Comment les pays du CCG peuvent attirer les bons enseignants pour la main-d’œuvre de demain

Des élèves koweïtiennes célèbrent l’obtention de leur diplôme, alors que la région est témoin de pénuries de compétences au sein du personnel enseignant. (AFP)
Des élèves koweïtiennes célèbrent l’obtention de leur diplôme, alors que la région est témoin de pénuries de compétences au sein du personnel enseignant. (AFP)
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Publié le Mardi 10 mai 2022

Comment les pays du CCG peuvent attirer les bons enseignants pour la main-d’œuvre de demain

  • La prolifération rapide des établissements scolaires a conduit à une rude concurrence pour recruter les meilleurs enseignants
  • Si les établissements scolaires de la région du Golfe trouvent le bon équilibre, les dividendes économiques et sociétaux pourraient être énormes

DUBAI: L’éducation, dit-on, est un investissement pour l’avenir. C’est pour cette raison que les États arabes du Golfe ont beaucoup investi dans des établissements scolaires de qualité. Ils ont ainsi mis en œuvre les infrastructures nécessaires pour que les élèves puissent atteindre leur plein potentiel et se lancer dans des carrières enrichissantes sur le plan personnel et qui sont bénéfiques pour la société au sens large.
Cependant, la prolifération rapide de ces établissements a conduit à une rude concurrence pour recruter les meilleurs enseignants, en particulier ceux qui possèdent une expertise dans des matières aussi importantes que la physique, la chimie et les mathématiques face à une crise imminente au niveau international.
Il faudra environ 69 millions de nouveaux enseignants pour fournir une éducation universelle de qualité à travers le monde d’ici à 2030, selon les chiffres de l’Unesco. Toutefois, avec moins d’enseignants diplômés, en particulier au Royaume-Uni, en Irlande et aux États-Unis, la profession est confrontée à une pénurie mondiale.
Pour attirer les bons enseignants et pour les retenir, de nombreux établissements scolaires du Golfe proposent des salaires alléchants, ce qui a rendu les frais d’admission plus chers. De nombreux experts s’inquiètent de voir les ménages à faible revenu constamment privés d’une éducation de qualité.
Selon Jo Vigneron, fondatrice de la Pearson Online Academy, la pénurie d’enseignants est un phénomène mondial qui n’affecte pas exclusivement la région du Conseil de coopération du Golfe (CCG).

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La région du CCG comprend l’une des populations les plus jeunes du monde. L’éducation de la petite enfance est indispensable pour son développement. (AFP)

Au cours des deux dernières décennies, on a attendu davantage des enseignants des écoles occidentales et cette charge de travail accrue ne s’est pas traduite par une augmentation des salaires, indique Mme Vigneron, ce qui a conduit de nombreux d’entre eux à rechercher de meilleures possibilités à l’étranger.
«Les jeunes enseignants au Royaume-Uni exercent souvent un autre emploi parce qu’ils ont du mal à couvrir les frais du quotidien, à rembourser leur prêt étudiant et à payer d’autres dépenses», explique-t-elle dans un entretien accordé à Arab News.
«En conséquence, un nombre croissant d’enseignants britanniques et américains cherchent du travail à l’étranger, où les conditions et les salaires sont plus attrayants. On assiste à un boom simultané de l’éducation britannique sur le marché international.»
Natasha Ridge, directrice exécutive de la Fondation du cheikh Saoud ben Saqr al-Qassimi pour les recherches politiques à Ras al-Khaïmah, aux Émirats arabes unis (EAU), estime que les écoles ne devraient pas uniquement tenir compte de la rémunération pour attirer les meilleurs talents.
«Au-delà des augmentations au niveau du salaire – qui entraîneront certes une hausse des frais de scolarité –, les établissements scolaires pourraient mettre à la disposition des enseignants davantage de possibilités de développement professionnel, en leur permettant notamment d’assister à des conférences et à des cours en ligne», déclare la directrice de la fondation à Arab News.

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Les établissements scolaires du Golfe devraient offrir d’autres incitations professionnelles, au-delà des bons salaires, pour attirer les meilleurs talents au moment où le monde est témoin d’une pénurie d’enseignants. (AFP)

«Les possibilités de promotion sont également importantes pour que les enseignants voient leur carrière progresser lorsqu’ils s’installent à l’étranger.»
Un congé flexible pendant la période scolaire pourrait également rendre les rôles plus attrayants, ajoute-t-elle, tout comme le fait de récompenser les enseignants qui restent cinq ou dix ans en leur accordant une période de congé afin qu’ils puissent poursuivre leur développement professionnel dans leur pays d’origine.
«Les enseignants sont sous-payés par rapport au travail important qu’ils fournissent. Il faut donc proposer des incitations financières aux plus performants d’entre eux afin qu’ils puissent venir et rester», indique-t-elle.
«L’autre difficulté rencontrée dans les pays du Golfe, c’est que la majorité des écoles sont gérées à des fins lucratives, de sorte que les investisseurs essaient de gagner un maximum d’argent avec un investissement minimal. C’est un énorme problème pour la région.»
«Les salaires des enseignants représentent la dépense la plus importante dans le budget de fonctionnement d’une école. C’est donc à ce niveau-là que les économies se font. Les établissements, tout en laissant partir ceux qui sont plus âgés et coûtent plus cher, embauchent de jeunes enseignants avec une assurance maladie de base sans investir dans leur développement professionnel.»
Les gouvernements de la région pourraient envisager d’encourager davantage d’écoles à devenir des organisations à but non lucratif avec des rémunérations intéressantes et des classes à effectif réduit. «Mais cela serait coûteux pour les gouvernements, qui devraient peser les coûts et les avantages», poursuit-elle.
Cependant, à moins que des réformes ne soient mises en œuvre rapidement, un système éducatif à deux vitesses, dans lequel les familles à faible revenu seraient complètement privées de l’accès à une éducation de qualité, risque de voir le jour.

En bref

- Un forum sur l’éducation a débuté dimanche à Riyad; il devrait durer trois jours.
- L’édition 2022 de la Conférence internationale sur l’éducation réunit 262 établissements.
- Le thème du forum est ainsi intitulé: «L’éducation en crise: possibilités et défis».

En général, «cela creuse le fossé entre les riches et les pauvres au sein de la société. On déplore plus de problèmes et de troubles sociaux, de criminalité, de violence, de problèmes de santé et de chômage», insiste-t-elle.
«Il est dans l’intérêt de chaque pays d’avoir une population bien éduquée pour la cohésion sociale et la croissance économique.»
Pour Judith Finnemore, consultante en éducation qui réside aux EAU et qui est directrice de l’institut de formation Svarna, à Dubaï, l’enjeu n’est pas uniquement de savoir comment attirer de bons enseignants et comment les retenir, mais aussi de s’interroger sur la manière d’améliorer les normes générales de l’éducation moderne.
«La qualité que les meilleurs enseignants apportent à l’éducation doit être prise en compte», dit-elle à Arab News. «Au cours des cinq prochaines années, toute la nature des compétences requises pour la main-d’œuvre de la région Mena va changer.»
Selon une étude menée par le Forum économique mondial, la manière dont les enfants des pays du CCG sont éduqués aujourd’hui déterminera les moyens de subsistance de plus de 300 millions de personnes au cours des prochaines décennies.

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Les élèves arabes ont besoin d’enseignants qui voient la technologie comme une «force radicale», déclarent les experts. (AFP)

Cette région, qui abrite l’une des populations les plus jeunes du monde, devrait faire les investissements adéquats dans une éducation qui aurait de la valeur sur le marché du travail et préparerait les citoyens au monde de demain, selon l’étude.
Pour la directrice de Svarna, très peu d’enseignants sont dotés des connaissances et des compétences nécessaires dans tous les domaines de l’entreprise et de l’industrie – de l’analyse de données, de l’apprentissage automatique et des statistiques à la programmation à l’aide de Java et Python, les réseaux informatiques et l’informatique parallèle et distribuée.
«C’est un sérieux problème», ajoute-t-elle. «Nous n’avons pas besoin d’enseignants qui ont des mentalités traditionnelles. Nous avons besoin de ceux qui voient la technologie comme une force susceptible de transformer radicalement la manière d’enseigner une matière aux individus et aux groupes, avec la capacité dont elle dispose d’éduquer au-delà des murs de la classe.»
Si les États du Golfe veulent être à l’avant-garde de ce que le Forum économique mondial surnomme «la quatrième révolution industrielle», les élèves de la région auront besoin d’une formation appropriée pour acquérir les compétences nécessaires dans les domaines pertinents de l’avenir.
«Ma propre expérience me permet de dire qu’il existe un décalage entre ceux qui enseignent dans les établissements scolaires et les nouvelles exigences dont les économies du CCG auront besoin dans cinq ou dix ans», souligne-t-elle. «Donc, en bref, nous n’aurons pas besoin de n’importe quels enseignants. Nous aurons besoin des bons enseignants.»

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Il faudra environ 69 millions de nouveaux enseignants pour fournir une éducation universelle de qualité à travers le monde d’ici à 2030, selon les chiffres de l’Unesco. (AFP)

Investir dans le développement professionnel s’avérera essentiel pour préparer les enseignants aux besoins de la salle de classe moderne.
«Les enseignants ne sortent jamais directement de l’université en possédant toutes les bonnes compétences. Ils peuvent montrer beaucoup d’enthousiasme, mais disposent rarement de la capacité de tout rassembler pour une qualité d’enseignement optimale. Cela prend du temps et leurs compétences ont désormais besoin d’être constamment mises à jour. Il ne faut pas les former puis les négliger trop longtemps, puisque cela les rendra non qualifiés.»
Inciter les enseignants à prendre des congés sabbatiques de courte durée est une solution possible. «Cela se poursuivrait tout au long de leur carrière et ce serait financé par un salaire garanti payé conjointement par le gouvernement et l’école», renchérit-elle.
D’autres options consistent à repousser l’âge de la retraite des professeurs au-delà de 60 ans et à vider les écoles de formation et les universités des professeurs afin qu’ils puissent enseigner dans les établissements scolaires.
Une autre incitation potentiellement forte consisterait dans la mise en place d’une rémunération juste et équitable pour les enseignants, indépendamment de la nationalité, et qui éliminerait toute possibilité de négociation individuelle entre les écoles et les employés.

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Selon Jo Vigneron (à gauche), fondatrice de la Pearson Online Academy, la pénurie d’enseignants est un phénomène mondial qui n’affecte pas exclusivement la région du CCG. Pour Judith Finnemore (à droite), directrice de l’institut de formation Svarna, à Dubaï, les normes générales de l’éducation moderne devraient être améliorées. (Photo fournie)

«Les pays occidentaux ont des échelles salariales, tout comme le secteur public de la plupart des pays de la région Mena», souligne la directrice de Svarna. «Si la région Mena veut recruter de bons enseignants, les établissements scolaires devront les payer équitablement.»
Si les établissements scolaires de la région du Golfe trouvent le bon équilibre en attirant les enseignants les plus qualifiés pour former la main-d’œuvre de demain sans désavantager les élèves les plus pauvres, les dividendes économiques et sociétaux pourraient être énormes.
«Le véritable atout de tout pays développé est son peuple, en particulier les personnes éduquées», explique-t-elle à Arab News. «Le progrès des nations ne peut être mesuré qu’au moyen du niveau et de l’étendue de leur éducation.»
«Une nation fondée sur l’intégrité et les individus talentueux et créatifs est une nation qui prospérera. Elle intégrera ses employés et conservera ses talents qui, à leur tour, nourriront les futurs talents, favorisant ainsi une culture où tout le monde est capable de contribuer et de prospérer.»
Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Iran: le bilan des morts s'alourdit, le pouvoir appelle à des contre-manifestations

Le président Massoud Pezeshkian a exhorté la population à participer lundi à une "marche de résistance" dans tout le pays, pour dénoncer les violences commises, selon lui, par des "criminels terroristes urbains". (AFP)
Le président Massoud Pezeshkian a exhorté la population à participer lundi à une "marche de résistance" dans tout le pays, pour dénoncer les violences commises, selon lui, par des "criminels terroristes urbains". (AFP)
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  • "Des informations non vérifiées indiquent qu'au moins plusieurs centaines, voire plus de 2.000 personnes selon certaines sources, auraient été tuées", a-t-elle souligné, dénonçant un "massacre" et un "crime (...) majeur contre le peuple iranien"
  • D'une ampleur inédite depuis trois ans, le mouvement pose à la République islamique, proclamée en 1979, l'un de ses plus grands défis

PARIS: Le pouvoir iranien a perpétré un "massacre", selon un groupe de défense des droits humains, pour réprimer le mouvement de contestation dans le pays, où les autorités ont appelé à des manifestations lundi en soutien à la République islamique.

L'ONG Iran Human Rights (IHR), basée en Norvège, a déclaré dimanche avoir confirmé la mort d'au moins 192 manifestants, mais averti que le nombre réel de victimes pourrait être beaucoup plus élevé.

"Des informations non vérifiées indiquent qu'au moins plusieurs centaines, voire plus de 2.000 personnes selon certaines sources, auraient été tuées", a-t-elle souligné, dénonçant un "massacre" et un "crime (...) majeur contre le peuple iranien".

D'une ampleur inédite depuis trois ans, le mouvement pose à la République islamique, proclamée en 1979, l'un de ses plus grands défis.

Déclenché à Téhéran le 28 décembre par des commerçants protestant contre la cherté de la vie, il a gagné de nombreuses autres villes. Les autorités ont imposé une coupure d'internet, désormais en vigueur depuis plus de 72 heures, selon l'ONG de surveillance de la cybersécurité Netblocks.

Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres, a appelé les autorités à "la plus grande retenue" dans l'usage de la force et à rétablir les communications.

L'IHR a aussi estimé à plus de 2.600 les manifestants arrêtés.

Le pouvoir judiciaire a réitéré que les mis en cause seraient traités "avec fermeté", après que le chef de la police a fait état "d'importantes arrestations".

"Deuil national" 

En fin de journée, le gouvernement a décrété trois jours de deuil national pour les "martyrs de la résistance", en référence notamment aux membres des forces de sécurité tués.

Si les autorités disent comprendre les revendications économiques des manifestants, elles fustigent désormais de plus en plus des "émeutiers" instrumentalisés selon elles par l'étranger, les Etats-Unis et Israël en tête.

Le président Massoud Pezeshkian a exhorté la population à participer lundi à une "marche de résistance" dans tout le pays, pour dénoncer les violences commises, selon lui, par des "criminels terroristes urbains".

La télévision d'Etat a diffusé des images de bâtiments en feu, dont une mosquée, ainsi que de cortèges funéraires d'agents des forces de l'ordre.

Dimanche, une vidéo largement partagée montrait de nouveau des manifestants se rassemblant dans le quartier de Pounak, à Téhéran, en scandant des slogans en faveur de la monarchie déchue.

La télévision d'Etat s'est efforcée de montrer une forme de retour au calme, diffusant des images d'une circulation fluide. Le gouverneur de Téhéran, Mohammad-Sadegh Motamedian, a affirmé à la télévision que "le nombre de manifestations (était) en baisse".

Très présent sur les réseaux sociaux, Reza Pahlavi, fils en exil du chah renversé en 1979, a de son côté appelé à de nouvelles actions, se disant prêt à retourner dans son pays et mener une transition démocratique.

Hôpitaux "débordés" 

Des images publiées sur les réseaux sociaux  - probablement par des moyens satellitaires - ont montré de grandes foules défilant dans la nuit de samedi à dimanche dans plusieurs villes iraniennes, notamment la capitale Téhéran et Machhad, dans l'est du pays.

Dans une autre vidéo authentifiée par l'AFP, on voit des dizaines de corps enveloppés dans des sacs noirs devant une morgue de Téhéran, et ce qui semble être des Iraniens à la recherche de leurs proches disparus.

Le Centre pour les droits de l'homme en Iran (CHRI), dont le siège est à New York, a affirmé que les hôpitaux étaient "débordés" par l'afflux de manifestants blessés, et que les réserves de sang diminuent.

A Téhéran, un journaliste de l'AFP décrit une quasi-paralysie de la vie quotidienne, avec beaucoup de boutiques qui ont baissé le rideau.

Les écoles sont fermées et l'enseignement se fait désormais à distance mais sans internet, il est impossible de se connecter. De même, si de nombreux Iraniens se rendent encore au bureau, l'absence de réseau rend toute activité difficile.

Des manifestations de solidarité ont rassemblé des milliers de personnes dimanche à Paris, Londres ou Vienne, tandis qu'à Istanbul, la police turque a bloqué les manifestants devant le consulat iranien.

"Vivant ou non" 

"Nous ne savons rien de nos proches actuellement en Iran", a déploré dans la foule londonienne Fahimeh Moradi, 52 ans. "Mon fils est là-bas, et je ne sais pas s'il est vivant ou non".

Le président américain Donald Trump a répété samedi que Washington se tenait "prêt à aider" les manifestants "aspirant à la liberté".

En cas de frappes américaines, l'Iran ripostera en ciblant des sites militaires et le transport maritime des Etats-Unis, a averti le président du Parlement Mohammad Bagher Ghalibaf.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a lui dit espérer que Téhéran "serait bientôt délivré du joug de la tyrannie", tandis qu'un haut responsable militaire affirmait que l'armée serait "en mesure de répondre avec force si nécessaire".

La mobilisation survient dans un pays affaibli par une guerre avec Israël en juin et les coups portés à plusieurs de ses alliés régionaux, ainsi que par les sanctions liées à son programme nucléaire rétablies en septembre par l'ONU.


Soudan: chassé par la guerre, le gouvernement annonce son retour à Khartoum

Le gouvernement, allié à l'armée, ainsi que des agences de l'ONU avaient également quitté la capitale pour se replier à Port-Soudan, devenue alors capitale provisoire. (AFP)
Le gouvernement, allié à l'armée, ainsi que des agences de l'ONU avaient également quitté la capitale pour se replier à Port-Soudan, devenue alors capitale provisoire. (AFP)
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  • "Nous sommes de retour aujourd'hui (...) le gouvernement de l'espoir revient dans la capitale nationale", a déclaré Kamel Idris aux journalistes à Khartoum, promettant de "meilleurs services" pour les habitants
  • Plus de 3,7 millions de personnes avaient fui la capitale dès les premiers mois du conflit, déclenché en avril 2023, lorsque les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) s'en étaient emparés

KHARTOUM: Le Premier ministre soudanais a annoncé dimanche le retour dans la capitale Khartoum du gouvernement qui en avait été chassé en 2023 par la guerre et avait été transféré à Port-Soudan, dans l'est du pays.

"Nous sommes de retour aujourd'hui (...) le gouvernement de l'espoir revient dans la capitale nationale", a déclaré Kamel Idris aux journalistes à Khartoum, promettant de "meilleurs services" pour les habitants.

Plus de 3,7 millions de personnes avaient fui la capitale dès les premiers mois du conflit, déclenché en avril 2023, lorsque les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) s'en étaient emparés.

Le gouvernement, allié à l'armée, ainsi que des agences de l'ONU avaient également quitté la capitale pour se replier à Port-Soudan, devenue alors capitale provisoire.

Reprise en mars 2024 par l'armée, Khartoum a depuis enregistré le retour de plus d'un  million de personnes, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM).

Mais après plus de 1.000 jours de guerre, les services de base de la capitale -- hôpitaux, aéroports, centrales électriques-- restent dévastés.

L'ONU estime à environ 350 millions de dollars le coût de la réhabilitation des infrastructures.

Dans son discours dimanche, M. Idris a promis de reconstruire les hôpitaux, d'améliorer les services éducatifs, d'électricité, d'eau et d'assainissement.

Lors d'une visite à Khartoum en juillet dernier, la première depuis sa prise de fonction en mai, il avait déjà affirmé que "Khartoum redeviendra une capitale nationale fière".

Depuis, les autorités ont commencé à reconstruire certains quartiers, même si les FSR ont mené à plusieurs reprises des frappes de drones, notamment contre des infrastructures.

Fin octobre, les paramilitaires qui avaient redirigé leurs offensives vers l'ouest du pays après la perte de la capitale, s'étaient emparés d'El-Facher, la dernière des cinq capitales de la vaste région du Darfour qui était encore contrôlée par l'armée.

Depuis, les FSR se concentrent sur la région voisine du Kordofan, terre pétrolifère située sur l'axe entre le Darfour et Khartoum.

La guerre a tué plusieurs dizaines de milliers de personnes et déraciné plus de 11 millions d'autres, tant à l'intérieur du territoire qu'au-delà de ses frontières.


Syrie: les forces kurdes quittent Alep après des jours de combats meurtriers

Les affrontements, les plus violents à Alep depuis la chute de Bachar al-Assad en décembre 2024, ont fait au moins 21 morts parmi les civils depuis mardi, et provoqué le déplacement d'environ 155.000 personnes, selon les données officielles. (AFP)
Les affrontements, les plus violents à Alep depuis la chute de Bachar al-Assad en décembre 2024, ont fait au moins 21 morts parmi les civils depuis mardi, et provoqué le déplacement d'environ 155.000 personnes, selon les données officielles. (AFP)
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  • L'agence officielle syrienne Sana a confirmé que "les bus transportant le dernier groupe de membres des FDS ont quitté le quartier de Cheikh Maqsoud à Alep, en direction du nord-est"
  • Après avoir pris le contrôle d'Achrafieh, l'armée syrienne avait déjà annoncé samedi la fin de ses opérations à Cheikh Maqsoud et le départ des combattants kurdes vers le nord. Mais les forces kurdes avaient démenti ces affirmations

ALEP: Les forces kurdes en Syrie ont annoncé dimanche l'évacuation de leurs combattants des deux quartiers où ils étaient retranchés à Alep, après plusieurs jours de combats meurtriers contre les forces gouvernementales.

"Nous sommes parvenus à un accord qui a conduit à un cessez-le-feu et permis l'évacuation des martyrs, des blessés, des civils pris au piège et des combattants des quartiers d'Achrafieh et de Cheikh Maqsoud vers le nord et l'est de la Syrie", ont écrit les Forces démocratiques kurdes (FDS) dans un communiqué.

L'agence officielle syrienne Sana a confirmé que "les bus transportant le dernier groupe de membres des FDS ont quitté le quartier de Cheikh Maqsoud à Alep, en direction du nord-est".

Après avoir pris le contrôle d'Achrafieh, l'armée syrienne avait déjà annoncé samedi la fin de ses opérations à Cheikh Maqsoud et le départ des combattants kurdes vers le nord. Mais les forces kurdes avaient démenti ces affirmations.

Les affrontements, les plus violents à Alep depuis la chute de Bachar al-Assad en décembre 2024, ont fait au moins 21 morts parmi les civils depuis mardi, et provoqué le déplacement d'environ 155.000 personnes, selon les données officielles.

Accusations mutuelles 

Les deux camps s'accusent mutuellement d'en être à l'origine.

Ces combats ont fragilisé encore plus un accord conclu en mars entre les deux parties pour intégrer les institutions civiles et militaires de l'administration autonome kurde au sein de l'Etat syrien, qui n'a pas encore été appliqué.

L'évacuation des combattants a été obtenue "grâce à la médiation des parties internationales pour mettre fin aux attaques et aux violations commises contre notre peuple à Alep", a affirmé le FDS, après avoir au contraire dénoncé quelques heures plus tôt des déplacements forcés et des enlèvements de civils.

Depuis Damas, l'émissaire américain Tom Barrack avait lancé samedi un appel à la "retenue" et à la fin des hostilités, après avoir rencontré le président Ahmad al-Chareh dont le gouvernement se dit déterminé à asseoir son autorité sur Alep, la deuxième ville du pays.

Un correspondant de l'AFP posté samedi à l'entrée du quartier Cheikh Maqsoud a vu au moins cinq autocars transporter des hommes, escortés par les forces de sécurité.

Prises au piège pendant des jours, des familles hagardes ont enfin pu quitter le lieu des combats.

Des hommes portent leurs enfants sur le dos, des femmes et des enfants pleurent. "Papa, papa", répète une petite fille cherchant son père.

Mais plusieurs dizaines de jeunes gens sont mis à l'écart par les forces de sécurité, qui les forcent à s'asseoir par terre, tête baissée, sous leur garde, avant de les embarquer dans des cars.

Les FDS, qui ont été le fer de lance de la lutte contre les jihadistes du groupe Etat islamique en Syrie, sont soutenues par Washington qui appuie également Ahmad al-Chareh.

Les combats ont fait craindre une escalade régionale, la Turquie voisine se disant prête à intervenir aux côtés des autorités syriennes et Israël prenant la défense des Kurdes.

Depuis la chute de Bachar al-Assad, le pouvoir islamiste s'est engagé à protéger les minorités. Mais les combats d'Alep sont le troisième épisode de violences avec des minorités, après des massacres d'alaouites sur la côte en mars et des combats avec les druzes dans le sud en juillet.

Les Kurdes, qui ont tiré profit du chaos de la guerre civile (2011-2024) pour s'emparer de vastes territoires du nord et du nord-est de la Syrie, y compris des champs pétroliers et gaziers, réclament notamment un système de gouvernance décentralisé, ce que rejette Damas.