La montée du racisme et de l’islamophobie ternissent l’image du Canada

Des Canadiens se dirigent vers la mosquée de London en Ontario, le 11 juin 2021, pour exiger de mettre fin à la vague de haine, après que quatre membres d’une famille musulmane ont été tués par un homme au volant d’une camionnette. (AFP)
Des Canadiens se dirigent vers la mosquée de London en Ontario, le 11 juin 2021, pour exiger de mettre fin à la vague de haine, après que quatre membres d’une famille musulmane ont été tués par un homme au volant d’une camionnette. (AFP)
Les gens défilent au centre-ville de Montréal au Québec, lors d’une manifestation contre le racisme anti-asiatique le 21 mars 2021. (AFP)
Les gens défilent au centre-ville de Montréal au Québec, lors d’une manifestation contre le racisme anti-asiatique le 21 mars 2021. (AFP)
Les opposants à la législation gouvernementale ciblant l’islamophobie agitent des drapeaux canadiens lors d’un rassemblement à Toronto. (Reuters)
Les opposants à la législation gouvernementale ciblant l’islamophobie agitent des drapeaux canadiens lors d’un rassemblement à Toronto. (Reuters)
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Publié le Lundi 10 octobre 2022

La montée du racisme et de l’islamophobie ternissent l’image du Canada

  • L’image exemplaire du Canada est ternie par un point noir qui s’infiltre lentement au sein de l’opinion publique, au moment où les actes discriminatoires, islamophobes, antisémites et racistes sont à la hausse
  • Bien que les musulmans canadiens aient salué les accusations dénonçant les auteurs de l’attaque contre le réfugié syrien de 15 ans, ils affirment que beaucoup reste encore à faire afin que la réalité du Canada soit conforme à son image irréprochable

DUBAÏ/RIYAD: On dit souvent que «le racisme au Canada est inexistant» pour mettre en valeur la nature tolérante et agréable du Canada. Cependant, une série de crimes motivés par la haine, de meurtres de masse et de racisme contre les ethnies porte atteinte à l’image parfaite de la nation.

Le site Web officiel du gouvernement du Canada indique que la diversité et l’inclusion sont les pierres angulaires de l’identité canadienne – une source de force sociale et économique. L’image des Canadiens aux yeux du monde est avant tout positive, chaleureuse, généreuse, polie. Ils disent toujours « S’il vous plaît », « merci » et « désolé.e ». Le Legatum Institute, basé à Londres, a également classé le pays comme le plus tolérant au monde en 2015.

Cependant, l’image exemplaire du Canada est ternie par un point noir qui s’infiltre lentement au sein de l’opinion publique, au moment où les actes discriminatoires, islamophobes, antisémites et racistes sont à la hausse.

Des milliers de personnes manifestent contre la haine après une attaque mortelle contre une famille musulmane en 2021. (AFP)
Des milliers de personnes manifestent contre la haine après une attaque mortelle contre une famille musulmane en 2021. (AFP)

La semaine dernière, six jeunes Canadiens ont été accusés de multiples crimes motivés par la haine après avoir agressé un jeune réfugié syrien. L’agression, enregistrée sur vidéo et largement partagée sur les réseaux sociaux, s’est produite le 8 septembre près de l’établissement d’enseignement secondaire Gloucester à Ottawa. Dans la vidéo, on voit l’orphelin syrien de 15 ans entouré d’autres jeunes garçons. L’un d’eux lui arrache son collier, puis il est poussé au sol et frappé à coups de poing et de pied.

Les six personnes font face à des accusations, notamment de vol, de complot en vue de commettre un acte criminel et d’intimidation.

En apparence, le Canada a une politique d’accueil favorable aux réfugiés. Environ un cinquième de la population du pays est née à l’étranger et le Canada a accueilli plus d’un million de réfugiés depuis 1980, selon le HCR.

En 2017, le Canada, ami des immigrants, a transformé son stade olympique de Montréal en abri pour des centaines de réfugiés qui ont traversé la frontière canado-américaine pour demander l’asile. (Images Getty /AFP)
En 2017, le Canada, ami des immigrants, a transformé son stade olympique de Montréal en abri pour des centaines de réfugiés qui ont traversé la frontière canado-américaine pour demander l’asile. (Images Getty /AFP)

Cependant, tous les Canadiens ne sont pas aussi accueillants envers les réfugiés, en particulier lorsqu’il s’agit de ceux du Moyen-Orient. Un sondage réalisé en mai 2022 par l’institut Angus Reid révèle que seulement 35% des Canadiens sont disposés à accueillir un plus grand nombre de réfugiés en provenance d’Afghanistan et seulement 31% sont favorables à l’arrivée des Syriens dans le pays.

L’attaque contre le jeune Syrien est loin d’être un incident isolé et la dernière décennie a été témoin d’une augmentation de l’intolérance envers les musulmans au Canada. En septembre 2014, plusieurs étudiants musulmans de l’université Queen’s de l’Ontario ont été agressés par des hommes proférant des insultes raciales. En mai 2016, un étudiant d’origine iranienne de l’université Western en Ontario a été agressé par une personne qui l’a traité d’ « Arabe ».

En janvier 2017, un homme armé a attaqué le Centre culturel islamique de Québec, faisant six morts et dix-neuf blessés. Trois ans plus tard, un bénévole de l’International Muslim Organization a été poignardé à Toronto.

Le Premier ministre canadien Justin Trudeau s’est joint aux personnes en deuil lors d’une cérémonie funéraire pour trois des victimes de la fusillade mortelle au Centre culturel islamique de Québec à Montréal, le 2 février 2017. (AFP)
Le Premier ministre canadien Justin Trudeau s’est joint aux personnes en deuil lors d’une cérémonie funéraire pour trois des victimes de la fusillade mortelle au Centre culturel islamique de Québec à Montréal, le 2 février 2017. (AFP)

De nombreuses femmes musulmanes portant le voile ont également été victimes d’agressions verbales et physiques. En décembre 2020, deux femmes musulmanes portant le voile ont été agressées verbalement et physiquement par un homme à Edmonton.

L’année dernière, toute une famille – Talat Afzaal, 77 ans, son fils, Salman, 46 ans, sa femme, Madiha, 44 ans, Yumna, 15 ans et Fayez, 9 ans – a été renversée par une camionnette à London, en Ontario. Tous les membres de la famille, sauf Fayez, sont morts et la police a déclaré plus tard que l’agresseur avait des motivations islamophobes.

Les personnes en deuil et les partisans se rassemblent pour les funérailles publiques des membres de la famille Afzaal au Centre islamique du sud-ouest de l’Ontario le 12 juin 2021 à London, au Canada. (Images Getty /AFP)
Les personnes en deuil et les partisans se rassemblent pour les funérailles publiques des membres de la famille Afzaal au Centre islamique du sud-ouest de l’Ontario le 12 juin 2021 à London, au Canada. (Images Getty /AFP)

En mars, les fidèles du centre islamique Dar al-Tawheed ont été choqués de voir un homme faire irruption dans la mosquée et pulvériser du gaz poivré sur les vingt fidèles, mais ils n’ont pas tardé à maîtriser l’agresseur armé d'une hachette.

L’agence gouvernementale Statistique Canada a mené une étude en août 2022, révélant que le nombre d’attaques islamophobes documentées est passé de 84 en 2020 à 144 en 2021.

Dans de nombreux cas, des femmes musulmanes portant le voile ont été agressées physiquement ou verbalement. (AFP)
Dans de nombreux cas, des femmes musulmanes portant le voile ont été agressées physiquement ou verbalement. (AFP)

Les attaques racistes et xénophobes au Canada peuvent être justifiées dans l’esprit de ceux qui ont tendance à commettre des crimes motivés par la haine en raison des politiques du gouvernement canadien. Depuis 2010, les gouvernements locaux et nationaux ont tenté de mettre en œuvre des lois interdisant le port du voile. En 2017, l’Assemblée nationale du Québec a adopté une loi interdisant les habits religieux qui couvrent le visage lors de la prestation ou de la réception de services de l’État, ce qui signifie essentiellement que les femmes qui portent le niqab ou la burqa ne peuvent plus travailler dans les bureaux du gouvernement ni même utiliser les transports en commun.

Des sondages menés en 2017 par Ipsos et l’institut Angus Reid révèlent que 76% des Québécois et 70% des Canadiens hors Québec soutiennent la loi ou une loi similaire.                                                                         

Bien que les musulmans soient le groupe le plus détesté au Canada (par 28% des Canadiens, selon le sondage Forum de 2016), ils ne sont pas les seules victimes de la vague de haine qui secoue le pays. Le nombre de crimes motivés par la haine est passé de 2 646 en 2020 à 3 360 en 2021, selon Statistique Canada et les attaques ciblant les juifs ont augmenté de 47% au cours de la même période.

Le discours haineux s’est même propagé au-delà des minorités religieuses et des personnes nées à l’étranger. Bien que les États-Unis aient souvent été pointés du doigt pour leur traitement horrible des Amérindiens – appelés les Premières Nations au Canada – le bilan du Canada n’est guère meilleur. L’année dernière, une fosse commune contenant 215 enfants autochtones, dont certains n’avaient que trois ans, a été découverte sur le site du pensionnat indien de Kamloops, en Colombie-Britannique.

Le « génocide culturel », décrit par une Commission nationale de vérité et réconciliation, créée dans le cadre des excuses présentées par le gouvernement concernant les écoles, est un chapitre noir de l’histoire canadienne.

Les peuples autochtones du Canada ont beaucoup souffert dans ces écoles. Nombre d’entre eux ont été victimes d’abus mentaux, physiques et sexuels alors que les enseignants tentaient de les intégrer, les forçant à se convertir au christianisme et leur interdisant d’utiliser leurs noms et leur langue autochtones ou de porter des vêtements traditionnels. Plusieurs milliers de personnes sont également mortes faute de soins médicaux adéquats.

Bien que des décennies se soient écoulées depuis la fermeture des derniers pensionnats indiens et que le site Web du gouvernement du Canada déclare qu’il soutient « le droit des peuples autochtones à l’autodétermination, y compris le droit de poursuivre librement leur développement économique, politique, social et culturel », les membres des Premières Nations au Canada continuent d’être victimisés.

Lors de sa tournée au Canada en juillet dernier, le pape François a présenté ses excuses aux peuples autochtones du Canada pour les décennies d’abus dans les pensionnats dirigés par l’Église catholique. (Images Getty /AFP)
Lors de sa tournée au Canada en juillet dernier, le pape François a présenté ses excuses aux peuples autochtones du Canada pour les décennies d’abus dans les pensionnats dirigés par l’Église catholique. (Images Getty /AFP)

Au Canada – un État colonial –, le racisme systémique est profondément enraciné dans les politiques et les pratiques du pays. Cela signifie que les systèmes ont été conçus pour que  les colons blancs puissent en tirer profit, tout en désavantageant les populations indigènes qui y vivaient avant le colonialisme.

Selon Statistique Canada, plus du tiers des personnes victimes de violence sexuelle ou physique pendant qu’elles étaient prises en charge par le gouvernement étaient autochtones. Selon un rapport de Human Rights Watch publié en 2013, des centaines de femmes et de filles autochtones ont été assassinées ou portées disparues à travers le pays au cours des dernières décennies. Le rapport a également documenté au moins dix incidents au cours desquels la politique canadienne a violé les droits des femmes et des filles autochtones.

L’image du Canada en tant que nation tolérante est démentie par le fort courant sous-jacent de haine et d’intolérance, qui n’a fait qu’augmenter dans le pays. En 2017, le 42e Parlement canadien a adopté la motion 103, qui stipule que les députés de la Chambre des communes appellent le gouvernement du Canada à condamner l’islamophobie et à mener des études sur la façon de réduire le racisme et la discrimination.

Des manifestants canadiens anti-islamophobie défilent à Montréal le 28 mars 2015 contre des partisans du groupe anti-islam Pegida basé en Allemagne. (AFP)
Des manifestants canadiens anti-islamophobie défilent à Montréal le 28 mars 2015 contre des partisans du groupe anti-islam Pegida basé en Allemagne. (AFP)

Bien que le projet de loi ait été adopté, il a suscité de nombreuses protestations, des groupes anti-musulmans et d’extrême droite s’étant alliés pour s’y opposer. La députée qui a présenté le projet de loi, Iqra Khalid, aurait reçu des dizaines de milliers d’e-mails motivés par la haine après l’avoir proposé.

L’année dernière, le gouvernement canadien a organisé un sommet national sur l’islamophobie et fait part de son intention de déclarer le 29 janvier comme journée du souvenir de l’attaque contre la mosquée de Québec.

Bien que les musulmans canadiens aient salué les accusations dénonçant les auteurs de l’attaque contre le réfugié syrien de 15 ans, ils affirment que beaucoup reste encore à faire afin que la réalité du Canada soit conforme à son image irréprochable.

S’adressant à CBC Canada en septembre de l’année dernière, l’ancien PDG du Conseil national des musulmans canadiens, Mustafa Farooq, déclare: «Ce que les Canadiens doivent garder à l’esprit, c’est que ces politiques ne sont malheureusement qu’une goutte d’eau en termes de résolution réelle du problème.»

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Iran: Washington évoque un long blocus, le pétrole flambe

L'amiral Brad Cooper, commandant du CENTCOM américain, s'exprime lors d'une conférence de presse au Pentagone, à Washington, le 16 avril 2026. (ARCHIVES/AFP)
L'amiral Brad Cooper, commandant du CENTCOM américain, s'exprime lors d'une conférence de presse au Pentagone, à Washington, le 16 avril 2026. (ARCHIVES/AFP)
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  • Figé depuis le cessez-le-feu du 8 avril, le conflit pourrait s'éterniser, les Américains semblant se préparer à un long blocus des ports iraniens, en réponse au blocage par l'Iran du détroit d'Ormuz
  • "Le blocus est un peu plus efficace que les bombardements", a commenté Donald Trump lui-même dans un entretien avec le site américain Axios

WASHINGTON: Les Etats-Unis ont évoqué mercredi la perspective d'un long blocus des ports iraniens, qui prolongerait d'autant la pression sur l'économie mondiale, avec un impact immédiat sur les cours du pétrole, qui ont flambé à leur plus haut niveau depuis quatre ans.

Le conflit, déclenché le 28 février par une attaque israélo-américaine contre Téhéran, a fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban, et ses répercussions continuent de secouer l'économie mondiale.

Figé depuis le cessez-le-feu du 8 avril, le conflit pourrait s'éterniser, les Américains semblant se préparer à un long blocus des ports iraniens, en réponse au blocage par l'Iran du détroit d'Ormuz, par lequel transite d'ordinaire un cinquième des hydrocarbures consommés dans le monde.

Lors d'une réunion mardi à la Maison Blanche avec des dirigeants du secteur pétrolier, les participants ont évoqué "les mesures prises par le président Trump pour soulager les marchés internationaux du pétrole et les mesures que nous pourrions prendre pour poursuivre le blocus actuel pendant des mois si nécessaire et minimiser son impact sur les consommateurs américains", a rapporté mercredi un haut responsable de l'administration.

"Le blocus est un peu plus efficace que les bombardements", a commenté Donald Trump lui-même dans un entretien avec le site américain Axios.

Au total, 42 bateaux ont été interceptés à ce jour alors qu'ils tentaient de "violer le blocus" et 41 tankers ne peuvent pas quitter l'Iran, a affirmé l'amiral Brad Cooper, commandant américain pour le Moyen-Orient, soulignant que le blocus est "hautement efficace".

"Impasse prolongée" 

Alors que les perspectives de tractations avec l'Iran sont au point mort, les cours du pétrole ont réagi au quart de tour, le baril de Brent de la mer du Nord grimpant en séance à plus de 119 dollars, au plus haut depuis 2022 et l'invasion de l'Ukraine par la Russie.

Les analystes redoutent en réaction une poursuite durable du verrouillage du détroit par Téhéran. "Cela suggère une impasse prolongée: les combats sont largement arrêtés, mais aucune solution durable n'émerge", expliquent les experts du cabinet DNB.

Téhéran a accusé Washington de vouloir l'effondrement de la République islamique.

Les Etats-Unis veulent "activer la pression économique et les divisions internes (...) pour nous affaiblir ou même nous faire nous effondrer de l'intérieur", a réagi le puissant président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf.

Et lors d'un coup de fil, le président russe Vladimir Poutine a mis en garde Donald Trump contre les "conséquences dommageables" qu'aurait une nouvelle action militaire contre l'Iran, "non seulement pour l'Iran et ses voisins, mais aussi pour l'ensemble de la communauté internationale".

"Bourbier" 

Alors que ne se dessine aucune issue au conflit, le ministre américain de la Défense a eu droit à une volée de bois vert lors de sa première audition à la Chambre des représentants depuis le début du conflit.

"Catastrophe géopolitique", "désastre stratégique", "incompétence", "blessure auto-infligée", "bourbier" et autres mensonges... les députés américains n'ont pas ménagé Pete Hegseth.

Le chef du Pentagone a révélé que la guerre en Iran avait coûté 25 milliards de dollars jusqu'à présent, la justifiant par une question: "Quel est le prix à payer pour faire en sorte que l'Iran ne se dote jamais de l'arme nucléaire?"

Les conséquences économiques du conflit se font particulièrement sentir en Iran, où la monnaie nationale, le rial, a atteint son plus bas face au dollar depuis l'avènement de la République islamique en 1979.

Dans la capitale, certains affichent leur fatalisme.

"L'idée de revivre la guerre est terrifiante, mais nous n'avons pas non plus d'espoir quant à l'issue des négociations", confie Ali, architecte de 52 ans, joint par une journaliste de l'AFP à Paris.

Si la trêve a été prolongée sine die, les deux camps n'arrivent toujours pas à s'entendre pour reprendre leurs négociations, après une première session infructueuse le 11 avril au Pakistan.

Les Iraniens "ont intérêt à devenir intelligents, et vite!", a menacé Donald Trump sur son réseau Truth Social.

Le milliardaire républicain a par ailleurs dit envisager une réduction des forces armées américaines stationnées en Allemagne, une annonce qui survient après des échanges acerbes avec le chancelier allemand Friedrich Merz autour de l'Iran.

"Une décision sera prise très prochainement", a averti le président américain après que M. Merz a asséné que "les Américains (n'avaient) visiblement aucune stratégie" en Iran. En réaction, Donald Trump avait accusé mardi le chancelier de "ne pas savoir de quoi il parlait".

Deux morts au Liban 

Sur le front libanais, où Israël combat le mouvement pro-iranien Hezbollah, deux personnes, dont un militaire, ont été tuées dans une nouvelle frappe israélienne dans le sud du pays, selon l'armée libanaise. La veille, des bombardements israéliens avaient fait 19 morts, dont trois secouristes en mission.

Le président Joseph Aoun a appelé Israël à "pleinement mettre en oeuvre" le cessez-le-feu du 17 avril, avant toute négociation directe de paix entre les deux pays, dont il a dit attendre que les Etats-Unis fixent une date.

Dans un Liban plongé depuis des années dans une grave crise économique, le Programme alimentaire mondial (PAM) a averti que 1,2 million de personnes (sur 4 à 5 millions d'habitants) étaient menacées d'insécurité alimentaire aiguë.


L'armée américaine arraisonne un bateau suspecté de se diriger vers un port iranien

Le M/V Blue Star III a été libéré par les forces américaines "après qu'elles ont procédé à une fouille et confirmé que l'itinéraire du bateau ne prévoyait pas d'escale dans un port iranien". (AFP)
Le M/V Blue Star III a été libéré par les forces américaines "après qu'elles ont procédé à une fouille et confirmé que l'itinéraire du bateau ne prévoyait pas d'escale dans un port iranien". (AFP)
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  • L'Iran a bloqué le détroit d'Ormuz, voie maritime stratégique du commerce international, depuis le début de la guerre avec les Etats-Unis et Israël le 28 février, fragilisant les marchés mondiaux de l’énergie et plaçant le détroit au cœur des négociations
  • En réponse, les Etats-Unis ont annoncé imposer un blocus des ports iraniens à partir du 13 avril

WASHINGTON: L'armée américaine a annoncé mardi avoir arraisonné un navire marchand dans la mer d'Arabie, soupçonné d'avoir tenté de violer le blocus américain des ports iraniens.

Le M/V Blue Star III a été libéré par les forces américaines "après qu'elles ont procédé à une fouille et confirmé que l'itinéraire du bateau ne prévoyait pas d'escale dans un port iranien", a affirmé le commandement militaire américain pour le Moyen-Orient (Centcom) sur X.

"A ce jour, 39 navires ont été redirigés afin de garantir le respect" du blocus, a-t-il ajouté.

La publication comprenait également une vidéo montrant un hélicoptère au-dessus du navire alors que les Marines américains descendaient en rappel sur des conteneurs empilés sur le bateau.

L'Iran a bloqué le détroit d'Ormuz, voie maritime stratégique du commerce international, depuis le début de la guerre avec les Etats-Unis et Israël le 28 février, fragilisant les marchés mondiaux de l’énergie et plaçant le détroit au cœur des négociations visant à mettre fin au conflit.

En réponse, les Etats-Unis ont annoncé imposer un blocus des ports iraniens à partir du 13 avril.

Le ministre de la Défense Pete Hegseth avait affirmé aux journalistes en avril que Washington maintiendrait son blocus "aussi longtemps qu'il le faudra".

"Ce blocus s'applique à tous les navires, quelle que soit leur nationalité, en direction ou en provenance des ports iraniens", avait précisé le chef d'état-major de l'armée américaine Dan Caine, présent aux côtés de Pete Hegseth.

 

 


Donald Trump presse l'Iran de faire «vite» pour conclure un accord

 Donald Trump a averti mercredi que les Iraniens avaient "intérêt à devenir intelligents et vite!" au moment où les négociations entre les deux pays visant à mettre durablement fin à la guerre au Moyen-Orient sont dans l'impasse. (AFP)
Donald Trump a averti mercredi que les Iraniens avaient "intérêt à devenir intelligents et vite!" au moment où les négociations entre les deux pays visant à mettre durablement fin à la guerre au Moyen-Orient sont dans l'impasse. (AFP)
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  • Si une trêve est entrée en vigueur le 8 avril, l'Iran et les Etats-Unis n'arrivent toujours pas à se mettre d'accord pour tenir de nouvelles négociations au Pakistan, pays médiateur, après une première session infructueuse le 11 avril
  • Les Iraniens "ont intérêt à devenir intelligents, et vite!", a menacé Donald Trump sur son réseau Truth social

TEHERAN: Donald Trump a averti mercredi que les Iraniens avaient "intérêt à devenir intelligents et vite!" au moment où les négociations entre les deux pays visant à mettre durablement fin à la guerre au Moyen-Orient sont dans l'impasse.

Le conflit, déclenché le 28 février par une attaque israélo-américaine contre Téhéran, a fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban, et ses répercussions continuent de secouer l'économie mondiale.

Les conséquences se font particulièrement sentir en Iran, où la monnaie nationale iranienne, le rial, a atteint mercredi un plus bas face au dollar depuis l'avènement de la République islamique en 1979, selon plusieurs sites de suivi des changes.

Et dans la capitale, certains affichent leur fatalisme.

"L'idée de revivre la guerre est terrifiante, mais nous n'avons pas non plus d'espoir quant à l'issue des négociations", confie à l'AFP Ali, un architecte de 52 ans, joint par une journaliste de l'AFP à Paris.

"Ils partent négocier et reviennent avec encore plus de sanctions, et les discussions portent toujours sur le nucléaire: on ne parle jamais des gens, de l'économie ou de la liberté", ajoute-t-il, alors que son pays est sous le coup de sanctions internationales depuis des décennies.

"Devenir intelligents" 

Si une trêve est entrée en vigueur le 8 avril, l'Iran et les Etats-Unis n'arrivent toujours pas à se mettre d'accord pour tenir de nouvelles négociations au Pakistan, pays médiateur, après une première session infructueuse le 11 avril.

Les Iraniens "ont intérêt à devenir intelligents, et vite!", a menacé Donald Trump sur son réseau Truth social.

Dans le même message est publié un photo-montage du président portant un fusil d'assaut au milieu d'un décor de guerre, avec ce commentaire : "FINI DE JOUER LES GENTILS!".

Les Etats-Unis affichent leur scepticisme sur une nouvelle proposition de Téhéran pour débloquer le détroit d'Ormuz, un passage maritime stratégique pour le commerce de pétrole et de gaz.

L'Iran le verrouille depuis le début de la guerre et les Etats-Unis imposent de leur côté un blocus aux ports iraniens.

Selon un article du site américain Axios, relayé par l'agence officielle iranienne Irna, l'offre de Téhéran vise à rouvrir le détroit et mettre fin à la guerre, repoussant à une date ultérieure les discussions sur le dossier nucléaire.

 "Plus de risques" 

Mais ce sujet reste central pour les Etats-Unis et Israël, qui accusent la République islamique de vouloir se doter de la bombe atomique - ce qu'elle dément.

Selon le Wall Street Journal (WSJ), le président américain a demandé aux responsables de la sécurité nationale de se préparer à un long blocus des ports iraniens afin de contraindre Téhéran à abandonner son programme nucléaire.

D'après le journal, M. Trump estime pouvoir forcer Téhéran à suspendre l'enrichissement de l'uranium pendant 20 ans, puis à accepter de strictes restrictions par la suite.

L'Iran réaffirme de son côté régulièrement son droit inaliénable au nucléaire civil, tout en jugeant "négociable" le taux d'enrichissement.

Selon des responsables américains cités par le WSJ, Donald Trump considère en outre que bloquer les infrastructures portuaires iraniennes permettrait de continuer à mettre sous pression l'économie iranienne et ses exportations de pétrole.

Le locataire de la Maison Blanche "a estimé que ses autres options — reprendre les bombardements ou se retirer du conflit — comportaient plus de risques que le maintien du blocus", ont indiqué ces responsables.

Téhéran a appelé de son côté Washington à renoncer à ses exigences "irrationnelles", estimant que les Etats-Unis n'étaient "plus en position de dicter leur politique à des nations indépendantes".

Audition de Hegseth 

Alors que l'Iran annonce régulièrement des arrestations ou pendaisons de personnes accusées de liens avec Israël ou les Etats-Unis, le Haut-Commissariat des droits de l'homme de l'ONU a affirmé mercredi que 21 personnes avaient été exécutées et plus de 4.000 interpellées pour des motifs politiques ou liés à la sécurité nationale depuis le début du conflit.

L'Iran n'a pas réagi dans l'immédiat à ces allégations.

Sur le front libanais, Israël, qui combat le mouvement pro-iranien Hezbollah, deux personnes, dont un militaire, ont été tuées mercredi dans une nouvelle frappe israélienne dans le sud du pays, selon l'armée libanaise.

Chaque camp accuse l'autre de violer une trêve entrée en vigueur le 17 avril.

Aux Etats-Unis, le ministre américain de la Défense Pete Hegseth va devoir s'expliquer mercredi sur la conduite la guerre en Iran lors de sa première audition parlementaire depuis le début du conflit.

Depuis fin février, des parlementaires démocrates et républicains ont critiqué l'exécutif américain pour le manque d'information qui leur a été fournie.