Comment l'IA et l’apprentissage à distance transforment l'éducation au Moyen-Orient

Une écolière défavorisée suit un cours en ligne à l'aide d'un appareil prêté par son directeur d’école dans une salle de classe d'une école d'Hyderabad, le 8 juillet 2021, pendant la pandémie de la Covid-19 (Photo, AFP).
Une écolière défavorisée suit un cours en ligne à l'aide d'un appareil prêté par son directeur d’école dans une salle de classe d'une école d'Hyderabad, le 8 juillet 2021, pendant la pandémie de la Covid-19 (Photo, AFP).
Short Url
Publié le Mercredi 15 mars 2023

Comment l'IA et l’apprentissage à distance transforment l'éducation au Moyen-Orient

  • Les formes d'apprentissage à distance et hybrides utilisées pendant la pandémie sont désormais considérées comme l'avenir de l'éducation
  • Les écoles et les plate-formes en ligne adoptent de nouveaux outils numériques afin d’enrichir et d’améliorer leur enseignement

DUBAÏ: Les avancées technologiques transforment la manière dont les jeunes du Moyen-Orient sont enseignés, tandis que les systèmes éducatifs traditionnels s'adaptent à de nouveaux outils, techniques et dispositifs d'enseignement.

Les formes d'apprentissage à distance et hybrides sont devenues monnaie courante pendant la pandémie de la Covid-19 afin d'aider à maintenir une scolarité ininterrompue. Aujourd'hui, ces dispositifs sont considérés comme l'avenir de l'éducation.

En fait, de nombreuses écoles ont poussé l'apprentissage numérique au-delà du modèle d'enseignement physique et en ligne en introduisant des cours par le biais de l'intelligence artificielle.

Les banques de cours particuliers et de tuteurs en ligne adoptent également les dernières technologies en matière d'IA, de réalité augmentée, de réalité virtuelle, de robotique et de blockchain.

Chaïma, étudiante étrangère au Lycée français international de Riyad, étudie à la maison le 23 mars 2020, les écoles étant fermées durant la pandémie de la Covid-19 (Photo, AFP).

«Les élèves ont commencé à utiliser l'IA. Son utilisation est une certitude et sa capacité à résoudre des problèmes numériques complexes en physique, en chimie et en mathématiques est appréciable», a déclaré à Arab News Imbesat Ahmad, PDG et cofondateur de Filo, une application de tutorat instantané.

Bien que l'adoption de l'IA dans les écoles du Moyen-Orient n'en soit qu'à ses débuts, Ahmad estime que cette technologie présente des avantages considérables lorsqu'elle est utilisée comme outil d'assistance.

Selon un récent rapport, intitulé «Middle East and Africa EdTech and Smart Classroom Market Forecast to 2027» («Prévisions du marché des technologies éducatives et des salles de classe intelligentes au Moyen-Orient et en Afrique jusqu’en 2027»), publié par ReportLinker, le marché de ces outils dans la région Moyen-Orient et Afrique devrait passer d'environ 3,5 milliards de dollars (1 dollar américain = 0,93 euro) en 2019 à plus de 7,6 milliards de dollars d'ici 2027.

Rien qu'en Arabie saoudite, le marché de l'apprentissage en ligne a atteint 1,6 milliard de dollars en 2021, et les prévisions indiquent qu'il aura plus que doublé d'ici 2027.

Un autre rapport, «Saudi Arabia E-Learning Market: Industry Trends, Share, Size, Growth, Opportunity and Forecast 2022-2027» («Marché de l’apprentissage en ligne en Arabie saoudite: tendances du secteur, part, taille, croissance, opportunités et prévisions 2022-2027»), compilé par IMARC Group, indique que le secteur connaîtra un taux de croissance annuel composé de 16,05% au cours de la même période.

«À bien des égards, les salles de classe traditionnelles ont connu un changement radical», a expliqué Ahmad. «Elles ne sont plus limitées à un tableau blanc et à des figures en 2D, et les enseignants utilisent des vidéos pour mieux expliquer certains sujets.»

Le lancement cette année de KITMEK, la première école numérique interactive du Moyen-Orient enseignée par un professeur d'IA, témoigne de cette tendance. Fonctionnant exclusivement dans un métavers basé sur le jeu, elle propose aux élèves un programme d'études global, de la maternelle à la cinquième année, pour seulement 1 dollar par mois.

KITMEK offre aux enfants défavorisés une éducation gratuite grâce à son programme de parrainage (Photo fournie).

«L'avenir, c'est l'école numérique et les enseignants IA, car ils peuvent dispenser un enseignement de la plus haute qualité, personnalisé en fonction des capacités d'apprentissage de l'enfant», a déclaré Anand Kadian, PDG de KITMEK, à Arab News.

«Tous les secteurs ont connu une révolution numérique et il est temps que le système éducatif évolue.»

En plus de couvrir les matières principales du programme, l'école en ligne offre aux élèves la possibilité de suivre des cours supplémentaires de phonétique, d'aptitudes à la vie quotidienne, de compétences en communication et d'éducation financière.

Les élèves peuvent gagner des pièces de monnaie pendant leurs cours en répondant correctement aux questions, qu'ils peuvent ensuite utiliser pour jouer à des jeux sur la plate-forme.

«Les enfants peuvent apprendre et réapprendre à leur propre rythme et accéder facilement aux classes inférieures pour réviser n'importe quel sujet», a expliqué Kadian.

Anand Kadian, PDG de KITMEK (Photo fournie).

Le programme d'études comprend quatre examens par classe et repose sur un système multilingue en pleine expansion. Accessible sur un téléphone de base sans connexion Internet, la plate-forme offre également aux enfants défavorisés une éducation gratuite grâce à son programme de parrainage.

Selon les recherches de l'Unesco, de l'Unicef et de la Banque mondiale, jusqu'à 70% des enfants des pays à revenu faible ou intermédiaire sont considérés comme étant en situation de «pauvreté éducative», ce qui signifie qu'ils n'ont pas acquis les connaissances de base à l'âge de dix ans.

«Les enfants qui vont à l'école peuvent utiliser cette plate-forme pour payer leurs frais de scolarité et pour ceux qui n'ont pas les moyens d'aller à l'école, cela devient une école à domicile», a indiqué Kadian.

Cependant, malgré les progrès récents des technologies de l'IA dans le secteur, les éducateurs hésitent encore à abandonner complètement l'enseignement en classe.

Manal Hakim, cofondatrice et PDG de Geek Express (Photo fournie).

«L'apprentissage par l'IA est certes une tendance croissante dans l'éducation, mais il ne doit pas être considéré comme un remplacement des méthodes d'enseignement traditionnelles», a déclaré à Arab News, Manal Hakim, cofondatrice et PDG de Geek Express, une école de codage en ligne basée dans la région MENA.

Partisane de l'utilisation de la technologie de l'IA uniquement comme outil d'assistance, elle a signalé qu'«elle peut améliorer l'expérience d'apprentissage et fournir des possibilités d'apprentissage personnalisées, mais elle ne peut pas complètement remplacer les enseignants humains».

Chez Geek Express, les étudiants peuvent apprendre à développer des jeux vidéo, des sites web, des applications et des modèles d'IA en suivant des cours de codage et des camps de programmation à Dubaï, Abu Dhabi et Sharjah.

L'école technologique en ligne, qui propose un programme accrédité pour les élèves de la maternelle à la terminale, offre des cours interactifs en direct où les étudiants peuvent rejoindre des formateurs certifiés par Microsoft sur Zoom afin de développer leurs propres projets dans le cadre d'un parcours d'apprentissage centré sur l'étudiant et basé sur la ludification.

Le marché de ces outils continuant à se développer au Moyen-Orient et en Afrique, Hakim croit qu'il est très probable que l'apprentissage en ligne devienne une composante établie du système éducatif.

«L'intégration de l'apprentissage et des cours en ligne dans les programmes d'enseignement nécessitera une collaboration entre les établissements d'enseignement, les entreprises de technologie de l'information et les décideurs politiques afin de garantir que la technologie et le contenu soient efficaces et répondent aux besoins des étudiants», a-t-elle expliqué.

Pour faciliter une transition rapide des modèles d'enseignement traditionnels vers les modèles numériques, Hakim estime que les établissements d'enseignement pourraient intégrer des plate-formes et des outils d'apprentissage en ligne dans leurs programmes existants afin d'offrir aux étudiants des options d'apprentissage mixte.

Il s'agit d'une combinaison de cours traditionnels en face à face et d'activités d'apprentissage en ligne, telles que des classes virtuelles, des forums de discussion et des conférences vidéo.

Hakim estime également que les écoles pourraient proposer des cours en ligne aux étudiants qui préfèrent étudier à distance. Pour ce faire, elles pourraient collaborer avec des entreprises de technologie de l'information et des plates-formes d'apprentissage en ligne, en accordant des licences sur la technologie et en développant des solutions personnalisées.

«Ces cours et ces programmes peuvent être conçus pour répondre aux mêmes objectifs et résultats d'apprentissage que les cours traditionnels en présentiel», a-t-elle expliqué.

Disable checkingPremium suggestionsDisable checkingPremium suggestionsDisable checkingPremium suggestionsDisable checkingPremium suggestions

EN BREF

• Le marché des technologies de l'éducation au Moyen-Orient et en Afrique devrait passer d'environ 3,5 milliards de dollars en 2019 à plus de 7,6 milliards de dollars d'ici 2027.

• Rien qu'en Arabie saoudite, le marché de l'apprentissage en ligne a atteint 1,6 milliard de dollars en 2021, et les prévisions indiquent qu'il aura plus que doublé d'ici 2027

Malgré la levée des restrictions liées à la pandémie, de nombreux étudiants continuent de s'appuyer sur les cours particuliers en ligne, les examens pratiques et l'apprentissage à la demande afin d’améliorer leurs notes et d’atteindre leurs objectifs éducatifs.

«La tendance des étudiants à opter pour des cours privés en dehors de l'école devrait persister dans les années à venir à cause de la compétitivité croissante des environnements académiques et du désir des étudiants d'obtenir un avantage sur leurs pairs», a expliqué Hakim.

Filo a fait son entrée dans le secteur de l'éducation pendant la pandémie en fournissant un accès à un apprentissage personnalisé en temps réel.

«À une époque où l'apprentissage traditionnel était au point mort, la plate-forme a permis aux étudiants d'accéder non seulement à un “expert académique”, mais aussi à un “expert de domaine” qui a planifié stratégiquement leurs cours pour une étude ininterrompue, ainsi qu'à un “conseiller académique” qui a suivi en permanence les progrès de l'étudiant et lui a fourni des retours en temps réel sur les domaines dans lesquels il devait s'améliorer», a souligné Ahmad, le PDG de Filo.

Selon lui, au fur et à mesure de l'évolution du paysage des technologies de l'éducation au cours des trois dernières années, l'apprentissage synchrone s'est imposé comme le mode d'éducation privilégié par les élèves – une approche soutenue par les parents.

Des élèves irakiens portant des masques vont en classe le premier jour de la nouvelle année scolaire dans la ville de Mossoul, au nord du pays, le 29 novembre 2020, au milieu de la pandémie de la Covid-19 (Photo, AFP).

Offrant aux étudiants l'accès à la plus grande communauté de tuteurs au monde, composée de plus de 60 000 enseignants, Filo affirme être au service d'environ 3,5 millions étudiants dans le monde et dispenser plus de 70 000 cours par jour.

«La plate-forme met les étudiants en contact avec un tuteur en direct dans les 60 secondes, ce qui leur permet de surmonter les obstacles académiques en temps réel, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, tout au long de la semaine et même le dimanche», a avisé Ahmad.

Selon lui, depuis le lancement de la plate-forme en 2020, plusieurs tendances éducatives sont devenues évidentes. «Le comportement des étudiants a évolué, passant de questions spécifiques ou de problèmes numériques à une demande d'explication de l'ensemble du concept par les tuteurs», a-t-il soutenu.

Ils vont même jusqu'à dire: «Expliquons-le au tuteur pour savoir si nous avons bien compris le concept», ce qui démontre l'avantage du tutorat individuel, qui n'est souvent pas disponible dans les salles de classe traditionnelles.

Se référant à un format d'apprentissage qui permet aux étudiants de suivre des cours dans un laps de temps plus court qu'un semestre traditionnel, Ahmad a souligné: «Je pense que l'apprentissage accéléré sera bientôt adapté par les enseignants. Nous pouvons nous attendre à ce qu'il devienne la tendance.»

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

Disable checkingPremium suggestions

L'armée libanaise annonce avoir achevé le désarmement du Hezbollah près de la frontière avec Israël

Le personnel de sécurité inspecte le site d'un bâtiment détruit par une frappe israélienne dans la zone industrielle de la ville de Ghazieh, près de la ville côtière de Sidon, dans le sud du Liban, le 6 janvier 2026. (AFP)
Le personnel de sécurité inspecte le site d'un bâtiment détruit par une frappe israélienne dans la zone industrielle de la ville de Ghazieh, près de la ville côtière de Sidon, dans le sud du Liban, le 6 janvier 2026. (AFP)
Short Url
  • L’armée libanaise annonce avoir achevé la première phase du désarmement du Hezbollah au sud du fleuve Litani, malgré le refus du mouvement de rendre ses armes dans le reste du pays
  • Le processus reste fragile : Israël maintient une présence militaire sur plusieurs points frontaliers et poursuit ses frappes, tandis que Washington accentue la pression sur Beyrouth

BEYROUTH: L'armée libanaise a annoncé jeudi avoir achevé "la première phase" de son plan pour le désarmement du Hezbollah pro-iranien, qui couvre la région entre la frontière israélienne et le fleuve Litani, à une trentaine de kilomètres plus au nord.

Dans un communiqué, l'armée affirme avoir atteint "les objectifs de la première phase" de son plan qui doit s'étendre par la suite au reste du territoire libanais.

Le Hezbollah, sorti affaibli en novembre 2024 d'une guerre meurtrière avec Israël, refuse de remettre ses armes dans le reste du pays.

L'armée précise dans son communiqué qu'elle "contrôle" désormais la partie sud du Litani, "à l'exception des territoires et positions toujours occupés par Israël" près de la frontière.

Malgré le cessez-le-feu en vigueur depuis plus d'un an, qui prévoit son retrait du territoire libanais, Israël continue d'occuper cinq points stratégiques près de la frontière.

L'armée israélienne mène en outre des frappes contre le Hezbollah qu'elle accuse de chercher à se réarmer et met en doute l'efficacité des opérations de désarmement de l'armée libanaise.

Selon l'accord de cessez-le-feu, le Hezbollah doit retirer ses forces au nord du fleuve Litani et voir ses infrastructures militaires démantelées dans les zones évacuées.

L'armée libanaise précise que ses opérations vont se poursuivre au sud du Litani pour "achever le traitement des munitions non explosées" et rechercher des "tunnels", creusés par le Hezbollah.

Elle ajoute qu'elle va prendre des mesures pour "empêcher définitivement les groupes armés de reconstruire leurs capacités".

Le commandant en chef de l'armée Rodolphe Haykal doit informer jeudi après-midi le gouvernement des progrès accomplis dans l'exécution de son plan pour désarmer le Hezbollah.

Le gouvernement libanais est soumis à une intense pression des Etats-Unis pour désarmer la formation pro-iranienne, sur fond de crainte d'une escalade des attaques israéliennes.

Le ministre israélien des Affaires étrangères Gideon Saar a salué dimanche sur X les "efforts" du gouvernement et de l'armée libanaise, ajoutant toutefois qu'ils étaient "loin d'être suffisants".

Un comité auquel participent les États-Unis, la France, le Liban, Israël et les Nations unies est chargé de surveiller le cessez-le-feu.


Israël met en péril la sécurité mondiale, avertit le ministre somalien de l’Information

Short Url
  • Les actions de Tel-Aviv renforcent les groupes terroristes, affirme Daud Aweis Jama dans un entretien exclusif à Arab News
  • Il accuse Tel-Aviv de vouloir relocaliser des Palestiniens de Gaza dans la région

​​​​​​RIYAD : La reconnaissance du Somaliland par Israël et sa présence croissante dans la région risquent d’envenimer la situation, en permettant aux groupes terroristes de saper la sécurité et la stabilité régionales, a déclaré le ministre somalien de l’Information, de la Culture et du Tourisme, Daud Aweis Jama.

Dans un entretien exclusif accordé à Arab News, Jama a insisté sur le fait que la décision sans précédent d’Israël, prise le 26 décembre, de reconnaître le Somaliland comme État souverain constitue un revers majeur pour la lutte de Mogadiscio contre des organisations terroristes telles qu’Al-Shabab et Daech.

« La présence d’Israël sera exploitée par les groupes terroristes pour étendre leurs opérations dans la région. Ils disposeront d’un prétexte pour diffuser leurs idéologies », a-t-il déclaré.

--
Le président du Somaliland, Abdirahman Abdullahi Mohamed, s’exprime lors d’une conférence de presse avec le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, au palais présidentiel à Hargeisa. (Bureau présidentiel du Somaliland/AFP)

« C’est un autre facteur qui met en danger la sécurité mondiale et la stabilité régionale, alors que nous étions arrivés à la phase finale pour surmonter les défis posés par les groupes terroristes Al-Shabab et l’État islamique », a-t-il ajouté, utilisant un autre terme pour désigner Daech.

Jama a poursuivi : « Nous avons mobilisé toutes nos ressources et consacré tout notre temps à finaliser les dernières étapes de la lutte contre Al-Shabab. Si un autre facteur vient nous perturber, cela signifie que nous ne pourrons plus nous concentrer pleinement sur ces opérations. Et cela offre davantage d’opportunités à Al-Shabab ou à d’autres organisations. »

Selon Jama, les conséquences de cet affaiblissement de la capacité de la Somalie à lutter contre le terrorisme ne se limiteront pas à ses frontières, mais s’étendront à toute la région et au-delà.

« Cela pourrait attirer d’autres groupes terroristes extérieurs dans la région, car ils profiteront de cette crise pour tenter de reprendre le contrôle de zones qui avaient déjà été libérées », a déclaré le ministre.

--
Des habitants de Mogadiscio brandissent des drapeaux somalien et palestinien lors d’un rassemblement dénonçant la reconnaissance du Somaliland par Israël. (AFP)

« Nous pensons que cela intervient à un moment qui affectera la sécurité de notre gouvernement, celle de la Corne de l’Afrique, du golfe d’Aden, de la mer Rouge, du Moyen-Orient et la stabilité mondiale. Il s’agit d’une zone stratégique majeure par laquelle transite le commerce mondial. »

Le ministre a souligné que la reconnaissance d’Israël et l’élargissement de sa présence dans la région créent davantage de défis, « ajoutant de l’huile sur le feu des problèmes persistants, notamment en Somalie ». Il a ajouté : « À ce stade, cela ne concerne plus uniquement la Somalie, mais représente un défi qui risque de se propager comme un incendie dans toute la région et dans le monde entier. »

Jama a déclaré à Arab News qu’Israël poursuit d’autres objectifs stratégiques à travers la reconnaissance du Somaliland, notamment la relocalisation forcée de Palestiniens de Gaza.

--
Une femme passe devant des étals vendant des articles ménagers au marché de Waheen à Hargeisa. (AFP)

« Selon des sources fiables issues des renseignements que nous avons recueillis, l’une des conditions posées par Israël (pour reconnaître le Somaliland) était de disposer d’un lieu pour installer les habitants de Gaza », a-t-il affirmé.

« Nous considérons également cela comme une violation des droits du peuple palestinien, car nous croyons fermement à son droit à l’autodétermination. La solution à deux États, soutenue par la communauté internationale, doit être respectée et mise en œuvre. »

Le gouvernement de coalition israélien, le plus à droite et le plus religieusement conservateur de son histoire, comprend des responsables d’extrême droite qui prônent l’annexion de Gaza et de la Cisjordanie, et encouragent les Palestiniens à quitter leur terre.

--
Un homme brandit un drapeau du Somaliland devant le monument commémoratif de la guerre à Hargeisa. (AFP)

L’ambassadeur de la Somalie auprès de l’ONU, Abukar Dahir Osman, a déclaré que les membres du Conseil de sécurité — l’Algérie, le Guyana, la Sierra Leone et la Somalie — « rejettent sans équivoque toute mesure visant à faire avancer cet objectif, y compris toute tentative d’Israël de relocaliser la population palestinienne de Gaza vers le nord-ouest de la Somalie ».

Israël est devenu le mois dernier le premier pays à reconnaître le Somaliland comme nation indépendante. En plus de trois décennies depuis sa déclaration unilatérale d’indépendance en 1991, aucun État n’avait reconnu ce territoire du nord-ouest comme distinct de la Somalie.

Mogadiscio a immédiatement rejeté la décision israélienne, aux côtés de nombreux pays à travers le monde.

--
Des soldats de l’Armée nationale somalienne (SNA) sécurisent un village qui aurait été détruit par des insurgés en retraite lors de la visite d’officiers supérieurs à Awdheegle. (AFP/Archives)

L’Arabie saoudite a réaffirmé son rejet de toute tentative d’imposer des entités parallèles contraires à l’unité de la Somalie, ainsi que son soutien aux institutions légitimes de l’État somalien et son attachement à la stabilité du pays et de son peuple.

Un groupe de ministres des Affaires étrangères de pays arabes et islamiques, aux côtés de l’Organisation de la coopération islamique, a également rejeté fermement l’annonce israélienne. Dans une déclaration conjointe, ils ont averti que cette décision comporte « de graves répercussions sur la paix et la sécurité dans la Corne de l’Afrique et la région de la mer Rouge », et qu’elle porte atteinte à la paix et à la sécurité internationales.

La Ligue arabe, qui compte 22 membres, a rejeté « toute mesure découlant de cette reconnaissance illégitime visant à faciliter le déplacement forcé du peuple palestinien ou à exploiter les ports du nord de la Somalie pour établir des bases militaires », a déclaré son ambassadeur auprès de l’ONU, Maged Abdelfattah Abdelaziz, devant le Conseil de sécurité.

Dans le dernier développement des relations Israël–Somaliland, moins de deux semaines après la reconnaissance de Tel-Aviv, le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, s’est rendu mardi dans la région afin de formaliser publiquement les relations diplomatiques.

« La reconnaissance par Israël d’une région de la République fédérale de Somalie comme État indépendant constitue une violation flagrante de la souveraineté somalienne », a souligné Jama. « Il s’agit d’une violation totale du droit international, de l’intégrité territoriale et de la souveraineté de la Somalie. »

--
Des habitants de Mogadiscio participent à un rassemblement dénonçant la reconnaissance du Somaliland par Israël. (AFP)

« Dès le départ, nous avons choisi la voie diplomatique. Cela a commencé par une réunion réussie du Conseil de sécurité de l’ONU, qui a soutenu l’intégrité territoriale et la souveraineté de la Somalie, suivie par d’autres acteurs internationaux tels que la Ligue arabe, l’Organisation de la coopération islamique, l’Union africaine, ainsi que des organisations régionales comme la Communauté d’Afrique de l’Est et l’IGAD.

« Le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine a également réitéré l’importance de soutenir la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Somalie. »

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Syrie: écoles et administrations fermées à Alep, accrochages intermittents

L'agence officielle Sana a fait état de bombardements à partir des quartiers kurdes sur des zones tenues par les forces gouvernementales mercredi matin, ajoutant que ces dernières avaient riposté. (AFP)
L'agence officielle Sana a fait état de bombardements à partir des quartiers kurdes sur des zones tenues par les forces gouvernementales mercredi matin, ajoutant que ces dernières avaient riposté. (AFP)
Short Url
  • Les affrontements de mardi sont les plus violents entre les deux parties, qui ont échoué jusqu'à présent à appliquer un accord signé en mars et prévoyant l'intégration des institutions de l'administration autonome kurdes au sein du nouvel Etat syrien
  • L'agence officielle Sana a fait état de bombardements à partir des quartiers kurdes sur des zones tenues par les forces gouvernementales mercredi matin, ajoutant que ces dernières avaient riposté

DAMAS: Les écoles, les administrations et l'aéroport sont restés fermés mercredi à Alep, la grande ville du nord de la Syrie où des accrochages sporadiques opposent les forces gouvernementales et kurdes, au lendemain de violences qui ont fait neuf morts, selon les médias officiels.

Les affrontements de mardi sont les plus violents entre les deux parties, qui ont échoué jusqu'à présent à appliquer un accord signé en mars et prévoyant l'intégration des institutions de l'administration autonome kurdes au sein du nouvel Etat syrien.

"C'était une ville fantôme cette nuit, aucune activité, les magasins fermés, les rues plongées dans le noir en raison des coupures de courant", a raconté à l'AFP Abdel Karim Baqi, un homme de 50 ans qui a fui avec sa femme le quartier kurde d'Achrafieh pour se réfugier chez des proches.

L'agence officielle Sana a fait état de bombardements à partir des quartiers kurdes sur des zones tenues par les forces gouvernementales mercredi matin, ajoutant que ces dernières avaient riposté.

Le représentant de l'autorité autonome kurde à Damas, Abdel Karim Omar, a déclaré à l'AFP que "des efforts sont en cours pour calmer la situation, car l'escalade n'est dans l'intérêt de personne".

Il a ajouté que les deux quartiers kurdes d'Achrafieh et cheikh Maqsoud étaient "encerclés" et démenti tout bombardement depuis ces zones, soulignant qu'elles sont tenues par les forces de sécurité intérieures kurdes (Asayish) "qui ne disposent que d'armes légères".

Face aux violences, les autorités avaient décidé mardi soir de suspendre pour 24 heures tous les vols de l'aéroport de la deuxième ville de Syrie et de fermer mercredi les écoles, universités et services gouvernementaux.

Les affrontements de mardi "nous ont rappelé la guerre. Nous n'avons nulle part où fuir", a déclaré à l'AFP Joud Serjian, une mère de famille de 53 ans habitant le quartier syriaque d'Alep.

Au cours de la guerre civile en Syrie (2011-2024), Alep avait connu des combats entre les rebelles et les forces du président Bachar al-Assad avant qu'il ne reprenne le contrôle de la cité en 2016.

Les affrontements ont éclaté mardi alors que les discussions patinent pour la mise en oeuvre de l'accord signé en mars, qui était censé intégrer avant fin 2025 les Forces démocratiques syriennes (FDS, à majorité kurde) au sein de l'Etat syrien.