en quelques heures, selon le gouverneur de la ville, cité par Irna.

Le président Donald Trump avait menacé dans la semaine de frapper les ponts et les centrales électriques du pays si les Iraniens ne revenaient pas à la table des négociations.

Les affrontements ont repris le 7 juillet après des attaques contre des navires dans le Golfe, imputées à l'Iran. Les frappes menées depuis sont sans précédent depuis le cessez-le-feu d'avril, minant les efforts diplomatiques pour mettre un terme durable au conflit.

Déclenché le 28 février par des bombardements israélo-américains, il a fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban, et n'en finit pas d'ébranler l'économie mondiale.

Les ministres des Affaires étrangères de la Chine et du Pakistan, ce dernier pays étant médiateur des discussions, ont appelé vendredi les belligérants à reprendre les négociations dans le cadre du protocole d'accord signé mi-juin, qui a volé en éclats.

Le négociateur en chef iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, avait auparavant prévenu qu'un accord "n'a de sens que lorsque ses clauses sont valides et appliquées".

Islamabad a aussi appelé à un "retour à la normale dans le détroit d'Ormuz", de nouveau verrouillé par l'Iran le week-end dernier. En réponse, les Etats-Unis ont rétabli leur blocus des ports iraniens.

Donald Trump "reste toujours ouvert à la diplomatie dans le même temps", a déclaré jeudi la porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt. Selon elle, les Iraniens "ont fait savoir au président qu'ils veulent toujours conclure un accord. Nous leur parlons, mais, encore une fois, le président ne va pas les laisser tirer sur des navires dans le détroit sans conséquences".

Dans le détroit d'Ormuz, par lequel transitait avant la guerre un cinquième du pétrole et du gaz liquéfié (GNL) mondiaux, le trafic s'est raréfié.

Les cours du pétrole restent relativement stables malgré la situation, avec un baril de Brent autour de 85 dollars vendredi.