En pleine tempête médiatique, le patron de la Banque mondiale ne veut pas lâcher la barre

"Je ne démissionnerai pas, et je ne l'ai pas envisagé", a répondu M. Malpass vendredi, interrogé par le média Politico. Selon lui, "aucun" des Etats membres de l'institution financière internationale n'a demandé sa démission. (Photo, AFP)
"Je ne démissionnerai pas, et je ne l'ai pas envisagé", a répondu M. Malpass vendredi, interrogé par le média Politico. Selon lui, "aucun" des Etats membres de l'institution financière internationale n'a demandé sa démission. (Photo, AFP)
Short Url
Publié le Vendredi 23 septembre 2022

En pleine tempête médiatique, le patron de la Banque mondiale ne veut pas lâcher la barre

  • Tout est parti de l'ancien vice-président américain, Al Gore, qui avait estimé lundi que M. Malpass était « climatosceptique» et n'avait pas su améliorer le financement de projets climatiques dans les pays en développement
  • Le président de la BM a refusé à trois reprises de dire s'il reconnaissait le rôle des énergies fossiles dans le réchauffement climatique

WASHINGTON : Le président de la Banque mondiale (BM), David Malpass, est sous le feu des critiques depuis le début de la semaine, accusé d'être "climatosceptique", un reproche auquel il a tenté de répondre vendredi sans pour autant calmer les appels en faveur de son départ.

Tout a commencé lorsque l'ancien vice-président américain, Al Gore a estimé lundi que M. Malpass était "climatosceptique" et n'avait pas su améliorer le financement de projets climatiques dans les pays en développement.

Invité le lendemain à s'exprimer sur ces accusations lors d'une table ronde organisée par le New York Times, le président de la BM a refusé à trois reprises de dire s'il reconnaissait le rôle des énergies fossiles dans le réchauffement climatique.

"Je ne suis pas scientifique", avait-il fini par déclarer, poussé par le public, préférant mettre en avant "l'énorme effort" réalisé par la BM pour aider au financement contre le réchauffement climatique.

Sa réponse a outré les ONG spécialisées, qui ont dès lors appelé à son départ.

"Nous condamnons les propos tenus par le président" de la BM, a assené vendredi la porte-parole de la Maison Blanche, Karine Jean-Pierre, qui rappelle toutefois que "le remplacer nécessite l'accord d'une majorité des actionnaires, il faut avoir cela en tête".

"Je ne démissionnerai pas, et je ne l'ai pas envisagé", a cependant répondu M. Malpass vendredi, interrogé par le média Politico. Selon lui, "aucun" des Etats membres de l'institution financière internationale n'a demandé sa démission.

Il a assuré ne pas être climatosceptique, en soulignant que les "gaz à effet de serre d'origine humaine sont la cause du réchauffement climatique". "Et notre mission est de mettre en place des projets et des financements qui ont un impact" pour réduire les émissions, a-t-il ajouté.

Une affirmation qu'il avait déjà prononcée la veille, sur la chaîne CNN International, en déclarant qu'"il est évident que les émissions de gaz à effet de serre sont d'origine humaine, notamment du fait de l'utilisation des énergies fossiles". "Et nous travaillons afin que cela change", avait-il dit.

"Je ne suis pas climatosceptique", avait-il insisté, expliquant s'être "embrouillé" et ne pas "être toujours bon lorsqu'il s'agit de répondre à des questions".

Mais ses justifications n'ont pas calmé les critiques: à son tour, un groupe de scientifiques spécialisés dans les questions climatiques a appelé vendredi au départ de M. Malpass.

D'autant que si le président de la BM défend le bilan de son institution en termes de lutte contre le réchauffement climatique, certains lui reprochent de ne pas en faire suffisamment.

"Je m'inquiète pour la Banque mondiale", a ainsi déclaré lundi l'économiste Joseph Stiglitz, lui-même ancien chef économiste de la BM et aujourd'hui très critique vis-à-vis de l'institution, interrogé par l'AFP, "sur les enjeux majeurs, comme le réchauffement climatique, elle n'a pas pris la direction des opérations dont le monde aurait besoin".

"Nous attendons de la Banque mondiale qu'elle soit un moteur international en matière d'ambition climatique", a de son côté insisté Mme Jean-Pierre.

Série de scandales au FMI et à la BM

Le profil politique de M. Malpass n'est pas étranger à l'attention dont il fait l'objet sur les questions climatiques. Républicain et sous-secrétaire au Trésor, chargé des relations économiques internationales, de l'ex-président américain Donald Trump, il avait été nommé par ce dernier en 2019 à la tête de la BM pour prendre la succession de son compatriote, Jim Yong Kim, démissionnaire.

Selon un mode de désignation pré-établi, les Etats-Unis choisissent en effet le président de la BM, alors que l'Europe prend la décision concernant la direction du Fonds monétaire international (FMI).

La part détenue par les pays au capital des deux institutions est la base de cette répartition, les Etats-Unis et l'ensemble de l'Union européenne en étant les deux principaux actionnaires.

Les institutions économiques internationales ont été confrontées à une série de scandales visant leurs dirigeants respectifs, parfois pour des raisons qui sont en lien avec des activités passées, posant dès lors la question de ce mode de désignation.

Les dernières accusations en date remontent à octobre 2021 et concernent la directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, soupçonnée d'avoir fait pression pour favoriser la Chine dans un classement lorsqu'elle était directrice générale de la BM.

Ses deux prédécesseurs français, Dominique Strauss-Kahn puis Christine Lagarde, ont de leur côté été concernés par des enquêtes judiciaires et condamnations, respectivement pour agression sexuelle à New York en 2012 et dans le cadre de l'affaire de l'arbitrage entre le Crédit Lyonnais et Bernard Tapie en France.

Le prédécesseur de M. Malpass lui-même, M. Kim, a fait l'objet de critiques après l'attribution de bonus à plusieurs hauts dirigeants en 2014, avant de démissionner en 2019 afin de rejoindre une société d'investissements.


Ukraine: les « référendums » auront des «  conséquences » sur la sécurité des régions annexées, dit le Kremlin

 Un homme vote pour un référendum dans un bureau de vote à Marioupol le 27 septembre 2022. L'affiche indique "Référendum. Nous rentrons chez nous. Rejoignez-nous ! Votez !".
Un homme vote pour un référendum dans un bureau de vote à Marioupol le 27 septembre 2022. L'affiche indique "Référendum. Nous rentrons chez nous. Rejoignez-nous ! Votez !".
Short Url
  • "Dans ces territoires, il y aura des changements cardinaux du point de vue juridique, du point de vue du droit international et du fait de toutes les conséquences respectives (des mesures prises) pour assurer la sécurité"
  • Plus tôt dans la journée, l'ancien Premier ministre et président Dmitri Medvedev avait évoqué la possibilité que la Russie applique à ces territoires sa doctrine de dissuasion nucléaire

MOSCOU: Le Kremlin a affirmé que les "référendums" d'annexion qui s'achèvent mardi dans quatre zones d'Ukraine contrôlées par Moscou auraient des "conséquences" pour ces territoires, notamment sur le plan de leur sécurité avec une possible protection nucléaire.

"Dans ces territoires, il y aura des changements cardinaux du point de vue juridique, du point de vue du droit international et du fait de toutes les conséquences respectives (des mesures prises) pour assurer la sécurité", a indiqué à la presse le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov.

"Notre système juridique va envisager toutes les options, et, bien sûr, nos législateurs, nos organes exécutifs et nos équipes juridiques sont prêts", a-t-il ajouté.


«  Extrême droite », « post fasciste »: la difficile qualification des nouveaux populismes

Au milieu des années 1990, le patron du MSI, Gianfranco Fini, a lui-même théorisé le "post-fascisme", "c'est-à-dire des fascistes qui ont évolué", rappelle Stéphane François, à l'image des "post-communistes" italiens qui avaient pris leur distance avec Moscou. (AFP).
Au milieu des années 1990, le patron du MSI, Gianfranco Fini, a lui-même théorisé le "post-fascisme", "c'est-à-dire des fascistes qui ont évolué", rappelle Stéphane François, à l'image des "post-communistes" italiens qui avaient pris leur distance avec Moscou. (AFP).
Short Url
  • La victoire dimanche en Italie du parti de Giorgia Meloni, Fratelli d'Italia, renvoie au "post fascisme" et à "l'extrême droite"
  • "Pour l'instant, Mme Meloni est post-fasciste", soutient Stéphane François, une notion contestée par Pascal Perrineau, selon qui les évolutions doctrinales de Fratelli d'Italia "vont bien au-delà du post-fascisme"

PARIS: La victoire dimanche en Italie du parti de Giorgia Meloni, Fratelli d'Italia, renvoie au "post fascisme" et à "l'extrême droite", des qualificatifs parfois récusés par les intéressés, notamment par Marine Le Pen en France, mais globalement validés par les chercheurs qui pointent toutefois des nuances selon les formations.

« Extrême droite »

Le Rassemblement national est-il d'extrême droite? "Oui, parce qu'il y a la volonté de Marine Le Pen de changer le +socle de constitutionnalité+", notamment avec l'introduction de la "préférence nationale", estime le professeur de sciences politiques Stéphane François, de l'université de Mons (Belgique).

Le politologue Pascal Perrineau considère également que le qualificatif "a du sens" concernant le parti qui compte 89 députés en France, mais préfère lui appliquer le terme de "droite radicale" et relève qu'"en matière économique et sociale, il n'est plus situable à l'extrême de la droite".

Concernant Fratelli d'Italia, c'est "plutôt un parti d'extrême droite - avec des marqueurs comme le nativisme [qui discrimine les personnes pas nées sur le territoire national], le rejet des élites - mais qui tend à édulcorer son discours pour passer à un parti très conservateur", note Stéphane François.

Pascal Perrineau estime également que l'atlantisme affiché par la leader italienne fait qu'il est "compliqué" de la classer à l'extrême droite, a contrario de la Ligue de Matteo Salvini - membre de la coalition victorieuse en Italie et allié historique du Rassemblement national.

« Néo-fascisme » et «post-fascisme »

Quid du fascisme et de ses dérivés ? Créé à la sortie de la Seconde Guerre mondiale, le Mouvement social italien (MSI) - dont le Front national fondé par Jean-Marie Le Pen en 1972 se voulait le calque, en reprenant l'emblème de la flamme tricolore - entendait rassembler les nostalgiques de Mussolini dans un parti "néo-fasciste".

Au milieu des années 1990, le patron du MSI, Gianfranco Fini, a lui-même théorisé le "post-fascisme", "c'est-à-dire des fascistes qui ont évolué", rappelle Stéphane François, à l'image des "post-communistes" italiens qui avaient pris leur distance avec Moscou.

Giorgia Meloni, à la tête de Fratelli d'Italia, héritier direct du MSI, reconnaît encore aujourd'hui à Mussolini d'avoir "beaucoup accompli", sans l'exonérer de ses "erreurs" tout en affirmant que, dans son parti, "il n'y a pas de place pour les nostalgiques du fascisme".

"Pour l'instant, Mme Meloni est post-fasciste", soutient Stéphane François, une notion contestée par Pascal Perrineau, selon qui les évolutions doctrinales de Fratelli d'Italia "vont bien au-delà du post-fascisme".

Les deux chercheurs conviennent en outre que le qualificatif ne peut pas s'appliquer à Marine Le Pen: "ni le Front national ni le Rassemblement national ne sont dans la tradition fasciste, mais dans celles des ligues du XIXe siècle et des années 1920", résume M. François.

« (National-)populisme »

Rejet des élites et "opposition à la globalisation", qu'elle soit économique, politique - "l'Union européenne, le G7, le G20" - ou sociétale, "c'est-à-dire contre les sociétés cosmopolites": le RN, Fratelli d'Italia ou la Ligue relèvent tous d'un "national-populisme", avance Pascal Perrineau.

"Leur idéologie rompt un lien avec la démocratie représentative", abonde Stéphane François, même si les deux chercheurs notent que le "populisme" n'est pas l'apanage de l'extrême droite: "la France insoumise en France ou, au moins à un moment, Podemos en Espagne et Syriza en Grèce", relèvent également du concept.

« Identitaires »

Définis par Stéphane François comme ceux qui "mettent en avant une identité et, dans le cas de l'extrême droite, de l'identité blanche et d'une unité culturelle en Europe", les "identitaires" et leurs thèses prospèrent auprès d'Eric Zemmour en France ou de la Ligue en Italie, mais beaucoup moins chez Fratelli d'Italia ou au RN, estime le chercheur.

L'idée renvoie à la théorie constestée du "grand remplacement", c'est-à-dire la supposée substitution de la population européenne par une population immigrée, un concept que Marine Le Pen a toujours dit percevoir avec circonspection.

"Au FN comme au RN, l'idée que les colonies font partie de la France a toujours été bien plus forte que les Antillais ne sont pas de ma race+", fait valoir Stéphane François.


Manifestations en Iran: plus de 75 morts en 10 jours selon une ONG

Les protestations, qui ont repris lundi soir, ont éclaté le 16 septembre après le décès à l'hôpital de la jeune Iranienne de 22 ans, Mahsa Amini, arrêtée trois jours auparavant à Téhéran pour non respect du code vestimentaire strict pour les femmes en République islamique d'Iran. (AFP).
Les protestations, qui ont repris lundi soir, ont éclaté le 16 septembre après le décès à l'hôpital de la jeune Iranienne de 22 ans, Mahsa Amini, arrêtée trois jours auparavant à Téhéran pour non respect du code vestimentaire strict pour les femmes en République islamique d'Iran. (AFP).
Short Url
  • Selon l'ONG Iran Human Rights (IHR), basée à Oslo, "au moins 76 personnes ont été tuées dans les manifestations" dont "six femmes et quatre enfants"
  • Lundi soir, les protestations ont été ponctuées des mêmes slogans de "Mort au dictateur" dans la capitale et dans d'autres villes, selon des témoins

PARIS: Plus de 75 personnes ont été tuées en Iran dans la répression de la contestation déclenchée il y a onze jours par la mort d'une femme détenue par la police, selon une ONG, des pays occidentaux appelant Téhéran à cesser l'usage de la force.

Les autorités iraniennes avancent de leur côté un bilan de 41 morts incluant des membres des forces de l'ordre. Elles ont aussi annoncé l'arrestation de plus de 1.200 manifestants. Des militants, avocats et journalistes ont aussi été interpellés selon des ONG.

Les protestations, qui ont repris lundi soir, ont éclaté le 16 septembre après le décès à l'hôpital de la jeune Iranienne de 22 ans, Mahsa Amini, arrêtée trois jours auparavant à Téhéran pour non respect du code vestimentaire strict pour les femmes en République islamique d'Iran.

Selon l'ONG Iran Human Rights (IHR), basée à Oslo, "au moins 76 personnes ont été tuées dans les manifestations" dont "six femmes et quatre enfants", dans 14 provinces du pays. L'IHR a affirmé avoir obtenu des "vidéos et des certificats de décès confirmant des tirs à balles réelles sur des manifestants".

Depuis le décès de Mahsa Amini, des Iraniens manifestent tous les soirs à Téhéran et ailleurs dans le pays.

Photos du guide déchirées 

De nombreux policiers casqués et armés de bâtons prennent alors position pour tenter d'empêcher les rassemblements.

Certains manifestants lancent depuis des toits d'immeubles des slogans antigouvernementaux entrecoupés de "Femme, Vie et liberté", raconte Ali, un habitant de la capitale.

Lundi soir, les protestations ont été ponctuées des mêmes slogans de "Mort au dictateur" dans la capitale et dans d'autres villes, selon des témoins.

A Sanandaj, chef-lieu de la province du Kurdistan (nord-ouest), d'où est originaire Mahsa Amini, des femmes sont montées sur des toits de voitures et enlevé leur voile, selon des images publiées par IHR. Aucune force de police n'était visible sur les images.

A Tabriz (nord-ouest), des policiers tirant du gaz lacrymogène contre les manifestants apparaissent sur une vidéo diffusée par l'IHR, où l'on entend aussi des coups de feu.

De récentes vidéos des protestations publiées par l'AFP, ont montré la police anti-émeute frappant des manifestants à coups de matraque et des étudiants déchirant de grandes photos du guide suprême iranien Ali Khamenei et de son prédécesseur, l'ayatollah Khomeiny, père fondateur de la République islamique.

Et d'après des groupes de défense des droits humains, elle a aussi tiré des plombs et à balles réelles sur les protestataires qui ont lancé des pierres, incendié des voitures de police et mis le feu à des bâtiments publics.

D'autres images ont montré des femmes mettant le feu à leur voile, ou se coupant symboliquement les cheveux, encouragées par la foule, dans plusieurs villes.

L'Iran dénonce des "complots étrangers" derrière le mouvement de contestation, pointant du doigt les Etats-Unis, son ennemi juré.

« Emeutiers »

Son chef de la diplomatie Hossein Amir-Abdollahian a critiqué "l'approche interventionniste des Etats-Unis dans les affaires de l'Iran", leur reprochant de soutenir "les émeutiers".

L'Union européenne a dénoncé l'usage "généralisé et disproportionné de la force" contre les manifestants, Berlin appelant les autorités iraniennes à "ne pas recourir à la violence".

Condamnant une "répression brutale", la France a dit examiner avec ses partenaires européens "les options disponibles en réaction à ces nouvelles atteintes massives aux droits des femmes et aux droits de l'Homme en Iran".

Le président américain Joe Biden a dénoncé la répression des manifestations, se disant solidaire des "femmes courageuses d'Iran".

Et le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'Homme a dit sa "grande inquiétude" face à la "réponse violente (…) des forces de sécurité" ainsi que les "restrictions (...) sur les communications téléphoniques, l'Internet et les réseaux sociaux."

Mais les autorités iraniennes restent fermes.

Samedi, le président conservateur Ebrahim Raïssi a appelé les forces de l'ordre à agir "fermement contre ceux qui portent atteinte à la sécurité et la paix du pays et du peuple".

Après lui, le chef du pouvoir judiciaire, Gholamhossein Mohseni Ejei, a exclu toute "indulgence" envers les instigateurs des "émeutes".

Néanmoins, le grand ayatollah Hossein Nouri Hamédani, important religieux conservateur et ardent défenseur de l'ayatollah Khamenei, a appelé les autorités à "écouter les demandes du peuple".

Les protestations sont les plus importantes depuis celles de novembre 2019, provoquées par la hausse des prix de l'essence en Iran, qui avaient été sévèrement réprimées (230 morts selon un bilan officiel, plus de 300 selon Amnesty International).