RENNES: Le tribunal administratif de Caen a condamné l'Etat à verser plus de 100 000 euros d'indemnités à la famille d'une détenue de 26 ans qui s'est suicidée à la prison de Caen en 2020, estimant que l'administration pénitentiaire avait commis "une faute" dans la prise en charge de la jeune femme.
Pauline Depirou, qui souffrait de graves troubles psychiques, avait été retrouvée pendue dans sa cellule de la maison d'arrêt de Caen dans la nuit du 4 au 5 février 2020.
Malgré trois tentatives de suicide préalables, dont une par pendaison "quelques mois seulement avant la levée de la surveillance renforcée" en décembre 2019, la jeune femme avait été placée seule dans une cellule, relève le tribunal dans une décision rendue publique mardi. En outre, elle faisait l'objet du même régime de surveillance nocturne que n'importe quelle détenue de la maison d'arrêt de Caen: trois rondes par nuit "avec contrôle à l'oeilleton".
L'administration pénitentiaire avait pourtant connaissance d'une expertise judiciaire datant de 2017 qui établissait "une personnalité hautement pathologique, structuré sur un mode psychotique", avec un syndrome persécutif, ainsi que de ses hospitalisations dans des services de psychiatrie dès son enfance.
Entre juin 2018 et son décès, Pauline Depirou avait comparu à 23 reprises en commission de discipline.
Malgré tous ces éléments, l'administration pénitentiaire "n'a pas (...) pris les mesures que l'on pouvait raisonnablement attendre de sa part pour prévenir le suicide de Mme Depirou. Dans ces conditions, l'administration pénitentiaire a commis une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat", écrit le tribunal.
L'Etat doit à ce titre "être déclaré entièrement responsable des conséquences dommageables du suicide de Mme Pauline Depirou" et verser au total plus de 100 000 euros de dommages et intérêts aux parents et à la famille de la défunte, conclut-il.