Macron et Johnson affichent une volonté de détente

Emmanuel Macron, Olaf Scholz, Joe Biden et Boris Johnson lors du sommet du G7 qui s'est tenu au château d'Elmau, dans le sud de l'Allemagne, le 26 juin 2022 (Photo, AFP).
Emmanuel Macron, Olaf Scholz, Joe Biden et Boris Johnson lors du sommet du G7 qui s'est tenu au château d'Elmau, dans le sud de l'Allemagne, le 26 juin 2022 (Photo, AFP).
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Publié le Lundi 27 juin 2022

Macron et Johnson affichent une volonté de détente

  • Sur l'Ukraine précisément, les dissensions continuent à transparaître
  • Les deux dirigeants se sont retrouvés pour un bref échange bilatéral

CHÂTEAU D’ELMAU, Allemagne: Une accolade franche et chaleureuse mais toujours quelques ambiguïtés : Emmanuel Macron et Boris Johnson ont affiché dimanche leur volonté de réchauffer l'atmosphère, neuf mois après la crise des sous-marins australiens, sans lever tous les malentendus.

Les deux dirigeants se sont retrouvés pour un bref échange bilatéral juste avant le coup d'envoi du sommet du G7 au château d'Elmau dans les Alpes Bavaroises.

"How are you ?"(Comment allez-vous), a lancé Boris Johnson. "I am fine" (Je vais bien), a répondu Emmanuel Macron en tombant la veste pour prendre place à côté de lui.

Les deux dirigeants sont confrontés à des situations politiques compliquées, le président français venant de perdre la majorité absolue à l'Assemblée nationale et Boris Johnson étant affaibli par une série de scandales.

Côté français, la volonté de "revitaliser" la relation est bien là après la période de glaciation qui a suivi en septembre la crise des sous-marins.

Camberra avait alors annulé un mégacontrat de sous-marins avec la France au profit d'un partenariat stratégique avec les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, ce qui avait été vécu comme un coup de poignard dans le dos à Paris.

Le ton est aussi fortement monté ces derniers mois entre la France et la Grande-Bretagne sur les droits accordés aux pêcheurs dans les eaux britanniques à l'issue du Brexit. Et il reste vif entre Londres et les Vingt-Sept sur le statut post-Brexit de l'Irlande du Nord.

"Depuis il y a eu la guerre en Ukraine", souligne-t-on à Paris en pointant la nécessité de se coordonner dans la riposte face à la Russie.

«Fatigue»

Sur l'Ukraine précisément, les dissensions continuent à transparaître alors que Londres plaide pour un soutien militaire accéléré à l'Ukraine et suspecte Paris de privilégier une solution négociée pour arrêter la guerre au plus vite.

Boris Johnson a d'ailleurs mis en garde lors de l'entretien contre la tentation d'une solution négociée "maintenant", selon Downing Street.

"Le Premier ministre a souligné que toute tentative de régler le conflit maintenant ne ferait que causer une instabilité durable et donner à Poutine le droit de manipuler les pays souverains et les marchés internationaux à perpétuité", a indiqué un porte-parole du gouvernement britannique.

Contrairement à Emmanuel Macron, Boris Johnson refuse tout dialogue avec le président russe Vladimir Poutine, qu'il a qualifié de "dictateur", depuis le début de l'invasion russe de l'Ukraine fin février.

Ces commentaires ne visaient "certainement pas (Emmanuel) Macron" en particulier, a cependant souligné le porte-parole du dirigeant conservateur.

Londres craint aussi que les opinions occidentales ne se lassent à mesure que la guerre s'installe dans la durée et que ses effets se font ressentir sur le prix de l'essence à la pompe ou des denrées alimentaires.

"Il va y avoir, de manière réaliste, une certaine fatigue au sein des populations et des classes politiques", s'est inquiété Boris Johnson dans la presse britannique en appelant, tout comme Joe Biden, les Occidentaux à rester unis.

Emmanuel Macron a suscité aussi une polémique en mettant en garde à plusieurs reprises contre la tentation "d'humilier" la Russie, une fois que la guerre serait finie, un avertissement qui visait avant tout Londres et Washington.

«Beaucoup d'enthousiasme»

"C'est comme cela que se font les escalades", a-t-il réitéré dans un documentaire de France 2 en déplorant une petite "musique qui continue à être là, plus anglosaxonne, consistant à dire nous +devons anéantir la Russie, l’affaiblir durablement+".

La présidence française réfute de son côté toute divergence avec Londres et souligne la volonté d'oeuvrer "collectivement pour essayer d'appuyer l'Ukraine autant que possible".

La France préfère voir aussi le signal positif envoyé, selon elle, par Boris Johnson sur le projet français de Communauté politique européenne (CPE), qui permettrait de "réengager" le Royaume-uni en Europe après le Brexit.

Emmanuel Macron a senti "beaucoup d'enthousiasme" chez M. Johnson, a relevé la présidence française.

Selon l'Elysée, une première réunion de la CPE au niveau des chefs d'Etat et de gouvernement aurait lieu au second semestre 2022 sous présidence tchèque de l'UE.

"Bien sûr nous sommes prêts à en discuter avec le président et nos collègues de l'UE s'ils nous fournissent plus de détails", a réagi le porte-parole de Boris Johnson.


Un hommage national rendu au militaire français tué en Irak

L'adjudant-chef Frion a été promu au grade de major à titre posthume. Il avait rejoint les chasseurs alpins de Haute-Savoie en 2004 et avait par la suite été projeté au Tchad, en Côte d'Ivoire, en Afghanistan, au Mali, au Niger et en Estonie. (AFP)
L'adjudant-chef Frion a été promu au grade de major à titre posthume. Il avait rejoint les chasseurs alpins de Haute-Savoie en 2004 et avait par la suite été projeté au Tchad, en Côte d'Ivoire, en Afghanistan, au Mali, au Niger et en Estonie. (AFP)
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  • "La Nation se tient aux côtés de sa famille, de ses proches, de ses frères d'armes. Et j'ai évidemment aussi une pensée particulière pour nos militaires blessés qui sont encore, pour certains, dans les soins intensifs en ce moment-même à l'hôpital"
  • Arnaud Frion, 42 ans, a été tué jeudi soir dans une frappe de drone qui a également blessé six militaires français, depuis rapatriés et hospitalisés en France

VARCES-ALLIERES-ET- RISSET: Emmanuel Macron a salué mardi, au début d'un conseil de défense sur le conflit au Moyen-Orient, la mémoire du major Arnaud Frion "mort pour la France" en Irak, auquel la ministre des Armées Catherine Vautrin a aussi rendu un hommage solennel au 7e bataillon de chasseurs alpins de Varces (Isère) où il servait.

"Le major Frion est mort pour la France en Irak en fin de semaine dernière lors d'une attaque de drones perpétrée par une milice pro-iranienne, alors qu'il œuvrait à la lutte contre le terrorisme, au combat contre Daech (État islamique, NDLR), à la défense de la souveraineté irakienne et, ce faisant, à notre sécurité", a déclaré le chef de l’État.

"La Nation se tient aux côtés de sa famille, de ses proches, de ses frères d'armes. Et j'ai évidemment aussi une pensée particulière pour nos militaires blessés qui sont encore, pour certains, dans les soins intensifs en ce moment-même à l'hôpital", a-t-il ajouté.

Arnaud Frion, 42 ans, a été tué jeudi soir dans une frappe de drone qui a également blessé six militaires français, depuis rapatriés et hospitalisés en France.

"La France n'oubliera pas le prix de la vie d'Arnaud Frion (...) ce prix douloureux, c'est celui de notre sécurité, de notre souveraineté, de notre liberté", a également affirmé Catherine Vautrin à Varces.

Face à elle, le cercueil du major est recouvert du drapeau bleu blanc rouge et de trois coussins sur lesquels reposent ses décorations, la croix de chevalier de la Légion d'honneur reçue à titre posthume et la tarte, béret distinctif des chasseurs alpins.

"Le parcours d'Arnaud Frion raconte un homme qui était devenu par le travail, par la valeur, par l'exemple, l'une des plus belles figures du soldat français", a salué la ministre au côté du chef d'état-major de l'armée de Terre, le général Pierre Schill.

L'adjudant-chef Frion a été promu au grade de major à titre posthume. Il avait rejoint les chasseurs alpins de Haute-Savoie en 2004 et avait par la suite été projeté au Tchad, en Côte d'Ivoire, en Afghanistan, au Mali, au Niger et en Estonie. Marié et père d'un enfant, il avait reçu la médaille militaire le 31 décembre 2021.

Il a été frappé avec ses compagnons d'armes alors qu'il se trouvait dans une base placée sous l'autorité des combattants kurdes peshmergas, située au sud-ouest d'Erbil, à Mala Qara, dans le Kurdistan irakien. Ils y étaient déployés dans le cadre de la coalition internationale mise en place en 2014 contre le groupe jihadiste État islamique.

Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, le Kurdistan irakien et Erbil ont essuyé de multiples attaques de drones Shahed imputées à des factions pro-iraniennes, visant notamment les dispositifs militaires américains dans la région. Ces attaques ont été pour la plupart neutralisées par la défense antiaérienne.


Macron convoque un nouveau conseil de défense mardi après-midi sur la situation au Moyen-Orient

Emmanuel Macron lors d’une conférence de presse avec Volodymyr Zelensky à l’Élysée, le 13 mars 2026, après des discussions sur le soutien à l’Ukraine et la pression sur la Russie. (AFP)
Emmanuel Macron lors d’une conférence de presse avec Volodymyr Zelensky à l’Élysée, le 13 mars 2026, après des discussions sur le soutien à l’Ukraine et la pression sur la Russie. (AFP)
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  • Le président Emmanuel Macron convoque un conseil de défense sur la situation en Iran et au Moyen-Orient, dans un contexte de pressions de Donald Trump concernant la sécurisation du détroit d’Ormuz
  • Isaac Herzog appelle les pays européens à agir contre le Hezbollah, tandis que la France propose une médiation entre le Liban et Israël pour éviter une escalade régionale

PARIS: Le président Emmanuel Macron a convoqué un nouveau conseil de défense et de sécurité nationale mardi après-midi "sur la situation en Iran et au Moyen-Orient", a annoncé l'Elysée.

Ce nouveau conseil de défense réunissant les ministres et responsables chargés des questions de sécurité - le dernier remonte au 10 mars - intervient alors que Donald Trump fait pression sur la France pour qu'elle réponde positivement à sa demande d'aide pour la sécurisation du détroit d'Ormuz.

Le président israélien Isaac Herzog a de son côté appelé lundi les pays européens à "soutenir tout effort visant à éradiquer" le mouvement islamiste libanais Hezbollah, allié de l'Iran.

Il a aussi salué l'offre française de faciliter des discussions directes entre le Liban et Israël qui a lancé des frappes aériennes massives et des "opérations terrestres limitées" contre le Hezbollah.

Le Liban a été entraîné dans la guerre au Moyen-Orient lorsque le Hezbollah a attaqué Israël le 2 mars pour venger l'assassinat du guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, tué deux jours plus tôt par une frappe israélienne à Téhéran.

Emmanuel Macron a appelé samedi Israël à accepter des "discussions directes" avec l'exécutif libanais et "toutes les composantes" du Liban, qu'il s'est dit prêt à "faciliter" en "les accueillant à Paris", afin d'empêcher que "le Liban ne sombre dans le chaos".

Israël a poursuivi mardi ses bombardements sur Téhéran et contre le Hezbollah pro-iranien dans la banlieue sud de Beyrouth, au 18e jour de la guerre au Moyen-Orient qui embrase aussi l'Irak, théâtre de nombreuses attaques.


Au cœur du centre de crise du Quai d’Orsay: rapatrier mais également écouter et rassurer

Depuis les frappes israélo-américaines contre l’Iran et la riposte de Téhéran, la situation militaire au Moyen-Orient s’est fortement tendue. Cette crise représente un défi majeur pour la France, qui doit protéger et rapatrier ses ressortissants dans une région devenue instable. (Arlette Khouri)
Depuis les frappes israélo-américaines contre l’Iran et la riposte de Téhéran, la situation militaire au Moyen-Orient s’est fortement tendue. Cette crise représente un défi majeur pour la France, qui doit protéger et rapatrier ses ressortissants dans une région devenue instable. (Arlette Khouri)
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  • Depuis le début de la crise, près de 15 000 appels ont été enregistrés
  • Chaque appel permet de créer un dossier pour identifier la situation des personnes et déterminer les priorités

PARIS: Depuis les frappes israélo-américaines contre l’Iran et la riposte de Téhéran, la situation militaire au Moyen-Orient s’est fortement tendue. Cette crise représente un défi majeur pour la France, qui doit protéger et rapatrier ses ressortissants dans une région devenue instable.

Le Centre de crise et de soutien (CDCS) du ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères, dirigé par l’ambassadeur Louis L’alliot, a été immédiatement mobilisé. Ses équipes travaillent jour et nuit pour répondre aux appels des Français, organiser des évacuations et coordonner les actions diplomatiques et humanitaires.

Environ 400 000 Français vivent au Moyen-Orient, auxquels s’ajoutent de nombreux touristes. La fermeture des espaces aériens rend les départs très difficiles. Une plateforme téléphonique composée d’environ 30 répondants, dont une majorité de bénévoles de la Croix-Rouge, traite les appels de personnes inquiètes ou bloquées. Au total, plus de 50 agents peuvent répondre simultanément grâce à plusieurs centres d’appel.

Depuis le début de la crise, près de 15 000 appels ont été enregistrés. Chaque appel permet de créer un dossier pour identifier la situation des personnes et déterminer les priorités. Les personnes vulnérables (personnes âgées, malades, familles avec jeunes enfants) sont prioritaires pour les vols spéciaux affrétés par l’État, dont le coût est en partie pris en charge.

Jusqu’à présent, plus de 1 500 personnes ont été rapatriées par ces vols, tandis qu’environ 17 000 Français ont quitté la région par leurs propres moyens.

Le centre fonctionne grâce à plusieurs pôles spécialisés : gestion des ressources humaines, relations internationales, soutien médical, organisation des vols et le « pôle communauté » chargé de contacter les ressortissants prioritaires.

Les bénévoles de la Croix-Rouge jouent également un rôle important en apportant écoute et soutien psychologique aux appelants souvent stressés ou inquiets.

Créé en 2008, le Centre de crise et de soutien est aujourd’hui un outil essentiel de la diplomatie française, capable d’activer une cellule de crise en moins d’une heure et de fonctionner 24h/24 lors de situations internationales majeures.