L'Arabie saoudite doit-elle s'inquiéter de la variole du singe ?

Des caméras thermiques sont restées dans les aéroports saoudiens après la pandémie de COVID-19 pour servir de première ligne de défense contre la variole du singe (Photo, SPA).
Des caméras thermiques sont restées dans les aéroports saoudiens après la pandémie de COVID-19 pour servir de première ligne de défense contre la variole du singe (Photo, SPA).
Short Url
Publié le Dimanche 07 août 2022

L'Arabie saoudite doit-elle s'inquiéter de la variole du singe ?

  • Le Royaume est bien placé pour faire face à la menace sanitaire grâce à des réponses politiques adéquates aux épidémies de MERS et de Covid-19
  • Il a l'avantage de disposer de stratégies efficaces de surveillance, de confinement et de prévention et d'un faible taux de transmission.

DJEDDAH : Les responsables de la santé en Europe et en Amérique tirent la sonnette d'alarme face à la propagation de la variole du singe, et nombreux sont ceux qui déclarent que l'épidémie constitue une urgence de santé publique.

En Arabie saoudite, en revanche, où seuls trois cas ont été confirmés, la réaction est plus tempérée.

Selon les experts saoudiens, plusieurs raisons expliquent l'approche modérée du Royaume, notamment la présence de mesures de surveillance, de détection et de prévention bien établies, résultant de la gestion de précédentes épidémies de maladies infectieuses, et le taux de transmission extrêmement faible observé dans la région.

« Nous savons qu'en particulier dans la région du Golfe et en Arabie saoudite, de nombreux efforts ont été déployés pour signaler l'augmentation des cas et mettre en œuvre des méthodes rigoureuses pour les détecter, s'assurer que les bonnes mesures préventives et curatives sont en place pour empêcher la propagation de la variole du singe, ainsi que pour la traiter immédiatement », a déclaré le Dr Nawaf Albali, un médecin saoudien, à Arab News.

« Les États doivent mettre en œuvre les normes de contrôle et de surveillance adéquates aux frontières et accroître le dépistage, augmenter les capacités de diagnostic à l'intérieur et au-delà des frontières. »

sq
Nombre de cas détectés par pays (Photo, fournie).

Autrefois maladie relativement rare, la variole du singe est présente dans plusieurs pays d'Afrique centrale et occidentale depuis les années 1970, avec des flambées occasionnelles ne dépassant pas les 100 cas au cours des quatre dernières décennies. 

Les personnes atteintes de la maladie ont tendance à développer une éruption cutanée qui peut être localisée sur ou près des organes génitaux ou de l'anus, et sur d'autres zones telles que les mains, les pieds, la poitrine, le visage ou la bouche.

L'éruption passera par plusieurs étapes, dont la formation de croûtes, avant de guérir. Au début, elle peut ressembler à des boutons ou à des cloques, et peut être douloureuse ou provoquer des démangeaisons. 

D’autres symptômes, comme la fièvre, les frissons, le gonflement des ganglions lymphatiques, l'épuisement, les douleurs musculaires, les maux de dos, les maux de tête, le mal de gorge, la congestion nasale ou la toux sont aussi susceptibles de faire leur apparition.

Ces symptômes interviennent généralement dans les trois semaines suivant l'exposition au virus de la variole du singe et durent en moyenne de deux à quatre semaines.  

Depuis mai, les autorités ont détecté des dizaines de cas en Europe, en Amérique du Nord et ailleurs, enregistrant ainsi plus de 22 000 cas dans le monde.

sq
Les symptômes de la maladie durent généralement de deux à quatre semaines (Photo, fournie).

L'Organisation mondiale de la santé a déclaré la variole du singe comme une urgence sanitaire mondiale le 23 juillet. À ce jour, on a recensé au moins 75 décès suspects dus à la variole du singe en Afrique, principalement au Nigeria et au Congo.

Le 29 juillet, le Brésil et l'Espagne ont tous deux signalé des décès liés à la variole du singe, les premiers en dehors de l'Afrique. L'Espagne a signalé un deuxième décès le lendemain, et l'Inde son premier le 1er août.

Seuls trois cas de variole du singe ont été détectés en Arabie saoudite, parmi des passagers revenant d'Europe.

Au niveau régional, les Émirats arabes unis comptent 16 cas confirmés et le Qatar 2, ce qui indique une propagation beaucoup plus lente que dans d'autres régions du monde.

La variole du singe se transmet lorsqu'une personne entre en contact avec le virus éponyme provenant d'un animal, d'un humain ou de matériel contaminé.

Elle se propage souvent par contact de peau à peau, et dans nombreux cas, mais pas tous, lors de relations physiques entre hommes.

« La propagation se fait soit par contact de peau à peau, soit par contact avec certains fluides corporels, par exemple la sueur, soit par exposition à des parties sensibles du corps comme les organes génitaux ou les parties intimes », a expliqué le Dr Albali. 

« Ce type de contacts, notamment intimes, ne sont pas si courants (dans le Golfe). Cela ne veut pas dire qu'ils n'existent pas, mais ils ne sont pas aussi répandus. »

Le Dr Abdelaziz Al-Angari, professeur adjoint d'épidémiologie à l'Université des sciences de la santé King Saud bin Abdulaziz à Riyad, a déclaré que, bien que l'OMS ait déclaré la variole du singe comme une urgence de santé publique internationale, il ne s'agit pas encore d'une pandémie.

« Le taux d'infection est lent et limité compte tenu des voies de transmission du virus », a-t-il déclaré à Arab News. 

Pour en calculer le risque relatif rapproché (une statistique qui quantifie la force de l'association entre deux événements), il faut prendre en compte un nombre suffisant de cas. À ce jour, il y a eu trop peu de cas dans le Royaume pour pouvoir tirer des conclusions. 

« Il est nécessaire d'obtenir des informations plus détaillées sur les cas, notamment par le biais d'enquêtes (données démographiques, antécédents, pratiques, informations sur les voyages, etc.) a-t-il dit. 

L'Arabie saoudite et plusieurs autres pays ont pris les mesures nécessaires pour recueillir ces données en temps réel et prévenir la propagation - des leçons qui ont été tirées des précédentes épidémies virales.

En 2012, le premier cas de syndrome respiratoire du Moyen-Orient causé par le coronavirus MERS a été identifié en Arabie saoudite.

Des études ont montré que les humains sont contaminés par un contact direct ou indirect avec des chameaux dromadaires infectés, mais la voie de transmission exacte reste floue. 

Cette expérience a incité le Royaume à élaborer des stratégies et des infrastructures de détection et de confinement, qui sont entrées en action en 2020 lorsque le Covid-19 est apparu.

as
La pharmacienne agréée Sapna Patel en pleine préparation d'une dose de vaccin contre la variole du singe dans une clinique de vaccination éphémère (Photo, AFP).

Le ministère de la Santé a instauré un centre de commandement et de contrôle, et a accéléré la mise en place du Centre saoudien de contrôle et de prévention des maladies.

« Notre expérience avec le MERS-CoV a été douloureuse et particulière dans notre région, et entre 2013 et 2015, les autorités sanitaires ont compris l'ampleur de la prévention de la maladie, des confinements, de la fermeture des marchés et de certaines activités commerciales liées aux chameaux », a déclaré Albali.

« Nous comprenons donc l'efficacité d'une intervention précoce en matière de lutte contre les maladies. Nous avons développé ce type de capacité et le sens de l'urgence au sein du système de santé mondial. »

Réitérant l'importance de la détection précoce et de la documentation des cas, Al-Angari a déclaré : « Les systèmes de santé mondiaux se sont développés de manière accrue après la récente pandémie en matière de collecte de données, de surveillance et de systèmes de suivi. 

« Dans ce contexte, la recherche des contacts est indispensable pour empêcher l'introduction prochaine du virus dans de nouvelles populations. »

« Bien que cela ne soit peut-être pas nécessaire maintenant, l'utilisation de systèmes tels que l'application Tawakkalna pourrait être envisagée à un moment donné. »

L'Autorité saoudienne des données et de l'intelligence artificielle a développé Tawakkalna pour soutenir les efforts du gouvernement face au Covid-19 en gérant le processus d'octroi des autorisations de sortie du domicile pendant la phase de confinement, ce qui a contribué à limiter la propagation du virus. 

En juin, l'application a reçu le prix du service public 2022 des Nations unies pour sa résilience institutionnelle et ses réponses innovantes à la pandémie.

az
Le Royaume comprend l'efficacité de l'intervention précoce en matière de contrôle des maladies, selon le Dr Abdulaziz Al-Angari, professeur adjoint d'épidémiologie à la KSAU-HS (Photo, Fournie).

La demande de voyages ayant explosé après l'assouplissement des restrictions liées au Covid-19, Al-Angari a souligné l'importance de surveiller les points d'entrée. 

« Comme le virus (de la variole du singe) se transmet d'homme à homme, toutes les dispositions nécessaires doivent être mises en œuvre », a-t-il déclaré.

« L'activation des caméras thermiques est nécessaire à tout moment, non seulement pour cette maladie mais pour toutes celles à venir, et le dépistage sanitaire aléatoire des personnes qui sont en contact avec les animaux sur une base régulière est important pour prévenir les zoonoses. »

Tout comme aux premiers jours du Covid-19, les caméras infrarouges placées dans les halls d'arrivée des aéroports font partie intégrante du processus de surveillance syndromique - un processus de collecte, d'analyse et d'interprétation des données relatives à la santé afin de lancer une alerte rapide en cas de menaces sanitaires.

« Dès qu'une caméra détecte l'un des symptômes de la maladie (comme une température corporelle élevée), le cas est isolé à l'aéroport, et dans le cadre des mesures préventives de l'Arabie saoudite, d'autres personnes qui auraient pu être exposées au cas doivent également être testées », a déclaré Albali.

« C'est ainsi que les cas ont été détectés, et une enquête a été lancée par la suite, sans qu'aucun autre cas ne soit recensé à ce jour. »

Au-delà de la surveillance, selon Albali, les autorités sanitaires doivent fournir des informations et des directives suffisantes aux voyageurs qui se rendent dans des pays considérés comme des points chauds pour la variole du singe.

« La principale leçon tirée de la pandémie de Covid-19 est une sensibilisation pointue de la communauté au virus et aux moyens de se protéger », a-t-il poursuivi.

« La même règle s'applique maintenant à l'épidémie actuelle, même si elle pointe tout juste le bout du nez sur nos côtes en Arabie saoudite, et avec la stratégie de communication transparente des autorités sanitaires, le niveau de sensibilisation continuera à augmenter et à protéger davantage la communauté contre de futures épidémies. » 

Une campagne de vaccination contre la variole du singe a été lancée aux États-Unis, au Royaume-Uni, au Danemark, en Espagne, en Allemagne, en France et au Canada, entre autres.

Cependant, il est peu probable que le vaccin soit distribué en Arabie saoudite, à moins qu'il ne soit nécessaire de protéger les plus vulnérables, comme les enfants, les personnes âgées et les personnes immunodéprimées. 

« Les vaccins peuvent être administrés », a précisé Al-Angari. « Cependant, je n’en vois pas l’urgence puisque ce n'est pas une menace actuelle, du moins pas dans cette région. »

Ce texte est la traduction d'un article paru sur Arabnews.com

 


Iran: le bilan des morts s'alourdit, le pouvoir appelle à des contre-manifestations

Le président Massoud Pezeshkian a exhorté la population à participer lundi à une "marche de résistance" dans tout le pays, pour dénoncer les violences commises, selon lui, par des "criminels terroristes urbains". (AFP)
Le président Massoud Pezeshkian a exhorté la population à participer lundi à une "marche de résistance" dans tout le pays, pour dénoncer les violences commises, selon lui, par des "criminels terroristes urbains". (AFP)
Short Url
  • "Des informations non vérifiées indiquent qu'au moins plusieurs centaines, voire plus de 2.000 personnes selon certaines sources, auraient été tuées", a-t-elle souligné, dénonçant un "massacre" et un "crime (...) majeur contre le peuple iranien"
  • D'une ampleur inédite depuis trois ans, le mouvement pose à la République islamique, proclamée en 1979, l'un de ses plus grands défis

PARIS: Le pouvoir iranien a perpétré un "massacre", selon un groupe de défense des droits humains, pour réprimer le mouvement de contestation dans le pays, où les autorités ont appelé à des manifestations lundi en soutien à la République islamique.

L'ONG Iran Human Rights (IHR), basée en Norvège, a déclaré dimanche avoir confirmé la mort d'au moins 192 manifestants, mais averti que le nombre réel de victimes pourrait être beaucoup plus élevé.

"Des informations non vérifiées indiquent qu'au moins plusieurs centaines, voire plus de 2.000 personnes selon certaines sources, auraient été tuées", a-t-elle souligné, dénonçant un "massacre" et un "crime (...) majeur contre le peuple iranien".

D'une ampleur inédite depuis trois ans, le mouvement pose à la République islamique, proclamée en 1979, l'un de ses plus grands défis.

Déclenché à Téhéran le 28 décembre par des commerçants protestant contre la cherté de la vie, il a gagné de nombreuses autres villes. Les autorités ont imposé une coupure d'internet, désormais en vigueur depuis plus de 72 heures, selon l'ONG de surveillance de la cybersécurité Netblocks.

Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres, a appelé les autorités à "la plus grande retenue" dans l'usage de la force et à rétablir les communications.

L'IHR a aussi estimé à plus de 2.600 les manifestants arrêtés.

Le pouvoir judiciaire a réitéré que les mis en cause seraient traités "avec fermeté", après que le chef de la police a fait état "d'importantes arrestations".

"Deuil national" 

En fin de journée, le gouvernement a décrété trois jours de deuil national pour les "martyrs de la résistance", en référence notamment aux membres des forces de sécurité tués.

Si les autorités disent comprendre les revendications économiques des manifestants, elles fustigent désormais de plus en plus des "émeutiers" instrumentalisés selon elles par l'étranger, les Etats-Unis et Israël en tête.

Le président Massoud Pezeshkian a exhorté la population à participer lundi à une "marche de résistance" dans tout le pays, pour dénoncer les violences commises, selon lui, par des "criminels terroristes urbains".

La télévision d'Etat a diffusé des images de bâtiments en feu, dont une mosquée, ainsi que de cortèges funéraires d'agents des forces de l'ordre.

Dimanche, une vidéo largement partagée montrait de nouveau des manifestants se rassemblant dans le quartier de Pounak, à Téhéran, en scandant des slogans en faveur de la monarchie déchue.

La télévision d'Etat s'est efforcée de montrer une forme de retour au calme, diffusant des images d'une circulation fluide. Le gouverneur de Téhéran, Mohammad-Sadegh Motamedian, a affirmé à la télévision que "le nombre de manifestations (était) en baisse".

Très présent sur les réseaux sociaux, Reza Pahlavi, fils en exil du chah renversé en 1979, a de son côté appelé à de nouvelles actions, se disant prêt à retourner dans son pays et mener une transition démocratique.

Hôpitaux "débordés" 

Des images publiées sur les réseaux sociaux  - probablement par des moyens satellitaires - ont montré de grandes foules défilant dans la nuit de samedi à dimanche dans plusieurs villes iraniennes, notamment la capitale Téhéran et Machhad, dans l'est du pays.

Dans une autre vidéo authentifiée par l'AFP, on voit des dizaines de corps enveloppés dans des sacs noirs devant une morgue de Téhéran, et ce qui semble être des Iraniens à la recherche de leurs proches disparus.

Le Centre pour les droits de l'homme en Iran (CHRI), dont le siège est à New York, a affirmé que les hôpitaux étaient "débordés" par l'afflux de manifestants blessés, et que les réserves de sang diminuent.

A Téhéran, un journaliste de l'AFP décrit une quasi-paralysie de la vie quotidienne, avec beaucoup de boutiques qui ont baissé le rideau.

Les écoles sont fermées et l'enseignement se fait désormais à distance mais sans internet, il est impossible de se connecter. De même, si de nombreux Iraniens se rendent encore au bureau, l'absence de réseau rend toute activité difficile.

Des manifestations de solidarité ont rassemblé des milliers de personnes dimanche à Paris, Londres ou Vienne, tandis qu'à Istanbul, la police turque a bloqué les manifestants devant le consulat iranien.

"Vivant ou non" 

"Nous ne savons rien de nos proches actuellement en Iran", a déploré dans la foule londonienne Fahimeh Moradi, 52 ans. "Mon fils est là-bas, et je ne sais pas s'il est vivant ou non".

Le président américain Donald Trump a répété samedi que Washington se tenait "prêt à aider" les manifestants "aspirant à la liberté".

En cas de frappes américaines, l'Iran ripostera en ciblant des sites militaires et le transport maritime des Etats-Unis, a averti le président du Parlement Mohammad Bagher Ghalibaf.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a lui dit espérer que Téhéran "serait bientôt délivré du joug de la tyrannie", tandis qu'un haut responsable militaire affirmait que l'armée serait "en mesure de répondre avec force si nécessaire".

La mobilisation survient dans un pays affaibli par une guerre avec Israël en juin et les coups portés à plusieurs de ses alliés régionaux, ainsi que par les sanctions liées à son programme nucléaire rétablies en septembre par l'ONU.


Soudan: chassé par la guerre, le gouvernement annonce son retour à Khartoum

Le gouvernement, allié à l'armée, ainsi que des agences de l'ONU avaient également quitté la capitale pour se replier à Port-Soudan, devenue alors capitale provisoire. (AFP)
Le gouvernement, allié à l'armée, ainsi que des agences de l'ONU avaient également quitté la capitale pour se replier à Port-Soudan, devenue alors capitale provisoire. (AFP)
Short Url
  • "Nous sommes de retour aujourd'hui (...) le gouvernement de l'espoir revient dans la capitale nationale", a déclaré Kamel Idris aux journalistes à Khartoum, promettant de "meilleurs services" pour les habitants
  • Plus de 3,7 millions de personnes avaient fui la capitale dès les premiers mois du conflit, déclenché en avril 2023, lorsque les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) s'en étaient emparés

KHARTOUM: Le Premier ministre soudanais a annoncé dimanche le retour dans la capitale Khartoum du gouvernement qui en avait été chassé en 2023 par la guerre et avait été transféré à Port-Soudan, dans l'est du pays.

"Nous sommes de retour aujourd'hui (...) le gouvernement de l'espoir revient dans la capitale nationale", a déclaré Kamel Idris aux journalistes à Khartoum, promettant de "meilleurs services" pour les habitants.

Plus de 3,7 millions de personnes avaient fui la capitale dès les premiers mois du conflit, déclenché en avril 2023, lorsque les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) s'en étaient emparés.

Le gouvernement, allié à l'armée, ainsi que des agences de l'ONU avaient également quitté la capitale pour se replier à Port-Soudan, devenue alors capitale provisoire.

Reprise en mars 2024 par l'armée, Khartoum a depuis enregistré le retour de plus d'un  million de personnes, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM).

Mais après plus de 1.000 jours de guerre, les services de base de la capitale -- hôpitaux, aéroports, centrales électriques-- restent dévastés.

L'ONU estime à environ 350 millions de dollars le coût de la réhabilitation des infrastructures.

Dans son discours dimanche, M. Idris a promis de reconstruire les hôpitaux, d'améliorer les services éducatifs, d'électricité, d'eau et d'assainissement.

Lors d'une visite à Khartoum en juillet dernier, la première depuis sa prise de fonction en mai, il avait déjà affirmé que "Khartoum redeviendra une capitale nationale fière".

Depuis, les autorités ont commencé à reconstruire certains quartiers, même si les FSR ont mené à plusieurs reprises des frappes de drones, notamment contre des infrastructures.

Fin octobre, les paramilitaires qui avaient redirigé leurs offensives vers l'ouest du pays après la perte de la capitale, s'étaient emparés d'El-Facher, la dernière des cinq capitales de la vaste région du Darfour qui était encore contrôlée par l'armée.

Depuis, les FSR se concentrent sur la région voisine du Kordofan, terre pétrolifère située sur l'axe entre le Darfour et Khartoum.

La guerre a tué plusieurs dizaines de milliers de personnes et déraciné plus de 11 millions d'autres, tant à l'intérieur du territoire qu'au-delà de ses frontières.


Syrie: les forces kurdes quittent Alep après des jours de combats meurtriers

Les affrontements, les plus violents à Alep depuis la chute de Bachar al-Assad en décembre 2024, ont fait au moins 21 morts parmi les civils depuis mardi, et provoqué le déplacement d'environ 155.000 personnes, selon les données officielles. (AFP)
Les affrontements, les plus violents à Alep depuis la chute de Bachar al-Assad en décembre 2024, ont fait au moins 21 morts parmi les civils depuis mardi, et provoqué le déplacement d'environ 155.000 personnes, selon les données officielles. (AFP)
Short Url
  • L'agence officielle syrienne Sana a confirmé que "les bus transportant le dernier groupe de membres des FDS ont quitté le quartier de Cheikh Maqsoud à Alep, en direction du nord-est"
  • Après avoir pris le contrôle d'Achrafieh, l'armée syrienne avait déjà annoncé samedi la fin de ses opérations à Cheikh Maqsoud et le départ des combattants kurdes vers le nord. Mais les forces kurdes avaient démenti ces affirmations

ALEP: Les forces kurdes en Syrie ont annoncé dimanche l'évacuation de leurs combattants des deux quartiers où ils étaient retranchés à Alep, après plusieurs jours de combats meurtriers contre les forces gouvernementales.

"Nous sommes parvenus à un accord qui a conduit à un cessez-le-feu et permis l'évacuation des martyrs, des blessés, des civils pris au piège et des combattants des quartiers d'Achrafieh et de Cheikh Maqsoud vers le nord et l'est de la Syrie", ont écrit les Forces démocratiques kurdes (FDS) dans un communiqué.

L'agence officielle syrienne Sana a confirmé que "les bus transportant le dernier groupe de membres des FDS ont quitté le quartier de Cheikh Maqsoud à Alep, en direction du nord-est".

Après avoir pris le contrôle d'Achrafieh, l'armée syrienne avait déjà annoncé samedi la fin de ses opérations à Cheikh Maqsoud et le départ des combattants kurdes vers le nord. Mais les forces kurdes avaient démenti ces affirmations.

Les affrontements, les plus violents à Alep depuis la chute de Bachar al-Assad en décembre 2024, ont fait au moins 21 morts parmi les civils depuis mardi, et provoqué le déplacement d'environ 155.000 personnes, selon les données officielles.

Accusations mutuelles 

Les deux camps s'accusent mutuellement d'en être à l'origine.

Ces combats ont fragilisé encore plus un accord conclu en mars entre les deux parties pour intégrer les institutions civiles et militaires de l'administration autonome kurde au sein de l'Etat syrien, qui n'a pas encore été appliqué.

L'évacuation des combattants a été obtenue "grâce à la médiation des parties internationales pour mettre fin aux attaques et aux violations commises contre notre peuple à Alep", a affirmé le FDS, après avoir au contraire dénoncé quelques heures plus tôt des déplacements forcés et des enlèvements de civils.

Depuis Damas, l'émissaire américain Tom Barrack avait lancé samedi un appel à la "retenue" et à la fin des hostilités, après avoir rencontré le président Ahmad al-Chareh dont le gouvernement se dit déterminé à asseoir son autorité sur Alep, la deuxième ville du pays.

Un correspondant de l'AFP posté samedi à l'entrée du quartier Cheikh Maqsoud a vu au moins cinq autocars transporter des hommes, escortés par les forces de sécurité.

Prises au piège pendant des jours, des familles hagardes ont enfin pu quitter le lieu des combats.

Des hommes portent leurs enfants sur le dos, des femmes et des enfants pleurent. "Papa, papa", répète une petite fille cherchant son père.

Mais plusieurs dizaines de jeunes gens sont mis à l'écart par les forces de sécurité, qui les forcent à s'asseoir par terre, tête baissée, sous leur garde, avant de les embarquer dans des cars.

Les FDS, qui ont été le fer de lance de la lutte contre les jihadistes du groupe Etat islamique en Syrie, sont soutenues par Washington qui appuie également Ahmad al-Chareh.

Les combats ont fait craindre une escalade régionale, la Turquie voisine se disant prête à intervenir aux côtés des autorités syriennes et Israël prenant la défense des Kurdes.

Depuis la chute de Bachar al-Assad, le pouvoir islamiste s'est engagé à protéger les minorités. Mais les combats d'Alep sont le troisième épisode de violences avec des minorités, après des massacres d'alaouites sur la côte en mars et des combats avec les druzes dans le sud en juillet.

Les Kurdes, qui ont tiré profit du chaos de la guerre civile (2011-2024) pour s'emparer de vastes territoires du nord et du nord-est de la Syrie, y compris des champs pétroliers et gaziers, réclament notamment un système de gouvernance décentralisé, ce que rejette Damas.