Aucun signe de paix à l’horizon entre la Russie et l’Ukraine après une année de guerre

En janvier, un tir de missile sur un bâtiment à Dnipro, en Ukraine, a fait cinq morts et 39 blessés (Photo, AFP).
En janvier, un tir de missile sur un bâtiment à Dnipro, en Ukraine, a fait cinq morts et 39 blessés (Photo, AFP).
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Publié le Vendredi 24 février 2023

Aucun signe de paix à l’horizon entre la Russie et l’Ukraine après une année de guerre

  • Des millions de personnes ont été déplacées et des centaines de milliers ont été tuées depuis le début de la guerre, le 24 février 2022
  • Les pays du CCG se sont abstenus d'exprimer leur soutien à l'une ou l'autre des parties et ont préféré privilégier la diplomatie

DUBAÏ: Il y a exactement un an, la Russie a envoyé des troupes au-delà de sa frontière, dans le nord, l'est et le sud de l'Ukraine, dans le but d'encercler rapidement la capitale, Kiev, et de destituer le gouvernement de Volodymyr Zelensky.

Le président russe, Vladimir Poutine, a déclaré que cette «opération militaire spéciale» avait pour but de «démilitariser» et de «dénazifier» le pays afin de protéger les Russes de souche, d'empêcher Kiev de rejoindre l'Otan et de maintenir l’Ukraine dans la sphère d'influence russe.

Les forces russes se sont heurtées à une forte résistance de la part du peuple et de l'armée ukrainiens, qui ont repoussé l'avancée sur la capitale et forcé des divisions entières à se retirer des villes de Kharkiv au nord-est et de Kherson au sud.

Douze mois plus tard, la guerre, probablement estimée ne durer que quelques jours par les stratèges militaires russes, est devenue une impasse amère, les armées adverses étant retranchées le long d'une ligne de front s'étendant sur 1 500 km du nord au sud, dans l'est de l'Ukraine.

Bien que la Russie ait tenté d'annexer quatre provinces ukrainiennes – Louhansk et Donetsk à l'est et Kherson et Zaporizhzhia au sud – elle ne contrôle pas entièrement ces zones. Et comme les événements de l'année dernière l'ont montré, même la Crimée, annexée par la Russie en 2014, demeure vulnérable.

Depuis que la Russie a lancé son «opération militaire spéciale» le 24 février, quelque 8 millions d'Ukrainiens ont été déplacés en Europe et ailleurs, tandis que des milliers de soldats sont morts dans les deux camps. Diverses sources occidentales estiment que le conflit a fait 150 000 victimes de part et d'autre, les militaires russes pouvant être responsables de 150 000 de ces décès.

Des millions de personnes ont fui l’Ukraine depuis l'invasion russe en février de l'année dernière (Photo, AFP).

«La Russie applique les tactiques de guerre de colonisation du XIXe siècle au XXIe siècle. Cela ne fonctionne pas – ni les outils, ni les moyens, ni la cause», a déclaré Dmytro Senik, ambassadeur d'Ukraine aux Émirats arabes unis, à Arab News avant le premier anniversaire du début du conflit russo-ukrainien.

Alors que la guerre s'éternise, Moscou a été contraint de s'approvisionner en armes et en munitions auprès d'alliés sympathisants, notamment l’Iran, généralement accusée de fournir à l’armée russe la même marque de drones kamikazes utilisés et donnés à des groupes mandataires au Moyen-Orient.

De nombreux drones de ce type ont été utilisés ces derniers mois pour attaquer des infrastructures civiles, notamment des centrales électriques et des bâtiments résidentiels dans les villes ukrainiennes.

«Alors que la Russie continue d'échouer sur le champ de bataille, les généraux russes le confirmant, ils ont commencé à cibler les infrastructures vitales de l'Ukraine et les centrales thermiques dans le but de priver les Ukrainiens de chauffage, d'alimentation électrique et de pompage de l'eau», a indiqué Senik.

«Les Russes prétendent être venus à la “rescousse”. Mais, au contraire, ils tuent et détruisent des vies. Ils avaient l'intention de nous faire mourir de froid, de rendre nos conditions de vie misérables. Cela va à l'encontre de l'article 2 de la Convention sur le génocide. Encore et encore, la Russie viole le droit international.»

Parlant des récits russes sur le nazisme, Senik a expliqué: «Pour le Kremlin, chaque pays voisin qui planifie son propre avenir de construction nationale et refuse de devenir une colonie d'un empire russe, devient, aux yeux des Russes, un nazi.»

Pour leur part, des voix pro-russes ont exhorté le Kremlin à faire monter la barre pour atteindre les objectifs stratégiques de la guerre.

Après qu'une explosion a endommagé le pont de Kertch reliant la Russie à la Crimée en octobre dernier, Margarita Simonyan, directrice de la chaîne d'information russe RT, financée par l'État, s'est demandée ouvertement sur les réseaux sociaux quelle serait la réponse de Moscou, en demandant: «Ensuite?»

Qualifiant les opérations militaires russes d'acte illégal d'agression, l'Occident a imposé une série de sanctions aux responsables du Kremlin, à l'économie russe et à son industrie des hydrocarbures, ce qui a contribué en partie à la crise de l'inflation mondiale et à la flambée des prix du carburant.

Une autre conséquence néfaste de la guerre a été la perturbation de l'agriculture régionale et de la navigation sur la mer Noire. Par conséquent, la peur d’une pénurie mondiale de céréales a entraîné une flambée des prix des produits alimentaires, notamment dans les pays du Moyen-Orient et d'Afrique qui dépendent des importations, forçant ainsi l'ONU à intervenir en tant que médiateur.

En Chffres

- 150 000: Nombre estimé de victimes militaires de chaque côté, selon les sources occidentales.

- 21 000: Estimation du nombre de civils ukrainiens tués ou blessés, selon l'ONU.

- 8 millions d'Ukrainiens ont été contraints de fuir depuis le début de la guerre, selon l'agence des Nations unies pour les réfugiés.

- 5 millions d'Ukrainiens déplacés à l'intérieur du pays. Le même nombre aurait cherché refuge en Russie.

- 65 000 personnes soupçonnées de crimes de guerre, selon le commissaire européen à la justice, Didier Reynders.

Alors que les exportations de céréales ukrainiennes ont repris en juillet dernier grâce à un accord conclu entre Kiev et Moscou sous l'égide des Nations unies, certains pays ont dû attendre des mois avant de recevoir leurs cargaisons, tandis que d'autres, comme l'Égypte, la Tunisie, le Yémen et le Liban, ont eu du mal à stabiliser le prix du pain à cause de l'inflation.

Fredrick Kempe, président de l'Atlantic Council, a qualifié la guerre de «signal d’alarme» pour les décideurs politiques, qui constitue un «point d'inflexion dans l'histoire» où les dirigeants ont la possibilité de prendre des décisions qui auront «une influence démesurée» sur les générations futures.

Toutefois, l'implication de l'Occident dans la guerre, notamment la fourniture d'armes, de munitions et, plus récemment, de chars de combat modernes à l'Ukraine, a poussé les relations entre Moscou et Washington à leur niveau le plus bas depuis la guerre froide.

Dans son discours sur l'état de la nation mardi, Poutine a déclaré que son pays suspendait le traité New Start – le dernier traité de contrôle des armes nucléaires encore en vigueur, signé par la Russie et les États-Unis en 2010 – et qu’il est prêt à reprendre les essais nucléaires. Néanmoins, le ministère russe des Affaires étrangères a affirmé que Moscou continuerait à respecter strictement les restrictions quantitatives et à informer les États-Unis des lancements d'essai prévus de missiles balistiques intercontinentaux.

Ce lundi, le président américain, Joe Biden, a effectué une visite inopinée à Kiev, sa première dans le pays depuis le début de la guerre, où il a promis le maintien du soutien de Washington à l'Ukraine lors d'une rencontre avec Zelensky.

Ce mercredi, Biden a également rencontré les dirigeants de l'Otan et de l'Europe dans la capitale polonaise, Varsovie. Les alliés se sont engagés à «consolider notre posture de dissuasion et de défense sur l'ensemble du flanc oriental, de la Baltique à la mer Noire».

Pendant ce temps, Poutine s'entretenait avec le haut diplomate chinois Wang Yi, en visite à Moscou après que Washington et l'Otan ont exprimé leur inquiétude quant à la possibilité que la Chine se prépare à fournir des armes à la Russie, ce que Pékin dément.

Les pays occidentaux, dont l'Allemagne et le Royaume-Uni, ont fourni à l'Ukraine des véhicules de combat (Photo, AFP).

«Nous ne nous laisserons pas submerger par les menaces et les pressions de tierces parties», a prévenu Wang, selon un compte rendu de la réunion, qui le cite également disant que la Chine est prête à «approfondir la confiance politique» et à «renforcer la coordination stratégique» avec la Russie.

Pékin a cherché à se positionner comme une partie neutre dans la guerre, tout en maintenant des relations étroites avec son allié stratégique, la Russie. Elle s'est dite «profondément préoccupée» et a averti que le conflit «s'intensifie et devient même hors de contrôle».

À la suite de la réunion, Moscou a déclaré que Pékin avait présenté son point de vue sur les approches d'un «règlement politique» en Ukraine.

Pendant ce temps, à New York, l'Assemblée générale des Nations unies s'est réunie mercredi avec Kiev et ses alliés pour recueillir le soutien d'une résolution appelant à une «paix juste et durable».

Antonio Guterres, le secrétaire général de l'ONU, a décrit le conflit comme «une insulte à notre conscience collective», qualifiant cet anniversaire «d'étape sombre pour le peuple ukrainien et pour la communauté internationale».

La communauté internationale reste divisée sur la guerre. En octobre de l'année dernière, 143 États membres de l'Assemblée générale ont voté pour condamner l'annexion de certaines parties de l'Ukraine. La Russie, le Belarus, la Syrie et la Corée du Nord se sont opposés à la motion, tandis que l'Inde et la Chine faisaient partie des 35 États qui se sont abstenus.

Les pays du Conseil de coopération du Golfe, dont l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, se sont abstenus d'exprimer leur soutien à l'une ou l'autre des parties au conflit, appelant plutôt à la diplomatie afin de mettre fin à cette crise. Ils ont toutefois soutenu des résolutions appelant au respect de l'intégrité territoriale et de la souveraineté de l'Ukraine.

Depuis que la Russie a lancé son «opération militaire spéciale» le 24 février, quelque 8 millions d'Ukrainiens ont été déplacés en Europe et ailleurs (Photo, AFP).

Ayant servi d'intermédiaire dans un échange de prisonniers et entretenu des relations avec toutes les parties au conflit, l’Arabie saoudite reste bien placée pour jouer le rôle de médiateur entre la Russie, d'une part, et l'Ukraine et les pays occidentaux, d'autre part.

Malgré l'épuisement apparent des deux camps, les responsables de Kiev, de Washington et d'autres capitales occidentales craignent que la Russie ne profite du premier anniversaire de la guerre pour lancer une nouvelle offensive avec des centaines de milliers de soldats afin de sortir de l'impasse. De son côté, Senik, n'est pas inquiet à ce sujet.

«Je ne pense pas que les chiffres comptent. Il s'agit de qualité et non de quantité», a-t-il souligné. «L'armée russe était confiante mais dysfonctionnelle, menant des tactiques de la Seconde Guerre mondiale consistant à utiliser les hommes comme chair à canon. La Russie a perdu plus de 20 000 soldats en essayant de prendre la petite ville de Soledar, une ville de 9 000 civils. Poutine ne se soucie pas de son peuple.»

Selon Senik, les Ukrainiens sont tout aussi prêts à se battre. «Pendant des siècles, la Russie a essayé d'éradiquer la culture ukrainienne. Même après trois cent ans, le combat se poursuit encore», a-t-il déclaré à Arab News.

«Nous avons tenu tête à ce que l'on croyait être la deuxième armée la plus puissante du monde. Nous continuons à nous battre et à faire preuve de résilience. Nous vaincrons. Nous préférons rester sans lumière et sans chauffage, mais jamais avec la Russie.»

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Après l'arrestation d'Andrew, la monarchie britannique dans une crise sans précédent

Des commentateurs estiment que la monarchie britannique traverse sa crise la plus grave depuis des décennies. Presque tous les journaux britanniques ont publié vendredi en Une une photographie du prince déchu. (AFP)
Des commentateurs estiment que la monarchie britannique traverse sa crise la plus grave depuis des décennies. Presque tous les journaux britanniques ont publié vendredi en Une une photographie du prince déchu. (AFP)
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  • L’ex-prince Andrew a été placé en garde à vue pendant près de 12 heures dans le cadre de l’affaire Epstein, soupçonné d’avoir transmis des informations confidentielles
  • Son arrestation provoque une crise majeure pour la monarchie britannique

LONDRES: L'enquête policière continue après la garde à vue spectaculaire de l'ex-prince Andrew pour des soupçons liés à l'affaire Epstein et la famille royale britannique fait face à une crise jugée particulièrement périlleuse par les experts de la monarchie.

Le frère cadet de Charles III a été relâché jeudi en fin de journée "en attendant la suite de l'enquête", selon la police, et les perquisitions devaient se poursuivre vendredi à Royal Lodge, près de Windsor, son ancien domicile dont il a été récemment chassé.

Andrew, dont l'interpellation a coïncidé avec son 66e anniversaire, a été interrogé près de 12 heures sur des accusations de "manquements dans l'exercice de fonctions officielles", accusé d'avoir transmis des informations confidentielles au financier et pédocriminel américain Jeffrey Epstein.

Après sa garde à vue, le prince déchu a été photographié quittant le commissariat situé à une trentaine de kilomètres de sa nouvelle résidence de Sandringham (est de l'Angleterre): le cliché spectaculaire, qui le montre hagard, les yeux écarquillés à l'arrière d'une voiture, faisait vendredi la Une de la totalité des journaux britanniques, Financial Times excepté.

Cette arrestation aura marqué "le jour le plus préjudiciable pour la monarchie", soulignait le Telegraph, tandis que le Daily Mail évoquait une "monarchie moderne face à son plus grave péril".

- Fin de la "déférence" -

Pour l'expert royal Ed Owens, la situation à laquelle la monarchie est confrontée est d'autant plus dangereuse qu'elle compte "beaucoup d'inconnues". A commencer par l'incertitude sur une éventuelle inculpation d'Andrew, ou les soupçons d'agressions sexuelles qui l'entourent, pour l'instant restés hors du champ de toute enquête formelle.

Évoquant les précédentes crises qui l'ont ébranlée au cours des dernières décennies - la mort de la princesse Diana en 1997 ou l'abdication d'Édouard VIII en 1936 - il a rappelé qu'il avait fallu "plus de 10 ans pour stabiliser l'institution et regagner l'affection et la loyauté du public".

L'ex-prince est accusé d'avoir transmis des informations confidentielles à Epstein, notamment des rapports de voyages en Asie et des possibilités d'investissement en Afghanistan, lorsqu'il était envoyé spécial du Royaume-Uni pour le Commerce, de 2001 à 2011.

Dans un rare communiqué après l'arrestation, le roi Charles III a affirmé jeudi que la "justice doit suivre son cours", tout en faisant part de sa "plus profonde inquiétude".

Le monarque, qui avait déjà déchu son cadet de tous ses titres royaux en octobre en raison de nouvelles informations sur les liens d'Andrew avec Epstein, a néanmoins évité de chambouler son agenda, se rendant comme prévu à un défilé de la Fashion Week de Londres.

Selon Roya Nikkhah, experte royale du Sunday Times, la famille royale va essayer de "poursuivre ses activités comme si de rien n'était", mais "la confiance dans l'institution risque vraiment d'être érodée" avec cette arrestation inédite depuis le XVIIe siècle.

"Le temps de la déférence qui prévalait pendant le règne de la reine (Elizabeth II, ndlr) est terminé, et il s'agit d'un immense défi pour Charles, car le public n'a plus l'affection pour l'institution" qu'il avait sous la défunte reine, dit-elle.

- Suspect comme un autre -

Alimentant le sentiment que la famille royale n'est plus au-dessus des lois, les médias britanniques ont souligné que le roi n'avait pas été prévenu à l'avance de l'arrestation de son frère.

Et le tabloid The Sun note que, comme tout suspect, Andrew a dû se soumettre à un prélèvement salivaire pour recueillir son ADN, à la prise d'empreintes digitales et d'une photo d'identité judiciaire.

Donald Trump, qui a souvent manifesté une certaine fascination pour la monarchie britannique, a jugé jeudi soir l'arrestation de l'ex-Duc d'York "très triste" et "très mauvaise pour la famille royale".

Son interpellation a aussi mis en évidence le contraste avec les Etats-Unis, où les répercussions de la tentaculaire affaire Jeffrey Epstein sont restées jusqu'ici limitées. Seule son ex-compagne et complice, Ghislaine Maxwell, a été condamnée pour ses liens avec le criminel sexuel.

Ces derniers jours, la police britannique avait indiqué examiner des documents contenus dans la dernière salve des dossiers Epstein, publiés le 30 janvier par le ministère américain de la Justice.

De nouvelles accusations en avaient émergé à l'encontre de l'ex-prince, qui s'est gardé de les commenter.

La police a aussi indiqué "évaluer" des informations selon lesquelles une femme aurait été envoyée par Jeffrey Epstein à Royal Lodge en 2010, potentiellement pour avoir des relations sexuelles avec Andrew.

Mais cette accusation n'a pas été mentionnée jeudi par la police et on ignore si Andrew a été interrogé sur ce sujet.


Internet, IA: l'Europe est un "espace sûr", contrairement à ce que disent des "amis mal informés"

Le président français Emmanuel Macron prononce un discours lors du AI Impact Summit à New Delhi, le 19 février 2026. (AFP)
Le président français Emmanuel Macron prononce un discours lors du AI Impact Summit à New Delhi, le 19 février 2026. (AFP)
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  • Macron défend l’Europe comme un “espace sûr” pour l’innovation et l’investissement dans l’intelligence artificielle, tout en participant à la définition des règles internationales avec des alliés comme l’Inde
  • Protection des enfants et durabilité de l’IA : priorité au G7 pour limiter l’exposition des mineurs aux contenus numériques et promouvoir une IA moins énergivore et au service du bien commun

NEW DELHI: Le président français Emmanuel Macron a affirmé jeudi que l'Europe était un "espace sûr", non "centré aveuglément" sur la régulation contrairement à ce que les Etats-Unis disent, et déterminé à participer à la définition des "règles du jeu" dans l'intelligence artificielle.

"Contrairement à ce que certains amis mal informés disent, l'Europe n'est pas aveuglément centrée sur la régulation (..) L'Europe est un espace sûr (pour l'innovation et l'investissement, ndlr) et les espaces sûrs gagnent sur le long terme", a-t-il dit à l'ouverture du sommet sur l'intelligence artificielle à New Delhi.

"Nous sommes déterminés à continuer à définir les règles du jeu et à le faire avec nos alliés, tels l'Inde, parce que nous croyons dans les valeurs fondamentales partagées, la science, l'Etat de droit, l'équilibre mondial, un multilatéralisme efficace et l'innovation au bénéfice de tous", a-t-il ajouté devant un parterre de chefs d'Etat et des plus grands patrons de la "tech".

L'administration américaine, invoquant la liberté d'expression, dénonce régulièrement la régulation des grandes plateformes américaines imposée par l'Union européenne, des "actes flagrants de censure extraterritoriale", selon elle.

"L'intelligence artificielle va aider l'humanité à investir plus vite (..) dans la santé, l'énergie, la mobilité, l'agriculture, les services publics et le bien commun de tous", a poursuivi Emmanuel Macron.

Le chef de l'Etat a insisté sur la nécessité pour la France comme pour l'Inde de "prendre ensemble le chemin de l'innovation, de l'indépendance et de l'autonomie stratégique" en la matière.

Et sur le besoin d'une IA qui serve à "protéger la planète et pousser la prospérité de tous" et qui soit "durable" et donc moins dévoreuse d'énergie avec ses gigantesques centres de données.

Le président français a aussi insisté sur la nécessité de mieux protéger les enfants des "abus numériques et de l'IA", en soulignant que ce serait une priorité de la présidence française du G7 cette année.

"Il n'y a pas de raison que nos enfants soient exposés en ligne à ce qui est légalement interdit dans le monde réel", a-t-il dit, appelant plateformes, gouvernements et régulateurs "à travailler ensemble pour faire de l'internet et des réseaux sociaux un espace sûr".

La France est elle-même en train de prendre des mesures pour interdire l'accès des moins de 15 ans aux réseaux sociaux, a-t-il rappelé.


Macron retrouve Modi en Inde, entre vente de Rafale et IA

Le président français Emmanuel Macron à son arrivée à Mumbai le 17 février 2026. (AFP)
Le président français Emmanuel Macron à son arrivée à Mumbai le 17 février 2026. (AFP)
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  • À Bombay, Emmanuel Macron retrouve Narendra Modi pour renforcer le partenariat stratégique franco-indien, marqué par l’intention d’achat de 114 Rafale supplémentaires et l’inauguration d’une chaîne d’assemblage d’hélicoptères H125 d’Airbus avec Tata Group
  • La visite met aussi l’accent sur l’intelligence artificielle et l’innovation, avec le Sommet mondial pour l’Impact de l’IA à New Delhi et des échanges sur le multilatéralisme (G7/Brics)

BOMBAY: Le président français Emmanuel Macron retrouve mardi le Premier ministre Narendra Modi à Bombay, capitale économique de l'Inde, pour renforcer le partenariat stratégique bilatéral, avec à la clef la vente de 114 chasseurs Rafale et un ancrage dans l'intelligence artificielle.

Le chef de l'Etat français, arrivé dans la nuit, rendra d'abord hommage aux victimes des attentats de Bombay en 2008 au Taj Mahal Palace.

Les attentats, perpétrés devant les caméras de télévision du monde entier, avaient fait 166 morts, dont deux Français. Pendant trois jours, les assaillants avaient mené des attaques au fusil d'assaut AK-47 et à la grenade à travers la métropole, y compris dans cet hôtel mythique de l'époque coloniale.

Emmanuel Macron rencontrera ensuite autour d'un déjeuner six stars du cinéma indien, dont Bombay est la capitale avec les studios de Bollywood, machine à superproductions mondiales.

Il entend évoquer les "coopérations possibles" dans ce domaine et "mettre en valeur l'attractivité de la France pour les tournages", précise l'Elysée.

- "Made in India" -

Le Premier ministre indien, venu spécialement à Bombay, rejoindra son hôte vers 15H00 (09H30 GMT) pour une série d'entretiens, suivis de déclarations à la presse et d'un dîner dans le décor somptueux du Taj Mahal Palace.

Les échanges s'annoncent sous les meilleurs auspices après la confirmation par l'Inde de son intention d'acheter 114 avions de combat Rafale supplémentaires, une commande sans précédent pour le constructeur Dassault, qui s'ajouterait aux 62 déjà acquis.

"Les discussions porteront sur la consolidation du partenariat stratégique et sur sa diversification dans des secteurs nouveaux et émergents", ont indiqué les services de Narendra Modi.

Elles vont permettre de "continuer à ancrer la relation bilatérale en la tournant résolument vers l'avenir", renchérit l'Elysée.

Les deux dirigeants inaugureront ensemble, à distance, une chaîne de montage d'hélicoptères Airbus, les H125, située à 1.000 kilomètres de là, près de Bangalore (sud), la capitale technologique indienne.

Cette ligne, dont la construction avait été annoncée lors de la dernière visite du président français en Inde en janvier 2024, devrait être opérationnelle en avril et le premier vol du H125 "Made in India", cher au gouvernement indien, réalisé à la fin de l'année.

La première ligne d'assemblage d'hélicoptères Airbus gérée par un groupe privé indien, le célèbre conglomérat Tata Group, a été conçue pour produire à terme la variante militaire du H125, appelée H125M.

- Lula, Google et Anthropic -

Les deux dirigeants donneront ensuite le coup d'envoi de l'année franco-indienne de l'innovation en présence d'un parterre de chefs d'entreprises et chercheurs.

Le désordre mondial généré par les coups de butoir permanents de Donald Trump, des droits de douane à la diplomatie, tout comme la montée en puissance de la Chine seront aussi au coeur des entretiens.

Narendra Modi n'a pas condamné l'invasion de l'Ukraine par la Russie, partenaire traditionnel de l'Inde - notamment pour les livraisons d'équipement militaire -, mais il s'est rendu à Kiev en septembre 2024 et est sous pression de Donald Trump pour réduire les importations indiennes de pétrole russe.

Le président français et le Premier ministre indien, qui président respectivement le G7 et le groupe des Brics cette année, vont aussi "explorer les convergences possibles" pour "défendre et promouvoir le multilatéralisme à un moment où il est particulièrement remis en cause", souligne l'Elysée.

La suite de la visite sera placée sous le signe de l'intelligence artificielle, avec un dîner inaugural mercredi soir à New Delhi du Sommet mondial pour l'Impact de l'IA, avant son ouverture effective jeudi, après une série de tables rondes en début de semaine.

Ce rendez-vous, auquel sont attendus une quinzaine de chefs d'Etat, dans la foulée du sommet de Paris sur l'IA en février 2025, se penchera sur l'investissement dans le secteur, la "recherche scientifique en faveur de l'intérêt général" et "l'accès par tous aux outils technologiques", selon l'Elysée.

Emmanuel Macron doit rencontrer en marge du sommet son homologue brésilien Luiz Inacio Lula da Silva ainsi que les dirigeants de Google et de la start-up américaine Anthropic, rivale d'OpenAI (la société qui développe ChatGPT).

Il inaugurera aussi le Centre franco-indien de l'IA en santé globale mercredi à New Delhi.