Le monde arabe est-il prêt à entrer dans l'ère incertaine des outils web menés par l'IA?

Des milliers de personnes ont assisté à la conférence Leap 2023 qui s'est tenue en février à Riyad (Photo fournie).
Des milliers de personnes ont assisté à la conférence Leap 2023 qui s'est tenue en février à Riyad (Photo fournie).
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Publié le Jeudi 09 mars 2023

Le monde arabe est-il prêt à entrer dans l'ère incertaine des outils web menés par l'IA?

  • «Points de basculement» en matière d'intelligence artificielle, ChatGPT et Bard sont porteurs de défis et de possibilités inédits
  • Les pays arabes devront faire face au potentiel des outils de chatbot en matière de suppression et de création d’emplois

DUBAI/RIYAD: La startup OpenAI de la Silicon Valley a fait sensation en lançant ChatGPT, un outil de chatbot mené par l'intelligence artificielle et capable de formuler des réponses détaillées, semblables à celles d'un être humain, sur une gamme apparemment illimitée de sujets. Rétrospectivement, ce n'était que le début annonciateur d’un renouveau en matière d’IA.

Google a depuis annoncé son propre outil web, Bard, dans le but de concurrencer le succès viral de ChatGPT. Les deux outils reposent sur de grands modèles de langage, formés à partir de vastes quantités de données de manière à générer des réponses impressionnantes aux questions des utilisateurs.

Les conversations avec ChatGPT – GPT signifie «transformeur génératif pré-entraîné» – montrent que le programme est capable d'expliquer des concepts scientifiques complexes, d'écrire des pièces de théâtre et de la poésie, de composer des dissertations universitaires et même de créer des lignes de code informatique fonctionnelles.

Ces programmes peuvent tenir une conversation avec n'importe quel utilisateur humain, quelle que soit son expérience ou sa formation en informatique. Ils ont rédigé de faux rapports scientifiques suffisamment convaincants pour tromper les scientifiques et ont même été utilisés pour écrire un livre pour enfants.

Décrit par certains experts comme un «point de basculement» dans la technologie de l'intelligence artificielle, ChatGPT répond à des «questions en langage naturel sur n'importe quel sujet et donne des réponses approfondies qui se lisent comme si elles avaient été écrites par un humain», selon le Forum économique mondial.

Les conversations avec ChatGPT – GPT signifiant «transformeur génératif pré-entraîné» – montrent que le programme est capable d'expliquer des concepts scientifiques complexes (Photo, AFP).

Cependant, les outils Web d'OpenAI et de Google, soutenus par Microsoft, ont suscité des craintes quant à leur utilisation potentielle pour diffuser de la désinformation, orchestrer des escroqueries sophistiquées de type hypertrucage «deep fake», tricher aux examens scolaires et même supprimer des emplois d'écrivain, rendant les auteurs, les journalistes et les professionnels du marketing inutiles.

La façon dont la technologie est accueillie, réagit et est finalement réglementée sera suivie de près par plusieurs pays arabes du Golfe, dont beaucoup ont lancé leurs propres stratégies nationales d'adoption et d'investissement dans l'IA.

L'Arabie saoudite a lancé sa stratégie nationale pour les données et l'intelligence artificielle en octobre 2020, visant à faire du pays un leader mondial dans ce domaine, alors qu'il cherche à attirer 20 milliards de dollars (1 dollar américain = 0,95 euro) d'investissements étrangers et nationaux d'ici 2030.

L’Arabie saoudite vise également à transformer sa main-d'œuvre en formant et en développant des équipes de 20 000 spécialistes de l'IA et des données.

Les Émirats arabes unis ont également fait de l’investissement dans l'IA une priorité absolue, devenant le premier pays au monde à nommer un ministre d'État chargé de l'intelligence artificielle. Omar Sultan al-Olama a pris ses fonctions en octobre 2017 dans le but de diriger l'économie numérique en expansion des Émirats arabes unis.

Le Moyen-Orient devrait bénéficier de 2% des avantages mondiaux de l'IA d'ici la fin de la décennie, soit 320 milliards de dollars. L'IA devrait apporter plus de 135,2 milliards de dollars à l'économie saoudienne, selon le réseau britannique PwC.

Le robot humanoïde Ameca accueille les visiteurs au musée du futur de Dubaï (Photo, AFP).

Fondée fin 2015, OpenAI est dirigée par Sam Altman, un entrepreneur de 37 ans et ancien président de l'incubateur de startups Y Combinator. L'entreprise est surtout connue pour ses logiciels de création automatisée GPT-3 pour la génération de textes et DALL-E pour la génération d'images.

OpenAI a longtemps compté sur le soutien financier de leaders de l'industrie technologique, notamment le cofondateur de LinkedIn, Reid Hoffman, l'investisseur Peter Thiel et le patron de Tesla, Elon Musk, qui a siégé au Conseil d'administration de la start-up jusqu'en 2018.

En janvier de cette année, la multinationale Microsoft a augmenté son investissement initial de 2019 dans l'entreprise de 1 milliard de dollars à 10 milliards de dollars, ce qui signifie que l'entreprise OpenAI est maintenant évaluée à environ 29 milliards de dollars.

Le produit phare de Google – le moteur de recherche en ligne – serait confronté à son plus grand défi depuis son lancement en 1996. Des rapports affirment que l'énorme attention suscitée par ChatGPT a incité la direction de Google à déclarer une situation de «code rouge» pour son activité de recherche.

ChatGPT est utilisé pour obtenir des réponses à des questions que de nombreuses personnes auraient auparavant cherché sur l'outil de recherche phare de Google. Le mois dernier, Microsoft a annoncé que la prochaine version de son moteur de recherche Bing serait menée par OpenAI. Une nouvelle version du navigateur web Edge est également prévue, avec une technologie de chat OpenAI dans une fenêtre pour aider les utilisateurs à naviguer et à comprendre les pages web.

Malheureusement pour Google, Bard a connu des débuts embarrassants au début du mois de février, lorsqu'une vidéo de démonstration du chatbot a montré qu'il donnait une mauvaise réponse à une question sur le télescope spatial James Webb.

«ChatGPT est en effet très intéressant», a déclaré à Arab News Noaman Sayed, un professionnel de la technologie basé à Dubaï et cofondateur du site d'achat en ligne DeenSquare.

«Dans le passé, chaque innovation et chaque progrès a fait l'objet de discussions en rapport avec les préoccupations, qu'il s'agisse des avions, des voitures, des téléphones portables, de l'internet, de Google, de YouTube, des réseaux sociaux et bien d'autres choses encore.

«Avec le recul, nous pouvons tous dire qu'ils nous ont non seulement facilité la vie, mais qu'ils sont également considérés comme la norme aujourd'hui. Je suis très optimiste et je crois qu'avec le temps et le développement, ChatGPT nous facilitera également la vie et deviendra la norme.»

Cependant, tout le monde n'est pas aussi optimiste que Sayed. Compte tenu de la rapidité des changements technologiques en cours, de nombreux travailleurs craignent que leurs emplois professionnels ne soient bientôt entièrement remplacés par des machines, de la même manière que les précédentes vagues d'automatisation ont éliminé des emplois agricoles et manufacturiers.

De nombreux experts du secteur estiment que ces pertes d'emploi seront probablement compensées par une augmentation du nombre de nouveaux rôles qualifiés dans la conception, la construction et l'entretien des produits d'IA, ce qui nécessitera un changement dans le type d'éducation que les gouvernements devraient fournir à leur future main-d'œuvre.

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EN CHIFFRES

- 119,78 milliards de dollars: la valeur estimée du marché mondial de l'IA en 2022.

 

- 15,7 milliards de dollars: la contribution attendue de l'IA à l'économie mondiale d'ici 2030.

 

- 13x la croissance prévue de l'industrie de l'IA au cours des 8 prochaines années.

 

- 97 millions: le nombre prévu de personnes travaillant dans le domaine de l'IA d'ici 2024.

Bien que Sayed reconnaisse que l'IA modifiera la façon dont les gens interagissent et communiquent, il est convaincu que les humains «apprendront à s'adapter aux changements au fil du temps», de la même façon qu'ils ont accepté et se sont adaptés aux avancées technologiques passées. À bien des égards, c'est déjà le cas.

«Au cours des dernières années, certains d'entre nous ont peut-être déjà été confrontés à une forme de produit d'IA, consciemment ou inconsciemment, lors de nos discussions avec les centres d'appels, les chatbots des sites web, les opérations chirurgicales dans les hôpitaux, Siri, Alexa, certains produits Google, certains constructeurs automobiles et bien d'autres encore», a-t-il précisé.

Au-delà du futur marché de l'emploi, les chatbots créent également des maux de tête pour les établissements d'enseignement. Certains établissements d'enseignement supérieur ont réintroduit des tests sur papier afin d’empêcher les étudiants d'utiliser l'IA pendant les examens, après que certains d'entre eux ont été surpris en train d'utiliser des chatbots pour répondre à des questions d'examen.

Le département de l'éducation de la ville de New York a interdit ChatGPT sur ses réseaux en raison de «préoccupations concernant les effets négatifs sur l'apprentissage des élèves». Un groupe d'universités australiennes a également déclaré qu'il modifierait les formats d'examen pour empêcher la tricherie par IA.

Le 27 janvier, l’Institut d'études politiques de Paris, l'une des plus prestigieuses universités françaises, a annoncé que tout étudiant (e) ayant utilisé le chatbot s'exposerait à des «sanctions pouvant aller jusqu'à l’exclusion de l'établissement, voire de l'enseignement supérieur».

Grâce aux données recueillies sur le web, ChatGPT a même pu passer des examens à la faculté de droit de l'université du Minnesota après avoir rédigé des dissertations sur des sujets allant du droit constitutionnel à la fiscalité et à la responsabilité civile – il aurait obtenu une note de C+.

Certaines entreprises commercialisent désormais des programmes qu'elles prétendent capables d'intercepter un texte rédigé par l'intelligence artificielle afin d'empêcher la tricherie.

Le Moyen-Orient devrait bénéficier de 2% des retombées mondiales de l'IA d'ici la fin de la décennie, ce qui équivaut à 320 milliards de dollars (Photo, Shutterstock).

Malgré la tentation de compter sur ces programmes pour répondre aux questions d'examen, remplacer les moteurs de recherche existants ou fournir une couverture médiatique impartiale, Jenna Burrell, directrice de recherche à Data & Society, un organisme de recherche indépendant à but non lucratif basé en Californie, estime qu'il faut prendre les réponses de ChatGPT avec un léger sentiment d'incrédulité.

«ChatGPT simplifie les choses et il est amusant à utiliser. Il peut être très utile pour les journalistes», a indiqué Burrell lors d'un récent webinaire sur l'impact de la technologie sur le travail des professionnels des médias. Cependant, les informations qu'il fournit «ne sont pas à jour... (et) le besoin de vérification des faits s’impose».

Selon Burrell, l'IA ne pourra pas remplacer tous les emplois professionnels, puisqu’elle ne peut pas complètement imiter l'innovation, la créativité, le scepticisme et le raisonnement humain.

En outre, ChatGPT, qui est basé sur des «grands modèles de langage», n'est pas la seule forme émergente d'IA – et il n’est pas nécessairement la forme la plus sophistiquée. L'apprentissage par renforcement, les réseaux antagonistes génératifs (RAG) et l'IA symbolique sont autant de modèles alternatifs qui le suivent de près.

«Les grands modèles de langage sont entraînés en y introduisant des milliards de mots de textes quotidiens, provenant de sources allant des livres aux tweets et à tout ce qui existe entre les deux. Les grands modèles de langage s'appuient sur tout ce matériel pour prédire des mots et des phrases dans certaines séquences», ont clarifié Dan Milmo et Alex Hern, rédacteurs techniques du journal britannique Guardian, dans un article récent.

«Les grands modèles de langage ne comprennent pas les choses au sens classique du terme, et leur qualité et leur précision dépendent des informations qui leur sont fournies. Ce sont essentiellement des machines qui font correspondre des modèles. La question n'est pas de savoir si le résultat est “vrai”, tant qu'il correspond au modèle.»

Interrogé directement par Arab News pour savoir s'il envisageait à terme de remplacer les rédacteurs humains, ChatGPT s'est montré rassurant, semblant reconnaître ses propres limites créatives et analytiques sur un ton qui pourrait être interprété comme de la modestie.

«Mes capacités se limitent à générer du texte sur la base de modèles et de schémas que j'ai vus au cours de ma formation sur les données textuelles», a répondu ChatGPT.

«Les auteurs humains apportent une créativité, une émotion et une perspective personnelle que je ne suis pas en mesure de reproduire. En outre, les auteurs humains sont capables d'interpréter, d'analyser et d'apporter leur propre point de vue et leur propre vision à un texte.»

ChatGPT a affirmé qu'il était programmé pour «aider» à la création de contenu sur les réseaux sociaux, les blogs et les sites web et pour rédiger des plans d'affaires, des rapports, des courriels et des présentations, des documents juridiques tels que des contrats, des rapports et des résumés médicaux, ainsi que des réponses aux demandes de renseignements et aux réclamations des clients.

Malgré ses nombreuses applications possibles, du divertissement au diagnostic médical, et son immense potentiel d'investissement, avec des prévisions évaluées à des milliers de milliards de dollars, l'ère de l'IA reste marquée par l'inquiétude.

Scott Nowson, responsable de l'intelligence artificielle chez PwC Moyen-Orient, a déclaré à Arab News lors de la conférence technologique Leap qui s'est tenue à Riyad début février: «La confiance est la clé d'une expansion sûre de l'utilisation des solutions d'IA dans le monde.»

Si certaines compétences et certaines tâches se prêtent mieux à l'automatisation grâce à la technologie, l'utilisation de l'IA «dépend toujours de l'intelligence et de la conscience humaines», a-t-il ajouté.

Nowson a ajouté: «L'IA suscite autant d'optimisme que de pessimisme. Les gens pensent que l'IA nous remplacera complètement, alors que je ne le crois pas du tout. Je pense que plusieurs générations nous séparent du moment où l'IA dépassera les capacités humaines.»

Alors que les pays du Golfe poursuivent leurs stratégies nationales en matière d'IA et créent des écoles pour former la prochaine génération de développeurs technologiques, ce n'est qu'une question de temps avant que des produits similaires ne fassent leur apparition sur le marché régional.

Sayed, cofondateur de DeenSquare, s'attend à ce que les gouvernements, les entreprises et les développeurs technologiques du Golfe suivent avec intérêt la croissance et les applications des outils menés par l'IA.

 «Je suis certain que lors de leurs prochaines réunions d'examen de la stratégie, les dernières tendances seront discutées afin de voir comment elles peuvent contribuer aux stratégies des pays du golfe à tirer profit de ces technologies», a-t-il soutenu.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

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Le CCG visé par 83 % des missiles et des drones iraniens, Israël n'ayant reçu que 17 % des bombardements lancés par l'Iran

De la fumée s'élève de la zone de l'aéroport international du Koweït après qu'un drone ait frappé un dépôt de carburant, le 25 mars 2026. (AFP)
De la fumée s'élève de la zone de l'aéroport international du Koweït après qu'un drone ait frappé un dépôt de carburant, le 25 mars 2026. (AFP)
De la fumée s'élève de la zone de l'aéroport international du Koweït après qu'un drone ait frappé un dépôt de carburant le 25 mars 2026. (AFP)
De la fumée s'élève de la zone de l'aéroport international du Koweït après qu'un drone ait frappé un dépôt de carburant le 25 mars 2026. (AFP)
 De la fumée s'élève d'un immeuble après une attaque de drone à Koweït City, le 8 mars 2026. (AFP)
De la fumée s'élève d'un immeuble après une attaque de drone à Koweït City, le 8 mars 2026. (AFP)
Un panache de fumée s'élève après une attaque iranienne dans le quartier industriel de Doha, le 1er mars 2026. (AFP)
Un panache de fumée s'élève après une attaque iranienne dans le quartier industriel de Doha, le 1er mars 2026. (AFP)
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  • Les affirmations de Téhéran sont démenties par les faits : ses voisins du Golfe sont confrontés à 83 % de son barrage de missiles et de drones, contre 17 % pour Israël
  • Le premier jour, des missiles ou des débris d'armes iraniennes interceptées ont frappé l'aéroport de Dubaï, le célèbre hôtel Burj Al-Arab, le port de Jebel Ali et l'île artificielle de Palm Jumeirah

LONDRES : Dès le début de la guerre conjointe américano-israélienne contre l'Iran le 28 février, les États du Conseil de coopération du Golfe ont été choqués de se retrouver à l'extrémité réceptrice des violentes représailles de Téhéran.

Ils n'avaient pas été impliqués dans les attaques surprises, ni même consultés à ce sujet. Pourtant, le 1er mars, les six États du CCG avaient été attaqués.

Comme l'indique un rapport publié mercredi par le Stimson Center, basé à Washington : "Le conflit entre les États-Unis, Israël et l'Iran, qui en est à sa quatrième semaine, s'est transformé en une guerre cauchemardesque et en escalade qu'aucun membre du Conseil de coopération du Golfe n'a souhaitée.

Pire encore, il est rapidement apparu que les tirs de barrage de l'Iran visaient principalement les infrastructures civiles, et non les bases américaines que l'Iran prétendait être ses objectifs principaux.

Le premier jour, des missiles ou des débris d'armes iraniennes interceptées ont frappé l'aéroport de Dubaï, le célèbre hôtel Burj Al-Arab, le port de Jebel Ali et l'île artificielle de Palm Jumeirah.

Ce jour-là, l'Iran a tiré 137 missiles et 209 drones sur les Émirats arabes unis, dans une tentative évidente de saper leur réputation de havre de paix pour les touristes, les entreprises et les investisseurs.

L'Arabie saoudite, Bahreïn et le Qatar ont également été attaqués dès les premiers jours du conflit.

L'Iran a prétendu ne viser que les sites militaires liés aux États-Unis. Mais au cours des jours et des semaines qui ont suivi, un schéma indéniable d'attaques contre des infrastructures civiles a commencé à se dessiner, avec pour cibles en Arabie saoudite la raffinerie de pétrole de Ras Tanura, des installations d'Aramco et le champ pétrolifère de Shaybah.

Le ministère saoudien de la défense rapporte que de nombreux drones se dirigeant vers Riyad ont été interceptés.

"Je sortais avec mon petit garçon quand nous avons soudain entendu l'explosion", a déclaré à l'AFP un Jordanien résidant à Riyad le 28 février.

"Les gens autour de nous regardaient le ciel, essayant de comprendre ce qui se passait. Ce n'est pas quelque chose auquel on s'attend à Riyad".

Aucun des États du CCG ne s'attendait à cela, ni ne pensait le mériter.

Même Oman, qui avait servi de médiateur lors des pourparlers positifs entre l'Iran et les États-Unis qui ont immédiatement suivi les attentats, a été touché. Depuis le 3 mars, plusieurs attaques ont été menées contre des infrastructures pétrolières et d'autres installations civiles dans le pays.

Les derniers chiffres révèlent aujourd'hui le prix extrêmement disproportionné que les États du Golfe paient pour une guerre qu'ils n'ont pas déclenchée, qu'ils n'ont pas voulue et dans laquelle ils n'ont rien à voir.

Depuis le 28 février, les États du CCG ont subi 4 391 attaques de drones et de missiles iraniens, soit 83 % du total des tirs.

Israël, en revanche, qui a déclenché la guerre et bombarde l'Iran quotidiennement depuis un mois, a été la cible de 930 missiles et drones, soit seulement 17 % du total des tirs.

Ce chiffre soulève des questions quant aux véritables motivations de l'Iran, étant donné que depuis plus de quarante ans, Téhéran qualifie Israël de "Petit Satan" et appelle à sa destruction et à son anéantissement.

Les Émirats arabes unis, qui ont fait l'objet de 2 156 attaques, figurent en tête de liste des pays visés. Onze résidents ont été tués, dont deux jeudi lorsque leur voiture a été touchée par la chute de débris d'un missile intercepté.

Jusqu'à présent, l'Arabie saoudite a fait face à 723 drones et missiles, qui ont fait deux morts et plusieurs blessés.

La plupart des missiles tirés sur le CCG ont été interceptés. Hormis les attaques occasionnelles de drones menées par les Houthis au Yémen, c'est la première fois que les systèmes de défense aérienne des États du Golfe ont été correctement testés, et ils l'ont été avec brio.

Mais c'est l'intention qui se cache derrière ces attaques quotidiennes qui suscite la colère des gouvernements de toute la région. On peut se demander quelles sont les véritables intentions de l'Iran et s'il considère la paix, la tolérance et la prospérité des autres pays musulmans du Golfe, en général, comme la plus grande menace qui pèse sur son existence.

Bien qu'il affirme n'avoir visé que des sites supposés liés aux forces américaines, "il est très clair que l'Iran a ciblé des éléments clés de l'infrastructure civile", a déclaré à Arab News Chris Doyle, directeur du Council for Arab-British Understanding (Conseil pour la compréhension arabo-britannique).

"Il n'est donc pas crédible de faire ce genre d'affirmation.

L'objectif des dirigeants iraniens, a-t-il ajouté, "est de survivre dans une guerre qu'ils considèrent comme existentielle. Ils souhaitent donc rendre cette guerre aussi douloureuse que possible pour les États-Unis, et leurs options sont limitées étant donné que, sur le plan conventionnel, les États-Unis et Israël sont de loin supérieurs".

En conséquence, "il a dû ouvrir un front militaire très large pour forcer les États-Unis et leurs alliés à défendre un large éventail de cibles, désormais réparties dans 12 pays, et à exiger un prix économique pour ce qui se passe".

"Le but de leur ciblage est donc de s'assurer que les Etats-Unis cherchent leur stratégie de sortie plus tôt que plus tard, et de les forcer à s'asseoir à la table des négociations.

Il ajoute que ce n'est pas une coïncidence si, parmi les États du CCG, ce sont les Émirats arabes unis qui ont été les plus visés.

"On peut supposer que c'est en partie parce que les EAU sont si proches d'Israël, qu'ils ont normalisé leurs relations avec Israël et qu'ils entretiennent des liens si étroits que l'Iran les considère comme une cible privilégiée, alors qu'il se méfie un peu plus des autres États du Golfe, qu'il n'a pas ciblés dans la même mesure.

Caroline Rose, directrice du New Lines Institute, a déclaré que la stratégie de Téhéran consistait à "démontrer sa capacité à saper rapidement la sécurité dans l'ensemble de la région".

"Cette stratégie a été adoptée en partant du principe que les États du CCG feraient immédiatement pression sur les États-Unis pour qu'ils cessent leurs frappes, qu'ils acceptent un accord et qu'ils créent une distance supplémentaire avec Israël.

"Toutefois, cette stratégie s'est probablement retournée contre eux, car des pays comme l'Arabie saoudite ont annulé les politiques permettant aux forces américaines d'opérer à partir de leur territoire et certains envisagent d'entrer en guerre".

Mercredi, le Conseil des droits de l'homme des Nations unies a approuvé une résolution présentée par les États du CCG et la Jordanie, condamnant les actions "flagrantes" de l'Iran et exigeant des réparations pour les dommages considérables et les pertes humaines subis.

Le même jour, dans une déclaration commune, l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Koweït, le Bahreïn, le Qatar et la Jordanie ont condamné "dans les termes les plus forts les attaques iraniennes flagrantes, qui constituent une violation flagrante de leur souveraineté, de leur intégrité territoriale, du droit international, du droit humanitaire international et de la Charte des Nations unies, qu'elles soient menées directement ou par l'intermédiaire de leurs mandataires et des factions armées qu'ils soutiennent dans la région".

Dans un aperçu de menaces jusqu'ici non reconnues, ils ont également condamné "les actes et activités déstabilisateurs visant la sécurité et la stabilité des pays de la région, qui sont planifiés par des cellules dormantes fidèles à l'Iran et des organisations terroristes liées au Hezbollah, et font l'éloge de nos courageuses forces armées pour avoir fait face à ces attaques".

La déclaration ajoute : "Nous réaffirmons également notre droit total et inhérent à l'autodéfense contre ces attaques criminelles, conformément à l'article 51 de la Charte des Nations unies, qui garantit le droit des États à l'autodéfense, individuellement et collectivement, en cas d'agression, et notre droit de prendre toutes les mesures nécessaires pour sauvegarder notre souveraineté, notre sécurité et notre stabilité".


Emirats: deux morts et trois blessés à Abou Dhabi après l'interception d'un missile 

Deux personnes ont été tuées et deux autres blessées par la chute de débris d'un missile intercepté dans la périphérie de la capitale émiratie Abou Dhabi, ont annoncé jeudi les autorités locales au 27e jour de la guerre au Moyen-Orient. (AFP)
Deux personnes ont été tuées et deux autres blessées par la chute de débris d'un missile intercepté dans la périphérie de la capitale émiratie Abou Dhabi, ont annoncé jeudi les autorités locales au 27e jour de la guerre au Moyen-Orient. (AFP)
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  • Deux personnes ont été tuées et deux autres blessées par la chute de débris d'un missile intercepté dans la périphérie de la capitale émiratie Abou Dhabi
  • "L'incident a entraîné la mort de deux personnes non identifiées, fait trois blessés et endommagé plusieurs voitures", ont indiqué les autorités d'Abou Dhabi sur X

ABOU DHABI: Deux personnes ont été tuées et deux autres blessées par la chute de débris d'un missile intercepté dans la périphérie de la capitale émiratie Abou Dhabi, ont annoncé jeudi les autorités locales au 27e jour de la guerre au Moyen-Orient.

"L'incident a entraîné la mort de deux personnes non identifiées, fait trois blessés et endommagé plusieurs voitures", ont indiqué les autorités d'Abou Dhabi sur X.

 

 


Expulsion de l'ambassadeur d'Iran: le Hezbollah boycotte une réunion du gouvernement 

Les ministres du Hezbollah pro-iranien et d'un mouvement allié ont boycotté une réunion jeudi du gouvernement libanais pour protester contre la décision d'expulser l'ambassadeur d'Iran, auquel des dizaines de personnes ont manifesté leur soutien devant l'ambassade près de Beyrouth. (AFP)
Les ministres du Hezbollah pro-iranien et d'un mouvement allié ont boycotté une réunion jeudi du gouvernement libanais pour protester contre la décision d'expulser l'ambassadeur d'Iran, auquel des dizaines de personnes ont manifesté leur soutien devant l'ambassade près de Beyrouth. (AFP)
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  • Un cinquième ministre chiite indépendant a pour sa part annoncé dans un communiqué avoir choisi d'y participer
  • Devant l'ambassade d'Iran, des dizaines de partisans du Hezbollah ont manifesté jeudi après-midi, brandissant des drapeaux iraniens et de la formation chiite, scandant "Mort à l'Amérique, Mort à Israël!"

BEYROUTH: Les ministres du Hezbollah pro-iranien et d'un mouvement allié ont boycotté une réunion jeudi du gouvernement libanais pour protester contre la décision d'expulser l'ambassadeur d'Iran, auquel des dizaines de personnes ont manifesté leur soutien devant l'ambassade près de Beyrouth.

Le Hezbollah et son allié chiite, le mouvement Amal, ont fustigé la décision inédite des autorités sommant l'ambassadeur de partir d'ici dimanche, et lui ont demandé de demeurer dans le pays.

En signe de mécontentement, les deux ministres représentant le Hezbollah et les deux autres représentant Amal, dirigé par le président du Parlement Nabih Berri, ont décidé de ne pas se rendre à la réunion du gouvernement, a indiqué à l'AFP un responsable libanais sous couvert d'anonymat.

Un cinquième ministre chiite indépendant a pour sa part annoncé dans un communiqué avoir choisi d'y participer.

Devant l'ambassade d'Iran, des dizaines de partisans du Hezbollah ont manifesté jeudi après-midi, brandissant des drapeaux iraniens et de la formation chiite, scandant "Mort à l'Amérique, Mort à Israël!", selon une équipe de l'AFP.

"Nous sommes contre cette décision du gouvernement, qui ne passera pas", dit à l'AFP Elham al-Mokdad, une des protestataires, devant le bâtiment situé à la lisière de la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah bombardé par Israël.

Le ministre des Affaires étrangères Youssef Raggi a pris la décision d'expulser l'ambassadeur pour "ingérence" dans les affaires intérieures libanaises.

"Nous réclamons que l'ambassadeur américain soit expulsé, ainsi que le ministre des Affaires étrangères", affirme une autre manifestante, Farida Noureddine, 43 ans.

La décision d'expulser l'émissaire iranien intervient dans le cadre des pressions des autorités libanaises sur le Hezbollah et son parrain iranien.

Elles ont interdit les activités militaires du Hezbollah, seul groupe non-étatique armé, ainsi que la présence et l'action des Gardiens de la Révolution iraniens qui, selon le Premier ministre Nawaf Salam, dirigent les opérations du groupe contre Israël.

Le Liban a été entraîné dans la guerre régionale le 2 mars, après une attaque du Hezbollah contre Israël en solidarité avec l'Iran. L'armée israélienne mène depuis une campagne de frappes aériennes qui a fait plus de 1.000 morts et un million de déplacés.