Comment l'IA et l’apprentissage à distance transforment l'éducation au Moyen-Orient

Une écolière défavorisée suit un cours en ligne à l'aide d'un appareil prêté par son directeur d’école dans une salle de classe d'une école d'Hyderabad, le 8 juillet 2021, pendant la pandémie de la Covid-19 (Photo, AFP).
Une écolière défavorisée suit un cours en ligne à l'aide d'un appareil prêté par son directeur d’école dans une salle de classe d'une école d'Hyderabad, le 8 juillet 2021, pendant la pandémie de la Covid-19 (Photo, AFP).
Short Url
Publié le Mercredi 15 mars 2023

Comment l'IA et l’apprentissage à distance transforment l'éducation au Moyen-Orient

  • Les formes d'apprentissage à distance et hybrides utilisées pendant la pandémie sont désormais considérées comme l'avenir de l'éducation
  • Les écoles et les plate-formes en ligne adoptent de nouveaux outils numériques afin d’enrichir et d’améliorer leur enseignement

DUBAÏ: Les avancées technologiques transforment la manière dont les jeunes du Moyen-Orient sont enseignés, tandis que les systèmes éducatifs traditionnels s'adaptent à de nouveaux outils, techniques et dispositifs d'enseignement.

Les formes d'apprentissage à distance et hybrides sont devenues monnaie courante pendant la pandémie de la Covid-19 afin d'aider à maintenir une scolarité ininterrompue. Aujourd'hui, ces dispositifs sont considérés comme l'avenir de l'éducation.

En fait, de nombreuses écoles ont poussé l'apprentissage numérique au-delà du modèle d'enseignement physique et en ligne en introduisant des cours par le biais de l'intelligence artificielle.

Les banques de cours particuliers et de tuteurs en ligne adoptent également les dernières technologies en matière d'IA, de réalité augmentée, de réalité virtuelle, de robotique et de blockchain.

Chaïma, étudiante étrangère au Lycée français international de Riyad, étudie à la maison le 23 mars 2020, les écoles étant fermées durant la pandémie de la Covid-19 (Photo, AFP).

«Les élèves ont commencé à utiliser l'IA. Son utilisation est une certitude et sa capacité à résoudre des problèmes numériques complexes en physique, en chimie et en mathématiques est appréciable», a déclaré à Arab News Imbesat Ahmad, PDG et cofondateur de Filo, une application de tutorat instantané.

Bien que l'adoption de l'IA dans les écoles du Moyen-Orient n'en soit qu'à ses débuts, Ahmad estime que cette technologie présente des avantages considérables lorsqu'elle est utilisée comme outil d'assistance.

Selon un récent rapport, intitulé «Middle East and Africa EdTech and Smart Classroom Market Forecast to 2027» («Prévisions du marché des technologies éducatives et des salles de classe intelligentes au Moyen-Orient et en Afrique jusqu’en 2027»), publié par ReportLinker, le marché de ces outils dans la région Moyen-Orient et Afrique devrait passer d'environ 3,5 milliards de dollars (1 dollar américain = 0,93 euro) en 2019 à plus de 7,6 milliards de dollars d'ici 2027.

Rien qu'en Arabie saoudite, le marché de l'apprentissage en ligne a atteint 1,6 milliard de dollars en 2021, et les prévisions indiquent qu'il aura plus que doublé d'ici 2027.

Un autre rapport, «Saudi Arabia E-Learning Market: Industry Trends, Share, Size, Growth, Opportunity and Forecast 2022-2027» («Marché de l’apprentissage en ligne en Arabie saoudite: tendances du secteur, part, taille, croissance, opportunités et prévisions 2022-2027»), compilé par IMARC Group, indique que le secteur connaîtra un taux de croissance annuel composé de 16,05% au cours de la même période.

«À bien des égards, les salles de classe traditionnelles ont connu un changement radical», a expliqué Ahmad. «Elles ne sont plus limitées à un tableau blanc et à des figures en 2D, et les enseignants utilisent des vidéos pour mieux expliquer certains sujets.»

Le lancement cette année de KITMEK, la première école numérique interactive du Moyen-Orient enseignée par un professeur d'IA, témoigne de cette tendance. Fonctionnant exclusivement dans un métavers basé sur le jeu, elle propose aux élèves un programme d'études global, de la maternelle à la cinquième année, pour seulement 1 dollar par mois.

KITMEK offre aux enfants défavorisés une éducation gratuite grâce à son programme de parrainage (Photo fournie).

«L'avenir, c'est l'école numérique et les enseignants IA, car ils peuvent dispenser un enseignement de la plus haute qualité, personnalisé en fonction des capacités d'apprentissage de l'enfant», a déclaré Anand Kadian, PDG de KITMEK, à Arab News.

«Tous les secteurs ont connu une révolution numérique et il est temps que le système éducatif évolue.»

En plus de couvrir les matières principales du programme, l'école en ligne offre aux élèves la possibilité de suivre des cours supplémentaires de phonétique, d'aptitudes à la vie quotidienne, de compétences en communication et d'éducation financière.

Les élèves peuvent gagner des pièces de monnaie pendant leurs cours en répondant correctement aux questions, qu'ils peuvent ensuite utiliser pour jouer à des jeux sur la plate-forme.

«Les enfants peuvent apprendre et réapprendre à leur propre rythme et accéder facilement aux classes inférieures pour réviser n'importe quel sujet», a expliqué Kadian.

Anand Kadian, PDG de KITMEK (Photo fournie).

Le programme d'études comprend quatre examens par classe et repose sur un système multilingue en pleine expansion. Accessible sur un téléphone de base sans connexion Internet, la plate-forme offre également aux enfants défavorisés une éducation gratuite grâce à son programme de parrainage.

Selon les recherches de l'Unesco, de l'Unicef et de la Banque mondiale, jusqu'à 70% des enfants des pays à revenu faible ou intermédiaire sont considérés comme étant en situation de «pauvreté éducative», ce qui signifie qu'ils n'ont pas acquis les connaissances de base à l'âge de dix ans.

«Les enfants qui vont à l'école peuvent utiliser cette plate-forme pour payer leurs frais de scolarité et pour ceux qui n'ont pas les moyens d'aller à l'école, cela devient une école à domicile», a indiqué Kadian.

Cependant, malgré les progrès récents des technologies de l'IA dans le secteur, les éducateurs hésitent encore à abandonner complètement l'enseignement en classe.

Manal Hakim, cofondatrice et PDG de Geek Express (Photo fournie).

«L'apprentissage par l'IA est certes une tendance croissante dans l'éducation, mais il ne doit pas être considéré comme un remplacement des méthodes d'enseignement traditionnelles», a déclaré à Arab News, Manal Hakim, cofondatrice et PDG de Geek Express, une école de codage en ligne basée dans la région MENA.

Partisane de l'utilisation de la technologie de l'IA uniquement comme outil d'assistance, elle a signalé qu'«elle peut améliorer l'expérience d'apprentissage et fournir des possibilités d'apprentissage personnalisées, mais elle ne peut pas complètement remplacer les enseignants humains».

Chez Geek Express, les étudiants peuvent apprendre à développer des jeux vidéo, des sites web, des applications et des modèles d'IA en suivant des cours de codage et des camps de programmation à Dubaï, Abu Dhabi et Sharjah.

L'école technologique en ligne, qui propose un programme accrédité pour les élèves de la maternelle à la terminale, offre des cours interactifs en direct où les étudiants peuvent rejoindre des formateurs certifiés par Microsoft sur Zoom afin de développer leurs propres projets dans le cadre d'un parcours d'apprentissage centré sur l'étudiant et basé sur la ludification.

Le marché de ces outils continuant à se développer au Moyen-Orient et en Afrique, Hakim croit qu'il est très probable que l'apprentissage en ligne devienne une composante établie du système éducatif.

«L'intégration de l'apprentissage et des cours en ligne dans les programmes d'enseignement nécessitera une collaboration entre les établissements d'enseignement, les entreprises de technologie de l'information et les décideurs politiques afin de garantir que la technologie et le contenu soient efficaces et répondent aux besoins des étudiants», a-t-elle expliqué.

Pour faciliter une transition rapide des modèles d'enseignement traditionnels vers les modèles numériques, Hakim estime que les établissements d'enseignement pourraient intégrer des plate-formes et des outils d'apprentissage en ligne dans leurs programmes existants afin d'offrir aux étudiants des options d'apprentissage mixte.

Il s'agit d'une combinaison de cours traditionnels en face à face et d'activités d'apprentissage en ligne, telles que des classes virtuelles, des forums de discussion et des conférences vidéo.

Hakim estime également que les écoles pourraient proposer des cours en ligne aux étudiants qui préfèrent étudier à distance. Pour ce faire, elles pourraient collaborer avec des entreprises de technologie de l'information et des plates-formes d'apprentissage en ligne, en accordant des licences sur la technologie et en développant des solutions personnalisées.

«Ces cours et ces programmes peuvent être conçus pour répondre aux mêmes objectifs et résultats d'apprentissage que les cours traditionnels en présentiel», a-t-elle expliqué.

Disable checkingPremium suggestionsDisable checkingPremium suggestionsDisable checkingPremium suggestionsDisable checkingPremium suggestions

EN BREF

• Le marché des technologies de l'éducation au Moyen-Orient et en Afrique devrait passer d'environ 3,5 milliards de dollars en 2019 à plus de 7,6 milliards de dollars d'ici 2027.

• Rien qu'en Arabie saoudite, le marché de l'apprentissage en ligne a atteint 1,6 milliard de dollars en 2021, et les prévisions indiquent qu'il aura plus que doublé d'ici 2027

Malgré la levée des restrictions liées à la pandémie, de nombreux étudiants continuent de s'appuyer sur les cours particuliers en ligne, les examens pratiques et l'apprentissage à la demande afin d’améliorer leurs notes et d’atteindre leurs objectifs éducatifs.

«La tendance des étudiants à opter pour des cours privés en dehors de l'école devrait persister dans les années à venir à cause de la compétitivité croissante des environnements académiques et du désir des étudiants d'obtenir un avantage sur leurs pairs», a expliqué Hakim.

Filo a fait son entrée dans le secteur de l'éducation pendant la pandémie en fournissant un accès à un apprentissage personnalisé en temps réel.

«À une époque où l'apprentissage traditionnel était au point mort, la plate-forme a permis aux étudiants d'accéder non seulement à un “expert académique”, mais aussi à un “expert de domaine” qui a planifié stratégiquement leurs cours pour une étude ininterrompue, ainsi qu'à un “conseiller académique” qui a suivi en permanence les progrès de l'étudiant et lui a fourni des retours en temps réel sur les domaines dans lesquels il devait s'améliorer», a souligné Ahmad, le PDG de Filo.

Selon lui, au fur et à mesure de l'évolution du paysage des technologies de l'éducation au cours des trois dernières années, l'apprentissage synchrone s'est imposé comme le mode d'éducation privilégié par les élèves – une approche soutenue par les parents.

Des élèves irakiens portant des masques vont en classe le premier jour de la nouvelle année scolaire dans la ville de Mossoul, au nord du pays, le 29 novembre 2020, au milieu de la pandémie de la Covid-19 (Photo, AFP).

Offrant aux étudiants l'accès à la plus grande communauté de tuteurs au monde, composée de plus de 60 000 enseignants, Filo affirme être au service d'environ 3,5 millions étudiants dans le monde et dispenser plus de 70 000 cours par jour.

«La plate-forme met les étudiants en contact avec un tuteur en direct dans les 60 secondes, ce qui leur permet de surmonter les obstacles académiques en temps réel, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, tout au long de la semaine et même le dimanche», a avisé Ahmad.

Selon lui, depuis le lancement de la plate-forme en 2020, plusieurs tendances éducatives sont devenues évidentes. «Le comportement des étudiants a évolué, passant de questions spécifiques ou de problèmes numériques à une demande d'explication de l'ensemble du concept par les tuteurs», a-t-il soutenu.

Ils vont même jusqu'à dire: «Expliquons-le au tuteur pour savoir si nous avons bien compris le concept», ce qui démontre l'avantage du tutorat individuel, qui n'est souvent pas disponible dans les salles de classe traditionnelles.

Se référant à un format d'apprentissage qui permet aux étudiants de suivre des cours dans un laps de temps plus court qu'un semestre traditionnel, Ahmad a souligné: «Je pense que l'apprentissage accéléré sera bientôt adapté par les enseignants. Nous pouvons nous attendre à ce qu'il devienne la tendance.»

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

Disable checkingPremium suggestions

Moustapha Barghouti : la loi israélienne sur la peine de mort est un permis de tuer des Palestiniens

Des manifestants se rassemblent devant la Knesset, le parlement israélien, à Jérusalem, le 31 mars 2026, lors d’une manifestation contre l’adoption d’une loi autorisant la peine de mort contre les Palestiniens. (AFP)
Des manifestants se rassemblent devant la Knesset, le parlement israélien, à Jérusalem, le 31 mars 2026, lors d’une manifestation contre l’adoption d’une loi autorisant la peine de mort contre les Palestiniens. (AFP)
Short Url
  • La nouvelle loi israélienne sur la peine de mort pour les Palestiniens est perçue par Moustapha Barghouti comme un instrument légal autorisant des exécutions extrajudiciaires et approfondissant l’apartheid 
  • Barghouti appelle à la résilience palestinienne et à une pression internationale concrète, notamment sanctions et boycott, pour contrecarrer la politique israélienne 

PARIS : Au milieu du fracas de la guerre israélo-américaine contre l’Iran, la question palestinienne semble occultée. Pourtant, sur le terrain, aussi bien à Gaza qu’en Cisjordanie, Israël poursuit son entreprise de destruction et de déshumanisation du peuple palestinien, affranchi de toute contrainte.

Profitant du tumulte mondial, le gouvernement israélien a adopté récemment une loi instaurant la peine de mort par pendaison pour des Palestiniens détenus dans ses prisons. Que signifie pratiquement cette loi pour les Palestiniens, et que cherche Israël par son instauration ?

Le secrétaire général de l’Initiative nationale palestinienne, Moustapha Barghouti, explique à Arab News en français que cette loi « marque un tournant d’une gravité historique ».

D’une voix calme, mais empreinte de conviction et de fermeté, le médecin et dirigeant politique palestinien ne mâche pas ses mots : « Cette loi n’est pas seulement un instrument juridique supplémentaire dans l’arsenal israélien, mais l’expression d’une dérive politique profonde qui autorise ouvertement l’élimination des Palestiniens. »

« Ce qui se passe n’est pas simplement l’adoption d’une loi », insiste-t-il. « Ce que nous voyons aujourd’hui est une dérive fasciste en Israël. »

À la tête de l’Initiative nationale palestinienne, qui n’a pas d’aile armée, Barghouti s’est imposé au fil du temps comme le porte-voix de la cause palestinienne, avec comme marque de fabrique une intonation de voix douce et incisive à la fois, souvent déstabilisante pour ses contradicteurs.

Barghouti attribue l’initiative de ce texte de loi au ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, figure de l’extrême droite radicale, mais il souligne que « le problème dépasse largement un seul homme. »

Selon ce communiquant hors pair, doublé d’un homme politique d’une profonde connaissance des arcanes de la politique israélienne, la véritable alerte réside dans le soutien massif dont la loi a bénéficié au Parlement israélien.

« Près des deux tiers des députés de la Knesset ont voté en sa faveur, y compris certains représentants de l’opposition, comme Avigdor Lieberman », un consensus qui révèle, selon lui, « une transformation plus profonde de la société israélienne. »

« La loi n’est qu’un symptôme, car la dérive fasciste de la société israélienne est aujourd’hui très avancée », affirme-t-il.

Cette évolution se manifeste à travers plusieurs phénomènes simultanés : la guerre menée à Gaza, l’intensification de la colonisation en Cisjordanie et, désormais, l’adoption d’une législation qui viserait spécifiquement les prisonniers palestiniens.

Pour Barghouti, la portée réelle de la loi dépasse la question de la peine de mort elle-même, car dans les faits, elle institue « une justice fondamentalement discriminatoire ». « Cette loi approfondit le système d’apartheid », affirme-t-il.

Selon cette logique, un Palestinien accusé d’avoir tué un Israélien pourrait être condamné à mort, mais lorsqu’un Israélien tue un Palestinien, affirme Barghouti, « l’impunité est souvent la règle. »

Pour lui, la loi fonctionne comme « un permis de tuer des Palestiniens » et légitime également, selon lui, « les exécutions extrajudiciaires déjà observées sur le terrain. »

Barghouti estime qu’entre mille et deux mille Palestiniens à Gaza ont déjà été victimes d’exécutions extrajudiciaires, de même en Cisjordanie, où il évoque de nombreux cas de tirs mortels sans poursuites judiciaires, dont l’assassinat récent d’une famille civile dans la région de Tubas.

Interrogé sur les détenus concernés par la loi, Barghouti se montre catégorique : « Tous les prisonniers palestiniens sont menacés », affirme-t-il. Même ceux qui ont déjà été jugés pourraient voir leurs dossiers rouverts si « les autorités israéliennes décident de réexaminer certaines affaires. »

Environ 10 000 Palestiniens sont aujourd’hui détenus dans les prisons israéliennes, parmi lesquels 300 enfants et 75 femmes. Un grand nombre d’entre eux sont détenus sous le régime de la détention administrative, qui permet d’emprisonner une personne sans inculpation ni procès, pour des périodes renouvelables.

Les conditions de détention sont particulièrement dures : « Ils sont privés de soins, soumis à la faim, aux abus et à des conditions extrêmement difficiles », explique Barghouti.

Depuis le 7 octobre, affirme-t-il, 90 prisonniers palestiniens seraient morts en détention. Depuis 1967, le nombre total de détenus morts dans les prisons israéliennes atteindrait 322.

La situation dans la bande de Gaza reste, selon Mustafa Barghouti, catastrophique. Il affirme qu’Israël n’a jamais véritablement respecté le cessez-le-feu annoncé.

Depuis son entrée en vigueur, 720 Palestiniens auraient été tués et plus de 2 000 blessés, alors que les bombardements continuent quotidiennement, y compris au cœur de la ville de Gaza.

Mais l’aspect le plus dramatique, selon lui, concerne la situation humanitaire. L’accord de cessez-le-feu prévoyait l’entrée de 600 camions d’aide humanitaire par jour ; or, selon Barghouti, les livraisons restent très en deçà de ce chiffre, puisque certains jours, explique-t-il, à peine 56 camions ont été autorisés à entrer.

Plus grave encore, aucun matériel médical n’aurait été autorisé à entrer depuis le début du cessez-le-feu : « Des hôpitaux entiers risquent de cesser de fonctionner », avertit-il. Même les dentistes, dit-il, ont récemment lancé un appel pour signaler qu’ils ne disposaient plus de matériel de base pour traiter leurs patients.

En Cisjordanie, la situation n’est guère plus réjouissante. Barghouti décrit une situation d’escalade permanente : les raids militaires et les arrestations se poursuivent quotidiennement, et les attaques de colons armés se multiplient.

Barghouti assure que ces groupes agissent avec la protection de l’armée israélienne et affirme que 71 communautés palestiniennes ont déjà été expulsées de leurs terres.

Ces expulsions, souligne-t-il, s’inscrivent dans une stratégie visant à s’emparer progressivement de la Cisjordanie, dont « Israël contrôle désormais plus de 40 % ».

Face à cette situation, Mustafa Barghouti balaye du revers de la main un changement interne en Israël : « Cette société s’est tournée vers le fascisme », affirme-t-il.

Pour lui, deux facteurs seront déterminants pour l’avenir. Le premier est la résilience du peuple palestinien sur sa terre, car « le projet sioniste ne peut réussir que s’il parvient à expulser les Palestiniens de leur terre, comme en 1948. »

Le second facteur est la pression internationale. Barghouti estime que les déclarations et condamnations ne suffisent plus : « Israël ne se laissera pas dissuader par des discours. »

La seule solution, selon lui, serait l’imposition de sanctions internationales et d’un boycott global d’Israël.

Malgré la dureté du contexte, Barghouti affirme ne pas se sentir seul : « Ma relation n’est pas avec les gouvernements », conclut-il, « ma relation est avec les peuples, et je sais que les peuples comprennent ce qui se passe. »


Des débris tombent près d’installations énergétiques saoudiennes après l’interception de missiles balistiques

Tôt mardi matin, heure locale, le ministère n’avait pas précisé quelles installations énergétiques étaient en cours d’évaluation. (AFP/Archives)
Tôt mardi matin, heure locale, le ministère n’avait pas précisé quelles installations énergétiques étaient en cours d’évaluation. (AFP/Archives)
Short Url
  • L’Iran poursuit ses attaques contre les pays du Golfe alors que l’ultimatum du président américain Donald Trump approche
  • Les Émirats arabes unis ont activé leur défense aérienne mardi matin, tandis que Bahreïn a déclenché ses sirènes d’alerte missile

RIYAD : L’évaluation des dégâts était toujours en cours tôt mardi, l’Arabie saoudite indiquant que des débris de missiles balistiques interceptés étaient tombés « à proximité » d’installations énergétiques.

« Le porte-parole du ministère de la Défense, le général de division Turki Al-Malki, a déclaré que sept missiles balistiques lancés en direction de la région orientale ont été interceptés et détruits, et que des débris sont tombés à proximité d’installations énergétiques », a rapporté l’agence de presse saoudienne.

Outre ces sept missiles, le ministère de la Défense du royaume a indiqué que trois autres missiles balistiques visant la province orientale avaient également été interceptés, dans un message publié sur les réseaux sociaux.

L’Iran tire des missiles et des drones contre le royaume et d’autres pays arabes du Golfe depuis que Israël et les États-Unis ont lancé des frappes militaires contre Téhéran le 28 février.

Téhéran a partiellement assoupli son blocage du détroit d’Ormuz pour certains trafics, mais ses actions dans cette voie maritime stratégique ont fait grimper les prix de l’énergie, avec des répercussions sur les économies mondiales.

Les pays du Golfe ont condamné les attaques iraniennes contre des infrastructures énergétiques vitales, tandis que de nombreux autres États ont critiqué les méthodes de Téhéran durant le conflit.

L’Iran a également visé Israël ainsi que des intérêts américains dans la région.

Le président américain Donald Trump a fixé un ultimatum à l’Iran pour accepter un accord, menaçant de « représailles sévères » en cas de non-respect de l’échéance fixée à mardi 20h (EDT).

« Nous avons un plan, et grâce à la puissance de notre armée, chaque pont en Iran pourrait être détruit d’ici demain minuit », a-t-il déclaré.

L’Iran a rejeté la pression américaine pour rouvrir rapidement le détroit, tout en affirmant vouloir une solution durable au conflit.

Attaques matinales

Des militants ont signalé de nouvelles frappes visant la capitale iranienne, Téhéran, tôt mardi matin.

Les Émirats arabes unis ont activé leur défense aérienne, tandis que Bahreïn a déclenché ses sirènes d’alerte face à une nouvelle salve de tirs iraniens.

Deux personnes ont été tuées dans la région kurde d’Irak après qu’un drone, que les autorités attribuent à l’Iran, a frappé une habitation.

Le drone a frappé une maison dans le village de Zargazawi, dans la province d’Erbil, tôt mardi, a déclaré la Direction de la lutte contre le terrorisme de la région kurde du nord dans un communiqué. Les autorités ont condamné cette attaque, la qualifiant de violation du droit international.

Cette frappe intervient alors que les forces iraniennes et des milices alliées ciblent plusieurs zones du Kurdistan irakien avec une vague de drones, roquettes et missiles. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com 


Une frappe vise la banlieue sud de Beyrouth après un avertissement israélien

Des personnes déplacées sont assises devant leurs tentes dans un campement informel installé le long du front de mer de Beyrouth, le 6 avril 2026. (AFP)
Des personnes déplacées sont assises devant leurs tentes dans un campement informel installé le long du front de mer de Beyrouth, le 6 avril 2026. (AFP)
Short Url
  • Plusieurs immeubles visés par de récentes frappes sont totalement détruits
  • Des employés municipaux balayent les débris de verre sur les trottoirs et d'autres fragments jonchent certaines rues

BEYROUTH: Israël a visé lundi la banlieue sud de Beyrouth, au lendemain de raids meurtriers sur la capitale et ses environs, alors que le bilan humain de la guerre avec le Hezbollah approche des 1.500 morts.

Un épais panache de fumée s'est élevé de la banlieue sud, sous contrôle du Hezbollah et vidée de la quasi-totalité de ses habitants depuis le 2 mars.

L'armée israélienne a affirmé avoir visé "des cibles terroristes du Hezbollah à Beyrouth".

Dans la banlieue sud, seuls quelques commerces restent ouverts, selon une journaliste de l'AFP sur place.

Plusieurs immeubles visés par de récentes frappes sont totalement détruits. Des employés municipaux balayent les débris de verre sur les trottoirs et d'autres fragments jonchent certaines rues.

Une station-service de la compagnie al-Amana, accusée par Israël d'être contrôlée par le Hezbollah, est calcinée.

Des portraits de l'ayatollah Ali Khamenei, tué au début de la guerre dans une frappe américano-israélienne en Iran et présenté comme le "martyr de la nation", ornent les principales artères.

Le long de la route menant à la banlieue sud, des habitants ont installé des tentes où ils dorment, allant inspecter leurs maisons entre deux avertissements israéliens.

Dimanche, Israël avait intensifié ses bombardements sur la banlieue sud et la capitale elle-même. Une frappe en face du principal hôpital public du Liban avait fait cinq morts, selon le ministère de la Santé.

"Force al-Qods" 

Une autre frappe sur un appartement dans une zone à l'est de la capitale, jusque-là épargnée par les violences, a tué trois personnes, dont un responsable local des Forces libanaises (FL), un parti chrétien opposé au Hezbollah, et sa femme.

Le chef des FL Samir Geagea a affirmé que "les Israéliens visaient un membre de la force al-Qods", chargée des opérations extérieures des Gardiens de la Révolution iraniens, qui semble avoir échappé à la frappe.

Le Premier ministre libanais Nawaf Salam avait déclaré que les Gardiens de la Révolution dirigeaient les opérations du Hezbollah dans sa guerre contre Israël.

L'armée israélienne a affirmé lundi qu'elle avait frappé une "cible terroriste" à l'est de Beyrouth et ajouté qu'elle examinait l'incident "après des informations sur des victimes parmi des civils libanais non impliqués dans les combats".

Le Hezbollah a entraîné le Liban dans la guerre régionale le 2 mars en menant une attaque contre Israël en représailles à la mort d'Ali Khamenei.

Depuis, Israël mène des frappes massives sur le pays ayant fait 1.497 morts et plus de 4.600 blessées, selon les autorités, et déplacé plus d'un million de personnes.

"Maisons inhabitables" 

Des frappes israéliennes ont également visé le sud et l'est du Liban. Dans le sud, quatre personnes ont été tuées dans un raid sur une voiture à Kfar Roummane, près de Nabatiyeh, a indiqué le ministère de la Santé.

Dans la localité de Bourj Rahal, près de Tyr, un correspondant de l'AFP a vu des immeubles détruits et des débris jonchant les rues.

"Le premier bilan est de 15 maisons endommagées, qui ne sont plus habitables", a dit à l'AFP le maire de la ville Daoud Ezzedine.

"Les habitants veulent revenir chez eux, mais ils ne pourront pas malheureusement", a-t-il ajouté.

Le ministère de la Santé a aussi annoncé que deux secouristes du Comité islamique de la santé, affilié au Hezbollah, avaient été tués par une frappe israélienne dimanche, portant à 57 le nombre de secouristes tués depuis le début de la guerre.

Le chef de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, a affirmé sur X que l'OMS avait enregistré "92 attaques contre des établissements de santé, des véhicules médicaux, du personnel soignant et des entrepôts" depuis le début de la guerre.

Par ailleurs, le principal poste-frontière reliant le Liban à la Syrie, point de passage vital entre les deux pays, était toujours fermé lundi, après des menaces israéliennes de le viser samedi soir.

Ce passage "restera fermé, jusqu'à ce qu'on reçoive des garanties qu'il ne sera pas visé", a dit à l'AFP un responsable du ministère libanais des Transports, Ahmad Tamer.