«Les élections n'ont pas affaibli le Hezbollah, mais ont donné une chance au Liban»

Le résultat des élections au Liban ne doit pas laisser croire que le Hezbollah a été affaibli (Photo, AFP).
Le résultat des élections au Liban ne doit pas laisser croire que le Hezbollah a été affaibli (Photo, AFP).
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Publié le Vendredi 20 mai 2022

«Les élections n'ont pas affaibli le Hezbollah, mais ont donné une chance au Liban»

  • AbiNader a fait valoir que le Hezbollah, qui est une force politique et une milice puissante, doit décider s'il est libanais ou s'il est une force pour l'Iran
  • Le Liban est reconnaissant envers le président américain, Joe Biden, pour avoir rétabli le soutien financier qui avait été supprimé par son prédécesseur Donald Trump

CHICAGO: Le résultat des élections au Liban ne doit pas laisser croire que le Hezbollah a été affaibli, mais doit être considéré comme une opportunité de restructurer la dynamique politique du pays, a déclaré mercredi le porte-parole de l'American Task Force on Lebanon (ATFL).

Jean AbiNader, vice-président de l'ATFL chargé des politiques, a expliqué que les partenaires de la coalition du Hezbollah, tels que le Courant patriotique libre chrétien conservateur, dirigé par le gendre du président Aoun, Gebran Bassil, ont perdu des sièges, ce qui a affaibli le bloc dirigé par le Hezbollah.

AbiNader a déclaré que Washington doit «dissocier» la politique américaine à l’égard du Liban de la politique américaine à l’égard de l'Iran. Il a ajouté que le Hezbollah, qui est considéré comme une organisation terroriste par les États-Unis, doit lui aussi décider s'il est libanais ou une branche de l'influence régionale iranienne. Mais le Hezbollah n'a pas perdu de son influence lors des élections, a-t-il précisé, seulement son partenariat avec la coalition.

«C'est vraiment essentiel pour que les gens comprennent. Le Hezbollah n'a pas perdu. Sa coalition a perdu. L'une d'entre elles est le Courant patriotique libre, qui est le parti du président, Michel Aoun, aujourd'hui dirigé par Gebran Bassil», a souligné AbiNader lors d'une interview dans l'émission The Ray Hanania Radio show diffusée sur le réseau de la radio arabe américaine et sponsorisée par Arab News.

«Ils ont perdu des sièges. Les plus grands perdants, bien sûr, sont les sunnites parce qu'ils n'ont pas participé à l'élection. Plusieurs candidats sunnites ont gagné. C'est très bien. Certains candidats pro-syriens ont perdu. Certains intrus qui ne sont membres d'aucune coalition ont également perdu. Ce que vous avez ici, c'est le mouvement Amal et le Hezbollah, dont le noyau de 27 sièges est resté intact. Ils se tourneront vers le mouvement Marada et d'autres partis pour les rejoindre dans une coalition. Mais quoi qu'il arrive, si, et c'est un grand si, les Forces libanaises peuvent se rassembler avec les Druzes, et peuvent joindre les indépendants et les dirigeants anti-traditionnels, elles auront certainement une faible majorité au Parlement.»

AbiNader a indiqué que l'équilibre politique «changera tout le temps», mais a concédé que «c'est définitivement une période d'incertitude».

Il a avisé que les élections ont créés une opportunité pour le peuple libanais de former une nouvelle coalition qui se concentrera sur la lutte contre la corruption qui a bloqué une enquête complète sur l'explosion du port de Beyrouth le 4 août 2020, qui a tué plus de 218 personnes, en a blessé 7 000 et a fait plus de 300 000 sans-abris.

AbiNader a également rappelé que «l'explosion» n'a jamais vraiment fait l'objet d'une enquête. Des questions subsistent quant à la quantité de nitrate d'ammonium qui a explosé et à l'endroit où il se trouvait. Il a aussi affirmé que l'explosion a été estimée refléter la puissance d'environ 500 tonnes de nitrate d'ammonium. Mais, il y avait plus de 2 700 tonnes dans le port et l'emplacement des 2 200 tonnes reste un dangereux mystère.

«Si nous avons un nouveau gouvernement au Liban, l'enquête va sans doute avancer», a prédit AbiNader, notant que deux des ministres du gouvernement qui ont demandé une enquête sur l’explosion du port de Beyrouth ont été réélus.

«Jusqu'à présent, aucune enquête complète n'a été menée au Liban sur cette explosion», a précisé AbiNader.

Il a révélé que les Libanais continuent de vivre dans la crainte que de nouvelles violences se produisent.

«Il y a toujours cette crainte qui est de savoir comment mettre en place un gouvernement qui peut fonctionner sans être une provocation pour le Hezbollah. Et c'est un véritable défi parce que les Forces libanaises, le plus grand parti chrétien, qui formeront une coalition anti-Hezbollah, doivent le faire plus que sur des bases opposées», a expliqué AbiNader.

«Le parti doit être en faveur de quelque chose. C’est ce qui m’inquiète, le fait que les Forces libanaises considèrent leurs votes comme un mandat pour être agressifs et antagonistes envers le Hezbollah. Ce ne devrait pas être l’objectif. L'objectif devrait plutôt être un système judiciaire indépendant, l'achèvement des enquêtes, le redressement de l'économie, le retour de l'argent dans les poches des gens et la diminution de la corruption. C'est de cela qu'il faut parler, car c'est ce dont les gens sont fatigués. Le Hezbollah perdra progressivement son attrait à mesure qu'il perdra sa raison d'être, qui est de protéger le Liban contre Israël.»

AbiNader a fait valoir que le Hezbollah, qui est une force politique et une milice puissante, doit décider s'il est libanais ou s'il est une force pour l'Iran.

Washington, a-t-il ajouté, doit voir au-delà du Hezbollah en aidant le Liban à se redresser et à se reconstruire. L'administration Biden a beaucoup soutenu le Liban, a-t-il affirmé, mais elle doit faire plus.

«Soyons francs. Les États-Unis n'ont pas vraiment été très intelligents au Moyen-Orient en termes de politique. Ils essaient de se retirer de la région depuis Obama», a soutenu AbiNader.

«Les relations avec les Libanais et d’autres groupes ont été durement gagnées. Ils ont généralement vu le Liban d’une perspective iranienne ou israélienne et non pas le Liban pour lui-même. C'est vraiment ce pour quoi nous nous sommes battus au cours des vingt dernières années: une politique libanaise fondée sur les intérêts américano-libanais et non un Liban considéré comme quelque chose d'affecté par les négociations avec l'Iran ou par la sécurité d'Israël.»

Le défi, a-t-il dit, reste au Congrès, où certains membres continuent de croire que le Liban est «dirigé par le Hezbollah et l'Iran».

«Nous avons dû leur montrer à maintes reprises que le Liban a été un bon partenaire des États-Unis», a indiqué AbiNader.

«Le Congrès a augmenté le montant de l'aide humanitaire au Liban. Il a augmenté le montant de l'aide aux FAL (Forces armées libanaises)», a-t-il souligné.

«Il a donné des indications très fortes sur ce que Washington souhaite que Beyrouth fasse, par exemple en ce qui concerne les élections, pour qu'elles soient libres, équitables et qu’elles se déroulent dans les délais, ce qui a beaucoup aidé. Les États Unis ont aidé le Liban auprès de la Banque mondiale, en lui permettant de recevoir certains prêts, par exemple pour subventionner le blé. Je pense donc que les États-Unis font beaucoup. Mais peuvent-ils en faire plus? Nous pensons toujours qu'ils devraient en faire plus.»

AbiNader a reconnu qu'il fallait expliquer plus clairement au peuple libanais ce que les États-Unis font pour le Liban, compte tenu des pressions de la guerre russe en Ukraine, des problèmes économiques avec la Chine et des problèmes d'immigration à la frontière sud des États-Unis.

Le Liban est selon lui reconnaissant au président américain, Joe Biden, d'avoir rétabli le soutien financier qui avait été supprimé par son prédécesseur Donald Trump.

 

Le Ray Hanania Radio Show est diffusé sur le US Arab Radio Network et sponsorisé par Arab News en direct tous les mercredis à 17 heures EST à Detroit sur WNZK AM 690 et à Washington D.C. sur WDMV AM 700. Il est rediffusé le jeudi à 7 heures EST à Détroit sur la radio WNZK AM 690 et à Chicago à 12:00 sur WNWI AM 1080.

Pour en savoir plus sur le podcast et sur l'émission de radio, visitez: www.arabnews.com/rayradioshow

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


L'ONU condamne les atrocités commises par les forces de sécurité soudanaises au Soudan

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  • Les attaques délibérées contre le personnel humanitaire, ses locaux et ses biens peuvent constituer des crimes de guerre"
  • Les membres réaffirment leur "engagement inébranlable" envers la "souveraineté, l'indépendance, l'unité et l'intégrité territoriale" du pays

NEW YORK : Le Conseil de sécurité de l'ONU a condamné mardi les forces paramilitaires de soutien rapide pour leurs attaques continues et leurs atrocités au Soudan.

Les membres du Conseil ont "condamné fermement" la poursuite des attaques et de la déstabilisation de la région du Kordofan par les Forces de soutien rapide et "toutes les formes de violations et d'abus commis contre la population civile", y compris les informations faisant état de détentions arbitraires et de violences sexuelles liées au conflit, soulignant que "de tels actes peuvent constituer des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité".

Ils ont également condamné "toutes les atrocités, y compris celles qui auraient été perpétrées par les forces de sécurité à El-Fasher, notamment les meurtres systématiques, les déplacements massifs, les exécutions sommaires, les détentions arbitraires et le ciblage ethnique", et ont demandé que tous les auteurs d'abus et de violations soient tenus de rendre compte de leurs actes.

Le Conseil de sécurité des Nations unies s'est déclaré profondément préoccupé par la poursuite des violences au Soudan, notamment au Kordofan et au Darfour, et a appelé les parties au conflit à "cesser immédiatement les combats".

Les membres du Conseil ont également condamné fermement les informations faisant état d'attaques répétées de drones contre des civils, des infrastructures civiles et du personnel, des locaux et des biens humanitaires, y compris les multiples attaques qui ont touché le Programme alimentaire mondial depuis le début du mois de février.

Ils ont réaffirmé que "les attaques délibérées contre le personnel humanitaire, ses locaux et ses biens peuvent constituer des crimes de guerre" et ont appelé toutes les parties à respecter et à protéger le personnel humanitaire et ses installations, conformément au droit international et aux résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies.

Le Conseil a exigé que toutes les parties protègent les civils et respectent les obligations qui leur incombent en vertu du droit international, y compris le droit international humanitaire.

Les membres ont également exprimé leur vive inquiétude quant à la présence d'une famine induite par le conflit et d'une insécurité alimentaire extrême dans certaines régions du Soudan, avertissant que la crise risque de s'étendre.

Ils ont exigé que toutes les parties autorisent et facilitent un accès humanitaire sûr et sans entrave et qu'elles permettent aux civils de circuler en toute sécurité, conformément au droit international. Ils ont souligné que "la famine ne doit pas être utilisée comme arme de guerre".

Le Conseil a réaffirmé que la priorité était que les parties fassent avancer les pourparlers visant à instaurer un cessez-le-feu durable débouchant sur un processus politique global, ouvert à tous et pris en charge par les Soudanais.

Les membres ont salué les efforts coordonnés des acteurs régionaux, des Nations unies et d'autres partenaires internationaux pour soutenir un accord sur une trêve humanitaire qui devrait conduire à un cessez-le-feu immédiat.

Ces efforts, ont-ils déclaré, devraient contribuer à désamorcer la situation, à atténuer les répercussions régionales et à soutenir "une voie crédible vers une période de transition inclusive, dirigée par des civils, afin de réaliser les aspirations du peuple soudanais à un avenir pacifique, stable et prospère, en pleine conformité avec les principes de l'appropriation nationale".

Ils ont exhorté tous les États membres des Nations unies à s'abstenir de toute ingérence extérieure visant à attiser le conflit et l'instabilité, à soutenir les efforts en faveur d'une paix durable et à respecter les obligations qui leur incombent en vertu du droit international.

Le Conseil a également réaffirmé sans équivoque son "engagement inébranlable en faveur de la souveraineté, de l'indépendance, de l'unité et de l'intégrité territoriale du Soudan" et son rejet de la mise en place d'une autorité gouvernementale parallèle dans les zones contrôlées par les forces de sécurité soudanaises.


Un chasseur F-16 s'écrase dans l'ouest de la Turquie

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  • L'armée turque avait déjà été endeuillée en novembre, avec le crash d'un avion cargo militaire C-130 en Géorgie, en provenance d'Azerbaïdjan, tuant les 20 militaires à son bord
  • D'autres F-16, conçus par l'américain Lockheed Martin, ont été victimes de crashs ces derniers mois

ISTANBUL: Un avion de chasse F-16 de l'armée turque s'est écrasé mercredi matin dans l'ouest de la Turquie, tuant son pilote, a rapporté l'agence de presse officielle Anadolu, citant le ministère de la Défense.

L'appareil a décollé à 00H56 locales (21H56 GMT mardi) d'une base de la province de Balikesir puis le contact avec l'appareil a été perdu, selon la même source.

L'épave de l'appareil a ensuite été retrouvée dans cette province. Son pilote est mort et la cause de "l'accident" fait l'objet d'une enquête, indique Anadolu.

L'armée turque avait déjà été endeuillée en novembre, avec le crash d'un avion cargo militaire C-130 en Géorgie, en provenance d'Azerbaïdjan, tuant les 20 militaires à son bord.

D'autres F-16, conçus par l'américain Lockheed Martin, ont été victimes de crashs ces derniers mois.

En janvier, Taïwan avait localisé la boîte noire d'un de ces chasseurs qui s'était abîmé en mer lors d'une mission de routine. Son pilote, qui s'est éjecté au large, a été porté disparu.

En Pologne également, un autre appareil s'était écrasé en août lors des préparatifs d'un show aérien, tuant son pilote.

 


Le Liban craint des attaques d'Israël en cas d'escalade avec l'Iran

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  • "Il existe des signaux indiquant que les Israéliens pourraient frapper très fortement en cas d'escalade, y compris potentiellement des infrastructures stratégiques comme l'aéroport"
  • "Ce que les Libanais redoutent, c'est une chaîne de réactions: une frappe américaine contre l’Iran, une riposte du Hezbollah contre Israël, puis une réponse israélienne massive"

BEYROUTH: Le Liban a dit mardi craindre des attaques d'Israël contre ses infrastructures civiles en cas d'escalade militaire avec l'Iran et d'implication du puissant Hezbollah dans un conflit régional.

Dans ce contexte tendu, l'armée libanaise a accusé Israël d'avoir visé le secteur d'une position militaire dans le sud, près de la frontière entre les deux pays, et affirmé avoir donné l'ordre de riposter.

"Il existe des signaux indiquant que les Israéliens pourraient frapper très fortement en cas d'escalade, y compris potentiellement des infrastructures stratégiques comme l'aéroport", a déclaré le chef de la diplomatie libanaise Youssef Raggi à quelques médias, dont l'AFP, à Genève.

"Nous conduisons actuellement des démarches diplomatiques pour demander que, même en cas de représailles, les infrastructures civiles libanaises ne soient pas ciblées", a-t-il ajouté en marge d'une session du Conseil des droits de l'Homme de l'ONU. "Cette guerre ne nous concerne pas".

Sur X, il a dit espérer que le Hezbollah pro-iranien s'abstienne "de prendre part à toute nouvelle aventure et épargne au Liban davantage de destructions".

"Chaîne de réactions" 

"Ce que les Libanais redoutent, c'est une chaîne de réactions: une frappe américaine contre l’Iran, une riposte du Hezbollah contre Israël, puis une réponse israélienne massive" contre le Liban, a indiqué un responsable libanais qui a requis l'anonymat.

Lundi, les Etats-Unis ont ordonné "par prudence" l'évacuation du personnel non essentiel de leur ambassade à Beyrouth.

Le président Donald Trump, qui a ordonné le déploiement dans la région d'un dispositif militaire massif, menace de frapper l'Iran si les pourparlers actuels échouent.

Téhéran a averti que toute frappe des Etats-Unis, même limitée, le pousserait à riposter "avec férocité", et mis en garde contre un risque d'"escalade" régionale.

Le chef du Hezbollah, Naïm Qassem, a affirmé le mois dernier que sa formation s'estimerait "visée" par toute attaque américaine contre l'Iran.

Seul groupe libanais armé, le Hezbollah est sorti affaibli d'une guerre avec Israël, qui continue de le frapper régulièrement malgré un cessez-le-feu en vigueur depuis novembre 2024. Israël l'accuse de se réarmer.

"Résistance" 

Samedi, la formation a appelé à la "résistance" après la mort dans une frappe israélienne de huit de ses membres, dont un responsable militaire, qui participaient à une réunion dans l'est du Liban.

Conformément aux termes du cessez-le-feu, l'armée libanaise a annoncé début janvier avoir achevé le désarmement du Hezbollah dans la région frontalière avec Israël où elle s'est déployée.

Mardi, elle a accusé l'armée israélienne d'avoir ouvert le feu dans sa direction alors qu'elle établissait un point de contrôle dans la région de Marjeyoun, proche de la frontière.

"Le commandement de l'armée a ordonné de renforcer la position et de riposter aux sources de tirs", a affirmé l'armée dans un communiqué.

De son côté, l'armée israélienne a indiqué avoir repéré des soldats libanais installant une position "sans coordination préalable" et avoir réclamé qu'ils suspendent l'opération.

"Après que cette demande est restée sans réponse, les troupes ont effectué des tirs de sommation", a-t-elle déclaré dans un communiqué.

"Monopole des armes" 

L'armée libanaise doit à présent désarmer le Hezbollah dans une région située plus au nord de la frontière, mais manque d'équipements et de moyens financiers.

Au Caire, une réunion visant à préparer une conférence de soutien aux forces armées libanaises, que Paris accueillera le 5 mars, a souligné que l'Etat libanais devait avoir "le monopole des armes".

La réunion "vise à aider les institutions nationales libanaises, en particulier l'armée et les forces de sécurité intérieure, à renforcer leur souveraineté et à étendre leur contrôle total" sur le territoire, a souligné le ministre égyptien des Affaires étrangères.

La France, l'Arabie Saoudite, le Qatar, l'Egypte et les Etats-Unis ont pris part à cette réunion, qui s'est tenue en présence du commandant en chef de l'armée libanaise, Rodolphe Haykal.