L'Arabie saoudite doit-elle s'inquiéter de la variole du singe ?

Des caméras thermiques sont restées dans les aéroports saoudiens après la pandémie de COVID-19 pour servir de première ligne de défense contre la variole du singe (Photo, SPA).
Des caméras thermiques sont restées dans les aéroports saoudiens après la pandémie de COVID-19 pour servir de première ligne de défense contre la variole du singe (Photo, SPA).
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Publié le Dimanche 07 août 2022

L'Arabie saoudite doit-elle s'inquiéter de la variole du singe ?

  • Le Royaume est bien placé pour faire face à la menace sanitaire grâce à des réponses politiques adéquates aux épidémies de MERS et de Covid-19
  • Il a l'avantage de disposer de stratégies efficaces de surveillance, de confinement et de prévention et d'un faible taux de transmission.

DJEDDAH : Les responsables de la santé en Europe et en Amérique tirent la sonnette d'alarme face à la propagation de la variole du singe, et nombreux sont ceux qui déclarent que l'épidémie constitue une urgence de santé publique.

En Arabie saoudite, en revanche, où seuls trois cas ont été confirmés, la réaction est plus tempérée.

Selon les experts saoudiens, plusieurs raisons expliquent l'approche modérée du Royaume, notamment la présence de mesures de surveillance, de détection et de prévention bien établies, résultant de la gestion de précédentes épidémies de maladies infectieuses, et le taux de transmission extrêmement faible observé dans la région.

« Nous savons qu'en particulier dans la région du Golfe et en Arabie saoudite, de nombreux efforts ont été déployés pour signaler l'augmentation des cas et mettre en œuvre des méthodes rigoureuses pour les détecter, s'assurer que les bonnes mesures préventives et curatives sont en place pour empêcher la propagation de la variole du singe, ainsi que pour la traiter immédiatement », a déclaré le Dr Nawaf Albali, un médecin saoudien, à Arab News.

« Les États doivent mettre en œuvre les normes de contrôle et de surveillance adéquates aux frontières et accroître le dépistage, augmenter les capacités de diagnostic à l'intérieur et au-delà des frontières. »

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Nombre de cas détectés par pays (Photo, fournie).

Autrefois maladie relativement rare, la variole du singe est présente dans plusieurs pays d'Afrique centrale et occidentale depuis les années 1970, avec des flambées occasionnelles ne dépassant pas les 100 cas au cours des quatre dernières décennies. 

Les personnes atteintes de la maladie ont tendance à développer une éruption cutanée qui peut être localisée sur ou près des organes génitaux ou de l'anus, et sur d'autres zones telles que les mains, les pieds, la poitrine, le visage ou la bouche.

L'éruption passera par plusieurs étapes, dont la formation de croûtes, avant de guérir. Au début, elle peut ressembler à des boutons ou à des cloques, et peut être douloureuse ou provoquer des démangeaisons. 

D’autres symptômes, comme la fièvre, les frissons, le gonflement des ganglions lymphatiques, l'épuisement, les douleurs musculaires, les maux de dos, les maux de tête, le mal de gorge, la congestion nasale ou la toux sont aussi susceptibles de faire leur apparition.

Ces symptômes interviennent généralement dans les trois semaines suivant l'exposition au virus de la variole du singe et durent en moyenne de deux à quatre semaines.  

Depuis mai, les autorités ont détecté des dizaines de cas en Europe, en Amérique du Nord et ailleurs, enregistrant ainsi plus de 22 000 cas dans le monde.

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Les symptômes de la maladie durent généralement de deux à quatre semaines (Photo, fournie).

L'Organisation mondiale de la santé a déclaré la variole du singe comme une urgence sanitaire mondiale le 23 juillet. À ce jour, on a recensé au moins 75 décès suspects dus à la variole du singe en Afrique, principalement au Nigeria et au Congo.

Le 29 juillet, le Brésil et l'Espagne ont tous deux signalé des décès liés à la variole du singe, les premiers en dehors de l'Afrique. L'Espagne a signalé un deuxième décès le lendemain, et l'Inde son premier le 1er août.

Seuls trois cas de variole du singe ont été détectés en Arabie saoudite, parmi des passagers revenant d'Europe.

Au niveau régional, les Émirats arabes unis comptent 16 cas confirmés et le Qatar 2, ce qui indique une propagation beaucoup plus lente que dans d'autres régions du monde.

La variole du singe se transmet lorsqu'une personne entre en contact avec le virus éponyme provenant d'un animal, d'un humain ou de matériel contaminé.

Elle se propage souvent par contact de peau à peau, et dans nombreux cas, mais pas tous, lors de relations physiques entre hommes.

« La propagation se fait soit par contact de peau à peau, soit par contact avec certains fluides corporels, par exemple la sueur, soit par exposition à des parties sensibles du corps comme les organes génitaux ou les parties intimes », a expliqué le Dr Albali. 

« Ce type de contacts, notamment intimes, ne sont pas si courants (dans le Golfe). Cela ne veut pas dire qu'ils n'existent pas, mais ils ne sont pas aussi répandus. »

Le Dr Abdelaziz Al-Angari, professeur adjoint d'épidémiologie à l'Université des sciences de la santé King Saud bin Abdulaziz à Riyad, a déclaré que, bien que l'OMS ait déclaré la variole du singe comme une urgence de santé publique internationale, il ne s'agit pas encore d'une pandémie.

« Le taux d'infection est lent et limité compte tenu des voies de transmission du virus », a-t-il déclaré à Arab News. 

Pour en calculer le risque relatif rapproché (une statistique qui quantifie la force de l'association entre deux événements), il faut prendre en compte un nombre suffisant de cas. À ce jour, il y a eu trop peu de cas dans le Royaume pour pouvoir tirer des conclusions. 

« Il est nécessaire d'obtenir des informations plus détaillées sur les cas, notamment par le biais d'enquêtes (données démographiques, antécédents, pratiques, informations sur les voyages, etc.) a-t-il dit. 

L'Arabie saoudite et plusieurs autres pays ont pris les mesures nécessaires pour recueillir ces données en temps réel et prévenir la propagation - des leçons qui ont été tirées des précédentes épidémies virales.

En 2012, le premier cas de syndrome respiratoire du Moyen-Orient causé par le coronavirus MERS a été identifié en Arabie saoudite.

Des études ont montré que les humains sont contaminés par un contact direct ou indirect avec des chameaux dromadaires infectés, mais la voie de transmission exacte reste floue. 

Cette expérience a incité le Royaume à élaborer des stratégies et des infrastructures de détection et de confinement, qui sont entrées en action en 2020 lorsque le Covid-19 est apparu.

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La pharmacienne agréée Sapna Patel en pleine préparation d'une dose de vaccin contre la variole du singe dans une clinique de vaccination éphémère (Photo, AFP).

Le ministère de la Santé a instauré un centre de commandement et de contrôle, et a accéléré la mise en place du Centre saoudien de contrôle et de prévention des maladies.

« Notre expérience avec le MERS-CoV a été douloureuse et particulière dans notre région, et entre 2013 et 2015, les autorités sanitaires ont compris l'ampleur de la prévention de la maladie, des confinements, de la fermeture des marchés et de certaines activités commerciales liées aux chameaux », a déclaré Albali.

« Nous comprenons donc l'efficacité d'une intervention précoce en matière de lutte contre les maladies. Nous avons développé ce type de capacité et le sens de l'urgence au sein du système de santé mondial. »

Réitérant l'importance de la détection précoce et de la documentation des cas, Al-Angari a déclaré : « Les systèmes de santé mondiaux se sont développés de manière accrue après la récente pandémie en matière de collecte de données, de surveillance et de systèmes de suivi. 

« Dans ce contexte, la recherche des contacts est indispensable pour empêcher l'introduction prochaine du virus dans de nouvelles populations. »

« Bien que cela ne soit peut-être pas nécessaire maintenant, l'utilisation de systèmes tels que l'application Tawakkalna pourrait être envisagée à un moment donné. »

L'Autorité saoudienne des données et de l'intelligence artificielle a développé Tawakkalna pour soutenir les efforts du gouvernement face au Covid-19 en gérant le processus d'octroi des autorisations de sortie du domicile pendant la phase de confinement, ce qui a contribué à limiter la propagation du virus. 

En juin, l'application a reçu le prix du service public 2022 des Nations unies pour sa résilience institutionnelle et ses réponses innovantes à la pandémie.

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Le Royaume comprend l'efficacité de l'intervention précoce en matière de contrôle des maladies, selon le Dr Abdulaziz Al-Angari, professeur adjoint d'épidémiologie à la KSAU-HS (Photo, Fournie).

La demande de voyages ayant explosé après l'assouplissement des restrictions liées au Covid-19, Al-Angari a souligné l'importance de surveiller les points d'entrée. 

« Comme le virus (de la variole du singe) se transmet d'homme à homme, toutes les dispositions nécessaires doivent être mises en œuvre », a-t-il déclaré.

« L'activation des caméras thermiques est nécessaire à tout moment, non seulement pour cette maladie mais pour toutes celles à venir, et le dépistage sanitaire aléatoire des personnes qui sont en contact avec les animaux sur une base régulière est important pour prévenir les zoonoses. »

Tout comme aux premiers jours du Covid-19, les caméras infrarouges placées dans les halls d'arrivée des aéroports font partie intégrante du processus de surveillance syndromique - un processus de collecte, d'analyse et d'interprétation des données relatives à la santé afin de lancer une alerte rapide en cas de menaces sanitaires.

« Dès qu'une caméra détecte l'un des symptômes de la maladie (comme une température corporelle élevée), le cas est isolé à l'aéroport, et dans le cadre des mesures préventives de l'Arabie saoudite, d'autres personnes qui auraient pu être exposées au cas doivent également être testées », a déclaré Albali.

« C'est ainsi que les cas ont été détectés, et une enquête a été lancée par la suite, sans qu'aucun autre cas ne soit recensé à ce jour. »

Au-delà de la surveillance, selon Albali, les autorités sanitaires doivent fournir des informations et des directives suffisantes aux voyageurs qui se rendent dans des pays considérés comme des points chauds pour la variole du singe.

« La principale leçon tirée de la pandémie de Covid-19 est une sensibilisation pointue de la communauté au virus et aux moyens de se protéger », a-t-il poursuivi.

« La même règle s'applique maintenant à l'épidémie actuelle, même si elle pointe tout juste le bout du nez sur nos côtes en Arabie saoudite, et avec la stratégie de communication transparente des autorités sanitaires, le niveau de sensibilisation continuera à augmenter et à protéger davantage la communauté contre de futures épidémies. » 

Une campagne de vaccination contre la variole du singe a été lancée aux États-Unis, au Royaume-Uni, au Danemark, en Espagne, en Allemagne, en France et au Canada, entre autres.

Cependant, il est peu probable que le vaccin soit distribué en Arabie saoudite, à moins qu'il ne soit nécessaire de protéger les plus vulnérables, comme les enfants, les personnes âgées et les personnes immunodéprimées. 

« Les vaccins peuvent être administrés », a précisé Al-Angari. « Cependant, je n’en vois pas l’urgence puisque ce n'est pas une menace actuelle, du moins pas dans cette région. »

Ce texte est la traduction d'un article paru sur Arabnews.com

 


Des pourparlers entre Israël et le Liban prévus la semaine prochaine à Washington

Des secouristes libanais déblayent les décombres jeudi sur le site d’une frappe aérienne israélienne qui a visé un immeuble la veille à Beyrouth. (AFP)
Des secouristes libanais déblayent les décombres jeudi sur le site d’une frappe aérienne israélienne qui a visé un immeuble la veille à Beyrouth. (AFP)
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  • Des négociations inédites entre le Liban et Israël sont prévues à Washington, mais restent fragiles en raison des désaccords (cessez-le-feu exigé par le Liban, rejet du Hezbollah)
  • La situation demeure tendue avec la poursuite des frappes israéliennes au Liban malgré les appels internationaux à la retenue, menaçant la trêve régionale

JERUSALEM: Des pourparlers entre le Liban et Israël sont prévus la semaine prochaine à Washington, a dit un responsable américain jeudi, après des frappes meurtrières de l'armée israélienne sur le pays voisin qui font peser un risque sur la trêve précaire conclue entre les Etats-Unis et l'Iran.

"Nous pouvons confirmer que le département d'Etat accueillera une réunion la semaine prochaine pour discuter des négociations de cessez-le-feu avec Israël et le Liban", a dit ce responsable à l'AFP sous couvert de l'anonymat.

Après un appel à la retenue de Donald Trump, Benjamin Netanyahu a annoncé jeudi avoir ordonné à son cabinet d'engager des "négociations directes" avec le Liban.

Selon le Premier ministre israélien, ces négociations, inédites depuis des décennies, "porteront sur le désarmement du Hezbollah" et sur "l'établissement de relations de paix" entre les deux pays, toujours techniquement en état de guerre.

Le Liban veut cependant "un cessez-le-feu avant tout début de négociations", a déclaré à l'AFP un responsable libanais requérant l'anonymat.

De son côté le Hezbollah pro-iranien a rejeté toute négociation directe entre le Liban et Israël, appelant au "retrait israélien" du sud du pays.

- Retenue -

Benjamin Netanyahu a toutefois averti auparavant que les frappes contre le Hezbollah se poursuivraient pour rétablir la "sécurité pour les habitants du nord" d'Israël.

Dans la soirée, l'armée israélienne a annoncé ainsi avoir commencé à frapper des "sites de tir" du Hezbollah au Liban.

Après deux jours de cessez-le-feu, la communauté internationale redoute que celui-ci ne soit compromis par la poursuite de la campagne israélienne au Liban.

A Beyrouth, l'heure était encore à la recherche de victimes après les frappes menées simultanément par Israël sur plusieurs régions mercredi, qui ont fait plus de 300 morts et un millier de blessés.

Dans le quartier résidentiel d'Ain el Mreisseh, proche de la mer, des corps gisent encore sous l'amas de pierres et de métal d'où émergent, ici un bulletin de notes, là une peluche.

"Regardez, ce sont des cahiers, des cours, des livres! Où est le Hezbollah ici?" s'est insurgé Khaled Salam, sur place.

Donald Trump a confirmé jeudi à NBC News avoir plaidé la retenue auprès de Benjamin Netanyahu, après que le site d'information Axios a fait part d'échanges téléphoniques mercredi entre les deux hommes et l'émissaire américain Steve Witkoff.

Le Premier ministre britannique Keir Starmer a lui jugé "inacceptable" la poursuite des attaques d'Israël contre le Liban lors d'une tournée dans le Golfe.

- Obstacles -

Le Pakistan, médiateur dans le conflit, avait relevé en annonçant le cessez-le-feu que celui-ci s'appliquait "partout, y compris au Liban" -- ce que démentent Israël et Washington.

Le pays doit accueillir à partir de vendredi des négociations entre Iraniens et Américains, ces dernières étant menées par le vice-président JD Vance.

Mais avant même le début des négociations, les obstacles s'amoncellent, d'autant plus après le message sur X du ministre pakistanais de la Défense, Khawaja Asif, qui a qualifié Israël de "diabolique" et de "malédiction sur l'humanité", l'accusant de commettre un génocide au Liban.

Un message que les services du Premier ministre israélien ont qualifié de "honteux".

"Ce ne sont pas des déclarations qui peuvent être tolérées de la part de n'importe quel gouvernement, particulièrement d'un qui se revendique comme médiateur neutre pour la paix", ont-ils répondu sur X.

Auprès de NBC News, Donald Trump s'est dit "très optimiste" sur la possibilité de conclure un accord de paix, malgré l'écart entre les positions des deux pays.

- "Mauvais boulot" -

Le chef de l'Organisation iranienne de l'énergie atomique a lui exclu d'emblée toute restriction du programme d'enrichissement d'uranium de son pays, une demande fondamentale des Etats-Unis et d'Israël qui accusent l'Iran de vouloir se doter de la bombe atomique - ce que Téhéran nie.

Un pétrolier non-iranien, le premier depuis le cessez-le-feu, a franchi jeudi le détroit d'Ormuz, dont la réouverture était une condition du cessez-le-feu.

Mais le trafic via cette voie maritime essentielle au commerce mondial est encore loin d'un retour à la normale, et Donald Trump a mis en garde l'Iran jeudi contre toute volonté de mettre en place un péage.

Le président américain a fait état dans un message sur sa plateforme Truth Social "d'informations selon lesquelles l'Iran fait payer des frais aux pétroliers traversant le détroit d'Ormuz".

"Ils ont intérêt à ne pas le faire, et si c'est le cas, ils feraient mieux d'arrêter maintenant!", a-t-il ajouté, accusant l'Iran de faire "vraiment du mauvais boulot, indigne certains diraient, pour permettre au pétrole de traverser le détroit d'Ormuz".


« Le Hezbollah doit choisir entre le Liban et l’Iran », affirme Jean-Yves Le Drian

Jean-Yves Le Drian, Président exécutif de l’Agence française pour le Développement d’AlUla et envoyé personnel du Président de la République française pour le Liban, ancien ministre de la Défense et des Affaires étrangères. (Photo: Huda Bashatah, Arab News)
Jean-Yves Le Drian, Président exécutif de l’Agence française pour le Développement d’AlUla et envoyé personnel du Président de la République française pour le Liban, ancien ministre de la Défense et des Affaires étrangères. (Photo: Huda Bashatah, Arab News)
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  • Les frappes massives sur Beyrouth marquent une escalade majeure malgré une trêve censée s’appliquer à toute la région
  • Jean-Yves Le Drian met en avant la coopération étroite entre la France et l’Arabie saoudite en matière de sécurité régionale, illustrée par des échanges réguliers au plus haut niveau entre le président français et le prince héritier saoudien

DUBAÏ : Au lendemain de frappes israéliennes inédite sur Beyrouth, la communauté internationale s’inquiète d’une nouvelle phase d’escalade au Proche-Orient. En dix minutes, une centaine de frappes ont visé la capitale libanaise, sans avertissement, causant des centaines de morts et de blessés.

Pour Jean-Yves Le Drian, Président exécutif de l’Agence française pour le Développement d’AlUla et envoyé personnel du Président de la République française pour le Liban, ancien ministre de la Défense et des Affaires étrangères, la violence de l’attaque marque un seuil critique, lors d’un entretien accordé à Arab News en français.

Il évoque « un carnage effrayant » et juge ces frappes « intolérable[s] », rappelant qu’elles interviennent alors même qu’une trêve venait d’être acceptée par les principales parties, notamment les États-Unis et l’Iran.

Au cœur de la crise, la trêve apparaît à la fois essentielle et déjà compromise. Selon l’ancien ministre, celle-ci est « claire dans ses principes, sans ambiguïté, et devait s’appliquer à l’ensemble de la région, incluant le Liban ».

Mais la poursuite des opérations militaires en vide largement la portée. En frappant Beyrouth, Israël agit, selon lui, à rebours de la dynamique diplomatique qui avait permis l’instauration de ce cessez-le-feu. Une contradiction qui rend la situation « extrêmement grave » et alimente une méfiance généralisée entre les acteurs.

Dans ce contexte, le Liban apparaît comme un théâtre secondaire d’un affrontement régional qui le dépasse. Jean-Yves Le Drian insiste sur ce point : les combats se poursuivent sur le sol libanais alors même que les protagonistes principaux ne sont pas directement liés au pays.

Cette situation met en péril des éléments fondamentaux de l’État libanais. « Ce qui est en cause aujourd'hui, c'est l'intégrité et la souveraineté du Liban », souligne-t-il, décrivant un pays pris au piège d’une confrontation extérieure.

Malgré ses failles, la trêve reste, selon lui, une nécessité stratégique. Elle devait permettre de stopper une spirale jugée « inacceptable », tant pour la stabilité régionale que pour l’économie mondiale.

Mais sa fragilité est évidente. « Chacun suspecte l'autre de mensonge, de mauvaise interprétation ou de cacher son jeu », explique M. Le Drian, ajoutant que la poursuite des frappes sur le Liban empêche toute stabilisation réelle.

Dans cette crise, Jean-Yves Le Drian désigne clairement le rôle du Hezbollah, qu’il considère comme à l’origine de l’engrenage initial des frappes contre Israël, en lien avec l’Iran. Mais il dénonce simultanément la riposte israélienne, qu’il juge « complètement disproportionnée ».

Cette dynamique crée une situation paradoxale : loin d’affaiblir le Hezbollah, l’intensification des frappes pourrait renforcer son influence.

« L'aggravation des tensions aujourd'hui et l'aggravation du conflit renforcent indirectement le rôle du Hezbollah qui est en train de s'ériger en protecteur de la nation », ajoute M. Le Drian.

C’est dans ce contexte qu’il formule une mise en garde centrale : « Il faut que le Hezbollah choisisse ou c'est le Liban, ou c'est l'Iran. Il n'y a pas d'alternative. » Un choix qu’il espère voir tranché en faveur de l’État libanais, notamment par une partie de la population chiite.

Il souligne toutefois que le Liban dispose aujourd’hui d’un « gouvernement de qualité », qu’il décrit comme responsable et engagé dans le renforcement de l’État. Celui-ci a notamment affirmé que « seul l'État a le monopole des armes ».

Mais « ce gouvernement est aujourd'hui en difficulté face à l'aggravation de la crise », explique M. Le Drian, insistant sur la nécessité de le soutenir, notamment par les partenaires internationaux et les pays du Golfe.

Malgré l’intensité des combats, une voie politique demeure envisageable. Le gouvernement libanais a récemment proposé l’ouverture de discussions directes avec Israël, une initiative que Jean-Yves Le Drian qualifie d’effort « considérable ».

Il y voit une opportunité rare, estimant que cette initiative pourrait constituer un tournant si elle était saisie. Dans un contexte où la guerre ne produit pas de solution durable, il insiste sur la nécessité de redonner toute sa place à la négociation.

Les pays du Golfe apparaissent également comme des acteurs clés dans cette tentative de désescalade. Indirectement affectés par le conflit, ils ont soutenu les efforts de médiation.

« Il y a eu une offre de négociation […] avec le soutien de plusieurs pays du Golfe, en particulier avec le soutien de l'Arabie saoudite », explique M. Le Drian. 

Depuis le début de la crise, la France continue à soutenir l’Arabie saoudite dans sa défense, souligne M. le Drian. « Nous aidons les Saoudiens à assurer leur propre sécurité et le président français parle très souvent avec Son Altesse le prince héritier pour travailler dans cette direction-là », ajoute-t-il, insistant sur la continuité du dialogue franco-saoudien sur les questions de sécurité régionale. 

Pour Jean-Yves Le Drian, cette implication ouvre la voie à une redéfinition plus large de la sécurité régionale, fondée sur « une sécurité collective ».

Concernant les opérations israéliennes dans le sud du Liban, M. Le Drian met en garde : « toute intervention d'occupation de la part d'Israël sur le Liban est contraire au droit international. »

Il rappelle que les précédentes opérations de ce type ont favorisé le renforcement du Hezbollah, une dynamique qu’il estime à ne pas reproduire.

Au-delà des enjeux stratégiques, la situation humanitaire se dégrade rapidement. « L'intervention israélienne a mis sur la rue quasiment un million de déplacés qui aujourd'hui survivent », explique M. Le Drian.

Jean-Yves Le Drian alerte sur le risque d’une aggravation rapide, avec des conséquences potentiellement graves pour la cohésion interne du pays.

Face à cette crise, la France maintient son engagement. Elle soutient les forces armées libanaises, notamment par la livraison récente de véhicules blindés, et poursuit son action humanitaire.

L’objectif est clair : renforcer l’État libanais dans ses fonctions régaliennes, en particulier sa capacité à assurer le monopole de la force.

Pour Jean-Yves Le Drian, la poursuite du conflit ne peut mener qu’à une impasse. Tous les acteurs en sont conscients, estime-t-il, ce qui rend d’autant plus urgente la reprise des discussions.

Il réaffirme la nécessité d’une solution diplomatique : « La France a toujours considéré qu'il fallait régler les conflits par la voie de la négociation. »

Les paramètres d’un accord existent déjà : « C'est sur la table, il faut en discuter. »

Dans ce contexte, il élargit la réflexion aux enjeux régionaux et internationaux, en particulier la liberté de circulation maritime. « La libre circulation maritime dans le détroit d'Ormuz est essentielle », explique-t-il, avertissant que toute perturbation engendre « des difficultés considérables pour l'économie mondiale ».

Il souligne enfin que des initiatives sont déjà envisagées pour sécuriser cette zone stratégique, notamment par des dispositifs d’escorte maritime, une fois la désescalade suffisamment engagée. À cet égard, le président français, Emmanuel Macron, et le Premier ministre britannique, Keir Starmer, ont permis de mobiliser un ensemble de pays volontaires pour accompagner la sécurisation du trafic maritime dans le Golfe.

Dans une région sous tension, le Liban apparaît ainsi à un moment décisif de son histoire — entre effondrement et sortie de crise par la diplomatie, sur fond d’équilibres régionaux et économiques encore fragiles.


Le prince héritier saoudien et le Premier ministre britannique discutent des développements régionaux

Starmer a été reçu par le prince héritier Mohammed ben Salmane. (SPA)
Starmer a été reçu par le prince héritier Mohammed ben Salmane. (SPA)
Starmer a été reçu par le prince héritier Mohammed ben Salmane. (SPA)
Starmer a été reçu par le prince héritier Mohammed ben Salmane. (SPA)
Starmer a été reçu par le prince héritier Mohammed ben Salmane. (SPA)
Starmer a été reçu par le prince héritier Mohammed ben Salmane. (SPA)
Starmer a été reçu par le prince héritier Mohammed ben Salmane. (SPA)
Starmer a été reçu par le prince héritier Mohammed ben Salmane. (SPA)
À son arrivée à Djeddah, Keir Starmer a été accueilli par le gouverneur de la région de La Mecque, le prince Saud ben Mishaal ben Abdulaziz. (SPA)
À son arrivée à Djeddah, Keir Starmer a été accueilli par le gouverneur de la région de La Mecque, le prince Saud ben Mishaal ben Abdulaziz. (SPA)
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  • Le prince héritier Mohammed ben Salmane a rencontré le Premier ministre britannique Keir Starmer pour renforcer la coopération stratégique entre leurs deux pays
  • Les discussions ont porté sur les enjeux régionaux, avec un soutien commun à la stabilité et à un cessez-le-feu durable, notamment concernant l’Iran et le détroit d’Ormuz

RIYAD : Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a reçu mercredi à Djeddah le Premier ministre britannique Keir Starmer.

Au cours de la rencontre, ils ont passé en revue les relations entre leurs deux pays et examiné les moyens de renforcer davantage leur partenariat stratégique dans divers domaines.

Ils ont également abordé les derniers développements régionaux et internationaux, notamment les évolutions dans la région ainsi que leurs implications en matière de sécurité et d’économie.

Les deux parties ont affirmé leur soutien à tous les efforts visant à renforcer la sécurité et la stabilité de la région. Plusieurs questions d’intérêt commun ont également été discutées.

Keir Starmer est arrivé dans le Royaume plus tôt dans la journée, où il a été accueilli à l’aéroport de Djeddah par le gouverneur de la région de La Mecque, le prince Saud ben Mishaal ben Abdulaziz, selon des photos diffusées par l’Agence de presse saoudienne.

Lors de sa visite, Starmer a salué le cessez-le-feu entre l’Iran et les États-Unis, tout en soulignant qu’il restait « beaucoup de travail à faire » pour garantir sa pérennité.

« Il reste également beaucoup à faire concernant le détroit d’Ormuz, qui a un impact à l’échelle mondiale », a-t-il ajouté. 

À son arrivée à Djeddah, Keir Starmer a été accueilli par le gouverneur de la région de La Mecque, le prince Saud ben Mishaal ben Abdulaziz, a rapporté l’Agence de presse saoudienne. Les ambassadeurs respectifs des deux pays étaient également présents.

*Avec SPA, Reuters 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com