Chlordécone aux Antilles: La justice reconnaît un «scandale sanitaire» mais prononce un non-lieu

Une femme porte un t-shirt portant un slogan «Tous contre le chlordécone» à Sainte-Rose dans l'île des Caraïbes françaises (Photo, AFP).
Une femme porte un t-shirt portant un slogan «Tous contre le chlordécone» à Sainte-Rose dans l'île des Caraïbes françaises (Photo, AFP).
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Publié le Vendredi 06 janvier 2023

Chlordécone aux Antilles: La justice reconnaît un «scandale sanitaire» mais prononce un non-lieu

  • Deux juges d'instructions parisiennes ont mis lundi un point final, sans poursuites, à l'enquête
  • La pollution des Antilles au chlordécone est un scandale sanitaire qui affectera pour de longues années la vie quotidienne des habitants

PARIS: Un non-lieu entouré de précautions pour un "scandale sanitaire" ultra sensible: deux juges d'instructions parisiennes ont mis lundi un point final, sans poursuites, à l'enquête sur l'empoisonnement massif des Antilles au chlordécone, un pesticide autorisé dans les bananeraies jusqu'en 1993.

Cette décision à haute valeur symbolique, apprise jeudi de source proche du dossier et confirmée par une source judiciaire, était redoutée par des élus et habitants de Martinique et de Guadeloupe, qui ont régulièrement dénoncé un risque de "déni de justice".

Dans une ordonnance signée lundi et longue de plus de 300 pages, deux magistrates instructrices du pôle santé publique et environnement du tribunal judiciaire de Paris ont mis un terme à cette information judiciaire ouverte en 2008.

De manière rarissime, les deux juges concluent leur ordonnance par cinq pages d'explications sur les raisons de leur non-lieu.

La pollution des Antilles au chlordécone est un "scandale sanitaire" et une "atteinte environnementale dont les conséquences humaines, économiques et sociales affectent et affecteront pour de longues années la vie quotidienne des habitants" de Martinique et de Guadeloupe.

L'enquête a selon elles établi "les comportements asociaux de certains des acteurs économiques de la filière banane relayés et amplifiés par l'imprudence, la négligence, l'ignorance des pouvoirs publics, des administratifs et des politiques qui ont autorisé l'usage du chlordécone à une époque où la productivité économique primait sur les préoccupations sanitaires et écologiques".

Mais la décision de non-lieu se justifie d'après elles d'abord par la difficulté de "rapporter la preuve pénale des faits dénoncés", "commis 10, 15 ou 30 ans avant le dépôt de plaintes", la première l'ayant été en 2006.

Les magistrates soulignent également "l'état des connaissances techniques ou scientifiques" au début des années 1990, qui "ne permettait pas" d'établir "le lien de causalité certain exigé par le droit pénal" entre le pesticide et les atteintes à la santé.

"Il n'est pas possible de faire valoir des avancées scientifiques" ultérieures car elles sont "postérieures aux faits" objets de l'information judiciaire, soulignent les juges.

Arguant également de divers obstacles liés au droit, les magistrates attestent que "la cause (des plaignants) a été entendue" et qu'elles ont eu pour "souci" d'obtenir une "vérité judiciaire", mais elles constatent leur impossibilité à "caractériser une infraction pénale".

A mots couverts, l'ordonnance tacle aussi la plupart des parties civiles, "longtemps silencieuses" dans cette enquête et dont "l'intérêt pour l'instruction ne s'est réveillé" qu'il y a deux ans.

Les deux juges invitent assez ouvertement les victimes du chlordécone à profiter de "la causalité aujourd'hui établie" entre le pesticide et les dommages subis par la population pour saisir "d'autres instances".

Ce non-lieu est une "honte", a réagi la Confédération paysanne.

-90% des populations touchées
Utilisé dans les bananeraies pour lutter contre le charançon, le chlordécone a été autorisé en Martinique et en Guadeloupe jusqu'en 1993, sous dérogation, quand le reste du territoire français en avait interdit l'usage.

Il n'a été banni des Antilles que 15 ans après les alertes de l'Organisation mondiale de la santé.

Il a provoqué une pollution importante et durable des deux îles.

Selon un rapport publié le 6 décembre par l'Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES), près de 90% des populations de Martinique et de Guadeloupe sont contaminées au chlordécone.

Les Antilles détiennent le triste record mondial de cancer de la prostate.

Depuis le 22 décembre 2021, il est reconnu comme maladie professionnelle, ouvrant la voie à une indemnisation pour les ouvriers agricoles.

En 2006, plusieurs associations martiniquaises et guadeloupéennes avaient déposé plainte pour empoisonnement, mise en danger de la vie d'autrui et administration de substance nuisible.

Le 25 novembre, le parquet de Paris avait requis un non-lieu, estimant que les faits étaient prescrits, s'agissant notamment de l'empoisonnement, ou non caractérisés, concernant l'administration de substances nuisibles.

Depuis l'annonce de ces réquisitions, manifestations et rassemblements ont repris en Martinique, après les milliers de personnes qui avaient défilé à Fort-de-France en février 2021.

Le 6 décembre, le président du conseil exécutif de la collectivité territoriale de Martinique, Serge Letchimy, a interpellé Emmanuel Macron face au risque de "déni de justice".

Le chef de l'Etat est "le premier à avoir reconnu la responsabilité de l’Etat dans la pollution du chlordécone en 2018", l'a défendu le même jour le ministre délégué aux Outre-mer, Jean-François Carenco.


Liban: Macron appelle Israël à "renoncer à une offensive terrestre"

Le président français Emmanuel Macron préside une visioconférence des dirigeants du G7 pour discuter des répercussions de la guerre en Iran sur l’économie mondiale, dans le contexte du conflit entre les États-Unis, Israël et l’Iran, au palais de l’Élysée à Paris, le 11 mars 2026. (AFP)
Le président français Emmanuel Macron préside une visioconférence des dirigeants du G7 pour discuter des répercussions de la guerre en Iran sur l’économie mondiale, dans le contexte du conflit entre les États-Unis, Israël et l’Iran, au palais de l’Élysée à Paris, le 11 mars 2026. (AFP)
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  • Le président français Emmanuel Macron a appelé Israël à renoncer clairement à une offensive terrestre au Liban et le Hezbollah à cesser immédiatement ses attaques
  • La France soutient les efforts du Liban pour rétablir le contrôle total de l’État, tandis que la Syrie affirme désormais appuyer la souveraineté libanaise

PARIS: Le président français Emmanuel Macron a appelé mercredi soir Israël à "clairement renoncer à une offensive terrestre au Liban" et le Hezbollah à "immédiatement mettre fin à ses attaques", après s'être entretenu avec son homologue libanais Joseph Aoun.

"Le Hezbollah a commis une faute majeure en forçant le Liban à l’affrontement avec Israël. Il doit immédiatement mettre fin à ses attaques. De son côté, Israël doit clairement renoncer à une offensive terrestre au Liban", a-t-il affirmé dans une publication sur le réseau social X.

Israël poursuit ses attaques visant le Hezbollah au Liban, entraîné le 2 mars dans la guerre au Moyen-Orient lorsque le mouvement pro-iranien a lancé une attaque sur Israël.

L'agence officielle Ani a fait état de nouvelles frappes mercredi soir dans le sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah, tandis que des images de l'AFPTV ont montré de la fumée s'élever de la banlieue sud.

Emmanuel Macron a également indiqué s'être entretenu avec son homologue syrien Ahmad al-Chareh, dont il assure qu'il "soutient les efforts des autorités libanaises pour restaurer le contrôle plein et entier de l’Etat sur leur territoire".

"Son soutien à la souveraineté libanaise marque une rupture nette avec le passé. C’est le gage de relations saines et constructives entre le Liban et la Syrie", a-t-il déclaré.

Les forces d'Ahmad al-Chareh, dont le groupe Hayat Tahrir al-Sham (HTS) qu'il dirigeait et a depuis dissous, ont renversé en décembre 2024 l'ancien dirigeant syrien Bachar al-Assad, que le Hezbollah soutenait militairement.

Les présidents libanais et syrien ont convenu mardi de mieux "contrôler" leur frontière commune, au lendemain d'un incident, a annoncé Beyrouth.

Damas avait dénoncé dans la nuit précédente des tirs d'artillerie du Hezbollah vers son territoire, en pleine guerre entre Israël et le mouvement chiite libanais soutenu par l'Iran.


Liban: la France triple son soutien humanitaire et envoie 60 tonnes d'aide

Photo d'archives du 1er novembre 2024. (AFP)
Photo d'archives du 1er novembre 2024. (AFP)
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  • "Nous avons décidé de tripler le volume de l'aide qui arrivera cette semaine. Cette aide atteindra 60 tonnes d'aide humanitaire à destination des Libanais, avec des kits sanitaires, des kits d'hygiène, des matelas, des lampes"
  • Ce soutien s'effectue "grâce au soutien de la Fondation CMA CGM" de l'armateur français

PARIS: La France s'apprête à tripler son soutien humanitaire au Liban, en y dépêchant jeudi 60 tonnes d'aide pour les réfugiés quittant le sud du pays où Israël mène des opérations militaires contre le Hezbollah pro-iranien, a annoncé mercredi le chef de la diplomatie française

"Nous avons décidé de tripler le volume de l'aide qui arrivera cette semaine. Cette aide atteindra 60 tonnes d'aide humanitaire à destination des Libanais, avec des kits sanitaires, des kits d'hygiène, des matelas, des lampes, mais aussi un poste sanitaire mobile", a déclaré Jean-Noël Barrot sur TF1.

Ce soutien s'effectue "grâce au soutien de la Fondation CMA CGM" de l'armateur français, selon lui.

Paris s'apprête par ailleurs à fournir "plusieurs dizaines" de véhicules de l'avant-blindé (VAB) aux forces armées libanaises, "dont nous considérons qu'elles sont seules légitimes à assurer la sécurité du Liban", a rappelé le ministre, qui a à nouveau appelé le Hezbollah à "cesser ses attaques sur Israël" et "à rendre ses armes aux autorités libanaises".

Quelque 760.000 personnes ont été déplacées depuis le début de la campagne de frappes, lancée en réponse à des tirs du Hezbollah, selon des chiffres publiés mardi par le gouvernement libanais.

Depuis que le Hezbollah a entraîné le pays dans la guerre régionale avec l'Iran le 2 mars en lançant des missiles sur Israël, près de 500 personnes ont été tuées.


Le Hezbollah doit se désarmer, Israël s'abstenir d'une opération d'envergure, selon Paris

 La France a exprimé mardi, à la veille d'une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU, "sa vive préoccupation" face à l'escalade de violences au Liban, exhortant le Hezbollah "à remettre les armes" et Israël "à s'abstenir de toute intervention d'envergure". (AFP)
 La France a exprimé mardi, à la veille d'une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU, "sa vive préoccupation" face à l'escalade de violences au Liban, exhortant le Hezbollah "à remettre les armes" et Israël "à s'abstenir de toute intervention d'envergure". (AFP)
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  • La France, qui devait accueillir le 5 mars une conférence internationale d'aide aux forces armées libanaises, réitère "son plein soutien aux autorités libanaises"
  • Condamnant "le choix irresponsable" fait par le groupe chiite pro-iranien de se joindre aux attaques iraniennes contre Israël depuis le 1er mars, Paris appelle "le Hezbollah à mettre fin à ses opérations"

PARIS: La France a exprimé mardi, à la veille d'une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU, "sa vive préoccupation" face à l'escalade de violences au Liban, exhortant le Hezbollah "à remettre les armes" et Israël "à s'abstenir de toute intervention d'envergure".

Condamnant "le choix irresponsable" fait par le groupe chiite pro-iranien de se joindre aux attaques iraniennes contre Israël depuis le 1er mars, Paris appelle "le Hezbollah à mettre fin à ses opérations", selon une déclaration du porte-parole du ministère français des Affaires étrangères.

Elle appelle en outre Israël "à s'abstenir de toute intervention terrestre ou d'envergure durable au Liban, dont l'intégrité territoriale et la souveraineté doivent être respectées".

La France, qui devait accueillir le 5 mars une conférence internationale d'aide aux forces armées libanaises, réitère "son plein soutien aux autorités libanaises", saluant leur décision le 2 mars dernier d'interdire les activités militaires et sécuritaires du Hezbollah.

La conférence du 5 mars, annulée en raison du déclenchement de la guerre au Moyen-Orient, était destinée à lever des fonds pour renforcer les forces de sécurité intérieures et l'armée libanaise, qui manquent cruellement de moyens financiers et d'équipements.

Cette aide était jugée fondamentale alors que l'armée libanaise était engagée dans un processus de désarmement du Hezbollah.

L'armée libanaise avait indiqué en janvier avoir achevé la première phase de ce plan de désarmement, couvrant la région située entre la frontière israélienne et le fleuve Litani, à une trentaine de kilomètres plus au nord. La deuxième phase, concernant une zone située au nord du fleuve, devait commencer.

En déplacement au Liban début février, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot avait jugé positif le processus de désarmement, estimant qu'au sud du fleuve Litani, il n'y avait plus de menaces vers le nord d'Israël.

Il avait aussi demandé à l'Iran de cesser d'être une force déstabilisatrice au Liban alors qu'Israël suspectait le Hezbollah de se réarmer avec l'aide de Téhéran.

Les autorités israéliennes ont constamment jugé insuffisants les progrès dans le désarmement du groupe pro-iranien qui a fini par entraîner le Liban dans la guerre début mars.