«Tirer vers le haut»: quand la politique phare de Boris Johnson déraille

Boris Johnson quitte le 10 Downing Street à Londres, le mercredi 6 juillet 2022 (Photo, AP).
Boris Johnson quitte le 10 Downing Street à Londres, le mercredi 6 juillet 2022 (Photo, AP).
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Publié le Dimanche 10 juillet 2022

«Tirer vers le haut»: quand la politique phare de Boris Johnson déraille

  • Lorsque le Premier ministre Boris Johnson a remporté une victoire écrasante aux élections de 2019 en promettant de «tirer vers le haut» des villes comme Bradford, cela a donné de l'espoir aux élus locaux
  • Mais depuis son élection, il y a eu peu de progrès tangibles, voire même une dégradation de la situation, accusent ses opposants

BRADFORD, Royaume-Uni : Toutes les 10 à 20 minutes, un train arrive à la gare de Bradford. Le conducteur en sort, marche jusqu'en queue de train puis reprend le trajet.

Une routine fastidieuse mais nécessaire car on ne peut pas traverser en train Bradford, même si la ville du West Yorkshire -- la sixième plus grande d'Angleterre -- n'est pas en bout de ligne.

Depuis des décennies, les élus locaux réclament une solution et lorsque le Premier ministre Boris Johnson a remporté une victoire écrasante aux élections de 2019 en promettant de «tirer vers le haut» des villes comme Bradford, cela leur a donné de l'espoir. Ce programme, au cœur des succès électoraux du dirigeant dans les classes populaires, visait justement par ce genre de mesures à améliorer le quotidien de régions qui se sentent délaissées.

Mais quand deux ans plus tard, son gouvernement a finalement annoncé un plan de modernisation ferroviaire, ce fut la déception : le projet de gare était passé à la trappe.

Cette décision a provoqué la colère dans cette ville de 535.000 habitants, s'ajoutant aux déceptions suscités par un Premier ministre longtemps apprécié des classes populaires et désormais affaibli par les scandales.

«J'ai été vraiment déçue et dégoûtée», a témoigné Mandy Ridyard, directrice financière de Produmax, une société d'ingénierie aérospatiale basée à Bradford, soucieuse que la ville soit mieux connectée pour attirer une main-d'œuvre innovante.

«Nous essayons de rattraper notre retard. Donc ne pas investir (...) c'est vraiment de la folie parce qu'il y a de telles opportunités», a-t-elle déclaré.

- Promesse électorale -

Si au niveau international, Boris Johnson est surtout connu pour le Brexit, au niveau national, il a placé la lutte contre les disparités régionales au cœur de son programme politique.

En 2019, cette promesse a aidé le conservateur à arracher des dizaines de circonscriptions au parti travailliste dans des régions défavorisées du centre et du nord de l'Angleterre.

Mais depuis son élection, il y a eu peu de progrès tangibles, voire même une dégradation de la situation, accusent ses opposants.

Et malgré des démonstrations occasionnelles d'unité nationale telles que les récentes célébrations du jubilé de platine d'Elizabeth II, le Royaume-Uni est plus divisé que jamais, entre les désirs d'indépendance de l'Ecosse et la poussée des partis républicains favorables à la réunification en Irlande du Nord.

«Tirer vers le haut», analyse Mike Cartwright, de la chambre de commerce du West Yorkshire «C'était un slogan merveilleux (...) et ils s'en sont tirés pendant longtemps, sans expliquer ce que cela signifie et comment on met ça en oeuvre».

- «Oubliés» -

Avec ce programme, Bradford et des villes des environs ont reçu des financements supplémentaires, et la région a été désignée «zone d'investissement dans l'éducation».

La région du West Yorkshire devrait aussi bénéficier de nouvelles compétences décentralisées.

Mais alors qu'à Londres, une nouvelle ligne a récemment ouvert après avoir coûté environ 19 milliards de livres (22,5 milliards d'euros), la colère des habitants de Bradford contre le projet de gare avorté ne retombe pas.

D'autant que cette décision va à l'encontre d'une étude réalisée par le cabinet de conseil «People, Places, Policy and Data Unit» qui a révélé que parmi les 20 plus grandes villes britanniques, Bradford souffrait des pires connexions.

«C'était un peu comme si nous avions de nouveau été oubliés», a déclaré Josie Barlow, responsable d'une banque alimentaire qui a bénéficié d'une subvention pour aider à acheter un bâtiment.

Elle a ajouté qu'ils étaient «vraiment reconnaissants» pour cette manne de 225.000 livres mais a souligné l'importance d'investir dans les infrastructures.

Autrefois capitale de la laine, Bradford est maintenant classé cinquième zone la plus défavorisée et sixième en terme de taux de chômage à l'échelle nationale, selon l'indice de pauvreté du gouvernement en 2019.

«Des investissements, des grandes entreprises où beaucoup de gens sont employés, c'est ce dont nous avons besoin» défend Josie Barlow.

À Redcar, à une centaine de kilomètres au nord-est de Bradford, le programme dédié du gouvernement pour «tirer vers le haut» certaines régions a aidé à rénover un ensemble de logements dégradé et en proie à la criminalité.

Ce n'est «qu'un exemple de là où cela a fait une différence», assure Clare Harrigan, directrice du développement de Beyond Housing, qui loue de nombreux logement à loyers modérés.

«Nous vivions dans la misère jusqu'à ce que tout cela commence» raconte Sandra Cottrell, une habitante de 64 ans.

Pour autant, elle est sceptique quant aux ambitions de Boris Johnson, qui suscite beaucoup de défiance. «Je ne crois pas ce qu'il raconte».

«Levelling up» britannique: de quoi s'agit-il ?

Victorieux lors de élections de fin 2019, le Premier ministre britannique Boris Johnson avait promis de «niveler et d'unir le pays». Mais ses opposants critiquent un slogan vague sans stratégie cohérente pour remplir les objectifs affichés.

- Qu'est-ce que le «levelling up»? -

L'objectif affiché consiste à s'attaquer au déficit dont souffrent certaines régions frappées depuis des décennies par un déclin économique en stimulant création d'emploi, formation et productivité.

Il nécessite investissements et politiques dans des domaines allant du transport à la décentralisation, et fixe des objectifs à atteindre d'ici à 2030.

Mais le gouvernement conservateur insiste: il ne s'agit pas d'une redistribution de richesses. «Nous ne pensons pas qu'on peut rendre les régions pauvres du pays en rendant les régions riches plus pauvres», a déclaré Boris Johnson l'année dernière.

- Quand cela a-t-il commencé ? -

Les références remontent à des décennies, mais Boris Johnson a déployé le slogan - aux côtés de sa promesse de «réaliser le Brexit» pendant la campagne électorale de 2019.

Tous deux faisaient partie de son programme, représentant un appel aux électeurs traditionnels de l’opposition travailliste dans le centre et le nord de l'Angleterre.

- Pourquoi est-ce nécessaire? -

Le Royaume-Uni présente parmi les disparités régionales les plus criantes chez les pays développés, selon de nombreux organismes comme l'Institute for Fiscal Studies.

Londres et le sud-ouest de l'Angleterre surpassent le reste du pays dans tous les domaines, productivité, emploi, richesse relative.

Cette tendance vieille de plusieurs décennies a été en partie alimentée par des dépenses publiques plus élevées dans ces régions dans la recherche et l'innovation, un facteur clé pour la productivité, ainsi que des investissements plus importants dans l'éducation.

- Quelles sont les régions ciblées ? -

Le calendrier du gouvernement est si large que le tant attendu document d'orientation publié en février comportait des sections pour que toutes les régions reçoivent financements et projets, y compris à Londres et le Sud-Ouest.

Mais intrinsèquement, cette politique cible les villes laissées pour compte, en particulier dans les anciennes régions industrielles du centre et du nord de l'Angleterre et les régions côtières déshéritées.

- Qu'est-ce qui est inclus ? -

Le document de plus de 300 pages comporte 12 «missions» à accomplir d'ici à 2030 dans tous les domaines, de la délinquance en passant par la santé ou le logement.

Le programme prévoit un éventail de réformes à court et long terme et des promesses de financement.

Le gouvernement a annoncé pour ce faire des milliards de livres sterling d'investissements, dont 2,4 milliards de «fonds villes» et 2,6 milliards de «fonds de prospérité partagée» pour compenser les précédents fonds régionaux européens, et 4,8 milliards de «fonds nivellement».

D'autres initiatives comprennent la relocalisation d'emplois dans l'administration de Londres et du Sud-Ouest, la création de 10 ports francs, et encourager la décentralisation.

Le ministre des Finances Rishi Sunak a également modifié la manière dont les subventions pour l'investissement sont calculées afin que les projets ayant un important impact régional soient prioritaires.

- Où en est-on ? -

Les promesses de Boris Johnson sur le sujet ont subi un feu constant de critiques, lui reprochant de n'être qu'un slogan transformé en politique aux ambitions irréalistes, trop large et gravement sous-financée.

Cercles de réflexion, universitaires et autres se sont tous penchés sur les progrès du gouvernement ces derniers mois, les jugeant insuffisants.

L'Institute for Government a estimé que la douzaine de missions «ne réduira pas les inégalités régionales», tandis qu'une analyse de Bloomberg a conclu qu'elles s'élargissaient en réalité sous Boris Johnson.

Ses détracteurs affirment que le dirigeant conservateur, qui a survécu récemment à un vote de défiance, a été détourné par une série de scandales. Ses défenseurs mettent en avant la pandémie et la crise du coût de la vie, et avertissent que de nouveaux investissements mettront du temps à porter leurs fruits.

Mais récemment, une commission parlementaire a critiqué à son tour le modèle de financement pour distribuer les fonds, accusant le gouvernement de «jouer» des milliards de livres.

Villes «oubliées» dans le Nord de l'Angleterre, les habitants témoignent

A Redcar, dans le Nord-Est de l'Angleterre, les signes de la prospérité industrielle d'antan sont omniprésents. Triste souvenir d'une époque révolue pour des habitants nostalgiques et qui se sentent délaissés par Londres.

Les aciéries de Teesside -- qui furent un temps les plus importantes du Royaume-Uni -- dominent le paysage à des kilomètres à la ronde et rappellent l'époque où l'acier de la ville était utilisé dans le monde entier, y compris pour construire le célèbre Harbour Bridge de Sydney.

«Quand les aciéries ont fermé, ça a juste été horrible», se souvient Sandra Cottrell, 64 ans.

Cette mère de quatre enfants a vu l'industrie s'effondrer petit à petit ces deux dernières décennies. «Mon fils et tout le monde travaillait là bas (...) Il n'avait toujours connu que les aciéries et il a ensuite dû aller travailler à Manchester», raconte-t-elle à l'AFP.

Alors ici, les habitants ne croient pas vraiment dans le grand projet de «Levelling Up» (nivellement par le haut) des régions post-industrielles défavorisées du pays, projet phare du premier ministre Boris Johnson.

M. Johnson avait fait du rééquilibrage régional l'une des ses grandes promesses de campagne pro-Brexit et a annoncé des objectifs à l'horizon 2030 en termes de hausse des salaires, d'amélioration des transports, d'accès à internet ou encore de hausse du niveau scolaire ou de baisse de l'insécurité.

- Disparition de l'aciérie -

«Honnêtement, je ne sais pas» quoi en attendre, confie Mme Cottrell alors que dans le centre-ville de Redcar, de nombreuses boutiques ont fermé ou ont été remplacées par des enseignes à bas prix.

Des signes timides de renouveau sont tout de même observables. Des travaux de régénération de la ville -qui avait acquis une réputation locale de criminalité, de pauvreté et de négligence- progressent, financés en partie par le programme de «Levelling Up».

«C'est ce dont on a besoin par ici. J'ai juste l'impression qu'on a été laissés un peu de côté, mais ils se rendent compte qu'on est là maintenant», affirme Cath Smith, une voisine de 60 ans.

Elle aussi se souvient avec nostalgie des années 1970, quand «tout le monde travaillait» dans la région. A l'époque, son père et la plupart des hommes sont embauchés à l'aciérie, alors propriété de l'État.

Mais après la privatisation en 1988, elle observe impuissante la disparition de l'industrie et accuse les gouvernements successifs de ne pas avoir soutenu les milliers de travailleurs ayant perdu leur emploi.

«Ils s'en fichaient», affirme Mme Smith. «C'est comme si nous n'existions pas.»

- «Oubliés» -

A Bradford, à une centaine de kilomètres plus au sud-ouest, c'est la laine et non l'acier qui avait rendu la ville prospère. Mais la nostalgie des habitants est la même qu'à Redcar.

«Quand j'étais petite, c'était juste fantastique», raconte Judith Holmes, 69 ans.

«Le commerce, la laine (...) Tous les magasins étaient ouverts. On prospérait, c'était vibrant, c'était fabuleux», se souvient-elle.

Bradford, sixième plus grande ville d'Angleterre avec une population parmi les plus jeunes d'Europe, connaît aussi le chômage et la pauvreté.

«Je suis convaincue que Bradford a été oubliée, c'est certain», affirme Mme Holmes en écho aux habitantes de Redcar.

«On nous a fait beaucoup de promesses mais ça ne s'est jamais concrétisé», martèle-t-elle. «Ca va prendre du temps de faire revenir (cette prospérité). Je pense que c'est possible, mais ils (les autorités) doivent s'y mettre dès maintenant plutôt que de dire +peut-être+ en distribuant des fonds ici et là.»

Cette ancienne employée de la Poste fait des ménages dans des bureaux deux fois par semaine pour joindre les deux bouts.

Comme à Redcar, elle est sceptique sur l'ambition du Premier ministre de corriger les grandes inégalités territoriales. «J'y croirai quand je le verrai», assure-t-elle.

«Je ne le verrai surement pas à mon âge mais j'espère que ça arrivera pour les autres, pour mes petits-enfants. J'espère qu'ils auront un futur plus réjouissant.»

Selon elle, le Premier ministre est déconnecté des réalités et «devrait venir ici passer quelques jours et galérer comme beaucoup de gens».

«Je n'ai rien contre Boris Johnson mais personnellement, je ne pense pas qu'il comprenne.»

 

 


Iran: Washington évoque un long blocus, le pétrole flambe

L'amiral Brad Cooper, commandant du CENTCOM américain, s'exprime lors d'une conférence de presse au Pentagone, à Washington, le 16 avril 2026. (ARCHIVES/AFP)
L'amiral Brad Cooper, commandant du CENTCOM américain, s'exprime lors d'une conférence de presse au Pentagone, à Washington, le 16 avril 2026. (ARCHIVES/AFP)
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  • Figé depuis le cessez-le-feu du 8 avril, le conflit pourrait s'éterniser, les Américains semblant se préparer à un long blocus des ports iraniens, en réponse au blocage par l'Iran du détroit d'Ormuz
  • "Le blocus est un peu plus efficace que les bombardements", a commenté Donald Trump lui-même dans un entretien avec le site américain Axios

WASHINGTON: Les Etats-Unis ont évoqué mercredi la perspective d'un long blocus des ports iraniens, qui prolongerait d'autant la pression sur l'économie mondiale, avec un impact immédiat sur les cours du pétrole, qui ont flambé à leur plus haut niveau depuis quatre ans.

Le conflit, déclenché le 28 février par une attaque israélo-américaine contre Téhéran, a fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban, et ses répercussions continuent de secouer l'économie mondiale.

Figé depuis le cessez-le-feu du 8 avril, le conflit pourrait s'éterniser, les Américains semblant se préparer à un long blocus des ports iraniens, en réponse au blocage par l'Iran du détroit d'Ormuz, par lequel transite d'ordinaire un cinquième des hydrocarbures consommés dans le monde.

Lors d'une réunion mardi à la Maison Blanche avec des dirigeants du secteur pétrolier, les participants ont évoqué "les mesures prises par le président Trump pour soulager les marchés internationaux du pétrole et les mesures que nous pourrions prendre pour poursuivre le blocus actuel pendant des mois si nécessaire et minimiser son impact sur les consommateurs américains", a rapporté mercredi un haut responsable de l'administration.

"Le blocus est un peu plus efficace que les bombardements", a commenté Donald Trump lui-même dans un entretien avec le site américain Axios.

Au total, 42 bateaux ont été interceptés à ce jour alors qu'ils tentaient de "violer le blocus" et 41 tankers ne peuvent pas quitter l'Iran, a affirmé l'amiral Brad Cooper, commandant américain pour le Moyen-Orient, soulignant que le blocus est "hautement efficace".

"Impasse prolongée" 

Alors que les perspectives de tractations avec l'Iran sont au point mort, les cours du pétrole ont réagi au quart de tour, le baril de Brent de la mer du Nord grimpant en séance à plus de 119 dollars, au plus haut depuis 2022 et l'invasion de l'Ukraine par la Russie.

Les analystes redoutent en réaction une poursuite durable du verrouillage du détroit par Téhéran. "Cela suggère une impasse prolongée: les combats sont largement arrêtés, mais aucune solution durable n'émerge", expliquent les experts du cabinet DNB.

Téhéran a accusé Washington de vouloir l'effondrement de la République islamique.

Les Etats-Unis veulent "activer la pression économique et les divisions internes (...) pour nous affaiblir ou même nous faire nous effondrer de l'intérieur", a réagi le puissant président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf.

Et lors d'un coup de fil, le président russe Vladimir Poutine a mis en garde Donald Trump contre les "conséquences dommageables" qu'aurait une nouvelle action militaire contre l'Iran, "non seulement pour l'Iran et ses voisins, mais aussi pour l'ensemble de la communauté internationale".

"Bourbier" 

Alors que ne se dessine aucune issue au conflit, le ministre américain de la Défense a eu droit à une volée de bois vert lors de sa première audition à la Chambre des représentants depuis le début du conflit.

"Catastrophe géopolitique", "désastre stratégique", "incompétence", "blessure auto-infligée", "bourbier" et autres mensonges... les députés américains n'ont pas ménagé Pete Hegseth.

Le chef du Pentagone a révélé que la guerre en Iran avait coûté 25 milliards de dollars jusqu'à présent, la justifiant par une question: "Quel est le prix à payer pour faire en sorte que l'Iran ne se dote jamais de l'arme nucléaire?"

Les conséquences économiques du conflit se font particulièrement sentir en Iran, où la monnaie nationale, le rial, a atteint son plus bas face au dollar depuis l'avènement de la République islamique en 1979.

Dans la capitale, certains affichent leur fatalisme.

"L'idée de revivre la guerre est terrifiante, mais nous n'avons pas non plus d'espoir quant à l'issue des négociations", confie Ali, architecte de 52 ans, joint par une journaliste de l'AFP à Paris.

Si la trêve a été prolongée sine die, les deux camps n'arrivent toujours pas à s'entendre pour reprendre leurs négociations, après une première session infructueuse le 11 avril au Pakistan.

Les Iraniens "ont intérêt à devenir intelligents, et vite!", a menacé Donald Trump sur son réseau Truth Social.

Le milliardaire républicain a par ailleurs dit envisager une réduction des forces armées américaines stationnées en Allemagne, une annonce qui survient après des échanges acerbes avec le chancelier allemand Friedrich Merz autour de l'Iran.

"Une décision sera prise très prochainement", a averti le président américain après que M. Merz a asséné que "les Américains (n'avaient) visiblement aucune stratégie" en Iran. En réaction, Donald Trump avait accusé mardi le chancelier de "ne pas savoir de quoi il parlait".

Deux morts au Liban 

Sur le front libanais, où Israël combat le mouvement pro-iranien Hezbollah, deux personnes, dont un militaire, ont été tuées dans une nouvelle frappe israélienne dans le sud du pays, selon l'armée libanaise. La veille, des bombardements israéliens avaient fait 19 morts, dont trois secouristes en mission.

Le président Joseph Aoun a appelé Israël à "pleinement mettre en oeuvre" le cessez-le-feu du 17 avril, avant toute négociation directe de paix entre les deux pays, dont il a dit attendre que les Etats-Unis fixent une date.

Dans un Liban plongé depuis des années dans une grave crise économique, le Programme alimentaire mondial (PAM) a averti que 1,2 million de personnes (sur 4 à 5 millions d'habitants) étaient menacées d'insécurité alimentaire aiguë.


L'armée américaine arraisonne un bateau suspecté de se diriger vers un port iranien

Le M/V Blue Star III a été libéré par les forces américaines "après qu'elles ont procédé à une fouille et confirmé que l'itinéraire du bateau ne prévoyait pas d'escale dans un port iranien". (AFP)
Le M/V Blue Star III a été libéré par les forces américaines "après qu'elles ont procédé à une fouille et confirmé que l'itinéraire du bateau ne prévoyait pas d'escale dans un port iranien". (AFP)
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  • L'Iran a bloqué le détroit d'Ormuz, voie maritime stratégique du commerce international, depuis le début de la guerre avec les Etats-Unis et Israël le 28 février, fragilisant les marchés mondiaux de l’énergie et plaçant le détroit au cœur des négociations
  • En réponse, les Etats-Unis ont annoncé imposer un blocus des ports iraniens à partir du 13 avril

WASHINGTON: L'armée américaine a annoncé mardi avoir arraisonné un navire marchand dans la mer d'Arabie, soupçonné d'avoir tenté de violer le blocus américain des ports iraniens.

Le M/V Blue Star III a été libéré par les forces américaines "après qu'elles ont procédé à une fouille et confirmé que l'itinéraire du bateau ne prévoyait pas d'escale dans un port iranien", a affirmé le commandement militaire américain pour le Moyen-Orient (Centcom) sur X.

"A ce jour, 39 navires ont été redirigés afin de garantir le respect" du blocus, a-t-il ajouté.

La publication comprenait également une vidéo montrant un hélicoptère au-dessus du navire alors que les Marines américains descendaient en rappel sur des conteneurs empilés sur le bateau.

L'Iran a bloqué le détroit d'Ormuz, voie maritime stratégique du commerce international, depuis le début de la guerre avec les Etats-Unis et Israël le 28 février, fragilisant les marchés mondiaux de l’énergie et plaçant le détroit au cœur des négociations visant à mettre fin au conflit.

En réponse, les Etats-Unis ont annoncé imposer un blocus des ports iraniens à partir du 13 avril.

Le ministre de la Défense Pete Hegseth avait affirmé aux journalistes en avril que Washington maintiendrait son blocus "aussi longtemps qu'il le faudra".

"Ce blocus s'applique à tous les navires, quelle que soit leur nationalité, en direction ou en provenance des ports iraniens", avait précisé le chef d'état-major de l'armée américaine Dan Caine, présent aux côtés de Pete Hegseth.

 

 


Donald Trump presse l'Iran de faire «vite» pour conclure un accord

 Donald Trump a averti mercredi que les Iraniens avaient "intérêt à devenir intelligents et vite!" au moment où les négociations entre les deux pays visant à mettre durablement fin à la guerre au Moyen-Orient sont dans l'impasse. (AFP)
Donald Trump a averti mercredi que les Iraniens avaient "intérêt à devenir intelligents et vite!" au moment où les négociations entre les deux pays visant à mettre durablement fin à la guerre au Moyen-Orient sont dans l'impasse. (AFP)
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  • Si une trêve est entrée en vigueur le 8 avril, l'Iran et les Etats-Unis n'arrivent toujours pas à se mettre d'accord pour tenir de nouvelles négociations au Pakistan, pays médiateur, après une première session infructueuse le 11 avril
  • Les Iraniens "ont intérêt à devenir intelligents, et vite!", a menacé Donald Trump sur son réseau Truth social

TEHERAN: Donald Trump a averti mercredi que les Iraniens avaient "intérêt à devenir intelligents et vite!" au moment où les négociations entre les deux pays visant à mettre durablement fin à la guerre au Moyen-Orient sont dans l'impasse.

Le conflit, déclenché le 28 février par une attaque israélo-américaine contre Téhéran, a fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban, et ses répercussions continuent de secouer l'économie mondiale.

Les conséquences se font particulièrement sentir en Iran, où la monnaie nationale iranienne, le rial, a atteint mercredi un plus bas face au dollar depuis l'avènement de la République islamique en 1979, selon plusieurs sites de suivi des changes.

Et dans la capitale, certains affichent leur fatalisme.

"L'idée de revivre la guerre est terrifiante, mais nous n'avons pas non plus d'espoir quant à l'issue des négociations", confie à l'AFP Ali, un architecte de 52 ans, joint par une journaliste de l'AFP à Paris.

"Ils partent négocier et reviennent avec encore plus de sanctions, et les discussions portent toujours sur le nucléaire: on ne parle jamais des gens, de l'économie ou de la liberté", ajoute-t-il, alors que son pays est sous le coup de sanctions internationales depuis des décennies.

"Devenir intelligents" 

Si une trêve est entrée en vigueur le 8 avril, l'Iran et les Etats-Unis n'arrivent toujours pas à se mettre d'accord pour tenir de nouvelles négociations au Pakistan, pays médiateur, après une première session infructueuse le 11 avril.

Les Iraniens "ont intérêt à devenir intelligents, et vite!", a menacé Donald Trump sur son réseau Truth social.

Dans le même message est publié un photo-montage du président portant un fusil d'assaut au milieu d'un décor de guerre, avec ce commentaire : "FINI DE JOUER LES GENTILS!".

Les Etats-Unis affichent leur scepticisme sur une nouvelle proposition de Téhéran pour débloquer le détroit d'Ormuz, un passage maritime stratégique pour le commerce de pétrole et de gaz.

L'Iran le verrouille depuis le début de la guerre et les Etats-Unis imposent de leur côté un blocus aux ports iraniens.

Selon un article du site américain Axios, relayé par l'agence officielle iranienne Irna, l'offre de Téhéran vise à rouvrir le détroit et mettre fin à la guerre, repoussant à une date ultérieure les discussions sur le dossier nucléaire.

 "Plus de risques" 

Mais ce sujet reste central pour les Etats-Unis et Israël, qui accusent la République islamique de vouloir se doter de la bombe atomique - ce qu'elle dément.

Selon le Wall Street Journal (WSJ), le président américain a demandé aux responsables de la sécurité nationale de se préparer à un long blocus des ports iraniens afin de contraindre Téhéran à abandonner son programme nucléaire.

D'après le journal, M. Trump estime pouvoir forcer Téhéran à suspendre l'enrichissement de l'uranium pendant 20 ans, puis à accepter de strictes restrictions par la suite.

L'Iran réaffirme de son côté régulièrement son droit inaliénable au nucléaire civil, tout en jugeant "négociable" le taux d'enrichissement.

Selon des responsables américains cités par le WSJ, Donald Trump considère en outre que bloquer les infrastructures portuaires iraniennes permettrait de continuer à mettre sous pression l'économie iranienne et ses exportations de pétrole.

Le locataire de la Maison Blanche "a estimé que ses autres options — reprendre les bombardements ou se retirer du conflit — comportaient plus de risques que le maintien du blocus", ont indiqué ces responsables.

Téhéran a appelé de son côté Washington à renoncer à ses exigences "irrationnelles", estimant que les Etats-Unis n'étaient "plus en position de dicter leur politique à des nations indépendantes".

Audition de Hegseth 

Alors que l'Iran annonce régulièrement des arrestations ou pendaisons de personnes accusées de liens avec Israël ou les Etats-Unis, le Haut-Commissariat des droits de l'homme de l'ONU a affirmé mercredi que 21 personnes avaient été exécutées et plus de 4.000 interpellées pour des motifs politiques ou liés à la sécurité nationale depuis le début du conflit.

L'Iran n'a pas réagi dans l'immédiat à ces allégations.

Sur le front libanais, Israël, qui combat le mouvement pro-iranien Hezbollah, deux personnes, dont un militaire, ont été tuées mercredi dans une nouvelle frappe israélienne dans le sud du pays, selon l'armée libanaise.

Chaque camp accuse l'autre de violer une trêve entrée en vigueur le 17 avril.

Aux Etats-Unis, le ministre américain de la Défense Pete Hegseth va devoir s'expliquer mercredi sur la conduite la guerre en Iran lors de sa première audition parlementaire depuis le début du conflit.

Depuis fin février, des parlementaires démocrates et républicains ont critiqué l'exécutif américain pour le manque d'information qui leur a été fournie.