Liban: la hausse des divorces reflète les changements socio-économiques

Les pressions économiques, l'évolution des attitudes sociales et le changement du rôle de la femme augmentent les taux de divorce au Liban (Photo, AFP).
Les pressions économiques, l'évolution des attitudes sociales et le changement du rôle de la femme augmentent les taux de divorce au Liban (Photo, AFP).
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Publié le Lundi 12 septembre 2022

Liban: la hausse des divorces reflète les changements socio-économiques

  • Les pressions économiques, l'évolution des attitudes sociales et le changement du rôle de la femme sont autant de facteurs qui pèsent sur l'économie
  • Une étude récente montre que le Koweït, l'Égypte, la Jordanie et le Qatar sont les pays arabes où le taux de divorce est le plus élevé

BEYROUTH: Alors que la mondialisation transforme la plupart des aspects de la vie moderne, la nature de la famille et de la vie familiale n'est plus ce qu'elle était il y a seulement dix ans. Les tensions habituelles sur le mariage ont été aggravées par la tendance croissante des personnes à quitter leur famille et leur pays d'origine à la recherche d'un moyen de subsistance.

L'augmentation du nombre de couples qui choisissent de se séparer dans plusieurs pays du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord montre que le monde arabe n'est pas à l'abri de ces changements socio-économiques.

Une étude récente du Centre d'information et d'aide à la décision du Conseil des ministre égyptien a révélé que le Koweït, l'Égypte, la Jordanie et le Qatar sont les pays arabes où le taux de divorce est le plus élevé.

Au Koweït, 48% des mariages se terminent par un divorce, 40% en Égypte, 37,2% en Jordanie, 37,2% au Qatar et 34% dans les Émirats arabes unis et au Liban.

«Certains jours, nous avons jusqu'à 16 cas de divorce dans ce seul tribunal», a déclaré à Arab News le cheikh Wassim Youssef al-Falah, juge de la Charia au tribunal religieux de Beyrouth.

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Des couples de jeunes mariés posent pour une photo à l'acropole romaine de Baalbeck, dans la vallée de la Bekaa (Photo, AFP/Archives).

«Le taux de divorce croissant est un phénomène que nous n'avons jamais vu auparavant, bien que nous ne favorisions pas le divorce et que nous nous concentrions sur la réconciliation.»

Les experts estiment que cette tendance est le résultat d'un mélange de pressions économiques, de l'évolution des normes sociétales, de réformes juridiques et, surtout, de l'évolution du rôle des femmes.

«Les femmes n'ont plus le sentiment d'avoir besoin des hommes», a révélé Al-Falah. «De nombreuses épouses se sont présentées devant mon tribunal, refusant tout accord avec leurs hommes parce qu'elles estiment qu'elles sont capables d'être indépendantes et ne veulent pas que les hommes contrôlent leur vie.»

Pendant une grande partie de l'histoire, notamment dans les cultures les plus conservatrices du monde arabe, la place de la femme a longtemps été considérée comme étant à la maison, répondant aux besoins de la famille, tandis que les hommes étudiaient et travaillaient.

Aujourd'hui, à mesure que les pays arabes modernisent leurs économies et réforment leurs systèmes juridiques, les femmes deviennent plus indépendantes, poursuivent de plus en plus souvent des études supérieures, progressent dans leurs carrières et choisissent de se marier et d'avoir des enfants plus tard dans leur vie.

En conséquence, les femmes arabes ont développé une conscience plus aiguë de leurs droits civils, de leurs ambitions personnelles et de leur respect de soi. Elles refusent de plus en plus de tolérer la violence domestique et sont capables de se prendre en charge financièrement.

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À mesure que les pays arabes modernisent leurs économies et réforment leurs systèmes juridiques, les femmes deviennent plus indépendantes (Photo, AFP/Archives).

«Dans le passé, les femmes hésitaient à prendre la décision de demander le divorce, en gardant à l'esprit que cette option n'est pas disponible dans toutes les sectes du Liban et qu'elle est difficile à atteindre dans certaines d'entre elles», a déclaré à Arab News Manal Nahas, une chercheuse dont le diplôme de troisième cycle portait sur la question du divorce au Liban.

«Cependant, les statistiques actuelles compilées par les tribunaux religieux qui traitent du statut personnel des citoyens libanais et des étrangers résidant au Liban reflètent une augmentation des demandes de divorce, notamment celles présentées par les femmes», a-t-elle expliqué.

Cette augmentation est considérée comme un résultat annexe de changements plus larges dans les attitudes sociales.

«La génération actuelle de femmes envisage le divorce différemment», a souligné Nahas. «Les femmes ne sont plus obligées de tolérer les abus comme le faisaient leurs mères et leurs grands-mères.

«Les femmes d'aujourd'hui sont éduquées, elles travaillent et elles occupent des postes élevés dans leurs domaines d'activité. Il existe maintenant une égalité entre les hommes et les femmes. L'âge moyen du mariage pour les femmes dans les décennies d'après-guerre était de 24 ans. Il est aujourd'hui passé à 32 ans à cause du progrès social, des conditions économiques et de la participation des femmes au marché du travail.»

Nahas a indiqué: «En outre, les femmes sont choyées dans le foyer de leurs parents avant de se marier. Par conséquent, il est plus facile pour elles de divorcer que de continuer à vivre dans un climat de mariage insupportable. Dans la société libanaise, le divorce n'est plus considéré comme une marque d'infamie.

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Des femmes libanaises participent à une manifestation devant le Conseil suprême chiite du Liban pour demander aux religieux d'augmenter l'âge à partir duquel la garde des enfants des couples musulmans chiites divorcés peut être attribuée à la mère, dans la capitale Beyrouth (Photo, AFP/Archives).

«La plupart des parents réintègrent désormais leur fille divorcée au lieu de la rejeter. Il y a eu un changement sociétal. Presque tout le monde connaît le divorce, car ce n'est plus considéré comme une décision difficile à prendre.»

Au Liban, où une grande partie de la population s'est déplacée à l'étranger pour trouver des emplois mieux rémunérés, la difficulté de maintenir une relation à distance semble également jouer un rôle dans la rupture du mariage.

«Mon mari travaille en Afrique depuis de nombreuses années et je vis avec mes enfants au Liban», a déclaré Neemat, 34 ans, à Arab News au tribunal religieux de Beyrouth, où elle demandait le divorce.

«Nous avons décidé de nous séparer à l'amiable, notre vie commune étant devenue insupportable. Il prendra en charge la pension alimentaire pour les enfants et m'a entièrement payé son dû par le biais du paiement conjugal différé.»

Al-Falah a affirmé que ce type de rupture de relation est courant.

«Les mariages les plus ratés sont ceux dans lesquels le mari émigre à l'étranger pour travailler et la femme reste au Liban», a-t-il dévoilé. «Lorsque les conjoints se retrouvent, ils découvrent qu'ils ne peuvent pas vivre ensemble. En général, ces mariages ne durent pas.»

«Cependant, si ce mariage produit des enfants, nous essayons d’arranger la relation entre le couple car nous ne voulons pas nuire aux enfants», a indiqué Al-Falah.

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Les valeurs familiales sont importantes dans la culture arabe, et les autorités – tant religieuses que laïques – ont tendance à préférer que les parents restent ensemble pour le bien de leurs enfants (Photo, AFP/Archives).

Cependant, toutes les procédures de divorce ne sont pas aussi amicales que celle de Neemat. Al-Falah a déclaré qu'il a traité plusieurs conflits conjugaux extrêmement acrimonieux.

«J’ai commencé à recevoir dans mon bureau des couples où l’un des époux a été victime de violence conjugale aux mains de son conjoint, bien que la violence conjugale à l'égard des femmes soit plus courante», a-t-il estimé.

«Plus on s'éloigne de la ville, plus la violence conjugale devient l'une des raisons du divorce, surtout dans les régions reculées. Nous n'essayons pas d’arranger ce type de mariage car nous ne voulons pas être complices d'un crime.»

Les réformes du statut juridique des femmes au Liban ont fait l'objet d'une attention particulière ces dernières années, avec l'introduction d'un grand nombre de lois destinées à les protéger du harcèlement sexuel et des violences conjugales. Toutefois, les observateurs des droits de l'homme estiment que ces réformes ne vont pas assez loin.

En décembre 2020, par exemple, le Parlement libanais a adopté une loi qui a criminalisé le harcèlement sexuel et défini des mesures pour protéger les dénonciateurs, mais n'a pas respecté les normes internationales de manière à lutter contre le harcèlement au travail par le biais du droit du travail.

Le Parlement a également modifié une loi sur la violence conjugale afin d'en étendre le champ d'application pour inclure la violence liée au mariage, mais pas nécessairement commise pendant le mariage, permettant ainsi aux femmes de demander une protection contre leur ex-mari. Cependant, elle n'a pas criminalisé le viol conjugal.

L'effondrement financier du Liban en 2019 et les effets de la pandémie de la Covid-19 semblent avoir accentué la pression sur les relations, car le niveau de vie a chuté, les gens ont perdu leurs emplois et les ménages ont été contraints de vivre de longues périodes de proximité constante en état de confinement.

«Après la quarantaine causée par la pandémie de la Covid-19, nous avons assisté à une augmentation des demandes de divorce», a révélé Al-Falah. «Certains couples ont découvert qu'ils ne pouvaient pas se tolérer et le fossé qui les séparait est devenu apparent.

«Le taux de demandes de divorce a augmenté après l'intensification de la crise économique; les maris ont cessé de travailler, les banques ont arrêté d'encaisser les dépôts et les prêts immobiliers à taux réduit n'ont plus été accordés.

«Nous assistons à des cas de demandes de divorce pour des couples qui vivent ensemble depuis treize ou vingt ans, ce qui n'était pas le cas auparavant. Nous pouvons dire que les taux de divorce ont augmenté de 35 à 40% dans le tribunal religieux de Beyrouth au cours de cette année», a-t-il spécifié.

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Chaque religion choisit les droits qui conviennent à son programme, si bien qu'une large reconnaissance de l'égalité des femmes est difficile, affirme Claudine Aoun, présidente de la Commission nationale pour les femmes libanaises (Photo, Fournie).
 

Plusieurs pays dans le monde ont signalé des pics de violence conjugale pendant la pandémie et le Liban ne fait pas exception. Les difficultés économiques du pays et les interruptions des procédures judiciaires pendant la crise sanitaire semblent aggraver la situation.

Kafa, une organisation libanaise non gouvernementale créée en 2005 pour faire campagne contre les violences conjugales, a récemment mis en garde contre «les répercussions dangereuses de l'effondrement institutionnel au Liban de la sécurité sociale et familiale».

«La suspension des services des juges au Liban aura un impact négatif sur les femmes et les enfants souffrant de violences domestiques», a déclaré l’organisation.

Kafa a souligné «l'augmentation de la violence conjugale et l'augmentation du nombre d'incidents violents visant les femmes, qui ont conduit au meurtre de trois femmes en une seule semaine».

Les chiffres relatifs au divorce au Liban pourraient être quelque peu faussés par l'utilisation croissante du mariage comme moyen d'obtenir la citoyenneté d'un autre pays, des vagues de jeunes partant à l'étranger à la recherche de meilleures opportunités.

«Il existe un divorce pour ceux dont le mariage était basé sur la convenance», a déclaré Al-Falah. «Par exemple, les maris qui s'installent à l'étranger et veulent épouser une femme étrangère doivent prouver qu'ils ne sont pas mariés dans leur pays d'origine pour qu'ils puissent se marier, puis obtenir la nationalité du pays de leur nouvelle épouse.

«Après avoir obtenu la nouvelle nationalité, ils se remarient avec leur épouse d'origine qu’ils ont divorcé dans leur pays.»

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Au Liban, où une grande partie de la population s'est déplacée à l'étranger pour trouver des emplois mieux rémunérés, la difficulté de maintenir une relation à distance semble également jouer un rôle dans la rupture du mariage (Photo, AFP/Archives).

Le Liban est un pays multiconfessionnel. À la suite de la guerre civile de 1975-1990, les communautés religieuses du pays ont accepté de partager le pouvoir par le biais d'une division complexe des autorités et d'institutions distinctes régissant les questions communautaires, notamment le mariage et le divorce.

Les citoyens libanais passent souvent d'une secte à l'autre pour faciliter un divorce. Les couples de la secte maronite, par exemple, dont les tribunaux interdisent l'annulation du mariage sauf dans les circonstances les plus extrêmes, peuvent se tourner vers les sectes catholique ou orthodoxe, qui autorisent l'annulation des mariages.

Ils peuvent même se tourner vers la secte sunnite pour accéder aux procédures de divorce avant de se reconvertir dans leur secte d'origine. Selon la charia, le divorce – connu sous le nom de khol' (droit au divorce des femmes) – est autorisé depuis l'époque du prophète Mohammed.

Obtenir un divorce dans un tribunal religieux sunnite est considéré comme plus facile que dans un tribunal religieux chiite, après que ces tribunaux ont élaboré de nouvelles règles qui relevant l'âge de la garde des enfants, modifié la dot et interdit le mariage des mineurs.

Des groupes de la société civile ont demandé une loi facultative sur l'état civil au Liban. Actuellement, de nombreux jeunes Libanais de toutes les sectes se rendent à Chypre ou en Turquie pour se marier civilement. Les tribunaux civils libanais acceptent d'enregistrer ces mariages mais les autorités religieuses continuent de les rejeter.

Les valeurs familiales sont importantes dans la culture arabe, et les autorités – tant religieuses que laïques – ont tendance à préférer que les parents restent ensemble pour le bien de leurs enfants. Les experts estiment que les conseils conjugaux, une meilleure éducation des jeunes couples, des discussions plus ouvertes sur les relations et même un assouplissement des tabous sociaux entourant les interactions sociales prémaritales entre hommes et femmes pourraient contribuer à réduire le taux global de divorce.

Al-Falah a soutenu que de nombreux divorces sont «le résultat de disputes causées par le fait que le mariage n'a pas été fondé sur des bases solides. Le taux de ce type de divorce est élevé parce que l'éducation que les jeunes reçoivent ne comprend pas de prise de décision appropriée ou d'orientation familiale».

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

 


Le Liban et Israël au Pentagone vendredi pour des discussions militaires 

Des personnes inspectent le site d'une frappe israélienne à Tyr, au Liban, le 28 mai 2026. (Reuters)
Des personnes inspectent le site d'une frappe israélienne à Tyr, au Liban, le 28 mai 2026. (Reuters)
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  • Beyrouth "donne la priorité à l'établissement d'un cessez-le-feu", selon une source officielle
  • Les forces israéliennes ont récemment traversé le fleuve Litani, selon une source militaire libanaise.

BEYROUTH : Une réunion entre les délégations militaires libanaise et israélienne, sous l'égide des Etats-Unis, doit avoir lieu vendredi au Pentagone pour lancer un nouveau cycle de pourparlers sur la sécurité entre les deux parties.

Israël et le Hezbollah ont devancé cette réunion en intensifiant leurs opérations militaires, bien qu'à une échelle inégale. Jeudi, des frappes aériennes israéliennes ont touché la banlieue sud de Beyrouth pour la première fois depuis la prolongation de 45 jours du cessez-le-feu décidée à Washington le 15 mai sous l'égide des États-Unis, ciblant un commandant du Hezbollah.

Une source officielle libanaise a déclaré à Arab News que "les réunions militaires au ministère américain de la Défense à Washington se poursuivent comme prévu sous le parrainage et la facilitation des États-Unis".

"Le Liban donne la priorité, dans ses discussions directes avec la partie israélienne, à l'établissement d'un cessez-le-feu avant de se pencher sur des questions politiques ou de sécurité plus larges", a déclaré cette personne.

Au cours des dernières 48 heures, Israël a étendu ses opérations militaires au Sud-Liban et à la vallée de la Bekaa, forçant les habitants de Tyr et de Nabatieh à fuir, nombre d'entre eux ayant été tués alors qu'ils s'éloignaient en voiture.


Les ordres d'évacuation israéliens au Sud-Liban se sont étendus au-delà de la rivière Zahrani, à environ 40 km de la frontière sud, dans ce qu'une source militaire libanaise a déclaré être un effort "pour isoler une région entière du pays et la dépouiller de toute présence effective de l'État libanais, laissant l'État incapable de réaffirmer son autorité dans cette région, sauf aux conditions israéliennes".

Mohammed Khawaja, membre de la commission parlementaire de la défense nationale et législateur du mouvement Amal, a déclaré : "Israël cherche à tirer parti des attaques limitées de drones lancées par le Hezbollah en direction d'un certain nombre de colonies, malgré la grande disparité entre ces attaques et l'écrasante supériorité militaire d'Israël.

"Israël s'en sert pour justifier l'intensification de ses frappes sur le Sud-Liban et pour se présenter à la communauté internationale comme la victime, alors que les vraies victimes sont les habitants du Sud-Liban", a-t-il déclaré à Arab News.

Israël a affirmé avoir reçu le "feu vert des États-Unis pour mener une opération terrestre de grande envergure dans le sud du Liban, s'étendant jusqu'à la vallée de la Bekaa", sans indiquer de calendrier pour mettre fin à l'opération, a déclaré M. Khawaja.

Les négociations politiques devraient reprendre samedi, à condition que les pourparlers militaires aboutissent à un cessez-le-feu. La délégation libanaise est composée de six officiers dirigés par le général de brigade Georges Rizkallah, directeur des opérations de l'armée libanaise.

"Israël cherche à élargir la zone jaune qu'il avait précédemment désignée pour ses opérations et je pense que l'escalade militaire ne s'arrêtera pas tant qu'Israël ne s'engagera pas à respecter un cessez-le-feu", a déclaré M. Khawaja.

"Le président du Parlement, Nabih Berri, a affirmé à plusieurs reprises qu'en cas de cessez-le-feu, il serait en mesure de persuader le Hezbollah de mettre fin à ses opérations.

Passant en revue les dernières avancées israéliennes, la source militaire libanaise a déclaré : "Les forces israéliennes ont traversé le Litani et avancé vers Zawtar al-Gharbiya et Zawtar al-Sharqiya, tandis que des véhicules télécommandés ont été déployés vers Mayfadoun, une ville surplombant Nabatieh, et vers Shoukin, une autre position surélevée surplombant la ville.

"Ils poussent également vers Yahmar et Arnoun en direction du château de Beaufort (Qalaat al-Shaqif), l'une des positions les plus stratégiques de la région car elle surplombe de vastes étendues du sud, notamment le mont Rihan, la région d'Iqlim al-Tuffah, la route de Khardali, Kfar Tebnit et Ali al-Taher.

"Ces zones sont considérées comme étant sous le contrôle du Hezbollah et contiennent ses positions militaires. Toutes ces zones sont des collines surélevées qui surplombent la rivière Awali et constituent la troisième ligne de défense du Hezbollah. Elles ne peuvent être prises que par une manœuvre de flanc à partir de la vallée de la Bekaa occidentale, qui encerclerait le sud et l'isolerait complètement de la Bekaa."

Fadi Karam, législateur du parti des Forces libanaises et membre de la commission parlementaire de la défense, a déclaré que la guerre dans le sud visait à faire échouer les négociations.

"Nous devons nous rappeler que le Hezbollah, le mandataire de l'Iran qui s'oppose aux pourparlers israélo-libanais, est la partie qui a déclenché ce conflit. L'Iran veut utiliser le Liban comme monnaie d'échange dans ses négociations avec les États-Unis", a-t-il déclaré à Arab News.

"Il n'est pas dans l'intérêt d'Israël que le Hezbollah utilise les négociations comme couverture pour des attaques contre lui. Israël sépare les développements sur le terrain de ce qui se passe à la table des négociations, tandis que l'État et le peuple libanais restent coincés entre les intérêts des gardiens de la révolution et l'agression israélienne."

Lors des réunions du Pentagone, la partie libanaise devrait se concentrer sur la garantie du cessez-le-feu avant d'entamer toute discussion sur les accords de sécurité, compte tenu de l'escalade en cours sur le terrain.

Le commandement de l'armée libanaise a déclaré que "le fait d'aborder les accords de sécurité avant la conclusion d'un cessez-le-feu donnerait pratiquement à Tel-Aviv l'occasion d'imposer ses conditions".

La source militaire s'est inquiétée du fait qu'"Israël n'acceptera probablement pas de restreindre ses opérations militaires dans le sud du Liban et insistera pour préserver la liberté de mouvement sous le prétexte d'empêcher le Hezbollah de se regrouper ou de reconstituer ses capacités".

La source officielle libanaise a déclaré que "lors des contacts intensifs entre le président Joseph Aoun et les États-Unis, Washington a réaffirmé que Beyrouth, la banlieue sud, les infrastructures, les institutions de l'État et l'aéroport international de Beyrouth resteraient épargnés par la nouvelle escalade israélienne, à l'exception des opérations d'assassinat visant les dirigeants du Hezbollah".

La délégation militaire libanaise est une équipe technique de négociation qui n'était pas prévue à l'origine dans les pourparlers. Selon la source officielle, elle agit sur instruction de M. Aoun selon laquelle "la priorité absolue reste d'obtenir un cessez-le-feu et de mettre un terme à la destruction des villes et villages du sud, car le Liban ne peut pas négocier sous le feu alors qu'Israël fait fi de toutes les contraintes".

L'ambassadeur du Liban aux États-Unis, Simon Karam, dirige la délégation en qualité de diplomate et de militaire, ce qui témoigne d'une approche unifiée des négociations en matière de politique et de sécurité.

La source officielle a déclaré que "toute tentative de soulever la question du placement des armes sous le contrôle de l'État avant d'assurer le retrait israélien pourrait déclencher une crise politique intérieure, avec des répercussions potentielles sur la sécurité, car le gouvernement libanais cherche à traiter la question dans le cadre d'un État souverain global plutôt que dans le cadre de la sécurité israélienne".

Mehiedine Chehimi, professeur de droit international et de politique étrangère à l'École supérieure de commerce de Paris, a déclaré : "Il faut distinguer deux types de trêve.

"La première est l'accord actuel qui empêche Israël de cibler les institutions officielles et la capitale, à l'exception des assassinats. Cette condition a été respectée par Israël depuis l'accord de cessez-le-feu de 2024. La seconde est une trêve visant à arrêter les hostilités au Sud-Liban, qui est rejetée par Israël parce qu'elle donnerait au Hezbollah l'occasion de reconstruire ses capacités.

"Cela montre que les États-Unis et Israël traitent différemment l'État libanais et le Hezbollah.

"L'État libanais tente, par le biais de négociations, de restaurer sa souveraineté par des pourparlers directs et de s'assurer que le Liban n'est pas utilisé comme monnaie d'échange entre les mains de ceux qui négocient en son nom", a-t-il déclaré à Arab News.

Il a qualifié la poursuite des négociations libanaises malgré le rejet du Hezbollah de "négociations difficiles, mais elles se poursuivront malgré la situation militaire actuelle, qui devrait s'intensifier".

"Les ambitions et la criminalité d'Israël ne connaissent pas de limites. La bonne chose est que la partie américaine a tracé des frontières pour Israël", a déclaré M. Chehimi.

"D'autre part, le Hezbollah a tout perdu et n'est plus le parti que nous connaissions avant la guerre. Il est devenu une branche des Gardiens de la Révolution et Naim Qassem n'est que son porte-parole, exécutant les ordres des Gardiens de la Révolution. C'est là que réside le danger, car la prise de décision est désormais entre les mains de Téhéran.

"Le Hezbollah tente actuellement de prouver sa supériorité à l'intérieur du Liban afin de conserver le Liban comme carte de pression au service des intérêts iraniens. Le parti ne tient compte ni de son environnement, ni de son peuple, ni de ses pertes", a-t-il déclaré.

"Pendant ce temps, les Israéliens poursuivent l'escalade de leurs crimes parce qu'ils ne sont plus convaincus par les solutions qui ont été essayées précédemment. Aujourd'hui, ils veulent écraser le Hezbollah. Pris entre ces deux dangers, le Liban s'enfonce dans le chaos".

Selon M. Chehimi, pour sortir de l'impasse, l'Etat libanais doit "bénéficier de la médiation d'Islamabad afin de poursuivre sa voie de négociations directes avec Israël, tout en exerçant des pressions par le biais de la communauté internationale sur les parties israélienne et iranienne".

Plus de 3 270 personnes, dont un grand nombre de femmes et d'enfants, ont été tuées et près de 10 000 blessées depuis le début de la guerre, le 2 mars. Les attaques ont visé 16 hôpitaux.

Abdul Rahman Bizri, député de la ville de Sidon, a mis en garde contre les "répercussions sociales de l'escalade militaire dans le sud et le danger que représente la forte division politique".

"Le gouvernement libanais doit contenir les répercussions sociales et économiques de la guerre", a-t-il déclaré à Arab News.

"Un grand nombre de personnes déplacées cherchent refuge à Sidon et ont besoin d'un véritable plan. La densité de population à Sidon a dépassé le triple de son taux normal, ce qui affecte directement la vie quotidienne dans la ville."

Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a menacé jeudi de venger la mort du soldat Rotem Yanai, 20 ans, qui a été "tué au cours d'une activité opérationnelle dans le nord d'Israël", affirmant que "le Hezbollah a payé, paie et continuera de payer un lourd tribut pour ses attaques contre Israël et ses citoyens".

Un certain nombre de membres du personnel israélien ont été tués au Liban depuis le début du cessez-le-feu le 17 avril. Le porte-parole du gouvernement israélien a déclaré que 24 d'entre eux avaient été tués lors des récentes attaques du Hezbollah à l'aide de drones explosifs.


Le Liban dénonce des attaques israéliennes près de ses sites patrimoniaux

 Les autorités libanaises ont dénoncé jeudi les attaques israéliennes menées à proximité de sites historiques et de monuments classés par l'Unesco dans le sud du pays. (AFP)
Les autorités libanaises ont dénoncé jeudi les attaques israéliennes menées à proximité de sites historiques et de monuments classés par l'Unesco dans le sud du pays. (AFP)
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  • Le ministre libanais de la Culture, Ghassan Salamé, "a multiplié les contacts avec ses homologues à travers le monde et les organisations internationales, afin d'attirer leur attention sur les dégâts considérables causés aux sites archéologiques"
  • M. Salamé a notamment évoqué la ville antique de Tyr et le château de Beaufort, situé dans le district de Nabatiyé, soulignant qu'"un grand nombre de ces sites bénéficient d'une protection renforcée de la part de l'Unesco"

BEYROUTH: Les autorités libanaises ont dénoncé jeudi les attaques israéliennes menées à proximité de sites historiques et de monuments classés par l'Unesco dans le sud du pays.

Le ministre libanais de la Culture, Ghassan Salamé, "a multiplié les contacts avec ses homologues à travers le monde et les organisations internationales compétentes, afin d'attirer leur attention sur les dégâts considérables causés aux sites archéologiques et aux quartiers patrimoniaux" dans le sud du pays, a indiqué l'Agence nationale d'information libanaise (Ani).

M. Salamé a notamment évoqué la ville antique de Tyr et le château de Beaufort, situé dans le district de Nabatiyé, soulignant qu'"un grand nombre de ces sites bénéficient d'une protection renforcée de la part de l'Unesco, ce qui rend impératif de les préserver de toute attaque aérienne ou d'artillerie israélienne".

Le Premier ministre Nawaf Salam a déclaré sur X que "rien ne saurait justifier les attaques en cours contre les régions de Tyr et de Nabatiyé, ni la destruction de leurs monuments historiques".

L'armée israélienne a bombardé ces derniers jours la ville côtière de Tyr, dans le sud du Liban. Jeudi, elle a averti qu'elle prendrait pour cible un bâtiment à Tyr, qui, selon une carte jointe, est située tout près de la zone archéologique de la ville.

Environ deux heures après cet avertissement, des images de l'AFP ont montré une boule de feu suivie d'un panache de fumée, alors qu'une frappe touchait le quartier visé.

Mercredi, un correspondant de l'AFP a vu de la fumée s'élever près du château de Beaufort, une forteresse datant des Croisades, après ce qui semblait être des tirs d'artillerie.

La municipalité d'Arnoun, située dans le sud du Liban et abritant ce château, a publié un communiqué sur Facebook dans lequel elle "condamne avec la plus grande fermeté l'attaque qui a visé" le site, imputant la responsabilité aux bombardements israéliens et exhortant les autorités à le protéger "contre de nouveaux dommages".

Les forces israéliennes ont utilisé le château de Beaufort comme base pendant leur occupation du sud du Liban, qui a duré deux décennies et s'est terminée en 2000.

En novembre 2024, lors d'une précédente guerre entre Israël et le Hezbollah, l'Unesco avait accordé une "protection renforcée provisoire" à 34 sites patrimoniaux situés au Liban, dont Tyr et le château de Beaufort.

En avril dernier, l'Unesco a ajouté 39 autres sites libanais à cette liste.


Liban: 14 morts dans des frappes israéliennes dans le sud, bombardement près de Beyrouth

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  • C'est la seconde fois qu'Israël cible une localité tout près de Beyrouth depuis le début du cessez-le-feu, qui n'a jamais été respecté
  • Ces dernières frappes surviennent alors que le Liban et Israël doivent tenir vendredi une réunion militaire à Washington, avant une nouvelle session de négociations prévue les 2 et 3 juin

TYR: Des frappes israéliennes ont fait au moins 14 morts jeudi dans le sud du Liban, où Israël a étendu sa "zone de combat" contre le Hezbollah pro-iranien, malgré un cessez-le-feu théoriquement en vigueur depuis le 17 avril.

L'armée israélienne a en outre annoncé avoir mené une "frappe ciblée" à Beyrouth, qui, selon une source militaire libanaise à l'AFP, a visé un appartement à Choueifat, une ville en bordure de la banlieue sud de la capitale, fief du Hezbollah. Aucun bilan n'était disponible dans l'immédiat.

C'est la seconde fois qu'Israël cible une localité tout près de Beyrouth depuis le début du cessez-le-feu, qui n'a jamais été respecté.

Ces dernières frappes surviennent alors que le Liban et Israël doivent tenir vendredi une réunion militaire à Washington, avant une nouvelle session de négociations prévue les 2 et 3 juin. Et en pleines négociations entre les Etats-Unis et l'Iran, qui veut inclure le front libanais du conflit dans tout accord.

Israël a intensifié ces derniers jours son offensive terrestre et aérienne dans l'est et le sud du Liban, avertissant mercredi soir qu'il considérait comme une "zone de combat" tout le territoire libanais au sud du fleuve Zahrani, à une quarantaine de kilomètres de la frontière.

Véhicule visé 

L'armée a bombardé jeudi dès l'aube plusieurs régions et villes dans le sud du Liban, faisant au moins 14 morts, selon les autorités.

A Saïda, ville côtière qui relie Beyrouth au sud, une frappe a visé vers 02H00 locales (mercredi 23H00 GMT) un immeuble résidentiel et fait cinq morts et 21 blessés, selon le ministère de la Santé.

Le raid a détruit les deux premiers étages du bâtiment, a constaté un correspondant de l'AFP. Les équipes de secours ont travaillé toute la nuit à évacuer les victimes.

Une autre attaque par drone a été menée à l'aube contre une voiture circulant sur une autoroute de la même région, tuant six personnes, dont deux enfants et leurs parents, a indiqué le ministère.

La Défense civile a par ailleurs fait état à l'AFP de plusieurs frappes plus au sud, en plein coeur de la ville côtière de Tyr et dans ses environs, à la suite d'ordres d'évacuation adressés aux habitants. L'une a touché une moto près d'une caserne de l'armée, tuant deux ressortissants syriens, dont un enfant, selon les autorités.

Un photographe de l'AFP a vu à l'aube un épais panache de feu et de fumée s'élever au-dessus de la ville, au milieu de détonations.

L'armée libanaise a de son côté annoncé la mort d'un militaire dans une frappe israélienne, "alors qu'il circulait" dans la région de Nabatiyé, plus à l'est.

"Nous restons ici" 

En frappant la ville millénaire de Tyr, "c'est son histoire et sa civilisation" qu'Israël veut viser, accuse Ghazouane Halawani, qui vit près d'un immeuble touché par une frappe.

Malgré les bombardements, il ne veut pas quitter sa ville. "Nous restons ici, c'est notre pays, notre terre, notre vie", dit-il à l'AFP.

Le Hezbollah continue de son côté de revendiquer des tirs et attaques de drone contre des forces israéliennes qui tentent d'avancer dans le sud.

Depuis le 17 avril, l'armée israélienne a continué ses frappes et ses opérations militaires au Liban.

Le Hezbollah, de son côté, a d'abord concentré ses tirs sur les soldats israéliens déployés dans le sud du Liban avant de multiplier les attaques de drones explosifs sur le nord d'Israël après l'assassinat d'un de ses chefs militaires dans une frappe israélienne sur la banlieue sud de Beyrouth le 6 mai.

Une soldate israélienne a été tuée jeudi près de la frontière avec le Liban par l'explosion d'un drone tiré par le Hezbollah, a annoncé l'armée israélienne, ce qui porte à 24 le nombre de morts dans ses rangs depuis la reprise des hostilités début mars, quand le Hezbollah a tiré sur Israël en représailles à l'attaque israélo-américaine contre l'Iran.

Les frappes israéliennes ont tué au Liban 3.269 personnes depuis, selon un dernier bilan officiel mercredi.