Quand la cocaïne sud-américaine et la violence des cartels déferlent sur l'Europe

Sur cette photo d'archives prise le 7 janvier 2022, des douaniers belges recherchent de la drogue dans un conteneur au port d'Anvers. (Photo de François Walschaerts / AFP)
Sur cette photo d'archives prise le 7 janvier 2022, des douaniers belges recherchent de la drogue dans un conteneur au port d'Anvers. (Photo de François Walschaerts / AFP)
Un agent belge vérifie une caisse de bananes lors d'un contrôle douanier pour la drogue dans le hangar d'une entreprise fruitière du port d'Anvers. (Valeria Mongelli / AFP)
Un agent belge vérifie une caisse de bananes lors d'un contrôle douanier pour la drogue dans le hangar d'une entreprise fruitière du port d'Anvers. (Valeria Mongelli / AFP)
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Publié le Lundi 16 janvier 2023

Quand la cocaïne sud-américaine et la violence des cartels déferlent sur l'Europe

  • Dans la capitale française, comme dans la plupart des grandes villes européennes, la «coke» coule à flots
  • 2022 s'annonce encore meilleure: 162 tonnes ont été saisies l'an dernier dans les seuls ports d'Anvers (Belgique) et Rotterdam (Pays-Bas), selon les douanes des deux pays

PARIS : "Un c'est 70, deux c'est 120." Le livreur présente quelques boulettes à la jeune femme qui l'a rejoint au bas de son immeuble du très chic VIe arrondissement de Paris. Sous le plastique, de la cocaïne venue tout droit d'Amérique du Sud.

"C'est comme tous les livreurs à domicile, ceux qui 'speedent' avec des courses ou des sushis", s'amuse le jeune dealer, "je reçois des commandes et je tourne dans Paris".

Dans la capitale française, comme dans la plupart des grandes villes européennes, la "coke" coule à flots.

Quelques dizaines de minutes suffisent pour en prendre commande sur une messagerie cryptée type WhatsApp ou Signal et la faire porter chez soi comme une pizza. En matière de stupéfiants aussi, "l'ubérisation" a révolutionné le marché.

"Les consommateurs préfèrent passer par une plateforme (de messagerie) et se faire livrer en bas de chez eux par un mec qui ressemble à un Deliveroo", décrit la commissaire Virginie Lahaye, cheffe des "stups" parisiens. "C'est beaucoup plus facile que d'aller dans un coin un peu sordide en banlieue."

En 2021, quelque 3,5 millions d'Européens ont goûté au moins une fois à la cocaïne, selon l'Observatoire européen des drogues et toxicomanies (OEDT). Un niveau "historique", quatre fois supérieur à celui mesuré il y a vingt ans.

La demande de poudre blanche suit la même progression que l'offre. Vertigineuse.

Le volume des saisies sur le Vieux Continent, seul baromètre officiel en la matière, a battu un nouveau record en 2021 avec 240 tonnes, selon l'Office de police européen (Europol), contre 213 tonnes en 2020 et 49 dix ans plus tôt.

2022 s'annonce encore meilleure: 162 tonnes ont été saisies l'an dernier dans les seuls ports d'Anvers (Belgique) et Rotterdam (Pays-Bas), selon les douanes des deux pays.

"Un tsunami", résume le patron de la police judiciaire fédérale belge, Eric Snoeck.

Incontournable coca

Le périple de la cocaïne débute à des milliers de kilomètres de là.

Sur les pentes des hauts-plateaux de Colombie, du Pérou et de Bolivie, poussent les feuilles dont est extraite la drogue popularisée au XIXe siècle par Sigmund Freud et une poignée de chimistes européens pour ses vertus médicinales.

Dans la région du Catatumbo (nord-est de la Colombie), la coca a pris depuis belle lurette la place des cultures vivrières. C'est grâce à elle que José del Carmen Abril nourrit sa famille de huit enfants.

"La coca (...) a remplacé le gouvernement qui n'est jamais venu par ici", commente, chapeau de paille sur la tête, ce père de famille de 53 ans. "Avec elle, nous avons pu construire des écoles, des centres de santé, des routes et des habitations."

Dans un pays où le salaire quotidien minimum ne dépasse pas 7 dollars, un planteur de coca peut en gagner cinq fois plus.

Plus de 200 000 familles colombiennes récoltaient de la coca en 2018, selon l'ONU. Les milliards de dollars dépensés depuis des décennies par Bogota et son principal soutien Washington dans leur "guerre contre la drogue" n'y ont rien changé: la production n'en finit pas de croître.

Elle a même battu un record historique en 2021: 1 400 tonnes de poudre produites contre 1 228 tonnes l'année précédente, selon l'Office des Nations unies contre la drogue et la criminalité (ONUDC). Une hausse de 14%.

Les experts estiment à plus de 2 000 tonnes le volume total de cocaïne proposé sur le marché mondial en 2021.

Producteur de coca, José del Carmen Abril y a pris sa part. Mais il refuse d'être taxé de "narco". Les paysans comme lui sont "des paysans qui récoltent (...) et n'ont pas de salaire minimum", se défend-il. Les trafiquants, eux, "se font combien de millions avec un kilo de cocaïne ?"

Une fois récoltées, ses feuilles sont confiées à des chimistes qui les mélangent à de l'essence, de la chaux, du ciment et du sulfate d'ammonium pour obtenir une pâte blanche vendue dans le Catatumbo autour de 370 dollars le kilo.

Cette pâte est ensuite enrichie dans d'autres laboratoires d'un cocktail d'acides et de solvants pour devenir la "coke". Pure, son prix a passé la barre des 1 000 dollars le kilo.

Cartels mexicains

La Colombie fournit à elle seule les deux tiers de la cocaïne mondiale. Mais la chute des cartels de Medellin et Cali au milieu des années 1990 et l'accord de paix signé en 2016 avec la guérilla marxiste des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) ont bouleversé le marché.

Simples intermédiaires à la fin du siècle dernier, les Mexicains ont profité de l'atomisation de leurs rivaux colombiens pour arracher le contrôle quasi total du secteur, du financement de la production à la supervision des exportations.

Longtemps, les cartels de Sinaloa ou de Jalisco ont privilégié leur marché "naturel", les Etats-Unis. Ils visent désormais en priorité l'Europe, où la consommation flambe.

Europol y évalue aujourd'hui le marché annuel de la vente au détail de cocaïne entre 7,6 à 10,5 milliards d'euros.

"Le marché US est saturé et la coke se vend en Europe à un prix 50 à 100% supérieur", décrypte le patron du renseignement douanier français, Florian Colas. "Autres avantages pour les trafiquants, le risque pénal est sans doute moins dissuasif en Europe qu'aux Etats-Unis et les options logistiques sont multiples entre les deux continents."

Comme 90% du commerce mondial, l'essentiel de la "blanche" traverse l'Atlantique dans des conteneurs maritimes, dissimulée dans des cargaisons parfaitement légales de bananes, de sucre en poudre ou de conserves.

Le reste circule en avion dans les valises ou les intestins de "mules" qui embarquent à Cayenne, en Guyane française, pour Paris. Quand elle ne se faufile pas au fond des mers à bord de sous-marins ou de submersibles téléguidés, comme ceux saisis en juillet dernier par la police espagnole.

Au début des années 2000, les Mexicains avaient établi leur tête de pont européenne sur la Costa del Sol espagnole, un des nœuds du trafic de cannabis marocain.

L'arrestation quelques années plus tard de plusieurs "barons" et surtout l'explosion du transport maritime les a convaincus de réorienter leur trafic vers les principaux ports à conteneurs du continent, dans le nord de l'Europe.

Embarqués dans le port brésilien de Santos, tenu par la mafia de Sao Paulo, celui de Guayaquil en Equateur, en Colombie, au Panama ou au Pérou, les pains de "neige" cinglent vers Anvers, Rotterdam, Hambourg (en Allemagne) ou Le Havre (en France).

"C'est par là que passe l'essentiel de la drogue destinée à l'Europe", détaille la directrice adjointe des douanes françaises, Corinne Cléostrate. "Certaines cargaisons font étape aux Antilles. D'autres filent vers les Balkans ou transitent en Afrique de l'Ouest, avant de remonter vers l'Europe."

Mafias européennes

Ces routes sont gérées selon un "business plan" bien rodé.

Les cartels mexicains vendent "leur" produit aux multinationales européennes du crime. Parfois via des courtiers qui répartissent les cargaisons, collectent leur financement et mutualisent les pertes en cas de saisie.

"Ces organisations criminelles peuvent être concurrentes", observe la policière Stéphanie Cherbonnier. "Mais elles créent aussi des alliances car elles doivent unir leurs compétences, leur savoir-faire, pour faire rentrer la drogue."

"Mocro-maffia" d'origine marocaine aux Pays-Bas et en Belgique, pègre albanaise, serbe ou kosovare et Ndrangheta calabraise se répartissent le marché selon leur localisation et leurs spécialités (logistique, protection, blanchiment...).

Ces groupes pilotent la réception de la drogue dans les ports, confiée à des "petites mains" du cru au nom d'un strict cloisonnement des tâches.

Leurs moyens sont considérables car le trafic de cocaïne offre une rentabilité sans pareil: le kilo acheté 1.000 dollars en Amérique du Sud est vendu 35.000 euros en Europe. Une fois sortie des ports et coupée - jusqu'à 40% - la marchandise est vendue au client autour de 70 euros le gramme.

Un bénéfice qui autorise toutes les corruptions.

Dockers, agents portuaires ou chauffeurs-routiers, douaniers et policiers parfois, sont achetés pour laisser les "petites mains" récupérer le butin dans les conteneurs.

Au Havre, décrit un policier français, les 2 200 dockers qui règnent en maîtres sur les piles de conteneurs rouges, bleus ou verts entassés sur ses quais, sont devenus les complices préférés et souvent obligés des trafiquants.

Ces dernières années, plusieurs ont été condamnés en France à des années de prison ferme pour avoir "collaboré".

L'un d'eux a décrit à son avocat l'engrenage qui l'a plongé dans le trafic: "Avant, je récupérais des cartouches de cigarettes ou du parfum pour les revendre. Ça me rapportait 200 à 300 euros par mois. Puis un jour, des mecs nous ont demandé de sortir des sacs. Ils nous ont offert 1 000 euros le sac. Ça a commencé comme ça..."

Certains dockers leur prêtent un badge pour entrer sur le port, d'autres déplacent un conteneur chargé de drogue hors du champ des caméras ou "autorisent" la sortie d'un autre.

A Rotterdam, le plus grand port d'Europe, policiers et douaniers ont surpris des petits soldats du trafic cachés dans des "conteneurs hôtels" avec vivres et couvertures pour attendre l'arrivée d'un chargement de cocaïne.

Le "ticket de sortie" d'une "boîte" - un conteneur - peut se monnayer jusqu'à 100 000 euros au Havre où, confesse un douanier, "on ne contrôle que 1% des conteneurs parce qu'on n'a pas les moyens de faire plus".

Exécution

En plus d'acheter complicités ou silences, ces sommes folles nourrissent une violence qui déborde largement dans les rues des villes portuaires.

Dans le quartier résidentiel anversois de Deurne, Steven de Winter en a connu au moins trois vagues.

En mai dernier, une maison de son quartier, occupée par une famille connue pour son implication dans le trafic, a été attaquée à l'explosif alors que des voisins célébraient un mariage dans un jardin tout proche.

"Ce n'est plus possible", enrage l'employé de banque de 47 ans, "ça suffit !"

En cinq ans, le parquet de la cité flamande dit avoir recensé "plus de 200 actes de violence liés à la drogue": menaces, agressions ou jets d'engins explosifs.

Le 9 janvier encore, une fillette de 11 ans a été tuée dans sa maison anversoise visée par des tirs. Le bourgmestre Bart De Wever a immédiatement fait le lien avec "une guerre de la drogue".

Aux Pays-Bas, les groupes criminels sont allés encore plus loin.

Le 6 juillet 2021, il est 19h30 quand le célèbre journaliste Peter R. de Vries quitte le studio d'Amsterdam où il a participé à un talk-show télévisé. A l'entrée d'un parking souterrain, le reporter est abattu de plusieurs coups de feu.

Spécialiste des affaires criminelles, il était le confident du principal témoin à charge dans le procès de Ridouan Taghi, un chef présumé de la "Mocro-maffia" arrêté à Dubaï en 2019.

Séquestration de dockers, torture de rivaux, élimination de gêneurs: les trafiquants sont prêts à tout pour défendre leur commerce. Le démantèlement l'an dernier du réseau de messagerie crypté Sky/ECC a ouvert une fenêtre inédite sur leurs méthodes.

"On a découvert une violence complètement inouïe", souffle le policier belge Eric Snoeck. "Il y a très, très peu de retenue par rapport au fait de torturer quelqu'un qui a une bonne information ou tout simplement d'exécuter quelqu'un qui n'a pas respecté un contrat (...) ça fait froid dans le dos."

En 2020, la police néerlandaise avait découvert des conteneurs aménagés en chambre de détention et de torture...

Les mafias de la cocaïne visent de plus en plus haut. Un projet d'enlèvement du ministre belge de la Justice a été déjoué en septembre. Aux Pays-Bas, c'est la princesse héritière Amalia et le Premier ministre Mark Rutte qui semblaient visés cet automne.

«Guerre totale»

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Sur cette photo d'archives prise le 7 novembre 2022, un douanier français teste un colis suspecté d'être de la cocaïne à l'aéroport d'Orly, au sud de Paris. (AFP) 

Pour enrayer la vague qui déferle sur l'Europe, policiers et magistrats ont engagé une "guerre totale".

En développant renseignement et "ciblage", en musclant la coopération internationale et en renforçant la sécurité des ports, les saisies ont battu des records chaque année. Près de 110 tonnes en 2022 à Anvers, le principal point d'entrée de la "blanche" en Europe, contre 89,5 tonnes en 2021.

"Ça signifie que nos méthodes sont plus efficaces mais aussi que les flux augmentent", concède la douanière française Corinne Cléostrate.

Jamais confirmé, un "chiffre noir" circule: seuls 10% du volume de la cocaïne en circulation seraient interceptés.

"Nous avons des terminaux de plus en plus automatisés, cela rend plus difficile la tâche (des trafiquants)", note le chef des douaniers chargés des interceptions à Rotterdam, Ger Scheringa. A Rotterdam, les saisies ont nettement reculé de 72,8 à 46,8 tonnes de 2021 à 2022.

Mais les trafiquants ont déjà ouvert des "itinéraires bis" vers des ports moins surveillés. C'est le cas de Montoir-de-Bretagne, près de Saint-Nazaire (ouest) en France, où près de 600 kilos de "coke" ont été saisis en 2022.

Les polices européennes ont également renforcé la chasse aux têtes du trafic.

Fin novembre, Europol a annoncé le démantèlement d'un "super cartel" qui contrôlait un tiers du trafic de cocaïne vers l'Europe: 49 suspects arrêtés en France, Espagne, Pays-Bas, Belgique et surtout à Dubaï, un de leurs repaires favoris.

En première ligne de cette guerre, les douaniers français de Martinique ne se font pourtant guère d'illusion.

Inlassablement, ils surveillent et inspectent les yoles de pêche, voiliers et cargos qui voguent dans les eaux turquoises du canal de Sainte-Lucie, face aux côtes sud-américaines.

"Les trafiquants connaissent nos méthodes (...) on fait au mieux mais il faut savoir reconnaître qu'on ne pourra pas tout attraper", concède le patron des douaniers de l'île, Jean-Charles Métivier. "On a souvent un coup de retard."

Pendant ce temps à Paris, le commerce bat son plein, avec ses guerres des prix et ses offres commerciales.

"Big promo, 50 euros: 1 caro", (un gramme de "coke"), promet un message posté sur la boucle d'une messagerie.


Trump publie une carte du détroit d'Ormuz en "territoire américain"

Le président américain Donald Trump a déclaré mardi qu’aucune négociation entre les États-Unis et l’Iran n’était en cours ni prévue, mais que le détroit d’Ormuz était ouvert. (Archives/Reuters)
Le président américain Donald Trump a déclaré mardi qu’aucune négociation entre les États-Unis et l’Iran n’était en cours ni prévue, mais que le détroit d’Ormuz était ouvert. (Archives/Reuters)
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  • Donald Trump a relancé l’idée controversée de faire du détroit d’Ormuz un « territoire américain », en publiant une carte sur Truth Social
  • Cette déclaration intervient alors que les négociations entre Washington et Téhéran sont dans l’impasse et que la réouverture de ce passage stratégique reste conditionnée à des exigences jugées incompatibles

WASHINGTON: Donald Trump a publié mardi sur son réseau Truth Social une carte montrant le détroit d'Ormuz et le décrivant comme un "nouveau territoire américain", reprenant ainsi une idée déjà exprimée ces derniers jours.

Le président avait pour la première fois parlé de "territoire américain" à propos de cette artère commerciale stratégique la semaine dernière, pendant un meeting et sur un ton qui laissait penser à une plaisanterie.

Le républicain est revenu à la charge lundi pendant un échange avec des journalistes dans le Bureau Ovale, en estimant que ce serait une "très bonne idée".

Ce n'est pas la première fois que Donald Trump, confronté à un obstacle de politique étrangère, lance ainsi une suggestion surprenante ou menaçante d'annexion d'un territoire étranger.

Depuis son retour au pouvoir, il a menacé de faire du Canada le "51e" Etat américain, de s'emparer du Groenland et même évoqué une prise de contrôle de la bande de Gaza, sans passer à l'acte.

Sa suggestion concernant Ormuz intervient alors qu'une issue pacifique au conflit entre l'Iran et les Etats-Unis semble plus lointaine que jamais.

Il y a soixante jours, les deux belligérants avaient signé à grand bruit un protocole d'accord censé déboucher sur un règlement durable, mais qui n'a rien donné.

Washington et Téhéran posent des conditions a priori irréconciliables à la réouverture du détroit, passage névralgique pour le commerce mondial de pétrole.


Iran: le détroit d'Ormuz restera fermé tant que Washington n'aura pas satisfait les exigences de Téhéran

Le négociateur en chef iranien, Mohammad Bagher Qalibaf, a déclaré mardi que le stratégique détroit d’Ormuz ne sera pas rouvert tant que les États-Unis n’auront pas répondu aux exigences de Téhéran. (AFP)
Le négociateur en chef iranien, Mohammad Bagher Qalibaf, a déclaré mardi que le stratégique détroit d’Ormuz ne sera pas rouvert tant que les États-Unis n’auront pas répondu aux exigences de Téhéran. (AFP)
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  • Téhéran maintient la fermeture du détroit jusqu’au respect des engagements américains
  • Les négociations avancent, mais la méfiance et les tensions restent fortes

TEHERAN: Le détroit d'Ormuz, voie maritime stratégique au coeur du conflit entre l'Iran et les Etats-Unis, restera fermé tant que Washington n'aura pas rempli ses engagements prévus par le protocole d'accord de juin, a annoncé mardi le négociateur en chef iranien Mohammad Bagher Ghalibaf.

Le détroit d'Ormuz "ne sera pas ouvert tant que les engagements américains stipulés dans le protocole d'accord (...) ne seront pas mis en oeuvre", a déclaré M. Ghalibaf, également chef du Parlement, dans un discours diffusé à la télévision d'Etat.

Il a cité parmi ces conditions "la levée du blocus naval (américain), le déblocage des avoirs (iraniens) gelés, la levée de l'embargo pétrolier" contre Téhéran, ainsi que "la fin des opérations militaires sur tous les fronts".

Après l'attaque américano-israélienne contre l'Iran le 28 février, Téhéran a riposté par des frappes sur les pays voisins alliés de Washington et verrouillé le détroit, voie de transit majeur des hydrocarbures, faisant s'envoler les cours du pétrole.

Les Etats-Unis ont imposé de leur côté un blocus aux ports iraniens.

Un cessez-le-feu a été conclu en avril suivi d'un protocole d'accord en juin en vue de négociations de paix, qui a ensuite volé en éclats après avoir brièvement permis une réouverture du détroit.

Si les hostilités ont récemment baissé en intensité, les efforts diplomatiques menés par les médiateurs marquent le pas.

L'émissaire américain et gendre de Donald Trump, Jared Kushner, a toutefois qualifié lundi de "très positives et animées" les tractations dans le but de conclure un accord entre l'Iran et les Etats-Unis.

S'il a admis sur Fox News qu'il n'y avait pas "beaucoup de confiance" entre les deux parties, il a précisé qu'elles "s'impliquaient très sérieusement".

"Le président Trump va se montrer très patient, il n'aime pas se précipiter pour conclure un accord. Il conclura le bon accord quand celui-ci sera prêt", a-t-il ajouté.

Dans le même temps, l'Iran et Oman mènent depuis plusieurs semaines des discussions pour trouver un accord sur le passage des navires dans le détroit d'Ormuz, situé entre leurs côtes, dont Téhéran revendique le contrôle.

"Si Oman se met en travers de notre chemin, on va leur bombarder la gueule", a déclaré lundi l'imprévisible  président américain, interrogé sur ces discussions par le journaliste de Fox News Trey Yingst.


Désarmement du Hamas à Gaza: Kushner dit espérer des "progrès" d'ici 30 jours

La feuille de route approuvée par le Hamas le 30 juillet prévoyait que la mise hors service des armes serait supervisée par la Force internationale de stabilisation, une unité en cours de création qui doit se déployer à Gaza si la situation s’apaise. (AFP)
La feuille de route approuvée par le Hamas le 30 juillet prévoyait que la mise hors service des armes serait supervisée par la Force internationale de stabilisation, une unité en cours de création qui doit se déployer à Gaza si la situation s’apaise. (AFP)
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  • Kushner vise un début de désarmement du Hamas sous 30 jours, sous supervision américaine
  • Israël conditionne toute reconstruction de Gaza au désarmement total du Hamas

WASHINGTON: L'émissaire américain Jared Kushner a dit lundi espérer un début de désarmement du Hamas d'ici "30 jours", qui se ferait sous supervision d'un général américain, après avoir rencontré le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

"Nous pourrions constater des progrès d'ici à peine 30 jours, avec, espérons-le, le début du retrait d'une partie des armes, et, espérons-le également, le comblement de certains tunnels au cours des 60 à 90 prochains jours", a-t-il déclaré depuis Tel Aviv à la chaîne américaine Fox News.

"Des progrès pourraient donc intervenir assez rapidement, mais cela nécessite la coopération des deux parties, et nous espérons bien sûr surmonter cette épreuve", a ajouté le gendre de Donald Trump.

Selon un responsable israélien, Israël et les États-Unis sont convenus lundi de charger un général américain de superviser le désarmement du Hamas.

Un tel accord vise à satisfaire Israël, après que M. Netanyahu, confronté à une difficile campagne de réélection, a rejeté publiquement le dernier volet d'un plan américain de sortie de guerre dans la bande de Gaza.

"On a eu une très, très bonne réunion aujourd'hui. On a passé près de quatre heures avec lui et son équipe à passer en revue tous les détails (...) et à dissiper certains malentendus", a affirmé M. Kushner, qui avait rencontré la veille des responsables du Hamas.

Le mouvement islamiste palestinien avait donné son accord fin juillet à ce plan américain prévoyant son désarmement et le retrait israélien du territoire palestinien, occupé à plus de 60% par Israël.

Dimanche, M. Kushner avait rencontré des membres de la direction du Hamas, insistant, selon des sources proches des négociations, sur le désarmement du mouvement et appelant à des mesures "vérifiables".

"Ils ont dit tout ce qu'il fallait mais, à l'évidence, il est très très difficile de leur faire confiance", a dit l'émissaire américain à Fox News au sujet de sa rencontre avec le Hamas.

- "Hors service" -

MM. Netanyahu et Kushner "sont convenus qu'aucun redéploiement ni aucune reconstruction n'auraient lieu dans la bande de Gaza avant que le Hamas ne soit désarmé dans l'ensemble" du territoire, a affirmé à l'AFP un haut responsable israélien.

"Il a également été convenu que la première étape vers la démilitarisation de Gaza consisterait à demander au Hamas de remettre ses armes afin qu'elles soient mises hors service sous la supervision d'un général américain", a ajouté ce responsable.

M. Kushner était accompagné de membres du "Conseil de paix" de Donald Trump, notamment l'ancien Premier ministre britannique Tony Blair.

Selon un responsable de cet organe, qui n'a pas confirmé l'implication d'un général américain, "chaque arme collectée sera entièrement mise hors service".

- Pressions -

L'administration Trump a déjà nommé le général américain Jasper Jeffers à la tête de la Force internationale de stabilisation (ISF) appelée à se déployer à Gaza aux termes du plan du président américain, avalisé par l'ONU, qui a conduit à un cessez-le-feu, précaire, en octobre 2025.

Telle que rendue publique par le "Conseil de Paix" en juillet, la feuille de route prévoit que le désarmement du Hamas aille de pair avec le retrait israélien et soit supervisé par le Comité national pour l'administration de Gaza (NCAG), un organe de technocrates palestiniens censé gérer provisoirement le territoire.

En rejetant ce texte, M. Netanyahu avait exigé un désarmement "véritable" du Hamas, dont l'attaque sans précédent du 7 octobre 2023 en Israël a déclenché la guerre à Gaza.

Au pouvoir dans ce territoire depuis 2007, le mouvement a annoncé en juillet dissoudre son administration civile et vouloir transférer ses responsabilités au NCAG.

M. Kushner avait insisté dimanche sur l'absence de tout rôle futur du Hamas dans la gouvernance de Gaza, selon les mêmes sources proches des négociations.

Le mouvement palestinien avait de son côté appelé à exercer des pressions sur M. Netanyahu pour débloquer la mise en oeuvre de la feuille de route, avait indiqué un responsable du Hamas à l'AFP.

Pendant des années, les Etats-Unis ont refusé tout contact avec le Hamas, qu'ils classent comme terroriste.

Le Hamas et Israël s'accusent mutuellement de violer le cessez-le-feu dans le territoire dévasté et en demande d'aide humanitaire.

Au moins 1.265 Palestiniens y ont été tués depuis le début de la trêve, selon le ministère de la Santé du territoire, dont l'ONU juge les chiffres fiables.

Dans le même temps, Israël y a recensé cinq soldats et un contractuel du ministère de la Défense tués.