Arabie saoudite: Pourquoi de nombreux non-musulmans ont-ils choisi de jeûner ce ramadan ?

Des musulmans rompent leur jeûne lors de l’iftar pendant le mois sacré du ramadan à Riyad. (Photo, AFP/Archives)
Des musulmans rompent leur jeûne lors de l’iftar pendant le mois sacré du ramadan à Riyad. (Photo, AFP/Archives)
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Publié le Lundi 02 mai 2022

Arabie saoudite: Pourquoi de nombreux non-musulmans ont-ils choisi de jeûner ce ramadan ?

  • Les expatriés en Arabie saoudite affirment que le jeûne les a rapprochés de leurs amis et collègues musulmans
  • Bien qu'ils aient des croyances religieuses différentes, de nombreux étrangers adoptent les pratiques culturelles du Royaume

RIYAD : De nombreux non-musulmans vivant en Arabie saoudite ont décidé de jeûner pendant le ramadan pour se sentir plus proches de leurs amis et collègues musulmans.

«On ne fait pas le ramadan tout seul, on le vit ensemble. C'est un vrai moment de convivialité et de partage de la générosité», pense Raphael Jaeger, non-musulman et Raphaël Jaeger, directeur délégué de l'Alliance Française de Riyad.

«Je sens que je fais partie de cette belle expérience et j’essaie de construire un pont entre les cultures saoudienne et française», poursuit-il.

Jaeger vit à Riyad depuis trois ans, mais c’est la première fois qu’il fait le ramadan. 

«Lorsque je suis arrivé en Arabie saoudite, je ne connaissais pas beaucoup de personnes, et puis la pandémie est arrivée», raconte-t-il.

Mais depuis, il s'est fait de nombreux amis saoudiens et a tissé des liens solides. Juste avant le début du ramadan, ses amis l'ont invité à se joindre à eux pour l'iftar.

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L'Américaine Mariah Ross célèbre chaque année le ramadan avec ses amis et sa famille dans les pays qu'elle parcourt. (Photo fournie)

«J’avais envie de partager avec eux l'expérience du défi personnel, spirituel et physique [qui précède] l'iftar.»

Jaeger avait une partie de squash le premier jour du ramadan et il a eu extrêmement soif pendant le match.

«C'était ma toute première fois. Ne pas boire d’eau est extrêmement difficile, mais je n’ai pas succombé à la tentation et j’étais fier de moi.»

Pour Jaeger, le jeûne peut être comparé au sport: on relève un défi pour se surpasser. 

«Chaque jour est une nouvelle victoire pendant le ramadan, et ces victoires sont partagées avec un grand nombre de personnes. On se rend alors compte que l’union fait la force». 

Non seulement le ramadan a un impact positif sur le bien-être spirituel, mais il présente également de nombreux avantages pour la santé physique. En effet, des études indiquent que le fait de jeûner depuis le lever jusqu’au coucher du soleil peut améliorer considérablement la santé.

Pendant le ramadan, le corps s'habitue à manger moins, ce qui permet à l'estomac et au système digestif de se reposer. Ainsi, la faim est contrôlée parce que l'appétit est réduit, ce qui entraîne souvent une certaine perte de poids.  

Des études ont montré que le fait de s'abstenir de manger et de boire pendant un certain temps réduit également le taux de cholestérol, ce qui améliore la santé cardiovasculaire.

Le jeûne permet au corps de libérer les toxines accumulées. 

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Des visiteurs se réunissent autour d’un repas d'iftar et assistent à une danse de Tannoura au Qatar. (Photo, AFP/Archives)

Le fait de jeûner et de manger tard entraîne une production accrue d'adiponectine, une hormone qui permet aux muscles d'absorber des nutriments supplémentaires.  

Par ailleurs, ces habitudes semblent être bénéfiques pour la santé mentale. Le jeûne rend le cerveau plus résistant et flexible et améliore l'humeur et la mémoire.  

Le fait de s'abstenir de manger baisse le taux de sucre dans le sang, ce qui aide l'organisme à utiliser le glucose stocké comme source d'énergie et à se réguler de manière naturelle. Cependant, les personnes ayant des problèmes d'insuline ou de sucre doivent demander un avis médical avant d’effectuer le jeûne.

Mariah Ross, une jeune femme de 21 ans non-musulmane et originaire de Cleveland, aux États-Unis, partage son expérience de jeûne pendant le ramadan.

«J'ai commencé à jeûner lorsque je suis allée en Turquie pour la première fois. Je voyageais avec ma meilleure amie musulmane. Nous avons donc décidé de jeûner ensemble et de profiter de la Turquie comme les locaux pendant le ramadan», indique-t-elle.

Ross a jeûné à plusieurs reprises lors de ses voyages dans des pays musulmans et pendant ses études universitaires. La plupart de ses meilleurs amis étaient originaires des pays du Golfe, notamment d'Arabie saoudite, du Koweït et d'Oman.

«J'ai passé tous les jours de ce mois de ramadan avec mes amis. Nous rompons le jeûne ensemble, au restaurant ou dans l’un de nos appartements.»

EN BREF

* Sur une population totale d'environ 35 millions d'habitants, le Royaume compte environ 9 millions de travailleurs étrangers, dont beaucoup sont non-musulmans.

* Bien que le jeûne ne soit pas obligatoire pour les non-musulmans en Arabie saoudite, les supermarchés, les cafés et les restaurants sont fermés pendant la journée.

Lorsqu’elle était à l’université, Ross a épousé un saoudien musulman, avec qui elle fête désormais le ramadan chaque année.

«Le ramadan est devenu une fête normale normale pour moi, tout comme Noël aux États-Unis où j'achète des cadeaux à tout le monde», précise-t-elle.

Ana Mailova, originaire de Géorgie, a dit à Arab News qu'elle jeûnait à l’occasion de sa première visite en Arabie saoudite. « La première fois, j'ai célébré le ramadan avec mon amie Haifa et sa famille à Khafji. Nous sommes tellement proches», poursuit-elle.

«Haifa était ma collègue dans une agence de voyage en Géorgie.»

Le propriétaire de la compagnie de voyage était le neveu de Haïfa. Ana les a donc invités chez elle pour qu’ils rencontrent sa famille, et leur amitié s'est aussitôt épanouie.

Ana a dit qu’elle n’avait jusqu’alors vu que des pratiques du ramadan en ligne, et qu’elle pouvait à présent vivre elle-même cette expérience.

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4. Des femmes ont été invitées à la grande mosquée de Jumeirah de Dubaï pour en apprendre davantage sur l'islam pendant le ramadan. (Photo, AFP)

«Tous les jours, j’appelle ma famille et mes amis et je leur montre de belles tables très différentes. Toute personne qui envisage de venir en Arabie saoudite devrait goûter toutes sortes de plats.»

Ana espère que plus de personnes visiteront le Royaume pendant le mois sacré du ramadan, quelles que soient leurs croyances religieuses.

«Venez visiter le pays. Vous ne regretterez, surtout pendant le ramadan».

Pour ceux qui ne sont pas habitués à jeûner, surtout dans un environnement inconnu, il existe de nombreuses stratégies d'adaptation pour les aider à persévérer leur niveau d'énergie.

La gestion judicieuse du temps, une recommandation clé, consiste à dormir suffisamment tout en prévoyant assez de temps pour préparer les repas de l'iftar.

Bien que l’on soit tenté de se reposer, il est recommandé de pratiquer chaque jour une activitéphysique légère à modérée ainsi que des étirements. La discipline mentale est primordiale. Les experts recommandant des activités qui distraient l'esprit et qui éloignent la faim.

Au moment de l’iftar, il est conseillé de manger lentement pour faciliter la digestion, permettre au corps d'absorber plus de nutriments et de sentir rassasié plus longtemps. Cela peut également réduire la quantité de calories consommées en général.

Les petites siestes peuvent également être très utiles. Trente minutes de sommeil suffisent à redynamiser et à stimuler la patience et le bonheur.

La sieste peut être suivie d'une douche froide, qui réveille l'ensemble du corps en augmentant la circulation sanguine et l'apport d'oxygène. Bien qu’elle semble d’abord inconfortable, cette pratique réduit le niveau de stress à long terme.

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La Géorgienne Ana Mailova aide son amie musulmane Haifa, qui vit avec elle à Khafji, à préparer le repas de l'Iftar qui sera partagé avec le reste de la famille, pendant le mois de ramadan (Photo fournie).

Jan Haas, un diplomate allemand de 34 ans qui s'est installé à Riyad en juillet 2021, a déclaré à Arab News que c'était le premier ramadan qu’il passait dans la région MENA.

«Quand j’étais enfant, j'avais dans mon équipe de football, dans une petite ville à l’est de Cologne, des amis musulmans. J'ai donc été initié au ramadan à un jeune âge; mais, à l’époque, je n'avais pas envisagé de jeûner moi-même», raconte-t-il.

«C’est une occasion pour se familiariser avec leurs expériences et leur mode de vie».

Haas a essayé de suivre une routine de jeûne stricte, conformément aux règles musulmanes, mais il s'est vite rendu compte que c'était extrêmement difficile.

«Je prends mon café le matin et je bois généralement un peu d'eau pendant la journée, mais je ne mange pas avant le coucher du soleil», explique-t-il.

Il trouve que le jeûne devient plus facile quand la plupart des restaurants sont fermés pendant la journée, comme au Royaume.

«Je passe désormais plus de temps avec mes amis parce que nous avons pris l'habitude de rompre le jeûne ensemble. C’est vraiment extraordinaire !»

Bien qu'ils aient des croyances religieuses différentes, de nombreux expatriés ont tissé des liens et se sont fait des amitiés durables avec les musulmans locaux vivant dans le Royaume. Ces amitiés fructueuses se sont traduites par le partage et le fusionnement des cultures et des coutumes.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


« Arduna » à AlUla : quand l’art contemporain scelle une coopération culturelle historique entre la France et l’Arabie saoudite

Présent lors de l’inauguration, Jean-Yves Le Drian, président d’AFALULA, a souligné la portée symbolique et politique de l’événement. (AFALULA)
Présent lors de l’inauguration, Jean-Yves Le Drian, président d’AFALULA, a souligné la portée symbolique et politique de l’événement. (AFALULA)
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  • Présentée comme un geste artistique fort autant qu’un acte de confiance entre deux nations, Arduna s’inscrit dans la continuité de l’accord intergouvernemental signé en 2018
  • « Cette décision de nos chefs d’État s’inscrivait dans une vision partagée : celle du soutien de la France à la transformation de l’Arabie saoudite, initiée par le Prince héritier dans Vision 2030»

ALULA: L’inauguration de l’exposition Arduna marque une étape fondatrice dans le développement culturel de l’Arabie saoudite et dans la coopération franco-saoudienne. Inédite par son ampleur et première du genre en Arabie saoudite et au Moyen-Orient, cette exposition est le fruit d’un commissariat conjoint entre le futur Musée d’Art Contemporain d’AlUla et le Centre Pompidou, avec le soutien de l’Agence française pour le développement d’AlUla (AFALULA).

Présent lors de l’inauguration, Jean-Yves Le Drian, président d’AFALULA, a souligné la portée symbolique et politique de l’événement :

« C’est un grand honneur d’être à vos côtés ici ce soir pour inaugurer “Arduna”, exposition fondatrice et inédite dans son ampleur. Je dis fondatrice, parce qu’elle est à la fois un geste artistique majeur, et un geste de confiance entre nos deux pays. »

Un jalon issu de l’accord intergouvernemental de 2018

L’exposition s’inscrit directement dans le prolongement de l’accord intergouvernemental signé en 2018 par la France et l’Arabie saoudite, en présence du Président Emmanuel Macron et de Son Altesse Royale le Prince héritier Mohammed ben Salmane. Cet accord a ouvert une coopération ambitieuse autour du développement culturel, patrimonial, environnemental et humain d’AlUla, en cohérence avec la Vision 2030 du Royaume.

Jean-Yves Le Drian a rappelé la vision commune à l’origine de cet engagement :

« Cette décision de nos chefs d’État s’inscrivait dans une vision partagée : celle du soutien de la France à la transformation de l’Arabie saoudite, initiée par le Prince héritier dans Vision 2030. L’art et la culture, la valorisation du patrimoine comme l’élan de la création y jouent un rôle majeur. »

Aujourd’hui, les résultats de cette coopération sont visibles et concrets, notamment à travers l’inauguration du pavillon d’exposition, première étape vers le futur Musée d’Art Contemporain d’AlUla prévu à l’horizon 2030.

« Arduna », une exposition ancrée dans son territoire

Intitulée Arduna – « Notre Terre » –, l’exposition revendique un lien étroit avec l’identité d’AlUla. Une approche que Jean-Yves Le Drian a tenu à distinguer de modèles d’expositions décontextualisées :

« “Arduna” n’est pas une exposition “posée” sur un territoire, hors sol. C’est un modèle de programmation à l’écoute de son temps et surtout à l’écoute d’AlUla et de son identité très singulière, celle d’un territoire où la nature, l’archéologie, la mémoire et l’avenir se répondent à chaque instant. »

Il insiste également sur la démarche de co-construction :

« L’idée n’était pas d’importer un récit, mais de co-développer une exposition et, au-delà, une vision, ancrée dans l’exceptionnelle magie de ce lieu. »

Les commissaires de l’exposition, Candida Pestana et Anne Hiddleston Galloni, ont été saluées pour leur travail approfondi et leur implication tout au long de la préparation de cet événement.

Une première concrétisation du futur musée d’art contemporain d’AlUla

Au-delà de l’exposition, Arduna constitue la première réalisation tangible du partenariat stratégique conclu en 2023 entre la Commission Royale pour AlUla et le Centre Pompidou. Ce partenariat vise à accompagner la création du futur Musée d’Art Contemporain d’AlUla, appelé à devenir une institution de référence internationale.

Jean-Yves Le Drian a souligné l’engagement global du Centre Pompidou :

« Je suis reconnaissant au Centre Pompidou d’avoir mobilisé son expertise dans tous les domaines : le commissariat, la scénographie, la production, la médiation, l’édition, mais aussi l’accompagnement architectural du pavillon, ainsi que les actions de formation et de mentorat de la future équipe du musée. »

Le futur musée, conçu par l’architecte Lina Gotmeh, se veut à la fois international et profondément enraciné dans son environnement local, notamment à travers son dialogue avec l’espace voisin de Daïmumah.

Une dynamique culturelle franco-saoudienne durable

L’inauguration de Arduna s’inscrit dans une dynamique plus large de coopération culturelle entre la France et l’Arabie saoudite à AlUla. Jean-Yves Le Drian a rappelé l’ouverture récente de la Villa Hégra, autre jalon majeur de ce partenariat :

« La Villa Hégra témoigne de ce que nous sommes en mesure de construire ensemble : un lieu de création, de recherche, de résidence et de transmission, où les scènes françaises, francophones et saoudiennes se rencontrent et projettent des coopérations fortes. »

La culture comme langage commun

En conclusion, le président d’AFALULA a résumé l’esprit de cette coopération :

« Ce soir, nous inaugurons une exposition. Mais plus profondément, nous célébrons une belle histoire : celle d’un partenariat qui se construit dans la durée, qui investit dans la confiance, et qui choisit la culture comme langage commun. »

L’exposition Arduna illustre ainsi l’ambition partagée de faire d’AlUla un pôle culturel majeur, où le patrimoine exceptionnel du territoire dialogue avec la création contemporaine, au cœur d’un partenariat stratégique entre le Royaume d’Arabie saoudite et la France.


AlUla: l’exposition « Arduna », fonde un socle de dialogue et de culture

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  • AlUla s’étend sur 22 561 km², mêlant vallée fertile, formations rocheuses monumentales et vestiges historiques uniques, dont Hegra, premier site saoudien inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO
  • Carrefour de routes commerciales antiques, la région fut pendant des siècles un lieu de circulation, d’échanges et de dialogue entre les cultures

PARIS: Au cœur du nord-ouest de l’Arabie saoudite, à plus de 1 100 kilomètres de Riyad, l’oasis d’AlUla s’impose progressivement comme l’un des laboratoires culturels les plus ambitieux du Moyen-Orient.

Territoire aux paysages spectaculaires et au patrimoine plurimillénaire, marqué par les civilisations lihyanite et nabatéenne, AlUla n’est plus seulement un site archéologique d’exception, mais devient un véritable projet de civilisation.

arduna

L’exposition « Arduna » (Notre terre), présentée dans le cadre de la 5ᵉ édition du Festival des arts d’AlUla, en est aujourd’hui l’une des expressions les plus abouties.

Organisée dans les espaces préfigurateurs du futur musée d’art contemporain saoudien, l’exposition incarne une coopération culturelle structurante entre la France et l’Arabie saoudite, portée conjointement par l’Agence française pour le développement d’AlUla (AFALULA) et la Commission royale pour AlUla (RCU), avec le concours du Centre Pompidou.

Plus qu’un événement artistique, « Arduna » s’inscrit dans une stratégie de long terme visant à faire de l’art un pilier du développement territorial, social et symbolique d’AlUla.

Un dialogue entre patrimoine et création contemporaine

AlUla s’étend sur 22 561 km², mêlant vallée fertile, formations rocheuses monumentales et vestiges historiques uniques, dont Hegra, premier site saoudien inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Carrefour de routes commerciales antiques, la région fut pendant des siècles un lieu de circulation, d’échanges et de dialogue entre les cultures.

C’est dans le cadre de cet héritage que s’inscrit aujourd’hui la politique culturelle conduite par la Commission royale pour AlUla, en lien étroit avec AFALULA, fer de lance de la coopération franco-saoudienne.

L’objectif est clair : préserver le patrimoine tout en l’inscrivant dans le présent, relier l’histoire longue du territoire à la création contemporaine internationale et faire d’AlUla un espace vivant, habité et partagé.

Depuis cinq ans, le Festival des arts d’AlUla joue un rôle central dans cette transformation. Il a progressivement installé la région comme un foyer de création et de rencontres artistiques, en dialogue constant avec le paysage, les habitants et l’histoire du lieu.

Dans ce contexte, l’exposition « Arduna » marque une étape décisive. Conçue par deux commissaires — Anna Hiddleston, du Centre Pompidou, et Candida Pestana, cheffe des commissaires pour les arts contemporains à la RCU —, elle repose sur un principe fort : le dialogue entre les œuvres, les cultures et les récits.

L’exposition est structurée en six sections, chacune mettant en regard des artistes d’horizons différents.

Ainsi, une œuvre de Vassily Kandinsky dialogue avec celles de l’artiste syro-libanaise Etel Adnan, tandis qu’un échange visuel et conceptuel s’opère entre le photographe palestinien Tarek Al-Ghoussein et l’artiste français Cyprien Gaillard.

À ces confrontations s’ajoutent des installations créées spécifiquement pour AlUla par cinq artistes contemporains : Renaud Auguste-Dormeuil, Dana Awartani, Tarek Atoui, Tavares Strachan et Ayman Zedani.

Ces œuvres inédites ancrent l’exposition dans le territoire même d’AlUla, renforçant son caractère non itinérant et profondément contextuel.

« Arduna » constitue une première majeure à plusieurs titres : il s’agit de la première exposition de cette ampleur organisée à AlUla en co-commissariat avec une grande institution internationale, et de la première exportation temporaire d’un ensemble significatif d’œuvres du Centre Pompidou depuis sa fermeture pour rénovation.

Un modèle culturel fondé sur la co-construction

Contrairement à de nombreux projets culturels dans le Golfe fondés sur la simple importation de contenus occidentaux, le modèle retenu ici privilégie la co-construction.

Sur les 75 œuvres présentées, une partie provient de prêts internationaux, tandis qu’une autre appartient à la collection constituée ces dernières années par la Commission royale pour AlUla, reflétant une politique affirmée d’acquisition et de souveraineté culturelle.

La durée de trois mois (du 31 janvier au 15 avril), conforme aux standards internationaux, permet de toucher un public local, régional et international, dans un territoire encore en phase de montée en puissance touristique, mais dont la fréquentation progresse rapidement, notamment grâce à des équipements culturels et de loisirs déjà largement fréquentés par les habitants.

Au-delà de l’exposition elle-même, « Arduna » s’inscrit dans une compétition culturelle internationale intense, alors que des artistes américains, britanniques, italiens, mais aussi de plus en plus chinois, déploient des moyens considérables en Arabie saoudite.

Pour les responsables du projet, l’horizon est clairement fixé à 2030, en cohérence avec les grandes échéances saoudiennes, dont l’Exposition universelle de Riyad. Leur ambition est de créer un pont entre AlUla, les grands sites patrimoniaux, le futur musée d’art contemporain et les grands rendez-vous internationaux, afin de faire rayonner l’oasis bien au-delà de ses frontières.

En préfigurant le futur musée d’art contemporain, « Arduna » dépasse ainsi le cadre d’une exposition temporaire et propose un nouveau modèle culturel, fondé sur le temps long, la création partagée et l’ancrage territorial.

Ce modèle fait de l’art non pas un simple outil d’attractivité touristique, mais un vecteur de sens, de dialogue et de transformation sociale.


Haute couture: ode à la nature pour les premiers pas de Matthieu Blazy chez Chanel

Une mannequin défile lors de la présentation de la collection Chanel Haute Couture printemps-été 2026 pour femmes, à Paris, le 27 janvier 2026. (AFP)
Une mannequin défile lors de la présentation de la collection Chanel Haute Couture printemps-été 2026 pour femmes, à Paris, le 27 janvier 2026. (AFP)
Le créateur de mode belge Matthieu Blazy salue le public à la fin du défilé de la collection Haute Couture printemps-été 2026 de Chanel, dans le cadre de la Fashion Week Haute Couture de Paris, le 27 janvier 2026. (AFP)
Le créateur de mode belge Matthieu Blazy salue le public à la fin du défilé de la collection Haute Couture printemps-été 2026 de Chanel, dans le cadre de la Fashion Week Haute Couture de Paris, le 27 janvier 2026. (AFP)
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  • Débuts très attendus de Matthieu Blazy chez Chanel : une première collection haute couture poétique et aérienne, célébrant la nature à travers transparences, plumes et motifs de champignons, sous la verrière du Grand Palais
  • Une semaine marquée par le renouveau des grandes maisons : Jonathan Anderson chez Dior, Armani sans Giorgio pour la première fois, et des défilés spectaculaires signés Rolland et Fournié, illustrant un vaste mercato qui redessine la haute couture

PARIS: Des oiseaux, des champignons et beaucoup de légèreté: Matthieu Blazy a fait mardi à Paris ses débuts en haute couture chez Chanel avec une collection toute en transparence, délicatesse et plumes, véritable ode à la nature et à la poésie.

Sous la verrière du Grand Palais, métamorphosée pour l'occasion en une forêt onirique peuplée de champignons géants et de saules pleureurs roses, le créateur franco-belge de 41 ans a voulu, à travers ce premier vestiaire, "sonder et explorer le coeur de Chanel", explique un communiqué.

Matthieu Blazy réinvente ainsi une nouvelle fois l'emblématique tailleur de la maison dans une superposition de mousseline de soie transparente aux couleurs pastel et aux broderies en forme de champignons, sous laquelle se dessinent d'élégants sous-vêtements.

Le champignon, envoyé sous forme de pendentif en guise d'invitation, se décline dans les talons de certains escarpins.

La transparence et la légèreté s'invitent également dans des robes vaporeuses et des ensembles débardeurs et jupes, assortis d'écharpes qui traînent jusqu'au sol, et même sur un pantalon en jean.

Progressivement, les matières gagnent en densité: les tissus s’épaississent, se structurent, et la collection bascule vers des tailleurs et des manteaux en tweed, dont les extrémités s'ornent de plumes légères.

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Une mannequin défile lors de la présentation de la collection Chanel Haute Couture printemps-été 2026 pour femmes, à Paris, le 27 janvier 2026. (AFP)

Ces plumes, d'abord discrètes, finissent par s'imposer. Elles encerclent les ourlets des robes, soulignent les lignes d'une jupe ou d'un top, avant d'envahir entièrement certains tailleurs et silhouettes du soir, transformant les mannequins en femmes-oiseaux.

Le défilé s'est conclu par la traditionnelle mariée en ensemble jupe et haut à manches longues, entièrement rebrodé comme une nuée de minuscules plumes blanches.

Une première incursion dans la haute couture qui a attiré un parterre de stars, de Nicole Kidman à Dua Lipa, en passant par Penelope Cruz et Tilda Swinton.

- Mercato -

Ce premier défilé était l'un des plus attendus de cette semaine de la haute couture, avec celui de Jonathan Anderson lundi chez Dior.

Le créateur nord-irlandais de 41 ans avait également mis la nature à l'honneur, mais à travers des silhouettes très fleuries à la fois sculpturales et aériennes.

La nomination, ces derniers mois, de ces deux quadragénaires à la tête de deux des plus prestigieuses maisons a été le point d'orgue du vaste mercato qui agite la mode depuis près de deux ans.

Débauché de Bottega Veneta en décembre 2024, Matthieu Blazy avait déjà créé l’événement. Lors de son premier défilé de prêt‑à‑porter en octobre, le créateur avait revisité les codes fondateurs de Chanel en jouant sur les contrastes — tweeds effilochés, mailles colorées, tailleurs déhanchés et jupes en plumes — un passage ovationné et salué par une critique unanime.

- Armani sans Giorgio -

Autre temps fort de cette journée, Armani a présenté en début de soirée la première collection haute couture de la maison italienne sans la supervision de son fondateur Giorgio, décédé début septembre à l'âge de 91 ans.

Cette collection est signée par sa nièce Silvana Armani, qui avait travaillé à ses côtés sur le prêt-à-porter féminin et signe ses premiers pas en haute couture.

Un premier vestiaire, que l'Italienne a voulu "comme du Armani classique, mais avec une touche d'originalité", dans lequel se déclinaient de nombreux tailleurs pantalons souples et satinés, de somptueuses robes du soir scintillantes et des blouses rebrodées de perles, dans une palette noire, blanche, rose nude et vert d'eau.

De son côté, le couturier Stéphane Rolland a investi le Cirque d'hiver pour présenter une nouvelle collection aux silhouettes toujours très structurées, entre robes de soirée, combinaisons ajustées ou aux pantalons bouffants, dans ses couleurs fétiches que sont le rouge, le noir et le blanc.

Incarné par les mannequins Adriana Karembeu et Coco Rocha, le show s'est achevé par un lâcher de colombes et la performance aérienne d'une acrobate, le tout sous le regard de la première dame Brigitte Macron, du chanteur Marc Lavoine et du cinéaste Claude Lelouch.

Julien Fournié a de son côté dévoilé un vestiaire mêlant robes de soirée aux jupes volumineuses, pièces richement ornées de strass et de broderies – parfois inspirées du graffiti, des mangas ou du cinéma de genre – ainsi que des ensembles associant vestes en jean et transparences constellées de strass façon tatouage.