Le droit de vote des étrangers, prochaine épreuve pour l'aile gauche de la majorité

Seul soutien appuyé dans le camp du président, mais loin du Palais-Bourbon, l'ex-ministre PS François Rebsamen a commis une tribune dans le JDD pour rappeler l'existence d'un texte adopté en 2011 au Sénat, alors dominé par la gauche. (AFP)
Seul soutien appuyé dans le camp du président, mais loin du Palais-Bourbon, l'ex-ministre PS François Rebsamen a commis une tribune dans le JDD pour rappeler l'existence d'un texte adopté en 2011 au Sénat, alors dominé par la gauche. (AFP)
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Publié le Jeudi 18 août 2022

Le droit de vote des étrangers, prochaine épreuve pour l'aile gauche de la majorité

  • Membre de l'aile gauche du mouvement présidentiel, M. Houlié a déposé début août une proposition de loi constitutionnelle visant à accorder aux étrangers extra-communautaires le droit de vote aux élections municipales
  • Mais pour l'instant, au sein de la majorité, les réactions sont plutôt négatives. Selon son entourage, le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin y est «fermement opposé»

PARIS: Discrète pendant cinq ans, l'aile gauche de la majorité parviendra-t-elle à mieux se faire entendre durant le second quinquennat d'Emmanuel Macron ? Premier "crash-test" à venir avec la proposition de Sacha Houlié sur le droit de vote aux étrangers, fraîchement accueillie dans son camp.

"Je ne vais pas vous cacher que ça n'a pas été une bonne surprise", a lâché, mercredi sur Franceinfo, le député Sylvain Maillard, vice-président du groupe Renaissance (ex-LREM), interrogé sur l'initiative de son collègue tout nouveau président de la Commission des Lois.

Membre de l'aile gauche du mouvement présidentiel, M. Houlié a déposé début août une proposition de loi constitutionnelle visant à accorder aux étrangers extra-communautaires le droit de vote aux élections municipales. "A titre personnel", est-il précisé dans l'exposé des motifs.

Ce "vieux serpent de mer de la gauche", selon l'expression unanime, qui n'a abouti ni sous François Mitterrand, ni sous François Hollande, est sans surprise rejeté à droite, vivement dénoncé à l'extrême-droite et soutenu par l'opposition de gauche, toutes tendances confondues au sein de la Nupes.

Chez Renaissance, s'il n'y a "pas de sujet tabou", c'est la méthode qui coincerait. "Ca fait turbuler le système pour rien", juge M. Maillard pour qui "c'est important qu'on ait un débat", qu'"en interne, on puisse clarifier notre position par rapport à différents sujets".

La présidente du groupe, Aurore Bergé, a dit dans Le Parisien souhaiter le lancement d'un groupe de travail sur l'immigration.

Mais pour l'instant, au sein de la majorité, les réactions sont plutôt négatives. Selon son entourage, le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin y est "fermement opposé". La secrétaire d’État MoDem Sarah El Haïry n'y est "à titre très personnel, pas favorable".

"Selon moi, le débat devrait plutôt être autour de la citoyenneté", estime dans Le Figaro la députée Sabrina Agresti-Roubache, porte-parole du groupe Renaissance. Le même argument qu'Emmanuel Macron lorsque celui-ci fut interrogé sur le sujet lors du "grand débat", en février 2019.

«Chacun se positionne»

Seul soutien appuyé dans le camp du président, mais loin du Palais-Bourbon, l'ex-ministre PS François Rebsamen a commis une tribune dans le JDD pour rappeler l'existence d'un texte adopté en 2011 au Sénat, alors dominé par la gauche.

Un vote conforme de ce texte qui sommeille à l'Assemblée ouvrirait la voie à un référendum. Et serait "une occasion rêvée pour montrer que l'Assemblée nationale peut voter des textes de gauche qui renforcent la République", espère M. Rebsamen.

L'Assemblée peut-elle "voter des textes de gauche"? Si, avec Elisabeth Borne, Emmanuel Macron a pour la première fois désigné une Première ministre issue de ce côté-ci de la majorité, la scène reste assez largement dominée par les transfuges de la droite Bruno Le Maire et Gérald Darmanin. Et c'est essentiellement avec la droite que la majorité s'est accordée pour l'adoption des premières mesures du quinquennat.

Dans ce contexte, pourquoi cette initiative personnelle ? "Sans doute la volonté de rappeler l'existence d'une ligne plus humaniste au sein de la majorité", estime une source parlementaire, qui souligne que "Houlié s'était déjà démarqué lors de la Commission mixte paritaire du projet de loi sanitaire. Chacun se positionne".

Mais depuis cinq ans, "il n'y a pas une victoire qu'on peut mettre au crédit d'une quelconque aile gauche de la macronie", cingle Aurélien Taché, qui a quitté le parti présidentiel en 2020 et siège désormais dans l'opposition écologiste.

Cette initiative sur le droit de vote des étrangers, "c'est un peu le crash-test de ce début de quinquennat", estime-t-il: "est-ce que les choses vont être un peu différentes, au regard de la configuration politique moins hégémonique pour la majorité, auquel cas (cette aile gauche) arrivera à obtenir des résultats ? Où est-on dans quelque chose qui relève plus de stratégies ou de compétitions internes, mais qui n'aura qu'une portée très limitée?"

Début de réponse à la rentrée, avec une nouvelle photographie des lignes de clivage au sein de la majorité.


Budget: le gouvernement ne va pas «annoncer de mesures» mardi mais «un cap»

 Le gouvernement ne va pas "annoncer de mesures" mardi lors d'une nouvelle réunion du comité d'alerte des finances publiques, mais "un cap", a fait savoir lundi le ministre des Comptes publics David Amiel. (AFP)
Le gouvernement ne va pas "annoncer de mesures" mardi lors d'une nouvelle réunion du comité d'alerte des finances publiques, mais "un cap", a fait savoir lundi le ministre des Comptes publics David Amiel. (AFP)
  • "On actualisera évidemment nos prévisions", en prenant en compte les effets de l'accord signé entre les Etats-Unis et l'Iran en juin et les négociations actuelles autour du stratégique détroit d'Ormuz
  • Le gouvernement reviendra également sur le niveau des "dépenses de l'Etat", de la "Sécurité sociale" et des "collectivités"

PARIS: Le gouvernement ne va pas "annoncer de mesures" mardi lors d'une nouvelle réunion du comité d'alerte des finances publiques, mais "un cap", a fait savoir lundi le ministre des Comptes publics David Amiel.

"Où en sommes-nous sur la croissance" et sur "l'inflation" du fait de la guerre au Moyen-Orient?, sera la question sur laquelle reviendra le gouvernement, a détaillé David Amiel sur RTL.

"On actualisera évidemment nos prévisions", en prenant en compte les effets de l'accord signé entre les Etats-Unis et l'Iran en juin et les négociations actuelles autour du stratégique détroit d'Ormuz.

Le gouvernement reviendra également sur le niveau des "dépenses de l'Etat", de la "Sécurité sociale" et des "collectivités".

Sur ce sujet, David Amiel a indiqué que "les aides qui ont été apportées aux entreprises et aux ménages" pour faire face aux conséquences économiques de la guerre au Moyen-Orient se sont élevées à 1,4 milliard d'euros.

"C'est 50 fois moins que ce qui avait été fait" par le gouvernement "en 2022-2023" après le début de la guerre en Ukraine et l'envolée des prix de l'énergie, a-t-il rappelé. Il s'est réjoui d'un "changement de doctrine" sur les dépenses publiques.

Le gouvernement avait alors décidé de largement diminuer les taxes sur l'électricité et le gaz pour contenir l'envolée des prix, ce qui avait coûté plusieurs dizaines de milliards d'euros à l'Etat.

"Heureusement, le gouvernement n'a pas (...) écouté ceux qui nous appelaient à déverser des milliards et des milliards d'euros", a-t-il affirmé.

Car "il n'y a pas eu de cagnotte" fiscale, a poursuivi le ministre des Comptes publics, qui a mis en avant le fait que les recettes fiscales liées aux carburants avaient diminué de plus de 80 millions d'euros sur les six premiers mois de 2026 par rapport à la même période en 2025, la baisse des volumes consommés ayant pris le pas sur la hausse des prix.

Dans ses dernières prévisions, le gouvernement tablait toujours sur 0,9% de croissance pour 2026.

La Banque de France a déjà abaissé les siennes à 0,5% du PIB (contre 0,9% escomptés avant), et l'Insee table sur 0,7%. Ces prévisions, publiées en juin, ne prenaient pas en compte l'évolution actuelle autour du conflit au Moyen-Orient.

 


La «lutte acharnée» se poursuit contre un incendie dans le sud, 4.600 hectares brûlés

Des centaines de pompiers français poursuivent lundi matin leur "lutte acharnée" contre un incendie qui a déjà parcouru 4.600 hectares depuis samedi dans le sud du pays, entraînant l'évacuation de 10.000 personnes et perturbant le Tour de France, selon les autorités. (AFP)
Des centaines de pompiers français poursuivent lundi matin leur "lutte acharnée" contre un incendie qui a déjà parcouru 4.600 hectares depuis samedi dans le sud du pays, entraînant l'évacuation de 10.000 personnes et perturbant le Tour de France, selon les autorités. (AFP)
  • Le sinistre a connu une progression fulgurante depuis qu'il s'est déclaré près du village de Trévillach samedi soir, et 700 pompiers sont à l'oeuvre pour tenter de le contenir en dépit des conditions météo défavorables, vent, air sec et fortes chaleurs
  • "Les habitants de 26 communes ont été invités à évacuer", précisent les services de l'Etat français dans un communiqué, soit environ 10.000 personnes

ILLE-SUR-TET: Des centaines de pompiers français poursuivent lundi matin leur "lutte acharnée" contre un incendie qui a déjà parcouru 4.600 hectares depuis samedi dans le sud du pays, entraînant l'évacuation de 10.000 personnes et perturbant le Tour de France, selon les autorités.

Le feu "a parcouru à cette heure 4.600 hectares (...) Notre priorité de la journée est évidemment de reprendre cette lutte acharnée pour contenir sa propagation sur sa tête et sur ses flancs", a indiqué lors d'un point presse Pierre Regnault de la Mothe, le préfet du département des Pyrénées-Orientales, frontalier de l'Espagne.

Le sinistre a connu une progression fulgurante depuis qu'il s'est déclaré près du village de Trévillach samedi soir, et 700 pompiers sont à l'oeuvre pour tenter de le contenir en dépit des conditions météo défavorables, vent, air sec et fortes chaleurs.

"Les habitants de 26 communes ont été invités à évacuer", précisent les services de l'Etat français dans un communiqué, soit environ 10.000 personnes.

Cet incendie, qui s'est propagé au massif des Aspres, aride et difficile d'accès, a par ailleurs blessé cinq personnes, dont deux sapeurs-pompiers. Le préfet a également fait état d'un bilan provisoire de "50 bâtiments impactés (...) à des degrés divers".

Face à une "situation très difficile", le représentant de l'Etat a annoncé dimanche soir que la troisième étape du Tour de France, reliant Granollers en Espagne aux Angles dans les Pyrénées-Orientales, aurait bien lieu lundi, mais "sans public" dans sa partie française, notamment à l'arrivée, en raison de la mobilisation des secours.

"Ma priorité du jour, c'est de venir en aide à la population qui a été évacuée. Donc j'ai décidé qu'il n'y aurait pas un seul sapeur-pompier qui serait mobilisé sur le Tour de France. Ce qui n'empêche pas que l'étape puisse avoir lieu", a-t-il dit lundi matin.

Les pompiers français luttent également contre de multiples feux ailleurs dans le sud du pays.

Les Pyrénées-Orientales continuent d'être, comme 15 autres départements français lundi, en vigilance orange canicule avec des températures qui pourraient monter à certains endroits jusqu'à 40°C, quelques jours après un premier épisode caniculaire historique.

Même si la plupart des départs de feu sont d'origine humaine, selon les pompiers, leur développement est favorisé par la multiplication des vagues de chaleur et de sécheresse sous l'effet du changement climatique.

 


Trois jours avant le jugement, un dernier banquet à Liévin pour Le Pen et Bardella

Le président du Rassemblement national (RN), Jordan Bardella (à droite), et la présidente du groupe parlementaire du parti, Marine Le Pen, quittent une réunion avec le Premier ministre français à l'Hôtel Matignon, à Paris, le 17 septembre 2025. (AFP)
Le président du Rassemblement national (RN), Jordan Bardella (à droite), et la présidente du groupe parlementaire du parti, Marine Le Pen, quittent une réunion avec le Premier ministre français à l'Hôtel Matignon, à Paris, le 17 septembre 2025. (AFP)
  • Marine Le Pen et Jordan Bardella organiseront à Liévin un événement pour montrer leur unité avant la décision de la cour d’appel de Paris sur son inéligibilité
  • Une possible condamnation pourrait empêcher Marine Le Pen de se présenter, renforçant l’hypothèse d’un rôle accru de Bardella pour 2027

PARIS: A trois jours de la décision de la cour d'appel de Paris, qui déterminera qui des deux sera candidat à la présidentielle, Marine Le Pen et Jordan Bardella participeront samedi soir à un "banquet champêtre" à Liévin, en plein coeur du fief électoral de la patronne du Rassemblement national.

Ensemble, devant leurs militants, les deux chefs du RN afficheront leur unité, à moins de 72 heures du couperet judiciaire tant attendu, par le parti à la flamme comme par ses adversaires.

Si elle se voit confirmer une peine d'inéligibilité de plus de deux ans, Marine Le Pen ne pourra pas concourir une quatrième fois à l'Elysée. Elle estime aussi que si les juges lui imposent un bracelet électronique, il ne lui sera "pas possible" de faire campagne. En fonction de la sentence, elle annoncera sa décision mardi soir, probablement dans un journal télévisé.

Comme elle, tout le parti est dans l'expectative depuis la fin du procès en février. "On n'a plus les cartes, donc elle comme moi on patiente", confie en privé son dauphin, Jordan Bardella, appelé à "reprendre le flambeau" si la "candidate naturelle" était empêchée.

Ces dernières semaines, leurs prises de positions parfois dissonantes ont fait ressurgir des doutes sur la solidité du ticket qu'ils entendent présenter aux électeurs. Ce "banquet champêtre" à Liévin tombe donc à point nommé pour resserrer les rangs.

Loin d'être une tradition, l'événement a été monté par le nouveau maire RN de cet ex-bastion socialiste, Dany Paiva, avec l'appui du député Bruno Bilde, membre du premier cercle de Marine le Pen -elle-même élue de la circonscription voisine d'Hénin-Beaumont.

- "On reste soudés" -

Samedi soir à Liévin, ils seront 1.200 militants à se presser autour des deux leaders. L'ambiance sera résolument amicale et champêtre. Un podium sera installé pour de brèves prises de parole, 10 minutes pour Jordan Bardella puis 10 minutes pour Marine Le Pen, avant un bain de foule.

"Pas de discours" à proprement parler, ni de "thèmes prédéterminés" selon un conseiller de Marine Le Pen. Mais une expression conjointe qui "montrera que tout va bien, et que quel que soit le résultat du 7 juillet on reste soudés", glisse un proche de la patronne et de Jordan Bardella.

Celle qui se vante d'avoir "la peau dure" viendra refaire le plein de soutiens auprès de ses électeurs du Pas-de-Calais, avant d'affronter l'épreuve fatidique.

"La politique, c'est de l'amour. Si vous n'aimez pas les gens, il faut faire autre chose", mais "quand l'amour vous porte, on prend les coups les uns après les autres et on se crée une carapace", dit-elle après quatre décennies d'une carrière jalonnée d'une vingtaine de scrutins (dont deux finales présidentielles perdues face à Emmanuel Macron).

Entourés de nombreux cadres locaux du mouvement d'extrême droite, les deux favoris des sondages enverront aussi un signal à leurs adversaires à l'affût de la moindre faille. A commencer par le mieux placé, Edouard Philippe, que Marine Le Pen espère affronter au second tour, et qui tiendra son premier grand meeting dimanche à Paris.