Le monde arabe est-il prêt à entrer dans l'ère incertaine des outils web menés par l'IA?

Des milliers de personnes ont assisté à la conférence Leap 2023 qui s'est tenue en février à Riyad (Photo fournie).
Des milliers de personnes ont assisté à la conférence Leap 2023 qui s'est tenue en février à Riyad (Photo fournie).
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Publié le Jeudi 09 mars 2023

Le monde arabe est-il prêt à entrer dans l'ère incertaine des outils web menés par l'IA?

  • «Points de basculement» en matière d'intelligence artificielle, ChatGPT et Bard sont porteurs de défis et de possibilités inédits
  • Les pays arabes devront faire face au potentiel des outils de chatbot en matière de suppression et de création d’emplois

DUBAI/RIYAD: La startup OpenAI de la Silicon Valley a fait sensation en lançant ChatGPT, un outil de chatbot mené par l'intelligence artificielle et capable de formuler des réponses détaillées, semblables à celles d'un être humain, sur une gamme apparemment illimitée de sujets. Rétrospectivement, ce n'était que le début annonciateur d’un renouveau en matière d’IA.

Google a depuis annoncé son propre outil web, Bard, dans le but de concurrencer le succès viral de ChatGPT. Les deux outils reposent sur de grands modèles de langage, formés à partir de vastes quantités de données de manière à générer des réponses impressionnantes aux questions des utilisateurs.

Les conversations avec ChatGPT – GPT signifie «transformeur génératif pré-entraîné» – montrent que le programme est capable d'expliquer des concepts scientifiques complexes, d'écrire des pièces de théâtre et de la poésie, de composer des dissertations universitaires et même de créer des lignes de code informatique fonctionnelles.

Ces programmes peuvent tenir une conversation avec n'importe quel utilisateur humain, quelle que soit son expérience ou sa formation en informatique. Ils ont rédigé de faux rapports scientifiques suffisamment convaincants pour tromper les scientifiques et ont même été utilisés pour écrire un livre pour enfants.

Décrit par certains experts comme un «point de basculement» dans la technologie de l'intelligence artificielle, ChatGPT répond à des «questions en langage naturel sur n'importe quel sujet et donne des réponses approfondies qui se lisent comme si elles avaient été écrites par un humain», selon le Forum économique mondial.

Les conversations avec ChatGPT – GPT signifiant «transformeur génératif pré-entraîné» – montrent que le programme est capable d'expliquer des concepts scientifiques complexes (Photo, AFP).

Cependant, les outils Web d'OpenAI et de Google, soutenus par Microsoft, ont suscité des craintes quant à leur utilisation potentielle pour diffuser de la désinformation, orchestrer des escroqueries sophistiquées de type hypertrucage «deep fake», tricher aux examens scolaires et même supprimer des emplois d'écrivain, rendant les auteurs, les journalistes et les professionnels du marketing inutiles.

La façon dont la technologie est accueillie, réagit et est finalement réglementée sera suivie de près par plusieurs pays arabes du Golfe, dont beaucoup ont lancé leurs propres stratégies nationales d'adoption et d'investissement dans l'IA.

L'Arabie saoudite a lancé sa stratégie nationale pour les données et l'intelligence artificielle en octobre 2020, visant à faire du pays un leader mondial dans ce domaine, alors qu'il cherche à attirer 20 milliards de dollars (1 dollar américain = 0,95 euro) d'investissements étrangers et nationaux d'ici 2030.

L’Arabie saoudite vise également à transformer sa main-d'œuvre en formant et en développant des équipes de 20 000 spécialistes de l'IA et des données.

Les Émirats arabes unis ont également fait de l’investissement dans l'IA une priorité absolue, devenant le premier pays au monde à nommer un ministre d'État chargé de l'intelligence artificielle. Omar Sultan al-Olama a pris ses fonctions en octobre 2017 dans le but de diriger l'économie numérique en expansion des Émirats arabes unis.

Le Moyen-Orient devrait bénéficier de 2% des avantages mondiaux de l'IA d'ici la fin de la décennie, soit 320 milliards de dollars. L'IA devrait apporter plus de 135,2 milliards de dollars à l'économie saoudienne, selon le réseau britannique PwC.

Le robot humanoïde Ameca accueille les visiteurs au musée du futur de Dubaï (Photo, AFP).

Fondée fin 2015, OpenAI est dirigée par Sam Altman, un entrepreneur de 37 ans et ancien président de l'incubateur de startups Y Combinator. L'entreprise est surtout connue pour ses logiciels de création automatisée GPT-3 pour la génération de textes et DALL-E pour la génération d'images.

OpenAI a longtemps compté sur le soutien financier de leaders de l'industrie technologique, notamment le cofondateur de LinkedIn, Reid Hoffman, l'investisseur Peter Thiel et le patron de Tesla, Elon Musk, qui a siégé au Conseil d'administration de la start-up jusqu'en 2018.

En janvier de cette année, la multinationale Microsoft a augmenté son investissement initial de 2019 dans l'entreprise de 1 milliard de dollars à 10 milliards de dollars, ce qui signifie que l'entreprise OpenAI est maintenant évaluée à environ 29 milliards de dollars.

Le produit phare de Google – le moteur de recherche en ligne – serait confronté à son plus grand défi depuis son lancement en 1996. Des rapports affirment que l'énorme attention suscitée par ChatGPT a incité la direction de Google à déclarer une situation de «code rouge» pour son activité de recherche.

ChatGPT est utilisé pour obtenir des réponses à des questions que de nombreuses personnes auraient auparavant cherché sur l'outil de recherche phare de Google. Le mois dernier, Microsoft a annoncé que la prochaine version de son moteur de recherche Bing serait menée par OpenAI. Une nouvelle version du navigateur web Edge est également prévue, avec une technologie de chat OpenAI dans une fenêtre pour aider les utilisateurs à naviguer et à comprendre les pages web.

Malheureusement pour Google, Bard a connu des débuts embarrassants au début du mois de février, lorsqu'une vidéo de démonstration du chatbot a montré qu'il donnait une mauvaise réponse à une question sur le télescope spatial James Webb.

«ChatGPT est en effet très intéressant», a déclaré à Arab News Noaman Sayed, un professionnel de la technologie basé à Dubaï et cofondateur du site d'achat en ligne DeenSquare.

«Dans le passé, chaque innovation et chaque progrès a fait l'objet de discussions en rapport avec les préoccupations, qu'il s'agisse des avions, des voitures, des téléphones portables, de l'internet, de Google, de YouTube, des réseaux sociaux et bien d'autres choses encore.

«Avec le recul, nous pouvons tous dire qu'ils nous ont non seulement facilité la vie, mais qu'ils sont également considérés comme la norme aujourd'hui. Je suis très optimiste et je crois qu'avec le temps et le développement, ChatGPT nous facilitera également la vie et deviendra la norme.»

Cependant, tout le monde n'est pas aussi optimiste que Sayed. Compte tenu de la rapidité des changements technologiques en cours, de nombreux travailleurs craignent que leurs emplois professionnels ne soient bientôt entièrement remplacés par des machines, de la même manière que les précédentes vagues d'automatisation ont éliminé des emplois agricoles et manufacturiers.

De nombreux experts du secteur estiment que ces pertes d'emploi seront probablement compensées par une augmentation du nombre de nouveaux rôles qualifiés dans la conception, la construction et l'entretien des produits d'IA, ce qui nécessitera un changement dans le type d'éducation que les gouvernements devraient fournir à leur future main-d'œuvre.

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EN CHIFFRES

- 119,78 milliards de dollars: la valeur estimée du marché mondial de l'IA en 2022.

 

- 15,7 milliards de dollars: la contribution attendue de l'IA à l'économie mondiale d'ici 2030.

 

- 13x la croissance prévue de l'industrie de l'IA au cours des 8 prochaines années.

 

- 97 millions: le nombre prévu de personnes travaillant dans le domaine de l'IA d'ici 2024.

Bien que Sayed reconnaisse que l'IA modifiera la façon dont les gens interagissent et communiquent, il est convaincu que les humains «apprendront à s'adapter aux changements au fil du temps», de la même façon qu'ils ont accepté et se sont adaptés aux avancées technologiques passées. À bien des égards, c'est déjà le cas.

«Au cours des dernières années, certains d'entre nous ont peut-être déjà été confrontés à une forme de produit d'IA, consciemment ou inconsciemment, lors de nos discussions avec les centres d'appels, les chatbots des sites web, les opérations chirurgicales dans les hôpitaux, Siri, Alexa, certains produits Google, certains constructeurs automobiles et bien d'autres encore», a-t-il précisé.

Au-delà du futur marché de l'emploi, les chatbots créent également des maux de tête pour les établissements d'enseignement. Certains établissements d'enseignement supérieur ont réintroduit des tests sur papier afin d’empêcher les étudiants d'utiliser l'IA pendant les examens, après que certains d'entre eux ont été surpris en train d'utiliser des chatbots pour répondre à des questions d'examen.

Le département de l'éducation de la ville de New York a interdit ChatGPT sur ses réseaux en raison de «préoccupations concernant les effets négatifs sur l'apprentissage des élèves». Un groupe d'universités australiennes a également déclaré qu'il modifierait les formats d'examen pour empêcher la tricherie par IA.

Le 27 janvier, l’Institut d'études politiques de Paris, l'une des plus prestigieuses universités françaises, a annoncé que tout étudiant (e) ayant utilisé le chatbot s'exposerait à des «sanctions pouvant aller jusqu'à l’exclusion de l'établissement, voire de l'enseignement supérieur».

Grâce aux données recueillies sur le web, ChatGPT a même pu passer des examens à la faculté de droit de l'université du Minnesota après avoir rédigé des dissertations sur des sujets allant du droit constitutionnel à la fiscalité et à la responsabilité civile – il aurait obtenu une note de C+.

Certaines entreprises commercialisent désormais des programmes qu'elles prétendent capables d'intercepter un texte rédigé par l'intelligence artificielle afin d'empêcher la tricherie.

Le Moyen-Orient devrait bénéficier de 2% des retombées mondiales de l'IA d'ici la fin de la décennie, ce qui équivaut à 320 milliards de dollars (Photo, Shutterstock).

Malgré la tentation de compter sur ces programmes pour répondre aux questions d'examen, remplacer les moteurs de recherche existants ou fournir une couverture médiatique impartiale, Jenna Burrell, directrice de recherche à Data & Society, un organisme de recherche indépendant à but non lucratif basé en Californie, estime qu'il faut prendre les réponses de ChatGPT avec un léger sentiment d'incrédulité.

«ChatGPT simplifie les choses et il est amusant à utiliser. Il peut être très utile pour les journalistes», a indiqué Burrell lors d'un récent webinaire sur l'impact de la technologie sur le travail des professionnels des médias. Cependant, les informations qu'il fournit «ne sont pas à jour... (et) le besoin de vérification des faits s’impose».

Selon Burrell, l'IA ne pourra pas remplacer tous les emplois professionnels, puisqu’elle ne peut pas complètement imiter l'innovation, la créativité, le scepticisme et le raisonnement humain.

En outre, ChatGPT, qui est basé sur des «grands modèles de langage», n'est pas la seule forme émergente d'IA – et il n’est pas nécessairement la forme la plus sophistiquée. L'apprentissage par renforcement, les réseaux antagonistes génératifs (RAG) et l'IA symbolique sont autant de modèles alternatifs qui le suivent de près.

«Les grands modèles de langage sont entraînés en y introduisant des milliards de mots de textes quotidiens, provenant de sources allant des livres aux tweets et à tout ce qui existe entre les deux. Les grands modèles de langage s'appuient sur tout ce matériel pour prédire des mots et des phrases dans certaines séquences», ont clarifié Dan Milmo et Alex Hern, rédacteurs techniques du journal britannique Guardian, dans un article récent.

«Les grands modèles de langage ne comprennent pas les choses au sens classique du terme, et leur qualité et leur précision dépendent des informations qui leur sont fournies. Ce sont essentiellement des machines qui font correspondre des modèles. La question n'est pas de savoir si le résultat est “vrai”, tant qu'il correspond au modèle.»

Interrogé directement par Arab News pour savoir s'il envisageait à terme de remplacer les rédacteurs humains, ChatGPT s'est montré rassurant, semblant reconnaître ses propres limites créatives et analytiques sur un ton qui pourrait être interprété comme de la modestie.

«Mes capacités se limitent à générer du texte sur la base de modèles et de schémas que j'ai vus au cours de ma formation sur les données textuelles», a répondu ChatGPT.

«Les auteurs humains apportent une créativité, une émotion et une perspective personnelle que je ne suis pas en mesure de reproduire. En outre, les auteurs humains sont capables d'interpréter, d'analyser et d'apporter leur propre point de vue et leur propre vision à un texte.»

ChatGPT a affirmé qu'il était programmé pour «aider» à la création de contenu sur les réseaux sociaux, les blogs et les sites web et pour rédiger des plans d'affaires, des rapports, des courriels et des présentations, des documents juridiques tels que des contrats, des rapports et des résumés médicaux, ainsi que des réponses aux demandes de renseignements et aux réclamations des clients.

Malgré ses nombreuses applications possibles, du divertissement au diagnostic médical, et son immense potentiel d'investissement, avec des prévisions évaluées à des milliers de milliards de dollars, l'ère de l'IA reste marquée par l'inquiétude.

Scott Nowson, responsable de l'intelligence artificielle chez PwC Moyen-Orient, a déclaré à Arab News lors de la conférence technologique Leap qui s'est tenue à Riyad début février: «La confiance est la clé d'une expansion sûre de l'utilisation des solutions d'IA dans le monde.»

Si certaines compétences et certaines tâches se prêtent mieux à l'automatisation grâce à la technologie, l'utilisation de l'IA «dépend toujours de l'intelligence et de la conscience humaines», a-t-il ajouté.

Nowson a ajouté: «L'IA suscite autant d'optimisme que de pessimisme. Les gens pensent que l'IA nous remplacera complètement, alors que je ne le crois pas du tout. Je pense que plusieurs générations nous séparent du moment où l'IA dépassera les capacités humaines.»

Alors que les pays du Golfe poursuivent leurs stratégies nationales en matière d'IA et créent des écoles pour former la prochaine génération de développeurs technologiques, ce n'est qu'une question de temps avant que des produits similaires ne fassent leur apparition sur le marché régional.

Sayed, cofondateur de DeenSquare, s'attend à ce que les gouvernements, les entreprises et les développeurs technologiques du Golfe suivent avec intérêt la croissance et les applications des outils menés par l'IA.

 «Je suis certain que lors de leurs prochaines réunions d'examen de la stratégie, les dernières tendances seront discutées afin de voir comment elles peuvent contribuer aux stratégies des pays du golfe à tirer profit de ces technologies», a-t-il soutenu.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

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Le pape dans les pas de saint Augustin au 2e jour de sa visite en Algérie

Au deuxième jour de sa visite historique en Algérie, Léon XIV a quitté mardi Alger pour Annaba, sur les traces de saint Augustin, après une première séquence axée sur le dialogue interreligieux mais ternie par des critiques américaines contre les positions anti-guerre du pape. (AFP)
Au deuxième jour de sa visite historique en Algérie, Léon XIV a quitté mardi Alger pour Annaba, sur les traces de saint Augustin, après une première séquence axée sur le dialogue interreligieux mais ternie par des critiques américaines contre les positions anti-guerre du pape. (AFP)
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  • La veille, dans l'avion qui l'amenait en Algérie, le pape avait estimé que l'Eglise avait "le devoir moral de s'exprimer très clairement contre la guerre"
  • Soulignant ne pas avoir "peur" de l'administration Trump, il avait toutefois indiqué ne pas vouloir "entrer dans un débat" avec elle

ALGER: Au deuxième jour de sa visite historique en Algérie, Léon XIV a quitté mardi Alger pour Annaba, sur les traces de saint Augustin, après une première séquence axée sur le dialogue interreligieux mais ternie par des critiques américaines contre les positions anti-guerre du pape.

Le pontife américain est devenu lundi le tout premier pape à fouler le sol algérien, étape initiale d'une tournée dans quatre pays d'Afrique, en partie occultée par une diatribe de Donald Trump à son encontre.

Dans la nuit de lundi à mardi, le vice-président américain JD Vance, récemment converti au catholicisme, a appelé le Vatican à "s'en tenir aux questions morales" et à "laisser le président des Etats-Unis se charger de définir la politique publique américaine".

La veille, dans l'avion qui l'amenait en Algérie, le pape avait estimé que l'Eglise avait "le devoir moral de s'exprimer très clairement contre la guerre". Soulignant ne pas avoir "peur" de l'administration Trump, il avait toutefois indiqué ne pas vouloir "entrer dans un débat" avec elle.

Sur fond de guerre au Moyen-Orient, Donald Trump avait déclaré dimanche ne pas être "un grand fan" du pape, l'accusant de soutenir le programme d'armement nucléaire iranien et de s'être opposé à l'opération militaire américaine au Venezuela en janvier.

Les évêques italiens et américains ont apporté leur soutien au chef de l'Eglise catholique, tout comme la Première ministre italienne Giorgia Meloni, réputée proche de M. Trump, qui a jugé "inacceptables" ses déclarations.

Grand penseur 

A Annaba (est), l'antique Hippone, le chef de l'Eglise catholique vivra une étape à la dimension personnelle et spirituelle, dans les pas de saint Augustin (354-430).

Le grand penseur chrétien qui y fut évêque a légué son nom à l'ordre religieux dont est issu le pape américain, fondé au XIIIe siècle et aujourd'hui composé d'environ 3.000 membres à travers le monde prônant la charité et la vie communautaire.

Léon XIV visitera le site archéologique romain et une maison d'accueil pour personnes âgées démunies, majoritairement musulmanes, prises en charge par des religieuses catholiques.

L'islam sunnite est religion d'Etat en Algérie, où les catholiques représentent moins de 0,01 % des 47 millions d'habitants.

L'après-midi, devant environ 1.500 fidèles, il célèbrera une messe à la basilique Saint-Augustin, perchée sur une colline, en présence de religieux africains de différentes nationalités.

Lundi, accueilli avec les honneurs sous un ciel d'Alger inhabituellement pluvieux, Léon XIV a rendu hommage, devant le Monument des martyrs, aux victimes de la sanglante guerre d'indépendance contre la France (1954-1962).

La "paix qui permet d'envisager l'avenir avec un esprit réconcilié n'est possible que par le pardon", a-t-il déclaré, appelant à ne "pas ajouter du ressentiment au ressentiment, de génération en génération".

 "Vivante, dynamique et libre" 

Devant les plus hautes autorités dont le président Abdelmadjid Tebboune, Léon XIV a aussi invité les responsables du pays à "ne pas dominer" le peuple et à promouvoir "une société civile vivante, dynamique et libre".

Depuis l'élan du mouvement prodémocratie Hirak en 2019, qui réclamait des réformes profondes et plus de transparence, les autorités algériennes ont repris le contrôle de l'espace public, dénoncent des ONG de défense des droits humains.

L'après-midi, le pape a visité la Grande Mosquée, au plus haut minaret du monde (267 mètres), avant de se rendre à la basilique Notre-Dame d'Afrique, qui surplombe la baie d'Alger.

Là, il s'est recueilli dans la chapelle des 19 "martyrs d'Algérie", des prêtres et religieuses assassinés pendant la décennie noire de guerre civile (1992-2002) entre groupes islamistes et forces gouvernementales, qui a fait 200.000 morts selon un bilan officiel.

Le pape a rappelé que ces religieux étrangers, dont les sept moines de Tibhirine (à 100 km au sud d'Alger), avaient choisi de rester en Algérie malgré des attentats meurtriers.

Mercredi, le pape de 70 ans quittera Alger pour le Cameroun, suite d'un premier voyage africain qui le conduira également en Angola et en Guinée équatoriale jusqu'au 23 avril, un périple de 18.000 km à l'agenda très dense.

 


Premiers pourparlers entre le Liban et Israël à Washington, sans le Hezbollah

De la fumée s'élève derrière des palmiers et le logo « Golden Arches » de McDonald's, sur le site d'une frappe aérienne israélienne qui a visé la région d'Al-Hosh, près de la ville côtière libanaise de Tyr, le 14 avril 2026. (AFP)
De la fumée s'élève derrière des palmiers et le logo « Golden Arches » de McDonald's, sur le site d'une frappe aérienne israélienne qui a visé la région d'Al-Hosh, près de la ville côtière libanaise de Tyr, le 14 avril 2026. (AFP)
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  • Avant même la rencontre prévue à Washington, le chef de la formation libanaise, Naïm Qassem, a réclamé son "annulation", affirmant que de tels pourparlers étaient une "capitulation"
  • Depuis que le Liban a été entraîné début mars par le Hezbollah dans le conflit avec l'Iran, les bombardements israéliens ont fait plus de 2.000 morts -- dont les frappes meurtrières sans précédent du 8 avril -- et déplacé plus d'un million de personnes

WASHINGTON: Washington accueille mardi des pourparlers directs de paix, les premiers du genre depuis 1993, entre des représentants du Liban et d'Israël mais avec un grand absent, le Hezbollah, réduisant les perspectives d'accord.

Parallèlement, le blocus américain des ports d'Iran, jugé mardi "dangereux et irresponsable" par Pékin, se poursuit au lendemain de son entrée en vigueur après l'échec des discussions au Pakistan entre Washington et Téhéran sur un règlement du conflit.

La guerre, déclenchée le 28 février par une attaque israélo-américaine contre l'Iran, a embrasé le Moyen-Orient, déstabilisé l'économie mondiale et fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban.

Après plus de cinq semaines de frappes des deux côtés, un fragile cessez-le-feu est en place depuis le 8 avril. Mais selon Israël et les Etats-Unis, il n'inclut pas le Liban, où les frappes israéliennes contre le Hezbollah pro-iranien continuent.

Avant même la rencontre prévue à Washington, le chef de la formation libanaise, Naïm Qassem, a réclamé son "annulation", affirmant que de tels pourparlers étaient une "capitulation".

Depuis que le Liban a été entraîné début mars par le Hezbollah dans le conflit avec l'Iran, les bombardements israéliens ont fait plus de 2.000 morts -- dont les frappes meurtrières sans précédent du 8 avril -- et déplacé plus d'un million de personnes.

La rencontre à Washington doit se dérouler en fin de matinée sous la médiation de Marco Rubio, aux côtés des ambassadeurs israélien et libanais à Washington, Yechiel Leiter et Nada Hamadeh Moawad, ainsi que l'ambassadeur des Etats-Unis au Liban, Nada Hamadeh Moawad.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a posé deux conditions à ces pourparlers: le "désarmement du Hezbollah" et la recherche d'un "véritable accord de paix".

Selon un responsable du département d'Etat, parlant sous couvert d'anonymat, cette discussion a pour objectif "de garantir la sécurité à long terme de la frontière nord d'Israël et à soutenir la détermination du gouvernement libanais à rétablir sa pleine souveraineté sur son territoire et sa vie politique".

"Fatigués" 

Côté libanais, le président Joseph Aoun a dit espérer la conclusion d'un accord sur un cessez-le-feu au Liban, "dans le but d'entamer des négociations directes entre le Liban et Israël", techniquement en état de guerre depuis des décennies.

A Beyrouth, des Libanais, las des guerres successives d'Israël, mettent leurs espoirs dans ces discussions.

"Nous sommes pour (les négociations) si c'est dans l'intérêt du Liban, si cela résout les problèmes", dit à l'AFP Kamal Ayad, un réparateur de fenêtres de 49 ans. "Nous voulons la paix, pour nos enfants et notre avenir, nous sommes fatigués, nous avons vécu tant de guerres".

L'administration Trump insiste sur le désarmement du Hezbollah, regrettant que l'armée libanaise n'ait pas su ou pu le faire jusqu'à présent.

Mais Washington est entre deux feux, exigeant le respect de l'intégrité territoriale du Liban tout en défendant le droit d'Israël à se défendre.

Il va falloir "beaucoup d'imagination et d'optimisme pour penser" que le différend entre Israël et le Liban "puisse être résolu demain à Washington", souligne un ancien responsable israélien de la Défense. "Il sera très difficile de parvenir à un accord, et Israël va créer une zone tampon dans le nord, très similaire à celle que nous avons à Gaza", dit-il à l'AFP sous couvert d'anonymat.

Israël prévoit d'établir une "zone de sécurité" dans le sud du Liban, où les forces israéliennes ont pénétré pour éliminer selon eux la menace que le Hezbollah pose pour les habitants du nord d'Israël.

Le Hezbollah est entré le 2 mars dans la guerre au Moyen-Orient pour venger la mort du guide suprême iranien Ali Khamenei, tué au premier jour de l'offensive israélo-américaine contre l'Iran le 28 février.

Israël a riposté par des frappes aériennes meurtrières au Liban et une invasion dans le sud du pays.

"Dangereux et irresponsable" 

En Iran, le blocus maritime des Etats-Unis contre les ports iraniens dans le Golfe et en mer d'Oman est toujours en cours, suscitant une vive réaction de la Chine.

Pékin, qui dépend largement de l'Iran pour son approvisionnement pétrolier, a appelé au rétablissement d'une navigation "sans entraves" dans le détroit d'Ormuz, stratégique pour le commerce mondial, notamment des hydrocarbures, et verrouillé par Téhéran depuis le début de la guerre.

Le blocus américain "ne fera qu'exacerber les tensions, fragiliser un accord de cessez-le-feu déjà fragile et compromettre encore davantage la sécurité du passage dans le détroit", a regretté Guo Jiakun, un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, parlant d'un comportement "dangereux et irresponsable".

Le président américain Donald Trump avait menacé lundi de "destruction" tout "navire d'attaque rapide" iranien forçant le blocus. Téhéran, de son côté, dénonçant un acte "illégal" de "piraterie", a averti qu'il s'en prendrait aux ports de ses voisins du Golfe si "la sécurité des ports de la République islamique (...) était menacée".

 


Le Kurde Nizar Amedi élu président de l'Irak, Al-Maliki pressenti pour Premier ministre

Le Parlement irakien a élu samedi à la présidence du pays Nizar Amedi, qui doit à présent choisir un Premier ministre, dans un pays récemment entraîné dans la guerre au Moyen-Orient. (AFP)
Le Parlement irakien a élu samedi à la présidence du pays Nizar Amedi, qui doit à présent choisir un Premier ministre, dans un pays récemment entraîné dans la guerre au Moyen-Orient. (AFP)
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  • Nizar Amedi a prêté serment après avoir obtenu la majorité des voix des députés, selon une retransmission en direct du vote par la chaîne officielle Al-Iraqiya. Il succède Abdel Latif Rachid
  • Agé de 58 ans, il était le candidat de l'une des deux principales formations kurdes, le Parti de l’Union patriotique du Kurdistan

BAGDAD: Le Parlement irakien a élu samedi à la présidence du pays Nizar Amedi, qui doit à présent choisir un Premier ministre, dans un pays récemment entraîné dans la guerre au Moyen-Orient.

Conformément au système de partage du pouvoir en vigueur en Irak, la présidence de la République, un poste largement honorifique, est attribuée à un Kurde, la fonction de Premier ministre à un chiite et la présidence du Parlement à un sunnite.

Nizar Amedi a prêté serment après avoir obtenu la majorité des voix des députés, selon une retransmission en direct du vote par la chaîne officielle Al-Iraqiya. Il succède Abdel Latif Rachid.

Agé de 58 ans, il était le candidat de l'une des deux principales formations kurdes, le Parti de l’Union patriotique du Kurdistan.

M. Amedi a été ministre de l’Environnement entre 2022 et 2024 dans le gouvernement du Premier ministre sortant Mohammed Chia al-Soudani.

Il a également été conseiller des anciens présidents de la République, Jalal Talabani, Fouad Massoum et Barham Saleh.

Après les élections législatives de novembre, la date de l'élection du président avait été fixée à janvier mais avait été reportée deux fois en raison de désaccords politiques, reculant d'autant la nomination d'un Premier ministre.

Le président dispose désormais de 15 jours pour nommer un Premier ministre, qui devrait être Nouri al-Maliki.

Déjà deux fois consécutives à ce poste (entre 2006 et 2014), M. Maliki avait reçu en janvier l'appui de la principale alliance chiite du pays, le Cadre de coordination, qui détient la majorité au Parlement et a des liens avec Téhéran, pour redevenir Premier ministre.

Ce probable retour au pouvoir de M. Maliki avait suscité de vives inquiétudes à Washington.

M. Maliki avait dans un premier temps bénéficié du soutien américain après l'invasion de 2003 et la chute de Saddam Hussein, mais s'était brouillé avec Washington après s'être rapproché de l'Iran.

L'Irak a longtemps été un terrain de confrontation par procuration entre les Etats-Unis et l'Iran, les gouvernements successifs négociant un équilibre délicat entre ses deux partenaires, eux-même ennemis.

Les Etats-Unis et l'Iran ont entamé samedi à Islamabad des négociations pour tenter d'obtenir une trêve durable après plusieurs semaines de guerre au Moyen-Orient.

L'Irak a été happé par le conflit, des groupes pro-iraniens attaquant des intérêts américains dans le pays et ces mêmes groupes étant l'objet de frappes imputées aux Etats-Unis et à Israël.